‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 22 sur 193 · GG · texte numérisé non relu

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HISTOIIU: Di: LA RKGENCE

L'ABBÊ DUBOIS A HANOVRE

lui-mêmo, « que dans huit jours il y auroit vingt projets et vingt propositions de la part de l'Empereur'' ». Soit qu'il fut dupe, ce qui est douteux, soit qu'il voulut inspirer à Paris une salutaire inquiétude et y faire valoir ses futurs succès, l'abbé écrivait au Régent : « J'ai tout lieu de craindre que tous les jours la cause de Son Altesse Royale, qui est celle de tout le royaume, ne devienne plus mauvaise'*... Chaque heure a son danger, et milord Stanhope ne revient pas une seule fois de la Ck)ur sans m'apporter quelques difficultés et quelques traverses dont il paraît lui-même très embarrassé'"...; Je supplie V.A.R. de n'avoir aucun soupçon que milord Stanhope veuille m'amuser : il travaille avec sincérité'*. » Même aux prétentions excessives, Dubois découvrait des excuses, u S'il m'a tenu rigueur et s'il a exigé des conditions qui m'ont paru dures, écrit-il, c'est qu'il a eu besoin et a besoin encore de grandes avances pour faire revenir les acteurs principaux de leurs préventions et leur faire voir qu'il fait une bonne affaire pour le Roy et pour la Nation". » Avec un antagoniste ainsi disposé, la roideur de Stanhope se trouvait mise en défaut. Le ministre pensait avoir découragé l'abbé sur le projet de Mardyck, l'abbé suggéra l'envoi de M. d'Iberville", accompagné d'un ingénieur muni de plans, et Georges F répondit qu'on écouterait ce que l'ingénieur aurait à dire mais qu'on ne se relâcherait pas sur les demandes. Dubois ne s'était jamais montré « plus gai, plus haut, plus gascon « sans parvenir toutefois à « donner le change à un homme qui avoit l'esprit bien présent" ». Gomme il venait de marquer un petit succès sur l'affaire de Mardyck, il s'enhardit, entama la question du Prétendant et celle de la succession de la couronne de France. Stanhope, toujours en garde, déclara que tout ce qu'il dirait sur

»* Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, l. 277, fol. 281 : Dubois' au Bégeni, •l'i août 1710.

^* Arch'iv. (les Ajj. Etrang., AngleteiTC, t. 277, fol. 281 même, 22 août 1716.

^^ Arcliiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 277, fol. 289 même, 23 août 1716.

^^ ArcJilv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 277, fol. 287 même, 22 août 1716.

*^ .4rc"/jn'. des Aff. Êtrang., AngleteiTc, t. 278, fol. 28 même, 4 septembre 17 16.

*" M. d'Iberville, notre ambassadeur à Londres, était alors à Paris pour affaires personnelles.

*• Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, l, 277, fol. 247 ; Dubois ù dHuxeU les, 22 «août 17 16.

le même au

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ces deux points serait subordonné à une rédaction acceptable de l'article touchant Mardyck.

« Quant à la succession de la couronne de France, je lui offris, dit Stanhope, de dresser un article exprimant la garantie du Roi en faveur du duc d'Orléans, en termes aussi forts qu'il pourrait lui suggérer; mais, quand il en vint au Jait, je trouvai que, quoique la garantie de cette succession fût le seul vrai et réel motif qui porte le Régent à rechercher l'amitié de Sa Majesté, l'abbé avait néanmoins pour instructions de l'introduiixî comme accessoire au traité, au lieu d'en faire un article conçu de manière b rendre évident que c'était là son unique but et objet. 11 msista donc très fortement pendant trois jours pour que Sa Majesté garantît le traité d'Utrecht, dont le sixième article contient tout ce qui concerne la succession à la couronne de France. Je lui dis que, selon moi, l'intention de la France, de la Grande-Bretagne et de la Hollande dans cette, négociation n'avait pas ete autre que d'établir une paix durable entre elles respectivement; qu'il savait bien que le traité d'Utrecht ayant été fait après une longue guerre, dans laquelle toute l'Europe avait été engagée, il avait fallu régler les intérêts de beaucoup d États fort étrangers à l'affaire en préparation actuellement : que tout Eta ou grince qui aurait à réclamer la garantie de quelque intérêt ou d'un avantage résultant pour lui des stipulations dUtrecht, serait libre de s'adresser directement ou à notre Roi, ou au roi de ^™, ou aux États, lesquels, sur sa réquisition po^^^^ entrer en telles conventions ou engagements qu ils jugeraient convenables; mais que, selon moi, notre ^«-re quant a pr^se^^^ consistait uniquement à régler ce qui concernait ;™dm^ment les deux parties contractantes. Comme d ^-^^^^^^^ .^,.^^^ ser sur ce point, j'eus commandement du Roi ^e tm ^^^^^ ment ou'on ne s'y prêterait jamais : que ceci devant aboutir a r triple amanci,^'insert d'un article général portant ga^ rantie du traité d'Utrecht aurait pour conséquence d obliger

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senUe très fortement par l'Empci^ur, avec qu. Sa Majesté

Dépêche

dcSlanhope

à Melhiicn

Falifîue (le Dubois

Georges l" accorde

la menlion du t rai lé d'Utricht

clu si récemment une alliance, et a résolu de vivre en bons

termes. »

Les deux antagonistes étaient aux prises. « La chandelle brûle, écrit Dubois au Régent, nous sommes dans un moment critique'" » et Stanhope, plus maître de soi, ajoute que « l'abbé, le trouvant si péremptoire, parla de s'en aller immédiatement, menace que je pris très patiemment; mais, se ravisant, il dit qu'ill se contenterait de l'insertion d'un article qui garantirait les 4% 5^ et 6' articles du traité d'Utrecht entre la France et l'Angleterre, et le 3i^ entre la France et la Hollande, desquels les deux premiers ont trait seulement à la succession d'Angleterre; et les deux derniers contiennent tout ce qui regarde celle de France, avec les renonciations qui lui servent de base" ». Stanhope entrevit de ce côté une solution qui assurât les successions de France et d'Angleterre, garantît l'intérêt du Régent et de Georges P'^ (( sans offenser mal à propos la maison d'Autriche". » Dubois souffla un instant; il se battait sans répit, <( comme un prévôt de salle, disait-il; mais j'ai reçu de terribles estocades et j'aurais eu grand besoin d'un aussi bon ixîvencher que vous — s'adressant à Pecquet — et s'il me prend fantaisie de faire la relation des combats en champ clos que j'ai essuyés chez M. Stanhope... vous aurez pitié de moi" ». De fait, il était malade".

Quant à Stanhope, il travaillait avec plus de calme et plus de suite. Il avait préparé un article aux termes duquel les trois puissances se garantissaient réciproquement les articles du traité d'Utrecht concernant les intérêts de chacune d'elles et la succession aux deux couronnes de France et d'Angleterre. Georges V approuva et enjoignit à son ministre de faire tout ce qu'il dépendrait de lui pour amener l'abbé à y consentir, « ce qui me coûta, dit Stanhope, trois jours de discussion ». Georges P"" mollissait. Sur l'affaire du Prétendant il consentait à adopter un expédient aussitôt qu'il aurait satisfaction sur l'affaire de Mardyck. Sur la question de la garantie réciproque des couronnes, Georges pensa qu'une stipulation de cette nature ne pourrait longtemps rester

-•» Archiv. des Aff. fArang., Angleterre, t. 277, fol. ^35 ; Dubois au Bégent,

j/2 août 1716. .

21 W. Coxe, op. cit., t. Il, p. 68-72 : lord Stanhope à M. \fethuen, 2/1 août

" W. Coxe, op. cit., t. II, p. 68-72 : lord Stanhope à M. Methuen, 2/1 août

2' Archiv. des Aff. Étmng., Anprloforre. t. ^^77, fol. 260 : Dubois à Pecquet,

'j'i août 17 16.

" Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. VU : Bobelhon, .secrétaire de Georges /«', à lord Stair, Hanovre, 26 août 1716.

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

secrète et que la reconnaissance de la renonciation de Philippe V causerait de la peine à l'Empereur qu'on ménageait fort depuis sa victoire à Peterwardein". Tenu au courant par Stanhope des moindres incidents de la discussion, Georges F avait pris de l'inquiétude en apprenant que Dubois menaçait de se retirer Georges voulait une prompte conclusion et, pour y Parvenir il pensa qu'en mentionnant dans le traité les articles du traite dUtrecht relatifs à la succession des deux couronnes, il donnerait satisfaction à la France sans blesser l'Autriche.

