IN
LES POLITIQUES RIVALES
nouveaux obstacles : c'est un armement de l'Espagne pour quelque entreprise en Italie. Notre surprise est au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer, et je ne me hàle de vous en écrire un mot que pour vous assuier que nous n'en avons eu aucune notion et que nous n'y participons directement, ni indirectement. Quelle que puisse être la vue de cette .équipét^ comptez sur notre sincérité et sur notie correspondance i)our la paix de l'Europe". » L'mcertitude persistait, a II avoit couru un bruit que la Hotte d'Espagne avoit paru sur les cotes d'Italie, mais, le ii août, cela ne se confirmoit pas, et, au contraire, on disoit que la tempête l'avoit fait relâcher sur les côtes de l'île de Majorque. On devine moms que jamais quel peut être le dessein de cette flotte et, ajoutait Dangeau, tous les raisonnements là-dessus sont bien différents*. » Epouvante L'Incertitude allait prendre fin. Dans un manifeste expédié, le des princes ^ août à tous les agents de l'Espagne au dehors, Philippe V '^'"'"' revendiquait pour lui seul la décision de venger son honneur outragé par VArchiduc\ Deux jours après, le ii, Alberoni déelara au duc de Saint-Aignan que la Sardaigne était le but mais non le ternie de l'expédition. Ces rodomontades n'étaient pas de nature à ramener les sympathies des gouvernements paciliqu^î> vers les auteurs de cette politique guerrière. A l'inquiétude de l'abbé Dubois pour l'avenir du plan, Robethon s'était empressé de répondre que « la conduite de l'Espagne déterminerait le Régent à conclure avec l'Empeix^ur, à l'exclusion de l'Espagne, et à pousser 1 affaire du plan avec fermeté*. L'Empereur y venait à ce plan, lui découvrait des mérites' depuis que l'agression espagnole servait ses ambitions en Italie où le Habsbourg comptait s'indemniser largement aux dépens des princes de Parme, de Savoie, de Toscane, du Pape lui-même et de Venise. Le pape Clament éclata. Le nouveau eardinal l'avait joué, la flotte destinée à combattre le Turc, attaquait les provinces impériales, et voici qu'on l'accusait de mauvaise foi sinon de complicité pour avoir accordé à Philippe V la dîme des revenus ecclésiastiques, en vue de cette croisade transformée en agression conti^ l'Empereur. Celui-ci
' Arch. des Aff. Elrang., Espagne, Mémoires et Documents, l. i4o, fol. i39 : Dubois à Robethon ,- 2S juillet 1717.
• Dang^-au, Journal, t. XYII, p. i\6; 11 aonl 1717.
^ Arch. dea Aff. Etrang., Espagne, t. 259 : Grimaldo à Cellamare, 9 août; Torcy, Mémoires, t. II, p. 6o3 ; W. Coxe, Histoire de VEspagne sous la maison de Bourbon, t. II, p. 3AS. , T^ t •
• Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oo, fol. 878 .Robethon à Dubots,
2 août 1717. . , «7 u
• Arch. de Hanovre, Saint-Saphorin à Robethon, 1" septembre 1717; Weber.
Die quadrupel Allianz vom Jahre 1718, p. 43.
Alberoni
sème Talarme
était redevenu redoutable depuis que, le 16 août, six jours avant le débarquement espagnol en Sardaigne, le prince Eugène avait remporté l'éclatante victoiix? de Belgrade. A ce coup, autrement formidable que les mousquetades de Cagliari, les princes italiens treniblèrent. Le Farnèse se fit délivrer par Philippe V un certificat d'innocence'", les autres tombèrent le front dans la poussière devant l'ogre impérial, a C'est un vray divertissement, écrivait-on de Vienne, que de voir icy les mouvements des ministres des princes d'Italie depuis la victoire de Belgrade, chacun d'eux se peinant à persuader cette Cour que son maître n'a eu aucune part dans l'entreprise du roi d'Espagne, mais insinuant en même temps que l'un ou l'autre de ses voisins y a contribué par ses intrigues". »
Tandis que Philippe V revendiquait la responsabilité de sa décision, Alberoni s'af)pliquait à montrer le péril que l'ambition autrichienne laisait courir aux puissances. « La résolution que vous savez, d'autres qui suivront, disait-il, arracheront j>eut-être certains princes à leur indolence... Les mesures qui se prendront au printemps prochain, donneront cet hiver de l'occupation aux cabinets européens. Puissent-elles procurer un équilibre qui donnera la sûreté à l'Italie, et empêcher l'Empereur de commander au geiire humain : échéance fatale le jour où on le laissera maître de cette fertile province! Voilà ce que je viens de dire à la France, à la Hollande et ^Angleterre'^ »
Mais la France, la Hollande et l'Angleterre avaient chacune Georges i leurs raisons de ménager l'Empereur. Le roi d'Angleterre vou- vltTni lait l'amener à la Triple-Alliance et le décider à rompre ses attaches avec le parti jacobite. Charles VI se faisait un point d'honneur de ne pas abandonner l'héritier des Stuarts, seulement celui-ci était pauvre et tendait la main tandis que son heureux rival était riche et offrait une grosse somme d'argent; en outre Charles VI était couvert de gloire et criblé de dettes, il n'hésita pas plus longtemps, s'engagea à interdire au Prétendant les États autrichiens et moyennant cette complaisance reçut cent trente milles Jivres sterling (3.95o.ooo frs) qui lui furent payées à beaux
Arch. Nap., Farnesiana', fasc. 59 : Alberoni au duc de Parme, 27 août
Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. X : Saint-Saphorin à lord Stair, Vienne, S septembre 171 7.
^' Arch. Nap.j Farnesiana, fasc. 69 : Alberoni au duc de Parme, 16 août
-lif;
;li!
L'Empereur
disposé
à écouter et
à négocier
j,^ HISTOIRE DE LA RÊGENCB
deniers comptants". Celto négociation était un acheminement vers la Quadruple-Alliance. -^
La France aussi devait user de ménagements a 1 eganl de Ern- • 1^ R^fTPnt n<^ ressentait aucune animosite contie le lT:i.Zn<^TlZ.lnl bonne foi voir adhérer au plan; en cas d^fefus définitif. ., vous pouvez regarder comme cer am. écrivait 10 d Stair, que le Régent traitera séparément avec 1 R-nre'ur. s'il ne survient pas d'accident en Hongne ou en ^n^terre» » Et de son côté IRmpereur se montrait plus a«oe^"^'e anè nar le passé Le ii août il décidait l'envoi à Londi^es de M. de îendten Ldter muni des instructions nécessaires pour Ira.tor avec £"min"S:^s du Régent sous la médiation et P- ^'e^--;;^
roi de la Grande-Bretagne, touchant l*'^^ ""«^^^^ ^/'^''Vp" naix et une tranquillité permanentes en Europe, et de lier 1 Empeeur ete R.g^t de France par une alliance égalementut.l peieur «\'« » ^^ Sinzcndorff, nu-
ni t": • Ué a nfonur^d^Stair du départ de Pendtennedtc. dlsrins an' où l'on apprendrait que l'abbé Dubois se renda.t a Îoni os* Il e^ coûtaifd'autant plus n Vienne de fa.re ces avances que les soupçons avaient été ravivés par le voyage du Tsa riP nroS de vova-e du roi de Prusse à Paris; on savait qu un ai éTc^t sei-rsi^né le i5 août à Amsterdam entre la France a Prus^ et la Russie. .- On cherche à comprendr.. cr.vait d Vienne Saint-Saphorin à lord Stair. de quelle ut.hte il peut-ttre InSent à mis qu'il ne veuille troubler l'Empire Car pour au ntîgciit « XI i Uiicsos et de la Cour
pou qu'on connaisse les prmc.pes de MM. ks ' "^^'^^J J» àe Prusse on doit être persuadé que jamais le Régent ne tjrc.a a!.cun pa ti pour la succession de France de ces deux puissance au ne songent uniquement qu'à se servir des autres pour leur vL "arUeulières. s'i la négociation entre cette Cour ^ Autnche] et Son Âlto<«e Royale n'avoit pas été si avancée par les soins de i MaiestMGeorges I"] ce traité fait avec la Prusse et avec le Tsaf autu aisément pu la faire échouer; et encore ai-je eu be-
»P„^.o ««cor. 0//U-e, Gcn..... vo,. .o,; ^. Wiesenor, U K.«eM, Vabbé Dubois et les Anglais, in-8, Pans ,8o3. t II p^ 47 49^ " Oxenfoord Castle, Slair Papcrs. vol. III. »• i-f""- "^ ''
\ 'fotnlZa Caslle, Stair Papers. vol. X : Sainl-Saphorin à Slair, Vienne. "^^oLTo^r^i caslle, Stair'papors. vol. X : SimenUor,, à .or. S.air. Vienne. Il août 1717'
l'ii
Les politiques rivales
soin de faire des représentations hien vives pour retenir la chose dans le bon chemin où elle v&V^ ».
