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CHAPITRE XIV Le voyage de l'abbé Dubois à la Haye

(Juillet 1716).

Tmnrpsisions d<* Dubois ol ne Maniu>iK. 1/^.^*1..* . , «^ -u ^^

Fnlreli^s do Dubois ol a<- Stanhopo. - UUro n '«>'\ /T „,"u Om

„1 do ,oM Slanhopo. - <■--<- ^-P;;:;^^!'- i' Xu — co 1

bois fait adopter «. pohtiquo. - Ses instruction .

arrivé* à Stanhopo. - Départ ol voyago. - Arri«^ a Hanovro.

Le ieudi , juillet ,716. l'abbé Dubois déguisé frrimé son fin museau de fouine .. pointant à peine hors dos boucles dvme énorme perruque, quitta Paris avec son secrétaire ^^^^^. Des espions. mi« en éveil par ses allures lavaient file et su virent sa chaise de poste: avant d'arriver à la f'-^^t'^'*' [> ^Jf dépbla' traversa les Pavs-Bas, Bruxelles et Anvers, sans debn- . deî et ie 5, à la tombée du jotir', entra à la Haye et se jeta dans une aulirge « avec dos dispositions merveilleuses, raconte-^t-.l, nrLue les seules infaillibles pour ne faire aucune sott.se dans ■rZtion des ordres, c'est-à-dire avec tant de fièvre e une oux si violente qu'il n'y avoit aucune apparence q PÛ^ de long temps ni agir, ni parler, ni se P'^^'^^er nt.l e pa.t . » De^ e 1^^^^ domain cependant, l'abbé envoya un billet a M. de Chate 1 neui, nX ambTssadeu; en Hollande, pour lui annoncer sa présence

. Arckiv. des 4//. E,r«,K,., Angloterro. t. ,77. M. S„:..7 ': D""»- «" ^'■

"""'^r'clwl! AAi^,ui., Hollande. ,. ,07, M. ,,6 : M. de Cmea.neaf à

'''^"S^.i:l;r^«r„„... An„o,orro, l. ,77,/o'. ^0-7 : Du^oU «a R^-

''^\S,^'t'Ifi: ^tran,., K^^^^r., t. .77, fo,. 3« : m.ols a. néoenU

a3 juilkt 17 16. .

Dubois

arrive

à La Haye

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

Il fait épier l'arrivée de Georges I""

et son désir de le rencontrer. Le 7, de bon matin, Dubois était sur pied. Dans l'auborge roinplie d'Allemands, il s'était fait inscrire sous le nom de chevalier de Saint-Albin^ et personne n'avait soupçonné son incognito, mais il était plus périlleux de s'exposer aux euriosités du personnel de l'ambassade. L'abbé se risqua d'abord à la cha])elle française, et fut [)ris à la gorge par l'atmosphère du lieu. Une quinte de toux à cette saison de l'a^unée attire toujours plus ou moins l'attention, Dubois écourta sa prière et vint au grand air. Tout en llanant, il se dirigea vers les communs de rambassade, regarda étriller les chevaux, lia conversation avec les palefreniers. L'ambassadeur survient — il venait chaque jour caresser ses chevaux au sortir de la messe — Dubois loue et critique en maquignon, les deux hommes discutent et s'écartent sans provoquer le soupçon*. Le lendemain, deuxième entrevue au même lieu; le 9, nouvelle rencontre, et cette fois dans le cabinet de l'ambassadeur. Entre temps, Dubois n'oublie ])as la mise en scène destinée à donner le change sur ses desseins, il achète des livres d'occasion, rassemble des catalogues de vente, s'informe du prix des objets d'art, rachète une précieuse série de tableaux du Poussin, les Sept Sacrements que des marchands juifs avaient fait sortir de France, où il les renvoie aussitôt.

Tout cela n'était qu'amusettes. L'abbé était venu se mettre sur le chemin du roi d'Angleterre dont nul, pas même l'ambassadeur de France, ne savait la date et le lieu du débarquement; les ministres anglais assuraient que le voyage ne se ferait pas et les ministres hanovriens le déclaraient indispensable aux affaires et à la santé du Roi'. Cependant, le '>o juillet, Georges P"" débarqua à Helvoetsluis, aux bouches de la Meus(\ accompagné du seul Stanhope et de quelques valets; le soir du même jour il couchait à la Haye chez son ambassadeur Horace Walpole. Le secret absolu dont s'entourait ce voyage ])ermit à Georges de se dérober à la visite et aux compliments de l'ambassadeur de France, mais toutes ses précautions avaient été éventées par Dubois.

Dès le i5 juillet, celui-ci avait posé deux moaches, — c'est son expression — devant les maisons des ministres anglais « avec ordre de rester jour et nuit et de l'avertir dans le moment que l'un d'eux partiroit dans un carrosse à six ou quatre ehevaux, ne pouvant pas douter que dans la crise présente ce seroit pour aller au débarquement du Roi », car, ajoutait l'abbé, « je com-

" C'^tnit 1-0 nom iV\u\ bAlnrd du Réjjfnt, fil« di- la Floivnro.

* Danîreau, JournaU t. XVI, p. A?3 : i*' aoAt T716, dit qii'i^ Paris on ne

sut rien d4's motifs du voyanro de TablK'.

^ Archiv. de la Marine, B^ 10, fol. 510 : dépiVhc do M. dlberville.

pris que, si je manquais ce moment, je n'avois qu'à m'en retourner avec la seule consolation d'avoir eu bonne intention et d'avoir pris beaucoup de peine inutile ». Outre ses mouches, Dubois posta des grou[)es de deux sentinelles bien montées aux divers endroits où, vraisemblablement, débarquerait le roi d'Angleterre, (( avec un billet à chacun de ces courriers pour inilord Stanhope". » La rédaction de ces billets, qui devaient tout engager et qui [K)uvaient tout rompre, tourmenta l'abbé qui essaya sept rédactions différentes', pour s'en tenir, liualement, à celle-ci :

(( Je n'ai pu résister, Milord, à la tentation de profiter de votre passage par la Hollande pour avoir l'honneur de vous embrasser. Je suis à la Haye à l'insu de tout le monde et entièrement inconnu; je vous en demande le secret, et je vous supplie de vouloir bien me faire savoir en quel endroit vous jugerez à propos que je me rende, et en quel temps, pour pouvoir vous entretenir librement; j'espère que vous voudrez bien accorder cette grâce à l'ancienne amitié dont vous m'avez honoré et à l'intérêt sincère que je prends à tout ce qui vous regarde'". »

Ce billet parvint à son destinataire qui donna rendez-vous à l'abbo chez Horace Walpole, à la Haye, le lendemain 21 juillet. A huit heures du matin, Dubois attendait, Stanhope arriva, ils s'embrassèrent et, aussitôt, l'abbé entama un long récit qui des eaux de Valenciennes l'amenait en Hollande à la piste d'une correspondance secrète de Guillaume IH et de précieux manuscrits dont la vente était annoncée à Leyde, même il tira de sa [)ochc le catalogue et le fit voir à Stanhope. Tout en furetant il avait retrouvé les Sept Sacrements de Nicolas Poussin et, pour comble de bonheur, son vieil ami survenait comme par hasard. Celui-ci fut-il dupe de cette historiette, peu importe, Dubois allait son chemin, bourrait Stanhope de compliments, s'extasiait de l'honneur qu'il s'était acquis dans le gouvernement d'Angleterre, déplorait le silence qui avait mis fin à la correspondance esquissée par les lettres du 12 mai^ et du 10 avril. •<( Je lai d'autant plus regretté, glissa-t-il, que j'augure mieux d'une entente cordiale entre les deux nations''. » Stanhope espéra en-, core échapper à une explication : (( Vous connaissez, dit-il, mes

* Archiv. des Aff. Étranq., An-lcterrc, t. :?77, fol. /|3 : Ihibois au Bégent,

23 juillet 1716.

