‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 26 sur 193 · IT · texte numérisé non relu

IT

Le plan

qui lui est

opposé

4(i2 HISTOIRE DE LA RËGENCE

dos parasites à une proie: guitaristes, histrions, danseurs, mimes, tous ces saltimbanques que la courtoisie italienne qualifie d'artistes et leur coryphée, cette Laura Piscatori, la nourrice, personnage tel à peu près qu^l nous a été transmis par les peintix^s des mœurs antiques^\ Alberoni avait fort à faire pour retenir cette jeune femme avida d'amusements plus effectifs que les dissertations politiques du favori et les caresses brutales de son mari. Odieuse aux Espagnols, qui ne le lui cachaient pas, Alberoni ne lui demandait pour l'instant que cette forme de dissimulation qu'on nomme patience. Trois ans seulement et 1 Espagne posséderait une flotte, des finances, un commerce une plac.^ en Europe qu'il ne serait au pouvoir de i>ersonne de lui arracher <c Trois ans, ce n'est pas une éternité ,disait Alberoni. Pourvu qu'un accident inopiné ne vienne pas bouleverser nos

mesures"! »

L'accident se produirait sans attendre trois ans, parce que Alberoni était fatalement entraîné vers la guerre et qu'à ses vues s'opposait un plan pacifique élaboré par Dubois et Stanhope. Ce plan tendait à imposer un règlement définitif, selon les principes posés à Utrecht, aux puissances dont les possessions terntoiiales s'étaient accrues aux dépens de l'Espagne. L'Empereur accepterait le traité d'Utrecht dans toute sa teneur et recevrait pour prix de cette concession la Sicile en échange de la Sardai^ne dont le duc de Savoie aurait à se contenter". La Toscane, Parme et Plaisance, à l'extinction désormais prochaine de leurs dynasties, seraient déclarées fiefs impériaux, c'est-àdire remis \ l'Empereur qui disposerait en temps voulu de Parme et Plaisance pour le premier né d'Elisabeth, don Carlos. Dubois s'était emparé de cette dernière combinaison qu'il paraissait tenir pour immanquable^S à ce prix il ne doutait pas que la paix ne se conclut entre Philippe V et Charles VI : a ï^ meilleur usage que l'on pourroit faire de l'alliance entre la France, l'Angleterre et les États-Généraux, écrivait Dubois à Stanhope, et le plus grand fruit que l'on en pourroit tirer, seroit de travailler incessamment à procurer une paix fixe et permanente entre l'Empe-

'• P.-E. Lemontev, Histoire de la Hégence, t. I, p. i23.

" Alberoni à Rocca, 21 septembre 1716, dans E. Boiiroreois, Le secret des

Fnrnèse, p. 239. . o t • • ûq

*» Weber, Die Quadrupel AUiariZ vow Jahre 1718, in-8, Leipzig, i»57»

*^ Arch. des Aff. fJrang., Angleterre, t. 3oo, foL 85; Mémoire joint à la lettre de Dubois à Stanhope, 7 novembre 1716; Ihid., Hollande, t. 3ii, foL 263; Plan de Stanhope touchant les affaires d'it^ilie pour S. A. B. toute seule.

L'OEUVRE D'ALBERONI

La

COnibina-

zione pontificale

reuret le roi d'Espagne". » Dès qu'on put tenir l'alliance francoanglaise pour certaine, Georges V' fit des ouvertures à Vienne, qui envoya M. de Pendtenriedter s'aboucher à Hanovre avec Stanhope, lord Sunderland et M. de Saint-Saphorin" (décembre 1716,. On ne s'entendit pas, mais on se garda de rompre. De son côté, le Régent, à peine signé le traité de la Triple Alliance, fit des avances au roi d'Espagne" et chercha à atténuer l'impression que devait faire à Philippe V la nouvelle d'une alliance franco-anglaise".

