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CHAPITRE LXI La dernière année de Dubois

Uo novembre 1722-10 août 1728)

FannlJc du Régent. — Drapiers. — Boulangers. — Nouvellistes. — \etes notariés. — Maladie du Roi. — Majorité. — Lit de justice. — Lii dernière phase de Dubois. — . L'abbaye de Saint-Bertin. — L'Académie française —

\uti>cs honnems. — Lutte contre le mai^chal de ViUeroy et conLie le duc de Chartres. — liit^rvention du chevalier Schaub. - ïoute-puissanoo de Dubois. — Vengeance de Dubois. — Exil de Le Blanc. — Disgrâce de Belle-

sle. — Activité débordante de Dubois. — Sa maladie. — Ses violences de langage. — Gme prochaine. — Dernières journées. — 4 août. — G août — 7 août. — 9 août. — Confession. — Entrevue avec le duc d'Orléans — OpéraUon. — Agonie et mort. — La succession.

Au retour du ^cre, l'instruction politique du Roi fut suivie pamiiie du avec plus d assiduité. Dubois ne voyait pas sans inquiétude appro- *^égent cher la majorité, il en prit occasion pour arracher au Régent une décision malaisée à obtenir. Après avoir vécu en public avec la duchesse de Fallary^ et avec la comtesse de Parabère^ le duc (1 Orléans avait afliché Mme d'Averne, femme d'un officier aux pirdes'; mais son « vieux sérail » ne renonçait pas à la lutte* Quoiqu'il eût dit, « Nous ne sommes pas de fer, il faut se ménager ),, le prince ne parvenait plus à se débarrasser des tracasseries et des débauches^ dont 1 éclat pouvait lui nuire dans l'esprit d'un jeune roi timide et peu disposé à badiner sur ces ma-

' M. Marais, Journal et Mémoires, t. U, p. 72; février 1721.

M. Marais, op. cil t. II, p. ,56; juin 1721 ; Buvat, Journal, tome II,

p. 2b8, juillet 1721; Correspondants de Balleroy, t. II, p. 342.

M^ ^-rai. op. ait t. II, p. ,56-i57, iSg, 181, 186, 266, 817; Buvat,

•>•/ f,r o ' P' ^"^ ' ^^* Corresponxianls de Mme de Balleroy, t. II, p. 3io '4a, 04C, 576, 390. *

^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 217; décembre 1721. ^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 221; janv. 1722. ^ M. Marais, op. cit., i. II, p. 122, 216; avril, décembre 1721. 42743' ^""'^^'''"' ^ ^^' ^« Balleroy, 23 février, dans op. cit., t. II,

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tières*. Il fallait sacrifier la maîtresse en titre; le duc d'Orléans, le jour même du retour du Roi à Versailles, dit h/ Mme d'Avernc qu'il n'avait aucun sujet de se plaindre d'elle, qu'il lui ferait plaisir dans toutes les occasions, mais qu'il ne convenait plus de donner au Roi, à son âge, l'exemple d'avoir une maîtresse déclarée'. « Comme il est capable de tout, écrit Mathieu Marais, il est retourné avec Mme la duchesse d'Orléans, sa femme; il y mange, paroît avec elle dans une très grande liaison, et y couche^". »

Redevenu mari exemplaire pour un instant, le prince ne cesse pas d'être excellent père. Il vient de conclure le mariage de sa fille, Mlle de Beaujolais, avec don Carlos, second Infant d'Espagne à qui le traité de la Quadruple-Alliance destine les duchés de Parme et de Toscane^ ^ La princesse à huit ans et le fiancé en a six, le public s'amuse de tous ces projets de mariage et conclut que « M. le Régent ne s'endort pas sur l'établissement de ses enfants''^; voilà encore une fille bien mariée". » Cette charmante enfant, si différente de ses sœurs^\ part le i""" décembre pour l'Espagne après avoir pris congé de son aïeule, Madame, qui l'a fait mettre sur son lit et, après l'avoir embrassée, les larmes aux yeiix, lui a fait ses adieux car elle va mourir dans peu de jours. Le 8 décembre, à trois heures du matin, la vieille princesse meurt à Saint-Cloud'", laissant son fils accablé de douleur^*. (( On perd une bonne princesse, dit le public, c'est chose rare!^' », mais on se souvient que cette vieille femme fantasque

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• M. Marais, op. c'iL, l. II, p. 407, fi'Mi«r i7-.<3.

" Les Correspondants de Mme de Balleroy, 19 iiov. i72:>, l. II, p. /4i):- 498; i\I. Marais, op. cit., t. II, p. 367-368; nov<inbiro 1722.

^" M. Marais, op. cit., t. II, p. 367-368; novembre 1722.

^^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 327; août 1722; Saint-Simon, Mémoires. (258), t. XIX, p. 424-

^^ Barbier, Journal, t. I, p. 233.