L'Eni[)ereur eut bien i)lus encore froncé le soureil s'il eût ajouté foi aux paroles et aux démarches par desquelles Alberoni s'efforçait de faire croire qu'il était pleinement d'accord avec le Régent. I.e mystère soigneusement entretenu sur la destination de la flotte à son départ de Barcelone n'avait pour but que de permettre au roi Très-Chrétien d'affirmer sa complète ignorance du proji^t et, de le mettre dans l'impossibilité de l'en détourner, ce qui permettait le soupçon d'une sorte de complicité. A l'instant où la nouvelle de la victoire de Belgrade étendait une ombre, et presque l'oubli, sur l'expédition de Sardaigne'', l'Empereur en tirait un tel supplément de prestige qu'Allberoni ne voyait rien de mieux à faire que d'afficher une extrême modération. Dès la mi-septembie, il s'engageait par écrit à ne pas envoyer de nouvelles troupes en Italie et à s'en remettre au Régent du soin de négocier la paix''. Et voici que sur ces entrefaites, un étrange personnage, milord Peterborough'", lui faisait proposer un projet de; ligue entre les Bourbons de France et d'Espagne réconciliés, associés aux princes italiens pour faire, tous ensemble, échec à l'Empereur. Ce projet avait reçu à Paris un «iccueil favorable du maréchal d'IIuxelles et du Régent llui-méme; à Turin, le duc de Savoie, présentement roi de Sicile, se montrait bien disposé à l'égard de tout adversaire de l'Autriche; à Parme, le Farnèse régnant ne demandait qu'à se laisser a convaincre que la sûreté de l'Espagne, la liberté des Italiens et sa I)ro[>re conservation déi>endaient de l'amitié à établir entre Philippe V et le Bég<'nt » séparés par la seule question de la succession de France. Cette question, au jugement du Farnèse, n'existait pas en réalité. Le traité d'Utrccht, l'avait soulevée, toutes les garaîities et toutes les ratifications n'y feraient rien du tout, aucun nouvel engagement ne créerait à son sujet une obligation nouvelle, a La même opposition s'y pourrait faire, avec les forces nécessaires pour la soutenir. Et, en échange d'une concession sans importance sur un événement incertain qui peut arriver
Projet de rapprochement des Bourbons de Kiaoce el d'Espagne
iit
*' Oxenfoord Castle, Stair Papcrs, vol. X : Saint-Saphorin à Stair, Vienne, 8 soplcmbrc 171 7.
*' Bibl. nat., ms. franc. 10670-10671), Torcy, Mémoires, t. Il, p. 653.
*• Archiv. des Aff. Etrang., Espap^nc, t. aSg ; Saint-Aignan à D^Huxelles, i3 septembre 1717; Torcy, op. cit., t. Il, p. 683.
^® Stebbing, Peterborough, in-8, London 1890; E. Bourgeois, Le secret des Farnèse, p. 268, suiv. ; Saint-Simon, Mémoires, cdit. Chéniel, t. XIV, p. 123, i32, i'42, i43, 2/1T, 26/4, 457;
Lé duc
de Savoie y serait associé
476 HISTOIRE t)È LA RÉGENCE
ou n'arrivera que dans un délai fort éloigne, on obligerait le Régent à des engagements précis envers le roi d'Espagne. Ce
serait tout profit''. » ,, p, • » -
Peterborough n'eut pas le loisir de pousser 1 affaire entamée par lui; le pape le fît arrêter à Bologne et mettre en prison sous prétexte de (c méchants desseins » contre Jacques Stuart . Mais il suffisait qu'il eût amorcé l'affaire pour qu'Alberoni ne la laissât pas échapper. Serait-il assez rusé pour faire entier le duc de Savoie dans cette ligue italienne. Ce personnage avait lasse tout le monde par sa fourberie, tellement que nul ne lui souhaitait rien d'avantageux et ne se fût affligé de ses déboires. Menace d'être dépouillé par l'Empereur ou par l'Espagne, il observait, s'avançait, ne se donnait jamais à personne. Victor-Amédée avait pour représentant à Madrid l'abbé Del Maro vers qui Alberoni dirigea son intime ami, le baron de Riperda, ambassadeur de HoUande. Celui-ci était chargé de faire entendre au Sicilien que le roi d'Espagne attaquerait sans doute le royaume de Naples au printemps et associerait volontiers le roi de Sicile à l'entreprise". Victor-Amédée séduit, convaincu, envoya au Régent un ambassadeur extraordinaire, le comte de Provana qui s'entendit aussitôt avec le prince de Cellamare à Paris=^\ Le Régent se montrait favorable à ces ouvertures, faisait rendre la liberté à Peterborough, envoyait au duc de Parme un homme de confiance muni de ses instructions « par rapport aux dispositions... qui n'ont pour objet que le bien public et la sécurité commune" ». A la même date, Monti i)artait pour l'Espagne (26 octobre) et portait à Alberoni l'avis qu'on laissait traîner à dessein la négociation d'Angleterre sans l'abonner tout à fait, « car elle pourrait encore à un moment donné servir leurs desseins com muns^' ». Une fois de plus le Régent s'était laissé ressaisir par
*^ Archiv. de Naples, Farncsiana, fa^c. Bq : Le duc de Parme à Alberoni,
10 septembre 1717. «.ri
" pangeau, Journal, t. XVII, p. 166; 26 septembre 1717; Buval. Journal,
" D. Canitti, Belazioni sulla Corte di Spagna deWahhate Doria, dans Mc- ' morie delta reale Accademia di Torino, série 2, t. XIX, 1861, p. km; La
Lumia, La Sicilia sotte Vittorio Amedeo di Savoia, dan* Archivio Storico
Ilaliano, Firenze, 187^, t. l, p. 77. 282; t. II, p. O^, 266.
" Brit. Mus. n° 8756; Mémoires inédits de Cellamare, part. II, fol. 172;
Bibl nat., ms. fraiic. 10670-10672, Mémoires de Torcy, t. III, p. 423..
2^ Archiv. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 263, fol. àS : le Régent au duc
de Parme, 3o octobre 1717- •
»• Archiv. des Aff. Etrang., Espagne, t. 263, fol. 58 : le Régent a Alberoni, 26 octobre 1717. .
LES POLITIQUES RIVALES
d'HuxelIes et la vieille Cour. A ce moment Dubois était à Londres depuis un mois (28 septembre) et les prévisions de Stanhope se réalisaient lorsqu'il refusa à lord Stair la permission de se rendre à Madrid : a Ce serait trop hasarder que Votre Seigneurie s'absentât si peu de temps que ce fût, surtout que très probablement l'abbé Dubois sera également loin de son maître, qui alors resterait entièrement abandonné au vieux Ministère''. » Ce fut le colonel Stanhope, cousin du ministre, qui se rendit en Espagne, en qualité d'ambassadeur extraordinaire. ^
11 y fut mal reçu. Plus Alberoni s'attachait à gagner la France, plus il affectait de rudesse à l'égard des Anglais, toutes ses caresses étaient réservées à Monti. « La démarche du duc d'Orléans, écrivait-il, n'est pas moins inattendue qu'audacieuse, mais il peut être utile pour leurs Majestés d'en faire usage dans une occasion favorable. Vous pouvez done lui faire savoir qu'en plaçant sa confiance dans ma personne, elle sera servie au gré de son désir... Comme le Régent a déjà fait une telle proposition, que Votre Altesse lui recommande bien la nécessité du plus grand secret : une fois assurés de l'Italie par l'Espagne, les intérêts du Régent seront assuiM^s, ainsi qu'une union parfaite d'intérêts et de convenances entre les deux couronnes. Et maintenant puisse le Régent dire vrai. Je vous assure que Sa Majesté sera en état de donner à penser aux Allemands, et plus d'une puissance l'y aidera''. » Le 4 octobre, Alberoni écrivait au Régent lui-même : J'ai ressenti une véritable joie à l'avis donné... que Votr3 Altesse Royale a pris le vrai chemin pour assurer ses intérêts présents et à venir... Si Son Altesse Royale voulait entrer dans la ligue, le roi de Sicile se déclarerait contre l'Autriche. Ce serait un bon moyen de rc ndre votre nom glorieux et immortol"! » Dubois lui tenait un langage tout pareil ail s'engageait dans une politique contraire; entre ces deux prometteurs d'immortalité, Philippe d'Orléans, sans doute, aura souri parfois dans son scepticisme anmsé.
Tout à son espoir de conquérir le Régent, Alberoni ne ménagea pas le colonel Stanhope. L'Anglais arriva à Madrid le 7 octobre, chargé de deux missions; l'une secrète, offrir à Alberoni
Jf
Alberoni
caresse
le Régent
et bouscule les Anglais
»' Oxenfoord Ca^tle, Stair Papers, vol. IX : lord Stanhope à lord Stair, Thistleworth, 5 (=iC) septembre 1717.
*• Arch. Nap., Fannesiana, fasc. bg : Alberoni au duc de Parme, 22 septembre 1717.
" Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 2G0, fol. 126, 127 : Alberoni au Régent, à octobre 1717. *
Maladie
de
Philippe V
^73 HfSTOiRE DE LA RÉGENCE
un million-- l'autre, officielle, offrir à Philippe V Parme H un million , i-" ' g j instances du Régent
Haisanoe pour 1 infant Uon t.ai os. :3ui i . . , . i a^^-
et de Dubois, Stanhope avait été autorise a y jo.ndi>e a la de nière extrémité, la Toscane, nonobstant ce que P^""'^ ^ ^'le J^^ Cour de Vienne; car l'Angleterre n'était pas hostile a un agran dis^ment des Bourbons en Italie faisant compensation aux ac q'utiXns de rEmpereur du côté des Balkans et ^u cô^^f^ Apenin- Stanhope llanqué de Bubb, fut reçu par Albeiom de façon à n'y Sul ï venir'sous la peau du cardinal, crevant de toutes JÀ le malotru, lancien sonneur de cloches reparaissait lâchant fes niures choisies de son répertoire; c'était ce qu'il appelait .se condui" en honnête homn^" ». Sous cette ava anche de scories t dlmniondices, les deux Anglais déconcertés, ^^^l-g"-- ;4avoir exposé tout leur mandat, notamment en ce qui concei naît îa S cile- Alboroni p.nsa n'avoir plus de ménagenienU a garder lortùeks apports inexacts de Beretti-Landi lu. l.rent croire a ntllitl des V'rovinces-Unies contre l'Angleterre tandis qu baron de Biperda laissait entrevoir la possibilité de d^^g^^g*^ ^
';xtencLsin7endorft déclarait que .< jamais l'Empereur ne ses ^^'g^"f.^- .^'''^^^^^^^^^ Fendtenriedt^r réclamait l'abandon de rrr; orine^^n dédoilagement de l'attaque contre la Sar dtne- Des prétentions à ce point désordonnées s expl.qu.1.en În partie par le désir de tirer profit du désarroi où un événement ;;«£! ava t jeté la Cour d'Espagne. Elisabeth Farnèse, « viloue^s" et pouvant tout supporter" » avait subjugué son man : llimoins noble des liens» ». Avec du courage, de la droi-
30 oxenfoord Casile, Stair Papers, vol. IX : lord Stanhope à lord Siair Thistî^Wh 5 (=iG) scplemU. 1717; ^^i-ner, op. c.., t. H, p. 109.