Cette alliance rencontrait un adversaire peu traitable dans la jjersonne du pape Clément XI, très animé contre le roi d'Angleterre et contre le Régent à qui il reprochait de ne pas persécuter les jansénistes. Afin de leur nuire, il « travaillait avec beaucoup d'ardeur à réunir l'Empereur, le roi d'Espagne et celui de Sicile dans la même cause contre le roi de la Grande-Bretagne et contre le Régent. Sa Sainteté tâchait pour cet effet d'engager Philipi)e V à convenir avec l'Empereur d'un partage en Espagne, moyennant quoi Sa Majesté Impériale concourrait à assurer le royaume de France à ce prince, en cas que le jeune Roi vint à mourir, et même à en ôter dès lors l'administration au duc d'Orléans que l'on regardait à Rome comme fauteur d'hérétiques; ^ que ees princes devaient travailler en même temps à établir le Prétendant sur le trône de la Grande-Bretagne'''. » La combinazion^ pontificale n*aboutit pas, ainsi qu'on pouvait le prévoir, et c'était encore une chance de guerre en Europe qui s'évanouissait et le plan pacifique s'en trouvait affermi.

Cette alliance franco-anglaise avait d'ailleurs inquiété, dès qu'ils inquiétudes avaient pu en soupçonner Texistence, les patrons d' Alberoni. Lx?s . ^" Farnèse, mis au courant du voyage de Dubois à Hanovre avaient dépêché dans cette ville un agent à toutes fins utiles^', ils intei-

ri

*^ Arch. des Aff. Etrang., Frane-e, Ménudres et Documents^ t. i4o, fol. 79.

** Weber, op. cit., p. 29 : Saint-Saphorin à Hohethon, 10 octobre et 4 novembre 1716. Ce personnage se nommait François-Louis de Pesmes, né en 1668, à Saint-Saphorin, canton de Vaud (Suisse), il servit successivement la Hollande, l'Autriche, la Suisse et TAnglelerre. En 1717, il était représentant du roi Georges I" à Vienne.

'•* Arch. des Aff. Etrang., Espagne, t. 267, fol. 62 : Louis XV à Saint-Aignan, 9 février 17 17.

** Bibl. nat., m«s. franc. 10670-10672, t. I, p. 958; t. II, p. 79.

** Arch. des Aff. Etrang., Espagne, Mémoires et Documents, t. i4o, fol. ii/|.

*' Arch. Nap.f Farnesiana, fasc. 69 : Alberoni au duc de Parme, 4 janvier 1717. •

miuiL» 1^" 'w

Disposilions à YieuDe

rogcaknt leur ministre à Madrid, stimulaient son ob"g<;an^f 'pressentaient quelque piège, quelque traité secret' . Or ceta.l le moment où le plan pacifique suggérait à V.enne le reman ement territorial en Italie. Ce plan favorisait 1 Autriche au detr ment de l'Espagne, l'Autriche n'en doutait pas et s en trouva t flattée C'était leurs anciens alliés impériaux que les Anglais voulaient ménager non seulement en souvenir du passe, mais en prévision de l'avenir, sans trop se préoccuper de ce quen penseraient ou diraient les Espagnols, à qui on ferait accroire que, ce mauvais procédé était l'ouvrage des Français". Au contraire tout ce qui paraîtrait flatterie ou déférence pour l'Empereur ou pour l'Espagne serait porté au compte de l'Angleterre. Le Uegent et Dubois étaient inquiets; Dubois ne voulait pas que 1 Angleterre pût nous jouer de la sorte. « 11 serait très important, selon lui, aue le roi d'Angleterre parût agir de son propi* mouvement a Madrid et à Vienne. » Le ministère angWis répugnait non seulement à un engagement formel, mais à une proposition trop claire, et il trouva dans Saint-Saphorin un diplomate avise, ««Ireprenant qui osa attacher le grelot. S'adressant au marquis de Rialp, un des principaux membres du parti espagnol qui entourait l'Empereur et entretenait ses prétentions, Saint-Saphorin lui exposa le plan, si avantageux pour l'Autriche. Rialp releva 1 exigence de la renonciation au trône d'Espagne qu il qualifia de u morceau dur à avaler" »; les ministres allemands Sinzendorff et Staremberg allèrent jusqu'à accorder que l'Em,>ereur n entreprendrait rien contre l'Espagne si Philipi)e V s'abstenait de toute entreprise en France et en Italie. C'est sur cette base que Pendtenriedter était venu s'entretenir à Hanovre avec Stanhope. Apres une honnête résistance, l'Autriche transmit à sa Cour le plan de

