‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 42 sur 193 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

Le Conseil des Affaires

étrangères condamné à

disparaître

Projet de Dubois

-^ ÎAi-.;

■ »ii'i-.t -y--.

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

Il se desline

la succession

Roi, suppression d€s Gon&eils, rétablissement des secrétaireé d'État". » Maintenant que le mot était lâché, il n'eut servi de rien de déguiser les ambitions personnelles qui visaient cette succession avant qu'elle ne fut ouverte. Il sera bon et sur ajoutait Dubois que S. A. R. réserve les principales places à des personnes d'un caractère sûr, dévouées à sa personne, et intéressées à ne jamais s'éloigner d'Elle. »

Ghavigny redoubla de zèle, sonda Noce avec adresse et le trouva désireux de détacher le Régent du maréchal dlluxelles, mais ayant besoin d'être stimulé. Chavigny scruta Uw, qui sembla bien disposé'' et le garde des Sceaux, d'Argenson <( très présumé, sans doute, pour le gouvernement du feu Roi, mais trop timide pour conseiller au Régent un coup d'autorité ted que ia suppression des Conseils" ». Sur ces entrefaites, on apprit à Paris, le 9 avril, l'adhésion de l'empereur d'Allemagne à l'alliance et l'occasion sembla propice pour opérer la suppression des conseils et l'exaltation de Dubois. Après plusieurs conférences quotidiennes, Law se chargea d'entamer l'affaire. Le i3 avril, il eut une longue conversation avec le Régent et fit « habilement tomber le discours sur l'intérêt et la vue de disposer le gouvernement de façon que S. A. pût, à la majorité du Roi, être son premier ministre. » Dans cette vue, il ne fallait pas confier ies places importantes à des gens d'une si haute volée qu'il craignît avec raison de les voir inspirer au Roi le désir de s'affranchir de l'autorité de son oncle. Le prince abonda dans ce sens et observa qu'il y conformait sa conduite puisque déjà la plupart des affaires essentielles ne passaient plus par le maréchal d'Huxelles. Law ne manqua pas roccasion d'insinuer la candidature de Dubois, de vanter « son habileté et crédit chez les étrangers » et il trouva le Régent dans les dispositions les plus favorables'*. Noce tint à écarter tout soupçon de froideur" et insista à son tour. Dubois, mis au courant, joua l'attendrissement. (( Je me sens plus touché que je ne saurais vous dire, écrit-il, de la reconnaissance que je dois à M. Law, il m'a gagné

" Archiv. des Ajf. Étrang., Angleterre, t. 3i6, fol. i33 : Dabois au Régent, 23 mars 17 18.

'* Archiv. des Ajf. Êtrang., Angleterre, t. 3i6, fol. 189 : Chavigny à Dubois, jer avril 17 18.

"* Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 17 : Chavigny à Dabois, 8 avril 17 18.

^« Archiv. des Aff.- Étrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 77 : Chavigny à Dabois, i4 avril 1718.

" Archiv. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 317, fol. 107 : Chavigny à Dabois, iS avril 1718.

pour le reste de ma vie"* » et « faites mes compliments à M. de Noce, à qui je n'écris point pour ne pas le fatiguer'' ». Cependant Dubois appréhendait un excès de zèle, faisait recommander à Law la circonspection, a Je crois, écrit-il à Chavigny, qu'il est essentiel que la personne principale [le Régent] n'en vienne jamais à savoir <( que j'aie connaissance des ouvertures qu'on lui a faites... Je persiste à être persuadé qu'il faut que je ne puisse pas être soupçonné d'avoir la moindre influence dans ce que l'on conseillera et proposera. (Ce qui semblerait le plus à propos), ce serait au cas où la personne principale entrât dans ces vues, que M. Law, ou M. de Noce ou M. le garde des Sceaux engageassent M. le duc d'Orléans à m'ordonner de lui mander natui^ellement ma |>ensée sur le projet qu'il pourrait former touchant les affaires étrangères..., j'écrirai avec la modestie qui me convient ce que je pense, mes pensées, Dieu merci, ne sont pas intéressées et sont irrépréhensibles". » Il était si assuré du succès que déjà il composait le personnel de son ministère. « Informezvous, écrivait-il à Chavigny, des personnes soit d'épée, soit de robe, propres à des ambassades considérables. M. le maréchal de Bezons et M. le Blanc pourront vous indiquer les gens d'épée. En parcourant les gens de robe sur les listes de l'almanach, M. k garde des Sceaux vous désignera aussi les personnes les plus propres aux Affaires étrangères* \ »

Avant l'envoi de son confident Chavigny, Dubois s'était mé- intervention nagé quelques correspondants assidus qui lui envoyaient régu- ^^ ''^^^é lièrement des nouvelles de Paris. De ce nombre était labbé de Saint-Pierre Saint-Pierre", aumônier de Madame; ils habitaient tous les deux au Palais-Royal mais se livraient à des occupations très différentes. (( J'ai vécu trente ans dans la même maison avec le cardinal Dubois et même en quelque société, écrira l'abbé. J'ai vu combien il souffroit, combien il a voit à souffrir de ses inquié-

Dubois à Cjiavigny, Dubois à son neveu, Dubois à Chavigny,

^* Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 25 1 78 avril 1718.

^" Arcliiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 317, fol. 269 28 avril 1718.

*" Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 25i 28 avril 1718.

'^ Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 261 : Dubois à Chavigny, 28 avril 17 18.

Celte corrospondance semble avoir été anéantie, on n'en peut juger que d'après une pièce publiée par Ch. Aubertin, L'esprit public au XVIW siècle. Étude sur les Mémoires et les Correspondances politiques des contemporains, 1715 o 1789, in-8, Paris, 1873, p. 114 : J. Drouet, L'abbé de Saint-Pierre, L Homme et VŒuvre, in-8, Paris, 1912, p. 62-63.

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

Apparition du

Discours

sur la

Polysii-

nodie

tudes, de ses jalousies, des dégoûts qu'on lui donnoit et des obàtacles qu'il rencontrait à son élévation. Ainsi il ne m'est jamais arrivé de lui porter envie dans ses richesses et dans son crédit... Ainsi, ne pouvant par la constitution présente de notre monarchie et par mon peu de talents pour la flatterie, devenir ministre général, je me suis fait une occupation particulière à méditer tous les jours durant cinq ou six heures du matin pour montrer sur divers sujets aux rois et aux ministres iuturs le but où ils doivent tendre et les moyens qu'ils doivent employer pour augmenter leur bonheur, en augmentant le bonheur des familles qu'ils gouvernent". » De ces méditations sortit, en 1718, un Discours sur la Polysynodley oà Von démontre que la Polysynodie ou pluralité des conseils est la forme du ministère la plus avantageuse pour un roi et pour son royaume''*. L'auteur s'était fait connaître par un « projet de paix perpétuelle » qui lui avait peut-être obtenu l'honneur d'accompagner aux conférences d Utrecht l'abbé de Polignac et le maréchal d'Huxelles, négociateurs pour la France", son nouvel ouvrage devait attirer sur lui une véritable tempête, qui n'était pas pour déplaire à Dubois, heureux de voir succomber le malencontreux apologiste des Conseils. L'ouvrage parut dans les derniers jours du mois d'avril et cette coïncidence a fait dire qu'il avait été comme le coup de grâce donné à l'institution condamnée à disparaître. D'Argenson a même pi^tendu que l'abbé de Saint-Pierre avait été chargé par le Régent de donner aux Conseils une sorte d'extrême-onction, dont on n'aperçoit guère l'utilité. Saint-Simon s'est étendu sur le <( furieux bruit » que lit la Polysynodie où l'abbé prétendait instruire les « bons Français » de leurs véritables intérêts. Beaucoup disaient : le gouvernement des Conseils est déplorable, bon tout au plus pour les esprits creux et bâti sur des rêveries. — Le gouvernement actuel est déplorable, j'en conviens, répondait l'abbé, mais vous préconisez le retour de l'ancien état de choses qui est pire que l'état présent. Prenons un autre parti : gardons des Conseils en les modifiant de façon à enrayer les abus. Voici les modifications proposées.

a II ne faut pas penser, dit-il, que si une Polysynodie particu-

»» Biblioth. de Rouen, ms. gBo, Documents généalogiques et biographiques, Annales de Castel, à l'année 1721, voir J. Diouct, op. cit., p. 36.

'* Biblioth. Mazarine, ms. 2649. Le Discours a été édité à Londres 1718, chez Tousson, in-4°, ot la deuxième édition, à Amsterdam, chez du Villard et Changuion, I7i9,'in-i2.

" Le Mémoire pour rendre la paix perpétuelle en Europe parut à Cologne, en 1712, voir J. Drouet, op. cit.f p. 60.

Hère est défectueuse, surtout dans les premières années de son établissement et dans un royaume ou presque tout est bouleversé quand elle y a été introduite, la Polysynodie en général ne soit pas infiniment préférable au vizirat », c'est-à-dire au pouvoir ministériel. « Un établissement aussi vaste, qui n*a point encore en dans le monde d'excellent modèle, ne peut pas en si peu de temps acquérir la perfection; et c'est en partie pour donner quelques idées propres à le perfectionner que j'ai entrepris cet ouvrage. » L'abbé propose en conséquence la création de deux nouveaux Conseils : l'un pour la justice, l'autre pour le commerce. Mais à cette modification secondaire s'en ajoutent deux autres que Jean-Jacques Rousseau estime aussi graves qu'une révolution"*. Le scrutin devait transformer l'institution rendue accessible à tous : noblesse, magistrature, bourgeoisie; les conseils auraient le droit de se recruter eux-mêmes et l'élection fournirait le -pays de magistrats, d'officiers, de prêtres et même de rois. Le gouvernement issu de ce mécanisme serait non seulement meilleur que les autres, mais excellent à tous points de vue et s'appellerait aristomonarchie. Pour cette raison les mauvais ciloyens, les séditieux pouvaient, seuls, lui être hostiles et chercher à ébranler la despoticité qu'il fallait armée, dans l'intérêt de sa propre défense et du bonheur social, des plus larges pouvoirs de répression. C'était déjà la théorie qui condamne les citoyens à être heureux selon la formule du législateur.

