‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 129 sur 193 · HA · texte numérisé non relu

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Lit de Justice

La dernière

ph»se de

Dubois

L'abbaye de Saiot-Beitin

dit ■ « Sir€, vous êtes majeur, vous pouvéi ordonner sa puni- Son» - .. Qu'on la pende » dit-il" » - Le soir, .1 donna 1 ordre pour la première fois aux gardes du corps et aux mousquetaires. Ainsi s'ouvrit le règne 1 « H y a longtemps qu on par ait de ce jour, enfin arrivé». Dieu veuille, disait-oh, que ce soit pour sa gloire et pour notre bonheur!" » j • , i

Le 20 Louis XV arriva à Paris sur les six heures d" ««ir, et le lundi 2^ se rendit du Louvre au Parlement en grand cortège, entendit la messe à la Sainte-Chapelle et se rendit a la Grand - Chambre où toute la séance fut bâclée en une heure^Le duc d Or léans parla, le vice-chancelier complimenta, le Roi prononça trois m'ots qu'on n'entendit pas et ce fut tout^ .- On eto.t fou d attendre dans ce jour autre chose d'un enfant de treize ans », qu. ne voulut aller ni à la Comédie, ni à l'Opéra maigre toutes les instances, et ne répondit pas un seul mot à tous les compliments . - Il n'existait ^lus de Régence ni de Régent, mais le premier acte que le ieune Roi avait fait de son autorité maintenait le duc d'Orléans à la tête de toute l'administration et confirmait le choix déià fait du cardinal Dubois pour premier ministre . « Parti très sage, disait le public, n'étant pas naturel de livrer a luimême un prince s. jeune et qui ne sait encore r en" »; mais parti qui livrait le royaume au premier ministre. Çelui-c, croyait-on, l s'emparoit furieusement de l'esprit du Roi et les grandes politiques prévoyoient quasi que le duc d'Orléans pourroit être la dupe du gros crédit et de la place » que sa nonchalante complaisance avaient donnés à Dubois".

Ce dernier était revenu du voyage de Reims détermine a ne plus lésiner sur rien, à ne plus ménager personne. Il avait tenu table ouverte, traité les princes du sang, étonne ses hote« par son luxe tellement, écrivait son neveu le factotum, qu .. il est Uni a craindre que cela n'ait un peu dérangé les affaires, car il fandi longtemps pour remplacer de si gros frais, ...aussi notre homme

" Mémoires du duc d'Antin, cité* par E. Lcmontey, cités par P.-E. I^" moiiloy, op. cit., t. Il, P- 8i, note i. " Barbier, op. cit., t. I, p. 256.

" M. Marais, op. cit., t. I, p- 4i3.

" Barbier, op. cit., t. I, P- a^g. j

3' Barbier, op. cit., t. I, p. ^Sg; M. Mam« op. c. l. "■ P; /"jf, procte-verbal du lit de justice, dans Buvat, op. cit., l. II ,p. 478-479 «' Marais, op. cit., t. II, p- 434-435.

" Buvat. Journal, l. II, P- 48o, procès-verbal du lit de justice. " M. Marais, Journal et Mémoire!:, t. Il, p. 4io; février 17^3. " Barbier, Journal, t. I, p. 34»; décembre 1722.

