CHAPITRE XXIV
Les Princes, les Ducs, le Parlemcut
(Septembre 1716 — Septembre 1717)
ces
Le Parlement publie des remontrances. — Existence d'une « affaire du bonnet ». — Ce qu'il en était jusqu'à la mort de Louis XIV. — Les ducs préparent leur revanche, ils échouent à la séance du 2 septembre. — M. de Mesme. — M. de Novion. — L'arrêt du 2 septembre. — Polémiqueis. — Premières opérations. — Le mémoire contre les Ducs et Pairs. — Réplique des ducs. — L'opinion s'en mêle. — L'affaire du bonnet semble finie. — Elle s'envenime par la question des légitimés. — Mémoire des trois Condés contre les légitimés. — La duchesse du Maine jette la noblesse dans le conflit. — Requête des pairs contre les légitimés. — Mémoire de la noblesse. — Requête des légitimés. — Édit du 6 juillet. — Effervescence du Parlement.
Le coup d'État du 26 août 1718 ne fut que l'inévitable consé- Le quence du coup d'État du 2 septembre 1715. Au cours de ces pubiîedes trois années on assiste au développement progressif du conflit remontranentre le Parlement et la Royauté. Le duc d'Orléans avait acheté la Régence du Parlement de Paris par des concessions dangereuses pour l'autorité royale : l'appât des Conseils et principalement du Conseil de conscience avait ébranlé les magistrats qui se flattaient d'y faire figure; le rétablissement du droit de remontrances avait emporté les dernières résistances. En réalité, la magistrature fut à peu près éliminée des Conseils et quand fut dissipé l'engouement qui salua cette innovation, le Régent eut toute facilité de l'énerver en attendant de la supprimer. Les Conseils ne purent, ne surent ni ne voulurent se défendre, on cessa de les compter pour quelque chose avant même qu'ils fussent réduits à rien.
Il n'en allait pas de même avec le Parlement. Celui-ci ne sacrifiait pas un seul titre de ses droits, ne se laissait reprendre pas un pouce de ses conquêtes, sans des luttes farouches et interminables. Or on pouvait laisser les Conseils végéter et disparaître, on ne pouvait pas supprimer le Parlement et celui-ci savait qu'en recourant à lui pour faire casser le testament du feu Roi le Régent
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Existence
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vêtait mis à sa merci. Persuadé qu'il allait renaître à la vie poétique le Parkment avait hâte de ressaisir ses anciennes prero- Xs. Dès le mois de mai 1716, il présenta ^es -montra nce s mais sur un ton assez bénin. 11 s'agissait de la <^^eation de^^^^^^^^
charges dans lesquelles l'opinion V^^^^^^;!'^^^^ de dépenses nouvelles et insulïisamment juslif.ee> . U Pdiltmenl aurait pu mieux choisir le motif de son intervention , mais le Régent comprit qu'il ne pouvait dédaigner ni passer outre a ce
^ . " ,. Ar^^\i \^^CT6 «i niécieux il modifia les edits.
premier essai d un droit juge si piecieux, m^ i.x- ,
La Compagnie ne se tint pas pour satisfaite et prépara d itératives remontrances. Le duc d'Orléans ne les attendit pas, envoya au Parlement le marquis d'Efliat qui, par de bonnes paroles, décida l'enregistrement, -sauf des réserves insignifiantes, des deux édits et des deux déclarations qui les modifiaient . On n eut donc pas à recourir aux lettres de jussion déjà prêtes, car 1 entourage du Régent ne mettait pas ces remontrances au compte du zèle pour l'intérêt public mais de fimpatience d'amoindrir le Re-
^^Cependant, à ees débuts, les rapports entre le Régent et le Parlement restaient agréables; de part et d'autre on adoptait des ménagements, un mezzo termine suivant l'expression mise a la mode par le duc d'Orléans. On était au paroxysme de 1 « affaire du Bonnef » et le prince ne voulait pas plus indisposer les magistrats que les ducs. L'« affaire du Bonnet^' » nous apparaît aujourd'hui comme une réplique de la <( querelle du Lutrin », et ce serait peu entendre l'histoire de la traiter avec dédain ou de lui faire l'aumône de quelques lignes. Depuis l'époque de la Fronde la discussion était ouverte entre le Parlement et la plus haute noblesse de France sur la question de savoir si, en séance du Parlement, le Premier Président doit retirer son bonnet de dessus sa tête ou l'y garder en prenant l'avis des ducs et pairs. Dans cette discussion les plus hauts magistrats du royaume, des
1 J. Flaïuimrinont, Ueniontrances du Parlement de Paris au XVIW siècUf in-4 Paris, 1888, l. î, p. f^2^^Q : Remontrances sur les éditi:- créant la surintendance des postes et relais et la surintendance des bâtiments et manufactureSy Buvat, Journal, t. I, p. 280.
2 E. Glasson, Le Parlement de Paris. Son rôle politique depuis le règne de Charles MI jusqu'à la Révolution, in-8, Paris, 1901, t. I, p. 16.
' J. Flammermont, op. cit., t. I, p. A6-49 *» Gazette de la Régence, p. 201- 202-, 9 septembre 1717; Daiij^'eau, Journal, t. XVII, p. i55, i56-i6o.
* Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, 1873, t. XIII, p. 99, i3o.
* A. Grellet-Dumazeau, L'affaire du Bonnet et les. mémoires de Saint- Simon, in-8, Paris, I9i3.
* La coiffure des présidents à mortier ne s'appelait pas bonnet, mais mortier.
LES PRlNCËS, LES DUCS, LE PARLEMENT
maréchaux, des prélats illustres, un écrivain fameux se sont livrés à tous les emixirtements de leur fougue ou à toutes les malices de leur esprit. L'opinion publique y mettait sa note coulumière; plaisante et gaillarde'. A l'affaire du bonnet s'ajouta une deuxième usurpation : la (( garde des bancs ». Voici en quoi elle consistait : Un jour que les pairs vinrent prendre séance à la Grand'Ghambre, leur étonnement fut vif de voir un conseiller assis à l'extrémité de chacune des trois banquettes qu'ils avaient l'habitude d'occuper. Interrogés, ces conseillers répondirent qu'ils étaient chargés de garder le banc! Outrageante prosmiscuité iniligée aux ducs.
L'usurpation du bonnet, seule à retenir, remontait, de l'aveu du duc de Saint-Simon à l'année 16 43*; en 1680 une algarade du duc d'Uzès gâta l'affaire. Lors de la réception de l'évêque-comte de Ghâlons*, le président de Novion interpella tous les ducs et ne se découvrit que lorsqu'il s'adressa aux princes du sang. Le duc d'Uzès perdit patience, enfonça son chapeau et opina couvert avec un air de menace^". IjC feu Roi le trouva mauvais et, dans sa déclaration du 5 mai 169! portant reconnaissance des légitimés, il décida que le duc du Maine et le comte de Toulouse occuperaient au Parlement <( un rang intermédiaire entre ks ducs et les princes du sang, avec cette précision qu'en prenant leur avis le premier Président ne forait qu'une demi-révérencé, mais se découvrirait. Ceci condamnait les prétentions des ducs. Or, 11 près la déclaration royale qui l'habilitait à la succession au trône, le duc du Maine témoigna aux ducs une bienveillance extrême, et, pour faire montre de zèle, ne manqua pas de les entretenir <( de l'indécence du bonnet », de la nécessité et de la facilité qu'il y aurait à confondre les prétentions de la robe, les intéressés charmés, surpris, redoutaient un piège destiné à rabaisser les ducs « par le mauvais succès dé leur entreprise ». Néanmoins ils s'aventurèrent; d'Antin rédigea un bref mémoire qu'il remit au Hoi, le 6 décembre 1714, pour réclamer deux points : 1° que le premier Président saluât les ducs en demandant leur avis; 2** qu'on ne mît point de conseiller au bout de leur
^ Archiv. départein. de la Côte-d'Or B. 12176 bis : Réponse (burlesque) des ducs et duclici^ses à S. A. R. Mgr. le duc d'Orléans, dans E. Fyot. L'affaire du bituuet avec deux dijcutnents inédits, dans Ann<iles de l'Académie de Maçon. Société des arts, sciences, helles-lellres et agriculture de Saêne-et-Loire, 3" séri<', l. VI, 1901, p. 222-225.
* Sainl-Sinion, Ecrits inédits, wlit. P. Faugère, t. III, p. 87, 3i5. C'était \ii futur cardinal de Noailles, aivlievêque de Paris. Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, t. X, p. 424.
TOMi 11. 6
Ce qui en était jusqu'à
la mort de Louis \IV
HISTOIRE DE LA RÉGENCb
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
Les ducs prépareul
leur revaoebe
banc. D€ c<?la k Parlement prenait ombrage, formulait ses exigences et le président de Mcsme insinuait au Roi que les ducs n'attendaient qu'une régence pour dépouiller les deux bâtards légitimés de leur rang et escomptaient la mort du jeune Dauphin pour établir en France une monarchie élective, à l'instar de la Pologne''. Déjà ils avaient des écrivains à gages travaillant à inculquer l'opinion que l'attribution de la couronne appartenait exclusivement à la pairie, dès l'instant où l'héritier légitime venait à manquer'\ Bien plus, ils obtenaient de Mme la Princesse, parlant au nom de ses lils, une protestation que feu M. le Prince regardait « le refus du bonnet » comme attentatoire à la dignité ducale. Mieux encore, la duchesse du Maine au cours d'une entrevue avec les représentants de la pairie, concluait l'entretien par ces mots : « Donnant, donnant, messieurs les ducs. Engagez-vous par écrit à maintenir les faveurs accordées à M. du Maine : nous ferons de noire mieux pour que vous ayez satisfaction'\ » Enfin, le Roi répugnait à s'engager dans cette querelle et laissait les adversaires s'y fatiguer, l/impétueux Villars qui chercha à l'y entraîner, perdit sa peine'* : « 11 sera plus agréable pour les pairs que le Parlement se rende de lui-même que si c'étoit par mon ordre. »
Devant cette lin d* noii-recevoir, les ducs mirent leur espérance dans les changements (|ue ne pouvait manquer de produire la mort du Roi. Des conciliabules de quatre ou cinq seulement se tenaient à Versailles, s'enlourant de mille précautions comme eussent pu faire des conspirateurs. Tapis dans le recoin d'un entresol, d'une soupente, d'un grenier, car tels étaient les palais où s'entassait la noblesse de France afin de vivre sous l'œil du maître, les ducs discutaient, débattaient, dissertaient. Le plus intarissable et le plus intraitable était, on le devine, Saint-Simon à qui « un siècle entier de conversation eut paru un moment étranglé si on n'eut fini par être de son avis'*. » Il avait réussi à se faire quelques partisans : La Force, un fripon; Charost, une nullité; d'Estrées, un viveur; Tresmes, une vieille bête'*; Mailly à qui son caractère épiscopal doit épargner une épithète trop malsonnante. Toutes ces cervelles éventées n'imaginèrent rien de mieux, dès l'instant de la mort de Louis XIV,
" Saint-Simon, Adiïitions au Journal de Dangeau, t. XV, p. 363.