Avec une singulière audace, l'abbé de Saint-Pierre instituait un conseil suprême destiné à être « le centre, le soutien, l'âme el le lien de tous les conseils particuliers », c'est-à-dire à tenir la place du Roi, à penser et à travailler pour celui que la maladie, la minorité, le plaisir ou la paresse détournent de « faire ses fonctions ». « Un conseil n'est point sujet aux défaillances des rois; il n'est jamais infirme, il ne vieillit point, il est toujours laborieux et intelligent. Il n'y a pas à craindre avec lui ces temps calamiteux si communs dans les monarchies. » Quant au monarque il n'aura à intervenir que « dans les grandes circonstances, dans les affaires extraordinaires », en sa qualité de « dictateur-né ». On trouve ici l'idéal politique du xvni* siècle, un despotisme éclairé, qu'ont prôné Voltaire et Daguesseau, Grimm et Turgot, mais avec plus d'audace puisque le monarque n'y obtient plus qu'un rôle purement décoratif. Après l'avoir réduit

•• .T.-J. Rousseau, Extrait du discours sur la polysynodie de M. Vabbé de Saint Pierre, édit. Houssiaux, t. I; Jugement sur la Polysynodie de M. Vabbé de Saint-Pierre, même édition, t. L

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

Ni

à Timpuissance, l'abbé fait appel à la noblesse qu'il ne croît pas incapable de labeur intelligent et il compte sur elle pour empêcher le règne des ministres et des maîtresses.

Le Régent avait eu la pensée de faire circuler dans les départements d'un même conseil les membres. divers. L'abbé propose d'étendre cette disposition du Conseil de finance à tous les autres en sorte que (( changeant de bureaux avec leurs maîtres, [les commis] n'auront pas le temps de s'arranger pour leurs friponneries aussi commodément qu'ils le font aujourd'hui. » Les présidents des conseils soumis à ce chassé-cfoisé n'auraient pas le loisir de s'identifier avec leur poste et d'en faire une quasi-propriété.

Enfin la polysynodie devait donnei' au inonanjue le "foût du travail, l'aptitude aux affaires, l'intolligence des questions et entretenir la prospérité et la félicité, sauf à disparaître dans les moments de crise et lorsque l'état du royaume réclamait la dictature d'un Sully ou d'un Golbert. Au cours de ces pages bizarrement écrites on rencontre bien d'autres surprises. L'auteur réclame l'abolition du droit d'aînesse et de la vénalité des charges; la réforme de la taille, le développement de l'enseignement primaire, la fondation d'un Moniteur officiel.

Tout ceci eut sans doute passé inaperçu si l'abbé ne s'était avisé de faire la critique la plus rigoureuse de Louis XIV et de son gouvernement, a Quelle opinion, demandait-îl, le feu Roi a-til laissé de lui à ses voisins? N'ont-ils pas cru, n'ont-ils pas écrit qu'il était un voisin fâcheux, sans parole, injuste, et d'autant plus digne de leur haine qu'il employait plus de puissance à les ruiner?... D'un autre côté, a-t-il forcé ses sujets, par l'abondance qu'il leur a procurée, à regretter son administration? Plut h Dieu que, pour sa réputation et notre utilité, il eût été durant tout son règne occupé à faiie fleurir le commerce, h diminuer tant d'obstacles qui le gênent, à augmenter les facilités qui le multiplient, à paver les grands chemins, h les rendre encore plus sûrs, à rendre les rivières navigables, à rendre nos lois plus propres à diminuer le nombre des procès, à perfectionner la manière de lever des subsides, de sorte que les peuples ep payassent moins et qu'il en revint plus aux coffres publics, à perfectionner les établissements qui regardent les pauvres et ]'éducation des enfants, à favoriser les arts et les sciences à proportion de leur utilité, à trouver les moyens de faire distribuei ]es emplois et les récompenses avec justice et sans égard pour les recommandations, à ôter la vénalité des charges, les survivancei d les bre-

l'Académie

vets de retenue, à diminuer nos besoins en diminuant nos jeux de hasard, à perfectionner nos mœurs... »

Ce tableau d'un passé trop récent mis en contraste avec l'ave- F L'abbé de nir idéal assuré à la Polysynodie déchaîna les colères du parti esTexc/u"e d» la (( vieille Cour », très mal en point en ce moment et avide de saisir l'occasion inespérée d'atteindre le Régent en frappant un (( officier de sa maison ». Le Régent eut passé condamnation sur les attaques contre Louis XIV, il eut peut-être souri des nouveautés introduites dans le Discours subversif si l'auteur n'avait eu la maladresse d'insinuer que le Conseil de Régence était un conseil de parade. Le livre fut saisi et le libraire jeté en prison"; quant à l'abbé de Saint-Pierre il eut, peu de jours après, toute l'Académie française à ses trousses

Au lendemain de la mort du feu Roi elle s'était vouée à « rendre ses regrets aussi immortels et aussi publics que la gloire de son héros*' »; l'occasion s'offrait propice. L'abbé - — devenu cardinal — de Polignac paraissait s'être approprié la garde de cette illustre mémoire; il supplia l'Académie de déférer au Régent l'auteur de la Polysynodie pour « lui témoigner la douleur qu'elle avait qu'un de ses membres %e fût porté à un excès si condamnable"'. » Vingt-quatre heures plus tard, la Compagnie était convoquée pour statuer sur le cas du délinquant et dans la séance du 5 mai. Fleury et Polignac s'évertuèrent à obtenir un châtiment exemplaire de !'« attentat » et obtinrent l'exclusion perpétuelle de l'abbé de l'indignation complaisante de leurs confrères. Le Régent le trouva bon, mais défendit de remplir sa place".