^^^^ m^ber Die Quadrupel Allianz vom Jahre 1718, p. 46.
33 IrÏNap., Farnesiana, fasc. 69 : Alheroni au duc de Parme. .6 novem-
'" Zl des Ml Êtrang.. Espagne, Saini.Aigr^an à D^Huxelles. 18 oc-
"^^riZes de Hano.re, .BoMHon « Saint- Sapkorin 0 nov-bre .71^ 3» lettre de Louville du 10 août 1716; Atch des Aff. Etrang.. E.pagne,
i 253 fol. 42 : Mémoire de Saint-Aigmin, octobre 1716. •• P-E Lémontey, Histoire de la Régence, t. I. p. lî»^.
LES POLITIQUES RIVALES
tnro, de la vertu, Philippe V n'était guère plus qu'une loque humaine. Passant d<^ux fois par jour des bras de sa femme aux pieds de son confesseur, exténué, flétri, épuisé, la raison chancelante, il fut saisi de la fièvre au mois de septembre. « Le 4 octobre, raconte Alberoni, il fut pris d'une si noire mélancolie qu'on crut qu'il allait mourir d'un moment à l'autre. Les insistances du confesseur, du médecin, les miennes ne furent d'aucun effet. Il s'imaginait, et il n'est pas aujourd'hui désabusé, que sortant h cheval, il avait été atteint par le soleil à cette partie de la tête où il se croit malade. A toutes les raisons qu'on lui opposait, il répondait qu'il était triste de n'être pas cru, mais que sa mort prochaine Ile justifierait. Et le fait est que le médecin le voyant maigrir à vue d'œil est venu me conseiller de ne pas perdre de temps et de prendre les mesures néoessaires^\ Et ce jour-là et les jours suivants, jusqu'au 9À, on continua de hisser Philippe dans un carrosse, de le jucher sur un cheval, afin de. ne pas perdre une seule chasse. Le ^5, il y fallut renoncer; le 26, on crut la mort imminente. Le Roi voulut faire son testament afin d'y témoigner son « amour pour la Reine qui l'avait mis en cet état ». Celle-ci, avec son compère Alberoni, avait tout prévu, afin que la tutelle avec la régence lui fussent dévolues". Le 27 octobre, à deux heun\=; du matin, le testament était rédigé et signé. Quand Saint-Aignan, toujours aux aguets, apprit cette nouvelle, il vit déjà Philippe V à l'agonie et avertit le Régent que l'Espagne entière l'appelait à la Régence des deux monarchies^'.
Philippe d'Orléans était prêt à tous les dévouements, il n'hésita pas : (( Il faut à tout prix, répondit-il, exclure la Reine de la Régence et du gouvernement. La Reine, envers qui je suis bien {?ise d'ailleurs de ne manquer en rien à ce que je lui dois, comprendra qu'il ne seroit ni bienséant, ni raisonnable pour elle de retenir l'administration d'un royaume qui appartient à des princes dont e»lle est la bellc-mère. » 11 marqua même rinlentinn d'en appeler au duc de Savoie (( dont ces princes sont les petits-fils, tandis qu'ils sont mes neveu;^*". » Pour plus de sûreté enfin, un gou- •vernement dit (( national », composé de quelques grands d'Espa-
Desseins du Régent
sur TËspagne
»' Arch. Nap.j Farnesîkna, fasc. 69 : Alheroni au duc de Parme, 12 octobre 1717.
*• Arch. Nap., Farnesiana, fasc. Bg : Alberoni au duc de Parme, i®^ et 22 novembre 1717.
•' Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, Supplément, t. i4/i, fol. 29/4, 299 : Saint Aignan au Régent, 20 et 27 octobre 1717.
*" Arch. des Ajj. Etrang., Espagne, Supplément, t. i44, fol. 3oi : le Régent à Saint-Aignan, 8 novembre 1717.
«vaiiifii. M''V<
HISTOIRE DE LA RÉGENr.E
ene soutiendrait cette politique qu'appuieraient au besoin trente EiUonl et cinquante'oscad..ns fermement rapï^oche. de a frontière et « à portée d'entrer en Espagne a la moindre requibi L; d": Espagnols en telle quantité qu'il leur p^^a ^ >> C^ mesures si révélatrices en apparence, n étaient qu un d'vert.s "^nTiiouveau pour l'esprit tortueux du Régent q"- co^-à protester de la sincérité de ses mtent.ons . Les 'nt"g"!^^;'^^ chevêtraient dans son cerveau sans brouiller leurs fis, mas le rnanque de conviction qui réglait toute sa ^^ond"'^*;-./^"*^^ ' Tus" de la pré,K>ndérance dune intrigue et d'une poht.que sur une au re Un prince qui n'avait que des véUéilés au service de Z ambition, qui ne s'engageait Jamais en ■- - ^7^-^ ^"^
de se pouvoir dégager, qui se -''^"l«' /.<^"f *^,f„" ^ f""'e pro ietait un oeil avide sur l'Espagne, allait de 1 un à î «"t^f^ P""^ menant cett^ambition inquiète, de Dubois à Alberoni, a d Huxel-
. ,, . ^iMTo'iiovembre, d'Huxelles, Villeroy et les hommes de la
La politique vei^ le i^ i»^'* p^rr-ont à Ipur nollllOUC anti-
-bT --f . C-"- ;„^r:u!rirrnr l^:' ." ûlne L^écb'aînait le "■"^"" ;H'p:Sic^' N lS>sbt:r ni «anovrc^ais une entente avec vÈsSne Le. hommes qui vantaient cette politique ne manaua^ent pas do faire valoir la façon plus que cavalière avec la- 2uei e Arberoni avait traité Stanhope et la rapidité avec laque le ? a ait enlevé la Sardaigne à l'Empereur. Déjà on croyait sent r à Londi^s ine conviction moins ferme que par le passe chez le a Lonares ant. i^^ny c'a«sociait aux démarches
boutde' î'Ïs Si oe sentiment pénétrait le premier minière an" ais on devine que son confident Dubois on devait être in truit ;n sait qu'il'n'était pas homme à laisser faire ce qu .1
""ïlty'a'e'dtïubois à Londres répondait à un calcul déjà an- L€ voyage ""^ ^ QionVinnp arrivait à Dubois qu on
/>î^n Des k i4 novembre 1716, b^lannope ecrivan a yu. ^
dune réconciliation avec 1 Espagne . 1^5
^^Arch. ées Aff. Etrang.. Espagne, Supplément: i. M. fol. 34; t. ,45. fol. 3 : le Bégeni à Saini-Aignan, .S et ^^ ^^^^^ , ,,,erom,
*2 Arch. des Ajf. Etrang., Espagne, t. 263, fol. /»» . te / y
26 octobre l'i?* , ^ o t^\ or.^ • Nnnrré à Dubois,
« Arch. des Ajf. Etrang.. Angleterre, t. 3oi, fol. 200 ..iVancré
19 octobre 1717- uni.» ^n fol 25-7 • Slanhope à Dubois,
** Arch. des Aff. Etrang., llollandc, t. 3ii, fol. 2^1 . ùiannup
i4 novembre 17 16.
Les oriffines
de ridée
d'une
conférence
LES POLITIQUES RIVALES
d'Huxelles qui prescrivait à Dubois de sonder Stanhope au sujet dos mesures à prendre pour réconcilier les deux princes qui continuaient à se qualifier d'Archiduc et de duc d'Anjou; le Régent était disposé, le cas échéant, à s'en mêler. « Dites-lui, ajouïait-il, qu'il est bon que cette négociation soit remise entre les mains- des contractants de la Triple Alliance, autrement on introduirait peut-être dans le traité des changements inacceptables**. »
Dubois entrevit sans doute une seconde étape à fournir dans la carrière où il venait de s'imposer; il élabora le plan d'une convention et adressa sur-le-champ le mémoire à Paris**, d'où on lui écrivit de se calmer et de ne rien précipiter*\ « C'est, lui écrivait d'Huxelles, une négociation qu'il faut laisser mûrir après (pie vous en aurez jeté les premiers fondements". » Dubois répondait qu'il n'avait agi que « comme de lui-même*' ». Cette réserve n'était pas du goût de lord Stair toujours pétulant, mais assez pénétrant pour observer néanmoins que le Régent « d'abord que le roi d'Espagne auroit consenti [à la proposition] concourloit avec empix^ssement et de tout son pouvoir à la conclusion"* ». Avant que l'expédition de Sardaigne plaçât l'Europe en présence d'un péril imminent de guerre générale, on était revenu à l'idée d'une conférence et il fut question d'envoyer le marquis d'Aligre représenter la France*\ Ceci n'eut pas plu à Stanhope qui voulait son ami Dubois : « Il serait fort à souhaiter, lui écrivait-il, que vous puissiez faire un tour chez nous" »; promettant de ne l'y retenir pas plus de quinze jours. — <( Je suis prêt à partir, répondait Dubois, car votre Excellence aura, je l'espère, si bien préparé les choses du côté de Vienne et du côté de l'Espagne que le succès d(; la négociation ne sera presque point douteux, et qu'elle ne me fera pas faiixî un moins bon personnage en cette
**' Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3o3, fol. 173, 212 : D'Huxelles à Dubois, 25 décembre 1716.
** Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3o3, fol. 237, suiv. Mémoire de Dubois, décembre 17 16.
*' Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3o3, fol. 288 : D'Huxelles à Dubois, 4 janvier 1717.