,Dans l'après-midi du .. août, au moment ou Dubois, a fourbu t, renonçait à convaincre Stanhope^ George. 1^ prenait m. parti dont l'abbé fut instruit le lendemain, et il écrivit aussitôt au égent : « H arriva hier après^îner une crise qui a change, elon mon petit sens, notre condition en mieux. Dieu veuil e que cela se Soutienne jusqu'au tems où l'on P^u-a sign^^^^^ ma lettre d'hier, je demandais différentes choses a Votre Altesse ovS et la situation où nous étions hier matin l'exigeait; auoTd'hui e me réduis à lui demander beaucoup de secret, jusiu'f ce oue rTflaire soit bâclée, et une diligence ^xtram^î^^^^^ Znv envrer M d'ibervill. et un ingénieur au fait sur l'affaire de

^. E"j:r.Se vr fin':: ,i„ i». - .«ae^„;

^,.t l„i faire cerdre le seul moyen assure quelle puisse avo peut lui faire perare ^ ^^^^^^^ ^xi royaum.-. .1 at-

pour conserver la paix au dcaans ei . .„a„u„ aniourd'hui.

Cndrai ici le ix^tour du eourr.er que J« '"', Jj.^^'Xi.bienient e, .je ti^mblcrai ju^uà a s.gna.r d^ t a.t.^.^ .e^. ^,^.^ ^^^

jusqu'à ce tonps-la, il n y aura P*** "" ^u^e, de faire

partir en poste M. ^ Ibc v.U . de ' p ^^^^^^^^ ^^ ^^ ^^

raccompagner et f^Jr^Pdtr/positivement que le succès et le pas un moment, et de leur d're P^« . ^^^, ^éu^g.r

mérite de leur commission «^on^»*'^'"; "^" J ^ , en peu de

avec le tems certains -" X^^H^n eX dJs Inglais'sur le de joui^ un acquiescement *t ^"«JJ*" ^^^^^^5, ^^oir rache-

c^r r.ra:'':r L:r;:s ,. -. - p;- „ ,.

Lettre de Dubois au Kégent,

23 août

»^ L. de Si'velingos, op. cit., t. I, P- ?^i^-

- Archiv. des Aij. Rtrang.. Anglolorro, t. .09, fol,

les, 22 aoAl 17 16.

Dubois à d'Huxel-

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

Pour lors vous pourrez écouter avec plus de tranquillité le« balivernes qui se peuvent dire sur ce que dan-s le traité il sera fait mention de la succession à la couronne. Que pouvez- vous faire de plus important pour le Roi que d'assurer la paix dans son royaume, et de le lui rendre tranquille et muni de bonnes alliances? Si on vous impose la condition de garantir la succession d'Angleterre, et que cela attire nécessairement de faire mention de celle de France; il faut vous remercier de faire cette alliance h si bon compte et votre intérêt n'a aucune part à cette disposition. Mais si ce traité vient à bonne fin, il me paraît par tout ce que j'apprends ici que le bruit qu'il fera dans l'Europe fera taire celui des bourgeois de Paris, parmi lesquels je compte nos plus merveilleux seigneurs. Je soutiens qu'il est plus honnête et plus utile que la clause qui regarde la succession soit dans le traité que si on cherchait à la cacher dans un article secret, qui ne peut pas même l'être ni en Hollande où, pour quatre pistoles, on voit tout ce qu'on veut, ni en Angleterre, où le Parlement fait porter sur le bureau, quand il lui plaît, les papiers les plus secrets^\ » Signature Aussitôt que Dubois eut compris l'inconcevable revirement qui couveniion sacrifiait les intérêts de l'Angleterre à ceux du Hanovre, il pressa la conclusion craignant une nouvelle saute de vent. « L'abbé Dubois, écrivait Stanhope, (que je ne savais pas être conseiller d'État de France), a des pleins pouvoirs en forme et m'a proposé de signer le traité ici même; mais sur ma réponse que cela ne se pouvait pas, parce que le ministre de Sa Majesté à la Haye avait les pleins pouvoirs, il écrit en France pour qu'on lui donne un ordre d'aller à la Haye; il le recevra probablement par le retour de son courrier". » Mais la fièvre qui agitait Dubois ne lui permettait pas d'attendre le^ retour de ce courrier, il proposa à Stanhope de signer sur le champ ce dont ils étaient convenus et, le •i4 août, tous deux signèrent un projet de convention. Le préambule et le i"" article du traité d'Utrecht ne recevaient aucun changement. Le 2® article ixîcevait en apostille que le roi Georges accepterait un des trois expédients [)roposés relativement au chevalier de Saint-Georges^*. Le 3^ article comportant refus d'asile en France et en Angleterre aux rebelles de ces deux nations n'était

'• Arehiv. des Aff. Étrumj.. Annrlofcrro, I. 277, fol. ?bi : Dubois au liégent, 23 août 1716; Sévclinges, op. cit., t. 1, p. 916-917.

^* W. Coxe, op. cit., t. II, p. 68-72 : lord Stanhope à M. Methiien, 24 août

^* Séveljng€«, op. cit., t. I, p. 219; L. Wivscnor, op. cit., t. I, p. 3i4.

pas modifié. Le 4*^ article retlatif au canal de Mardyck portait qu'il serait rendu conforme à ce qui serait décidé en Angleterre'".

La France faisait les frais de l'accord. Georges P"" et son ministre, mis en goût par le succès, imaginèrent mieux encore. M. de Châteauneuf, dans ses pourparlers avec les États-Généraux, avait obtenu que, dans le futur traité, on reconnût la France garante de la Barrière hollandaise. Le roi d'Angleterre affectait de s'en inquiéter. La France, disait-il, prendrait de là « occasion ;; son plaisir de faire naître et de fomenter des disputes entre les Hollandais et les Flamands, disputes qui pourraient très aisément être amenées non seulement à créer une rupture entre l'Empereur et la Hollande, mais même à mettre l'Angleterre dans la nécessité de désobliger l'une ou l'autre de ces puissances, chaque fois que la France épouserait dans ces démêlés le côté de la question qui 'serait connu pour être désagréable à l'Angleterre. -Mous avons, ajoutait Stanhope, quelque chose de pareil à craindre même dans la présente négociation. Car si nous paraissons peu disposés à mentionner leur Barrière dans ce traité, la France ne manquera pas de s'en servir à notre préjudice en Hollande. Aussi le Roi croît-il qu'il vaut la peine d'examiner s'il ne serait pas j lutôt de l'intérêt de l'Angleterre et de la Hollande elle-même que celle-ci ne fût point partie à ce traité... L'influence de l'Angleterre ne sera-t-elle pas d'autant plus forte en Hollande, qu'il y aura moins de liens avec la France'\ » Le Grand-Pensionnaire e* l'administration politique des Provinces-Unies étaient si lents s à se mettre en branle qu'on aurait le loisir de tout achever avant qu'ils fussent prêts à répondre, or c'était tout le contraire du côté de la France. Là, le Régent était si impatient de finir, qu'aussitôt l'article de Mardyck réglé, l'abbé Dubois presserait Walpole de signer au nom de l'Angleterre sans soupçonner l'intention des

Anglais en &e prêtant à son désir. ..„,,. 1 1

Le cabinet anglais abonda dans ce sens, écrivit a H Walpole hour qu'il dissuadât le Pensionnaire et son entourage d accepter la France comme garante de la Barrière, et les impressionna dans ce sens; mais il n'admit pas l'idée de tenir les Provinces-Unies en dehors du traité avec la France, car <c les Hollandais ne seraient pas 'satisfaits d'être engagés avec l'Angleterre seule, ils se regarderaient comme abandonnés du Roi; si l'alliance avec la France

>o Sévdin-os, op. cit., t. I, p. 210; L. Wiesenor, op. cit. t. \ V- l\^^ 0.e./oord Co^ele,'^^^ Papors, Vol. V, M. Methaen à U>rd Sta^r, Wlutehaîl,

''^'t^=i^t'^, B!;::nHo. vol. 8 : lord Stanhope a .0.. To.nsHend (Hanovre), 29 août 17 16.

Tentative

pour

évincer

la France

(ie la Hollande

Légers

remords

de Dubois

Stratagème de Dubois pour faire

parler Stanbope

se faisait sans eux; et alors, probablement dans cett* humeur les artifices et la faction des Français en Hollande les séduiraient bientôt et les pousseraient à se jeter entièrement dans les bras de la France". » Le projet fut abandonné".