» Archiv. des Aff. Ëlrang., Angleterre, l. i>.77i ^o\. ii>.8, i3o, i3i, 1^2; voir P. Bliard, Dahois, cardinal et premier nnmslre, t. I, p. i^S-i^Q.

"» Ch. Aubertin, L'Esprit public au XVIW siècle, p. 72.

»» Archiv. des Aff. Ëtranq., AnjrlctemN t. ■^.77, fol. 39-127 : Dubois au Régent, 23 juillet 1716.

Son billet à Stanhope

Leur première entrevue

Justificalioii

de la

politique

du Kégent

sentiments à l'égard d<3 Son Altesse Royale ci de votre personne, à quoi bon les manifester de nouveau? » A quoi bon? Mais à connaître l'affection du Régent qui, instruit d'incidents survenus dans la petite Cour du prince de Galles à Londres, autorisait l'abbé a offrir de sa part à Slanhoi>e s'il s'y trouvait compromis, bons offices, amis, argent, en un mot tout ce qui dépendrait de lui^^ L'anglais refusa, mais il fut touché.

Dubois reprit de plus belle : <( Que je serois heureux, dit-il, de vous voir attacher votre nom à une chose aussi glorieuse qu'un traité entre la France et l'Angleterre. Pour moi, je commencerai à m'estimer quelque chose du jour où il me sera permis de contribuer à la conclusion d'une alliance si désirable pour le bien de l'humanité.

(( Mais cette alliance, interrompit Stanhope, vous l'avez méprisée lorsqu'on vous l'offroit, vous avez dédaigné la miain qui vous était amicalement tendue. Aussi, je le sais, il sera bien difficile de faire revenir Sa Majesté de son irritation contre votre gouvernement, d'autant qu'elle connoît votre conduite lors de nos derniers embarras.

— (( Notre conduite, mais elle fut toujours cori^cte! car, permettez-moi de vous l'affirmer. Son Altesse Royale n'a jamais manqué aux relations de bon voisinage. En croyant le contraire, Sa Majesté Britannique rend bien peu de justice aux véritables intentions de mon maître. Considérez, je vous prie, ce qui s'est passé. Vous savez quels étaient chez nous les sentiments d'un grand nombre, et non des moins considérables; où alloient leurs sympathies relativement à vos discordes. En de telles conjonctures, n'est-il pas indubitable, qu'en se déclarant avec éclat contre le chevalier de Saint-(îeorges, le Régent se seroit attiré le reproche de manquer de religion et d'humanité, et même pis encore? Il lui a donc fallu dissimuler pour ne point révolter les nombreux partisans (jue le Prétendant «^omploit dans le royaume. Voilà notre seul crime, crime nécessaire et bien pardonnable vous l'avouerez. Mais que nous ayons efficacement favorisé votre ennemi I non assurément : le dénuement où vous l'avez vu en Ecosse le prouve évidemment. Le chevalier de Saint-Georges a traversé la Franee, il est vrai, mais toujours, on le reconnaîtra dans le plus profond mystère. Il seroit donc souverainement injuste d'en conclure que Son Altesse Royale l'ait su et toléré. Daignez, en effet, ne pas oublier, Milord, que les ordres et la surveillance des souverains les

" L. de Sévelinges, Mémoires secrets et correspondance du cardinal Dubois^ l. I, p. 190. .

«■JK-jaSgr^

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

plus absolus ne peuvent rien sur certaines choses. Qui fut jamais plus ferme et plus redouté que le feu Roi Louis XIV? Que de mesures ne prit-il pas pour rendre impossible aux religionnaires la sortie de son royaume! Et pourtant des milliers de familles franchirent la frontière. Après ce grand exemple, voudroit-on faire un crime à Son Altesse Royale de n'avoir pas empêché l'évasion d'un prince que tous les catholiiiues plaignoient, que chacun d'eux se croyoit tenu de favoriser par principe de conscience? (( Je n'ignore pas que le comte de Slair nous a de mille manières accusés, poursuivis; mais s'il a vraiment ajouté créance à toutes les rumeurs dont il a rempli ses dépêches, il faut qu'il ait cédé à des préventions bien étranges. Ne savoit-il pas que le Conseil des Affaires étrangères, dépositaire des plus secrètes résolutions de Son Altesse Royale avoit toujours été constant dans le principe que la France^ ne pouvoit se prêter à aucun projet en faveur du Prétendant? L'échafaudage de ses récriminaticfns calomnieuses tombe donc en poussière dès qu'on le touche du bout des doigts. Milord, mon maître n'a point défavorablement interprété les attaques que vous vous êtes permises contre lui en plein Parlement : il voyoit que ce moyen étoit nécessaire pour tirer des Anglais les secours dont vous aviez besoin. Malgré de telles invectives, Son Altesse Royale a continué de compter sur les nobles sentiments et les bonnes dispositions de lord Stanhope à son endroit; je ne pense donc pas me montrer trop exigeant en vous demandant d'être aussi équitable envers le Régent de France qu'il a su l'être à votre égard. »

Stanhope sentit la pointe et se défendit personnellement, puis revint aux préventions du Roi, qui « après s'être présenté et livré avec une entière confiance, fut frappé au delà de ce que je pourrai vous dire, non seulement de n'avoir pas reçu de Son Altesse Royale, la réciprocité de services qu'il étoit en droit d'attendre, mais d'avoir vu même la rébellion s'introduire dans ses États par la France, et lever la tête sous les auspices en quelque sorte, dn pouvoir qui la gouvernait. Cette sinistre impression n'est pas encore effacée du cœur de Sa Majesté. Aussi, malgré la force réelle de vos réponses, je ne sais comment il me semit possible de les faire agréer des autres membres du cabinet et spécialement

de mon maître.

^^ Les avances dont vous êtes maintenant le témoin, répliqua Dubois, seroient pourtant de nature à i^assurer les plus ombrageux, en les éclairant sur la pureté de nos intentions et la

Stanhope fait le jeu de Dubois

LE VOYAGE DE L'ABBÊ DUBOIS A LA HAYE

La discussion commence

loyauté d€ nos proinesses'\ » Mais il n'en avait que trop dit sur une affaire que traitaient directement Chàteauneuf à la Haye et d'Iberville à Londres. A ce coup, Slanhope ne put se contenir. Il ne le savait que trop, ainsi que ses collègues, le rôle de M. de Chàteauneuf qui entravait toute la politique anglaise, l'aheurtait à l'obstination des Hollandais, soustrayait ceux-ci à l'influence de Cadogan et de Walpole. Quel coup de partie s'il pouvait écarter cet obstacle d'un diplomate trop perspicace, et lui substituer le petit abbé si accommodant, l'Anglais vit tout cela dans un éclair et dit vivement :

— (( Ne savez-vous pas que vous et moi en brasserions plus en une heure qu'il ne s'en feroit en six mois dans des conférences officielles? Le meilleur parti est donc d'étudier c<* qui seroit le plus avantageux à l'une et à l'autre couronne.

