‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 133 sur 193 · TOME ni · texte numérisé non relu

TOME ni

Triste état

du duc d'Orléans

jeune fille de seize ans, Mlle Houel, nièce de Mme de Sabran'*. Cette nouvelle passion lui attirait de nouveaux tracas", mais ajoutait à son épuisement. Un matin, Saint-Simon Talla visiter à Versailles et le trouva u qu'il alloit s'habiller, et qu'il étoit encore dans son caveau dont il avoit fait sa garde-i^obe. 11 y étoit sur sa chaise percée parmi ses valets et deux ou trois de ses premiers officiers. J'en fus effrayé. Je vis un homme la tête basse, d'un rouge pourpre, avec un air hébété, qui ne me vit seulement pas approcher. Ses gens le lui dirent. U tourna la tête lentement vers moi sans presque la lever, et me demanda d'une langue épaisse ce qui m'amenoit. Je le lui dis, mais je demeurai si étonné que je restai court. Je pris Simiane, premier gentilhomme de sa chambre, dans une fenêtre, à qui je témoignai ma surprise et ma crainte de l'état où je voyois M. le duc d'Orléans. Simiane me répondit qu'il étoit depuis fort longtemps ainsi les matins, qu'il n'y avoit ce jour rien d'extraordinaire en lui, et que je n'en étois surpris que parce que je ne le voyois jamais à ces heures-là; qu'il n'y paroîtroit plus tant, quand il se seroit secoué en s'habillant.

(( Cet état de M. le duc d'Orléans me fit faire beaucoup de réflexions. Il y avoit fort longtemps que les secrétaires d'État m'avoient dit que, dans les premières heures des matinées, ils lui auroient fait passer tout ce qu'ils auroient voulu, et signé tout ce qui lui eût été le plus préjudiciable. G'étoit le fruit de ses soupers. Lui-même m'avoit dit plus d'une fois depuis un an, à l'occasion de ce qu'il me quittoit quelquefois, quand j'étois seul avec lui, que Chirac le purgeottait sans cesse sans qu'il y parût, parce qu'il étoit si plein qu'il se mettoit à table tous les soirs sans faim et sans aucune envie de manger, quoi qu'il ne prît rien les matins, et seulement une tasse de chocolat entre une et deux heures après-midi, devant tout le inonde, qui étoit le temps public de le voir. Je n'étois pas demeuré nmet avec lui là-dessus; mais toute représentation étoit parfaitement inutile. Je savois de plus que Chirac lui avoit nettement déclaré que la continuation habituelle de ses soupers le conduiroit à une prompte apo plexie ou à une hydropisie de poitrine, parce que sa respiration s'engageoit dans des temps, sur quoi il s'étoit récrié contre ce dernier mal qui étoit lent, suffoquant, contraignant tout, montrant la mort; qu'il aimoit bien mieux l'apoplexie qui surprenoit, et qui tuoit tout d'un coup sans avoir le temps d'y penser.

" M. Marais, op. cit., l. II, p. 46/i, 466, juin 1723. ^* M. Marais, op. cit., t. III, p. i5, avril 1728.