^^ M. Marais, op. cit., t. Il, p. 327, août 1722.

^^ Voir P.-E. Léniontey, Les filles du Régent, dans lievue rétrospeclivi'. l. I. Elle mourut i\v eliagrin de la iniptuiv de ison ^lilria«,^'.

^^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 374, 377; Barbier, op. cit., t. II, p. '.'.'i^^' Buvat, op. cit., t. II, p. 422.

^^ Public Record Office, France, vol. 364 : Schaub à lord Cartcret, Pari* 10 déeembre 1722. E. <le Bartliélemy, Inrentidre du mobilier de la duchessi' d'Orléans, mère du Régent, après son décès en 17^22, dans Bulletin du Comil*' des travaux historiques et scientifi([ues. Section d'Histoire d'archéologie «w de philologie, 1882, p. 382 ; C. Slryenski, La mère du Régent, dans Revu' bleue, 1906.

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 378.

LA DERNIÊBE ANNÉE DE DUBOlS

Drapier-

.^ ne faisoit ni bien ni mal à personne'* » et on se répète l'épilaphe qu'on vient de lui faire :

Ci-gît rOisiveté,

Mère de tous les vices! Ceux qui calculent, supputent qu'à ce deuil le Roi gagne plus de cinquante mille écus de pension''. Les drapiers de Paris, eux aussi avaient supputé que ce grand deuil leur permettait d'augmenter les draps noirs de près d'une j.islole par aune et les marchands de soierie calculaient de même. Mais Ile lieutenant général de police envoie chez tous, le 8 au lever du jour, les commissaires des quartiers qui dressent procèsverbal des marchandises en magasin et, le surlendemain, on jiffiche à leurs portes le tarif auquel ils devront vendre les éloffes de deuil : Paignon, Bercy, Ras de Saint-Maur. On dit qu'elles reviennent plus cher aux marchands, mais peu importe, « ce sont tous des fripons^" ».

Fripons également les boulangers qui haussent le prix d^ pain jusqu'à 4 sols 6 deniers la livre ou qui vendent à faux poids. Ouelques-uns s'en repentiront, mais surtout Lartigue, qui vend le pain à plus de douze sols la livre; arrêté, il est conduit au ('.hîUelet avec sa femme et ses enfants, et sa boutique sera murée [xndant quatre mois. Un autre boulanger, rue de Reuilly au fiiubourg Saint-Antoine, aura aussi sa boutique murée, mais lui et sa femme y seront enfermés et recevront du pain et de l'eau pour leur subsistance par un trou pratiqué entre les solives du [»lnfond^\

Us gazetiers ne sont pas mieux traités. Le lieutenant général Kouveiiisie (!«' police fait défense aux nouvellistes de répandre dorénavant iiiicun feuillet de nouvelles à la main sous des peines rigoureuses, en outi^e il oblige ceux qu'il tolère à lui soumettre deux fois la scinuine une double copie de ces nouvelles pour être corrigée cl châtiée, avec défense d'y rien ajouter".

Mais ne faut-il pas (( que cette pauvre France soit toujours tutumentée?" » Au lendemain des « brûlements » qui déterminent l'opération du i;isa, lorsqu'on a vu des fardes de papiers

Boulangers

Actes notariés

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M. Marais, op. cit., t. II, p. 378. " •

' M. Marais, op. cit., t. II, p. 378; Barbier, op. cit., t. I, p. 25i.

Barbier, op. cit., t. I, p. 2^6; Correspondants de Mme de Balleroy, i4 ndiiie, t. II, p. 5o6.

i^nval, op. cit., l. II, p. ^22, déeembre 1722.

I^iivat, op. cit., i. II, p. 433, janvier 1723.

