‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 21 sur 193 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'abbé Dubois à Hanovre

Cio août — II octobre 1716)

Dispositions des Anglais. — Soucis de l'électeur de Hanovre. — La que«. lion de iMardyck. — Intransigeance de Stanhopc et souplesse de Dubois. — D(«pêche de Stanhope à Methuen. - Fatigue de Dubois. - Georges l^- accorde la mention du traité d'Utrecht. - Lettre de Dubois au Régent. — 23 août - Signature de la Convention. - Tentative pour évincer la France de, la Holl,n,lD — Légers remords de Dubois. - Stratagème de Dubois pour faire parler Stanhope. - Impatience de Dubois. - Il tente Stanhope par un potde-vin. — Pression du cabinet anglais. - Revanche de d Huxelles. - lustructions à M. d'Iberville. - Oppositions qu'il rencontre - Tactique de M d'Iberville. - Impatience de Dubois. - OpposiUom qu'il rencontre, chez Châloauneuf, au Palais-Royal, de la part de <i'Hn-"-,^-t <i" <luc ^^ "^-^

- Association avec Canillac. - Capitulation de M. d' berville - Triomphe du cabinet anglais. - Soucis p^-rsistants de Georges I-. - " ^7^1^ p f a recourir aux armes. - Infâme, calomnies de Dubois contre M. d Iberville.

— Signature de la convention. — Son but.

., .TVspèrc bien, disait Stanhope, faire perdre aux Anglais l'ha- Oi^P»;'^'»;» bitude de regarder les Français comme leurs ennemis naturels »; et pour y réussir, il aurait assurément fort à faire. La victoire des Impériaux à Peterwardein avait soulevé de grands espoirs ,.n Angleterre. « Si l'on en sait tirer parti convenablement disaiton, l'Empereur sera en mesure d'exécuter ses vues sur 1 Italie de manière que lui et le Roi y trouveront leur compte . » Quant aux Français on ne songeait qu'à les amuser pour s en amuser Lord Townshend poussait Stanhope à hausser ses exigences dan l'espoir de fai,^ échouer la négociation'. A peine ^"^ f^' °" P«J mieux di,^ : chambré à Hanovre, Dubois s'apercevait d un chan-

. r,h. Aut^rUn, ^'^^P;" P»»-'^ ^ uX ^'''^'^^y^^'^^^^^' 2 W. Coxe, Memoirs of Walpole, t. 11, p. ^1 • m- ^"J''

Ilampton-Court, lo (=21 août) I7i6- Dubois au Bégeni,

« Archiv. des Aff, Etrang.. Angleterre, t. 2yy, fol. ^ô-j ^

Hanovre, 22 août 1716. ,, ^50 . poyntz à Stanhope,

* W. Coxe, Memoirs of Walpolc, \, lU» P- ^7 00 • ^";r ^

3i juillet (=10 août) 1716^ 29

Soucis

de l'élerleur

lie HanoTre

La question de Mardyck

gemont de ton dans ks entretiens du ministre anglais et pouvait concevoir des inquiétudes sur l'opportunité et sur l'issue de son voyage. Tandis qu'il négociait avec le roi d'Angleterre, c'était l'intérêt de l'électeur de Hanovre qui dominait la négociation.

L'électeur avait acheté au roi de Danemark les duchés de Brème et de Verden; le roi de Prusse et le roi de Pologne avaient absorbé le reste des anciennes possessions suédoises en Allemagne, de sorte que le tsar de Russie, principal artisan de la chute de l'empire de Charles XII, n'eut pas même un lopin de terre ni un port de mer pour assouvir ses convoitises. Le port de Wismar, sur ]? Baltique, lui fut fermé. Entre ces quatre larrons également avides et déloyaux, la partie n'était pas égale; le Moscovite possédait une flotte imposante, une armée nombreuse et aguerrie et de vastes états à l'abri d'une invasion tandis que ses troupes campaient dans le Mecklembourg, séparés par l'Elbe seulement du Hanovre. L'électeur en était d'autant plus justement préoccupé qu'une' haine tenace et ancienne rendait tout accommodement impossible entre le Tsar et \\n\ En outi^, le baron de Bernsdorff, conseiller intime de l'électeur s'ins])irant de ses intérêts personnels, avait poussé Georges V à une démarche offensante, presque hostile envers le Tsar. Lorsque l'électeur et le baron y réfléchirent, ils aperçurent le Tsar tirant vengeance du maître et du serviteur, s'alliant à la France et mettant à mal le Hanovre. Aussitôt Georges devint aussi désireux de l'amitié de la France qu'il avait affecté jusque là de la dédaigner. Ces circonstances devaient dominer la négociation, mais Dubois en ignorait tout et Stanhope, à force d'arrogance et d'exigences, comptait lui

donner le change.