LE MINISTÈRE ET LA MORT DU DUC D'ORLÉANS 4^5

« Je vivois fort en liaison avec l'évêque de Fréjus, et puisque avenant faute de M. le duc d'Orléans, il falloit avoir un maître autre que le Roi, en attendant qu'il put ou voulût l'être, j'aimois mieux que ce fût ce prélat qu'aucun autre. J'allai donc le trouver, je lui dis ce que j'avois vu le matin de l'état de M. le duc d'Orléans; je lui prédis que sa perte ne pouvoit être longtemps différée et qu'elle arriveroit subitement; que je conseillai donc au prélat de prendre ses arrangements et ses mesures avec le Hoi sans y perdre un moment, pour en remplir la place, et que cela lui étoit d'autant plus aisé qu'il ne doutoit pas de l'affection du Roi pour lui, qu'il n'en avoit pour personne qui en approchât, et qu'il avoit journollement de longs tête-à-tête avec lui, qui lui offroient toutes les facilités de s'assurer de la succession! <« Je trouvai un homme très reconnaissant en apparence de cet avis et de ce désii-, mais modeste, mesuré, qui trouvoit la place au-dessus de son état et de sa portée. Ce n'étoit pas la première fois que nos conversations a voient roulé là-dessus en général, mais c'étoit la première fois que je lui en parlois comme d'une chose instante. Il me dit qu'il y avoit bien pensé, et qu'il ne voyoit qu'un prince du sang qui pût être déclaré premier ministre sans envie, sans jalousie et sans faire crier le public; qu'il ne voyoit (jue M. le Duc à l'êti^. Je me récriai sur le danger d'un prince du sang, qui fouleroit tout aux pieds, à qui personne ne pourroit résister, et dont les entours mettroient tout au pillage; que le feu Roi, si maître, si absolu, n'en avoit jamaisi voulu mettre aucun dans le conseil pour ne les pas trop autoriser et accroître. Et quelle comparaison d'être simplement dans le conseil d'un homme qui gouvernoit, et qui étoit si jaloux de gouverner et d'être le maître, ou d'être premier ministre sous un roi enfant, sans expérience, qui n'avoit encore de sa majorité que le nom, sous lequel un premier ministre prince du sang seroit pleinement roi! J'ajoutai qu'il avoit eu le loisir depuis la mort du Roi de voir avec quelle avidité les princes du sang nvoient pillé les finances, avec quelle opiniâtreté ils avoient protégé Law et tout ce qui favorisoit leur pillage; avec quelle audace ils s'étoient en toutes manières accrus; que de là il pouvoit juger de ce que seroit la gestion d'un prince du sang premier ministre, et de M. le Duc en particulier, qui joignoit à ce que je venois de lui représenter une bêtise presque stupide, une opiniâtreté indomptable, une fermeté inflexible, un intérêt insatiable, et des entours aussi intéressés que lui... Fréjus écouta ces réflexions avec une paix profonde, et les paya de l'aménité d'un sourire tranquille et doux. 11 ne me répondit pas à une des objections

Ëûlretien

de Sain'-

Simou avec

Fleury

■tl

La petite Yérole

que j€ venois de lui faire, que par me dire qu'il y a voit du vrai dans ee que je venois de lui exposer, mais que M. le Duc avoil du bon, de la probité, de l'honneur, de l'amitié pour lui; qu'il devoit le préférer par reconnoissance de l'estime et de l 'amitié que feu M. le Duc lui avoit toujoum témoignée, et de l'entière confiance qu'il avoit eue en lui...; qu'au fond, de M. le duc d'Orléans à un particulier, la chute 'étoit trop grande; qu'elle écraseroit les épaules de tout particulier qui lui succéderoit...; que dans la conjoncture dont je lui parlois comme prochaine, il n'étoit pas possible de jeter les yeux que sur un seul prince du sang, et parmi eux sur M. le Duc, qui étoit seul d'âge et d'état à remplir cette importante place; qu'au fond il n'étoit point connu du Roi et n'avoit nulle familiarité avec lui, qu'il auroil donc besoin de ceux qui étoient autour du Roi, et dans son goût et sa privance; qu'avec ce secours et les mesures que M. le Duc seroit obligé d'avoir avec eux, tout iroit bien; qu'enlin plus il y pensoit et y avoit pensé, plus il se trouvoit convaincu qu'il n'y avoit rien que cela de praticable". »

11 fallait attendre l'événement et chaque jour apportait son lot de nouvelles. La petite vérole ravageait Paris, « tuant tout le monde'' », emportant ^rois mille enfants en quelques mois='; la vieillesse emportait aussi quelques retardataires du dernier règne : l'abbé Fleury^% le duc de Lauzun", le Premier Président de Mesmc'"; l'inconduite des princes du sang défrayait les conversations^^; le goût du jeune Roi pour la chasse s'aflirmait chaque jour'' et, au retour, il soupait avec ceux qui l'avaient accompagné, hommes et dames de la Ck)ur et autres : <( H n'y a, disait-on, que ce plaisir-là qui paroisse le toucher'' »; l'Infautc-

3'* Sai-nt-Simon, Mémoires (i858) t. XX, p. 29^3.

=« M. Marais, op. cit., t. III. p. i, 16, 33, 38, 39, 43; Barbkr, op. cit., l. I. p. 302; aoîit-no\ emhre 1723.

" M. Marais, op. cit., t. III, p. i; août 1723.