^^ Saint-Smon, Ecrits inédits, t. IV, p. i/JS.
** Saint-Simon, Additions au Journal de Dangoau, t. XV, p. 296.
** Villars, Mémoires, t. IT, p. 3'|().
** Saint-Simon, Mémoires, édit. Clu-rui'l, t. VIII, p. 3G5.
'• Le jugement est porté par Madame, mère du Régent.
que d'aller, séparément du reste de la noblesse, (afin d'affirmer la distinction entre les pairs et ceux qui ne l'étaient pas), saluer le jeune Louis XV. Ce projet s'ébruita, souleva une tempête, provoqua un mémoire et détermina le Régent à présenter t\ l'enfant-roi toute la noblesse sans distinction".
En ce qui touche le bonnet, les ducs, voyant la vie du vieux Roi en danger, avaient pris les devants et envoyèrent au futur Régent du royaume une députation conduite par Mailly'* pour exiger de lui l'engagement de trouver bon qu'ils restassent couverts quand le Premier Président prendrait leurs avis dès la première séances où il serait statué sur la Régence. On a dit déjà de quelles paroles dorées le due d'Orléans avait fait usage pour, l'heure venue, faire désister les pairs de leur exigence inopportune en un moment où la prudence voulait qu'on ménageât les susceptibilités du Parlement. Tout se réduisit donc à une protestation que nasilla le duc de Saint-Simon et qui passa presque maperçuc, suivie d'un rapide colloque où Villars rencontra pour la réfutei le président de Mesme et, Noailles, le président de Novion pour le souffler".
C'étaient de redoutables adversaires, pour qui entreprenait de les combattre, que les présidents de Mesme et de Novion. Tous deux portaiient des noms, occupaient des postes illustres dans la robe et s'en montraient dignes. Jean-Antoine III de Mesme comptait dans sa lignée et parmi ses alliances plus de services glorieux et utiles rendus à l'État pendant deux siècles que toute la pairie pendant le même espace de temps. Poli, instruit, disert, possédant ce goût, cette curiosité fine qui annoncent la société nouvelle, le Premier Président ne rappelait pas Michel de l'Hôpital ni Mathieu Mole. Au seuil d'une époque différente de tout ce qui avait précédé, il était un homme nouveau et un caractère original, avisé, délié, fertile en ressources; Louis XIV i'écoutait sans fatigue, le Parlement l'acclamait sans pouvoir s'en défendre. Sa parole calmait les défiances, dissipait les malentendus, triomphait des préventions. Jamais encore magistrat n'avait élevé plus haut la réputation du Parlement de Paris par la « dépense prodigieuse » qui engloutissait une fortune pour faire honneur à la table somptueuse de son Premier Président. « Pénétré de ce qui étoit dû à sa place et le voulant faire sentir, à cause du peu d'égards que les gens du monde ont
*' M. Marais, Journal et Mémoires, in-8, Paris, i863, t. I, p. 177. " Saint-Simon, Ecrits inédits, t. III, p. 435. *• Voir cliapi4ff<j IV : La cassation du testament.
Ils échouent à la séance
du 2 septembre
iM. (le Mesine
mSTOÎRE DE LA RÉGENCE
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
M. de
iNovion
L'arrêt
du 2
septembre
pour la magistralure, il étoit haut par caractère et par politique'". » Le^Palais était lier et tranquille do se savoir représenté par un tel homme. On s'y racontait que le Régent ayant osé dire à de Mesme : « Allez vous faire f , vous et votre compagnie » le Premici- Président « lui tourna le c. sur le champ » et les avocats l'approuvaient sans réserve^^
Tout près de lui, André l\\ de Novion, se tenait plus voisin de ses origines bourgeoises et apportait une sorte (ralleetation à en faire souvenir. Le luxe, la dépense ne lui étaient pas seulement à charge, mais, en toute vérité, inintelligibles. Ses mœurs, sa icligion, sa probité semblaient vouloir désespérer la calomnie, car pour la médisance elle ne savait où se prendre; avec cela rude, rugueux d'aspect et d'abord, redoutable et redouté, aimé de personne, craint et révéré de tous, sachant « plus fortement que nul cîutre, trouver des traits d'habile homme" », des traits qui transpercent, qui clouent et qui tuent.