Chavigny ne se laissait pas distraire par cet épisode. D'Argenson et Torcy étaient utiles à gagner. Ce dernier avait servi Dubois dans la négociation secrète de l'année précédente, il recevait Chavigny à sa table et recueillait les allusions h un nouvel état de choses où il reprendrait sa place de secrétaire d'État bien qu'il affectât de n'y plus vouloir songer**. Saint-Simon recevait à bras

•' Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 7 mai 1718; D.mpfoan, Journal, t. XVII, p. 3oo, 3o avril 17 18.

•' Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 2 septembre I7t5.

•• Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 28 avril 17 18.

•" Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 7 mai 1718; Dangeau. Journal, t. XVIÎ, p. 3o3, 6 mai et Additions de Saint-Simon, p. 3o4 ; Lémontoy, op. cit., t. I, p. 102, note i, dit qu'il n'eut ni messe ni éloge; il eut la messe et non l'éloge, voir J. Drouet, op. cit., p. io5.

•* Archiv, des Aff. Etrang., AngMerre, t. 317, fol. 22^ : Chavigny à Dubois, »8 avril 1718; ibid., fol. 285. Chavigny à Dubois, 3 mai, c'est le récit d'un long entretien avec Torcy, qui cherche à découvrir les intentions de Dubois et proteste avoir quitte par goût les Affaires Etrangères et n'y être plus possible.

Chavigny poursuit

ses intrigues

,j HISTOIRE DE L\ RÉGENCE

à nmpuissance. l'abbé fait appel à la noblesse ^^l^^^^^^, n apable de labeur intelligent et il compte sur elle pour em

pêcher le règne des ministres -*<!--- X' dans les dépar- Le Régent avait eu la pensée de faire circuler a ^

îlTr de " ^^^^^ avec leur poste et d'en faire une quasi-pro-

^tÎffin la polvsvnodie devait donner au monarque le goût du trava 'aptitude aux affaires, l'intelligence des questions et ntr' ni la prospérité et la félicité, sauf à disparaître dans les ^omeTsde crise et lorsque l'état du royaume réclamait la dic- ~ d un Sullv ou d'un Colbert. Au cours de ces pages bizarrement écrites on rencontre bien d'autres surprises. L auteur redame l'abolition du droit d'aînesse et de la vénalité des charges; la réforme de la taille, le développement de l'enseignement primaire, la fondation d'un Moniteur officiel.

Tout ceci eut sans doute passé inaperçu si ^ a^^e ne s était avisé de faire la critique la plus rigoureuse de T.ouis XIV et de «K)n gouvernement. « Quelle opinion, demandait-il, le feu Roi a-lil laissé de lui à ses voisins? N'ont-ils pas cru, n'ont-ils pas écrit quMl était un voisin fâcheux, sans parole, injuste, et d'autant plus digne de leur haine qu'il employait plus de puissance à les ruiner?'... D'un autre côté, a-t-il forcé ses sujets, par l'abondance qu'il leur a procurée, à regretter son administration? Plùl à Dieu que, pour sa réputation et notre utilité, il eût été durant tout son règne occupé a faire fleurir le commerce, à diminuer tant d'obstacles qui le gênent, à augmenter les facilités qui le multiplient, à paver les grands chemins, à les rendre encore pins sûrs, à rendre les rivières navigables, à rendre nos lois plus propres à diminuer le nombre des procès, à perfectionner la manière de lever des subsides, de sorte que les peuples ep payassent moins et qu'il en revint plus aux coffres publics, à perfectionner les établissements qui regardent les pauvres et ]'éducation des enfants, à favoriser les arts et les sciences à proportion de leur utilité, à trouver les moyens de faire distribue! ]es emplois et les récompenses avec justice et sans égard pour les /ecommandations, à ôter la vénalité des charges, les survivancei ti les bre-

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

est exclu de l'Académie

vets de retenue, à diminuer nos besoins en diminuant nos jeux de hasard, à perfectionner nos mœurs... »

Ge tableau d'un passé trop récent mis en contraste avec l'ave- F L'abbé de nir idéal assuré à la Polysynodie déchaîna les colères du parti *'" *^"* d« la « vieille Cour », très mal en point en ce moment et avide de saisir l'occasion inespérée d'atteindre le Régent en frappant un (( officier de sa maison ». Le Régent eut passé condamnation sur les attaques contre Louis XIV, il eut peut-être souri des nouveautés introduites dans le Discours subversif si l'auteur n'avait en la maladresse d'insinuer que le Conseil de Régence était un conseil de parade. I^ livre fut saisi et le libraire jeté en prison''; quant à l'abbé de Saint-Pierre il eut, peu de jours après, toute l'Académie française à ses trousses

Au lendemain de la mort du feu Roi elle s'était vouée à « rendre ses regrets aussi immortels et aussi publics que la gloire de son héros" »; l'occasion s'offrait propice. L'abbé — devenu cardinal — de Polignac paraissait s'être approprié la garde de cette illustre mémoire; il supplia l'Académie de déférer au Régent l'auteur de la Polysynodie pour (( lui témoigner la douleur qu'elle avait qu'un de ses membre? «e fût porté à un excès si condamnable". » Vingt-quatre heures plus tard, la Compagnie était convoquée pour statuer sur le cas du délinquant et dans la séance du 5 mai. Fleury et Polignac s'évertuèrent à obtenir un châtiment exemplaire de !'<( attentat » et obtinrent l'exclusion perpétuelle de l'abbé de l'indignation complaisante de leurs confrères. Le Régent le trouva bon, mais défendit de remplir sa place".

