‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 23 sur 193 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

La Triple alliance

(i6 octobre 1716 — 26 février 1717) -

Diplomatio i)orsonnelle. — Hostilité au projet <ralUaiici.'. — ■ Résistance du H. VValpok et de lord Cadogan. — Intervention de d'IIuxelles. — Lettres de Dubois le 26 octobre à d'Huxelles, à Noce, au Régent, à Saint-Simon. — L'abbé sollicite un délai. — Stanhope de même. — Ouverture des conférences entre Français et Hollandais. — Insuffisanc;* des pleins pouvoirs. — Mécontentement de Georges V. — Justification de lord Townshend. — Suite des conférences avec les Hollandais. — Pouvoirs définitifs de lord Cadogan. — Signatures. — La démolition de Maixlyck. — Le protocol<j du traité. — Le titre de « Roi de France ». — Négociations on Hollande. — Dubois prêt aux conces'sions. — H pense befner les Hollandais et se fait jouer par eux. — Ultimatum de d'Huxelles. — Inquiétude et soumission des Etats. — Joie triomphante de Dubois. — Opinion publique en France, en Angleterre, en Hollande. — Ix; traité de la Triple Alliance. — Article i", art. 2«, 3«, 4*, 5% 6*, 7", 8". - — - Dubois fait ses adieux au roi Georges. — Prend congé des États. — Ratifications. — Artisans et bénéficiaires du traité. — Dubois récompensé.

Plusieurs ont avancé que l'état monarchique associe l'intérêt Diplomatie du monarque à celui du peuple, au point de les rendre non seu- i^^'*^^""® ® lement inséparables mais encore identiques. Le coup d'essai de l'abbé Dubois et du Régent montre comment le chef de la nation entendait servir son intérêt personnel aux dépens de l'intérêt de l'État. L'exemple ainsi donné fut suivi par Louis XV et l'opération, remarquable k tant d'égards, de Dubois devint funeste à la royauté qu'elle prétendait servir; elle inaugura la diplomatie personnelle opposée, sinon hostile, à la diplomatie officielle. Cette innovation était une des multiples conséquences de l'esprit politique nouveau créé par la révolution de 1688. Dubois s^en était pénétré en Angleterre, il allait avoir l'occasion de l'étudier à sa source même : en Hollande.

Parti de Hanovre le 11 octobre, Tabbé arriva à la Haye dans la mit du 16 au 17', courut droit chez Chateauneuf; à minuit il se

> Archiv. des. Aff. Êtrang., Hollande, t. 3io, fol. 84 : Chateauneuf au Roi, 90 octobre 1716.

Hostilité au projet d'alliance

iH

392 HISTOIRE DE LA RfiGHM-B

présentait chez Horace Walpole. Celui-ci nétait pas renliô; Dubois 80 campa dans un fauteuil et attendit. « Avant que j aie dans n.a poche une signature qui mett* en sûri-té oe que nous avons fait disait-il, je ne puis avoir aucun repos\ » Ses appréhensions étaient iustifiées. Les lettres de lord Stanhope à lord Townshend et à M Methuen, le 25 septembre, avaient inquiété le cal.inel anglais et provoqué de sa part une véhémente opposition. Les projets du roi Georges d'engager la lutte armée contre le Tsar semblaient pure aberration. .< Cette guerre du Nord, disait-il, a ete menée de si softe façon (so slnpidX^) quelle sera votre rmne . » Le péril moscovite laissait les Anglais très sereins et exclusivement soucieux des maladresses et des erreurs auxquelles 1.^ intérêts du Hanovre pouvaient entraîner les souverains de 1 Angleterre dont une clique étrangère dirigeait les conseils au détriment de la sécurité du rovaume\ Stanhope n'ignorait pas ces contradictions et le jour même où l'abbé quittait Hanovre - probablement aussi par son intermédiaire - U envoyait plusieurs dépêches explicatives que H. Walpole était chargé d* transmettre. H devait tenter tout ce qui dépendrait de lui pour décider et presser les Hollandais à signer le traité sans perdre de tenips et, d au tre part, persuader le représentant de l'Empereur à la Haye que k substance du traité avec la France était à l'avantage de I Emi.ereur^ Les Hollandais n'avaient pas moins lieu d approuver, le Pensionnaire n'ayant pas caché ses appréhensions au sujet des

affaires du Nord'. , . , ., .

Mais ni l'Empereur ni les Hollandais n étaient faciles a persuader et Horace Walpole ne semblait pas devoir être l'homme qui entraînerait leurs convictions récalcitrantes. A la première nouvelle du voyage de Dubois à Hanovre, le Grand-Pensionnaire prit l'alarme, vint questionner Walpole qui répondit que les signature échangées n'avaient d'autre but que de prevemr tout malentendu sur les points convenus entre les deux négociateurs. Croyant se voir exclus tout ensemble de l'alliance avec la France

» Arc\àv. des Ajj. EUvn.j., HollanUo, 1. Mo, fol. .53 : Dubois à Pecqv.t.

î6 octobre 1716. . H n 86 : lord Toivnshend à lord

» W Coxe, Meinuirs 0/ fi. Walpole, t. 11, p^ o"

SlunhoDe. 23 septembre ( = 4 octobre) 1716. „ , ,. , - c.,„„

" W Coxe, MemoTS 0/ B. Walpole, t. 111. p. 91-9^ : Steph. Poyntz a Slan-

hooe Hampton-Courl, 20 septembre (=6 octobre) 1716. •

ftope, nampiuii v^.^ , ,„^„,^ i II o 08 : lord Stanhope à Horace

' W Coxe, Memoirs o; Walpole, t. 11, p. 90 w.u ^ j-

''X-£::Z:.ojT^. wÎo'e, t. n. p. 10. : lord Stanhope a U,rd rownshend, Ilaiiovre, 9 octobre 1716.

LA TRÎPLE ALLIANCE

fcl de l'alliaiioe avec l'Empereur, les Hollandais chaigeaiciil Walpole de plaider leur cause. Eux qui s'étaient opposés à ce qu'on traitât avec la France sans l'Angleterre ne seraient-ils pas payés de retour? Le déboire que leur avait été le traité de Westminster, conclu sans eux, se renouvellerait-il? Auquel cas les Français ne manqueraient pas de recourir à tous les artifices pour exploiter leur mécontentement, les attirer à eux et leur assurer la garantie de la Barrière. De Londres, Walpole se faisait autoriser à communiquer officiellement les articles signés à Hanovre aux députés aux États-Généraux et, en vue d'une négociation le cabinet anglais lui associait lord Gadogan, créature de Marlborough.

Les envoyés de l'Empereur, MM. de Prié et de Heems, ne montraient pas moins d'aversion pour l'alliance française et pensaient convaincre aisément les Hollandais; mais à leur première ouverture, le Grand-Pensionnaire répondit qu'on ne pouvait éviter l'alliance française, qu'on ne pouvait la retarder sans indisposer la France qui s'en vengerait en faisant agir le Prétendant, dont les intrigues seraient préjudiciables, même à l'Empereur".

L'Empereur et ses ministres n'en croyaient rien; ils avaient donné comme instructions à leurs diplomates d'encourager la résistance des whigs à l'alliance franco-anglaise'' et MM. de Prié i\ de Heems ne se conduisaient pas autrement à la Haye que M. de Wolkra à Londres et M. de Hohendorf à Paris'". C'était un mot d'ordre. A la Haye les envoyés impériaux se refusaient à une démarche quelconque on vue d'une alliance a\^ec les Provinces- Unies si celles-ci ne renonçaient pas à en conclure une avec la France''. Fort empêtrés par cette intransigeance, Horace Walpole et lord Gadogan obtinrent de Georges F' l'autorisation de leur communiquer les articles signés à Hanovre, mais il n'y ^ragnèrent rien et le (( i)remier » anglais s'en plaignit humblement, laissant échapper cet aveu : « la démolition des écluses de Mardyck à elle seule suffirait à justifier notre alliance, d'autant que si nous n'avions pas pu nous retirer du flanc cette épine

» Public Record Office, Holland, vol. 376; Hor. WaXpole à Stanhope, la

Haye, i" septembre 1716. , . «. .

" Public Record Office, Holland, vol. 875 : Hor. Walpole 0 Stanhope. la

Havc, 6 octobre 17 16.

' Bibl. nat., ms. fr. 10670, fol. 818 : Torcy, Mémoires diplomatiques; Webrr.

Die Quadrupel Allianz vom Jahre 1718, 1887, p. 28.

^» G. de Lamberty, Mémoires pour servir à Vhistoire du xvtti« siècle, t. IX,

'' Oxenfoord Castle, Staîr Papers, vol. VI : H. Walpole à lord Stair, la Haye.

i3 octobre 17 16.

-Pi

Résistance

H. Walpole

et de lord

Cadogan

^94 HISTOIRE DE LA tiCGENCl:

nous aurions été lelkmenl bridés et tenus en respect que nous pous serions trouvés dépourvus de toute sécurité chez nous et continuellement exposés à de dangereuses entreprises sur nos côtes^^ » Cest de ce souci que le Régent et Dubois les avaient

délivrés.

EnUn paniii los advei^iies les moins iiaportants mais non i€s moins renmanls do lalliana.-. il faut nommer le ministi* dEspagne à la Haye, marquis de Beretti Landi'" et ^ioertz. ministre de Suède. . , , •

C'est à eux tous à la fois que Dubois allait tenir tête. Les plus i^outebles étaient Walpole et Cadogan, whigs convaincus et très disposés à croire que Stanhope avait abandonné sinon trahi leur cause et leur parti. La simple idée de concourir personnellement à une alliance entre l'Angleteri* et la France apparaissait a Walpole comme un démenti infligé au bon sens britannique, 1 exclusion des l'rovinces-Unies de cette alliance où leur place était avait-il dit tant de fois, marquée, devenait à ses yeux un manquement à Ihonneur auquel il préférait sacrifier sa carrière. Quant à lord Cadogan, moins tragique, il se bornait a repondre que ses pouvoirs ne l'autorisaient pas à signer avec 1 abbe Dubois. Puis il se ravisait, se déclarant prêt, par crainte du Roi, a tout, terminer. Alors Walpole eut recours aux linasseries^ du métier : ,. Est-il donc impossible que les vents contraires, les délais d usage lorsqu'il s'agit de passer des pouvoirs au grand sceau, nous empêchent de signer avec l'abbé avant que les États soient prêts ? » Deux jours se passent et les compères tombent d'accord pour avertir lord Townshend qu'ils ont reçu l'ordre du Roi de signer ■alliance défensive aussitôt l'arrivée de l'abbé, en cas qu ils aient des pouvoirs suffisants. Alors ils répètent que lord Cadogan n a pas de pouvoirs du tout; et que ceux de Walpole ayant ete calcu es pour un traité entre l'Angleterre, la France et la Hollande s. inul tapement, ils ne peuvent rien signer avec l'abbé sans les États, iusqu'à ce qu'ils aient reçu de nouveaux pouvoirs .