Face à l'assaut tlucal ces deux hommes dirigèrent la défense du Parlement. La première rencontre fut, pour Iles ducs, une déroute. A l'aube de cette journée du 2 septembre 1716, si impatiemment attendue, et qui devait être celle du triomphe décisif, lo Pailement arrêta que si, en séance, un duc innovoit loi^qu'on lui demandera son avis, le Premier Président lui diroit poliment et avec douceur : « Monsieur, vous n'opinez pas. » S'il insistoit, il lui diroit : « Monsieur si vous ne vous mettez en règle, vous ctes censé ne point opiner, et votre voix ne sera point comptée » el passerait à un autre et ainsi de suite". » L'annulation de cet arrêt devint dès lors le but assigné à l'énergie des pairs. Polémiques Alors s'ouvrit une campagne furieuse. Les ducs, pris au dépourvu et mieux nantis d'invectives que de raisons, recoururent au fonds d'anciennes polémiques qui avait défrayé les combattants un quart de siècle plus tôt. Par leurs soins furent réimprimés et répandus à profusion les mémoires de i664, injurieux à la robe. On vit rajeunir des revendications intransigeantes qui, toutes, tendaient à conférer aux pairs laïques l'éclat qui entourait les grands barons féodaux de jadis. « La dignité de pair, disaient-ils, est une et la même qu'elle a été dans tous les pays de la monarchie; les possesseurs ne se ressemblent plus. Sur cette dissemblance, on consent d'aller aussi loin qu'on voudra;
2» Mémoires du Président Hénnult, cdit. de Vigan, in-8, Paris i855, p. Sgg.
^^ Barbier, Journaly 1867, t. I, p. 210-21 1.
2^ Saint-Simon, Ecrits inédits, édit. Faugèrc, t. IV, p. 61.
^^ M. Marais, op. cit. y t. I, p. i58.
sur la mutilation de la pairie, encore. C'est l'ouvragé du temps et des rois. Mais les rois ni le temps n'ont pu l'anéantir : ce qui leste est toujours la dignité ancienne, la même qui fut toujours". » La riposte ne le cédait à l'attaque ni en orgueil ni en aigreur, mais elle en différait par le recours à la raison : « Est-il possible, répliquaient les Parlementaires, que vous vous considériez comme des successeurs directs des grands vassaux, d'abord au nombre de sept, puis de six, de l'époque carolingienne?... des ducs de Normandie, lesque-ls joignaient à cet apanage l'Anjou, îe Maine, la Touraine, le Poitou, sans compter la couronne d'Angleterre.^.. des comtes de Flandre, dont les domaines, les plus riches du monde, excitaient la convoitise universelle?... des comtes de Champagne, d'où sortirent un roi de Chypre et de Jérusalem, et toute la lignée des princes de Navarre?... des ducs de Bourgogne, qui mirent si souvent un échec dans les armes de France et, à plusieurs reprises, s'emparèrent de Paris?... enfin des ducs d'Aquitaine et des comtes de Toulouse, véritables souverains... Regardez, messieurs, regardez autour de vous : peuple, noblesse, Versailles et la province, personne qui n'accueille vos prétentions par un éclat de rire! » Et là-dessus, le Parlement énumérait et expliquait l'odgine et l'étendue de ses droits à lui, conseiller et modérateur de la royauté, interprète de ses volontés justes et de ses exigences tempérées, intermédiaire entre le pouvoir et la nation qui ne connaît pas de milieu entre l'arbitraire
et la légalité.
Les actes s'entremêlaient aux paroles. Le 7 janvier 17 16, les ducs et pairs présentaient au Régent un mémoire au sujet du bonnet, de la garde des bancs et de l'arrêt du 2 septembre". Les opérations commençaient. Aussitôt le Parlement députait pour avertir le prince « qu'il ne se relâcheroit pas contre les ducs et pour le supplier de trouver bon qu'il ne reparlle de cette affaii-e que devant le Roi majeur seul capable de résoudre cette question" ». Ainsi, on était aux prises. Aussitôt, les ducs cherchent h circonvenir ie Régent afin d'arracher la cassation de l'arrêt du 2 septembre" et le Parlement, Chambres assemblées, arrête de ne pas faire réponse au mémoire des pairs, que le président de Novion ne ménage pas en s'adressant au Régent". Le Premier
Premières opérations
«* Saint-Simon, Mémoires, édit. Chcnid, t. VIII, p. 878. " Dangeau, Journal, t. XVI, p. 296; 7 janvior 1716. " Gazette de la Régence, p. 55; 10 janvier 1716. " Dangeau, Journal, t. XVI, p. 807, 2^ janvier 1716. , Gazette de la Régence, p. 62; 24 janvier 1716.