Chavigny ne se laissait pas distraire par cet épisode. D'Argenson et Torcy étaient utiles à gagner. Ce dernier avait servi Dubois dans la négociation secrète de l'année précédente, il recevait Chavigny à sa table et recueillait les allusions à un nouvel état de choses où il reprendrait sa place de secrétaire d'État bien qu'il affectât de n'y plus vouloir songer**. Saint-Simon recevait à bras

•^ Procès-tierbal de la séance de VAcadémie française, du 7 mai 1718; Danj?<'a\i, Journal, t. XVII, p. 3oo, 3o avril 17 18.

•' Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 2 septembre i7t5.

•• Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 28 avril 1718.

•" Procès-verbal de la séance de VAcadémie française, du 7 mai 1718; Dangeau. Journal, t. XVIÎ, p. 3o3, 6 mai et Additions de Saint-Simon, p. 3oh; Lémontcy, op. cit., t. I, p. 192, note i, dit qu'il n*eut ni messe ni éloge; il eut la messe et non l'éloge, voir J. Drouet, op. cit., p. io5.

•* Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i7, fol. 224 : Chavigny à Dubois, tS avril 1718; ibid., fol. 285. Chavigny à Dubois, 3 mai, c'est le récit d'un long entrelien avec Torcy, qui cherche à découvrir les intentions de Dubois et proteste avoir quitfé par goût les Affaires Étrangères et n'y être plus possible.

Chavigny poursuit

ses intrigues

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

Dubois

recourt aux

étrangers

ouverts un homme qui ne venait chez lui que pour aviver ses rancunes contre d'Huxelles et protestait de sa tendresse et de son admiration pour Dubois, étant, disait-il, <( fort des amis de J'abbé, de ses plus anciens amis dévoués et reconnoissants, adorant isa besogne et la prêchant sans cesse à S.A.R." ». Ensuite c'était le maréchal de. Tallard qui s'entretenait « des six heures durant >> avec l'infaticrable Chavinrnv, toujours aux dépens de d'Huxelles" que le maréchal de Bozons ne ménageait pas plus", en sorte que le président du Conseil des affaires étrangères paraissait déjà n'exister plus que de. nom.

Non content d'agir par lui-même ou par Chavîgny, Dubois avait recours à des influences qu'il tenait pour irrésistibles. Deux jours après la disgrâce de Noailles et Dagues'seau, le roi d'Angleterre s'était empressé de féliciter le Régent « d'avoir pris le bon chemin )>, Stanhope approuvait lui aussi et Schaub, profitait de son passage à Paris pour conseiller au prince le renvoi des (( gens mal intentionnés ». Le duc d'Orléans avait répondu à (leorges P' avec une déférence nuancée de platitude : (( Je reçois vollontiers ce conseil du Roi comme d'un ami et d'un père... Sitôt le traité conclu je m'y rendrai". » Dès son arrivée au Palais- Royal, Chavigny avait jugé la partie belle, sinon gagnée et avait écrit à Dubois : (( Je suis persuadé qu'à votre retour, vous serez le maître absolu de cette Cour". » En attendant le retour de Schaub, lord Stair pouvait donner un utile appui". C'étaient tous les principaux pions de l'échiquier des Affaires étrangères, aussi doit-on s'attendre à voir le vigilant Pecquet éventer l'intrigue. Dès le I®' avril, ce commis entretenait Chavigny de « la prochaine suppression des Conseils" » et, un mois plus tard,

®2 Archiv. des Aff. Etraruj., Anj^'lcN^ro, t. iii;, fol. '>.85 : Chaviqny à Dubois, 3 mai 1718; Chéruel, Uahbé Dubois et Saint-Simon^ dans Bévue historique^ i^-jG, t. I, p. i42.

*^ Archiv. des Aff. Êtrang., Anglt^trrro, t. ^17, fol. 285 : Chavigny à Dubois, 3 mai 1718; t. 3i8, fol. 67, Chavigny à Dubois, 11 mai.

''' Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 817, fol. !>6o : Dubois à Chavigny, 9.S avriî 1718.

'■^ Botliniar, Memoircn des Grafen von Bothmar ilber die Qundrupel Allianz, dans Forschungen zur deutschen Geschichte, 1886, t. XXVI, p. 238.

*• Ch. Aubertin, V esprit public au XV7//* siècle, in-8, Paris, 1878, p. iia- 11 3.

•^ Archiv. def Aff. Ëtrang., AngleU^ro, t. 817, fol. 22/1 : Chavigny à Dubois, 28 avril 1718.

•» Archiv. des Aff. Élrang., Angletenv, t. 3i6, fol. 189 : Chavigny à Dubois, I*'' avril 1718.

Caniliac tenait le même langage" rattachant ce dessein au renvoi de Noailles et Daguesseau; enfin d'Huxelles pressentait que Dubois « voulait prendre à son retour l'administration des Affaires

étrangères^*"' ».