— (( C'est peut-être vrai, » fit modestement Dubois qui avait joué supérieurement et amené son interlocuteur à offrir ce qu'il était venu lui demander. Ayant en portefeuille un plein pouvoir, il s'empressa de dire : (( Je n'ai aucune mission; je ne suis même qu'imparfaitement instruit de l'état de cette négociation : car il y a longtemps que je suis parti pour les eaux de Saint-Amand.

— (( Vous en savez assez, riposta Stanhope; je suis d'ailleurs persuadé que M. le duc d'Orléarfi ne vous désavoueroit pas, si vous trouviez quelque chose de raisonnable^*. »

Mais Dubois tenait à sa trouvaille, se dérobait derrière la situation officielle de Chàteauneuf, tout en laissant entrevoir autre chose : « Si la négociation était trop difficile dans des conférences quel autre moyen de mieux faire? demanda-t-il ». i< Prendre et signer le projet que nous avons donné » répliqua Stanhope**. « Mais il faut discuter avant de signer » reprit Dubois, et l'entretien recommença :

— Une alliance avec vous, dit-il, rien certes de plus désirab'- ^our les deux nations; mais vraiment l'on peut se demander si elle est possible, tant vos exigences sont excessives, déshonorantes pour nous! Vous nous imposez comme préliminaires de faire passer les Alpes au Prétendant! Ne voyez-vous pas ce que cette prétention a d'exorbitant? Naguère, malgré toute l'arrogance de son caractère et l'enivrement que lui causoient les avances de l'Espagne, Cromv^ell, lorsqu'il traitoit avec Louis XIV

'' Archlv. des Aff. Ëlranr}., \. 277, fol. 73; Sévolinjrof», l. I, p. 197; Wiesener, t. I, p. 282; Bliard, t. I, p. i52; Bonrf?oois, l. I, p. io5.

** Archiv. des Aff. Etrang., t. 277, fal. 75*79; Bliaixl, t. I, p. i53; Bourgeois, t. I, p. io5.

^* Archiv. des Aff. Êtrang., t. 277, fol. 80 v^ ; Bonrgwis, t. I, p. lofi

se montra moins difficile à contenter. Il suffît qu'on lui promit de vive voix l'éloignement de Charles II et du duc d'York. La raison et la justice ne protestent-elles pas d'ailleurs contre l'exécution d'un article de si haute importance, avant même qu'on ait posé les bases du traité futur; car vous ne pouvez le nier, le renvoi du Prétendant au delà des Alpes est le but principal que vise le roi d'Angleterre en se liant avec nous. Quels cris dans la France entière, si Son Altesse Royale prenait une mesure grave, |iénible à la majorité de ses sujets, sans être en état de produire une convention régulière assurant en compensation le maintien du repos public et la paix du royaume? Pensez- vous encore que l'expulsion d'un vaincu, allié d'aussi près à la maison de France, soit un sacrifice indifférent au cœur de M. le duc d'Orléans? Lord Stair put en juger lorsqu'il en parla à mon maître et remarqua dans ses yeux et sa contenance combien il en étoit indigné, votre envoyé crut même devoir aussitôt colorer cette proposition. C'étoit, dit-il, pure affaire de délicatesse, d'amitié et de sentiment. »

Stanhope admit la valeur de ces raisons; pour sa part, il regardait l'éloignement du Prétendant comme la chose la plus indifférente; si jamais la France hasardait quelque entreprise contre l'Angleterre, il souhaiterait, pour la faire échouer, que le Prétendant fût à la tête de l'expédition. Mais par le projet que nous avons donné, poursuivit Stanhope, la France sera dans une parfaite sûreté pour la guerre. Pourquoi revenir sur les traités d'Utrecht? L'abbé n'en convint pas, mais il songeait qu'une alliance 011 les renonciations ne seraient pas rappelées n'aurait aucune utilité pour le duc d'Orléans. Stanhope le devina et offrit au Régent le concours ultérieur de l'Angleterre à ses projets pour la succession de France, s'il acceptait présentement de conclure**.

— « Notre jeune Roi, répondit l'abbé, se porte bien, grâce à Dieu, et il nous donnera quelque jour des successeurs. Pourquoi penser à d'autres? Il ne faut pas faire penser M. le duc d'Orléans à des choses auxquelles il ne pense pas. N'a-t-il pas assez témoigné qu'il ne connaissoit d'autre intérêt que celui du Roi et de l'État? Ne s'est-il pas nettement expliqué avec vous qu'il ne feroit aucun traité qui ne regardât que ses droits particuliers"? »

Stanhope dut se sentir embarrassé, il avait rencontré plus rusé que lui-même. Alors il avoua que Georges P" ne consentirait

'• Archiv. des Aff. Étrang., t. 277, fol. 87; Bliard, t. I, p. i54 ; Wiesener, t. I, p. 282.

" Archiv. des Aff. Êtranq., t, 277, fol, 87-88; Bourgeois, t. I, p. 107,

Impressions de Dubois

et de Staohope

jamais à garantir la paix d'Utrcchl. « La maison d'Autriche, ditil. a toujours vu la paix d'Utrcchl de mauvais œil. et Sa Majesté pense qu'elle ne doit point choquer d'anciens amis pour plaire à des alliés nouveaux et incertains^". D'ailleurs, poui^uivit-il d'un ton dégagé, le roi d'Angleterre n'a plus rien à craindre tout est soumis et tranquille dans ses royaumes. Mais la France a besoin absolument d'une alliance avec nous pour se garantir d'une guerre civile, et j'ai de bonnes raisons pour assurer que, sans cette précaution, elle est inévitable.

— (( Vous vous trompez, rétorqua" Dubois. S'il pouvoit y avoir quelque danger, ce qui n'est pas possible, la douceur et l'équité, de M. le duc d'Orléans suffiroient pour nous mettre à couvert^'. > Il s'était levé pour prendre congé et dit encore : « Si Son Altesse fioyale me fait l'honneitr de me demander mon sentiment, je ne pourrai m'empêcher de lui conseiller d'attendre paisiblement que votre maître connaisse mieux les périls de sa position et les avantages qu'il lui seroit aisé de tirer d'une étroite concorda avec la

France. » -

On annonçait la visite du greffier des Ëtats-Généraux, Fagel, 1 abbé s'esquiva et courut chez notre ambassadeur. 11 récapitutu'la tout ce qu'il venait d'entendre et de dire, pesa les mots, retrouva les intonations et conclut que Stanhope ayant molli sur Te xpulsion du Prétendant ne se trouvait donc pas dans un éloignement invincible de traiter avec la France et que son gouver nement n'avait pas d'engagements positifs de ne pas traiter avec nous". L'affaire de Mardyck semblait tenir à cœur au cabinet anglais plus que l'expulsion du Prétendant. De son côté, Stanhope pensait avoir fait merveilles. Ayant promis à Dubois de l'aller voir à son hôtel à neuf heures du soir, il écrivit, avant de s'y rendre, ces quelques lignes au premier ministre lord Townshend : ...Le [Grand]-Pensionnaire a fort approuvé la conduite que j'ai tenue... [il] désire vivement que nous entrions en négociations. Il veut espérer que l'intérêt du Régent le rendra sin cère. Il m'a prié de revoir l'homme {the man) et de ne pas le renvoyer complètement désespéré {in utter despair). Je lui ai promis

" Archiv. des Aff. Ëlrang., t. 277, fol. 89-90; Sévelingos, t. I, p. 201; VVie&ener, t. I, p. 282-283; Bliard, t. I, p. i55; Bourgeois^ t. I, p. 107.