*» Arch. des Aff. Efrang., Hollande, t. 3o3, fol. 289 : D'Huxelles à Du- 'boiSj 4 janvier 17 17.
*• Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 3i3, fol. 90 : Dubois à D'Huxelles, 12 janvier; ibid., t. 323, fol. 106 : Dubois à D'Huxelles, 19 janvier 1717.
*" John Murray Graham, The Siair Anaals, in-8, Edimburgh, 1875, t. Il,
** Gazette de la Régence, p. i36; i5 janvier 1717; p. 2o5 ; 10 septembre.
" Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 323, fol. i3i : lord StanhQpe à Dubois, 28 janvier 171 7.
Dubois y est destiné
'^•tm JP'
Situation
analogue
k celle
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^32 HISTOIRE DE L\ HÉGRN<^.E
lroi> dënarik pour ce qiii vrai, louche. p.>.ii vrai» f 1"?* ,. I7cé. d°u,cu' e. pour .ou. «« .;» I" "■;:''i:™ t, 5 n Béicnl ,r„n cicdil oi> nom «nconlron la.jl •>. ul.1.1^ q"
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'''L'iânhoïK., instruit de ce danger, avait été ramené à l'U.V d.. •raiÏÏv'c Charles VI. san. et même contre Phd.ppe \ la -.. de con.e.nce ^.^^^^^ TmE^^'cr:
rSn sSo.. cL?gé d'une mission paCnque cjuo.^ue
Ig rement comminatoire puisqu'il devaU -P|-'- «^ 'J.'^, '^ *^o l'ino-lotorre tarante de la neutraïue m,
de guerre f ^'^''f ^ J,^^f ' "'^'^jf" i^ ministres hanovriens l'Italie, seravt contrainte a mtervenir . ix,-* RaUinuc les
ae Ge;rg.. i; éprouvaient VonrJ.J^^J^^^ ^1S.:l mêmes ^^^:^j;,^^kn.s eL^. tentés par iieenne. Ils n;/"*^'*"^,! ^ confondre ses intérêts avec ceux de fatrusïïTt tZ^J^^^ ^ •VAn.l.terre et au Hanovre.
,ï 11 j ♦ ^o^ fnl t5o i6o : Dubois à Stan- » Arch. des Aff. Êtrang., Hollande, t. 323, fol. ibQ. i^
- hope, 19 ^«vï'i^r 1717- . , 5 Stanhope à Dubois,
" Arch. des Afj. fArang., Hollande, t. 325, fol. -.20
i5 mars 1717- . - f^| jAq : Dubois au Bégent,
" Arch. des Aff. Éfrang., Angleterre, t. 3oi, roi. la
/^ octobre 1717- , „/ * «.,« Tinf^ i- référence inexacte à
" E. Bourgeois, Secret du Bégcnt, p. 228, note i , reieren
Wiesener.
LES POLITIQUES RIVALES
C'est ce que Dubois avait su découvrir -et ce qu'il s'évertuait à montrer : h) J\égent, le roi d'Angleterre ot l'électeur de Hanovre devaient souhaitor la paix h tout prix, la vouloir à toute force et, au besoin, l'imposer à lout risque. Alberoni et Goertz, c^es boule-feux, l'un au septentrion l'autre au midi, menaçaient tout l'édifire euro|)éen que la paix seule pouvait affemiir. De lia son empressement à se ix^ndre à Londres pour y transformer une trêve incertaine en une paix duraMe. Les Anglais feraient entendre la modération à Vienne, lui se chargeait de mettre Charles'XIÏ à la raison. Car Dubois n'allait pas à Londres comme jadis à la TTaye et à Hanovre, il avait une mission officielle, des instructions, un rang. « Non seulement, y était-il dit, Sa Majesté appiouve la vue d'engager le roi d'Espagne et l'Empereur à convenir de l^'urs intérêts et à faire leur paix, mais elle se propose d'y contribuer par ses offices et par le consentement qu'exile donnera aux dérogiilions qui ])ourront être faites à cette occasion aux ti ailés d'Utrecht et de Bade. Sa Majesté consent à céder la Sardaiufne ;mi duc de Savoie et à le reconnaître comme roi; elle veut faire reconnaître les droits de la reine d'Espagne sur Parme et la Toscane, mais croit bon de ne pas parler dans le traité des successions de Parme et de Toscane. En même temps que M. l'abbé Dubois conviendra qu'il serait à désirer que le roi d'Espagne eût oublié les contraventions dont il a lieu de se plaindre de la part de la Cx)ur de Vienne et qu'ill les eût sacrifiées au désir de conserver la paix, il ne doit cependant rien négliger pour assurer les avantages de ce prince et pour le rendre le plus considérable qu'il sera possible, soit qu'il entre dans le traité, soit qu'à son ivfiis l'on statue pour lui entre les puissances contractantes". »
Celui qui emportait ces instructions était en passe de devenir un personnage et de faire compter avec lui. Sa faveur était éclatante et la Cour avertie. Le 10 septembre, on lit dans le Journal de Dangeau : (c M. le duc d'Orléans alla à Saint-Cloud voir Madame et n'y mena dans son carrosse que l'abbé Dubois seul avec lui; il le fait partir incessamment pour l'Angleterre". )> Le 18, nouvelle audience aussi affichée : « L'abbé Dubois entra chez M. le duc d'Orléans qui sortoit; il avoit déjà eu une conférence avec lui". » L'abbé prévoyait tout, autant qu'on peut se flatter de tout prévoir. « Je vous supplie, disait-ill à son prince, d'exa-
»' 4rch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 298, fal. 181 : Instructions données à l'abbé Dubois.
*' Dnnfreau, Journal, t. XVII, p. ifio; 10 octobre 1717. ,
•• Dangeau, Journal, t. XVII, p. i63; 18 septembre 1717.
Instructions
données à
Dubois
Paix
de dupes
entre
Huxeiles
et Dubois
•^m WllJ"
-j^ HISTOIRE DE LA RÉGENCE
miner toutes les raisons que je puis dire aux Impériaux et aux T^"î is, en commun et séparément". » 1! parta.t, d.sa.t-.l à ses amis pour « conjurer l'orage qui menace toute Europe ». noyant négligé aucune précaution pour neutral^er les mfluence. îosm"s auxquelles son départ laisserait le champ l.bre^ Une manière de compromis, un .. rnarché ., pour reprendre le mot de celui qui en fut le courtier. Chav.gny" avaU «f ™ ^ J^ cord la diplomatie officielle et la diplomatie secre e d Huxelle^ et Dubois; la première faisait tous les frais de l'entente pui qu'î^ile ad;vtait les vues, les plans et. jusqu'à "" ^er am poin . L méthodes de la seconde. D'Huxelles recommahda.l a^ Dubo s ., de réclamer à l'Empereur sa renonciation au trône d L>,pagn.. àrUcle aussi important pour Son Altesse Royale que pour le ô a-Espagne: cette condition élant la seule qui puisse assurer es droite do S.A.R. et la déterminer à entrer dans le traite que Kn propose". » Ainsi, le maréchal n'avait pu « se défendre des ZiSs et des séductions de l'abbé" ». En revanche, il ava. Eu de Dubois l'engagement de faire « U>ns ses efforts pour assurer et rendre les plus considérables qu'il sera possible les "va" tages fdu roi d'Espagne] qu41 entre ou non ans U> trai^ Parme, la Toscane et même la Sardaigne ». 11 était ^onc ^r»' de dire qu. les instructions données à notre plénipotentiaire nllagaient nullement les intérêts <^» -y-'^'.f,^;;:^;; laiei.t au nom du Régent et au nom de Philippe V. de la trance 1 1 Louis XV il notait pas question. Outre - prec- - Dubois chargeait quelques créatures «P'^^^^^f^ î^' ^^^^^ courant de tout, des faits, des rumeurs, des simples indice.^. Sie^H son neveu Joseph Dubois, qui n'avait rien a lui re user . Nan^rf valet à tout faire, qui sentant de loin jusquou pouvoi" aTl^r l'abW Dubois, s'étoit livré à lui sans mesure' » Chavl^Ly. îouchc personnage, ayant « essuyé des aventures fâcheuse,
.. Arch. des AI). Efrang., Anglctom, t. .98. M- ^f-
" Arch. des Afj. Elrang., Angtelcrre, t. 3o,. fol. 45 . Dubou a isas g.
,7 septembre I7'7. p„^„^ ^ 45,, m. ,.S, :
" irch. des Ajj. Èlrang., Angleterre, t. 3oi, fol. «!> . i' " bois, 22 octobre 1717.
" Mémoires cités de Chavigny. , 1 0/ „, . Instructions pour
" Arch. des A]]. Etmng., Angleterre, t. 3o.. fol. 84-92 . Instruct.ons pour
't\Sme fiU du fr^t. 'de rabbé. devint chanoine de Sainl-Honor. 4 ^"""saint-Simon. Addition, au Journal de Dangeau, t. XVII, p. i83.