Sa crainte fut assez vive pour l'entraîner à une démarche maladroite. Comprenant que son antagoniste tirait sa force du succès de l'alliance franco-anglaise, le maréchal imagina de se l'approprier et se répandit en louanges au point de s'en rendre ridicule. « Rien de plus comique, écrit Chavigny à Dubois, que ses jurements, ses protestations pour prouver à Stair, par exemple, son approbation du traité, jusqu'à traiter la reine d'Espagne de p... et Alberoni de j...-f..."* » Dubois ne voyait dans tout ce>la rien de comique, mais seulement une noirceur abominable de l'homme qui <( a fait profession de cet art toute sa vie » et qui après avoir traversé de toute sa force la négociation de la Triple-Alliance, en a (( reçu les compliments en robe détroussée"' ».

En ce moment, le Régent semblait revenir à la politique espagnole sous l'influence de Nancré et peut-être aussi de Torcy, mais Chavigny réconfortait son patron découragé^"^, lui rendait coniiance : <( Vos forces augmentent tous les jours »> lui écrivaitir°\ Law et Noce défendaient Dubois pendant que Stair obtenait du Régent l'abandon de toute complaisance pour l'Espagne et, jugeant du coup ainsi porté, rappelait à Dubois la nécessité de rentrer promptement à Paris (( recueillir la gloire et le fruit que ses grands services méritaient"^ ». Une autre crise s'ouvrait à quelques jours de là. Le 18 juin, Schaub arrivait de Vienne à Paris porteur du projet de traité franco-anglais sérieusement retouché sur divers points où le Régent se trouvait dans l'impossibilité morale de faire aucune concession, ce qui avait pour

•• Archiv. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3i8, fol. /jq : Chavigny à Dubois,

5 mai 17 18.

*"" Archiv. des 5 avril ; ibid., t.

*"* Archiv. des II mai 1718.

^°* Archiv. des aS avril 17 18.

"« Archiv. des 2 mai 1718.

*"* Archiv. des 27 mai 1718.

'»* Archiv. des Si oiai 1718.

Aff. Et rang., 317, fol. i4o- Aff. Etrang.,

Aff. Êtrang.,

Aff. Êtrang.,

Aff. Êtrang.,

Aff. Êtrang.,

Anglotenv, t. 3 16, fol. 197 ifib : Chnvigny à Dubois, Angleterre, l. 3x8, fol. 67

: Chavigny à Dubois,

22 avril 1718.

: Chavigny à Dubois,

Angleterre, t. 3x7, fol. 260 : Dubois à Chavigny, Angleterre, t. 3x8, fol. 32 : Dubois à Chavigny, Angleterre, t. 3x8, fol. 171 : Chavigny à Dubois, Angleterre, t. 3x8, fol. x85 : Chavigny à Dubois,

Ruse de d'Huxelles

Alertes de Dubois

LA DÉCADENCE DES CONSEILS

latervenlion de Stanhope

résultat de le replacer sous la dépendance du parti espagnol ei de d'Huxelles. Dubois se crut p^rdu sans ressource et simula k découragonwnt. « Je vous conjure de laisser tomber, dit-il à Chavigny,. tout ce qui pourra me regarder, je ne vaux pas la peine qu'on se donne pour moi et c'est gresler sur \o persil que de traverser un h(nnme qui est si peu de chose'"*. » En l'absence de ses cautions ordinaires, Law et Saint-Simon, ce fut Noce qui entraîna ie Régent et le décida à soutenir jusqu'au bout Dubois ft sa politique"^

De son côté, Dubois obtenait de Georges P' l'envoi de lord Stanhope à Paris. Avant son départ, les deux compères étaient convenus de tous leurs faits et gestes. Le premier ministre anglais exigerait du maréchal d'Huxelles la signature de la convention particulière qui devait lier le Régent à l'Angleterre, « pour le forcer, s'il la lefusait, à se démasquer et h se retirer au besoin sur le champ ». On espérait ainsi « lui faire montrer la corde"* r.. Stanhope, doublé de Stair, n'hésita pas à aborder av-ec k Régent la quei^tion du renvoi du maréchal qu'(( il n'y a aucune sûreté à laisser la tête des Affaires étrangères"* )>. Dubois, enfin, touchait le but et n'hésitait plus à se découvrir, a II fallait, selon lui, que S.A.R. rétablît la charg-e de secrétaire d'État des Affaires étrangères, et en revestit quelqu'un de si dévoué h sa personne, et si intéressé à ne s'éloigner jamais d'elle, qu'il borne son ambition à travailler sous ses ordres. On lui adjoindrait au besoin un Conseil d'Affaires étrangères, composé des maréchaux de Villeroy, d'Huxelles, et surtout de Torcy dont le caractère est tel qu'il choisit mieux qu'il n'imagine et n'invente. » Quelques grâces arrangeraient l'affaire, « à d'Huxelles, un brevet de duc, à Torcy la survivance, pour son fils, de la charge de secrétaire d'État des Affaires étrangèr^es. Je ne refuserai jamais aucun emploi où S.A.R. croira que je puis la servir avec plus d'attachement que personne. Mais lorsque quelqu'un lui pourra rendre eu mieux ou aussi bien le même service, j'aimerais encore mieux lie repos que le poste le plus brillant. Je vous supplie, dit-il au

»»* Archiv. def; Aff. fJranq., .\nplptoriv, t. Stç), fol. i8 : Dubois à Chnvigny, 3 juin 1718.