yl* <*mv]iif>
se HISTOIRE DE LA Rf^GENCE
Présicl<?nt est mandé au Palais-Royal à l'audience du prince" fort cmbar^assé'^ il rencontre dans la iK^tite galerie le duc de la Feuillade qui l'accompagno jusqu'au cabinet du^ Régent. La se trouve Saint-Simon .< plus méchant que jamais » qui inlernelk la FeuHlade « en termes de crocheteur'" » : — ^< ^/1"°^ t'amuses-tu à parler à un Jean-F... comme celui-là? >> De Mesme se plaint au prince, demande réparation, mais la Feuillade n a rien entendu, dit-ir\ et le Régent veut ignorer l'affaire, de crainte d'être obligé d'envoyer Saint-Simon à la Bastille"; mais puisque, faute de preuve, il faut dissimuler on attendra l'occasion favorable pour faire sentir au (( petit boudrillon » qu'il n'en est pas
^^Sans trop de hâte, le Parlement examine le mémoire des ducs et y répond; une réponse verbale. L'arrêt incriminé du 2 septembre n'est' pas un arrêt mais une délibération. Les ducs veulent une réponse écrite, la réclament à grands cris sans l'obtenir, pas plus d'ailleurs qu'on ne consent à biffer sur les registres la délibération^'. Ils ne se lassent pas, reviennent à la charge et n'obtiennent du Régent que eette réponse : il ne se hâte pas parce que sa décision pourrait ne pas leur faire grand plaisir". Peu importe, le 9.9. mars, ils arrachent au Conseil de Régence un arrêt qui déclare non-avenue la décision prise le ?. septembi^ avant l'arrivée du duc d'Orléans dans la Grand'Chambre". Le lendemain, les pairs triomphent sans dissimuler toutefois qu'a ils esjieroient que cet arrêt leur seroit plus favorable". Une semaine s'écoule et tout est renversé. Le Régent déchire de sa main, en présence du Premier Président et de tous les Présidents, l'original de la signification à eux faite par les ducs^".
2» Dangi-au, JournaL t. XVL p. 3i/i; '1 fôvrior 171G.
>o M. de Cniimartin à Mme de Balleroy, i" février 1716, dans op. cit.,
^^ M. de Louvilk à M. de Saint-. \iî?nan, dans P. Chériiol, yolice sur la vie et les mémoire!: du duc de Saint-Simon, p. XLV.
** i\/. de Caumartin à Mme de Balleroy, i*"^ février 1716, dans op. cit., t. I,
" Gazette de la Bégence, p. 68; 6 février; E. Rannié, Becueîl Clairambault- Maurepas. Le chansonnier historique, in-8, Paris, 1879, t. II, p. 226.
" M. de Caumartin à Mme de Balleroy, i" février 1716, dans op. cit., t. I,
** Gazette, p. 69; 10 février 1716. "
»* Dangeau, Journal, t. XVI, p. 827; 27 février 1716.
»^ Dangeau, Journal, t. XVI, p. 343; i5 mars 1716.
*• Dangeau, Journal, t. XVI, p, 348; 22 mars 1716.
*• Dangeau, Journal, t. XVI, p. 348; 23 mars 1716.
♦" Dangeau, Journal, i, XVI, p. 352; 3o mars 1716.
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
Mais dès les premiers jours d'avril, le Régent reçoit un écrit u^one
dont le titre n'offrait rien de rassurant pour la paix des esprits : Mémoire fait par le Parlement contre les ducs et pairs Si rébarbatif que fut le sujet, il était devenu un vrai régal par la manière dont i\ était traité et son auteur avait prudemment épargne au chef de l'État l'idée d'en interdire la diffusion en le répandant dans Paris à l'heure même où le Régent en recevait 1 hommage Le Mémoire débutait sur le mode grave. Le Parlement ne voulait ..as croire que tussent menacés ses privilèges séculaires dont la •airie. en .664. ne prenait aucun ombrage, en un temps ou les entimont. connus du feu Roi eussent dû encourager outes les r^pations. Mais alors la pairie n'y songeait pas. L incartade du duc d'Uzès. qui opina la tête couverte, fit naître une pretcniion inconnue jusqu'à ce jour. Admis par le Parlement en qualité de conseillers de Cour souveraine, les ducs n'en furent pas satisfaits et portent leurs prétentions jusqu'à être élus comme les présidents. Bien plus, ils font au Premier Président l injure de e montrer accessible aux Hatteries ou aux menaces; grossière erreur à l'égard d'un magistrat qui tira parole du feu Roi de laisser l'affah-e en suspens. Déçus de ce côté, les ducs placèrent leur espoir dans le duc d'Orléans à qui ils promirent leur concours en échange d'engagements formels, tandis que la robe donnait le sien sans chercher à rien extorquer. Aujourdhui encore elle ne réclame que ses droits, remettant tout le reste après la maiorité du roi Louis XV. Ces droits connus de longue date, familiers au peuple de la capitale qui les défendrait a 1 occasion comme ses propres droits, les pairs les attaquent. A quels titres? Ce n'est pas à raison de leurs richesses; la plupart d entre eux ne possédant pas ce qu'il en fallait avoir pour être^cheva ler romain et les avant acquises par des mésalliances. Ce n est pas a laison de leur^ bravoure; sauf quelques-uns, ils ont mal servi e donné si peu de marques de valeur que la toge leur convient mieux que les armes. Ce n'est pas à raison de leur influence leur vanité puérile a éloigné d'eux le reste de la noblesse de qui ils voulaient former un groupe séparé", comme elle a in-
- Mémoire contre le. Ducs et Pair^, présenU en 1716 à \'^,\"°"''f gneur le duc d'Orléans, Bégent, voir mOHothe^ue ^'-"""""f . .f ^^^Z^™"; . H„ P. Lclong, in-fol. Pari*. .771, t- III. P- '»»' "° j,'f *'• ^^ '" C oritl plusieurs fois impriméo, nolammont dans MouHle d Angemlle, V.e pnvée Se Louis XV, t. I. p. 4.. ^o4; Barbior. Journal. L VIIT. P/^^'^f^^,/- J^"^, dans Ann^l. de l'Lad. de Mâcon, 3» série, t. VL 190., p. ^^G-^U (qm la
'™"D"fib'i™;ion de la noblesse pour statuer solidement et à perpétuité sur les contestations formées entre l'ordre de la noblesse et les dr,r. qni ver.U.A
contre les hncs et Pairs
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
quiété les princes du sang dont ils cherchent à ravcil-er 1 état. Tout cela était asséné dans une langue forte (t cla're.