^» Archiv. det' Aff. Êtrang., Anj,'ktcrre, t. 277, fol. 89; Bliard, l. I, p. i55.

3« Archiv. des Aff. Étrang., Angkt^^rrc, t. 277, fol. 97; Séveling<»s, t. I, p. 202 ; Bourgeois, t. I, p. 107.

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

d'avoir une nouvelle conversation et même d'entretenir une coricspOLdance avec lui*\ »

A i:<uf heures, Stanh(»p(î arriva à l'auberg.; du Plain, Aux Armes de Nassau, et tix3uva Dubois entouré de gros livres et bien déterminé à ne parler que d'érudition et de brocantage. Stanhope s'y résigna, mais quand il vit se prolonger la comédie, il sortit du rôle et reprit l'entretien de l'après-midi". Dubois en brûlait d'envie. « Est-ce que l'Angleten^, demanda-t-il, va s'at; tacher à l'Autriche au point de laisser rompre les traités d'Utrecht.^^ Que deviendroient alors la garantie de la succession protestante, la renonciation de Philippe^, la barrière des Pays-Bas .*^ Tout le système politique seroit bouleversé. Les Anglais consentiroientils à passer pour des incendiaires qui, sans intérêt, auroient de nouveau mis l'Europe en f(*u". » Dubois, voyant que Stanhope gardait le silence, insista; il lui demanda s'il avait fait part à son maître des intentions du Régent"?

Stanhope se ixîjeta sur la difficulté de persuader le Roi, mais promit ses bons offices; critiqua l'initiative française qui avait transféré la négociation en Hollande. Comment y porter remède maintenant que des résolutions avaient été prises en conseil avant l'embarquement du Roi, et des ordres donnés en conséquence à la régence d'Angleterre. Pour lui, il ferait tout et ses collègues du ministère aussi, même sans traité : l'Angleterre dépenserait jusqu'à son dernier sol et son dernier homme pour soutenir les droits du Régent à la couronne de France". Quant au Roi, il ne s'aveuglait pas sur ses véritables intérêts. Il était persuadé que rien ne serait plus avantageux à l'Angleterre qu'une alliance étroite avec la France et qu'à sûreté et fidélité égales, elle devrait la préférer à celle de toute autre puissance de l'Europe, puisque la France était la seule qu'elle eût à craindre. Tous les Anglais sages étaient convaincus qu'ils avaient tout à perdre et rien à gagner dans une guerre contre elle. Victorieuse, la nation ne permettrait pas

2^ Public Record Office, Begencies, vol. 8 : lord Stanhope à lord Townshend, la Haye, 21 juillet 1716, L. Wiesener, op. cit., t. I, p. 472; cette lettre a été commencée; entre la visite du greffier Fagel et la deuxième visite à Dubois, Fagel avait probablem<'nt rapporté à SUmbope le point de vue de Hcinsius.

" Archiv. des Aff. Êirang., Angleterre, t. 277, fol. 97; Sévelinges, t. 1, p. 203 ; Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. io4.

" Archiv. des Aff. Eirang., Angleterre, t. 277, fol. 98; Bourgeois, t. I,

" Archiv. des Aff. Ëtrang., Angleterre, t. 277, fol. 98-102; Sévolinge^,

t. I, p. 2o3-2o4 ; Bourgeois, t. I, p. 108.

" Archiv, des Aff. Êirang., Angleterre, t. 277, fol, 106; Bourgeois, t. I,

Deuxième entretien

■ M^A^îiWv

Impressions

qu'on acceptât rien des conquêtes faites sur la France. Unies ensemble, les deux puissances n'auraient rien à craindre des autres; elles pourraient maintenir la tranquillité générale et môme gouverner l'Europe. Toutes considérations seraient oiseuses, si le gouvernement français s'étudiait à entretenir la défiance dans l'esprit du roi d'Angleterre. Pour détruire les soupçons, il fallait que sans délai, le duc d'Orléans entamât une correspondance directe et personnelle avec Georges P^ lui fournît une explication loyale du passé et, surtout, abandonnât formellement la cause du Prétendant. Le succès, à le supposer possible, était à ce prix. Vers onze heures Dubois, voyant que le temps fuyait en vaines desianhope paroles, demanda brusquement : « Doit-on renoncer h tout espoir d'alliance" .îi » Stanhop^ abattit son jeu. Il voulait que la négociation fut enlevée aux Hollandais; que l'Angleterre et son Roi en tirassent profit, l'un aux dépens du Prétendant, l'autre dans l'affaire de Mardyck. A minuit, ils se séparèrent" et Stanhope reprit sa lettre interrompue" : « ...Je l'ai revu ce soir, et après force propos, nous sommes convenus qu'il retournerait immédiatement à Paris; et, de là, m'écrirait nettenK^nt ce que le Régent compte faire à Mardyck. Le seul moyen, lui dis-je, qu il me fût possible de lui suggérer pour faire quelque bien, c'était une déclaration franche et explicite sur ce point; oe serait la meilleure chance auprès du Roi, que je lui représentai tout le temps comme absolument maître et directeur de ses conseils, et comme extrêmement piqué de toute la conduite que le Régent avait tenue après les offres pleines de franchise que le Roi lui avait faites de si bonne heure. L'homme, à ce que je crois, est réellement effrayé (Jhe man, / helieve, is- really frlghted). 11 m'a promis de travailler de son mieux à obtenir une prompte déclaration au sujet de Mardyck, et à faire donner des ordres à M. de Châteauneuf pour ne pas presser les affaires ici, jusqu'à ce qu'il ait reçu de mes nouvelles; et si j'ai à lui donner quelque encouragement de Hanovre, il promet ou bien de retourner à la Haye, ou bien de venir à Hanovre, en cas que je lui en donne le conseil. »

Le lendemain, 22 juillet, Dubois pria Stanhope à souper.

Avant de se mettre à table, l'abbé récapitula, par écrit, les deux

2« Archiv. des Aff. Ëtramj., Angkterre, t. 277, fol. io5-io6; Bourgeois,

" Archiv. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 277, fol. ii/i; Sévelinges, l. 1,

2» Public Record Office, Regencîes, vol. 8 : lord Stanhope à lord Towns^ hend, la* Haye, 21 juillet 1716; L. Wiesener, op, cit., t. I. p. àl^.

Conférence le 22

LE VOYAGE DE L'ABBË DUBOIS A LA HAYE

conversations de la veille et avoua que la pi-emière l'avait si peu satisfait qu'il avait gardé en réserve deux lettres du Régent adressées à Georges 1" et à lui, Stanhope, lettres qu'il allait lui remetti^ à l'instant. Stanhope prit de suite connaissance de la sienne, ainsi conçue :

A Paris, ce 8 juillet 1716

(( Je mortifierois votre ami l'abbé Dubois qui est en Hollande pour sa curiosité, si je ne lui permettois pas. Monsieur, do voua faire connoître que je suis toujours persuadé que vous désirés plus que personne que je sois uny d'amitié avec le Roy de la Grande-Bretagne, et que vous y contribués en tout ce que vous |K)uvés. Je n'oublieray rien de ma part de ce qui pourra y servir et je laisse à votre zèle pour nos avantages communs à faire le reste. Je serai ravi d'une liaison qui mette en évidence mes intentions et ma satisfaction sera entière si elle se fait par votre canal et se maintient par vos soins. Je dois ces sentimens à l'ancienne confiance que j'ay en vous et vous me ferez plaisir. Monsieur, de compter toujours également sur mon amitié.