Stanhope**. , ,

A Vienne, le conseil secw;t décida de prolonger la conversation avec Stanhope, mais de tout marchander. A la renonciation demandée il substituait la garantie de Vuti possidd.s, consentait à excepter le Mexique et le Pérou de ses J-^v^-ndicalmns. à condition que ïe roi de Sicile perdit, outre la Sicile, le Mont-

« Arch. mp., Forn^siana, fasc. 58 : (e duc de Parme à Alberoni, i3 no-

""'Trc/u'îop., Farnosiana. fasc. 59 : le. duc de Parme à Mberor,i, ,. mars

*>' Arch. des Aff. éirarxg., AngMorre, t. 3oo, fol. âaS. ^ Arch. de Hanovre, Saint-Saphorin à Bobethon, lo octobre 1716. Arch. de Vienne, Rapport d<î Pi^naionrioiltor, Hanovre, 2^ décembre 1716;

Weber, op. cit., p. 3i.

L'OEUVRE D'ALBERONI

feriat et vit annuler ses droits de succession à la couronne d'Espagne". Une maladresse de Pendtenriedter permit à Saint Saphorin de prendre conaaissance, en même temps que lui, des instructions impériales. Il se hâta d'en avertir Stanhope""* qui le répéta de vive voix à Dubois, en passant à la Haye. En même temps Stanhope instruisit l'ambassadeur espagnol en Hollande, Beretti- Landi, des offres de médiation qui allaient partir à l'adresse de l'Empereur et du roi d'Espagne. Beretti-Landi se crut en chemin pour surpasser Alberoni, rêva d une grande alliance entre l'Es- . pagne et les puissances occidentales, conseilla à Madrid de s'appuyer sur les Provinces-Unies, mais ne put, quelque envie qu'il en éprouvât, supplanter Alberoni de qui tout dépendait en Espagne. Alberoni captivé et acfcablé par les questions financières, maritimes, commerciales et autres n'était peut-être pas mécontent de délaisser quelques instants la diplomatie, aussi confia-t-il ses pleins pouvoirs à Beretti-Landi pour traiter avec les puisi?ances maritimes; celles-ci feignirent d'entrer avec empressement dans ses vues, Stanhope se plut même, abusant des secrets de , l'abbé Dubois, à exciter le ressentiment d'Alberoni contre la France afin de lui faire mieux sentir le prix' de l'amitié des Anglais".

\ Madrid, ces mêmes Anglais se sentaient mal à l'aise. Dubois à Madrid leur conseillait d'amorcer l'entretien par la promesse de la Sardaigne, mais comment promettre ce que l'Empereur retenait d'une main qui ne s'entr 'ouvrait jamais que pour saisir et non pour rendis. Aux propositions qui lui furent adressées, Philippe V répondit qu'il « ne les croyoit pas suffisantes pour rétablir l'équilibre, alors même que les duchés [de Parme et de Plaisance] seroient cédés par un traité à un fils de la Reine [sa femme]; car tant que l'EmpercMir seroit puissant en Italie, il seroit toujours le maître de tenir ou non sa parole. Le Roi seroit d'ailleurs forcé par cet arrangement de renoncer pour jamais à toutes ses justes prétentions en Italie, pour des droits dont il ne jouiroit que trop tard, peut-être jamais**. » On pouvait d'autant moins espérer modifier ce point de vue qu'il était fondé en raison et recommandé par de, grands intérêts. ' •

A Paris, on souffrait de la contradiction où jetait cette politique de la Triple Alliance qui avait garanti le traité d'Utrecht

*' Weber, op. cit., p. 33 : Baudrillart, op. cit., t. II, p. 271.