LES POLITIQUES RIVALES
qui
carrer
qui n'étoienl, pour son honneur, que trop connues du public". » Huxellcs et ses amis le maréchal de Tallard, le marquis de Beringhen, k duc d'Aumonl comptaient pour rien l'accord conclu *^®"^"s"®"* avec Dubois auquel ils ne songeaient qu'à ménager un échec contreretentissant**. Tallard, surtout, blâmait la mission de Londres, « si leur sentiment eût prévalu, Dubois auroit passé bien du temp^ avant de conclure, et Ton eût conclu auparavant avec l'Espagne". » Ils se gardaient cependant d'en rien laisser voir, affectaient de garder le silence sur les Renonciations'\ Les ministres de France dans les Cours du Nord recevaient des instructions isecrètes en contradiction flagrante avec la politique de Dubois. A Berlin, Rott<mbouig était chargé de former en faveur de la Suède une alliance deii piinces protestants de l'Allemagne du Nord dont Je roi de Pruss<^^^ aurait la direction et où entreraient les Moscovites'*. Dubois n'était pas homme à se laisser jouer de la sorte, il avait fait alliance avec Nancré, un des roués du Régent et convenu d'une correspondance secrète oii les personnages importants étaient désignés par des noms de guerre. D'Huxelles s'appellait le poète; Torcy, Saint-Pierre; Tallard, Nancré et Noce, Saint- Brice, Lamarche et Bassigny'\ Nancré recevait en cachette les lettres de Dubois, donnait ses réponses au neveu de l'abbé'* et ne pénétrait dans les appartements secrets du prince que sous la conduite du valet de chambre Desbagnets, acheté depuis longtemps'*. Pas plus que d'Huxelles, Dubois ne se croyait lié par l'engagement pris au sujet de l'Espagne à laquelle il ne songeait qu'à imposer, par intimidation au besoin, les conditions formulées par l'Angiletérre. Il employait Nancré à convaincre le Régent que le roi d'Espagne « quelque satisfaction qu'on lui donnât,
" Torcy, Mémoires inédits, t. II, fol. 991 ; M. Marais, JournaU t. I, p. 364 : Saint-Simon, Mémoire édit. de Boislisle, t. XIX, Appendice, notice sur les
Chavip^ny.
*• Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 52-54 : Nancré à Dubois,
22 septembre 1717.
^^ Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 1 20-121 : Nancré à Dubois, 5 octobre 171 7.
'» Arch. des Aff. Etrang., Espagne, t. 259, fol. 169 : d'Huxelles à Saint- Aignan, i5 septembre 1717.
" Arch. des Aff. Etrang., Prusse, t. 67 : instructions à Rott^^mbourg et leltixîs, juillet-octobre 1717.
^* Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 5o : Dubois à Nancré, 20 septembre 1717. ^
'* Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 88 : Dubois à Saint-Prest, 26 septembre 1.7 17.
" Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 87 : Dubois à Nancré,
a6 septembre 1717.
î'îj
-ir'
Départ de Dubois pour Londres
Incident du lojage
nuelaue désir qu'il en eût, n'entrerait pas dans le traité, et qu'on soraKobH^é dl traiter sans lui, tout en lui réservant sa place . ir d^ son départ, Dubois ne songeait ^jf^V^^'^;^^ Hait à Nancré des mémoires « sur les projets de paix qui ont eie ?ai^s sans îeconeours de toutes les parties intéressées en leur ^Îant^n certain temp. pour accéder" ..Il '"J--/- .^^^^^^ „ sur l'aversion des Espagnols sur les traites que 1 on fait sans
''"''"i'/to septembre Dubois partit en chaise dé poste avec son .;rit:ir?e;rq bornmes -beval. S.^^.^^^^^^^
l; u'SerTrermerilirs;^^^^^^ » Dubois emportait
une let'^îe do créance adressée à Georges I" et ainsi conçue
.! Monsei" neur, il ost si juste de concourir aux bonnes intention de vôt." M jesté pour la tranquillité de l'Europe que j ention. (le "^o"*" J ' j) j^ i à qui elle a eu la bonté de voye auprès délie ' ''"be UUDO 1 j ministres
'de ,„o„ ..*' pou, s. gloire c. pour "J^^'^^^'^^t^^Ze :-'ur~"ttïS',':> C=.t'l4c^i, son ,r J^«.o-
"Tf 'S.L .oh.n. ,i.n.«.;. ^ •2:f ^^v/to"" ':.
Prè, d-Amiei... le. commis des .'"'""■ .""''J;^, ,, ' ,,„,
2rS'"!vi"i-ssri^:. sr^:mm^.%~
Nord insurmontable )> rendait la traversée imp
. 1 » .^ t ^oT fol o5 : JS'ancré à Dubois, r« Arch. des Ajj. Etrang.. KngXciervi^. t. 3oi, fol. 9^
!«' octobre 1717- . 1 » ^^ . ^m fol 88 : Dubois, à Saint-
" Arch. des Ajj. Êtrang., Angloterro, t. 3oi, fol.
Prest, 26 septembre 1717- « y ^ g . Dubois à Nancré,
^« Arch. des Ajj. fArang., Angleterre, t. 3oi, îoi. 07
26 septembre 1717. . , ^ ^^3 . ,e mot « superbement » manque dans le '» Buvat, Journal, t. 1, p. -^o^ , »»- »
ms. i36ç)i de la Bibl. rw*. • ^ ^ . ^ . Georges i«', i/i »<^P-
»o p„5/ic Record Ojjice, France, vol. 3,0 . le liegeni
''"'ch.' Aubertin, L'Espnf pubh'c au XMW siècle, in-8, Paris. ,873. p. 95.
LES POLITIQUES RIVALES
dans la soirée, le vent fléchit. « On m'avait fait espérer, écrit l'abbé à Nancré, de pouvoir partir cette nuit à une heure après minuit, et j'ai fait toute la nuit la veillée des armes pour saisir le premier moment où le bâtiment pourroit sortir du port; mais il s'est élevé un vent du Nord qui a empêché entièrement la sortie. Je suis donc à la merci des vents et, si pHusieurs avis qui m'ont été donnés sont véritables, à la merci de la Providence, car on m'a averti que les Jacobites avaient conjuré ma pert.î. Il en arrivera ce qu'il plaira à Dieu; je suis dévoué à tout sans i^erve pour le service de mon maître qui est celui de l'État'". » Ckî contre-temps parut de bon augure à Paris. On y fit courir le biuit que Dubois, embarqué, avait été jusqu'à Douvres où trouvant les ports fermés et l'Angleterre en pleine révolte, il n'avait eu d;auti>e f)arti à prendre que de rentrer*'; on ne tarda pas à savoir que tous ces bruits étaient faux*^ mais le séjour se prolongea*" et labbé tua le temps en écrivant force lettres, songeant à son carrosse, à sa provision de bois de chauffage*', à se procurer une cart'î d'Italie « divisée, collée, enluminée suivant les possessions" », enfin à des mémoires sur différents sujets**.
Enfin, le dimanche 26, le vent tourna et Dubois leva l'ancre installation sans attendre le yacht envoyé d'Angleterre à sa rencontre; il ^ Londres. « essuya, raconte-t-il, les incommodités ordinaires à ceux qui ont àTa^côur l'estomac délicat*' », débarqua à Douvres, coucha à Cantorbéry et, le 28 au soir, arriva à Londres'". Aussitôt il donna au maréchal d'Haxelles son adresse : « rue des Ducs à Westminster, Duke s streel in Westminster »; et à l'ami Basnage, son correspondant à la Haye, il envoya l'adresse du taudis où il lui convenait de se dissimuler • « Vous m'enverrez vos lettres sous une enveloppe au Rom de M. Dubuisson, maître à danser, chez M. Hamton,
" Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 298, fol, 222 : Dubois à Nancré, 24 !*epl4'mbix; 17 17 : Ch. Auberlin, op. cit., p. 96.
" Buvat, Jourmil, t. I, p. 3o5 : Af. de Balleroy à sa femme, 29 septembre, dans Les correspondants, t. I, p. 2i3.
'* Dangeau, Journal, t. XVII, p. 166; 25 septembre 1717.
•* Dangeau, Journal, t. XVII, p. 168; 3o septembre 1717.
" Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 71 : Dubois à son neveu, a4 septembre 17 17.
•' Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 83 : Dubois à son neveu, 26 septembre 171 7.
" Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 86 : Dubois à M. de Saint- Prest, 27 septembre 1717.
•» Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 122 : Dubois à Mole, 3o septembre 17 17.
'"^ Arch. dps Ajj. Etrang., Angleterre, t. 296, fol. 109 : Dubolr ù d'Iluxelles, 3o septembre 1717.
^it
BessorU
et tdre&ses
de l'abbé
48g HISTOIRE DE LA RÉGENCE
mailre charpentier à Saint Martin's court, derrière 1 église proche Charing-cross, à Londres" ». Depuis son voyage ecourte de 1698. Dubois n'avait pas revu Londres qu'il retrouvait populeux bruyant, affairé plus que Paris" : « J'ai été étourdi de la lluence du peuple, comme un provincial qui arrive au Pont-Neuf a Pans .equel Pont-Neuf paraîtrait une solitude en coriipara.son de ce nue l'on voit ici. Je n'ai en<=oi^ eu l'occasion de r.en observer . ?nais je n'ai pu m'empêcher d'être frappé de la V^od^^^^^^--^'^ tité de belles personnes et de leur bonne gra^. » ^ «^be était en veine de compliments. A la comtesse de Sandwich, le vieux galantin écrivait : « Quelque objet. Madame, que je puisse avoir dans mon voyage, rien ne m'y peut tant toucher que dette encore une fois à vos pieds avant de mourir". ,. Avant de se risquer dans aucune société, Dubois voulait entretcmr Stanhope qu il l.t prévenir d. son arrivée. Stanhope accourut de la campagne le i« octobre' , témoigna un vif désir de cimenter de bonn^ relations bref on se répéta de part et d'autre les banalités d usage au cours d'une première rencontre. Le Ikndemain, Stanhope conduisit Dubois à Hampton-Court, résidence royale, ou Georges 1" fut poli et empressé, invita le plénipotentiaire a sa table, parla du Rég.nt en t<-,mos élogieux et aborda 1^« ?;'"<='?«'.? auestions : la paix dan. la Baltique et dans la Méditerranée . Cours dépourvu de mesure, Dubois exultait, écrivait à son maUre • « oS ne saurait désirer des dispositions meilleures. Pour e^utenir les droits de Votre Altesse Royale à la couronne, les Aniis mettront jusqu'au dernier sol et au dernier homme Le Roi est si bien disposé qu'il semble qu'il vous ait mis a la. nLrde son fils. Quant à M. Stanhope, c'est un philosophe £mme drbien qui aime sa patrie, mais qui aime Votre Altesse
Ro\ple pr€sque autant qu'elle. » , , • j«
vînt ensuite la présentation au prince et à la Pnnces^e de Galles et une fois terminées ces corvées solennelles, 'abbe chercha fr nouer avec toutes ses anciennes et fidèles relations, soccupa à les étendre, à en crée, de nouvelles. Ce fut une manière de
»Z"Tt-:TL t^r'A^L. t. II. p. =7; ^rcH. d« .//. Èiranç.,
'-•^tcH. irT^'irllç., Anglolorrc, t. .95, lo.. .» : Dubois au Béçent,
^ ^frl V'Alf. Êtrang., Angkter«>. t. 3oi. fol. .4o-.49 : Duboi, au Hi- «en,. Ittobre i,,, ; Ch.\ubertin. op. cit.. p. 97-98: G<.etU de la Régence. p. 209; a5 octobre 171 7.