Depuis sa lettre du ^3 au Régent, l'abbé Dubois rongeait son fi^in; calculait les distances, expédiait des courriers à Paris. Ce qu'il pouvait avoir gardé de conscience s'éve.lla.t au sem de ce

désœuVi^ment, lui reprochait, ^-^''^^^^'\'\'''^'ZZ"ZZor France. Mais le petit homme criait plus haut que celte miportune « Que ne faut-il point dévorer pour parvenir a un bien capital.:» Si nous étions à bille égale avec les Anglais, nous aurions ménagé avec plus de dignité et de hauteur quelquc;s avantages Mais L fond l'essentiel de tout ce qui nous est néce^aire s y Irouv . en termes précis et substantiels et vous met on *^ « ^.^e jomr de IP paix et d'être libre dans votre taille de tout cote "Sentant ce qu'il lui manquait, l'abbé se couvrait de la parole d un evêaue .< Dans les grandes affaires, avait dit Fléchior, quand on a ' f;eu près ce quf compte, il ne faut regi^tter les petites choses aue l'on perd. » La petite chose c'était Mardyckl %ans l'attente de la'réponse du Régent. Dubois restait claquemuré et Stanhope, Robethon, faisaient bonne garde. .. Combien Ttlps'a présence reslera-t-elle secrète, on ne sait; mais moins on en parlera, mieux cela vaudra". Dès le matin, Stanhope « en rob^ de chambre et en bonnet de nuit ., traversait le salon qui séD^rait les deux appartements, s'installait chez 1 abbe qui le receva en pareil équipage et quelquefois la journée entière sïcJulailen discussions, chacun observant, écoutant, rusant avec déUc^s Un soir, le 4 septembre, l'abbé raconte au Régent un tour de sa façon qu'il vient de jouer à Stanhope.

J'ai drelé une embuscade qui a eu tout le succès qu je pouvois espérer. Le pi^mier étage de la maison qu occupe m.lord Itanhope est composé d'un grand salon peint q- « ^S bout un grand appartement; je suis loge dans 1 un et il habite raie, d! sorte que, comme il n'y a que le salon entre nos deux

» PMU Becor,, Oflu-e. Domcslic Various „• ,4 ': ,ord To«.n,,he„<l d

lora Slannope, Harr.pton Court, .5 ^'^I^^^^'^PsiTL à lonl To.n. »= Public Record 0//ice, Régences, vol. 8 . ion* .Mfln(...,.f

hend, Hanovre, i5 sepUm.bro 1716. ^^

»^ Archlv. des Aff. Êlrong., Angleterre, t. 277, fol. a?» 2/9

Bégent, 3i août 1716- stanhope à M. Methiien, Hano-

» W. Coxe, op. eu, t. II, p. 68 72 „ ""^ %„, yil ; lU.belhon à

vre, 2i août 1716; Oxenfoord Caslle, Stair l.ip^rs. vol. lorl gtair. Hanovre. ^5 août i7>6, L. Wi^sener, op. cl., t. I, p. 3.5,

L'ARBÊ DUBOIS A HANOVRE

logements, cela fait une communication continuelle de lui chez moi et nulle de moi chez lui pour ne le pas interrompre dans les occupations de sa charge et ne pas in'exposer tous les jours à trouver en face ceux dont il est important que je ne sois pas vu. M. Stanhope devoit donner à dîner mardi à l'envoyé de l'Empereur. 11 invita le général des troupes, le ministre d'Hanovre et les principaux de l'ÉUt au nombre de quatorze à ce dîner, qui i,. fit dans le salon qui est entre nos deux appartements, et pendant lequel le mien fut fermé. Comme ce festin allemand devoit être beaucoup arrosé, il me vint en pensée que, si le vin du secrétaire d'État étoit, comme je l'avois vu autrefois, gai et parleur, je pourrois peut-être, après le dîner, profiter de quelques-unes des vérités que le vin se vante de tirer des plus taciturnes; et, lorsque les derniers convives furent accompagnés, je laissai ma porte ouverte, ce qui invita Stanhope d'y entrer en remontant comme je l'avois espéré.

« En se jetant dans un fauteuil, il me dit : « Mon cher prisonnier, j'ai bien des excuses à vous faire de l'incommodité que vous avez' eue d'être enfermé tout l'après-dînée; vous voyez un homme qui s'est enivré en faisant les honneurs sa tablel » En effet, il s'étoit distingué parmi treize Allemands qui avoient bu soixantedix bouteilles de vin et cinq ou six bouteilles des liqueurs les plus violentes, qu'ils avoient avalé comme de l'orgeat. L ayant trouvé à peu près comme je le désirois, je lui conseillai de prendre du thé pour abattre les fumées du vin, et après qu'on eut elabli devant nous un cabaret propre à une longue conveï^ation je lui montrai en confidence une lettre tout en chiffre de M. de Chaleauneuf. Je n'eus b<>soin que de cette confidence pour le mettre en mouvement, et il commença à me parler avec une rapidité qui ne s'arrêta depuis neuf heures jusqu'à une heure après niiîuit, et qui «l'instruisit de la plupart des choses que je vou lois savo r sans qu'il m'en coûtât que le soin de lui faire quelques peU^s' objectU>ns pour le faire passer dune matière une autre. !, Mais, mon Dieu, mon cher petit ami, me dit-il a la fin et un peu tard, je crois que lu m'as ensorcelé, oui, mordieu, je le crois, ca; sans prud'ence je me laissai ébranler par tout ce que

"lI rccÏir'oè'tte ruse ne fut pour Dubois que le diverti^e ..„a^e.e ment d'une soirée. Il voyait, il comptait les jours qui s écoulaient sans que reparût son courrier envoyé à Paris. A tout mstant il se

.« archlv. des AfI. Êtra.uj., Angleterre, t. ,78, M. .4 : t. ,90, fol. .8.- 186 : Dubois au lUgent, 4 sept<;mbrc 1716.

Il lente Stanhope

par un pot-de-vin

Pression du cabiuel anglais

i.tait sur sa plume, griffonnait un appel véhément adressé à indok-nce de s.,n ancien élève : .. Ces longueur, nous coupen U. gorge... Les minutes me paraissent plus longues que des hem^s'. Souvenez-vous, Monseigneur, que '« chandelle bru^e les pieds me grillent... Ces lenteurs mont Çoute plus de larm qu'il n'en tiendrait dans un seau. Je vois les difficultés grossir à tous moments, eomme les boul^ de ne.ge qu. tombent des Alpes qui n'auraient pas d'abord couvert un oiseau, et qui, à ia fm accablent des caravanes tout entièi^... Je crois pouvoir ^sure'r Votre Altesse Royale que les concessions qu'elle fa. seront reietées si on les fait défilei- chiquette par chiquette et qu au : t:;iie il faut former de ces petites g.Aces un P'a/ - Pymide qui ait une belle apparence, parce que cette même diagee prtnl. grain à grain ne paraîtrait rien". » La dépêche du

A «;pnt€nibre est sur ce ton. . . i

SS pétulance et ce jargon ne parvenaient pas à stimuler mix qui à Paris, plaisantaient un négociateur si fort « échauffe dans ?e harnois J Le maréchal dUu.elles le félicitait -- -éviction" le Régent écrivait : « J« suis content de vous et de votre égociation" ..; le Roi lui-même faisait expédier un témoignage ieTa isfaetion". Dubois, hors de lui. obéissant à ses nerfs se lai. çait dans d'aventureuses démarches et, tout d'un -«"P- «« «^^^ Stanhope, de la part du Régent, un pot-de-vin de 600.000 1 vies, .. ce qu'il écouta gracieusement et sans se gendarmer ». L An- ;,aTs répondit qu'il n'y avait pas à rougir de -evoir les grâces d'un si grand prince, mais qu'il voulait avoir gagne cet argent. Sept ou^uit fiis depuis cet entretien, ï>"t,ois revint à affaire tantôt s'excusant de ne pas se connaître en d.aman s e prian Stanhope de choisir lui-même, tantôt lui demandant s il devait p endre des lettres de change sur Londres ou sur Amsterdam ou sur Hambourg, tantôt enfin offrant trente mille louis do. neufs

Ttfnho;V'i;e mftrait pas moins de hâte que Dubois lui-même d'en Snir il trouvait que la négociation avait été mise sur un

3' Ch Aubertin, UEsprii public au xviii» siècle, p. 8i, 82. , ^ ^ .