Stanhope avait eu le temps d'instruire Dubois avant son départ de Hanovre de cette situation, en sorte que l'abbé ne fut pas surpris; même il trouva bon que Walpole et Cadogan eussent

» Public Record 0//ice, Gerniany. vol. »o2 : lord rou...she.«i à Schaub. Hampton-Cx)urt 5 (=i6) octobre 1716- .

.3 Bibi. ma. ms. fr. 10670, fol. Sq,, Torcy, Mémoires ,UpU>maUques.

» W. Coxe, Memoln oj H. Walpole, t. II, p. .o3-io6 : H. 'Walpole a lord

Townshend, la Haye, i4-i6 octobre 1716. „,,,,,. ,„,j

» w: Coxe, Mémoire 0/ H. Walpole, t. II, p. .o3-io6 : H. Walpole a lord

Townshend, la Haye, i4-i6 octobre 1716.

donné connaissance aux États des stipulations de Hanovre, lui aussi voulut se monti-er ouvert et leur communiqua la copie française. Le Grand-Pensionnaire se déclara touché de ces attentions et disposé à abréger ou à omettre quelques-unes des formalités interminables prescrites dans le gouvernemefit des États- Généraux". Bonnes paroles (fui n'engageaient à rien et qui ne compensaient pas du tout le refus opposé par les représentants de l'Angleterre à toute signature sans la participation des Hollandais". Aux lenteurs protocolaires de la Haye venaient s'ajouter les lenteurs insidieuses de Londres en sorte que toute l'impétuosité de Georges I" cl de Stanhope se brisait sur ce double obstacle. Georges I" s'en désespérail. « Si, disait-il, étant allé si loin après mûre délibération, il arrivait qu'on fît avorter oe dont il était convenu, nul prince on Europe ne voudrait plus jamais tenir compte d'aucun accord fait avec lui". » Les ordres par- taient de Hanovre et rencontraient de la résistance. Walpole, au lieu d'obéir, discutait. « Ce matin (21 octobre), éciil-il à Poyntz, un messager nous est arrivé de Hanovre, porteur d'ordres réitérés de signer avec l'abbé; et la seule raison que j'y trouve, c'est la crainte que !.• Tsar ne se rende maître de la noblesse du Mecklembourg. Sur ma vie, je ne vois pas le rapport qu'il y a entre 1? signature immédiate ici et cette affaire-là, ni pourquoi tout le système de l'Europe, spécialement en ce qui regarde 1 intérêt de l'Angleterre, doit-être entièrement bouleversé à propos du Mecklembourg". » A Londres on voulait gagner du temps, ménager le Roi, endoctriner les États de Hollande et, par-de^us tout éviter l'esclandre d'une démission; mais Georges I" se faisait si impérieux qu'on ne pouvait plus se dérober : « Je suis de votre avis touchant les inconvénients de l'alliance séparée, écrit Povntz à H. Walpole, mais nous ne pouvons décimer les ordres formels du Roi, et d'ici nous ne pouvons espérer de les faire

changer". » . ^ 1 » - U ,rr>Ir>nlii Inlcrvfnlion

. A Londres, le cabinet se soumettait finalement a la volonté ^^ omnipotente du Roi et Stanhope rassurait Dubois sur la durée dH^.eiies

- r„b/,V Hecord Ollice. Hollan.l. vol. .^75 : lord Cador,an el H. Walpole à

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"'"^''p::b^rBr;;X;fl''- Honand. .o.. 375 : .o,.. Stannope . lord Cado.an

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'"»"W. Coxo, op. cil., t. II. p. "» ■■ Slep». PoyrOz à Walpole, Hamplon- Court. 01

HISTOIRE DE LA RÈGEiNCÊ

et l'efficacité de ces résistances''. A Paris, la luttai n'était guère moins vive, mais d'allure tout^^ait différente. Le maréchal d'Huxelles ne renonçait pas à son dessein d'entraver et de faire échouer la négociation; voyant quitter Hanovre pour la Haye, et comprenant que l'abbé touchait à l'heure des résultats il ne songea qu'à l'empêcher de les recueillir. Jadis plénipotentiaire de la France aux négociations préparatoires du traité d'Utrecht, le maréchal y avait eu l'occasion d'observer la complication infinie de l'administration politique en Hollande et il comptait sur les délais qu'elle impose pour ruiner l'accord signé contre son gré. En conséquence, il ordonna à. Dubois et à Chàteauneuf de ne rien signer avec les Anglais qu'à la condition d'obtenir l'adhésion formelle des États de Hollande". Huxelles ne manquait pas de faire valoir d'excellentes raisons, comme le mécontentement des Hollandais qui se croiraient méprisés, la duplicité des Anglais qui se débarrasseraient plus aisément d'un traité avec une seule puissance que d'une triple alliance, mais le maréchal comptait sans la volonté tenace de l'abbé.

Lettres Gelui-ci, à l'en croire, « passa les plus cruelles nuits qu'il eut

fe%6odotîe passées de sa vie". » Ces Hollandais, dont le maréchal faisait si à d'Huxelles grand état, il montra qu'à les attendre on risquait de perdre les Anglais. Faisant trop peu de cas de d'Huxelles pour entreprendre de le persuader il se contente de le flagorner avec impertinence : « ...Comme je suis persuadé qu'un ange pourroit se tromper s'il raisonnoit sur des faits faux ou s'il ignoroit les faits dont il est question, je suis aussi convaincu que lorsque vous serez informé de la véritable situation, vous découvrirez dans un moment le chemin le plus sûr... J'ai au moins le sens d'avoir bientôt reconnu la supériorité de vos lumières et de n'avoir pas voulu partir de Paris pour Hanovre sans vos instructions; ...j'estime que nous sommes bien heureux d'être à portée de les recevoir souvent. » Ce ton, à lui seul, suffit à faire voir pour combien peu de chose comptait le Chef du Conseil des Affaires étrangères. Dubois se permet de lui faire la leçon. « Quand nous aurons, lui ^dit-il, cette sûreté que je désire depuis si longtemps et que nous serons à couvert des dangers qui m'intimident, je sens bien que nous pourrons être tranquilles et nous exécuterons vos ordres avec tout le flegme

** Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. i56 : lord Stanhope à Dubois, 2^ octobre 1716.

" Archiv, des Aff. Êtrang., Hollande, t. 3io, fol. 63 : Huxelles à Châteauneuf et à Dubois, 17 octobre 1716.

" Archiv. des Afj. Étrang., Hollande, t. 3oo, fol. 243 : Dubois à Pecquei,

26 octobre 1716.

que vous pourrez désirer... lUen ne me coûteroit moins à avouer que les fautes, les inadvertances et les galimatias dont mes lettres peuvent être remplies parce que je n'ai pensé qu'à employer le peu de temps dont j^ pouvois disposer, à vous i^endre compte précipitamment derrière un paravent de tous les faits qui viennent à ma connaissance, alin de vous mettre en état de m'aider de vos excellents conseils''^. »,

A Pecquet, il écrivait le même jour avec cette outrance d'expression qui lui est familière : u Je suis dans cette inquiétude oomme un amant désespéré'' », Ensuite il s'adresse au roué Noce, qui fera tenir la lettre au Uégenf' : a Dans le teins, monsieur, que tout ce que l'on a pu désirer tourne entre mes mains au^lelà de toute espérance, on m'écrit des lettres très désobligeantes, où l'on me reproche sans rime ni raison, des variations, et sans savoir l'état présent des choses, sur d'anciennes idées et de vieux lieux communs, on m'envoie des ordres qui dérangent tout mon système et qui me font enrager. Et Son Altesse Royale a la facilité de souscrire à tout cela! ce qui m'oblige de lui écrire pour la supplier de révoquer ses ordres, ou de me révoquer moi-même... Il ne faut pas vouloir raisonner de si loin, et je vous assure qu'ils n'ont pas d'idée de ce pays-ci. Mitte saplentem et nihil dicas. On h plus dé peine à les désabuser qu'à faire l'affaire principale, et on emploie à leur faire des dissertations le tems dont on aurait besoin pour le service. Dorénavant je tiendrai pour un miracle au-dessus de tous ceux de saint Antoine de Padoue quand une affaire étrangère i^ussira. J'ai des choses très importantes à communiquer [au Régent] que je n'ose lui écrire, de peur qu'elles ne tombent entre les mains de gens qui ne peuvent souffrir ceux qui sont attaches à lui personnellement, et qui cheminent droit. Ce qui m'afflige, car il y a des moyens pour lui faire faire le plus grand personnage de l'Europe. »

Dans sa lettre au Régent, Dubois lui dit : « Je me flatte que Votre Altesse Royale n'aura pas assez mauvaise opinion de moi pour croire qu'une sotte vanité ou quelque chose de personnel ait part au chagrin que j'ai. J'ose me vanter d'être de cent piques au-dessus de telles faiblesses; mais je ne puis pas dissimuler que les dangers que je connais m'intimident et m'abattent au point

" Archiv, des Aff. Etrang., Hollande, t. 3oo, fol. 218 : Dubois à d'Huxelles, a6 octobre 1716.

" Archiv. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3io, fol. i53 : Dubois à Pecquet,

26 octobre 1716.

" Archiv. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3io, fol. i5i : Dubois à Noce, 26 octobre 1716; Sévelinges, op. cit., t. I, p. 226.