** Arch. de Hanovre, Saint-Saphorin à Stanhope, 21 janvier 1717.

** Bibl. nat., m«. franc. 10670-10672 : Mémoires de Torcy, t. II, p. 109, 187.

*• Bubb à Methuen, 12 avril 1717, dans W. Coxe, op. cit., t. II, p. 323.

à Pdris

L'OEUVRE D'ALBERONI

L'arresla-

tion de Molinès

pour affermir la paix et qui risquait do faire naître la guerre en ne confirmant pas le traité de Rastadt. Dubois n'apercevait à cette situation qu'une seule issue, la dotation de la Sardaigne l Philippe Y ou à son fils Carlos et Tadmission du roi de Prusse dans la Triple Alliance". Slanhope refusait, il destinait la Sardaigne à la Savoie, en dédommagement de la perte de Sieile, et écartait le roi de Prusse de l'alliance, <( trouvant plus simple et plus logique, au lieu d'abandonner ses alliés anciens, d'abandonner ^Philippe V et son ministre : pour ne pas renoncer à ses alliances, il proposait à la France au mois de mai le sacrifice des siennes, celles que Louis XIV avait formées et soutenues au prix de tant d'efforts^'. » Il s'en fallait d'ailleurs que cette aveugle politique, qui lx^staurait la coalition qu'avait détruite Louis XIV, en nous y faisant une ])lace peu enviable, ne jetât point l'alarme paimi les serviteurs vigilants formés aux traditions nationales. Dans un mémoire adressé au Régent, le maréchal d'Huxelles donnait au prince ce grave avertissement : Le seul fruit que la France et Son Altesse Royale elle-même remporteroient d une j)areillle alliance, si elle n'éloit pas précédée ou du moins accom- [.agnée d'un traité entre le roi d'Espagne et l'Empereur, seroit le reproche d'avoir consenti à l'infraction des traités solennels qui ont rendu la paix à LEuiopcN uniquement pour procurer les avantages d'un prince [Charles VI]. dont l'ambition ne peut être retenue par les liens les plus forts, d'avoir augmenté sa puissance enfin de s'être assuré le juste ressentiment du roi d'Espagne et du roi de Sicile. Ce seroit de tristes, mais cependant d'inévitables effets d'une démarche aussi inconsidérée". »

Tous sentaient les affaires si incertaines, la paix si branlante, qu'on attendait l'événement qui déchaînerait la crise» attendue, lorsqu'on apprit (jue le grand inquisiteur don José Molinès, vieiltard octogénaire, se ix?ndant de Rome en Espagne par le Milanais pour éviter le voyage par mer, muni d'un passeport de Clément XI visé par le cardinal de Schrattenbach, ministre inipérial, avait été, dès ses premiers pas sur le territoire autrichien, arrêté par le lieutenant de Charles VI, jeté dans la prison de Colmenero où il mourut peu de jours après pendant que ses papiers étaient dirigés sur Vienne. L'infortuné, à qui une vanité sénile avait fait échanger un titre respecté contre celui qu'il

«' Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3oo, fol. 107, Mémoire de Dubois,

mai 1717.