■ " ArchXk É,™n<,..%ngla..rr«. l. .90, fol. ,47 : Mamelles à Dut,o.,

'^'t ntênt « Daboi.. 30 août ,7.6, dans E. Charavay. '--">'-''autogrlpLet <locu,nents nislon,ue. r.uni. par M. Benj«r,un FUlon, in-â,

''"^'aZ. 'éehl t..,.. An..e,..rre. .. ^O". '-e Bol à D«->o,>, .^o ao.H

'"" DJhois «u Bégent, 3o oclob.^. dans Cl.. AulH-rlin. op. cit., p. 74-75-

L'AHBÊ DUBOIS A HANOVRE

très bon pied; restait la question de Mardyck sur laquelle il ne fallait attendre aucune concession". Lord Stair recevait l'avis d'insister auprès du Régent obligé de compter avec d'Huxelles qui n'avait pas perdu l'espoir de faire échouer les plans de Dubois. L'envoi en Angleterre d'un négociateur pour l'affaire de Mardyck offrait l'occasion de transporter la négociation de Hanovre à Londres, Stanhope avait suggéré le nom dé M. d'iberville, notre ambassadeur, contixî lequel Dubois ne trouvait aucune objection à soulever"; or d'Iberville avait été formé à l'école de Torcy et n'était pas suspect de complaisances aux dépens de la France pour le plus grand profit de l'Angleterre. Le cabinet de Londres redoutait un tel choix. (( Si M. d'Iberville devait être la personne désignée écrivait lord Townshend, ce ne serait pas une agréable ,H3rspective pour le succès de la négociation. Ce personnage est si mal disposé envers Sa Majesté et la famille royale; il est dans une intimité si bien établie avec le parti jacobite d'ici..., qu il trahira infailliblement auprès de ce^ gens tout ce qm se passera dans.4^es ponfcrences et qu'il fera son possible pour gâter l affaiix> Si le Régent n'a pas réellement l'intention d amener le traité à bonne fin, il ne peut pas le mettre en meilleures mains que celles de M. d'Iberville, pour le ruiner. Mais s il a a cœur de finir l'affaire à notixî satisfaction, il faut qu'un autre minis re en ait la conduite, et... nul ne conviendrait mieux pour nous être envoyé que l'abbé Dubois lui-même*\ » ^ . , ,- i

Cette pression à peine déguisée rencontrait à Pans des diplomates peu disposés à se laisser intimider. La signature des prélimina rL de Hanovre, le .4 août, retirait l'affaire à la diplomatie Zvlieei la restituait à la diplomatie officielle, c'est-a-dire a d'Iberville et à Ghâteauneuf qui prenaient leurs ordres auprès du maréchal d'Huxelles. Celui-ci pouvait à son gre exclu r^^^^^^ saont d'ordre inférieur tel que Dubois et se plaisait a le lui faire iSv Céiait sa revanche et Dubois se débattait contre ce silence q'i l'enveloppait et paraissait devoir l'étouffer, il jetait des cris de dérpoir'' . Voilà vingt-deux jour, que mon premier cour-

- 0.enfoord Castle, Stair Papers, vol. VI : lord Stanhope à lord Siair,

Hanovre, 7 septembre 1716. ^ . o«n fol o^n • Dahois au Bé-

" Archiv. des Aff, Êlrang., AnglcU-rrc, t. 277. fol. 26 j . uuo

qent, 22 aoftt 1716. , „o 0/1 • inrd T(ywns}tend à lord

Stanhope, Hamplon Court, .5 août <-5/;P;"^^ j; j,^ ^„,, ,, août, où A(f. Êtranq., Anprlctorrc. t. m, M- «« ' ""T/m Alberville », il est - n.!boi, s'offre ,. à passer en Angleterre pour id^^r^^M^^ ^^

permis de croire que le cabinet anglais «naît su quii| position.

Rcvandicdc d'Huxelles

Inslruclions à M. d'Iher-

3,g HISTOIRE DE LA REGENCE

rier est arrivé à Paris sans que j'aie aucune nouvelk d« M^/'lbe;ville" .. Et trois jours plus tard : <- J ai cne, j ai presse, eciit seize dépêches et lettres, envoyé deux courriers sans avoir eu un moTde réponse". >. Le maréchal nélait pas homme à s émouvoir outre mesure des réclamations de l'abbé <^\y^^l^ ^^ à sa plaœ à Hanovre qu'il l'y eût volontiers oublie. Ge q"' «*^>t a t là-bas sans son aveu allait subir l'épreuve de' hostilité de Ihigs aussi hostiles à l'alliance française que M. d'IberviUe 1 était à la dynastie hanovrienne.

Celui-ci reçut l'ordre de rejoindre son posf et quitta Fais danî la soirée du 2 septembre avec des instructions lui prcscri- V n de ne pas perdre un seul instant à régler le point qui est ^mis à vos soins et qu'il est de l'intérêt essentiel de Rn.r sans TuTùn retardement... Il ne doit point être question de ménager auioûrd'hui ni les légères considérations ni même la dépense „u'U faudra faire pour l'exécution de Ce que les Anglais peuvent Tirer et vou devez, sans attendre aucun nouvel ordre, épuiser ioTtrÙét-nduo des pouvoirs que S. A. R. vous a donnés, qui onlcon ormes aux deiifandes des Anglais... Ni la raison d économie nTrespérance de ce que vous pourriez obtenir après de longs Sis ne peuvent entrer en aucune manièn; en comparaison avec t risque qu'il y auroit de faire échouer une affaire aussi capitale Tnsi ne discutez sur rien de ce que demandent les Angla.s qù^urnt que l'exécution en seroit absolument impossible, et finissez sans aucun retardement*'. » , , • .^i

Z instructions si bien faites pour -éprendre celui auquel elles étaient remises pouvaient être l'oeuvre du Régent. Lord St"r tun'apP'ochait 'souvent, ne doutait plus de ses excellente, d sTosHions et de son désir de favoriser les intérêts angla.s . » l m passionnément la conclusion de l'alliance défensive 1 a regarde comme absolument nécessaire au maintien de ses intérêts ^t de son crédit, au dedans comme au deho.-s; et il ne recu- ::: Ivant aucune difficulté qui viendrait 'a ^«-rse de a conclusion" ». Bien f^us « pour Mardyck, le Régent allait

« Archiv. des Aff. É.mn,., AngUaorre, l. .78. 'ol. ..3 . Dubois au Ujeni.

''«lS:%:r.4//. É,™,.,., An,U..e.^. t. 378, fot. >i0 : D»..o. a ,océ,

21 scplembro I7'6- , , , . ..a., f,>l ifii.ifiS : Intlrwtions

4T Arcinv. des Ajj. Êlran,j., Aiiglclcriv, t. 38.«, fol. ihi

n M. d'Ibervîlle. 1 m n • inrd Stair à M. Methuen.

" Oxenfoord Caslle, Stair Papcrs. vol. III K ■ lord Mo.r

Paris. 26 août 1716. 1 m n • Inrd Sloir à M. Methuen,

" Oxenfoord Casth. Stair Papcrs. vol. TU B ■ lord iloir

Paris. 9 et 12 septembre 1716.

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

hnniie grâce au devant de ce que nous pouvions souhaiter". » ajoute Stair, jadis si défiant et qui n'hésitait plus à se porter i/arant auprès du cabinet de Londres, de son absolue sincérité. Nonobstant ses instructions et son entrevue avec le pnnce qui les lui imposait, d'Iberville, fidèle à son passé et aux intérêts français s'apprêtait à interpréter plutôt qu'à suivre a la lettre ces avis H savait de longue date le terrain sur leque ri allait manœuvrer et les chances qu'il avait d'aboutir à un échec que Tn patriotisme souhaitait. 1^ vieux ministère >.hig n était p moins hostile à un rapprochement français que le parti « vieille Co"r.. de France à une alliance anglaise. Georges F conduit par h hlntise d'une ligue du Tsar du Régent et du Prétendant pouvait ouhÏt^r ce rapprochement. Stanhope pouvait s'y employer par ;uUe d une étendue d'esprit qui le mettait au-dessus de a plupart de ses compatriotes, mais ceux-ci se cramponnaient a la poli^ Tme de Guillaume III et au dogme d'un antagoniste éternel. Lord 'rihend et M. Methuen croyaient que le ï^,^-; ^^^^J^^ iamais la démolition de Mardyck, ce qui arrêterait out, ainsi se ruvaient ils rassurés contre l'événement. Dès lors ils trouvaien bon queï négociation eût amoindri le rôle de la Hdlande, grand bonqueianeg . . , j^^ ^ ..j déconcerte les

racobitës Avec defhommes de son parti qu'il sentait à ce point So:Slia1.7e: à toute idée d'aHiai.. Stan^^^^^^^^^^

TutTRofllmlS Te— ;;"serarqf . -.---- ?," notre article de Mardyck; mais -^ -. ^^^^^„^^, 7» ''""

tailla sur la l^^^^;.. *^ ^-^^^^^^ des eaux. Une expérience sous prétexte de fac 'te. 1 ecoiUe^ ^ ^^ ^^^^^^

déjà longue lu, avait aPP"« q^ J* ^^ ^^,„ees trop mar-

ies Anglais intraitables est de '<'ur laire ^

quées", mais la tactique contraire para^ssaH don ^^^^^^^^

Lx qui P'I^-^^tles^rgti -uJaT^^

' ;;:rabr:uf v^ï-- - -^ --'^-- '''™'^^""

. r n Sl.ir PaDcrs vol. V : (ord Stair a M. Methuen, Paris, " Oxenjoord Caslle, Stair rapers,

a.,5 septembre 1716. ,„^ Stanhope à Stephen Poyntz, Hano-

•> W. Coxe, op. cit., t. 11. P- 7v •

vre 8 septembre .,.6. ^ „^,„; t. ,83, fol. 79 : d'""'™'"'= «

*» Archiv. des Aff. tAranq., rm^ Dubois, 21 sepk'mbrt.' 171C.