à Noce

*■ il

au Hcgcut

à Saint- Simon

L'abbé sollicite un délai

398 HiSTOtRE DE LA RÉGENCE

de me rendie presque inutile. » El il conelul : « Si ce que je prends la liberté de vous représenter vous paraît entêtement plutôt que raison, sans vous fatiguer davantage, je vous supp le de me permettre de retourner k Paris pour avoir soin de ma santé . » Dans cette même lettre, Dubois, toujours mené par 1 imagination, montrait le marquis de Prié allant « de porte en porte » déclamer contre notre alliance, . conférant tous ^^s jours avec lord Gadogan qui n'oublie rien pour détacher H. Walpole de nos intérêts, pendant qu'il rappelle que Stanhope lui a fait 1 aveu que le Parlement d'Angleterre n'acceptera pas 1 alliance si elle n'est conclue avant sa convocation et qu'il laisse entrevoir comme possible la mort du Prétendant et le changement que cet événement ferait dans l'esprit du roi d'Angleterre. ,

Enfin le même jour encore, Dubois écrivait au duc de Saint- Simon, autant pour l'apprivoiser par un acte de déférence auquel la vanité du duc et pair n'était jamais insensible, que pour influencer par lui le duc d'Orléans. « Je vous supplie d'exhorter ce prince quv3 Dieu semble destiner à do grandes choses, à être ferme dans ses opinions et sa confiance". . A son très-vif regret, Samt- Simon se rendait compte de l'inutilité de son opposition et, pour conserver la faveur du prince, il lui fallait se résoudre à aider ee qu'il désapprouvait, a mais, je ne puis, protestait-il, vous dissimuler la peine où je suis de voir signer un traité sans l'autre. » Et, faisant allusion à une lettiT dans laquelle Dubois écrivait : (( Quand on se moque du danger, on appelle cela tenter Dieu'' », Saint-Simon ajoutait à propos de ces traités signés séparément : û C'est cela que j'appelle tenter Dieu'"! » Mais son opinion ne ^ comptait guère alors, et, le 3o octobre, le Régent écrivait à Dubois de sa propre main, qu'il l'autorisait à signer, avec les seuls Anglais, les articles convenus, si le lenteurs coutumières aux Hollandais lui donnaient lieu de craindre que la négociation ne fut compromise ou ruinée".

L'abbé pensait toucher enfin le but, mais d'Huxelles tenta une

" Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. i3i-i38 : Dubois au Régent, o.G octobre 1716; Sévelînges, op. cit., t. I, p. 228.

" Archiv. des Aff. Êtrang., Hollande, t. 3io, fol. i3i-i38 : Dubois au Bégeiit, 26 octobre 1716: Sévclinges, op. cit., t. T, p. 223.

=^» Archiv. des Aff. Êtrang., Angleten^, t. 278, fol. i23 : Dubois au Bégent, 18 septembre 1716. ^

3« Saint-Simon, Mémoires, édil. Chéniel et Régnier, 1881, t. XXI, p. ôgb; Saint-Simon à Dubois, 11 novembre 17 16.

" Archiv. des Aff. Êtrang., Hollande, t. 3io, fol. 172 : le Bégent à Dubois, 3o octobre 1716, Sévelînges, op. cit., t. I, p. 227.

dernière manœuvre. Le chevalier de Saint-Georges était souffrant, on ne pouvait sans barbarie l'obliger au départ; l'opinion publique en France serait révoltée, et on comptait sur Dubois pour obtenir un délai de la condescendance de lord Stanhope qui ne se fit pas trop prier pour l'accorder"'. Il hésita au sujet d'une autre concession sollicitée par Dubois comme un service personnel, à savoir que les articles signés entre la France et l'Angleterre ne seraient pas publiés ni exécutoires avant leur signature publique par les États-Généraux'''. Cette demande, écrit Stanhope, causa au roi Georges (( une certaine inquiétude comme ayant l'air de préluder dans cette affaire au manque de sincérité que nous devons toujours appréhender dans nos relations avec la France" »; néanmoins le ministre répondit qu'il accordait un mois pour tout délai''. Dubois se déclara ravi; cette nouvelle, disait-il, lui avait rafraîchi le sang en comblant de joie M. de

Ghâteauneuf".

Dès lors il aurait eu mauvaise grâce à ne pas user de réciprocité. Georges P^" n'accordait rien de ce qui dépendait de lui sans une arrière-pensée. Stanhope avait fixé le terme d'un mois « qui sera plus que suffisant, disait-il, pour donner le tems qu'il faut aux Hollandois à [signer] »; en effet, le roi d'Angleterre souhaitait maintenant obtenir que la République signât simultanément l'alliance avec l'Empereur et l'alliance avec la France. Pour l'y décider il était nécessaire d'avoir quelques jours devant soi et l'attente des pleins pouvoirs envoyés de Londres à lord Gadogan et à Horace Walpole aiderait à faire prendre patience. Stanhope, à son tour, sollicitait ce délai comme un « sensible plaisir » et un (( service très réel » et tandis qu'il réitérait à lord Gadogan l'ordre de signer, dès que le plein pouvoir serait venu de Londres et qu'il en serait requis par l'abbé, il disait à ce dernier : <, Si les choses sont au point que l'on me fait espérer, vous me rendriez assurément un service très considérable, si vous nous accordiez un délai de huit ou dix jours. Je crois même qu'un

" Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. 108 : Dubois à Stanhope, 21 octobre 17 16, Post scriptum, fol. no. . , u

'^ Public Record Office, Re^enrie., vol. S : Dubois à Stanhope, la Haye,

20 octobre 17 16. . ^ , j T

-« Public Becord Office, Regen<'i.-s, vol. 8 : lord Stanhope a lord lowm-

lirnd, Gœhre, 26 octobre 17 16. . n ». • r^Ur>r,

^' Public Becord Office, Regencies. vol. S : lord Stanhope a Dubois, Gœhre,

T^ octobre 17 16 ■" Archiv. des Aff. Rlr«nç,., HolVand.-, t. 3oi, fol. 56 : Dubois au Régent,

3o orlol)re 1716.

Stanhope de même

Ouverture

des

conférences

entre

Français

et Hollandais

Insuffisance < des pleins pouvoirs

pareil délai sera le plus sûr, et même le plus prompt acheminement pour finir tout à fait". » Au moment où Cadogan et Walpole recevaient notification de cette demande, leur arrivait de Londres le plein pouvoir; aussitôt, ils le firent savoir à Dubois, ajoutant que les Ëtats-Généraux no devant pas être prêts à signer à la date prévue, la demande de délai de dix jours était sans objet et qu'ils signeraient à l'instant si l'abbé le désirait. Celui-ci ayant transmis au Régent la demande de Stanhope devait attendre la décision du prince et toutes les instances de Cadogan ne l'ébran lèrent pas". Walpolo, voyant tout arrêté, partit pour Londres h petit bruit, laissant l'affaire épineuse à son compatriote.

Au cours de cette espèce de trêve, des conférences officielles s'ouvrirent entre la France et les Provinces-Unies. Les Hollandais formulaient quatre demandes : i° adoption d'un cérémonial unique pour la réception des ambassadeurs vénitiens ou hollandais à la Cour de France; 2° concession à eux faite du titre de Hautes Puissances; 3° règlement des réclamations françaises contre les Zélandais auteurs de prises faites indûment après la paix d'Utrecht; 4° rétablissement du tarif de commerce de i664. A Cadogan, porteur de ces réclamations, l'abbé répondit que les deux premières n'étaient pas de nature h soulever beaucoup de difficultés; la troisième relevait surtout des tribunaux ou du droit

administratif; quant à la quatrième, la Franco n'y consentirait

jamais .

Cette fin do non-recevoir déconcerta Leyde et Rotterdam, la province do Hollande borna ses demandes à la révocation des placards émanés do France depuis cinquante ans au préjudice du comrnerce do la République; les six autres provinces s'en désintéresseraient, mais surtout Amsterdam blâmait une réclamation qui retardait l'alliance^".

Le mercredi 4 novembre, dans la m{\tinée, l'abbé fît avertir lord Cadogan que la réponse du duc d'Orléans lui permettait do traiter à part avec les Anglais et qu'il était, en conséquence, prêt à signer. Cadogan lui envoya son pouvoir. Dubois l'examina et le trouva insuffisant. La pièce était conçue en termes si géné-

" PuhliG Record Office, Holland, vol. 875 : lord Stanhope à lord Cadogan

et à Hor. Walpole, Gœhre, 2ii octobre 1716; Sovelinofos, op. cit., t. L p. 227.

^» Public Record Office, Holland, vol. 875 : lord Cadogan et Hor. Walpole

à lord Townshend, la Haye, 3o octobre 1716.

" Public Record Office , Holland, vol. 875 3 novembre 1617.

*" Public Record Office, Holland, vol. 37<) 10 novembre 17 16.

lord Cadogan à lord Stanhope, lord Cadogan à lord Stanhope,

eaux que le nom même de la France n'y figurait pas. Dans un cas particulier, il fallait des attributions précises et la signature de lord'Cadogan n'engagerait que lui-même. Cadogan répliqua qu'un pouvoir général comprenait tous les cas particuliers. R offrit de certifier sous sa responsabilité que la signature du traité ne serait \alable qu'autant qu'il produirait un nouveau pouvoir dans la forme réclamée par l'abbé. Dubois fut inflexible et en référa au maréchal d'Huxelles*'. Cadogan paya d'audace et affecta de soutenir que le minutieux examen auquel l'abbé avait soumis le (( pouvoir » pendant vingt-quatre heures montrait jusqu'à l'évidence « qu'il n'avait pas envie de finir'' ». Mais Dubois avait réponse à tout, si bien que Cadogan, subit l'ascendant du petit homme et le pria de rédiger lui-même la forme qu'il consentirait à signer. L'abbé ne souhaitait rien autant que cela, mais il manda aussitôt, au Régent et à Stanhope, le nouvel obstacle

dressé devant eux. . „- »

A Goehre, où il chassait, Georges T- apprit avec indignation Mec,>n^ten.

ce contre-temps. C'était au moment où le Tsar, après l'évacua- de tion du Danemark, se repliait sur le Mecklembourg et menaçait ^«^^g« le flanovre, que le ministère anglais se livrait à ces subtilités. I.e roi d'Angleterre v voyait une manière de trahison préméditée, et chargeait Stanhope de le faire entendre à lord Townshend : « La forme nouvelle du plein pouvoir que l'on a envoyé à my Lord Cadogan, me fait croire que ce n'est pas sans dessein que l'on s'est écarté de la route commune, et des formes constamment usitées en dressant des pleins pouvoirs pour les traites particuliers que l'on a en vue. » Après avoir énuméré tout ce qui semblait repréhensible dans cette mauvaise chicane, Stanhope apprenait à Townshend que, des deux rivaux, ce n était pas lui qui céderait la place à l'autre. H avait su])plié « très humblement et très instamment » le Roi de lui permettre de résigner sa charge, mais ce Sa Majesté n'a pas jugé qu'il fut de son service de m accorder pour le présent la grâce que je luy avois demandée avec mstanee« ». Georges r, afin qu'on no pût douter quil cx>nduisait toute l'affair^*^ faisait savoir au premier ministre de s expliquer en langue française afin qu'on la pût mettre sous les yeux du

« Archiv. des Aff. Êtrang., Hollande, t. 3ot, fol. 56 : Dubois au Régent, '''^Uc Tcord Office, Holland, vol. 379 : lord Cadogan à lord Stanhope, ' ''T LZ^^ZJU, p. ..6 : lord Stanhope d lord To.nshend, Gœbr. "^MlTe^e d'j'roi Georges à lord Townsbend ne s'est pas retrouvée.