** E. Roiirgeois, Le secret du Régent y t. 199.

^» sirch. def Ajj. Êtrang., Angletern-, t. 3oo, p. SaS : M<^moiro de d'IIux^-l-

les au Régent, mai 171 7. -

eût dû repousser avec horreur, était victime d'un guet-apens longuement prémédité'"; de semblables éclats n'étant jamais exécutés par l'effet d'un zèle indiscret. Sous cet outrage, Philippe V se redressa, résolut la guerre immédiate, la Reine se fût bien gardée de le contredire, Alberoni fut d'un avis différent et un courrier partit de l'Escurial pour Madrid dont le gouverneur, duc de Popoli, ne fut pas moins ardent que les souverains, réclamant la guerre tout de suite et partout : en Sardaigne, en Sicile, à Naples et « qu'on se mît entre les mains de la Providence dont les voies dépassent l'entendement humain ». Alberoni laissait dire, souriait, décochait à Molinès ses meilleurs traits, ne l'appelant que la solennissima hcstia qui s'allait fourrer dans le guêpier préparé pour elle''. Pour guider l'opinion, si tant est qu'il existât une opinion publique en Espagne, Alberoni écrivit le 10 juin au duc de Popoli, une « lettre si forte qu'elle dut, semble-t-il, convaincre celui-là mtlme qui l'écrivit, à supposer qu'en prenant la plume il ne fût point encore [)ersuadé des dangers que TEspagne allait courir » avant d'être en état de les affronter".

<( Je n'ai pas le courage de dire ni de penser avec Votre Excellence qu'il faille s'abandonner à la Providence. Il ne me^ paraît pas que nous soyons en état d'opposer la force à la force. J'ai dit tout cela à leurs Majestés dès les premiers mots qu'elles me firent l'honneur de m'adresser sur cette matière, et je serais très content, quand même l'affaire réussirait de la manière la plus heureuse, que tout le monde sût que mon très court entendement ne l'avait pas approuvée. » Le succès même ajouterait aux maux et aux périls d'un royaume abattu, épuisé. En somme, de quoi s'agissait-il. î> D'un mauvais procédé de Y Archiduc à l'égard du roi d'Espagne et non d'un acte hostile lésant les stipulations d'Utrecht ou attentant à la neutralité de l'Italie.

En fût-il ainsi, sur quels vaisseaux.se rendrait-on à Naples .î^ quelles troupes s'y établiraient.?^ quelles excuses fournirait-on au Pape du manquement à la parole donnée de ne pas attaquer V Archiduc en Italie pendant qu'il guerroierait contre les infidèles .^^ On irait à Naples, on s'y établirait et, pendant ce temps, les Allemands s'installeraient à Parme, à Plaisance, en Toscane. Que diraient l'Angleterre et les Provinces-Unies? Qu'adviendrait-il

•" Bibl. nat., ms. franc. 10670-10672, Mémoires de Torcy, t. II, p. ^i5; Saint- Simon, yéjiioires, édit. Chéruel, t. XIII, p. 69.

** P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. i35.

*' A. Baudrillart, Philippe V et la Cour de France, t. II, p. 374-275.

Lettre (l'Alberoni

au duc de Popoli

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Alberoni et le duc de Parme

prêts k la guerre

du projet de réconciliation entre le Roi catholique et l'Archiduc? Que retirerait à ce jeu le petit infant Carlos à pourvoir?

Popoli était napolitain, chez lui les ardeurs guerrières duraient peu de temps. Il écrivait au Roi pour se dédire, le dissuader de l'expédition et lui rappeler la gloire qui l'attendait dans le Levant. Philippe V, peu soucieux de la croisade, ayant eu connaissance de la lettre d'Alberoni à Popoli, chargea le P. Daubenton de faire connaître son mécontentement a Popoli et a Alberoni; à ce dernier, le jésuite dit ees mot* : « .le suis pour la guerre: et je dois vous faire observer sans détour que votre refus exaspérera le Roi et qu'il peut vous ex,K«er à la disgrâce^ .. L'avertissement était trop clair pour que l'hésitat.on fut possible. Alberoni ignorait l'embarras des palinodies. S'il fallait 1 en oro.ro, il aurait proposé au Roi de porter la guerre contre Oran Paroille aventure eut déridé, même dans la patrie de don Quichotte. Il est fort possible et tout à fait vraisemblable que, dans tout ce récit, dont Alberoni est l'auteur, il se trouve plus de mensonge que de vérité. Partageant une ivresse commune aux parvenus, le ministre-novice prit quelques bataillons pour une armée, des vaisseaux radoubés pour une Ootte et risqua joyeusement 1 aventure dans laquelle l'Espagne pouvait périr. Ce n'est jamais à Madrid c'est à Parme qu'il faut chercher les raisons d'agir du ministiie de Philippe V. Or, dans la nuit du ■>.-] mai, quelques heures après l'arrestation du vieil inquisiteur, un courrier emporlail de Plaisance à Madrid, une déijêche chiffrée ainsi conçue : « A vous de considérer s'il n'y aurait pas là une occasion bien opportune de faire partir iwur Gènes la flotte et de répondre à ces provocations par des marques effectives de ressentiment. Sans doute une telle affaire demande bien des réflexions : nous nous en