Opposition

qu'il rencontre

Tactique ae-M. d'Iberville

Impatience de Dubois

37j^ HISTOIRE DE LA REGENCE

accepta une modification apparente qui entraînait une aggravation réelle de la ruine du port. Si le Régent la repousse, disaientils, les obstinés seront convaineus, en Angleterre et en Hollande, de' la mauvaise foi des Français, en sorte que le roi Georges sera justifié devant le monde entier d une ruptui^e sur ce point tandis qu'en Hollande on pourra brider l'empressement de trop de gens désireux de négocier avec la France". La discussion s'éternisait; d'Iberville présentait toutes ses remarques par écrit, exigeait des réponses et demandait chaque fois des ordres. On piétinait: d'ïluxelles était servi à son gré : l'affaire se cristallisait. Seulement Dubois était là, à Hanovre, trépignant, écrivant, relançant les uns et les autres, le Régent, Gani1lac*^ Châteauneuf", d'ïluxelles", Pecquet", etc., pressant oelui-ci, adjurant celui-là. Un jour il apprend l'arrivée du sieur Metsch, second plénipotentiaire de l'empereur pour la paix du Nord, et le suppose venu tout exprès pour empêcher l'alliance", et Stanhope se joue de ses fraveurs, simule une vive appréhension de l'échec final", lui annonce l'arrivée à la Haye, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, de milordCadogan, « brutalement » hostile •) l'alliance", et, qui pis est, de milord Sunderland, autre adversaire déclaré que, malheureusement, le Roi écoute volontiers*\ Sous ces coups répétés, l'abbé prend le meilleur parti à suivre, il se dit malade : fiel, bile, dyssenterie, tout ce qu'il plaira. Georges P^ qui s'est pris de svnipathic pour cet étranger qui le sert plus utilement que ses sujets les meilleurs, et à qui Dubois a fait de vives protestation d'intérêt dynastique, lui envoie son médecin qui guérit le

»» W. Cox€, op. cit. t. II, p. 80 : Steph. Poyntz à lord Stanhope, Hampton Court, 8 {=19) ^pl<^nibrc 171O.

' " Archiv. fies Aff. Êtrang., An^rlol>MTo, t. 278, fol. 55 : Dubois a CanUlac,

S «w^ptombro 17 16. . ^ r-t at

» Archiv. des Aff. Êtrang., \ngk«teiT<', t. 278, fol. 2 : Dubois a Châteauneuf, i" septembre 17 16.

*« Archiv. des Aff. fJrang., Angleterre, t. 278, fol. 34 : Dubois à d'Huxel-

les, 7 septembre 1716. ts i ■ ^ n

•^ Archiv. des Aff. Ëtrang., An-letorre, l. 278, fol. oo-O» : Dubois a Pec-

qiiet, II septembre 1716. . , , . , ^ r

" Archiv. des Aff. Êtranq., An-leterre, t. 277, fol. 27^; t. 290, fol. it>2. " Archiv. des Aff. Étrang., An-leteiTe, t. 277, fol. 27'! : Dubois au ministre, 28 août 1716. , r. ^ ^ ' n^ t •« Archiv. des Aff. Ëtrnng., Angleterre, t. 277, fol. 278 : Dubois au Bégent,

28 août I716. w^ . . ryi i

•1 Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 277, fol. 279 : Dubois au Bégent, 38 août 17 16,

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

malade, ce qui montre assez que celui-ci n'avait rien". Ce qui vaut mieux c'est un panier de vin de Tukay dont Georges (( était fort curieux ». Mais ce petit abbé ne le rassure qu'à demi, il préfère l'avoir sous la main, c'est-à-dire sous les yeux et sous la clef de Stanhope et fait répondre à lord Townshend que <( jusqu'à ce qu'une nécessité manifeste résulte des dépêches qu'il recevra de M. d'Iberville, rhumanité ne permet pas de lui proposer de passer la mer" ». Ce n'était pas à Londres que Dubois pouvait êti^e le plus utile, mais « à Paris et en s'y efforçant d'y obtenir du Régent les ordres convenables'* ».

Cette pétulance mise en regard de la gravité sereine de d'Huxelies ou de la lenteur savante de d'Iberville prenait des apparences de comédie et le langage de Dubois offrait souvent les trivalités de la comédie de la foire. La méthode de M. d'Iberville n'est qu'(( un ménage de bouts de chandelle''' »; le Régent reçoit sa part d'avertissements aigre-doux : « Quand on se moque du danger, on appelle cela tenter Dieu'' d; Châteauneuf a les coniidences • « Jusqu'à ce que eela soit basclé, les pieds me grilleront" »; d'Iberville a U^ avertissements : « Vous ne pouvez rien I>erdre, pourvu que vous ne perdiez pas de temps". »

Ces inquiétudes étaioiil justifiées. A iiiesure que le temps s'écoulait, la rumeur d'un projet d'alliance s'ébruitait et ses nombreux advei^saires s'employaient à circonvenir le roi d'Angleterre et ne ménageaient pas la réputation du Régent; le hanovrien Bernstorff, « homme très vertueux'^ », ne s'y épargnait pas et l'abbé leur donnait raison. « Ces gens avaient leurs préventions et leurs intérêts : ils espéraient de l'empereur des titres qu'ils ména-

« Public accord Office, K<'geneie*^, vol. VIII, lord St<inhope à lord Townshend, Hanovre, i5 septembre 171O. . , , rr

" Public Record Office, Begencios, vol. VIU, lord Stanhope a lord Townt-

hend, i5 septembre 171O. . , , rr

•^ Public Record Office, Begencies, vol. VIII, lord Stanhope a lord Towns-

heiidj i5 septembre 171C. ^ . . «' 1

" Archiv. des Aff. Êtrang., Angletcnv, I. 278, fol. 46 : Dubois au Régent,

^ ^^Ï^hiv. des%f. t:trang., Angleteriv, t. 278, fol. 128 : Dubois au Régent,

18 septembre 1716. r» i • a rhA " Archiv. des Aff. Élrang., Anglck-nx.', .. 378, fol. ..5 : Dubois a Châteauneuf, i5 septembre 1716. , , „ . .. n„i,„.v ,-. " Archiv. desAlf. Étrang., Anglotom-, t. 278, fol. 8, et i.b : Dubo.? a

d'ibenaie, 11 et 19 septembre 1716. r> u -, „,. nin^ni

" Archiv. des Aff. ÉImng., Angleterre, t. .78. f<"- "' ^ Dubois «u Régent,

18 septembre 1716. ^

Opposition

qu'il rencontre

Chpz

geaieiil depuis longtemps^". » Sunderland, Gadogan, Marlborough lui-même ne négligeaient rien pour faire avorter la négociation'\ s'abouchaient avec le ùiarquis de Prié'", Dubois épiait toutes leurs démarches, et à plus forte raison celles de Stanhope". I] avait raison de s'attendre à quelque perfidie de la part du cabinet de Vienne, et cependant il ignorait alors que l'envoyé impérial à Paris, Holendorf, irritait la défiance de lord Stair, espérant quelque esclandre de la violence de ce diplomate. (( Nous sommes traversés par tout le monde, c est-à-dire par les Impériaux et ' leurs adhérents, par la Cour d'Espagne et par toute l'Angleterre, excepté milord Stanhope et le frère de M. Walpole, de sorte que le plus grand bonheur que nous ayons eu est que milord Stanhope se soit trouvé ici seul et que mon séjour en ce pays-ci ait été caché'*. »

Et c'est bien en agent secret et non avoué que le traitait d'Hu- Châieauneuf xelles, chargé de suivre une négociation qu'il désapprouvait. Dubois se trouvait desservi par son chef et Châteauneuf, à la Haye, servait l'animosité du maréchal. Jaloux de la personnalité envahissante qui l'avait privé de l'avantage de recueillir les fruits de son habile conduite en Hollande, Châteauneuf, fatigué d'un poste où il s'était ruiné sans dédommagement et avait vieilli sans gloire, tourmenté par sa goutte et par ses créanciers, se prêta volontiers à un espionnage qui satisfaisait ses rancunes et flattait celles du ministre. Tout en protestant, dans les dépêches officielles, de l'étroit accord qui régnait entre lui et son collègue, il accusait en secret les emportements de l'abbé, son orgueil ambitieux, ses discours inconsidérés, ses imprudentes démarches, les extravagances de cet ambassadeur vraiment extraordinaire, qu'il dépeignait coonme un brouillon et un fou. Huxelles, entrant dans ses chagrins, lui recommandait une patience habile et amassait en silence ces griefs vrais ou prétendus pour en accabler Dubois le jour où éclaterait l'échec définitif qu'il n'avait pas cessé d'espérer.

^" Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 278, fol. i3o : Dubois au Bégent, iS septcmbro 17 16.

^^ Archiv. des Ajj. Êtrang., Angleterre, t. 286 ,fol. 48 : Dubois à Châteauneuf, 22 sepl-mbre 1716.

^* Archiv. des Ajj. Êtrang., Angleterre, t. 278, fol. 280 : Châteauneuj à Dubois, 26 sf^ptombre 17 16.

" Archiv. des Ajj. Étrang., Angleterre, t. 290, fol. 169 : Dubois au Bégeni, /i septembn' 17 16.

^* Archiv. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 286, fol. 8 : Dubois à d^Huxelles. i**" septembre 17 16.

L'ARBÊ DUBOIS A HANOVRE

L'abbé, dont l'œil profond perçait les intrigues des Cours de Vienne et de Madrid, n'avait garde d'ignorer ce qui se tramait au Palais-Royal. Opposant à la cabale d'Huxelles le crédit des amis particuliers du Régent, les fortes têtes du tripot des roués, il écrivait à Nancré, à Noce, leur dénonçait les menées du maréchal, ses lenteurs calculées, ses indiscrétions perfides. <( N'est-il pas étonnant qu'au moment où je suis venu à bout de la seule chose qui puisse assurer la paix au royaume et mettre M. le duc d'Orléans hors d'atteinte, et lorsque j'ai l'Europe à mes trousses pour nous enlever ce bonheur inespéré, les obstacles viennent de France et de certains serviteurs du prince. » A celui-ci il écrit : (( Je vous supplie de ne comnniniquer mes lettres à personne et de ne pas les laisser tomber entre les mains des canailles qui touchent à vos papiers, car nous avons besoin du secret. J'espère aussi qu'on prendra des moyens pour faire taire le carillon du Palais-Royal, de peur qu'à force de sonner les cloches on n'attire le tonnerre. »

Dans sa guerre contre d'Huxelles, Dubois garde facilement lavantage : scrupuleux observateur des formes, il reçoit avec déférence les ordres du ministre, fait appel « à la supériorité de ses lumières et l'invoque comme un dévot son saint patron »; il prie le conmiis Pecquet de lui montrer le droit chemin du cœur et de l'est ijne <( de ce grand homme », -affirmant qu'un seul mot d'éloge accordé par un tel connaisseur « est \m opium souverain pour tous les maux ». En même temps il se lient ferme sur cette habile défensive, ne cédant rien d'essentiel, attentif à réprimer les empiétements de l'adversaire et à relever ses torts. Huxelles, un jour, ayant eu l'air de lui faire la leçon sur d'apparentes variations, Dubois lui répond finement que varier à propos est l'art du diplomate, comme louvoyer est celui du marin; le maréchal, piqué au jeu, marque son dépit par une inconvenance, Dubois, se souvenant qu'il est conseiller d'État, s'informe à Paris des égards dus aux conseillers et les impose à la mauvaise humeur du maréchal. De là ce billet adressé à Fontenelle : « Mon illustre, faites-moi l'amitié, lorsque vous rencontrerez M. l'abbé Bignon, de lui demander, par manière de conversation et sans qu'il puisse deviner que cela vienne de moi, comment les maréchaux^ de France finissent leurs lettres en écrivant aux conseillers d'État". » D'Huxelles eut un autre dégoût : il fut obligé de faire adresser à Dubois une pancarte de ministre extraordinaire, A cette vue

'• Archiv, des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 278, fol. 186 : Dubois à Pecquet, II ^oplmibre 171G, Cb. Aiibcrlin, op. cil., p. "^C-SS.

Au Palais - Royal

De la pari

de d'Huxelles

et du duc de Noailles

Association

avec

Canillac

Dubois pense que la tête va lui tourner'*, et il remercie Pecquet, le premier commis, à qui il doit ce service : « Je prie le Seigneur, lui dit-il, ...j'offre un holocauste d'un couple de cardinaux, du double de présidents à mortier et d'une douzaine de ducs pourvu qu'il vous conserve... Vous deviez bien, en m'envoyant la pancarte de plénipotentiaire m'instruire du personnage que cela m'oblige à faire, car il faut que je prenne garde à Jodelet

prlncé'\ »

Dubois avait encore un concurrent à écarter. Depuis l'échec piteux de la mission de Louville en Espagne, le duc de Noailles entretenait à Madrid une correspondance secrète avec le duc de Saint-Aignan, notre ambassadeur. Lord Stair ne put l'ignorer longtemps et espéra en tirer avantage. Il s'en ouvrit à Stanhope, mais Dubois était tenu au courant de cette intrigue par Canillac'* et, au premier mot de Stanhope, le pria do contenir Stair dans le droit chemin'' pendant que Dubois chargeait Canillac de surveiller « cette diablerie imprévue » et avertissait le Régenl"". Noailles protesta ne vouloir ni de près ni de loin se mêler d'Affaires étrangères et l'alerte, pour le moment, n'eut pas de suites.

Canillac portait au succès de Dubois un vif intérêt dont la nature était honteuse. Ce roué s'était fait concéder l'étang de Moër, proche de Mardyck et comptait sur le négociateur pour obtenir l'autorisation de le dessécher''. Dubois le soutenait dans son cupide espoir et faisait valoir ses combats entre l'intérêt public et celui du roué". Canillac était donc pis qu'un ami, c'était un associé et bien déterminé à emporter l'affaire. Tandis que d'Iberville bataillait et retardait l'accord, Canillac se rendait k i3 septembre dans l'après-midi chez le Régent, arrachait de lui des ordres péremptoires qui, expédiés le lendemain matin,

'® Archiv. des Afj. Ëtraiig., Angleterre, t. 278, fol. 186 : Dubois à Pecquet,

^^ Ch. Aubertin, op. cit., p. 83.

'" Archiv. des Ajj. Ëtrang., Angleterre, t. 278, fol. 70*: Canillac à Dubois, i3 septembre 17 16.

'• Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. VI : lord Stanhope à lord Stair, Hanovre, 7 septembre 1716.

'" Archiv. des Aff. Êirang., Angleterre, t. 278, fol. 86 : Dubois au Régenl, II, septembre 17 16.

'* Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 278, fol. 128 : Dubois à d'Iberville, 19 septembre; ibid., Hollande, t. 3io, fol. 3 : Dubois à Pecquet, 2 octobre 17 16.

" Archiv. des Aff. Êirang., Angleterre, t. 27S, fol. i36 : Dubois à Canillac, 19 septembre 1716.

L'ABBÊ DUBOIS A HANOVRE

villft

mettaient fin aux contestations". Celles-ci menaçaient d'amener une rupture. Le 18 septembre, lord To>\nshend signifia par écrit à M. d'Iberville que s'il ne pouvait accepter les modifications admises par l'Amirauté anglaise, la constitution des conférences deviendrait sans objet". Le lendemain, à Hanovre, Dubois autorisait Stanhope à proposer en son nom « que le conseil d'Angleterre, quand il aura épuisé la discussion avec M. d'Iberville, et, naturellement, examiné les points en question, pose un ultimatum qui sera transmis ici et à Paris". »

L'avertissement de lord Townshend fut décisif. Le 21 sep- Capituiaiioa tembre, notre ambassadeur vint trouver le premier ministre et j^ a:\betdéclara consentir au rasement des jetées du c^nal de Mardyck et à la réduction de l'écluse à seize pieds de largeur". Il prit soi^ de dire que ce n'était pas dans ses instructions, mais connaissant (( l'ardeur du désir qu'a Mgr. le duc d'Orléans d'affermir le repos des deux royaumes, je me flatte que S.A.R. me pardonnera,de n'avoir pas suivi ponctuellement ses ordres, quand elle verra par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire qu'il fallait renoncer à l'alliance ou passer cet article*\ » Cette capitulation enthousia?»ma le caVjinet anglais qui s'empressa de féliciter Georges P' d'avoir su (( montrer au monde que la réputation de son gouvernement est telle, que, même au milieu des difficultés qu'il a eu à combattre au dedans depuis son avènement au trône, elle l'a mis en état d'arracher à la France l'engagement solennel de détruire cet ouvrage... qui, cela est évident d'après l'énormité de la dépense pour le plan que le feu roi de France se proposait, était destiné à se dresser dans les âges à venir comme un perpétuel échec à notre île et un monument durable de la supériorité de sa politique et de sa gloire.