■il

Justification

de lord Townshend

Roi. Mais ce n'était pas encore assez, Lord Sunderland fut chargé de faire pressentir au « premier » que les jours de son gouvernement étaient comptés. « Je dois vous dire franchement, lui ecrivait-il, que je n'ai jamais vu le Roi aussi irrité que dans cett€ affaire où il regarde que ce n'est pas seulement à M. le secrétaire Stanhope, mais à lui-même qu'on a manqué; et, en vérité, la chose a besoin d'explication**. »

Townshend, sentant échapper le pouvoir, fut atterré; il se justifia comme il put auprès du Roi. A l'entendre, depuis le premier voyage de l'abbé Dubois à la Haye, il avait été des plus zélés à pousser et à avancer le traité, plus zélé que le Roi hiimême qui hésitait alors. Cette apologie maladroite se trouvait contredite par Townshend écrivant à Slingenlandt : « Ma véritable raison de signer les pouvoirs en ternies généraux était de leur laisser leur véritable forme pour le jour où les États de Hollande accéderaient". » Townshend n'en défendait pas moins la formule rejetée, à bon droit, par Dubois; rappelait que la convention de Methuen, qui consacra l'asservissement du Portugal à l'Angleterre, en 1701, avait été conclue de cette manière; bien plus, il invoquait l'opinion de M. d'ïberville qui, enchanté d'être désagréable à l'abbé, déclarait que Dubois « ii'étoit qu'un novice dans^^cea affaires et que son objection n'avoit pas la moindre force ». Néanmoins il avait poussé la déférence jusqu'à* faire rédiger de nouveaux pouvoirs selon la formule prescrite par l'abbé et fait toute la diligence possible. Enfin Townshend avait déconseillé à Walpole un brusque départ qui eut manifesté de façon éclatante sa désapprobation des ordres du Roi''. Lorsque lord Cadogan reçut le plein pouvoir rédigé d'après le libellé fourni par Dubois, celui-ci soumit la pièce à examen attentif et V découvrit de nouveaux vices de forme. On ne voyait pas que les mots Georqnis, P\rmceps] Cliisios] R[egni], écrits au début de l'acte, fussent de la main du Prince de Galles, en outre oette signature ne se lisait pas au bas de la pièce; eçfin, ces anomalies ne se voyaient pas dans le plein pouvoir déjà refusé. On pouvait craindre d'être entré dans une voie sans issue si ces chica-

'' W. Coxe, op. cit., l. II, p. i;^7. Ï28 : lord Sunderland à lord Townshend, Gœhve. 11 novembre 1716. '

»« VV. Coxe, op. cit., t. IT, p. inS-iSg ; lord Townshend à SUngenUindt,

i^' (=12) janvier 1717.

^- W. Coxe, op. cit., t. II, p. I29-13A : lord Townshend à Georges I

Whîtehall, 11 (=22) novembre 1716.

'• Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 288, fol. 271-272 : d'ïberville à Dubois, 9.3 novembre 1716.

nos continuaient; d'ïberville" et Stanhope*' écrivirent à Dubois et firent taire ses scrupules qui portaient plus encore sur l'absence de contre-seing d'un secrétaire d'État. Incontestablement, ce fait était plus grave. Le ministre britannique k la Haye montra ses archives où les actes de Ryswick et d'Utrecht n'étaient pas non plus contresignés; Townshend invoqua les i^gistres de la secrétairerie d'après lesquels le contre-seing des secrétaires d'Étal n'était pas requis sur les pleins pouvoirs, mais toutes ses excuses ne corrigeaient plus l'impression fâcheuse attachée à son nom dans l'esprit du roi Georges.

En réalité, Townshend avait partie liée avec les whigs sur le concours desquels il croyait pouvoir obtenir, dès l'ouverture prochaine du Parlement, un vote de blâme et peut-être le rejet de ^'alliance avec la France. Dès lors il se réservait, comme un coup de maître, le désaveu du traité signé précipitamment par le négociateur français; mais Dubois avait déjoué cette manœuvre. Quant au roi Georges il lui eut suffit de deviner que son fils le prince de Galles, qu'il haïssait, favorisait cette timide opposition, pour ne lui pardoniK'r jamais, et Stanhope savait que ces escarmouches préludaient à une lutte plus décisive. Dubois l'y animait et ne ménageait pas les whigs qui lui donnaient tant d'inquiétudes et tant d'impatiences".

Son amertume ne le détournait pas de la poursuite d autres intérêts. Les conférences se poursuivaient avec les Hollandais. levde et Rotterdam maintenaient leurs prétentions rommerciales dont Amsterdam se désintéressait sous prétexte qu'on ne devait pas retarder la conclusion du traité afin de soutenir des demandes sans espoir^. Ix^ Grand-Pensionnaire tenait le même langage. La réponse française arriva à la Haye le .0 novembre. L'abbé et Châteauneuf refusèrent de la communiquer aux députés pour les affaires étrangères avant que ceux-ci fussent suffisamment autorisés h adopter une conclusion sur laquelle 6n pourrait tomber d'accord après discussion. C'était une tactique pour amener la République à se prononcer sur le fonds même des

- Archiv. des Aff. Sf^n^./ Ho^Vantle. t. 3o.. fol. to6 : lord Stanhope à

Dubois, 23 novembre 17 16. « ,^ , • > c* i,«r.^

- Archiv. des Ajf. Élm.ui.. Uolhnd.. .. 3... M. =3, : Rabots a Slanhope, ,S novembre T716: fol. .iR : Duboh -- d'W.xeUc,. .7 "ov-ombiv : fol. 53 . Dubois n« IhUjnn. fi ..ov..,nl.n. : fol. ,R : n»l.o;., au dnc ,l'Ori«,».s, i no^

vembre. , , , a • ^„

^^ Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. VI : lord Cadogan a on Siair, la

Haye. ..', novembix^ ; Public Record Office, Ifolland, vol. 879 : lord iMogan à lord Townshend, la Haye, 20 novembre i-iO.

Suites

des

ronférenros

aveclps Hollandais

Pouvoirs définitifs de lord Cadogan

Signatures

arrangements, et conséquemment à revenir sur sa résolution antérieure de faire les deux alliances avec l'Empereur et avec la France, simultanément"; elle réussit. Les mandataires de l'Autriche à la Haye et à Londres ne voulaient entendre à rien, Dubois et Châteauneuf faisaient assaut d'intransigeance et le Grand-Pensionnaire s'employait à ménager la France. Le 24 novembre, les Rtats de la province de Hollande autorisèrent leurs députés à s'aboucher avec les diplomates français; l'exemple donné devait entraîner les autres provinces. Dubois avait gagné la partie sur les impériaux, il présenta ses lettres de créance comme « ambassadeur à l'État" ».

Le 26 novembre, lord Cadogan reçut la déclaration de lord Townshend au sujet des pouvoirs non contresignés. La signature fut fixée au lendemain, à la condition d'en garder le secret pendant un mois, ou moins si les États-Généraux consentaient avant

ce terme à signer.

Le 27, le ministre de France fit connaître aux députés aux Affaires étrangères les réponses du Régent a leurs demandes. Les distinctions honorifiques étaient accordées, les litiges sur les [irises renvovés aux tribunaux, les concessions commerciales réduites à tout ce qui ne préjudicierait pas au commerce français. Dès :i présent, le Régent supprimait les quatre sous par livre établis en 1699 sur les marchandises importées en Hollande, et il étendait à tous les ports de France l'entrée des étoffes de laine et autres marchandises, limitée jusque-là aux ports de Calais et de Saint-Valery. Un règlement définitif ferait l'objet d'une convention particulière. IvC Pensionnaire porta aussitôt cette réponse aux États de la province de Hollande. Tous, sauf Leyde et Rotterdam, étaient satisfaits; mais, écrivait le ministre anglais si [ces villes] voient qu'elles n'obtiennent rien, elles se rangeront avec les autres". Enfin, le 28 novembre, Dubois et Cadogan échangèrent leurs pleins pouvoirs et signèrent le traité d'alliance défensive entre la France et l'Angleterre, litléralenjent identique à la convention de Hanovre. .

Cadogan le fit savoir aussitôt à Stanhope et lui rendit compte démolition qu'il \vait introduit à propos de la démolition de Mardyck les de Mardycw j^^^^^ ^^i^antes : « Quand ce traité ^ra ratifié, le roi de la

" 7d., ihid. . , . j' ^

" Public nerord Office, Holland, vol. 879 : lord Cadogan a lord Townshend la Haye, 24 novembre; le même à lord Stunhope, môme date.

^' U ihid vol. 377 et 878 : lord Oulogun à lord Townshend, la Haye, 20, 27'riovembre 171G; Oxenfoord Cmile, Slair Papers, vol. VI : Cadogan à Stair, 3, 4 décembre 17 16.