Philippe d'Orléans.

Lettre du Kégeni à Stanhope

Stanhope parut satisfait et dit qu'il ne pouvait faire sa réponse avant d'avoir pris les ordres du Koi'". Pendant le repas, Dubois fut éblouissant de verve et de paradoxes qu'il livrait sans compter à l'espionnage des serviteurs. Comme à la plupart de ses contemporains, la dette publique de l'Angleterre lui était chose inexplicable. Quelqu'un, dit-il, lui avait assuré qu'elle s'élevait à i.Soo.ooo livres tournois. — Elle ne dépasse pas de beaucoup la moitié de cette somme, assura Stanhope. « Au reste, mon cher abbé, j'aime à penser pour l'honneur de vos lumières que vous n'attachez pas d'importance à être aussi ponctuellement instruit de cet objet qu'un premier commis de l'échiquier. Je passe aux politiques des cafés de Paris de faire grand bruit de la dette nationale de l'Angleterre, mais un homme qui, comme vous, commence à être initié aux affaires d'État, doit avoir des idées plus nettes à ce sujet. Quelle que soit notre dette publique, elle augmentera sans doute beaucoup encore, et jamais, croyez-moi, elle

Entretiens de Dubois

et de Stanhope

» Public Record Office, Regencîes, vol. 8 : le Régent à lord Stanhope, Paris, 8 juillet 1716; L. Wiesener, op. cit., t. I, p. 47^ »» Sévelinges, op. cit., t. I, p. 208.

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

If:

i)€ causera plus d'embarras au gouvernement et plus d'inquiétude à la nation qu'elle ne leur en cause aujourd'hui.

— (( J'en suis charmé, reprit Dubois, mais quelque fond que puisse faire votre souverain sur les richesses de son Parlement, vous me permettrez de le croire moins riche que le nôtre puisqu'il jouit de la portion des revenus de tous ses sujeU qui lui convient, et qu'en un mot il peut se regarder à bon droit comme le propriétaire du territoire entier de son royaume.

— (( Gomment donc l'abbé, dit Stanhoi>e en sursautant, auriezvous fait votre cours de droit public en Turquie''?

. Tous deux se mirent à rire, Stanhope insista :

— (( Quand un homme cherche à me faire des phrases sur la dette publique d'Angleterre, je me dis : <( Voilà un ignorant ou un sot, et je lui tourne le dos. »

« Nous nous amusâmes ainsi, ajouta Dubois, à récapituler quelques-unes de ces sentences banales qui font la richesse des petits esprits; et nous convînmes, par exemple, que lorsque de graves personnages viendraient nous affirmer que nos pères valaient mieux que nous; que le monde va de mal en pis; que Ton ne peut plus goûter le Tasse, quand on a lu Euripide et Sophocle, etc., etc.; nous convînmes, dis-je, que nous saurions à quoi nous en tenir sur le compte de ces pédants". » — Parmi ces pirouettes auxquelles se plaisait son esprit, Dubois s'était senti piqué par le mot de Stanhope et revenait à la charge :

— «Ah! Milord, vous ne connaissez pas la force d'un gouvernement qui fait ^banqueroute quand il veut. Vous parlez de mécontents; mais savez-vous qu'il n'en est aucun qui, au pi-emier coup de tambour, ne se crût deshonoré si nous ne lui permettions pas d'aller se faire tuer pour nous. Mazarin était un habile homme quand il disait que le meilleur fonds d'un roi de France est dans la folie des Français". »

Ce fut sous une grêle de traits aussi piquans que s'arrangea cette grande affaire. Si des sots, a dit Lémontey'', ont quelque-, fois décidé du sort du monde, on ne fera pas ce reproche à cette rencontre dans une taverne hollandaise qui changea pour trente années- la face politique de l'Europe. Quand les serviteurs se furent retirés, la discussion politique recommença. Stanhope parla du traité comme « d'une chose faite qui serait du goût de

»i Archiv. des Aff. Êlrang., Angkterro, t. 077, p. ii5-ii8; SévcHnges, l. I,

" Sévolinges, op. cit., t. H, p. A06. " r.-E. Léniontey, op. cit., t. I, p. ioii-io5. . 3* P.'-E. Lémonley, op. cit., t. I, p. io5.

Madame toute hanovrienne" ». Il devint loquace, complimenta l'abbé, félicita le Régent de posséder un tel serviteur et ils se séparèrent, enchantés l'un de l'autre.

Stanhope partait le lendemain pour l'Allemagne, il s'empressa '^«{^^^^ d'écrire à lord Townshend u le compte-rendu de la troisième Townshend conversation avec l'abbé". Elle m'a montré que je ne m'étais pas trompé en vous disant qu'il était fort effrayé {thoroughly frighied) et mortifié de ce qui s'était passé dans notre première entrevue. Il me l'avoua franchement hier soir... Je suis convenu avec 1 abbé Dubois qu'il devra m'envoyer un courrier de Paris avec une claire et positive résolution quant à Mardyck; que le Régent voudra bien également envoyer ordre à M. de Ghâteauneuf de ne pas presser la négociation pendant le temps qu'il faudra pour recevoir ma réponse de Hanovre, de sorte que si je lui donne quelque encouragement, il reviendra lui-même muni d'instructions complètes du Régent, soit à la Haye, soit même à Hanovre, si je le désire... Je congédiai l'abbé fort content de moi, mats très défiant du succès de l'affaire, lui ayant représenté que le Roi y est extrêmement contraire actuellement. Autant que j'en peux lURcr ils offriront Mardyck; ils feront tout, même jusqu'à rompre absolument les négociations, plutôt que d'en venir à laisser débattre le grand point dans des conférences'^ G est par la que nous les tenons; et je ne doute pas que nous ne tirions bon parti de cet avantage durant toute la transaction avec eux. »

le 24 juillet, Stanhope roulait en chaise de poste vers 1 Allemagne et Dubois s'embarquait à Rotterdam sur un yacht qui le poHa à Anvers. Le 3o, il arrivait à Paris où l'avait précède un rapport de cent soixante-dix-sept pages. Son voyage s était ébruite, mais le motif et le résultat demeuraient mystérieux ; les mities ne disaient rien ou bien s'enveloppaient de réticences. Châteauneuf mandait au maréchal d'Huxelles que l'abbé avait remporte un succès considérable". Dubois triomphait avec ses intimes, leur racontait u que le roi de la Grande-Bretagne entrerait dans l'alliance » et que lord Stanhope . concourrait de tout son cré-

- ArcUiv. aes AJf. fAmng., An,lct.rre, t. .77, fol. 1.6-1.7; E. Bourgeois

M' ,^;,:r'«ecord Office, Régoncies, vol. 8 : ^0^ StanHope à lord To.ns-

Uend, la Haye, ^3 juillet 1716; L. Wiescner, ^^X^^:}:^^^^^'^

" Ce « grand point », c'est les renonciations du traite dUtrecni, voir

plus bas la"" lettre de lord Townshend.

» Dangeau, Journal t. XVI p /i.3 i" août 17.6 cUâteannenf

»• Archiv. des Aff. Elran<j., .Uollandi', t. .^00, fol. 2D4 au maréchal dHuxeller, 24 juillet 1716.