Ensuite il était question de ces choses vénérables qu'on nommait « la cour des Pairs » et les <( douze Pairs ». Vrais représentants du monarque en nom de qui ils distribuaient la justice, les [«résidents avaient reçu de PhiTijuve le Bel droit de préséance sur les douze pairs qu'ils seraient en droit de ne pas saluer à leur entrée dans la salle.
Après avoir revendiqué une parité absolue entre la noblesse d*épée et la noblesse de robe, le Mémoire en vient à Texamen des familles ducales. L'auteur n'avait eu qu'à feuilleter les archives du Parlement oii la série des lettres d'anoblissement lui permettait de ramener la légende aux données plus modestes de l'histoire. (( Nous conservons dans l'enceinte du Palais, ne manquait-il pas de dire, les anoblissements des deux premiers ducs ». Et alors commence le jeu de massacre.
La lignée des d'Uzès est sortie d'im apothicaire de Viviers qui acheta la terre de Crussol; celle des la Trémoille dut sa grandeur et son opulence à un favori beau parleur. Les Sully remontaient à un aventurier venu d'Ecosse ou d'ailleurs, ce qui permit de les faire venir de Flandre, mais n'empêcha pas Maximilien de Béthune d'être tenu et traité en « homme de néant » par le maréchal de Tavannes dans ses Mémoires. Une bourgade du Comtat nommée Morna possédait un avocat, le sieur Honoré Albert dont la fortune consistait en trois fils qui ne possédaient qu'un manteau pour eux trois et se le repassaient à tour de rôfle; l'aîné fut duc de Luynes, les cadets duc de Luxembourg et duc de Chaulnes. Les autres n'étaient pas plus épargnés. Boulainvilliers, Boufflers, Lauzun n'étaient connus à la fin du xvi* siècle qu'aux alentours de leurs villages. Potier de Gesvres avait tenu boutique et vendu des pots à tout usage et de toutes dimensions. Neuville-Villeroy vendait du poisson et fournissait la table de François V\ Vignerot pourvoyait le cardinal de Richelieu de beautés faciles, il en recevait un duché et une épouse, la propre sœur du cardinal devenue éperdûment amoureuse de ce joueur de luth; quant à toutes les variétés de La Rochefoucauld, Roussi, etc. elles se rattachaient à Georges V€rt, boucher de son vivant et
faire corps à part, dans Souvenirs et Ménunres, ô<lit. P. Ronnofon. 1900, f. V, p. 1S5-187 (facotio); fLo Gendro, avocat au Parlomonl (k Paris]. Requête >ù In Noblesse contre les fausses prétentions de MM. les Ducs et Pairr, in-S, 1710; Mémoire de la Noblesse de France contre les Ducs et Pairs, in-12 (1716)' Seconde requête présentée au Boi et au Bégent, par quelques Sein nearz contre les Ducs et Pairs, in-8, 1717.
l'honneur de sa profession. Un domestique de Pierre-Roger, comle de Beaufort fit souche de tous les NoaiUes, un domeslinue introduit dans le lit de sa maîtresse fit souche de tous ies Clermonf les d'Harcourt sortaient du bâtard d un eveque de Baveux et les d'Epernon du bâtard dun chanoine de Lectoure Sans s'attarder longtemps aux intermédiaires Vil! ars retrouvait Min aïeul le greffier de Condrieu et Charles de I.a Porte de La Alellcrave de Mazarin serait plus vite encore sur la trace de son grand-père, apothicaire à Parthenay. Enfin Saint-5unon était exécuté en quelques lignes, homme « dune noblesse et dune fortune si récentes que tout le monde en est instruit .. e d une „ vanité si folle que. dans sa généalogie, il fait venir de la maison de Bossu, un bourgeois, juge de Mayenne, nomme le Bossu, qui a épousé l'héritière de la branche aînée de sa maison ».