La

Grande-Bretagne et les seigneurs les États-Généraux des Provinces-Unies pourront envoyer des commissaires sur les lieux pour être témoins oculaires de l'exécution de cet article. » Dubois ne trouva rien à objecter, mais se retrancha derrière la défense à lui faite de rien signer qui ne se trouvât dans le texte arrêté à Hanovre, tout en consentant à ce que ces paroles fissent partie du traité à signer avec les Holllandais. Dès le jour même il écrivait à Cadogan : « ...je suis persuadé que Mgr le duc d'Orléans sera très content qu'il y ait quelqu'un à Mardyck de la part du roi de la Grande-Bretagne, qui soit témoin de la fidélité et de la diligence avec laquelle on exécutera ce qui a été promis". »

A force de concessions et de bassesses l'abbé Dubois se flattait ^y;;J^;;°.'^ de fléchir finsultante prétention du protocole anglais. A Londres on prétendait n'admettre que la rédaction en langue latine qui donnait au souverain de ce pays les titres de roi de Grande- Bretagne, de France et d'Irlande, avec la préséance sur le roi de France. Dubois réclama la rédaction d'un texte français, ayant même valeur que le texte latin, et réservant à Louis XV le titre de roi de France et de Navarre. Cadogan invoquait le traité d'Utrecht où Louis XIV laissait donner à la reine Anne le titre (en latin: de reine de France. H ne manquait pas d'esprits sensés en Angleterre qui tenaient cette revendication pour dénuée de fondement, mais il ne se rencontrait pas un homme d'État qui consentît à risquer sa tête si le Parlement recherchait l'auteur d'une si criminelle omission". Cette crainte pouvait paraître frivole, fait observer Torcy, à qui n'auroit pas connu la Constitution de l'Angleterre et le danger continuel où étaient exposés ceux qui avaient en main l'administration des principales affaires de l'État".

Jusqu'à cette époque, les traités conclus entre Louis XIV et Le tu-e^^de l'Angleterre comportaient toujours un texte français pour le roi France .. de France, un texte latin pour son collègue et le préambule de ce dernier portait invariabli^ment, pour désigner Louis XIV, le titre Rex Chrlstianissimm et Magnae Britannmc, Franciae et fJibcrniae Rex (ou Regina) pour désigner Charles II, Guillaume III, ou la reine Anne. Au contraire, sur -l'exemplaire français on lisait toujours : Louis XIV, par la grâce de Dieu, Roi Très-Chrétien de France et de Navarre, et le souverain anglais devenait roi de la Grande-Bretagne; dans le détail des articles on abrège sous la

»» Public Record Office, Hollaml, vol. 879 : Dubois à lord Cadogan, 28 novembre 1716; Séveling<îS, op. cit., t. I. p, 233 et la note. •• Sévelinges, op. cit., t. L p. 23i-232 ; Ch. Aubertin, op. cit., p. 78- " Torcy, Mémoires, collect. Michaud et Poujoulat, p. 680.

La TRIPLE ALLIANCE

forme : Roi Très-Chrétien. Le traité d'Utrecht rédigé en français et en latin, et le traité de commerce annexé au traité de paix font usage des mêmes appellations pour Louis XIV, tandis que dans le texte latin la reine Anne est qualifiée comme ci-dessus, de même encore, en 1697, le traité de Ryswick donne à Guillaume III les titres de Magnae Britanniae, Franciae et Hiherniae Rex; enfin la paix de Bréda conclue, en 1667, entre Louis XIV et Charles II, considérée comme l'acte régulateur, la forme modèle, était représentée, à défaut des instruments originaux par deux exemplaires imprimés à l'époque même : l'un en latin, l'autre en français, tous deux offrant la garantie de publications officielles. Dans le titre de l'exemplaire latin (qui ne contient pas de préambule^ Charles 11 cnumère ses trois royaumes, Grande-Bretagne, France et Irlande, il se borne à prendre au cours des articles, le titre de roi de la Grande-Bretagne et accorde à Louis XIV celui de roi Très-Chrétien. Dans l'exemplaire français, le préambule nomme Louis XIV, roi de France et de Navarre et Charles II, roi de la Grande-Bretagne. Dans les articles, Louis XIV devient le roi Très-Chrétien.

Telle était la tradition constante que Dubois n'a fait qu'accepter. Dans les transactions avec l'Angleterre, on tolérait au roi de cette contrée la fantaisie de se parer d'un titre sans réalité et de commettre un manque de tact et une impertinence, à condition qu'il le fît dans cette langue latine qui ne brave pas que l'honnêteté, mais se dérobe parfois à la politesse. En français, on ne badinait plus et le roi de France portait son titre historique. Tel avait été l'usage sous Louis XÎV qui, dans le corps des traités, acceptait le titre de roi Très Chrétien comme une désignation suffisamment claire. Tel avait été déjà l'usage sous Louis XIII". Négocia- Dubois avait maladroitement soulevé cette question, mais elle ea Hollande n'avait pas absorbé son attention. Il sentait son œuvre incomplète et, à l'occasion, le Régent abondait dans ce sens : « Vous vous souviendrez, écrivait-il à son plénipotentiaire, que je n'ai jamais i^egardé cette grande affaire comme «ouix)nnée et qu'on ne peut la regarder comme telle que par la signature de la Triple-AUiance'\ » Mais ce résultat ne pouvait être atteint quV près beaucoup d'efforts car un député fort influent aux lîtats n'avait pas dissimulé à l'abbé « que si bonne mine que fissent alors les principaux de la République, nous devions compter qu'il y avoit dans le plus grand nombre un fonds de préjugés contre la

^8 Sévelinges, op. cit., t. I, p. '^Si-^Sa; L. Wiesener, op. cit., t. î, p. Aoô-A^i. ^' Archiv. des Afj. fArang., Hollande, t. 3oo, fol. i65 : le Hégeni à Dubois, 3o octobre 17 16.

France, et un attachement à ses ennemis dont on verroit des effets et des marques sitôt qu'ils pourroient impunément ne pas se contraindre^". » Le parti, français avait pour chef Duywenworden, ancien ambassadeui- de Hollande à Londres, et son frère l'amiral, qui poussait vers un rapprochement intime avec la Fiance. Le parti opposé guidé par lleinsius, Fagel, Vanderdusseii, Slingenlandt et Hop n'avait d'égards que pour les whigs et pour l'Empereur, Duywenworden avait pris ombrage du traité de West minster et redouté qu'il ne rendît l'alliance franco-anglo-hollandaise impossible; aussi fit-il le meilleur accueil à Dubois dont les manœuvres semblaient d l'avoir i^ssuscitée*^ ». 11 lui promit son concours et lui déclara « qu'il n'y avoit pas un sujet en Hollande qui ne mît jusqu'à sa chemise pour soutenir la garantie de la succession de la France, réglée par les traités dUtrecht. » Le parti adverse marquait plus de froideur, affectait une crainte extrême de se brouiller avec l'Empeieur®\ 11 avait obtenu des États-Généraux une résolution ferme de ne pas coiiclurc d'alliance avec la France avant la conclusion de l'alliance avec l'Empereur, demeurée en suspens depuis le mois de juin.

Dubois voulut d'abord visiter tous les chefs de ce parti et se p^b^ig p^êt jversuada qu'ils formulaient des objections identiques à celles des Anglais quelques mois auparavant, d'un côté comme dé l'autre les intrigues de la Cour impériale n'y étaient pas étrangères". Tout d'abord l'abbé, on l'a vu, avait laissé entendre que les concessions touchant le cérémonial étaient possibles, celles relatives aux prises réservées, celles concernant le tarif de Commerce repoussées. Le retour au tarif de i664 avait été consenti par Louis XIV au cours de l'année 1709 lorsque la France paraissait perdue, mais en 1716 une telle concession sembla] l inouïe et, pour ainsi dire, provocatrice. D'Huxelles l'avait fait comprendre à Châteauneuf et à Dubois'^ mais ce dernier revint à la charge, allégua qu'autorisé par d'Huxelles, Châteauneuf avilit fait

ni

au\ concessions

Châteauneuf et Du- Dabois à d^Huxelles.

Châteauneuf au Roi,

•" Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3oi, fol. 32 bois au Bol, 3o octobre 17 16.

•* Archiv. des Aff. Étrang., HoUande, t. 3io, fol. i3 3i octobre 17 16.

" Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. 84 20 octobre 17 16 (conférence avec Slingenlandt, le 19 octobre).

" Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. 96 : Dubois au Régent, 20 octobre; ibid.. Hollande, t. 3ii, fol. 260; Dubois à Noce, 21 novembre 1716.

•* Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3io, fol. 209-212 : Louis XV à Châteauneuf et à Dubois, h novembre 1716.

11 pense berner les Hollandais

avanl lui quelque promesse aux Hollandais". Le 9 novembre, le maréehal fit espérer la suppression possible, dans un an, du droit de quatre sols par livre établi en 1699 sur les marchandises du

Nord".

L'abbé faisait aussi bon marché de la dignité que de l'intérêt du royaume pourvu que sa carrière diplomatique ne connût que des succès. Selon lui, (( la Triple Alliance étant essentielle au repos du royaume, il seroit fort sage de sacrifier quelque chose plutôt que de s'exposer à la perdre. » Et cette fois comme pour la question de Mardyck il réclamait le sacrifice, ajoutant : « Nous n'avons pas le temps de marchander''. La précipitation avait fait conclure à Hanovre des stipulations onéreuses, invoquée une fois de plus elle allait faire signer à la Haye un traité utile mais prématuré une fois de plus l'intérêt de la France était sacrifié à l'avantage du Régent. Dubois écrivait à ce prince « de ne pas croire que tout ce qu'il veut faire soit contenu dans les lettres au Roi et à monsieur le Maréchal que M. de Châteauneuf écrira et que l'abbé signera avec lui... Notre situation devient gaillarde, mais j'y perdrai mon latin et vous n'en aurez pas le démenti. J'ai formé un projet assez effronté; j'entreprends de faire solliciter notre alliance par les députés qui nous étoient les plus oppor ses. Le détail de ce plan seroit plus ample que celui de M. de Louvois pour le siège de Gand". »

Il ne s'agissait que de séparer le^ Hollandais des Impériaux par l'offre de « quelque douceur sur le commerce*' »; ce qui ferait u bien enrager » le marquis de Prié. C'était un marché raisonné que Dubois proposait et, une fois de plus, le prix en était payé par la France et les bénéfices allaient à la Hollande et au Régent. Pour appâter ce dernier, son compère se faisait trivial, lui recommandait de ne pas lésiner <( chiquète à chiquète'" » et pressentant une résistance, Dubois écrivait à Noce avec une jolie désinvolture : « Examinez si l'article de commerce causerait un pré-

*■' Archiv. des Aff. Etraïuj., Hollande, t. 3ii, fol. 25 : Dubois à d'Hwcelles, 5 novembre 1716.