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LA DERNIÈRE ANNÉE DE DUBOIS

est-il de mauvaise humeur extraordinairement'*^ » Ceci ne dura guère, Dubois détenait la feuille des bénéfices''^ où il était inscrit déjà pour six abbayes; Nogent-sous^oucy et Saint-Just, chacune de dix mille livres; Airvaux et Bourgueil, chacune de douze mille; Cercamp, de vingt mille; Bergues-Saint-Vinoc, de soixante mille; prévoyant la vacance prochaine de l'abbaye de Saint-Bertin à Saint-Omer, il s'en fit offrir le titre et le revenu qui était de cent mille francs de rente''\ Le nonce, instruit de ce nouvel accroc donné aux saints canons, écrivit à Rome de ne pas refuser mais de faire traîner les choses en longueur. Dès que le solliciteur comprit cette tactique, il écrivit à l'abbé de Tencin de pousser cette affaire et de réussir. Que lui opposait-on avec la pluralité des bénéfices.»^ Richelieu en avait possédé vingt et Mazarin vingt-deux. Et lui, Dubois, n'avait-il pas déployé plus de zèle que ses prédécesseurs pour le service de la religion.»^ N'avait-il pas été « une colonne inébranlable que nul intérêt, nulle considération et nulle machine n'avait fait chanceler? » N'avait-il pas exploité pour le service de l'Église la confiance de Son Altesse Royale .^^ N'avait-il pas soumis le clergé? Qui plus que lui faisait profession de vénérer le Saint-Père, de se souvenir de ses bienfaits? Suivant sa méthode constante, qu'un Tencin, un Lafitau, un Ghavigny connaissaient bien, Dubois dissimulait la menace afin qu'on sût qu'il saurait y recourir en cas de résistance : « loin que ce soit dans l'intention de faire la moindre violence, c'est au contraire pour témoigner [au Pape] plus de respect », que le ministre sollicitait Sa Sainteté. Non content de forcer les malheureux religieux de Saint-Bertin à solliciter sa nomination, Dubois s'avilissait jusqu'à énumérer ce qu'il appelait ses titres à la nouvelle faveur pontificale, c'était le recours constant à la force pour imposer un chanoine, déplacer un professeur, bouleverser une institution afin de contrarier le cardinal de Noailles et le parti janséniste^\ Le duc d'Orléans appuyait cette demande et laissait entrevoir au Souverain Pontife qu'en accordant cette grâce, Sa Sainteté ne ferait que faciliter [au premier ministre] les moyens de

*^ Dubois (nev«ii), Belation du fiorre de ï.niiis XV, dans V. de Seiîhac, Dubois, t. II, p. 250.

-M. Marais, op. cit., t. II, p. 34i ; st^ptemhrc 1722. M. Marais, op. cit., t. II, p. 4G8 ; juin 1723. ** Archiv. des Aff. Êtrang., Rome, t. 6A8, fol. 254-261 : Dubois à Tencin, '5 juin 1728; voir Buvat, Journal, t. II, p. 261; 286; L. Legendre, Mémoires publiée diaprés un tnanuscrit authenlique avec des notes, par M. Roux, in-8, l'aiis, i863, p. Sô^-SqS.

mil

L'Aoadémie fraiiçtiisB

travailler encore plus efficacement à soumettre les réfractaires à l'obéissance due au Saint-Siège". » Innocent XIII tarda encore un peu", mais il céda cl l'annonça lui-même à Tencin « accompagnant ' cette grâce des expressions les plus touchantes et les

plus tendres" ». . • j.

Pendant cette négociation, le cardinal avait i)oursuivi d autres avantages. Non seulement il gratiew^ait fort Messieurs de la Ville", mais il s'attirait la bienveillance des académies. D'abord il jeta son dévolu sur l'Académie française, où il comptait des amis A des compères. Languet de Gergy, évêque de Soissons le haranguait en ces termes : « Formée sous les auspices du cardinal premier-ministre, l'Académie en voit avec plaisir reparaître l'image et elle se flatte de voir bientôt dans la même dignité les mêmes prodiges. Elle se flatte de trouver en vous un second Richelieu". » Dubois répondit assez mal et se contenta « en repassant près du cardinal de Rohan, de lui dire, en lui frappant sur sa bedaine, qui est assez grosse : « Monseigneur, vous m avez fait rougir" ». Ainsi fut posée la candidature. Fontenelle se chargea du "reste; un peu aussi Dacier qui, pour faire une vacance, s'empressa de mourir". Le i6 octobre, on savait que le cardinal avait accepté la place que lui offrait rAcadémie". « M. le cardinal de Rohan et M. lëvêquc de Fréjus, disait sa lettre, m'ont demande s'il ne conviendroit pas d'accepter une place à l'Académie française. Je leur ai répondu que c'étoit la seule dignité qui pouvo.l être ajoutée à ma fortune. Voilà mes sentiments sur lesquels l'Académie peut régler les siens sans aucune contrainte et sous aucune condition. Je bornois mon ambition à être votre ami, Monsieur, on m'a tenté et je me laisse aller jusqu'à ne pas rougnd'être votre confrère" ». Élu le 19 novembre, reçu le 3 decembiT par Fontenelle qui le traita de Monseignear, contre l'usage d'éga-

^ Archiv. des Aff. Ëtrang., Bom<î, t. m, fol. ^45 : le duc d^Orléans au

Papey. 25 juin 1723. » . > r, u •

*• Archiv. de, AJf. Etrang., Rome, t. 649, fol. 2a : Tencin a Dubois,

C juillet 1723. . . rk I •

*' Archiv. des Aff. Êtrang., Rome, t. 6.'i9, fol. 121 : Tencin a Dubois. 20 juillet 1723.