<( Que le Régent ait conclu ce traité et se soit soumis à Tacheter au prix de cette démolition, cela le mettra si irréparablement mal avec le vieux ministère et la faction espagnole en France, qu'il doit, dès ce moment, avoir pris la résolution de se jeter dans les

Triomphe

du cabinet

auglais

" Archiv. des Aff. Ëtrang., Angrleterre, t. 278, fol. 70 : Canillac à Dubois, i3 septembre 1716.

•* Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. V; lord Townchend à M. d'Iberville, Ïlampton-Court, 7 (= 18) septembre ; Public Record Office, Domestic Various, n^ 23 : Methuen à Stanhope, 8 (=19) septembre 1716.

•* Public Record Office, Rfegencies, vol. S : Stanhope à M. Methuen, Hanovre, 19 septembre 1716. > r j

" Public Record Office, Domestic Various, n° 23 : M. Methuen a lord Stanhope, Hampton-Court, 11 (=22) septembre 1716. , , .

•^ Oxenfoord Castle, Stair Papers vol. V, M. dlberville à M. Methuen, 10 (=21) septembre 1716,

'T. . . ,- ,r::f'^ïS-

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

Soucis

persistants

de

bras du Roi comme son support. » Le parti jacobite en sera la première victime. (( Et quant aux affaires élrangèi'es, le prestige d'un traité avec la France à des conditions si avantageuses, joint au bons effets qu'il produira iminédiatenient chez nous, mettra Sa Majesté en état de faire sur le continent la figure que les rois d'Angleterre devraient toujours faire, en lui assurant la balance et l'arbitrage des affaires de l'Europe. Cela |>eut non seulement incliner le roi de Suède à se soumettre à un accommodement aux conditions mêmes de Sa Majesté, mais encore fournir une occasion au Tsar de demander jusqu'à quel point il lui est loisible de procéder avec sûreté à de ceilaines mesures, à présent que Sa Majesté va avoir les mains plus libres pour en marquer son ressentiment. » L'Empereur et le roi d'Espagne n'avaient ni raison ni prétexte de s'offenser et le cabinet ne ménageait pas ses congratulations à Stanhope, artisan de ce traité (( non moins glorieux en lui-même qu'avantageux dans ses conséquences". » Cet enthousiasme ne détournait pas Georges T' de ses préoccupations. « On prétend, écrivait Châteauneuf, que le roi d'An- Georges 1er gi^terre est fort animé contre le Tsar*' ». ChîU<'auneuf était bien instruit car Stanhope écrivait le 9.^ septembn' que « le Tsar a envoyé ordre jusque dans ses ports de la Baltique les plus éloignés, de rassembler en toute hâte tous les vaisseaux disp(mibles, lesquels devront le rejoindre dans le Sund. On ne fait pas de doute qu'il compte cantonner ses troupes, montant V 4o.ooo hommes, sur les territoires de Danemark, de Ifolstein et de Mecklembourg. Il y aura probablement de l'oppositicm, de sorte que je crains qu'on n'en vienne sous peu aux extrémités. Cette situation ne cause pas un médiocre souci au Roi". »

Georges P' en était arrivé à rouler dans son esprit les projeta les plus violents. Bernstorff, inquiet pour ses domaines du Mecklembourg, l'y poussait et comme le roi de Danemark sollicitait l'intervention de la flotte anglaise commandée par sir John Norris, Bernstorff proposait une attaque «soudaine contre la flotte moscovite qu'on détruirait tandis qu'on s'assurerait de la per sonne du Tsar, alors à Copenhague*\ Le roi d'Angleterre demanda

•* W. Coxe, Memoirs 0/ f?. WnlpoJe, t. Il, p. 8^-84 : ^teph. Poyntz à lord Stanhope, Hampton-Coiirt, ii (=7'i) «opUMiibro 1716: L. Wio^cnor, op. cit.. t. I, p. 324-326.

" Archîv. des Aff. Étrang., AngMerre, t. 278, fol. loi : M. de Châteauneuf à Dubois, 19 septombro i7ir>.

'" Public liecord Office, RogciuHs. n. VÎTT : lord Stanhope à M. Methuen, 20 septembre 17 16.

^^ Oxenfbord Caslle, SUïir Papers, vol. VIII; correspondance de Robethon.

11 semble

prêt à recourir aux armes

à Stanhope s'il prendrait sur lui de donner des ordres en conséquence à Norris. Stanhope répondit qu'il était prêt à associer ses réclamations à celles du roi de Danemark et à en écrire à Norris. Le 25 septembre, il écrivait au cabinet de Londres deux lettres fort importantes. On voit par celle adressée à Methuen que, la jjeur aidant, Georges P' était prêt à réduire ses exigences à « ce que le conseil d'Angleterre jugerait suffisant pour empêcher Mardyck de servir de retraite aux vaisseaux de guerre et aux corsaires », et « considérant le danger immédiat oii il semble que nous mettent les troubles du Nord, on doit s'assurer, s'il se peut, Tamitié du Bégent. » Il recommandait de donner à la négociation avec M. d'Iberville « un tour capable de l'amener à une issue » et d'exploiter la vénalité de Canillac*'. La lettre de Stanhope h lord Townshend était plus imprévue encore : (( Je crois fort, lui disait-il, que les choses en viendront à un éclat, peutêtre avant que j'aie pu recevoir votre réponse. En cette occasion, je briderai ma nature qui a toujours été portée aux coups hardis, jusqu'à ce que je reçoive votre réponse. Maïs vous imaginerez aisément si je serai pressé chaque jour d'envoyer des ordres à sir John Norris. » Stanhope ne voyait pas où pouvait conduire toute cette politique des puissances du Nord et n'apercevait rien de plus désirable que l'alliance. « Le Boi désire ardemment, et votre humble serviteur avec lui, que nous nous assurions de la France. L'abbé parle à souhait; il me montra ce matin une partie d'une dépêche du maréchal d'Huxelles portant la promesse qu'aussitôt le traité signé, ils nous révéleront franchement tout ce qu'ils savent des projets des jacobites depuis le commencement. J'étais vous le savez, très opposé d'abord h ce traité; mais je pense véritablement que, dans l'état actuel des choses, nous devons le finir sans perdre une minute. » Ignorant encore la capitulation de M. d'Iberville, Stanhope proposait de lui soustraire la négociation et de tout terminer à Hanovre où <( je ne désespère pas de gagner sur notre homme qui a reçu une nouvelle commission et des pleins pouvoirs. » Et poursuivi par la hantise du Tsar, il tcrmme ainsi ; « Peut-être m'alarmé-je trop aisément. Mais j'avoue que, selon moi, ce serait une chose de fatale conséquence que la négociation vînt à avorter; ce qui aurait lieu certainement, si^œt éclat dans le Nord nous surprenait avant que nous eussions fmi ».

« Public Record Office, Regencies, vol. 8 : lord Stanhope à M. Methuen

Hanovre, 26 septembre 17 16. , , j rr, i j

" W. Coxe. op. cit., t. Il, p. S4-85 : lord Stanhope a lord Townshend.