Conséquence de la politique nouvelle

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

OpinioD

ducal'inet

anglais

dit pour en avancer l'effet'". » Le 3i juillet, Dubois eut une audience du Régent. Il n'avait guère à ajouter à son volumineux rapport que la mimique, dans laquelle il était passé maître. Ce n'était pas un art superflu lorsqu'il s'agissait de convaincre et d'entraîner un prince français dans une voie aussi nouvelle que hasardeuse. Dubois associait son intérêt à celui de l'électeur de Hanovre. Georges P' ne pouvait avoir les mains libres en Allemagne que s'il était assuré de la tranquille possession de l'Angleterre; Philippe d'Orléans ne pouvait gouverner et régner, peutêtre, que si les renonciations d'Utrecht demeuraient valables. Georges et Philippe dépendaient de l'Angleterre où les whigs au pouvoir soutenaient le prince protestant mais condamnaient la paix d'Utrecht. Pour se les rendre favorables il fallait offrir à leur avidité de fructueux avantages commerciaux et d'humiliantes et onéreuses concessions : sacrifice du port de Mardyck, abandon du parti français reconstitué par Ghàteauneuf en Hollande. Tels étaient les résultats du voyage de l'abbé Dubois et la matière des conseils qu'il allait soutenir devant le Régent.

C'est plus que l'abandon de la politique de Louis XIV, pis que le démenti donné à toute politique française, c'est la conséquence logique du coup d'état du 2 septembre 1716 qui a mis le Régent à la merci du Parlement auquel il veut se soustraire et de l'étranger auquel il doit complaire. Force lui étant, comme à tout gouvernement, de s'appuyer sur quelqu'un ou sur quelque chose, le duc d'Oiléans n'ayant ni parti à l'intérieur ni amis à l'extérieur s'adressait, en désespoir de cause à des exploiteurs. L'Angleterre ne s'y était pas méprise un seul instant et le voyage d^ Dubois avait suscité d'âpres espoirs. A peine instruit de ce qui s'était fait à la Haye, le premier ministre lord Townshend écrivait à son collègue Slanhope l'impression produite sur le cabinet. « Son Altesse Royale [le prince de Galles] a été surprise très agréablement à la nouvelle de l'envoi de l'abbé Dubois à votre rencontre en Hollande. Elle regarde cette démarche, comme une preuve que le Régent est arrivé à une plus juste appréciation de l'importance de la garantie de Sa Majesté pour assurer la succession et la tranquillité de la France. S. A. R. approuve entièrement ce que vous avez dit à l'abbé dans vos trois conférences avec lui sur ce sujet; et elle pense que vous avez mis cette négociation sur le meilleur pied possible en le consternant tout d'abord {hy frightening him thoroiighly at first) par l'appréhension

"» Archiv. des Aff. Ëtrang., Angleterre, t. 598, fol. 169 : Instructions ndressées'à l'abbé Dubois allant en Angleterre, 10 septembre 1717.

qu'on ne puisse jamais gagner sur le Roi d'admettre dans ce traité la garantie des renonciations^', et en ne le laissant pas finalement sans quelque espoir que si le Régent veut effectivement donner satisfaction sur la demande relative à Mardyck, alors il y aura quelque probabilité d'amener Sa Majesté à le satisfaire sur la garantie. S. A. R. est d'avis que quelque désagréable qu'une telle garantie puisse être aux Cours de Vienne et de Madrid, si néanmoins le Régent consent à l'acheter au prix de la ruine effective du port de Mardyck, il ne serait pas sage do refuser l'insertion de cette garantie dans notre traité, en considérant combien est populaire dans ce pays-ci tout ce qui est susceptible d'empecher l'union des couronnes de France et d'Espagne, chose que l'intérêt de Sa Majesté l'obligera toujours d'avoir en vue avec ou sans engagements formels ])our cet objet, et en considérant aussi à quel degré la sûreté et l'intérêt de la nation, autant que l'honneur et la gloire de Sa Majesté, sont engagés dans 1 affaire

de Mardyck*'. » , , ,^

Stanhope était moins satisfait, tout au plus quelques-unes de ses préventions s'étaient-elles ébranlées au contact de 1 impétueux abbé. Installé, avec son souverain, aux eaux de Pyrmont, il écrivait à lord Stair pour le tenir au courant de la rencontre de la Haye, <( démarche qui semble avoir, dit-il, un air de sincérité plus marqué que tout ce qui s'est passé jusqu ici. Mais comment cette affaire se terminera-t-elle? C'est ce ^^^ f^ r'Vnt incertain. Car l'abbé était totalement dépourvu d instructions relativement à Mardyck, sur quoi vous pouvez être assure que le Roi insistera péremptoirement, sans admettre aucun changement dans l'article... Je m'aperçois également par le langage de 1 abbe qu^ s'oppose à tout iLsemble du projet du Roi; et cependant Jcro's qu'il sera très difficile d'amener le Roi à le modifier. >. Quant au Régent il n'inspire plus confiance, mais la confiance

'Tar-druftoute chose, Stanhope s'attachait aux trois points. retaîSalt'le plus possible l'allian<. défensive fi.nc^^^^^^^^^^

subordonnait les démarches de ^-«/^-^^^.^^^^\f ^^^f'^fX et

T^ Roi avant comme preuve de sa sincérité, fait dresser ei

délWrei un'proj^t^^ l'ambassadeur de France, il s'attend que^de

mime le Régeit lui fera connaîtra ses sentiments sur cet objet

*» Voir note 87, ci-dessufi.

" Publie Record Office, Regencies, n 4S : hope, Whitehalî, 17 (=^8) 3mll<'t 1716- « Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. Vi

Pyrmont, 3 août 17 16.

lord Townshend à lord Stanlord Stanhope à lord Stair,

Opinion

de iord

Stanhope

Craintes

inspirées

par M. de

Ctiâteauneuf

en termes francs et précis, avant d'ouvrir des conférences. C'est, dans sa pensée, le meilleur moyen de parvenir à une heureuse conclusion, attendu que les conférences publiques sont ordinairement sujettes à beaucoup d'inconvénients; elles donnent occasion de soulever des difficultés nouvelles, des disputes; elles servent plutôt à traîner en longueur qu'à terminer les affaires à l'amiable"". » On ne pouvait laisser entendre plus clairement l'appréhension que donnait M. de Châteauneuf; pour l'évincer et 1 annuler, Stanhope en venait à i)référer les entretiens secrets avec un abbé Dubois dont la souplesse se prêtait à tout entendre et à tout faire espérer; il avait osé pousser l'audace jusqu'à le charger d'obtenir le dessaisissement de ce diplomate actif et habile que l'Angleterre ne savait comment contrecarrer et Dubois se prria à ce qu'on attendait de lui. Ce fut, sur le terrain diplomatique, sa première complaisance criminelle.

M. de Châteauneuf après avoir aecueilli l'abbé et étudié la situa lion créée par ses conférences avec Stanhope avait vu arriver Duywenworden et, le lendemain, Walpole réitérant la condition du renvoi du Prétendant. Châteauneuf sentait que le voyage de Dubois risquait de compromettre les fruits de sa campagne diplomatique et cherchait à la faire aboutir promptement, peut-être même prématurément. A l'en croire, il fallait dresser deux traités identiques, dont l'un serait signé par la France et les États; immédiatement le Prétendant serait renvoyé en Italie, et le traité définitif entre les trois puissances serait signé aussitôt. Dans cette proposition, le cabinet anglais ne voyait qu'un « expédient en vue d'ouvrir immédiatement les conférences, sans aucun égard à ce qui s'était passé entre l'abbé Dubois et Stanhope** ». Ces conférences donnaient le frisson aux Anglais, Walpole, qui s'y sentait battu d'avance, n'y voyait (( qu'artifices et chicanes de négociations, où les Français, grâce à une longue expérience, sont passé maîtres*'^ ». Poyntz, Methuen, lord Townshend s'évertuaient à découvrir les raisons que pouvait avoir le Régent de tromper et de se dérober à ses promesses, notamment pour Mardyck. L'entourage hanovrien de Georges V' n'était pas moins

Public Record Office, Holland, vol. 875 : Hor. Walpole à lord Townshend, la Haye, 28 juillet 1716. , ^ rr i ^ «

« Public Record Office, Domestic Various, n° a4 : lord Townshend a lord Slanhope, llampton Court, 3i juillet (=11 août) 1716.