A cette lecture ce fut. dans Paris, la stui)eur suivie dun immense éclat de rire. Les ducs! C'était cela!" Et chacun adopta les appellations révisées; il ne fut question que de Vignerot, d Albert et de Neuville, de poissonnier, de boucher, de greffier. On n hésita guère sur l'auteur de cette diatribe où l'on sentait courir le souffle qui anime la Satire Ménippêe, on l'attribua au président de Novion". Qu'allaient dire les victimes? Ils semblent avoir éprouvé autant d'embarras que de colère. La plupart d'entre eux étaient incapables d'un essai de. réfutation; tout comme Saint- Simon qu'ils avaient vu à l'œuvre dans la séance du 9. septembre et avaient jugé à sa mesure. Enfin on prépara une .réplique où chaque intéressé sous forme de notice individuelle, apportait son tribut. Il sortit de là un fatras ridicule où, sous le titre de : Réponse j un Libelle injurieux qui attaque les Maisons des Ducs et Pairs , on voit éclater l'orgueil, la sottise et l'ignorance, de ses auteurs. Ceux-ci découvrent dans l'écrit du président de Novion que fausses maximes, faits supposés, injures atroces qui font de ce pamphlet une chronique scandaleuse ou libelle diffamatoire^entaché d'une horrible malice et d'une grossière ignorance. Tout ce qui suit est sur ce ton. Chacun revendiqua ancêtres et alliances, promena son illustration dans l'Europe entière, donna des noms, des dates, des affirmations quand on demandait des documents authentiques et des preuves incontestables. Faute d'en pouvoir
" Madame à la rauqrave Louise, ^4 octobre 1717 ■ « '«' <î"fs... la plupart a-onlr.. e»x ne sont pas mémo véritablcmont nobles », dans Correspondance,
éilU. G. nnmct. ipo4. t. I. p. SSg. . . ^
" P. Cticruel, Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV, in-..,
Paris, i865. p. 5oi-5oa.
« Voir P. Lclong, op. cit., t. III, p. i33, n. 31287.
Réplique des ducs
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
L'opinion s'en mêle
apporter, ks intéressés parlaient très haut avec Tilliision de couvrir la voix de leur contradicteur. Celui-ci avait pu, ainsi qu'il arrive en pleine bataille, mêler quelques exagérations à de solides vérités, le public savait désormais à quoi s'en tenir sur l'origine des ducs, que des complaisances, des platitudes, d'inavouables bonnes fortunes avaient conduit plus loin et plus vite dans la voie des honneurs que les services d'un Colbert et les travaux d'un Catinat.
Il y eut d'autres répliques, aussi vides, aussi ineptes que celle qui précède^^ il y eut surtout l'interminable série de chansons, de couplets, d'épigrammes impatients de saisir l'occasion qui s'offrait de tourner en ridicule ces matamores de l'étiquette, plus familiers avec l'odeur de la chaise d'affaires royale qu'avec celle de la poudre. L'accusation la plus fréquente qu'on adresse à ces représentants de la noblesse française est celle de couardise. Celui-ci"' :
Pour conserver ses jours, évite les batailles!
Cet autre est surpris par la diarrhée <( lorsqu'il faut aller au combat ». Saint-Simon n'y échappe pas lui
Que son rang soutiendra, la la.
Partout hors des bataiUes,
L'affaire Pendant que la vieille phalange parlementaire observait, avec semble finir i^ne sorte de dédain mêlé de prudence, les manœuvres de la pairie, les conférences se multipliaient entre le Régent, le Premier Président et les ducs. Enfin, le lo mai la déclaration fut réglée îiu Conseil de Régence et enregistrée le ir>. « MM. les pairs ne paroissoient pas contents" », écrit Dangeau et on le comprend sans peine. La déclaration était l'ouvrage» du procureur-général et le chancelier n'y avait pu faire aucime retouche. « Elle est, dit l'auteur de la Gazette, dressée avec un art merveilleux; il n'est pas dit que la décision est remise à la majorité du Roi, mais quand il plaira au Roi : un endroit des plus délicats et des
*• Lettre de M..., à un de ses amis, en réponse au libelle contre le: ducs (mai 1716) dans Dangeau, Journal, l. XVIII, p. 3()3-4o5,
*^ E. Rannié, Recueil Clairannbault-Maurepas. Le chansonnier historique, t. II, p. 76, 171, 224; t. III, p. 75. Il existe un Recueil de Pièces concernant le différend des Pairs de France avec les Présidens à Mortiers du Parlement de Parii, in-foî.. Paria, Coustelier, 1716.
** Dangonu, Journal, l. XVI, p. 377; 12 mai 1716.
habiles et avantageux pour le Parlemen nest P-« P^^^ /^^ cette constatation, dont la décision ne dépend que du Roi . 11 V a encore un endroit mervoiUoux qui est qu'il est dit en quelque acon qu'il faut avoir recours aux registres du Parlement pour ceh lesquels prouvent sa possession. En un mot nous gagnons tuooZn eues ducs le perdent". A eeux-ci il ne reste qu un ocours plaloni<,ue : une protestation que chaque duc dépose •hoE son notaire sous une enveloppe cachetée en gmse de testanvent". Mais voici que le guignon s'en mêle pas un notaire r^e consent à recevoir protestation en forme et, de guerre lasse, les ducs se déterminent pour une protestation secrète .