^ 1»^ Archiv. des Aff. fjrortg., Anjjfletf^rrr, t. 3io, fol. 172 : Dubois à Noce, 22 juin 1718.

^°'' Arctrw. (icr Aff. fJrang., \wr\v\vTT.\ t. 820, fol. iqs : Dubois au Régent, i3 juillet 1718.

1»» Archiv. dcfi Aff. Étrang., An^rlotorro, t. 820. fol. io5 : Dubois à Chavigny, i3 juillet 1718.

Prince, de ne pas considérer eette déclaration comme un jargon faux, mais comme un aveu très sincère"". »

L'incartade de d'Huxelles refusant de signer la convention semblait consommer sa perte. Torcy et Saint-Simon s'indignaient, Chavigny chantait victoire. « Pour nous, écrivait-il à Dubois, M. le maréchal d'Huxelles ne pouvait rien faire de plus avantageux. H se déshonore aux yeux de tous et vous justifie selon toutes règles, il ne peut plus conserver sa place"'. » Ce cri de triomphe était poussé le 17 juillet, et, le 18, le maréchal signait la convention. Noce s'était entremis"', car le trop grand succès de Dubois l'inquiétait. H « veut bien avoir en vous un compagnon de sa faveur et de ses privautés, écrivait Chavigny, mais il ne voudroit peut-être pas vous voir dans un état si supérieur'" ». D'Huxelles ne l'appréhendait pas moins et sa complaisance le sauvait : il garda sa place. Noce jugea inutile de présenter au Régent le plan de Dubois pour éliminer Torcy et d'Huxelles, quant à l'abbé il s'en remit aux desseins de la Pro vidence"*, ce qui était sa manière de dire qu'il ne comptait désormais que sur lui-même. Lord Stair pensait de même qu'on n'obtiendrait jamais sans lui le renvoi de d'Huxelles. « Pour le débusquer, écrit-il, on aura besoin de l'abbé Dubois au plus tôt"'. » Celui-là demanda son rappel dans le plus bref délai"\

Le renfort de l'Angleterre avait peu servi. Stanhope n'avait pas caché son désir « que M. l'abbé Dubois fût mis à la tête des Affaires étrangères"' », Craggs avait pris la peine de convaincre Stair de la nécessité « d'affermir ce petit homme, fort bien inten-

"° Archiv. des Aff. Etrang., Angletorre, t.. 820, fol. 178 : Dubois à Noce, i3 juillet 1718.

1" Archiv. des Aff. Etrang., Anj?loterrp, t. 32o, fol. 2o3 : Chavigny à Dubois, 17 juillet 1718; De Seilhac, L'abbé Dubois, premier ministre de Louis XV, in-8, Paris, 1862, t. II, p. 32.

"* Archiv. des Aff. Etrang., An.ijloleno, t. 32n, fol. i56, 160 : Dubois, neveu, à Vabbé Dubois, i2-i3 juillet 1718.

"» Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 320, fol. 333 : Chuvigny à Dubois, 2li juillet 1718.

"* Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 320, fol. 323 : Dubois à Chavigny, 23 juillet 1718.

"* Public Record Office, France, vol. 352 : lord Stair à Çraggs, Paris, 24 juillet 1718.

"• Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 32o, fol. 282 : Dubois à Chavigny, 19 juillet 1718.

"' Public Record Office, Franco, vol. 352 . lord Stanhope à Craggs, 6 juillet 17 18.

D'Huxelles

reste en place

«ijîà

La Décadence des conseils

tionné, et qui n'a d'autre appui que nous"' », Sunderland prévenait Stair que l'heure d'agir vigoureusement allait sonner et quoique « la déception de l'abbé fut telle qu'il méditât — une fois de plus — de se séparer de tout"', l'ambassadeur devait l'aider do toutes façons et, imposant une sourdine à ses sentiments personnels, (( persuader au Régent de ne pas laisser ses affaires çntre les mains de ses ennemis*" ».

Arrivée Le Régent continuait à tergiverser entre les partis qui e'of-

à*^?aHs^'ses f'^aî^nt à lui. Il ne lui déplaisait pas d'entendre les uns colporter arguments le bruit qu'il allait créer trois secrétaires d'État : Dubois, Je Blanc et Law; en même temps il se gardait de démentir la rumeur, accueillie par d'Antin, d'Huxelles et Noailles, du maintien des Conseils, bien plus il y faisait des nominations nouvelles'". C'est sur ces entrefaites que Dubois arriva à Paris * (16 août). « Votre retour, venait de lui mander Chavigny ne fut jamais si nécessaire et vous ne pouviez trop le précipiter*". » L'instant était grave et n'admettait plus les réticences. <( Je n'examine pas, disait Dubois au Régent, la théorie des Conseils. Elle fut, vous le savez, l'objet idolâtré des esprits creux de la vieille Cour. Humiliés de leur nullité sur les fins du dernier règne, ils engendrèrent ce système sur les rêveries de M. de Cambrai. Mais je songe à vous, je songe à votre intérêt. Le Roi deviendra majeur; ne doutez pas qu'on ne l'engage à faire revivre la manière de gouverner du feu Roi, si commode, si absolue, et que les nouveaux établissemens ont fait regretter. Vous aurez l'affront de voir détruire votre ouvrage. Mais ce n'est pas tout : les grands du royaume approchent le monarque par le privilège de leur naissance; si à cet avantage ils joignent celui d'être alors à la tête des affaires, craignez qu'ils ne vous surpassent en complaisances et en flatteries, qu'ils ne vous représentent comme un simulacre inutile et ne s'établissent sur votre ruine. Supprimez danc les Conseils si vous voulez être toujours nécessaire, et hâtez-vous de remplacer des grands seigneurs qui deviendraient