" Roussel, Sloria Ad cardinale Alberoni. Amsterdam 1720, appendice, p. i3i ; Sainl-Philippe. Mémoires, l. III, p. .97; cette lettre se trouve au BnUsh Muséum, Addil. m*s. 20.',a5, Papiers du a.rdinal Gualkno, fol. 26-27; VV. Coxe, op. cit., t. II, p. i58-i6i.

" W Coxe, op. cit., t. II, p. 161, ces paroles ne se trouvent pas dans le. papiers de Guallorio. Dans ees papiers, ioc. ci(., fol. 25, on voit que Daube..ion rendit à Alberoni la lettre à Popoli que, sans dout«, le secrétaire Gnmaklo avait fait parvenir entre les mains .lu Roi. Ut jésuite ccnv.l ees moU : « Par ordre du Roy j'ay rendus cette lettre à M. le comte Alberoni, le 12 juui

1717. Daubenton ». , ■ ,

^^ Brit Mus., Addit. mss. QoiisB. Alberoni adjoignit touto la correspondance relative à cet incident à s^n mémoire justificatif envoyé de Sestri, le a8 mars 1720 au cardinal cam<3rlingue Pauluai, publié par Rousset, par Bcrsani, par Wiesener.

L'OEUVRE D'ALBERONI

lemottons à votre prudence". » Cette lettre arrive le 7 juin entre, ks mains d'Alberoni qui, dès le lendemain, répond : « Qu'on en vienne à l'idée que vous suggérez de marquer par l'envoi d'une escadre le ivssentiment du Roi, il faudra donc abandonner l'entreprise du Levant. Cela ferait un bien vilain effet dans le monde : nous aurions l'air d'avoir fait cet armement comme un prétexte*'. » Voilà l'aveu de l'imposteur pris en flagrant délit. L'entreprise du Levant, simple prétexte!

Ainsi s'expliquaient les préparatifs poussés avec une activité fébrile dans le port de Barcelone depuis qu'on voyait l'Empereur aux prises avec les Turcs. La grande victoire remportée à Peterwardein l'année précédente n'avait pas découragé le futur agresseur; au contraire elle lui avait appris la nécessité de créer une flotte imposante, de fabriquer des munitions abondantes, de réunir une armée nombreuse. Au nonce Aldobrandi et au Vénitien Mocenigo, leur compatriote trouvait le moyen de persuader que l'Espagne allait combattre les Infidèles; il ne pouvait empêcher Saint-Aignan, Bubb, l'abbé del Maro de pressentir la véritable destination de cette armada : un débarquement en Italie. Enfin, aux Hollandais, qu'il croyait ses amis, le ministre ne cachait pas son dessein de rétablir l'équilibre entre la puissance impériale et le prestige espagnol dans la péninsule''. Bien que, jusqu'à ce jour, on n'ait pas découvert la trace d'une collusion entre Alberoni et l'Empereur et qu'on doive hésiter à admettre ([ue l'arrestation de Molinès ait été concertée entre eux, il n'est pas [)ossible de douter que cet incident ou tout autre destiné à rendre la guerre inévitable ait été machiné à Parme. Alberoni tremblait à l'idée que cette origine pût être découverte. (. Pour l'amour de Dieu, écrivait-il au duc, que Votre Altesse Sérénissime se garde bien de donner à l'Empereur la moindre ombre de prétexte à querelles*' ». Une provocation trop évidente pouvait tout compromettre, réveiller la défiance et l'hostilité de Clément XI dont il avait obtenu, par ses promesses de secours, contre les Turcs, l'engagement de sa promotion imminente au cardinalat. Provoquer l'Empereur, l'attaquer, le battre ou l'affaiblir c'était faire le jeu des Turcs, c'était relever le pacte de son