If
LES POLITIQUES RIVALES
4Sd
passer le temps sans le perdre tout à fait. Entre deux causeries avec Stanhiupe, disposé à abandonner rEniper<^ur si ses exigences allaient trop loin, entre deux visites aux Hanovriens Bernstorff et Bolhniar, Dubois prenait confiance dans le succès final du Hégent, (( mieux s<}rvi à Londres qu'à Paris'' », et il entretenait de .son mieux ces bonnes dispositions. Une Vie mahuscrite de Dubois conservée à la bibliothèque Mazarine", l^elate le long détail des fêtes célébrées à Londres en l'honneur de l'abbé pendant son ambassade. « Bals, dînei-s, chasses et concerts », tout y figure, jusqu'aux indigestions de l'abbé, « survenues à la suite de banquet, d«; 800 couverts ». Sur plus d'un point, la correspondance diplomatique confirme les dires du biographe Le Dran: (( Je suis allé lundi souper avec le Roi à Hamptoncourt, écrit Dubois au Régent; le lendemain je l'ai suivi à Guilford pour voir les courses de chevaux. Milord Onslow, chez qui le Roi dîna m'ayant poi té à petit bruit la santé de Votre Altesse Royale avec du vin de Chypre de quatre-vingt-dix ans que son frère lui a envoyé de Constantinople, le Roi, s'en étant aperçu, demanda du même vin, et m'ordonna de choquer mon verre avec le sien, et dit tout haut : « A la santé de M. le Régent, le bon ami de l'Angleterre! » ce qui fut répété par cinq cents voix et bu de la mêuie manière à sept ou huit tables où était la principale noblesse d'Angleterre. >»
Ces santés trop fréquentes mirent au lit pour quinze jours l'hôte de la Grande-Bretagne, avec la toux, la fièvre, la goutte au- genou et un rhumatisme à la hanche. Menacé « d'une catastrophe dans sa fragile machine », il consylta Chirac, a Le travail et les chagrins, les icpas et le vin ne m'ont pas fait un sang fort doux. Incapable de toute occupation suivie, je ne fais plus que souffrir impatiemment. Je prends du lait de vache coupé le matin et le soir, un lavement par vingt-quatre heures et un potage à dîner. » Ce régime d'anachorète n'eut pas convenu à ses invités. Dubois avait laissé à Paris, pour garder la maison, un sien neveu deBrives-la-Gaiilarde, qu'il appelle dans ses lettres (( un homme de l'autre monde », dévoué à l'oncle protecteur de la famille, tremblani sous la menace de ses terribles vivacités, naïf et madré comme un paysan de comédie.
Au premier rang de ses attributions et de ses multiples responsabilités était la cave, grand objet des sollicitudes de l'abbé
•• Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 10, i5 : Dubois au Régent j 18 octobre 1717.
Bibliothèque liiazarine, ms. H 2354-
et l'un des uistrumente de sa diplomatie. Sur un signe du maître, les expéditions de vin se succèdent: le ncvou préside, emballe, compte le« bouteilles vides, les bouteilles cassées et ceiUes que « a force du vin et de la bière avait fait peter »; il prevo. que le retour de Sainl-Cloud ramènera les « emprunts .. de vin de lokay de la mère du Régent : « Faudra-t-il dire quil n'y en a plus? » demande maître Jacques.
Après la cave, la garde-robe; autre sujet d active correspondance et parfois de controverse. Dubois avait débarque a Londres sans habit et sans carrosse, ne voyant rien arriver il écrit au neveu • « Je vous recommande avec instance mon carrosse; faites en sorte que tout soit du meilleur et du plus beau. Priez le tailleur, M. Coche de m'envoyer un justaucorps et une culotte de velours violet, avec une veste et des manches qui relèvent sur l'habit, d'une belle étoffe à son choix. Dès qu iH sera fait, il faut mettre un peu de poudre sur les épaules, comme s il avait ete porté. Ne perdez pas de temps. » Le neveu réi.oud : « J ai remis au messager une boîte couv.-rte de toile cirée qui contiei. votre habit de velours, avec fétoffe d'or i>our les manches 1 un et l'autre sont très beaux et très chers. On a mis al habit des boutons et des boutonnières d'or, quoique vous ne le marquiez pas, parce qu'autrement iH aurait été trop simple. Vous trouverez aussi dans la boîte un paquet de cure-dents à la carmel.ne et votre cachet d'or. » Ce bel habit, dont l'étoffe coûtait lof. francs 12 sous l'aune, ne suffisant pas. l'ambassadeur en demande un autre moins laçonné. ... Faites-moi faire un habit de camelot violet pour n; ,.as porter toujours le même. I..S souliers quevous m'avez envoyés sont trop pointus, et la semelle en dedans est s. raboteuse que je n'ai pu m'en servir.. Si vous savez ou ie prends du tabac à râper, qui est dans une boutique à 1 entrée de la place Dauphine, je vous prie de m'en envoyer quatre
1 1 '■7- -jï ''I c. ^^
Ensuite vient tout le défilé des gourmandises. .< Vos jambons se câtaient. Monsieur, el les souris les mangeaient, quoiqu ils soient suspendus à des crochets; je fis choisir les deux meilleui^ que nous enveloppâmes dans du foin et que nous m'm«^« ^ans le coffre de votre carrosse.» - « Envoyez-moi, repond 1 abbe un petit panier de fromages de Pont-1'Evèque ou de Marolles et deux fromages de Brie. Dès qu'il fera assez froid pour faire voyager des truffes en sûreté, écrivez à Brives qu'on vous en envoie. » Le premier secrétaire d'ambassade réclame des poires de bon chrétien et des pommes reinettes que le neveu expédie à onze sous pièce il y joint deux douzaines de pots de marmelade de fleurs
Les politiques rivales
d'oranger de madame Duclos, quelques vieilles hardes de Thoinon et un ballot de linge : serviettes communes, tabliers de cuisine, nappes, essuie-mains, torchons, etc.
Rien n'est négligé. Dubois écrit à Mademoiselle Fillion, couturière (( de choisir une étoffe riche dont le fond soit blanc pour en faire un habit à la duchesse de Munster, qui est une très grande et Irès grosse femme qui a des cheveux et des sourcils, noirs et la peau fort blanche. Il faut un autre habit riche pour mademoiselle de Schulembourg, sa nièce, qui a des sourcils noirs et des cheveux châtains. » Puis viennent des avis, des recommandations, des avertissements et la demande adressée à mademoiselle Fillion « de faire fabriquer une grande poupée, laquelle puisse faire voir aux dames anglaises de quelle manière celles de France sont habillées et coiffées et portent le linge ».
Tout le mois d'octobre s'écoula ainsi à attendre l'envoyé autrichien Pendtenriedter qui n'arriva à Londres que le i*' novembre. Celui-ci en passant à la Haye avait dit qu'il écouterait tout mais ne se prêterait à rien avant la restitution de la Sardaigne"*, ce qui donnait à croire que les entrevues de Londres et le savoirfaire de Dubois échoueraient.
Les entretiens avee Stanhope se poursuivaient et Dubois écrivait au Régent qu'il en fallait moins attendre qu'on ne le souhaitait sur l'affaire d'Espagne et plus qu'on ne s'y attendait sur les droits du Régent". Mais le Conseil de Régence pouvait sou-^ lever des difficultés aux desseins du prince et de son adroit compère; il fallait « l'accoutumer à entendre les vérités générales qui servent de fondement au parti que S.A.R. a résolu de prendre et introduire ainsi, malgré les malintentionnés, sans laisser aucune délibération, les conséquences et la conclusion qui en résultenl'°°. » Dans une lettre ostensible, l'abbé posait en principe la nécessité d'effrayer l'Espagne pour la mettre à la raison. « Si l'Espagne faisoit des difficultés inS'Urmontables, et que l'Empereur continuât à vouloir bien traiter avec les membres de la Triple Alliance, Sa Majesté Britannique supplie Sa Majesté d'examiner s'il faudra laisser le repos de l'Europe à la merci du
Accord
de Dubois
el de
it
Stanhope
■if*
" Arch, des Ajj. Ëtrang., Hollande, t. 3i6, fol. i3o, i34 : CMieauneuf à d'Huxellet, 28 el 29 octobre 1717.
•• Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 3oi, fol. 45 à 48 : Dubois aa Régent, 25 octobre 171 7.
»•»» Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 802, fol. 16 à 18 : Dubois à^
Nancré, iS octobre 17 17.