" Barbier, op. cit., t. I, p. 289-290; M. Marai«, op. cit., t. II, p. 4791 t- "'•

^'2«" Saint-Simon, Mémoires (i858), t. XX, p. 37-67; M. Marais, op. cit., t. m, p. 39-40, 41-42; novembre 1723; M. de Maltot à Mme de Balleroy. 20 oclobixi 1723, dans Les Correspondants, t. II, p. 544-

^» Barbier op. cit., l. I, p. 298; M. MaTais, op. cit., t. III, p. 12; Nunt-

Simon, Mémoires, t. XX, p. 21. « .. , . i ♦ i

31 M. Mai-ais, op. cit., t. III, p. 18; ^-ptembrc i7^3; Barbier, op. cit., l. i.

p. 275-276; mai 1723. ,

-Barbier, op. cil., t. I, p. 281-283, juin 1723; L. Mar, Vne grande ch a ss au boi^ de Boulogne, dans Bulletin de la Société historique dWuteuil et <ie

Passy, 1898, t. III, p. 168.

" M. Marais, op. cit., t. III, p. 32, 45; septembre 1723.

LE MINISTÈBE ET LA MOBT DU DUC D'OBLÉANS.

Reine, toujours négligée de son jeune fiancé, avait d'autres distractions, elle se faisait agréger avec ses dames à la confrérie du Rosaire'*.

L'été suivait son cours et une sécheresse presque sans exemple laissait entrevoir une récolte médiocre. Peu de foin, très peu d'avoine, les froments et les vignes semblaient compromis^^; la disette du bois faisait peur et faisait porter la défense de couper aucun bois taillis qu'il n'ait dix ans et sans déclaration aux maîtrises^". Restiaux et volailles continuaient de périr à la campagne presque par tout le royaume, faute d'eau et par l'effet du manque de nourriture résultant d'une sécheresse durant depuis six mois environ. Pour cette raison, la chandelle se vendait quinze sols la livre, le pain trois sols six deniers* et quatre sols six deniers la livre, la viande n'avait d'autre prix que le caprice des bouchers, des rôtisseurs et des charcutiers'^. Depuis le mois de mai, des foules se dirigeaient en procession à Sainte-Geneviève, a mais le temps est si fort déterminé à la sécheresse, écrit l'avocat Rarbier, qu'on n'a pas osé descendre la châsse, crainte de commettre son crédit'* »; on s'y décide enfin, le 9,b octobre, ou du moins on découvre cette châsse, on fait des prières publiques dans toutes les églises de Paris, on expose le saint Sacrement pour obtenir la' pluie. La plupart des puits sont desséchés à Paris et ailleurs, n'étant presque pas tombé d'eau depuis le mois de mars'"'.

La misère est générale; « on ne voit pas d'espèces d'argent. Il faut avoir des amis pour changer un louis, et toutes les denrées sont aussi chères qu'elles étoient*" »; cependant le 9.0 août on publie un nouvel édit, ouvrage de M. d'Ormesson, qui réduit les louis d'or de 44 livres, du poids de sept deniers quinze grains trébuchants, à 89 livres 12 sols; les écus de 7 livres 10 sols à 6 livres 18 sols; les pièces de 5o sols à 46 sols; celles de ^5 sols à 23 sols; celles de 12 sols 6 deniers à ii sols 6 deniers**. Et « tandis qu'on ne songeoit à rien qu'à déboucher ses pauvres papiers ou en rentes au denier 5o, ou en rentes viagères, il survient une déclaration du Roi pour le paiement du droit de joyeux avè-

** X à Mme de Balleroy, 28 septembre 1723, dans Les Correspondants, t. ÎI,

" Barbivr, op. cit., t. I, p. 276; mai 1723.

" M. Marais, op. cit., t. III, p. 9; août 1723.

" Buvat, op. cit.. t. II, p. 459-460, octobre 1723.

" Barbier, op. cit., i. I, p. 276, mai 1723.

*• Buvat, op. cit., i. Il, p. 460.

*» M. Marais, op cit., t. lîl, p. 11; M. de Maltot à Mme de Balleroy, 29 oc-

tobiv 1728, op. cit., i. II, p. 544- *' Buvat, op. cit., i. Il, p. 456; M. Marai«, op. cit., t. TTI, p. 10; 20 aoM 1723.