** Public Record Office, HoUand, vol. Zfô : Hor Walpole a lord Townshend, la Ilaye^ 7 août 1716.

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

Dubois

hostile à toute négociation avec la France*' et ces personnages magnifiques daignaient sourire en songeant à l'équipée de Dubois fuyant la Hollande « la puce à l'oreille, la tête perdue de peur, par la réception qu'il y a trouvée'" ».

Tout au contraire, Dubois s'était présenté au Régent, satisfait ^^.^ ^^^^^^^ de lui-même, confiant dans l'avenir de sa politique. Il donna sa politique lecture, en présence du maréchal d'ïluxelles, d'un précis des conférences de la Haye et des exigences de Stanhope, ce qui n'alla pas sans soulever des résistances^'. Le Uégent avait sa leçon faite, il répondit que la paix d'Utrecht devait être maintenue à tout prix, surtout étant donné le désir des whigs de saisir le premier prétexte venu pour la dénoncer. Toute l'affaire se ramenait à la question de Mardyck. L'achèvement de ce port exigeait trente-cinq millions que le Trésor n'avait pas, qu'il emprunterait à grand'peine et à titre fort onéreux afin de réaliser un plan qui semblait un défi jeté aux puissances à l'heure où il nous importait de les calmer afin de désagréger leur union. L hesitatiorpersistait dans le Conseil, le l\égent dicta un projet sacrifiant Mardyck et l'imposa d'autorité^. Le maréchal d Huxelles sentant de quelle main partait ce coup demanda qu'au heu d un courrier de cabinet, ce fût fabbé Dubois qui reçut mission de porter à Hanovre les propositions françaises sans toutefois recevoir des ordres écrits. Dubois comprit qu on 1 éloignait, craignit un piège«\ se débattit, exigea au moins des instructions écrites Mais quelles instructions donner à celui qui connaissait ouï raffaire mieux que d'ïluxelles lui-même.^ L'abbé tint bon.

alors nu'il nouvait ordonner-, en sorte qu'

avec di instructions. Dlluxdle. s'y résigna de fort méchante

humeur : « Vous y retrancherez ce que vous jugerez a propos.

- W Coxc, Men,oirs o/ Walpole, 1. 11, p. io. : lord Slanhope à lord

'T:S;Jr^::ai k^X::,' t.. v : «.,..„ a ... «.., .c, ,,m.

^=" rdi".l!» A//, et^ng., An^lHcn., ,. .„, M. :/.3.,/.4. Danois « lord iXe' 4 août .,:6f /bW, t. ,85, fol. a.3 : Duboi. à ChMea.neuf,

7 avril 1716. ^ • •

»<* î Sévclinares, op. cit., t. I, p. 209. ^ , . ^ r-w-* »..

- ii- If.t//. É<mn,., AngUaorrc, l. ,,„ fol. .5. : Dabo. « Château-

""/•J ^vilinlt op. cit., t. I. p. ..o : Duboù, à Slanhope, ^ août ,7,6.

" .il ": AH Élrany., AnKlc.erre, l. .,7, fol. .5. : Duho. a Lkaleauneuf, 7 août 1716.

Les

instructions

vous y ajouterez : après quoi, vous renverrez, s'il vous plaît ri'instruction], pour qu'on la mette au neV\ » L'abbé partirait donc, mais à son corps défendant, inquiet, anxieux « Je ne réponds de rien en mon absence" ... écrivait-il à Châteauneuf. En même temps, ce dernier recevait l'ordre de modérer »es instances sur les conférences. Walpole s'en aperçut sans tarder .

« Je quitte Paris au premier jour » écrivait 1 abbe . Maigre leur mutuelle convention d'attendre un avis favorable de Stanhope" Dubois hâtait ses préparatifs de départ coiiuiie s il eut redouté d'être oublié ou contremandé. Tout lui avait réussi dans son début diplomatique, il suivait sa veine au risque d'épuiser sa chance. A la Haye, Stanhope engageait de lui-même 1 affaire que Dubois venait de lui suggérer; à Paris, d'Huxelles avouait officiellement le négociateur qu'il voulait d'abord lancer en aventurier^'. Les instructions qu'emportait l'abbé faisaient peu d honneur au maréchal qui désavouait ce qui avait été la portion la plus solide de sa politique étrangère. Il allait jusqu à dire que « le parti hollandais reconstitué après cinquante années, nés pas assez fort pour détourner la Hollande de son alliance traditionnelle avec l'Angleterre ni pour amener la Uépubliquc a accepter les propositions du roi de France. Cette politique n a servi qu a mécontenter les Anglais, naturellement vains, qui lin opposent des obstacles insurmontables". » Pour les aplanir, Dubois avait su arracher d'importantes concessions destinées à satisfaire le roi Georges et son cabinet. Au roi on accordait l'expulsion du Prétendant de sa retraite d'Avignon aussitôt après l'échange des ratifications; au cabinet, des promesses fermes sur Mard>ck « Le dernier article est le plus important de tous et comme dec.si , dirait U Maréchal. Le Conseil aurait pu et peut-être du le rejetei ,

- Archiv. des Aff. Etrano-, Anglctorrc. l. .77. t"'- -53 : n7/„xe//-s à

DiiboiSj 8 août 1716. , ,. . 4// Cinnnn \nfT,lo-

" Et il conlimie à signer « Sainl-Albin », Arcinv. de, \Jj. PAmng., An^K"

l^rrc t 277 fol. i5i : Dubois à Chdleaaneuj, 7 «oût 1716- '^^"'Puoao'k cord o//ice, Anglctorrc, vol. 3,5 : Horace Walpoe a lord Stan. „ope, U, Haye, 8 aoùl .-.0; AnMiv. des Afl. Élrany., Aa.glcU-rro, 1. .7., fol i63 : /nslruclions rfu Roi à Vabbé Dubois, 9 août 1716. " 4rc/ù.. de, Ali. Ètnuu,., \n,-U.lerrc, .. .85. fol. ..4 : Dubo.s a Chotear-

"^"/prbt rU^ÏoS: Regcneic, vol. S : r.ord S,ar./.ope a lord To^nsHen.,

^ "r^il' ÏfÎll't»,.,., Xng,e.rro, t. ,77, fC .^O-^A : Mémoire .u Roy pour s.rt-ir d'iLiruction «u S' abhé Dubois allant à Hanovre de la part

du Roy, 9 août 1716.

" Mémoire susdit, fol. i56-i59.