Arch. Nap., Farncsiana, fasc. bg : le duc de Parme à Alberoni, 27 mai

•' Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 59 : Alberoni au duc de Parme, 8 juin 1717.

•• Relation de Vabbé del Maro, publiée par D. Carutti, dans Memorie délia Academia reale di Torino, 2« série, t. XIX, 1861, p. 1 28-181.

^^ Arch. ^ap., Farnesiana, fasc. 5gr : Alberoni au duc de Parme,» ik juin

Impatience

des

Farnèfe

il:'

engagement. A tout prix il fallait gagner du temps, c'est-à-dire atteindre la date du consistoire'". Mais les Farnèse étaient hors d'eux, ils craignaient que leur machination n'aboutît pas. u Vous ne devez pas abandonner l'Italie à vos ennemisl » s'écriait le duc

de Parme^\ u guerre Alberoni n'y songeait pas. Aux objurgations trop pressantes, il répondait : « J'obéirai à ce que Votre Altesse Sérénissime m'ordonne'' ». Cette docilité lui obtiendrait, sans aucun doute, un nouveau répit nécessaire. Au reste, il ne s'agissait plus du bon vouloir du pape, de qui Jacques Stuart avait la parole et qui ne pouvait la reprendre '\ la promotion était acquise si elle n'était déjà faite. Le consistoire se tint le i5 juillet et, dès le 9, Alberoni envoya à Parme ce billet chiffré, non signé, mais écrit de sa main : « L'escadre que vous savez partira le 17 courant de Barcelone pour la conquête de la Sardaigne : on a jugé cette île plus facile à conserver. C'est l'unique motif pour lequel on a renoncé à Tentreprise de Naples. Ce sera un prétexte pour l'Empereur de faire la paix avec les Turcs et de porter toutes ses forces en Italie. On vous recommande le secret^'*. »

Et à l'heure marquée, c'est-à-dire cinq jours après la proclamation cardinalice en consistoire, la flotte mit à la voile sous les ordres du marquis de Lède. On forma deux escadres, l'une prenant par les Baléares, l'autre par les côtes de France et la Corse, elles arrivèrent le 20 août devant Cagliari, débarquèrent neuf mille hommes qui, par quelques sièges entremêlés d'escarmouches, s'emparèrent de toute la Sardaigne en moins de deux

mois.

'» Wober, Die Quadrupel Allianz vom Jahre 1718, p. Sg-ilo; Bibl. nat. ms. franc. 10670-10672, Mémoires de Torcy, t. 11, p. 5ii.

^^ Arch. iVap., Farnesiana, fasc. 69 : le duc de Parme à Alberoni, a jliil-

Ict 1 7 1 7 .

" Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 69 : Alberoni au duc de Parme, 9 juillet 1717- '' Brit. Mus., Addit. mss. 20.296 : le cardinal Gualterio à Ui reine d'Angleterre, Marie d'Esté, i«' juin, 6, i3 juillet 1717-

'* Arch. Nap., Farnesiana, fasc. 69 : billet d'Alberoni con.s^i^vé dans la minute d'une lettre du duc de Parme, écrite le 23 juillet 1717.

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