"' J. Murray Graham, The Slair Annaîs, in-8, Ediniburgh, 1876, t. II, p. 378 : Sanderland à Stair, 26 juilkt 1718.

**• Archiv. des Aff. Etrang., Ângl<»torro, t. 850, fol. 3io : Dubois à son neveu y 28 juilkt 1718.

120 J. Murray Graham, The Stair Annnh, t. II, p. 878 : Sunderland à Stair, 26 juillet 1718.

^2* Archiv. des Aff. Ëtrang., Anglolorro, t. 820, fol. 66 : Chavigny à Dubois 3o juilkt 17 18.

1" Archiv. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 821, fol. 178 : Chavigny à Dubois, 10 août 1718.

intérieure

Manœuvre de Slair

\os rivaux, par de simples secrétaires d'État qui, sans crédit et ^ sans famille, resteront forcément vos créatures'". »

Outre cette grave raison d'agir, le Régent en avait une autre ^J^^^^^^^l [)\us immédiate. Entre le Parlement et ïui les hostilités étaient ouvertes depuis le 12 août et l'opinion publique fort émue se détournait du prince. Déjà, à l'étranger on parlait d'une révolte à Paris. « Tout tendait à l'extrême » dit Saint-Simon qui reprochait la situation à la « léthargie » du prince, lequel sentait la gravité de la situation et, le 20 août, confiait à son ami qu'il s'agissait de tout pour lui en cette occasion'''* ».

Dubois, à peine débotté, était dispensé de se jeter en pleine mêlée, il affecta de ne s'y point exposer, restant le négociateur des Affaires étrangères. 11 pouvait s'abstenir, ses complices agissaient pour lui. Le jour même où le Régent faisait à Saint- Simon l'aveu de son embarras, lord Stair se rendait au PalaisiVoyal porter un nouveau coup à d'Huxelles, mais il se gardait d'en dire plus. Sans doute « il. seroit très important, écrit-il à Craggs, que M. l'abbé Dubois fût mis à la teste des affaires étrangères. Car certainement tant que M. le maréchal en a le maniement, nous sommes en danger de voir bouleverser ou saper notre grand ouvrage. Mais en même temps, il faut éviter avec grand soin de faire aucune démarche qui pourroit donner de la défiance ou de la jalousie à M. le duc d'Orléans. Il est naturellement susceptible de telles impressions'". »

Stair commença par s'excuser d'incommoder le prince si souvent, mais c'est qu'on ne peut avoir aucune communication avec ses ministres, ni prendre aucune confiance en eux : situation fâcheuse, suspecte à ses alliés, et pouvant être très dangereuse à lui-même. Le duc en convient; il assure que cette situation ne se prolongera pas. Pourtant, ajoute-t-il, il aimera toujours à avoir le secret des affaires étrangères entre les mains, afin qu'à la majorité du Roi personne ne puisse être en état de le lui livrer. Et il rappelle que le cardinal de Richelieu agit ainsi et s'en trouva bien. Quand Louis XIII songea à le congédier, il dut y renoncer à cause que le cardinal savait tout et lui rien. Stair répliqua que rien n'est plus aisé à S.A.R. de garder la haute direction tout

^" Dubois au Régent, août 1718, dans P. E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 198; Arch. nat., K 676, i" partie : Mémoire du cardinal Dubois à, M. le Régent sur les Etats-généraux que ce prince avoit envie de convoquer quand le sistème eut mis tout VÊtat dans le désordre (1720).

'** Saint-Simon.

"* Public Record Office, France, vol. 862 ; Lord Stair à Craggs, Paris 20

août 17 18.

en ayant un homme à lui pour les détails et les dépêches. Et Stair, enchanté de sa finesse, conclut le récit de son audience [.ar ces mots : « Si j'avois nommé l'abbé Dubois, je ne luy iiurois pas rendu si bon service^". »

Tout occupé à se faire valoir, l'ambassadeur ignore et ne se doute pas que l'abbé, arrivé le i6 août à Paris, a été reçu, à Saint- Gloud, le i8. La plus grande partie de la journée, presque jusqu'à la nuit, s'est passée à entretenir le Régent'''. De cette conférence sortit un coup d'État.

1" Publie Record Office, France, vol. 352 : Lord Stair à Craggs, Paris 29

août 17 18.

"^ Bihlioth. Mazarine, ms. 235/h fol. ^1 : Vie manuscrite de l'abbé Dubois. On citera, pour mémoire cl celUi fois seulement, le ms. 3858 de la Biblioth. de VArsennl, qui contii'iit une Vie de Dubois, par La Houssaye-Pegeault.

Page 1