" Barbier, op. cit., t. I, p. 2^8, décembre 1722.

*» Gazette de Hollande, 22 septembre 1722; M. Marais, op. cit., t. Il, F

358; septembre 1722.

*» M. Matrais, op. cit., t. Il, p. 34i ; 5 sepU^mbre 1722.

*^ M. Marais, op. cit., t. II, p. 36 1 ; septembre 1722.

" Les Correspondants de Mme de Balleroy, t. Il, p. hgf\.

" Bihl nat., Recueil de Cangé, Mélanges historiques, 67 (non folioté).

LA DERNIÈRE ANNfiE DE DUBOIS

Autres honneurs

liser tous les rangs entre les savants". La harangue de Dubois fut concise et médiocre. Il a (( bien prononcé » écrit l'un"; il a une « éloquence digne de son rang » dit l'autre''.

Non seulement Dubois est académicien, mais il veut que son secrétaire le soit aussi, propose cet abbé Houteville, et le fait élire, au pied levé, contre l'abbé d'Olivet". Toutes les académies vont so disputer un associé « qui peut tout et ne doute de rien'' ». Le ,:> décembre, l'Académie des Sciences l'élit à la place laissée , vacante par d'Argenson'' et, le 3t, elle lui attribue la présidence pour l'année suivante. Le 8 janvier, c'est l'Académie des Inscriptions qui l'élit membre honoraire et surnuméraire*". Dubois prenait goût à tous ces hommages. Au sacre du Roi, il avait su arrancTQT toutes choses de manière à se détacher des autres cardinaux pour gagner petit à petit une sorte d'estrade qu'il occupait seul, comme un trône. Au lit de justice de la majorité, le premier ministre avait espéré gagner une nouvelle distinction, et, comme au début de sa carrière officielle, il se fournissait de mémoires et de preuves pour soutenir ses revendications. Au P. Daniel, apoplectique, succédait le P. Tournemine qui disserte doctement et h modeste Lancelot qui devine ce qu'on veut lui faire dire. Dubois priait ce dernier de rechercher « depuis quel temps les éveques n'étoient plus appelés aux lits de justice, quelles places ils occupoient quand ils y étoient admis ». Mais la réponse ne pouvait servir de rien et Dubois dut s'abstenir devant la menace d'un scandale : tous les pairs ayant donné parole de sortir s'il entrait'\ Le cardinal se flatta de pénétrer dans la Grand'Ghambre comme représentant du chancelier, ce qui excluait le garde des

=;coaux, mais il lui fallut y renoncer .

Cette ambition, d'où la vanité n'était pas exclue, donna l'alarme Lutierontre .1 tous ceux qu'elle menaçait d'un sort qui n'avait pas épargne le ^e Viiieroy

a-ingeau. Journal, t. XVI, p. i73; M. Marais, op. cit., t. ÏT, p. 07^^ ^70,

.HS2, 386. , . " ,,

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 373, 379, à la lecture, il le trouve « d un

l>on style et très noble ».

'"^ Les Carrer pondants de Mme de Balleroy, t. Il, p. 5o3.

" M. Marais, op. ciL, t. II, p. 379; décembre 1722 : Les Correspondants, 1. II, p. 507; 19 décembre 1722.

'" M. Marais, op. cit., t. II, p. 379.

*• Archiv. nat., 0\ 3C.9; 20 drcmbre 17P2; Les Correspondants, t. II,

>^- ^^^' TT ce c •

'' Les Correspondants de la marquise de Balleroy, t. II, p. 5i5; i5 janvier

•' M. Marais, op. cit., t. II, p. 4o3-4o'j ; janvier 1753. M. Marais, op. cit., t. II, p. M, 4io, 4i6, 4i«.