Hanovre, 9.b septenribn' 1716,

Infâme calomnie de Dubois

contre d'lber\ille

Maintenant la négociation devait être avouée pour la rendre plus assurée et le négociateur nv devait plus être caché. Dubois n'était pas sorti de sa chambre depuis six semaines, sauf peutêtre à la nuit tombante, sa réclusion allait prendre fm; le 26 septembre il fut présenté au roi d'Angleterre" qui prit la peine de le flatter, de le cajoler, l'assura que personne ne pouvait faire mieux ni tant qu'il avait fait, puis ajouta, avec une grâce teutonne, que désormais il croirait en lui jusqu'à ce qu'il le trompât". Dubois fut transporté, se crut un prodige, s'attribua le mérite du succès de la négociation. « J'ai tenu, disait-il, depuis quelque temps, un langage et une conduite qui ont mis le roi d'Angleterre dans ia résolution et même dans l'impatience de finir". » Stanhope l'entretenait, le tâtait, cherchant toujours à prendre avantage, à captiver son homme, i^edoutant que ce traité si avantageux ne lui échappât. Tout lui devenait matière à appréhensions; l'arrivée imminente à la Haye de Beretti Landi, ambassadeur d'Espagne, faisait eraindre des complications*'; les lenteurs tracassières d'Iberville lui semblaient encore redoutables et Dubois avait l'infamie de vouloir tirer vengeance des obstacles qu'avait opposé à son impatience le patriotisme vigilant de ce bon Français. Il osa accuser d'Iberville d'avoir, pour obtenir le dessèchement de l'étang de Moër au profit de Canillac, accepté la destruction des jetées du canal de Mardyck et sacrifié le commerce de cette ville s'élevant à un demi-million par an''. L'abbé fut assez vil pour réitérer cette accusation d'une friponnerie dont lui seul était coupable", jusqu'il ce (|ue le maréchal d'Huxelles et le commis Pecquet l'obligeassent à préciser son affirmation. Alors le misérable se déroba par le billet suivant : « A- mon retour, je vous exposerai les faits qui m'ont frappé, et je souhaiterois de tout mon cœur m'être trompé en mon jugeineni. J'étois pour lors dans l'obligation d'ouvrir les yeux: je puis présentement les fermer

»' Ardiiv. des Âff. Étranq., Angleterre, I. ^90, fol. 35i-358; Relation de l'entretien de Dubois avec îé roi d'Angleterre au «ujet de Tnlliance du 29 septembre 1716.

•* Archiv, des Aff. Ëirang., An gU terre, t. 290, fol. 35 1 -358 : Italien, du 29 septembre 1716.

»• Archiv. des Aff. fJrang., Anglet-orre, t. 278, fol, 212 : Dubois à d'Huxelles, 27 septembre 17 16.

•^ Coxe, op. cit., t. II, p. 86 : lord f^t'whope à lord Towu.'<]end, Hanovre,

29 septembre 1716. »

»» Archiv. des Aff. Êtrnng., Hollande, t. 3io, fol, 2, 3, 4 : Dubois à Pecquel,

2 octobre 1716.

'• Public Record Office, Regencics, vol. 8 : lord Stanhope à M. Methuen, Hanovre, 25 septembre 1716; L. Wiesener, op. cit.^ t. I, p. ii9a-ii93.

L'ABBÊ DUBOIS A HANOVRE

sur tout le passé et me taire, et je demeurerai dans cette situation tant qu'il me sera possible.

Les jours s'écoulaient en causeries sans fin et sans résultats. I^ 3o septembre, Georges P"* apprit que l'accord sur Mardyck était conclu à Londres, mais Stanhope souleva ce jour-là, un dernier scrupule. Pour bien préciser la nature spéciale du traité, ne fallait-il pas y désigner formellement la maison d'Orléans. Dubois transmit la proposition que le Régent repoussa'"'.

On arrivait au terme. Le 6 octobre, Dubois fut présenté à la ^'§g*[^^® Cour de Hanovre par Stanhope'" qui n'eut de loisir que pour Convention adresser quelqu(^s lignes à Horace Walpole : « Le Roi n'est pas dans une mince inquiétude relativement aux affaires du Nord. Il craint une rupture entre les Danois et les Moscovites. Pour cette raison, il désire mettre la dernière main au traité avec la France, le plus tôt possible; ce traité même serait-il moins avantageux qu'il l'est réellement à mes yeux, la situation des affaires du Nord nous met dans une absolue nécessité de conclure'°\ » A Londres comme à la Haye on était un peu surpris de cette impatience dévorante; mais la volonté du Régent était d'accord avec celle du roi d'Angleterre, celle de Dubois avec celle de Stanhope ot après que ceux-ci eurent mis le traité par écrit, les deux négociateurs signèrent la convention spéciale, le vendredi 9 octobre. A cette date, Dangeau était à Paris : << On parle fort d'un traité de ligue défensive entre la France et l'Angleterre; on dit même qu'il a été signé à Londres. On n'en sait point les conditions; elles se content différemment'"'. Tous les articles du traité y étaient relatés dans leur entière teneur'"* ; une clause finale portait que le traité serait signé à la Haye dès l'arrivée dans cette ville de l'abbé Dubois, ambassadeur et plénipotentiaire de Sa Majesté Très Chrétienne. Les États-Cénéraux des Provinces-Unies seraient invitée à y accéder; en cas dr refus de leur part, l'alliance ne

"» Archiv. des Aff. fAranq.,Uo\hndc. t. 3i>o, fol. 16A : Dubois à Pecquet,

20 octobre 17 16.

''' Archiv. des Aff. Etra^iq., Anglet<Tiv, t. 278, fol. 23/i : Dubois au Régent,

3o septembre 17 16.

»°^ Public Record Office, Regencios, vol. 8 : Ch. Stanhope à Methuen, Hanovre, 6 octobre 1716; Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. VIII, Robethon à lord Stair, Hanovre, 9 octobre 1716; Sévelinges, op. cit., t. I, p. 221.

»"^ W. Coxe, op. cit., L II, p. 98 ■ lord SUinhope à H. Walpole, Hanovre,

6 octobre 1716.

*°* Dangeau, Journal, i. XVI, p. A70 : 9 octobre. ^"* Sévelinges, op. cit., t. I, p. aai.

^&^i!^t^*^SiLiM*^

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE

serait pas moins obligatoire dans tous ses points entn» les deux parties contractantes^".

Son but On a dit la satisfaction avec laquelle le cabinet anglais accueillit non l'alliance, ni le traité, mais leclatante humiliation de la France. Les whigs pensaient souffleter Louis XIV dans sa tombe en détruisant Mardyek. Ils avaient garrotté l'Espagne le i5 février, joué l'Empereur le 5 juin, humilié la France le g octobre; l'anrée 1716 pouvait être, par eux, marquée d'un caillou blanc. Au duc d'Orléans^, ils imposaient la ruine des ports français de la mer du Nord, le sacrifice de l'alliance franco-hollandaise éprouvée par une longue série de services et de succès, l'abandon de nos alliés riverains de la Baltique. L'Angleterre n'avait plus rien :. redouter du continent dont elle devenait l'arbitre. De tout ceci Dubois ni le Régent n'avaient cure. Cette alliance anglaise, disait Dubois, « assurera si fort les droits de Son Altesse Royale qu'il ne sera plus possible d'y donner atteinte et qu'elle produira la paix entre l'Empereur et le roi d'Espagne, par laquelle l'Empereur renoncera aux États qui composent la monarcliie d'Espagne et le roi d'Espagne confirmera sa renonciation au royaume de . France. Cette alliance me paraît sans prix : si j'étais maître de la France, j'aimerais mieux donner trente millions que de la

manquer ».

Ayant lu ceci, le Régent prit une plume et écrivit dans la marge : (( Je pense comme vous sur tout cela : Il n'y a nulle dépense qui puisse contrebalancer l'importance de l'alliance »; et il signa : « Philippe d'Orléans"' ».

En 1709, Stanhope avait fait espérer à Philippe la couronne d'Espagne; en 1716, le tentateur lui montrait la couronne de France. Telle était l'unique stipulation à retenir d'un accord qu'on représentait comme utile au royaume et qui garantissait les traités d'Utrecht, mais seulement dans leurs clauses relatives à l'ordre successoral en France, en Angleterre et en Espagne. L'omission d'un nom de famille ne trompait que ceux qui voulaient être trompés et laissait le champ libre, à Stanhope pour offrir « tout ce qu'on peut stipuler de plus sûr et de meilleur pour ce prince » qui, disait un diplomate, « sachant à quel fil débile tenaient ses droits à la couronne de France, voulut sur les conseils de Dubois les assurer, et, pour recouvrir ses desseins

1"* G. de Lamberty, Mémoires pour servir à rhisloire du YV///" siècle, in-4®, Amst^Mxlam i73'4. t. IX, p. 56o-563.

1" Archiv. des Aff. Etrang., An^kterrc, t. 578. fol. 17^; Notr <\\\ -> ocfobro par Dubois et Noce; dans Kaulek et Plantel, Recueil de fac-rimilés de Paléographie moderne^ Paris 1889, pi. X.

privés, il inventa les pi^textes spécieux du repos général et du bien public dans l'espoir de cacher ses vrais desseins qui n'échappaient pas à la sagacité des politiques"^' ». Ce que poursuivaient Philippe et l'abbé c'était la pi^onmlgation des droits au trône de la branche cadette; ils la payaient d'un port de guerre et de nos anciennes alliances. Le marché était avéré et Philippe estimait la dépense sans proportion avec le bénéfice; c'est que le sacrifice était pour la France et le profil pour lui'

;io»

*"* Brit. Mus. nouv. acq. 8766 : Mémoires de Cellamaro, fol. i3o. '"' E. Bourgeois, Le Secret du Régent et la politique de Vabbé Dubois (1909), t. I, p. i4o-

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