La

sécheresse

Le (iroil de

joyeux avènement

LE MINL^TÈRE ET LA MORT DU DUC D'ORLÉANS

La dernière nomination

aux bénéfices

Mort du

duc dOrléans

nement. C'est une taxe universelle par tout le royaume, qui va emporter l'argent comptant qu'on commençait à amasser, car elle sera payable en espèces. Ainsi la France délivrée du papier, va essuyer une nouvelle ruine. Au commencement du nouveau lègne, cette taxe n'eut ])oint surpris, mais placer un avènement à la couronne après huit ans et après tout ce qui s'est passé en France, c'est se moquer du peuple*^ Mais Mathieu Marais s'indigne vainement, le peuple paiera.

Il ne s'indigne plus de lire la dernière nomination aux bénéfices, où il y avait quantité d'archevêchés, évéchés et grosses abbayes — la dépouille de Dubois — à rcTuplir. Cambray devenait la proie d'un bâtard du duc d'Orléans, l'abbé de Saint- Albin, nommé à Laon mais qu'on n'avait pu faire recevoir due et pair au Parlement parce que « sa naissance étoit très difficile à ajuster*^ ». Laon fut donné à Belzunce qui le refusa**. Rouen à un débauché, Tressan, le.consécrateur de Dubois; Luçon à Bussy, musicien, |)oète et athée. Ces nominations et plusieurs autres furent la dernière insulte du duc d'Orléans à la religion

Ses habitudes demeuraient, malgré son âge, — il avait dépassé quarante-neuf ans — , ce qu'elles étaient depuis tant d'années. Dans les derniers jo.irs du mois de novembre, M. de Morville, ministre des affaires étrangères reçut une lettre composée de tous les mots les plus infâmes et les expressions les plus obscènes qui soient dans la langue. Il en fut surpris et la porta au prince, qui ne fit qu'en rire, et lui dicta la réponse en même termes que le ministre rougissait d'écrire. C'était son chiffre secret pour les affaires du dehors".

A quelques jours de là, le 9. décembre, le due d'Orléans travailla le matin avec le Roi**, dîna, contre sa coutume*' et prit néanmoins son chocolat en public, à l'heure ordinaire**, chez la duchesse d'Orléans. Le prince lui dit : <( Je me sens la tête fort Chargée et une grandi^ pesanteur dans lestomac : il faut [)ourtant que j'aille travailler avec M. Couturier pour des affaires pressantes. » Tl travailla, en attendant avec M. de La Vrillière et M. de Maurepas; à quatre heures, le duc de Chartres, qui partait pour Paris, vint lui demander ses ordres; il dit qu'il n'irait

" M. Marais, o/>. cit., t. IH, p. 3i

*' liarbiiT, op. rit., t. I, p. 3o2, cK^obre 1723.

** Sain l -Simon, op. cit., CiHSS) t. X\, p. 26-37, p. 60.

*^ M. Maraiis, op. cit., t. ITL p. 55-50; <l<Vombrc 17^3.

^* Y à Mme de Balleroy, dans Les Correspondants, t. Il, p. 554-

*'' X à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. U, p. 556.

*• X à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. II, p. 554.

pas de la semaine, parce qu'il était un peu enrhumé. M. de Chartres part**, le duc de Saint-Simon entre dans le cabinet et entretient d'affaires le prince qui marche de long en large^". A cinq heures arrive M. Couturier qui travaille jusqu'à six heures, sort et laisse le prince seuf \ Celui-ci rentre dans son cabinet", fait son sac pour aller travailler chez le Roi^' et demande à un de ses valets de chambre qui était toujours près de sa personne, s'il y avait quelques femmes dans le grand cabinet pour le divertir. Le valet de chambre dit qu'il y avait la marquise de Prie, la duchesse de Fallait et le chevalier d'Orléans qui se chauffaient auprès du feu. Il fît renvoyer la marquise parce qu'il ne voulait pas lui parler, puis il passa dans le cabinet, où il gronda beaucoup le chevalier d'Orléans, pour quelques fredaines qu'il avait faites^*. Un certain abbé Richard parvint à se glisser en ce luoment et j)résenta au prince l'épître dédicatoire que lui adressait un sieur Ronnet en tête d'une Histoire générale de la Danse saerée et profane^^,

La duchesse de Fallary l'amusait avec son humeur joviale, Iv prince la fit entrer et après quelques instants s'assit à ses côtés'®, devant !ia cheminée'^\ en attendant l'heure d'aller chez le Roi.

— « Crois-tu de bonne foi, demanda-t-il, qu'il y ait un Dieu, qu'il y ait un enfer et un paradis après cett-e vie?

— « Oui, mon prince, je le crois certainement, dit-elle.