M. Marais, op. cit., t. II, p. 363; 10 octobre 1722.

TOMB III 0(j

Maladie du Itoi

en-loutis dans la cage do fer dont le brasier a été si ardent qu<les^barreaux en sont demeurés tordus», après ces maux en vou-, d'autres • le contrôle des actes des notaires a etc établi par tout le royaume". Marais et Barbier ont peine, en y songeant, à garder leur san- froid. .. C'est, dit Marais, un travail consomme d un démon d'homme qui a prévu tous les cas, et prévenu tous les expédients dont il rend l'art inutile. Il n'y a plus m secrète dans les familles, ni sûreté, ni commerce, et personne ne veut plus faire de contrats parce qu'il en coûte des sommes considerablci pour le contrôle». » Le tarif, disposé en ordre alphabétique, fixait- les droits suivant cette inégalité flagrante qui fut la règ e des administrations monarchiques : ainsi un contrat de vente de dix mille livres était frappé d'une taxe de cinquante livres alors qu'un contrat de vente de vingt mille livres ne supporlail que soixante livres. Le contrat de mariage coûtait cinquante l.vros au gentilhomme qualifié; trente livres au gentilhomme; vin^t i l'officier de justice; trois à l'artisan; une livre dix sols au jo.nnalier de campagne. L'article gi du tarif stipule que tous hs actes non désignés de manière expresse paieront les droits mu le pied de ceux avec lesquels ils auront le plus de rapport. L odit du .0 septembre 172. souleva un mécontentement qui ne s apaisa plus tant que dura l'ancien régime. « Depuis près de soixante ans écrit à la veille de la Révolution l'économiste Le Trosnr, des'miliiers de travailleurs ont employé tous leurs soins et leur application à interpréter, à étendre, à contourner de mille .manières le tarif de 1722". » URni«.l.it On prenait patience, on se i-épétait que, bientôt, le ^^J'f majeu? et, sans croire que rien fût changé on se f^att it de auclque chimérique soulagement. La date approchait, .6 c- S Le 5, le Roi fit une battue de lapins, se fatigua beauco ,^ ..archa dans les ruisseaux, rentra mouillé et f -' ^^ ^ ^ de changer de bas. Le 6, il mangea du bœuf et de la pci.l .x aiec excès- le 7, qui était le dimanche gras, ,1 se trouva ,..« rendant la meJje a s'évanouit; on l'emporta mais 1 rc,.;.n, Eôt et dîna à son petit couvert. L'après^înée on cm,... h de faire sa promenade, voyant cela il monta sur les toit^ et Tes gouttières du Château et se divertit à jeter du Plat^as ' les cheminées.Le 8. il parut quelques rougeurs sur le eo,,)».

'-^ U. Marais, op. cil., t. II, p. 303; 10 octobiv .7..; Ruvat, op. cit.. 1 •

p. Aïo-

2^ Édit. du 20 ^plrnibre 1722.

• ^« M. M.rai., op. cit., t. II, p. 363; 10 oc lobro 17:^2.

=^ M. Marais, op. cit., t. H. P- âfig-^TO ; novembre 1722.

LA DEHMÈKE AXNl^E DE DUBOIS 403

avec un mouvement de fièvre et mal à la têt^, on craignit la petite vérole et l'alarme fut dans Paris ou chacun faisait déjà son commentaire; on disait qu'il avait été empoisonné en communiant le jour de la Purification. Le mardi-gras, le Régent se i>endit à Versailles de bon matin; on fit U saignée le o on I)urgea le 10 <( et ainsi a fini la maladie^* ». Elle avait duré assez pour mettre bien des soupçons sur le compte du Régent, aussi envoya-t-on des commissaires dans les maisons dire, par ordre supérieur, que le Roi se portait bien et qu'il n'y avait rien à craindre".

Il n'y avait rien non plus à espérer. Depuis son sacre, l'enfant devenait loquace à ses heures : (( Je veux » disait-il. « La volonté du Roi est la loi ». Il refusait d'étudier, se moquait de son gouverneur et mettait l'évêque Fleury, son précepteur, à la porte de son cabinet'», ou bien il donnait ordre que désormais il n'y eut plus deux lits dans sa chambre'^; tout ceci ne dura guère et, à la veille de la majorité, on savait que tout irait après comme devant et que le Roi lui-même avait prié sous-intendant, gouverneur, précepteur, de lui continuer leurs soins, commandé de laisser le deuxième lit dans sa chambre et repris sa taciturnité. Étant né le i5 février 1710 à huit heures du matin, Louis XV entrait le mardi 16 février, dans sa quatorzième année : Attigit annarn quatuordecimiirn, aux termes de l'édit de Charles V du mois d'août 1374. « Le 16 au matin, raconte le duc d'Antin, M. le duc d'Orléans vint au réveil du Roi. Il n'y avoit que M. le Duc, M. le duc de Trcsmes et moi. Il dit à Sa Majesté, qu'il venoit llui remettre le soin de l'État qu'il avoit bien voulu lui confier; qu'il avoit le bonheur de lui rendre tranquille en dehors et en dedans; qu'il avoit fait de son mieux, et contimieroit toute sa vie ses services avec le même zèle et la même affection; et qu'il étoit présentement le maître absolu. Le Roi ne répondit rien", car il ne répond rien à personne; il fut même assez sérieux dans son lit; mais quand il fut levé et retiré dans son cabinet, il parut fort fjai et fort content. Une puce l'incommodoit; M. de Fréjus lui

M. Marais, op. cit., t. II, p. 409-^10; Baxbier, Journal, t. I, p. 254-255;

-iv^at. Journal, t. II, p. 434; P.-E. Léniontey, Histoire de la Régence, t. Il]

'' M. Marais, op. cit., t. II, p. 4io-4ii, février 1723. M. Marais, op. cit., t. II, p. 370; novombiT 1722. Les Correspondants de la Marquise de BalUroy, février 1723, t. H

" Barbier, Journal, t. I, p. 267 : « On dit qu'il ne répondit rien à M. W •n»c dOiiéans, le mardi 16... »

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