•^•^ Archm. des Ajj. Étramj., Holland*?, t. 3ii, fol. 29, 3o : D'Huxelles à Châteauneuf et à Dubois, 9 novembre 1716. ^

^' Ardiiv. (iei Ajj. fAnuuj., llolland<;, t. 3ii, fol. i37-i42; t. 3ii, fol. 174 : Dubois à d'HuxcUes, to et i^i novembre 1716.

" Arciiio. des Ajj. Etrung., Hollande, l. 3ii, fol. i46 : Dubois au Régent,

10 novembre 1716.

«« Arcliiv. des Ajj. Étrang., HoJlandxî, t. 3ii, fol. i5o : Dubois au Régeity

10 novembre 1716.

^" Archiv. des Ajj. Êtraiig., Hollande, t. 3ii, fol. i63 : Dubois au Régent,

i\ novembre 1716.

La TKlPLE ALLIANCE 409

judîce au ii)y<iume. Si cela n'est pas important, exhortez-le à m'en laisser le maître''. » Le Régent hésitait, redoutait, malgré ses conseillers, de faire passer son proftt avant celui du pays, Dubois le harcelait : « Cette affaire est telle, lui écrivait-il, que la France et les autres États ne pourroient plus, si eHe réussi'ssoit, se passer de l'influence de Son Altesse et que lorsque la Régence seroit finie, le Roy ne pourroit gouverner sans son assistance''. » C'était le programme que l'avenir devait réaliser. Dans cet avenir Dubois avait déjà fixé son rang, à côté et même au-dessus du duc d'Orléans. Nul ne le soupçonnait encore d'une si haute ambition à le voir tourbillonner, argumenter avec les uns, ergoter avec les autres, parler, écrire sans trêve et sans merci : « Vos lettres, écrit-il au Régent, me font de la force. Le seul miracle qu'elles ne font pas, c'est de m'engraisser. Je n'ai que la peau sur les os. Je suis accablé de travail. Je ne dors que trois heures par nuit; » en sorte que « l'envie, qui gémissait de sa fortune, se fut consolée, a-t-on dit, si elle eût connu ses travaux'* ».

Vers la fin du mois de novembre, Dubois présentait ses lettres de créance comme ambassadeur. Le i*"" décembre, les villes de Hollande faisaient connaître leurs résolutions. Amsterdam se déclarait pour la France, le 4, Leyde se ralliait à la promesse de l'abolition du droit de 4 sols par livre; le 8, la presque unanimité du pays, sauf Rotteixlam, était acquise à l'alliance française et abandonnait rEmpereur'\ Le 11, l'abbé en donnait avis au Régent : (( Votre alliance avec le^ États-Généraux est conclue et sera signée sous peu, après que les députés aux États, qui avaient pouvoir de la faire et de la conclure, et qui l'ont arrêtée, en auront donné connaissance à leurs maîtres et auront eu leur approbation, ce qui est une formalité inévitable'*. »

Il fallait s'attendre à de nouveaux retards. « J'ai vu entre les mains de Cadogan une lettre du marquis de Prié, disait encore Dubois; il assure qu'on fera reculer la signature des Hollandais sî longtemps qu'on n'en verra pas la fin'*. Mais, ajoute-t-il, les

et se fait

jouer

par eux

• '* Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3ii, fol. iCi : Dubois à Noce, i4 novembre 1716. '

^* Archiv. des Ajj. Etrang., Hollande, t. 3ii, fol. 260, 263 : Dubois à Noce, 21 novembre 1716.

" P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, i832, t. I, p. 109.

'* Archiv. des Ajj. Etrang., HoUando, t. 3i2, fol. 83 : Dubois et Châteauneuj au Roi, 5 décembre 1716.

" Archiv. des Ajj. Etrang., Hollande, t. 3i2, fol. i5i4 : Dubois au Régent, II décembre 1716; Sévelinges, op. cit., t. I, p. 233-234.

^* Archiv. nat., ms. franc. 10670, Mémoires inédits de Torcy, t. I, p. 8iH,

États-Généraux qui veulent mettre l'Empei^ur dans son tort s il se fâche de ce qu'ils font avec nous, ont résolu d'abord que 1 alliance avec la France ^ra signée, de lui offrir d'entrer dans celle qu'il a faite l'an dernier avec le roi d'Angleterre, quand il lui plaira. » C'était une petite trahison, mais réparable, où Dubois et Ghàteauneuf avaient été bernés comme des débutants' \ L'abbé, mortifié au fond de l'âme, joua la modestie, parla de ses peines intérieures et de son désir de garder le silence sur ces événements, désir aussi ardent que celui d'un religieux de la Trappe vers le paradis^\ Cette déconvenue décida un changement de tactique. Sachant que la confidence est le mode le plus efficace de la publicité, Dubois confie à demi-mots à Duywerworden l'impatience du Régent, le mécontentement * du Conseil et la possibilité de son rappel à raison de ces délais et défaites des États^\ Duywenworden en fait part à Heinsius qui se laisse voir très ému et que va troubler l'ultimatum du maréchal d'Huxelles.

il était ainsi conçu*" : .

(( Je veux désormais éviter s'il m'est possible que 1 on me puisse reprocher d'avoir prostitué la dignité du Roi comme elle le seroit en effet si Sa Majesté continuait de faire plus longtemps de^ démarches qui ont été faites de sa part depuis (juelques mois. Ainsi si la République ne se détermine pas à fixer un terme pour la signature de l'alliance, je vous supplie, monsieur, de vouloir bien m'en informer par un courrier exprès afin que sur le compte que j'aurois l'honneur de rendre à Son Altesse Royale elle puisse prendre les résolutions qu'elle jugera le plus à propos sans s'arrêter plus longtemps à de vaines assurances et de bonnes mtentions dont on ne voit jusqu'à présent nul effet. »

l^ 26 décembre Dub^)is, flanqué de Châteauneuf, se pimenta ■ . à l'audience du Grand-Pensionnaire, parla d'un ton sec des prorsTau. cédés des États, du mécontentement du Régent et de la nécessité d'en finir sur-le-champ. Heinsius prit peur! céda, conseilla de se soumettre. Les députés soUicitèrent un répit de quatre jours. . Les États, assemblés le 27, annoncèrent qu'ils signeraient l'alliance le 3i décembre ou, si le Régent y consentait, le 4 janvier

Ullimalum

de d'Huxelles

Inquiétade

et soumissioD

" Sév€lingt?s, op. cit., l. I, p. 235.

^» Archiv. des Aif. Êtrang., Hollajide, L 3o3, fol. i58 : Dubois à Pecqaei,

i5 décembre 17 16. ^

^« Archiv. des .Afj. Êtmng., Hollandç, t. 3i2, fol. 2^0 : Dubois a d Hwtelles,

25 décembre 17 16.

*" Sévelinges, op. cit., t. I, p. 23G-237.

171 7**.. Les Hollandais comprirent que leurs coutumières lenteurs, bien loin de les servir, pourraient leur porter préjudice; ils abrégèrent donc, simplifièrent, suspendirent la règle de l'unanimité et tinrent l'acquiescement de deux membres dans chaque ville ou province pour suffisant et valable, nonobstant le désaccord de leur collègue'\ Les précédents d'ailleurs ne manquaient pas. En i648, en 1701 on n'avait pas attendu la réponse de la province de Zélande; en 1701, tout avait été discuté, voté, conclu et signé, c'est-à-dire bâclé, en vingt-quatre heures, « terme trop court pour consulter les provinces et les villes et pour en obtenir le consentement" ».

Pendant que les États se souinettaient à une certaine hâte, les commis ne négligeaient rien pour maintenir les traditions de lenteur. Comme le texte des articles échappait à leurs atteintes, ils prenaient leur revanche sur le protocole; quant aux scribes ils alignaient leurs plus grosses bévues et leurs malices les plus délicates, comme de substituer Galliamm Rex à Rex Christianlsslmus; enfin ils prodiguaient les fautes d'orthographe au point d'imposer une transcription nouvelle, — et cela aussi faisait gagner du temps. Pour l'article relatif à Mardyck, le ministère anglais avait rédigé un texte déplaisant pour le roi de France qui était censé vouloir manifester son éloignement de se soustraire aux conventions antérieures. Georges V' modifia, de sa main, cette rédaction pour faire dire au roi de France qu'il désirait exécuter ce qui avait été convenu. La nuance était subtile, le ministère anglais s'en offensa et maintint dans le traité la

forme non corrigée. ^ - ^

Enlin, le 4 janvier, le traité de la Triple- Alliance fut signe ^^.^J^oic^^^^ à la Haye, entre la France, l'Angleterre et la Hollande. Dubois jeTub^s" triomphait. Le jour même il écrivit au Régent ce billet fameux : < J'ai signé à minuit. Vous voilà hors de page, et moi hors de mes frayeurs, que Votre Altesse Royale canonisera, lorsque j'aurai eu l'honneur de lui rendre compte de tout. Je m'estime très heui^ux d'avoir été honoré de vos ordres dans une affaire si essentielle à votre bonheur, et je vous suis plus redevable de

" Archiv det AU. Êtrang., Hollande, t. 3i2, fol. 262* : Dubois «^^ /^tf^.-^'' 20 dil^mbre i 6 ; SévelingL, op. cit., t. I, p. ^^r^^o; Public Record Of^ce Holl^ vol. 379 : lord Cadogan à lord Tœvnshend, la Haye, .5 décembre;

''^p!^LZJ:d^ OffL^n^. vol. 379 : lord Catogan . !ord To...

hend, la Haye, 26 mai, 1716. t. • 1 » «00

" Torcy, Mémoires, édit. Michaud et Poujoulal, p. 722. ^^

Opinion

publique

en France

en

Angleterre

m'avoir donné cotte marque de l'honneur de votre confiance que si vous m'aviez fait cardinar\ »