*' X à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. II, p. 554.

■'"' Saiiil-Sinioii. Mémoires, (i858), t. XX, p. 6«)-

** X à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. II, p. 554, 556; Buvat, Journal, l. II, p. 46 1.

** X à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. II, p. 556.

" Saint-Simon. Mémoires, (i85S), t. XX p. 69. D'Arpronson. Journal et Mémoires, l'dit. E.-.T.-B. RathiTV, 1860, t. FI, p. 86-87 : Li' duc d 'Orléans « avoit pris le Boi dan^s un vojilabb^ amour, ot son fils, k (bic <lo Chartrt^, dans une avorsion ôpouvantablo : « Comment ? disi^t-il, jv s^oubaitorois qu<? mon fils ix'nrnât au préjudice do bot aimable eufaint qui est aujourd'hui mon maître naturel! Ab ! plutôt ums vhmix aillent tout au contraire! » Il portoit le portefeuille cbcz le Boi tous les soirs, vers kvs cinq [s(>pt] bcuTx^s. Il amusoit ce jeune priiK-e par cent faits entrelacés et rinstruisoit de tout par la voie de l'expression et de la curiosité qu'il lui inspiroit. Le Boi pivnoit grand goût à ces conversations et atlendoit avec lmpatien<e l'beun' i]o ce travail tete-à-tète. )>

'* Buvat. Journal, \. Il, p. ^6l.

^'^ P. E. lyMuontev, Histoire de la Bécje'ice,, t. Il, p. o'- note 2.

•"'" Saint-Simon. Mémoires, (i858), t. XX, p. 70. T>- duc d'Orléans mourut dans le salon n° \ç) du ivz-de-chauss<'e de Versailleiî.

"^ P. E. Lémontey, op. cit., t. II, p. 02.

— ({ Si cela est comme tu le dis, r^prit-il, tu es donc bien malheureuse de mener la vie que tu mènes.

— (( J'espère cependant, répliqua la dame, que Dieu me fera miséricorde. »

Après ce petit dialogue, le prince se plaignit d'une grande pesanteur dans l'estomac, ce qui l'obligea de prendre un peu de cinnamome, qui est une liqueur que le valet de chambre portait toujours sur lui dans un flacon, en cas de besoin. Puis il s'assit dans un fauteuil, sur les bras duquel il appuyait les coudes, e1 ayant la tête penchée en avant comme s'il eût rêvé à quelque chose. Mais au moment oii la duchesse de Fallary lui demandait s'il se trouvait mal, il se renversa sur le dossier, se roidit et glissa sur le parquet"*. La duchesse, effrayée au point qu'on peut imaginer, cria au secours de toute sa force : <( Jésus, Maria, ayez pitié de moi ». sortit, courut dans le grand cabinet, dans la chambre, dans les antichambres sans rencontrer personne, enfin dans la cour et dans la galerie basse. C'était sur l'heure du travail avec le Roi, les gens du duc d'Orléans étaient sûrs que personne ne venait chez lui, et il n'avait que faire d'eux parce qu'il montait seul chez le Roi par le petit escalier de son caveau, c'està-dire de sa garde-robe qui donnait dans la dernière antichambre du Roi, où celui qui portait son sac l'attendait, étant venu par un autre chemin. Enfin, la duchesse amena du monde, mais point de secours, qu'il fallut aller chercher. La Providence avait arrangé ce funeste événement à un moment où chacun était à ses affaires ou en visite, de sorte qu'il s'écoula une demi-heure avant l'arrivée des médecins et chirurgiens. On saigna, à trois reprises, la valeur de six palettes sans ramener la connaissance ni la parole. Pendant ce temps la nouvelle s'ébruitait, la foule remplissait le grand et le petit cabinet. A sept heures et demie. Philippe d'Orléans rendit l'âme, et peu à peu la solitude se fit aussi grande qu'avait été la foule'*.

" Biivat, op. cit., t. IL p. d6i : A. MaixinWt : îm duchesae d-e Fallary. 1607-178:?. d'après dea documents inédits, in-13, Paris 1907, p. 1 11-112.

" Sai-nt-Simon. op. cit., i. XX, p. 70-71; M. Mai^is, op. cit., t. TIL p .5o; Barbier, op. cit., t. I, p. 3o6 ; Buval, op. cit., t. II, p. 461-462; Us corres- , ndants, t. Il, p. 554, 556.

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