vieux mar-échal de Villeroy, quoiqu'il fut comme « un second roi de France" ». A Lyon, le vieillard ruminait encore des espérances de faveur, comptait sur son rappel à la majorité*\ adulait le duc de Chartres, la duchesse d'Orléans, Villars et d'Estrées. Il pensait pouvoir compter aussi sur Noailles, Daguesseau, Torcy, Noce et Canillac et, sans tout savoir, le duc d'Orléans savait assez pour prendre ses mesures au début de l'année 1723. Il envoyait le chevalier de Marcieu faire une tournée dans le royaume et donner le mot à des hommes sur la vigueur desquels on pouvait s'appuyer en toute circonstance : Médavy, à Grenoble; Saint-Mars, à Lyon; Basville, en Languedoc". Dubois avait prescrit cette précaution, mais il lui en fallait d'autres. Voulant, disait-il, travailler « sur h matière première », il cherchait à capter la confiance et l'amitié du Roi. Le jour de l'an i7?!3, il lui offrit un écureuil dans une cage ayant coûté dix mille écus"; le surlendemain le duc d'Orléans commença la leçon d'instruction ])oIitique par une invective contre Villeroy qui dura trois séances. C'était un véritable acte d'accusation dont Dubois avait écrit le texte que lisait docilement son ancien élève. Après avoir remonté aux premières années du maréchal, l'avoir représenté comme un homme gâté par la Cour dont il se fit chasser pour ses vues insolentes sur Mlle de La Vallière, Dubois montrait sans peine, on peut le croire, l'incapacité, l'arrogance, les ridicules de ce vieillard ambitieuxJqui ne \ïsv qu'à s'établir premier ministre à la majorité. Non «ans raison, mais avec une cruelle vérité, on rappelait au jeune Roi les boutades de son gouverneur, ses reproches, « ses corrections déplacées en public, capables de faire croire en France et même à l'étranger que Sa Majesté était remplie de défauts », ses coquetteries (( avec le Parlement, le peuple de Paris et des halles, dangereuses en un royaume où l'autorité doit demeurer absolument monarchique. » Ses insolences prodiguées au duc d'Orléans, au cardinal Dubois, au cardinal de Bissy, l'attitude prise dans l'affaire du confesseur où « il ne cessa de conseiller des coups d'autorité, à dessein de causer du trouble et de porter le cardinal de Noailles à quelques excès ». Enfin, le 5 janvier, le prince conclut : (( Je puis encore être nécessaire à Votre Majesté pour 'le

" M. Marais, op. cit., t. II, p. 4i4; février 1723.

** Arcliiv. des Aff. Êtrang., France, Mémoires et Documents, t. i253, fol. 118 : M. Du Libois à Dubois, octobre 1722.

** Archiv. des Aff. Etranq., France, Mémoires et Documents, t. 1266, fol 65, 70 : M. de Marcieu au duc d^Orléans, 19 août 1728.

•• Les Correspondants de la marquise de Balleroy, t. IT, p. 5i5; S janvi( r

LA DERNIÈRE ANNÉE DE DUBOIS

maintien des alliances étrangères et pour la restauration des finances; mais je ne saurois habiter en même lieu avec M. de Villleroy. Je ne suis point haineux ni vindicatif, tout homme le sait; mais je suis incompatible avec M. de Villeroy, parce que M. de Villeroy est incompatible avec le bien de votre royaume*'. » Louis \V écoula en silence cette longue diatribe, puis (( sur l'article de donner parole de ne pas faire revenir le maréchal, iil ne répondit rien". »

Dubois eut peur. Tl savait que Fleury, M. le Duc, quelques autres personnes admises dans l'intimité du Roi et au-dessus des atteintes du ministre, défendaient le maréchal et les autres exilés'*. Un nouvel adversaire plus redoutable se déclarait alors, le propre fils du duc d'Orléans, Louis, duc de Chartres. Ce jeune |)rince était entré au conseil royal au mois de juin précédent, n'ayant que dix-neuf ans, Dubois, à peine nommé premier ministre exigea que les autres ministres vinssent travailler avec lui et (( tout ce qui sera obligé de passer nécessairement par le premier ministre, ne peut, ajoutait-il, échapper à Son Altesse loyale et restera nécessairement dans ses mains'** ». Le duc de (Ihartres déclara que si son père l'obligeait à travailler avec le car (linal, il n'irait que pour l'insulter. C'était un allié précieux pour les adversaires de Dubois dont « l'inquiétude, nous dit le chevalier Schaub, le 9.0 janvier, est montée au plus haut point... Il a des ennemis qui ne s'endorment point, les uns luy sont communs avec le Régent, et les autres s'attachent à lui aliéner ce prince, en quoy ils ne pourroient mieux réussir qu'en luy faisant regarder comme chancelante Tamitié du Roy [d'Angleterre], c'est-àdire la base de toute la fortune du cardinal. « L'amitié fidèle de lord Carteret soutenait dans cette crise le cardinal, comme autrefois l'amitié de lord Stanhope l'avait réconforté dans des circonstances analogues. Dubois entraînait Schaub dans le cabinet (in Régent afin de lui faire lire cette lettre de Carteret, où une lettre de lord Townshend non moins catégorique sur la nécessité de maintenir l'alliance franco-britannique qui « a fait jusqu'à présent la principale force tant du maître que du ministre ». La coterie n'avait donc à espérer aucun appui de TAn- ^'leterre et Dubois s^acharnait plus que jamais à voir le duc de

'^ C. de Sévclinges, op. cit., i. II, p. 32i ; P.-E. Lémontey, op. cit., t. II, P- 77-79 * Em. Bourgeois, Le secret de Dubois, p. 4ii-

" Archiv. des Aff. Êtrang., France, Mémoires et Documents, t. i255, fol. 4, Journal inédit de Dubois, 5 Janvier 1723.