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

Dubois

annonce

son arrivée

mais l<-=: sages conseils du duc d'Orléans, qui veut donner la paix au peuple l'ont convaincu : le gouvernement s'engage à ne jamais faire d.^ port militaire à Mardyck, à n'y conserver qu'un canal d'écoulement pour les eaux du pays et un petit port pour le commerce de cette frontière". » A ce prix, on attendait des whigs une attitude franche et favorable et une garantie formelle des traités d'Utrecht. <( Ou le ministère anglais veut la paix, et la mention des traités d'Utrecht est la meilleure preuve qu'il puisse donner de la sincérité de ses intentions pacifiques... Ou il ne la veut pas, et ses intentions sont coupables et doivent être dénoncées à l'Europe Cette mention des traités d'Utrecht, il la faut à tout prix : c'est l'objet même de la négociation. » Dubois avait donc arraché l'autorisation de traiter avec l'Angleterre, à l'exclusion des Hollîmdais, 1° l'affaire du Prétendant; a° celle de Mardyck; 3° celle de la garantie de la paix d'Utrecht.

Mais il n'avait pas attendu le moment où ces instructions, rédigées à son gré, se trouveraient entre ses mains, pour avertir Stanhope de son prochain départ pour Hanovre .Après avoir écarte » ^lanhope cinq ou six brouillons", il s'arrêta au texte que voici : « J ai rendu compte à Monseigneur le duc d'Orléans des entretiens que nous avons eu ensemble à la Haye... Plus je lui ai fait remarquer ce que vous m'avez fait l'honneur de me dire du caractère du roi de la Grande-Bretagne, sensible et délicat sur la bonne foi et sur l'amitié plus il m'a paru touché des préventions que l'on avait données au Roi contre lui, du désir d'en être mieux connu, et de mériter son estime et son amitié; et il vous aura une obligation éternelle si vous avez travaillé efficacement à effacer les mauvaises impressions qu'on avait données au Roi et à établir une véritable union entre eux, que la proximité du sang et les intérêts communs semblent demander, et qu'une estime et une attention réciproques achèveront de ixîndrc parfaite. » Ensuite Dubois expliquait com- • ment, sur sa proposition, M. de Châteauneuf avait reçu les ordres que l'on connaît et lui-même était chargé d explications décisives sur la question de Mardyck. De plus, le Régent voulait que Stanhope et Dubois examinassent ensemble tout ce qui pouvait .^garder le traité, afin qu'il ne fût plus douteux qu U en voulut déférer l'honneur et avoir l'obligation au roi d Angleterre. L abbe terminait en annonçant au ministre qu'il se rendrait a Osnabruck et y attendrait ses ordres au logis de la poste, faisant le voyage

" Mémoire susdit, fol. i64-i65.

" Archiv. des Ajj. Êtrang., Angleterre, t. 277, fol. lil^-i^i.

Départ et vuyitgc

Arrivée à tlunovte

360 HISTOIRE DE lA BÊGENCE

,- avec assez de circonspection pour être assuré qu'il ne sera vu ni remarqué de personne". » ;

Dubois comptait partir le 8 août"; la rédaction de ses instructions le retarda dun jour. Le 9 août il se mit en rou^.ayec Sourdeval et, se donnant toujours pour le chevalier de Saint-Albin , emporta ces instructions dont il ferait l'usage qu'il lui conviendrait d'en faire", ainsi qu'un « plein pouvoir, commission et mandement spécial pour, au nom de Sa Majesté, convenir, arrêter, conclure et signer tels traité d'alliance, articles et convention qu'il avisera bon être". » La hâte apportée au départ s explique par cette phrase des instructions : « Le Roi voulait que 1 abbe partît incessamment, et que sans laisser au sieur Stanhope le temps de délibérer s'il convenait à ses vîtes qu'il fit cette démarche il arrivât àOsnabruck". » L'abbé brûlait la route et trouvait a Osnabruck un billet de Stanhope, daté de Pyrmont, le i3 et disant ■ « Puisque vous devez, à l'heure qu'il est, avoir fait une grande partie du chemin, vous trouverez bon que je vous prie de venir jusqu'à Hanovre. Je crois qu'il sera bon d user de la circonspection que vous dites et d'éviter autant que faire se peut d'être remarqué. Si vous m'envoyez un de vos domestiques quelques heures avant que vous arriviez, j'aurai soin de vous faire trouver un logis où vous pourrez être aussi retire qu il vous

plaira*"'. » .. p

Dubois se rendit à l'invitation. Il était temps que prit fin son vovage, ses préoccupations et les événements l'avaient mis sur les dents « Tout ce dont vous m'aviez instruit, écrit-il au commis Pecauet a tellement fermenté dans ma tête que j'ai ergoté comme un Hibernois pendant tout le chemin'» ». En passant a Louvain. il apprenait la nouvelle de la victoire remportée par les Impe-

" ArcUv. des Ajj. Êtrang.. Ansflotom-, t. :.77, M- «W-W ^ Dubois à Stanhope Paris, 4 août 1716; Sévclinpf», op. cil., t. I, P- ''f""'' , .,

^^Zinv des Aff. Êlrlnç,., l. =77, fol. .5. : Du(,ois à CMlen.nenU 7 août

"«■^rch». der Aff. Etrang.. An.M<.t..,TO. t. .77, W f^-^^'f^ d-Huxelles, 23 août i7>6; d'après SévcUngo«, op. «(., t. I, p. "i.

''^^.i!: 'dVt. Étrano.. .AngWt.rrc, t. .00. fol. .f, =5 : Dubois à

Pecquet, 6 août 1716.

" Archiv. des Aff. Étrang.. AnslHerrc, t. 385, fo . oiç,. . ,

.. Archiv. des Aff. Êirang., .Angleterre, t. .90, fol. .8 su.v. , l. .77, fol-

"'.frihi.. des Aff. Êtrang.. Angleterre, t. ^f'^^^'XL'TJT""'' à Duboi», Pyrmont ,3 août .7.6, Dubois arriva * Os"»l>:"^''^ f. '« 7^*;^^„,, '0 Archiv des Aff. Étrar,g., Angleterre, t. .9". fol- '06 = Dnbo,s a Pecquet,

33 îvoût 17T6.

LE VOYAGE DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE

riaux sur les Turcs à Peterwardein; il la i^elrouvait, grossie, enflée, à chaque relais, en sorte qu' « il semble, disait41, que l'air en Allemîigne en soit chargé et, je puis dire, empoisonné'' ». A son arrivée à Hanovre, le 19 août, Stanhope lui prodigua les marques d'amitié, lui donna (( un appartement séparé du sien par un grand salon et la faculté de communiquer avec lui à toute heure'" »; en réalité, sous le prétexte de se rencontrer aussi souvent qu'ils le désireraient sans donner l'éveil, Stanhope avait mis Dubois au -secret. L'abbé ne pouvait ni sortir ni eauser, il se trouvait <( réduit au rôle d'acteur muet'* » et pouvait méditer a l'aise sur la situation. Il n'était pas homme à s'en laisser embarrasser. « Vous voilà dans la machine, lui écrivait Pecquet, je ne suis pas en peine de la manièiM^ dont vous remplirez la mission dont vous êtes chargé'\ »

'I Archiv, des Afj. Etran<j., Anglclenx., t. 277, fol. 260 : Dubois à Pecquet,

""rrZku''de. Aff. fAran,., AngWU-no, t. .78, fol. 10 : DuUols au RégenU

""^X^l^r^S:^^:';., An.M<'n., t. .77, fol. ..8 : Du,ois au Ré.enU 22 août, ihid.. fol. 227 : Dubois à d^tluxeUes, 22 août. ^^ Ch. Aubcrliii, Uespril public au XMIl^ siècle, p. 73.

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