A peine reposé du voyage, Dubois s'aboucha avec Stanhope qu'il trouva instruit de l'échec de la mission de Louville à Madrid' et d'autant plus disposé à mener la conversation « bride en main »\ ce qui amena l'abbé à cette réflexion « qu'il ne faut pas se flatter de trouver des ministres publics qui se piquent ni d'une générosité, ni d'une fidélité scrupuleuse à ce qu'ils ont fait espérer ». Dubois exposa le projet français pour Mardyck, mais Stanhope s'écria et répéta plusieurs fois : <( Nous sommes loin de

* Lord Mahon, HUtory of EngJand, in-S, Leipzig, i863, t. I, p. 287; L. Wiesener, Le Régent, Vahhé Dubois et les Angkiis, 1891, t. I, p. 3o4.

• A. Baudrillart, Philippe II et la Cour de France, t. II, p. 228-233. ' Archiv. des Aff. Ëtrang., Angkterre, t. 277, fol, a3i : Dubois au Régent,

22 août 1716.

L'ABBÉ DUBOIS A IIA^OVRE

compte!" » En effet, écrit-il au cabinet de Londres « les' écluses sont à peine modifiées, la profondeur de l'eau est la même. Il est seulement question d'obstruer la grande écluse et non pas de la détruire, comme dans notre projet' ». La discussion n'ébranla aucun des deux interlocuteurs et Stanhope assura que, commencée de celte façon, elle ne pourrait aboutir. « Rappelez-vous., ditil avec hauteur, que lorsque les Français eurent pris Dunkerque, en i658, le cardinal Mazarin donna cette place toute fortifiée à Gromwell pour obtenir son amitié. Dans un temps où votre Régent a besoin de nous, souffrez que je vous dise qu'il fait trop de façons pour un simple canal^". »

Dubois laissait dire et déliait une grosse liasse de tracés et iniransi-

i»T» îr**i fiPoIlCC

autres pièces, mais Stanhope coupa court et lui dit que c était en deSi«nhope pure perte. « J'en ai, ajouta-t-il, d'autant plus de chagrin que ^^^^"uioir c'est sur mon rapport de nos premières conférences, et sur le désir ardent exprimé par l'abbé, au nom du Régent, d'obtenir Tamitié du Roi, désir que j'avais représenté comme très sincère, que Sa Majesté a, en grande partie, surmonté sa répugnance de se rendre garante de la succession en France, question d'un si grand intérêt pour Son Altesse Royale. Bref, c'est là une matière sur laquelle Sa Majesté est si loin de pouvoir rien concéder que je suis sûr qu'elle ne me permettrait même pas d'en parler avec elle, la demande faite par elle étant le résultat de plusieurs conférences en conseil privé, en sa présence, après mûre délibération, et après avoir interrogé à fond les ingénieurs, les marins etc"... » Stanhope brodait sur ce thème tout ce que lui suggérait une riche imagination. A l'entendre, il avait eu beaucoup d'efforts à fournir pour changer les sentiments à notre égard et depuis quelques heures à peine <( il avait reçu d'Angleterre es dernières résolutions favorables à cette alliance, sans lesquelles le Roi n'y pouvait consentir^^ ». Si vous saviez a tout ce qm a traversé et traveree encore cette affaire, le nombre infini de personnes qui s'y opposent, vous seriez surpris qu'elle soit encore sur le pied où elle est » et il poursuivait, comme se parlant a

• L. de Scvelingos, Mémoires .secrets et correspondance inédile du cardinal

Dubois, t. I, p. 2i4.

» \V. Coxe, Memoirs of R. Walpole, t. II, p. M. Methuen, Hanovre 2/1 août 1716.

"» Dubois au Régent, Hanovre, 22 août 17 16.

»^ W. Coxe, Memoirs of R. Walpole, t. II, p. M. Methuen, Hanovre, 2/i août 1716. • ,

»= Archiv. des Aff. Etrang.. Angleterre, t. 277, fol, 2.30 : Dubois au Régent,

Hanovre, 22 août 17 16.

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