Les alliés de Dubois
Le
personnage
de Pendlen-
riedter
Triomphe
imminent
du parti
de la vieille
Cour
1'" „• et faisant la kçon indirectement a son mimstèi* espagnol ' f f^'^'^^^^ à N ancré : « Si j'éto.s le maître, Dubois écrivait le même jour ^^^^^^
Régent, 3'auroisunejd^ contenance en J;s^^^^^^^^^
ru-nTorXrllÏ^rdlLoit occa^on d-ob^rver la conte-
nance de chacun . » craindre pas les
Dubois savait ^-P .^^^^^J^.t'y a ce P'^' '' ^^"•«^"'■'' détaillances; aussi avait-il gagne lorcy ^ ^^i^ ^on prince
Nancré d'obtenir l'aide de «-e, »a"d^^^^^^^^^^ ,^ MUet. quand et lui recommandait « de ne pasjai^^er tram ^^^.^ ^^
il le« avait W" ». En même t^^^^if^'l^é d'ambassade de réfugié protestant R«l>«*°"; " /;" de quinze mille livi^ S. M. Britannique » ""* l^^^^^^^ *'^'"/„' pourra nous être favo- .. pour inspirer à M. ^^^''X^ZyZïZii de tentation rentable- .. et, non «'"^"^^.^.f "•/.if^nS^ dit-il, de l'ascenvoyé autrichien ^;^^:Ti'.lnf^,Z\ la Haye rentame- ^nt :: il";; tieSpi^ RoUon que Stantope ne 1 achevât
%Z^S^^. ; ft^^ "P ef prit avoit plus de sept pieds de haut, de l^j37^t,.i,hi;„nes"" », «a taille, pétri des maximes et des hanteu^s ^^^^.^^^
convaincu que sur un signe de î" » 3";^'^ ^le d'avoir man- Unios déclareraient la guerre a 1 Espagne J«"| ^^ ^^,,.
que à l'Empereur à qm «"«^'^^^' "^ ^^Udirent tout net qu'il
accommodement quand un u"ag« «^'*;^- ^ impressionner le ^ la fin d'octobre Alberoni^^U parvenu ^ P^^^^
Régent et a 1 atjer a '^«^ ^ - p^bois. il espaça les
pas le courage d avouer ce rev j.H„velles qui sentait le parti lettres à son confident; le maréchal d Huxelies qu
.« ,rcn. .e. X/^ ^.an,., A.gMe.. t. Se. fol. 4 M : 0..0. eu Ro. '^.r,t: 'l^AU.^iranç., Angleterre, t. 3o. fol. .o : DuM, a iVancr.. '^rS. r -A//. É<ra«9.. A.glete;re. t. 3o., fol. .o : Du.o. a mncré,
i8 octobre 1717- ' . , .^^ . Oq^ fol. 2 : Dubois au RégenU
i«* Arch. des Ajj. Êtrang.. Angleterre, l. 3o2,
18 octobre 1717- rhéruel t. XHl, p. 74-
105 Saint-Simon, Mémoires, édit. Cheruei, i. Aa , ^
LES POLITIQUES RIVALES 493
Vieille Cour près du triomphe, jugea Dubois perdu et cessa de lui écrire; Torcy soignait sa femme gravement malade et ne voyait quelle au monde. L'abbé, pris de frayeur, crut qu'on u voulait le mettre à sec, lui faire faire des fautes », écrivit à Cancre : a Aidez-moi de tout ce que vous pourrez, renseignezmoi, dirigez-moi^"\ » Il ne tarda pas à être instruit de l'intrigue ménagée par Pcterborough, le duc de Parme et d'Huxelles. Un mot du Kégtnt à lord Stair qui l'avait répété à Stanhope avait mis sur la voie : on jouait une partie d'où Dubois était exclu. « 11 est étonnant, écrivait-il encore à Nancré, que Monseigneur ait reçu des lettres d'Espagne qui signifient quelque chose et écouté le comte de Provana, envoyé de Sicile, et que je ne sois en rien informe^"^ )> Une fois de plus, le plaisir morbide des tractations secrètes avait emporté le Régent dans une aventure qui pouvait le perdre. Toujours hanté par le désir de faire reconnaître ses droits à la couronne de Louis XV, il songeait à en solliciter ia confirmation de Philippe V au lieu de la lui imposer après son alliance conclue avec Georges l'' et Charles VI. Le duc de Parme et Alberoni, renforcés du duc de Savoie et servis par d'Huxelles allaient donc triompher de Dubois. La cabale, renforcée du maréchal de Tallard, prônait l'alliance espagnole par dessus tout le reste. Torcy l'appelait la ce cabale du roi d'Espagne'"' » et n'en voul'iit pas entendre parler, mais d'autres s'agitaient, familiers du Palais-RoyaP"', ayant ou prenant le droit de tout dire, luttant maintenant à découvert contre Dubois dont l'éloignement permettait de tout entreprendre. A Londres, on suivait les phases de ce revirement avec inquiétude. Pareil au renard qui s'accroupit en guettant une poule^'", Dubois flairait l'embûche, devinait la manœuvre, éventait la malice de ses adversaires et soudain, bondissait sur sa proie. C'était le 11 novembre 1717, jour décisif dans l'histoire de la politique française.
Dubois écrivit au Régent'" :
• "• Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 122 : Dubois à Nancré, 1"' octobre 171 7.
"" Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 178 : Dubois à Nancré, a novembre 17 17.
'"" Bibl. nat., ms. franc. 10670-10672, Mémoires inédits de Torcy, t H fol. 995; Saint-Simon, Mémoires, t. XIV, p. 269. » • »
'"' Il y a un personnage désigné sous le nom de « l'homme du bassin des Tuileries » dont l'anonymat n'a pu être découvert.
"» Madame à la raugrave Louise, dans Correspondance, édit. G. Brunet t. II, p. 4. '
*" Arch. des Ajj. Etrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 217 : Dubois au Réqeni Il novembre 1717.
La lettre du
1 1 novembre
au Hégcnt
^^ HISTOIRE DE LA RÊGENiX
«"est un point bien délicat, Monseigneur que les nouvelles ouvertures que Ion a faites à Votre Altesse Royale^ ay fren à la vue de ce qu'on lui propose qui ne peut etie que très perni deux tilnJ pas très bon, c'est-à-dire s'il n'est pas poss.be. hemvux et sûr. Quand je seray instruit du détail de ce projet ï consultay mon sixième sens qui me donne quelque instinct ioui ce qui Lgarde votre A. R., et je lui diray pour lors mon SimL? GepLdant sans m'arrester au proverbe qui dU qi ne faut courir en mesme t^mps deux lièvres, sur > 'dee geneiale que ces lettres m'offrent, je ne croy point que ce soit une lus^, mai un oarti forcé de gens outrés et dans k dernier embanas. Sa .eu eus^ment ceux 'avec qui il s'agit de --b-quer ne neuvent que vous estre très suspects par leur caractère, par leur Laui'foy qu'ils ont montrée dans tous les engago^nicnls qu ds ont pris, par leurs sentiments particuliers a 1 égard de V.A h. Ouand on a affaire à des fous, des fripons, des ennemis personnels et ^es concurrents, la prudence veut que l'on ne prenne "cun engagement avec eux ou qu'on prenne d^/J-/-^^^^^ lions avant que de s'engager, et on a raison de craindre que 'PLtlTpe^u^olo, gal>tlio i, sarUo. Le lion ?»;;"-/?-;- Ted se la laisse tirer avec toute douceur, mais lorsqu il a repr^ ses foTces il n'y a que dans la fable qu'il se souvient du bienfait.
Vous S ar-er cl gens-là, ^es r'-^Y''''"Tx2Z?^r^ sance les establir de plain pied dans la France, et les luettre a TrS; de vous prendre de tous costés, et de vous embarrasser TvoL nuire, da'ns l'occasion mesme en ^-eur de laquelle vou les écoutez. 11 seroit beau au Roy d'Espagne de joindre 1 Italie Tsa cTu^ne, mais quelque jour on trouvera plus magniRqu encore et indispensable d'y joindre le royaume de France lors qu'on sera en estât de le faire; et la seule modération dont on se arquera sera d'en céder quelques provinces à ceux q- Pourroy apporter obstacle. Une aussi grande puissance, ave<^ "° <*^;j* direct à la Ouronne de France, est plus à craindre en Italie, que Spereur avec tous ses succès, et tout ce qu on vousjaiso. craindre de luy pour l'avenir, s'il violoit le traite. C est une gue re à laquelle il faut vous engager par 1- nouveau projet et fattber au Royaume, d'entrée de jeu. On a fait appréhender à V A R que si Jlle traitoit avec l'Emporour. elle donneroit atteinte Ise» droits par quelque petite dérogation qu'i faudroit faire auTraité d'uLcht, qloY que cette dérogation dust avoir pour r^olTf e nî^ntien de la tranquillité publique et estre réparée par Z ndemniSs. Mais ne risqueroit-elle pas davantage par Une vSkttn formelle du traité de Bade, qui renverseroit entiè,*-
LES POLITIQUES RIVALES
ment œluy d'Utrecht? On ne voit aucun inconvénient essentiel pour votre A.R. dans un traité avec l'Empereur. Il peut y on avoir d'infinis pour Elle dans les nouveaux engagements proposés, et il faudrait acheter tous ces dangers par une dépense sans bornes qui achèverait d'épuiser le royaume, et par une guerre en Italie, en Alsace et en Flandres dont l'homme le plus pénétrant ne pourrait prévoir les suites pour le royaume et pour nous. Pour bien juger de ce qu on lui a proposé nouvellement qu'elle ait la bonté de comparer les trois partis qu'elle peut prendre, qui sont : 1° « le projet nouvellement proposé ou 2*' un traité avec rEmpereur ou 3° de ne prendre d'engagement avec personne et de ne se mêler de rien. Qu'elle choisisse celuy oii il y aura plus do sûreté et de solidité, et moins d'inconvénients, ce qu'il ne sera pas difficile de calculer. Ce qu'on désire par le système nouveau seroit à souhaiter sans doute pour la liberté de l'Italie, et pour établir un équilibre plus égal dans l'Europe, mais ce n'est pas votre faute si le feu Roy a esté forcé de consentir aux établissements que l'Empereur à conservés en Italie, et ce seroit une gloire mal placée que de vouloir estre le libérateur de l'Italie aux dépens du repos et des forces du Royaume, et en luy suscitant un ennemi redoutable, au lieu que par le traité avec l'Empereur nous pouvons n'avoir personne ni contre le Royaume, ni contre vous. Le pas est si glissant qu'il n'y a qu'à prier Dieu qu'il inspire sa sagesse à V.A.R. et je la conjure de ne point prendre de résolution sur une iiffaire aussi importante, sans l'avoir examinée de tous sens avec une grande attention, et de ne consulter qu'elle-même ou, si elle en veut parler à quelqu'un, qu'elle n'écoute que ceux de ses serviteurs en qui elle a reconnu plus de droiture et d'attachement et qui ne sont dans aucune intrigue. M. de Torcy est bon par son expérience dans les affaires, et parce qu'il n'est point meslé dans les manèges du Ministère. M. de Noce est fidèlement attaché â V. A. R. et a très bon esprit, et mon correspondant est fort sensé, et je le tiens bien intentionné. A l'esgard ce qui se pourra mesnager ici, quelque parti que V. A. R. prenne, je feray de mon mieux, mais je ne puis pas la flatter qu'elle conservera l'estime et la confiance du Roy et des ministres d'Angleterre s'ils croyent qu'elle les a employés pour amuser l'Empereur. »
Le lendemain, Dubois revenait à la charge"*; en même temps il écrivait à Nancré : (( Par trop de facilité pour ceux dont il connoît les travers et la mauvaise volonté, il perdra l'Angleterre et
y" Arch. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 289, aBi : Duhoh à Saficréj II et 12 novembre 171 7.