" Ibid.

'* C. de Sévelinges, op. cit., t. II, p. 3oo : Dubois au Régent, ik octobre

Et contre

le duc de

Chartres

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LA DERNIÈRE ANNÉE DE DUROIS

Intervention

duchevalier

Schaub

Chartres, le comte de Toulouse venir dans son cabinet et travailler avec lui.

La journée décisive arrive enfin. Le 23 janvier, le duc de Chartres, en présence de son père, de La Vrillière et dé Le Blanc dit au cardinal : <( Je suis mécontent de vous, sachant que vous détournez mon père d'une chose qu'il m'avait déjà accordée » — « Je n'ay jamais parlé à Monsieur votre père de ce qui vous concerne qu en votre présence, réplique Dubois; et j'ay parlé pour ce que j'ay cru être le mieux pour vous-même. Si vos intérêts pouvoient être contraires à ceux de votre père, je serois pour les siens contre les vôtres; mais ils sont inséparables, et ce seroil vous couper la gorge à tous les deux que de vous accorder ce que vous demandez. Je ne puis pas vous trahir pour vous complaire, tant que votre père se sert de mes conseils. Toute ma complaisance ne peut aller qu'à vous épargner ma vue; et je sacrifieray volontiers le plaisir que j'ay à vous servir à la satisfaction que vous auriez de mon éloignement. Mais sachez que cette satisfaction vous seroit commune avec tous les ennemis de votre père. » Dubois attendait à la suite de cette leçon discrète des reproches plus sévères que seul le Régent pouvait adresser à son fils, mais le prince se contenta de dire : « Mon fils n'est qu'un enfant )>. — C'était trop peu et Dubois s'en plaignait à Schaub, « Comment voulez-vous que je me tue à servir un prince qui donne champ libre à tous ceux qui lui parlent mal de moy et qui excitent contre moy et sa femme et son fils? Je sais las de lutter contre sa famille, et j'iroi plutôt me cacher au bout du monde que d'y rester assujetti davantage. »

Schaub se charge de ménager un raccommodement, en réalité de travailler à implanter définitivement Dubois à la veille de la majorité de Louis XV. Le représentant britannique va trouver le Régent, lui expose les appréhensions que suscite eelte majorité survenant presqu'à l'heure où des malintentionnés répandent le bruit que l'Angleterre n'attend que cette circonstance pour abandonner ses liaisons avec la France. Le Régent avait ou vent, lui aussi, de ces rumeurs et souhaitait une franche explication. Schaub lui donna à lire la lettre de lord Carteret qui « couchée avec tant de dextérité, de solidité et d'ingénuité, ne pouvoit man quer d'emporter conviction entièfe. » En effet, tous les traits portèrent coup et le Régent, rassuré, se déclara inébranlablement

attaché à l'allianee. .

On a, reprit Schaub, une sorte d'inquiétude. L'élévation du cardinal au premier ministère, moyen le plus propre à passer sans risque de la minorité à la majorité, paraissait rester à moi-

tié chemin; ce que le public ne pouvait attribuer qu'à méfiance ou mésintelligence entre S. A. R. et le cardinal. Rien des gens cherchaient, disait-on, à lui donner de la jalousie contre le cardinal.

— « Je sais, interrompit le Régent, que Von ne manque pas <le bonne volonté pour nous désunir, mais il faudroit que j'eusse perdu le sens pour devenir jaloux du cardinal. Après tout, je pourrois encore me soutenir sans luy, mais il ne sauroit se soutenir sans moy. Je sais que je puis compter sur luy; mais je sais aussi qu'il ne sauroit me manquer sans se déshonorer et sans se perdre.