Le mot était lâché! Dubois entendait bien ne pas être recompensé par « de la guenille^^ ». Il était en droit d'attendixi beaucoup de la reconnaissance de celui qu'en toute occasion il appelait (( Son maître ». Le Régent était radieux. Au moment ou il venait de recevoir le courrier de Dubois lui annonçant la signature, Madame se présenta chez lui et il dit : a Ma mère, permettez-moi de vous embrasser pour la joie que me cause la nouvelle que je viens d'apprendre de la triple alliance"^ . On embrassa lo traité et on le fit embrasser au maréehall d'IIuxelles, qui s en fut bien passé; mais on manifestait une extrême satisfaction, plus bruyante que sincère peut être. Le Uégent ne pouvait se retenir de dire à lord Stair : « Nous verrons bien des visages allongés^^ »; il disait vrai et on sait le cas qu'il faut faire des éloges de d'IIuxelles^' et des louanges de Peciiuet^'. Ceux de Saint-Aignan faisaient ressouvenir de la fable du pavé de l'ours. « La voilà donc conclue, disait-il, cette triple alliance contre laquelle on a crié si fort de son tems. On s'est élevé de même contre tous les traités avec l'Angleterre depuis celui de Brétigny. Pourtant la paix avec les Anglais nous a presque toujours plus profité que la cruerre, en dépit de nos victoires. Aujourd'hui moins que jamais il ne doit exister d'inimitié entre eux et nous. Il faut que les préjugés du tems cèdent à l'évidence et qu'on ne dise plus quand Dieu tonne ou que la terre tremble : C'est l'Anglais!'" » En Angleterre, la nouvelle de la démollition de Mardyek déchaîna fenthousiasme. « Nous voyions avec admiration, disait l'adresse de la Chambre des Communes, les conditions désavantageuses imposées dans le traité d'Utrecht a [notre] Nation, lors-

•* Archiv. des Aff. Ëiraiig., Hollande, t. 3i3, fol. /n : Dubois an Régent, k ianvier 1717 ; Ch. Âubertin, op. ciL, p. 89; Wioscnor, (yp. cit., l. I, p. 477*» Bourgeois, op. cit., t. I, p. 167, note 4; Lémonley, op^ cit., t. I, p. 100.

«^ Archiv. des Aff. Êtrang., Hollande, t. :^io, fol. «o : Dubois a Aocë, 26 octobre I7ir). Peut-être fût-ce sous une forme analoî?ue que Dubois insinua la même pensée à Louis XIV, voir D'Argenson, Mémoires, i857, t. I, p. 190; Saint-Simon, Mémoires, édit. Cbénicl, t. MI, p. io5.

" J. Buvat, Journal de la Bégeucc, t. I, p. 243. , ., ., ,^ ^ .

•^ Oxenfoord Castk, Stair Papers, vol. IX : lord Stair a M. Methuen, Pans,

' ^^^TrZv'lies Aff. Étrang., HolUinde, t. 3i3, fol. 55 : D^Huxelles à Du-

^""-'/rchCTe' Af]'!'fArang., Hollande, t. 3^3, loi. 34 : Pecquet à Dahoh,

'* ^^^lliTt-Algnân à Louville, i»' février 1717, dans Mémoires secrets de Louvlîle, l. H, p. 233.

la Triple- Alliance

qu elle ëtait a la tête d'une confédération puissante et victorieuse redressées par Votre Majesté, au milieu même des dangers et des roubles intestins... Nous ne saurions dire si d'avoir souffert que a démolition du port de Dunkerque ait été indignement éludée fera dans 1 avenir plus de déshonneur à la nation britannique, quelle ne recevra d'honneur d'avoir procuré la destruction des écluses de Mardyek. » Mais la question de Mardyek couvrait adroitement la question hanovrienne qui retirait le principal bénéfice. Les tories, certains whigs et les jacobites fidèles ne s'y trompèrent pas un seul instant.

En Hollande on aimait assez un traité qui ne coûtait rien et en Hollande qui affermissait la paix, ouvrant au commerce des perspectives avantageuses.

Le traité exprimait d'abord l'intention des contractants d'af- Le traité de fermir de plus en plus la paix entre leurs royaumes et États respectivement, d'éloigner entièrement de part et d'autre tout sujet de soupçon qui pourrait en quelque manière que ce fût troubler la tranquililité de leurs États et de resserrer plus fortement encore par de nouveaux nœuds l'amitié qui était entre eux.

Il comprenait huit articles'' :

L'article 1" istii)ulait une alliance et une union étroite, tant au dedans qu'au dehors de l'Europe, avec promesse des Parties de se procurer réciproqu(;ment et fidèlement leur utilité et leurs avantages, de détourner et empêcher par les moyens les plus convenables les pertes et dommages qui pourraient leur arriver. "

L'article II concernait celui qui avait pris le titre de prince de (îalles, pendant la vie du feu roi Jacques II, et après la mort dudit roi, celui de roi de la Grande-Bretagne. Gomme l'expérience avait fait connaître que la proximité de son séjour pouvait exciter des troubles dans la Grande-Bretagne, le roi Très-Chrétien s'obligeait d'engager ladite personne de sortir du comtat d'Avignon et d'aller faire son séjour au-delà des Alpes, immédiatement après la signature du traité et avant l'échange des ratifications; et pour témoigner encore davantage de son désir sincère d'observer religieusement tous les engagements que la couronne de France avait pris ci-devant touchant ladite personne, le roi Très-Chrétien s'engageait à ne lui donner, en quelque temps que ce fût, directement ou indirectement, aucun conseil, secours ou assistance, etc. Il ne lui permettrait pas de revenir en Avignon ou en Lorraine, ni en aucun lieu de sa domination, encore moins

Arlitle l"

Article 11

•* Nous donnons le résumé très exact de L. Wiesener, op. cit., t. I, p. 45o-

d'y demeurer, sous quelque nom et sous quelque apparence que

*^/^*'.iM^ ITT nromettait au nom des contractants le refus de "''' toute ot "asikTde retraite aux sujets de l'un d'entre eux 7i auraL été ou qui pourraient ètr. déclara rebelles, et 1 on xéglait la procédure de l'expulsion. , ^ , ^ „, j^ va

Aruoe .V l'article IV prescrivait la démolition de ^unkerque et de 1 e cluse de Mard/ck. Il avait été rédigé en français a cause de 1 im oo^^Mlité d'exprimer en latin le détail technique des ingenieuis. MaTs l'espiit de cet article était résumé préalablement en quelquTs 1 gne latines dans l'un des instruments, françaises dans au- ?re S <;tte singularité que la rédaction latine conservait a orme peu aimable qu'avait adoptée et maintenue le m.nistè àe Londres malgré l'adoucissement suggère par le Roi tanUis tue la ÏdactSn 'française n'était pas autre chose que a traduction mot par mot du texte plus gracieux de Georges 1 .

Sn con^nuait en posant en principe que le nouveau port ou canal de Mardyck ne devait servir qu'à l'écoulement des eaux au" an ce a inonderaient le pays, et au commerce nécessaire jn subsistance des peuples, lequol se ^-ait par d^ batimenU ciui ne pourraient pas avoir plus de seize pieds de argeur Venait en u"LTe Lenu détail de la dt^struction tel que l'avaient arrête, en ï Incais ÎLondros, lord Townshend. M. Methuen et M d t^rl aie à grande écluse de Mardyck détruite; la petite, réduite ^ L„.jv nieds à sei/e- les jetées et fascinages rasés au niveau t rè^n iSnf roXique^u'à M-dyck Les n.t^^aux Pvenant des démolitions pourraient êtix; employés ailleuis. a ttls usâei X Sa Majesté Très-Chrétienne jugerait à propos, pou r- Taue ce fûl à deux lieues de distance de l'une et de 1 au re Idace Après la ratification du traité, le roi d'Angleterre et les £tl' pourraient « envoyer des commissaires sur les lieux pour- Aire lémoini oculaires de l'exécution de cet article ...

L'artTcîè V contenait, avec l'alliance déiensive, la sanc ion partfe le du traité d'Utrecht, qui lui servait de base et que Stan- W avait d'abord rejelée si loin dans ses conférences avec Duboh II Y était dit que le véritable but de cette alliance elant de conse ver la paix établie par les traités d'Utrecht entre le ro. Trlchrétien^a reine de la Grande-Bi^tagne et les Hauts et Puisants ^i'gneurs les États^néraux des Prov.nces-Un.es. on ïtd convenu et demeuré d'accord que tous et chacun des nrticts de ces traités de paix, en tant qu'ils regardaient es intente dïstroï puissances respectivement et de chacune d elles e^n fa^ticu i , et ensemble le« successions à la couronne de la Cran-

ArUcle V

de-Bretagne dans Ha ligne protestante et à la couronne de France suivant ces traités, demeureraient dans toute leur force et vigueur. Les contractants promettaient leur garantie réciproque pour l'exécution de toutes les conventions contenues dans ces ^ ,

articles, concernant les successions, les intérêts des deux royaumes et des États, le maintien et la défense des royaumes, provinces*, états, droits, immunités et avantages que chacun des alliés posséderait réellement au temps de la signature de cette alliance. Et à cette fin, ils étaient convenus que si l'un d'eux était attaqué par les armes par quelque prince ou État que ce fût, les autres alliés interposeraient leurs offices auprès de l'agresseur, pour procurer satisfaction à la partie lésée et engager l'agresseur H s'abstenir de toute hostilité.

L'article VI déterminait le contingent en troupes de terre. Article vi vaisseaux ou argent, qu'ils auraient à fournir si, dans le délai de deux mois, ils n'avaient pas obtenu satisfaction.

I/article VIT étendait cette garantie au cas des discussions in- Article vu testiaes ou des rebellions au sujet des successions ou sous quelque autre prétexte que ce fût; il prévoyait l'éventualité d'une déclaration de guerre des alliés aux agresseurs, avec l'obligation de s'assister réciproquement de toutes leurs forces.

L'article VIII et dernier stipulait l'échange des ratifications Article viil dans un dé?ai de quatre semaines, ou plus tôt si faire se pouvait.