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Conseils à l'tris
496 fflSTOIREDE L\ RÉGENCE
la Hollande, qu'il devoit conserver à quelque prix q"« <;«/û* ,^« voit-il pas qu'il se forme une cabale, et contre qui, si ce n est ;:f iTrc ?ui-mên,eP Ce qui e.t pitoyable et unique, ces que ^„x qui ont à travaiUer pour les intérêts de S. A R. ayent plus l craindre de la France que de tout le reste de 1 Europe » Le Ré "^ eut perdu l'allianJe anglaise si George I" qu, l'aya.t conclue principalement en raison de la menace qu, planait sur le Hanovre n^ s'était trouvé dans une position presque identique CoSs mouvements des puissances du Nord .l'électeur n avat nas de meilleur appui que le Bégent, aussi prodigua.t-il les trai- 'ements Tes plus aimables à Dubois qui, seul de tous les ministres étraneers, était logé à Hampton-Court .
la moment même où il écrivait au Régent, celm-ci rassemblait deux conseils et leur faisait part de ses hésitations^ Le lo novembre ou matin, première réunion où se trouvent Daguesseau, Vi feroy tC; dans l'aprè.-dînée Saint-Simon, Noailles et Amelo • La^ttise dl Villeroy faisait courir risque de quelque maladr^se aussi Torcy, « inimitable pour ces sortes de <^h«^- "^^"i^X et .< lui ferma la bouche ». Le plus dangereux état d Huxelles.
Torcv et Nancré, partisans de Dubois exposèrent sa négociation réfutèrent les objections des « malicieux » et se plaigniren de i;"^ a^ donnée à des négociations « qui valaient sur^u par leur caractère secret »; ils s'indignèrent enfin «' contre lanie Z faisoit mouvoir tous ces personnages et l-^/-»"^";»; 'f îôles, qui avoit bien compris que plus i y aviro.t.4^J.f -^ : tés plus il seroit aisé de faire tomber la négociation . » Ainsi visé ÏHuxelles tint bon, appela h son aide ses adhérents, par a lu Conseil, clabauda dans les compagnies, assez pour laisser le
. Régen^ndécis sur le parti à suivre. L«,-,"7-^-,^°f;.Cn nour l'Espagne où l'attendait Alberoni"', tandis que Saint- Aignan ^^lalf S merveille en combinant de son chef un rnanage entre le prince des Asturies et une fille du Régent. A Fans, le par i espagnol ne ménageait plus rien, croyait la victoire gagnée et le vo'Tage de Dubois compromis, sinon sans objet désormais.
». Arch. des Aff. Êtrang., .\ngleterr*. t. 3o..fol. .Sg, .54 : Dabois à Plan-
''I; "4:V'r;;M.~^;'; A„g..ter., t. So. fC. .U ■. D„5o. a f^an^ré,
'^"°^H.V;À^/. Btrang., Xngleter,., t. 3o., fol. .,0 : ^-r. à Dubois,
'^"°r^d eV^//. É<~ng.. Espagne, t. .63. fol. 8. : D'HuxeUes à Sai«<- Aignarit novembre 17 17.
LES POLITIQUES RIVALES
Lord Stair s'inquiétait. Le 2 novembre, il avait écrit à Stanhopc : « M. le Régent auroit bien besoin ici de M. l'abbé Dubois. » L'abbé ne tenait plus en place, il sentait sa présence nécessaire auprès de ce prince blasé d'intrigues comme de plaisirs, au point de sacrifier les intérêts les plus graves à la distraction présente. ( Est-ce ainsi que l'on traite les affaires de l'État? s'écriait Dubois, Monseigneur pleurera des larmes de sang, s'il perd cette occasion, la seule qui pou voit le rendre indépendant et sauver le royaume. Quant à lui, il ne peut plus servir S. A. R. avec ces oppositions et sans secours. Si S. A. R. ne lui permet pas de venir lui rendre compte, il abandonne tout, et la vie même, plutôt que d'être témoin de la perfidie de gens qui jettent S. A. R. dans le précipice"\ » Et voici que le 22 novembre, le duc d'Orléans envoyait l'autorisation demandée pourvu que l'abbé « fît prendre un tour à sa course qui ne pût donner d'ombrage à Pendtenriedter et lui faire croire à une rupture dé la négociation"'. » Le 5 décembre Dubois arriva à Paris où sa présence fut remarquée et commentée. A peine entré au Palais-Royal, il courut chez le duc d'Orléans et ils demeurèrent enfermés deux heures"'; le public ne mettait pas en doute que ce voyage ne fût provoqué par les affaires d'Espagne*".
Il sembl-^' que Dubois ait eu peu de frais de raisonnement à faire pour ramener le Régent à la politique de la Triple-Alliance. La maladie de Philippe V avait pu le détourner du projet de Peterborough en lui suggérant une intervention, qui eût fort ressemblé à une intrusion, afin d'exclure de la régence Elisabeth Farnèse, mais vers la fin du mois de novembre Philippe V se portait (( de mieux en mieux*^^ »; et par-dessus tout l'esprit volage de Philippe d'Orléans ne trouvait plus dans une intrigue, vieille de deux mois au moins, le ragoût qui l'y avait attiré et retenu quelques moments. Dès le 24 novembre, l'entente avec l'Espagne ne l'intéressait plus. « Il faut mâcher, écrivait-il à Dubois, la besogne à prendre ou à laisser aux Espagnols. Il ne s'agit donc plus que des conditions du plan; l'Espagne y viendra, soit le gouvernement subsistant, soit qu'il arrive des changements. Si
Dubois revient à Paris
Le Régent reveuu
à Talliance anglaise
**' Arch. des Aff. Êtrang. j Angleterre, t. 3o2, fol. 196, 298 : Dubois au Régent et Dubois à Nancré, 17 novembre 171 7.
"• Arch. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 802, fol. 296-297 : Nancré à Dubois, 22 novembre 1717.
"• Dangeaii, Journal, t. XVII, p. 206; 5 décembre 1717.
"° Gazette de la Régence, p. 210; 10 décembre, Buvat, Journal, t. I, p. 5io.
^** Dangeau, Journal, t. XVII, p. 202 ; 29 novembre 1717. •
^■» it. liHHM'
Dubois
rentre
à Londres
49g HISTOIRE DE LA RIÎGErïCE
VOUS ven€z ici je vous parlerai plus en détaiP". » Tel fut le sujet de l'entretien de deux heures, au sortir duquel il écrivait : « Bien loin Mylord, d'avoir trouvé la moindre variation dans les résolutions de Mgr le Régent, j'ai été très édifié de sa fermeté pour résister aux offres les plus avantageuses et les plus séduisantes qui lui ont été faites et que l'on renouvelle tous les jours, ainsi qu'aux représentations des plus habiles et des plus honnêtes gens du Royaume, et à une espèce de clameur publique qui s e-st élevée contre notfe projet... Mgr le duc d'Orléans n'a point change de scntime -Il et ne sera ébranlé par aucune proposition contraire si^ avantageuse qu'elle puisse être, pourvu que l'Empereur consent- à uno Renonciation pour toujours, et accorde la Toscane. Je tiens le parti que S. A. R. a pris, au cas que ces deux pointe voient accordés, si ferme, si assuré, qu'il me paraît inutile que je reste ici plus longtemps et cela me fait prendre la résolution de m'en retourner incessamment en Angleterre pour ne pas apporter le moindre retardement à la conclusion de cette affaire, d abord que l'Empereur aura pris les résolutions que je prie Dieu de lui inspirer pour le salut de toute l'Europe et pour la gloire qui reviendra à Sa Majesté Rritannique d'avoir^,^ au milieu de la tempête, donné le calme à toute la chrétienté^". »
L'abbé avait regagné le Régent à l'alliance anglaise et à 1 alliance impériale. Cette dernière était certaine et prochaine si l'Empereur accordait les conditions posées; auquel cas on se passerait de l'Espagne : « Je m'en retournerai bien autorisé à conclure avec l'Empereur sans attendre personne^ . )> Ï^ej5, labiée quitia Paris'''' et il rentrait à Ix)ndres le 3i décembre"*.
1" Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3o2, fol. 809 : le Bégent à Dubois,
24 novembre 1717- . . ^ . • - c« u^r.^
^^' Arch, des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3o3, fol. 110 : Dubois a Stanhope.
"* Arch. des. Aff. Êîrang., Angleterre, t. 3o3, fol. i25 : Dubois à Robethon,
T T décembre 1 7 1 7 •
1»» Dangeau, Jourml, t. XVII, p. 219; 26 iléeembre : Gazette de la Régence,
^'^^^ Arch. des Aff. Êtrang., Hollande, t. 324, fol. 223 : Châteauneuf à La Marck, 8 janvier 1718.