— « C'est par cette même attitude, répliqua Schaub, que nous sommes toujours si soigneux de la conservation du cardinal, étant convaincus par notre propre expérience et par la vôtre, qu'il est votre seul instrument auquel vous et nous puissions avoir une entière confiance. Mais votre persuasion ne suffît point; il ne faut pas que le public la puisse mettre en doute; et on sait que l'on excite contre lui Mme la duchesse d'Orléans et M. le duc de Chartres. -^

— « Je ne puis pas répondre de ma femme, qui a toujours ses frères en tête; mais ce n'est qu'une femme dont les importunités ne me séduiront point; et mon fils n*est qu'un enfant que je inorigéneray bien. Il est vrai que mon fils s'entête sottement du travail direct avec le Roi, et qu'il ne sait oe qu'il veut; mais je lui feray entendre raison là-dessus d'un façon ou d'une autre; vous pouvez y compter. Mais aussy le cardinal Dubois se tourmente plus qu'il n'est nécessaire de ces traits de jeunesse, dont il devoit bien croire que je viendrois à bout avec un peu de tems et de peine... Le cardinal a plus d'esprit que moy, mais j'ay plus de courage que luy; et étant bien unis ensemble, il ne pourra gfuère nous arriver de mésaventure, pour peu que nous soyons attentifs^*. » '

La majorité s'étant accomplie suivant les rites et avec les effets prévus, le gouvernement du duc d'Orléans et de Dubois continua. Le prince prit soin de dire à Schaub qu'il n'y aurait nul autre changement, hors qu'à la place du Conseil de Régence, il V aurait un Conseil Royal composé de lui, du duc de Chartres, le M. le Duc, du cardinal Dubois et de l'évêque Fleury. « Nous y

'' Public Hecord Office, France, vol. SSq : Schaub à lord Carteret, Vcr- • illos, 9.0 janvier 175(3; Schaub était alors ambassadeur, sur sa carrière, voiç ' Piohon, Histoire du comte d'Hoym, Ln-8, Paris, i88o, t. I, p. aXo-aSS : /•' Cbrunlier Schaub.

Toute puissance de Dubois

. ik,

LA DERNIÈRE ANNÉE DE DUROIS

Ven){eances de Dubois

mettons oe dernier pour plaira au Roi; mais vous voyez bien que nous ne laisserons pas pour cela d'être les plus forts". » Ainsi Dubois triomphait de la cabale et de son nouvel adversaire condamné à siéger à ses côtés. Le public ne s'y méprenait pas et disait que (( le cardinal avoit plus de crédit depuis la majorité qu'auparavant'' »; les diplomates en convenaient sans détours. V Nonobstant la majorité, rien n'a changé, écrivait-on au roi de Prusse; c'est le même esprit; ce sont les mêmes personnes qui gouvernent, avec cette différence que le gouvernement du Roi pourra être plus nerveux, parce que le Parlement n'aura plus les mêmes prétextes pour arrêter l'exécution des choses. D'ailleurs le propre Conseil du Roi sera plus uniforme dans les senti ments des membres qui le composent. C'est ce qui fait que, malgré la majorité, M. le duc d'Orléans et M. le cardinal sont autant les maîtres qu'ils l'ont été pendant la Régence et avec moins^ de ménagement parce que tout se fait sous le nom seul du Roi'*. » La cabale des mécontents ne tarda pas à apprendre ce qu'il en coûte d'être vaincus. Le jour même de la majorité, i6 févri(M, des lettres de cachet invitèrent le maréchal de Villeroy, le duc de Noailles et le ch-incelier Daguesseau u à rester jusqu'à nouvel ordre où ils sont » et pour qu'ils ne pussent ignorer de qui partait le coup, il était dit que <( M. le cardinal Dubois ferait expédier ces lettres". » Peu de temps après le duc de Chartres reçut l'invitation à résigner sa charge de colonel-général de l'infanterie qui procurait le (( travail » avec le Roi'*. Le comte de Toulouse, autre mécontent, chef du conseil de Marine, qui avait survécu à la suppression de 171 8, apprit qu'il n'était plus rien, le conseil supprimé", Morville nommé secrétaire d'État de la mnrine et Dubois en passe de se faire nommer Surintendant des

^« Public Record Office, France, vol. 359 : Schaiib à lord Cartere«, Paris. 24 févrkr ^728; M. Marais, Journal et Mémoires, t. Il, p. 4i7. «8 levri-i

" Barbier, Joi^rnal, t. I, p. 262, mars 1723. ^* Archiv. des Aff. Etrmu,., Pvu^, t. 70. fol. 36() : Chamhrier au ro. ^^'

Prusse, 3i mars 1728. cr f 1

« Archiv. des Aff. Etrang., France, Mémoires et Documents, t. i255, loi.

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