Un article séparé entre la France et la Hollande spécifiait que la garantie réciproque et les secours stipulés par les articles V et VI n'auraient lieu que pour leurs États et possessions en Europe. Il en fut de même avec l'Angileterre. ^ , , -,

Avant de regagner Paris, Dubois vit arriver à la Haye, le i5 Dubo.fa.^t janvier, lord Stanhope avec qui il brûla la convention secrète au roi de Hanovre signée par Cadogan et l'abbé le 28 novembre et qui perdait sa raison d'être; le texte du 4 janvier laissait entrevoir moins clairement les intérêts particuliers qui avaient abouti an traité Georges P' vit Dubois à Utrecht, le 22 janvier. « Il me pria, raconte celui-ci, de le suivre dans son yacht, ce qui me permit d'être auprès de lui pendant sept ou huit heures et de l'entretenir en toute liberté de choses publiques et particulières. J'ai eu l'honneur de le voir tous les jours jusqu'à hier et detre à portée, sans demander audience, d'en avoir autant et de si longues que jai pu souhaiter'^ )> On se quitta avec mille démonstrations d'amitié et Dubois dit à Stanhope en se séparant de lui :

•« Archiv. des Aff. fArang.. Hollando, t. 3i3, fol. m '- I^^^ois à d^Hu^eîles, 26 janvier 171 7. -

Georges

LA TRÎPLK ALLIANCE

Prend corgé des Etals

Rali fi cations

Artisans et

bénéficiaires

du traité

î( Je m'en retourne très disposé à ne rkn négliger de ce qui peut entretenir et fortifier l'amitié entre le Roi et Mgr. le Régent". » Le 28 janvier, le plénipotentiaire prit congé des États en les assurant que Louis XV et le Régent « voient avec une compHaisance infinie le renouvellement de cette liaison, déjà accompagnée de leur part d'une amitié aussi attentive au^ intérêts de la République qu'à ceux mêmes de la France, et qui commence à faire revivre les temps 011 la couronne de France reconnois soit ses amis et ses ennemis à la conduite qu'ils tenoient à l'égard des Provinces-Unies. » Ce n'était que compliments, remerciements, applaudissements'*. Dubois, bien pourvu de contrebande pour les princesses de la famille d'Orléans'*, s'embarqua le 3 février dans le yacht des États parmi les salves, les fanfares'*, les beuveries". Ayant toute honte bue, il débarqua à Mardyckl « Je ferme mon portefeuille, écrivait-il, avec la satisfaction, de ne pouvoir pas me reprocher d'avoir écouté une pensée ou dit une parole qui n'eût pas pour but le service de Son Altesse Royale'*. » — A la France il n'avait pas songé.

A Londres, où Georges P' arriva à la fin du mois de janvier, le cabinet Townshend allait être renvoyé et devenir la victime de la politique du Roi et de Stanhope". A Paris, le Conseil de Régence se soumit au fait accompli et ordonna le renvoi du Prétendant qui sortit d'Avignon le 6 février se rendant à Rome, laissant des dettes nombreuses et emportant quarante-cinq pièces d'excellent vin de Rourgogne'"". Rien ne retardait plus les ratifications qui s'échangèrent dans l'hôtel de l'ambassadeur de France à la Haye, le 26 février 1717, par les soins de MM. de Ghâleauncuf, Fagel et Leathes représentant la France, la Hollande et rAnglcterre^"\

(( Votre voyage à la Haye, avait dit Stanhope à Dubois, a sauvé bien du sang humain et il y a bien des peuples» qui vous auront

Archîv. dei: Aff. Etrang., Ilollando, i. SaS, fol. 127 : Dubois à Stanhope^

26 janvier 1717. *

*'• G. de Lamberly, Mémoires pour servir à Vhi^toire du XVIII^ sièclCj t. X,

p. iii-i6.

^^ Archiv. des Aff. Étrang., Hollande, t. 3i2 fol. 29^ : Dubois au Bégenf,

29 décembre 17 16.

°^ V. de Seilhac, L'abbé Dubois, premier ministre de Louis XV, t. II, p. 8. ^ P. Bliard, Dubois, cardinal et premier ministre, t. I, p. 226. "^ Ch. Aiilyertin, L'Esprit public en France au XV///« siècle, p. gS. •» L. Wiesener, Le Bégent, Vabbé Dubois et les Anglais, t. I, p. ilaa-ASgi. ^"^ Public Record Office, France, vol. 3.iS : Avis de Marseille, 11 mars 171 7. 1°^ Sévelinges, op. cit., t. I, p. 242-243; V. de Seilhac, op. ciL^ t. II, p. 8.

obligation de leur tranquillité sans s'en douter*". » C'était ce qu'on pouvait dire de plus juste à la décharge de l'inventeur de cette alliance qui affermissait les chances de paix générale. Cette paix, qui était pour la France une nécessité absolue, on n'avait pu y travailler d'accord avec le roi d'Espagne déterminé à n'aider en rien le Régent et à le contrarier en tout. Plus efficacement que Dubois et par des moyens toujours avouables, Ghâteauneuf avait préparé les voies à un effort diplomatique original qui constituait un parti français au cœur de la Hollande, parti assez fort pour y tenir en échec nos adversaires, obliger le roi Georges à compter avec lui, éliminer l'influence de l'empereur Charles et mettre la France à même d'épier et de saisir une conjoncture favorable. Ccllo-ci s'était offerte sous la forme d'une menace dans le Nord de l'Europe lorsque le Tsar parut menacer les États allemands de Georges; l'avis que le Tsar envoyait secrètement un ministre en France*"', quoique ignoré de Dubois, décida du succès de la mission de celui-ci par le coup de théâtre de Hanovre.

Georges P' restait le principal bénéficiaire du traité de la triple alliance qui l'assurait de la couronne d'Angleterre et lui ouvrait de vastes ambitions en Allemagne. Les whigs auraient à se satisfaire avec Mardyck et l'expulsion du Prétondant. Stanhope mcueillit la succession de Townshend et les bénéfices de la victoire que son parti avait remporté à Ha Haye et qui grandissait beaucoup le prestige de son maître.

Heinsius étales Hollandais s'estimaient pleinement satisfaits à la lecture d'un traité qui ne leur coûtait rien et leur ouvrait la perspective de fructueuses opérations commerciales.

Le Régent faisait sonner haut le gage de paix générale à l'abri duquel il avait poursuivi son intérêt particulier : la succession au trône de France. Tous les autres points litigieux en Italie, en Allemagne, dans le Nord demeurèrent en suspens de sorte, qu'en France, la Triple Alliance de la Haye n'avança les affaires que du seul duc d'Orléans. H y avait mis le prix en livrant Mardyck. Que ia création de ce port fut contraire à l'esprit du traité d'Utrecht on peut le soutenir, mais que son maintien dût déchaîner une nouvelle guerre on est en droit de le nier. L'admission de commissaires assistant à la démolition était une lâcheté sans excuse,

>" Ch. Auberiin, op. cit., p. g^- "* W. Coxe, Me.moirs of B. Walpole, t. II, p. loi Townshend, Hanovre, 9 octobre 1716.

lord Stanhope à lord

quant au renvoi du Prétendant et à la proscription des Jacobites on ne pouvait songer sérieusement à faire un reproche. n«b. i, ïout« la carrière politique de Dubois sortit du traité de la Haye

Ttmmfta>,é comme un fruit vénéneux éclot sur une souche empoisonnée. .> Le traité de la Ilavo, disait-il lui-même, ne se seroit jamais fait par le train ordinaire. M n'avoit pas eu besoin d'être sorcier • vK)ur y réussir .., il lui avait suffi d'être « le dépositaire du secret du prince et tout ce qu'il avoit dit avait la valeur de ce qu auroit dit le prince lui-même ». C'est, en quelques mots, l'histoire de cette nouveauté funeste qu'est la diplomatie secrète. Apres le succès obtenu nul n'était plus en mesure de faire la part à cette puissance occulte, Dubois pouvait tout entreprendre, tout espérer Il reçut l'abbaye du Saint-Riquier. au diocèse d'Amiens, valant vingt-cinq mille livres de rentes"*; quelques semaines plus tard il était désigné pour la charge de secrétaire du cabinet du Roi « avec la distinction d'avoir seul droit de tenir la plume du Roi « l'exclusion des trois autres secrétaires'" ». Enfin, le 26 mars il était nommé au Conseil de Affaires étrangères en raison de sa « capacité el expérience ». Dès lors, Dubois tenait dans sa main tous les fils, ceux de la diplomatie officielle comme ceux de la diplomatie secrète. Le secret de son succès ne se trouvait pas dans un mérite hors ligne, une habileté ou une expérience .«ans rivales, mais dans l'avantage d'avoir un plan, de le suivre et de l'imposer autour de lui. « Le Régent qui suit presque touiours les idées qui lui viennent, sans s'arrêter à aucune est ordinairement arrêté et fixé par celles de l'abbé Dubois, disait un contemporain. Si celles-ci ne sont pas accompagnées d autant de lumières que celles du Régent, elles sont au moins soutenu^^ par quelque chose de plus solide et par un plan fixe et suivi dont le Régent est incapable"'. » Tel était le secret du succès de Dubois II avait trouvé et fourni au duc d'Orléans le triple moyen de gouverner la France pendant la minorité, après la majorité et peut-être, après la disparition, toujours prévue, de Louis XV . Pour lui-même, il était sans inquiétude comme sans ambition, installé au cœur de la place, pouvant choisir et prcpdre à son • gré, à portée de tout, capable de tout, mais sans hâte et sans bruit.

"* J. Buvat, Journal de la Régence, l. T, p. 253.

1»» Le II avril 1717, c'était un revenu de 60.000 livres, n succéda à Callières, M. de Breteuil à Mme de Balleroy, 28 mars 1717. dans Les Correspon-

dants, t. I, p. 129. /. » 9is • o T> •-

*»• Pichon, Vie de Charles-Henry, comte de Hoym. 1694-1736, in-8, ï'arw,

»" E. Bourgeois, Le secret du Bégent, t. 1, p. 177-

On venait de le voir « se fourrer » dans Ile Conseil des Affaires étrangères, « comme ces plantes qui s'introduisent dans les murailles et qui enfin les renversent^"' ».

»"• Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, t. XIV, p. 196.

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