l 'affaire du bonnet semble finir; elle va reparaître sous un aspect à peine différent. Vers la mi-juillet il « s'éleva une grande désunion" >. entre le duc de Bourbon, chef de la «laison de <.onde ol ile duc du Maine. La dispute entre ces deux princes avait éclate .u lendemain de la mort de Louis XIV" mais on parvint a les mettre d'accord. En realité il s'agissait d'une question d argent. M le Duc avait été avantagé par son père au détriment de sa «œur la duchesse du Maine et pour détourner celle-ci de cette préoccupation, M. le Duc suscitait au ménage un souci plus Irave que rinlérCt pécuniaire". Mais l'entente ne dura guère. Au mois de décembre nouvelle dispute"; puis encore au mo^ de janvier .. Tl paraît, écrit Dangeau que les brouillenes entre M. le Duc et M. du Maine se renouvellent sur la qualité de prince du «an"" ... Six mois se passent encore, et le duc de Bourbon tenant -, faire casser l'édit de ,714 en faveur des légitimés, le comte de roulous(> lui propose de vider la querelle l'épée a la main .
C'était mal connaître ce Condé qui, flanqué de ses parents e comte de Charolais et le prince de Conti, présente a-u Roi, le .,9 aoAt. une requête demandant la tenue d'un lit de justice pour annuler les déclarations du feu Roi qui assimilaient les légitimés aux princes du sang. Cependant, disaient les trois Conde, . personne n'ignore dans votre royaume qu'il n y a que le inariagc légitime dans la maison royale qui soit la source des prin-
" Gazelle rf« ta Régence, p. 7»; «5 "\a\ 1716.
" Cnzelte de la Régence, p. 85; 22 juin 1716.
" Gazelle de la Régence, p. 88; 19 j'"" nifi-
" Buval, Journal, t. I, p. iSg.
»> nanpoau. Journal, l. XVI, p. io5: 21 soplombre i?!-]-
" Dangc», Journal. I. XVI, p. m3; ,0 octob.x> ,7.5, el Addition, do Samt-
Simon. ,, i c
" Dangoau, Journal, t. XVI, p. 26^; 17 décembre I7i5.
" Dangeau, Journal, t. XVI, p. 3o6 ; 23 janvier 1716.
" Buvat, Journal, l. I, p. 160.
Elle s'envenime
par la
question des
légitimés
Mémoire
des
trois Condé
contre les
légitimités
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
La durhesse du Maine
jelle la noblesse
dans le conflit
oes du sang », mais la volonté royak avait prévalu « dans un temps ou la voie des remontrances étoit interdite » au Parlement et où les soussignés avaient jugé prudent d'assister silencieux à l'enregistrement d'un édit dont ils réclamaient l'abolition depuis qu'ils pouvaient le faire sans péril. Ai)rès avoir exposé la gravité des conséquences d'une dérogation à toutes les maximes du droit successoral, les princes ajoutaient que « le droit de succéder à la couronne est attaché à la seule Maison que !Ia nation a choisie pour régner sui- elle, et, par là, elle a dès lors rejeté comme incapables tous ceux qui n'en sont point. Cette incapacité emporte celle de prendre la qualité et le titre de princes du sang parce que ce titre suppose une descendance de la maison royale qui ne peut jamais se rencontrer dans ceux qui n'en sont pas issus légitimement, et quand elle manque, la nation rentre dans tous ses droits pour se choisir un maître". » Les princes avaient même agité un moment le projet de faire quitter à MM. du Maine et de Toulouse le nom de Bourbon pour leur infliger celui de Montespan, mais ils y renoncèrent''*. Un tel éclat n'était que la réponse furieuse à un pamphlet intitulé : Lettre d'an Espagnol à un Franmls inspiré par la duchesse du Maine et écrit sous'ses yeux'". Dès que la requête du duc de BourlK)n fut publique, cette princesse se livra aux démarches que lui inspirait un caractère impétueux, elle vint à Paris, visita le Premier Président, M. Dreux, d'autres encore, les priant de faire avancer cette affaire*'. Mais le Parlement ne se hâtait pas et on avait tout le loisir nécessaire pour mener la guerre de plume. Des conseils se tenaient h l'Arsenal, réunissant plus de vingt personnes, où la minuscule princesse présidait, opinait, décidait. D'un camp h l'autre c'était un feu roulant de mémoires".
Les ducs n'étaient pas moins courroucés contre les légitimés que les princes du sang eux-mêmes. L'édit de 1714 n'avait pas fait oublier la déclaration de 1694 qui avait donné rang aux légitimés avant les pairs. Le péril pouvait renaître, ils voulaient le supprimer à tout jamais par l'abrogation solennelle du rang intermédiaire et par le retrait de l'édit autorisant la réception des bâtards dès leur vingtième année révolue. Cependant les
•• Ruvat, Journal, t. 1, p. 170-174.
*• Gazette de la Bégence, p. 107, 28 août 1716.
•° Gazette de la Régence, p. 107, 28 août 1716; Ruvat, Journal, t. I, p. 182.
•* Gazette de la Régence, p. 109, 28 août 1716.
" Dangeau, Journal, t. XVT, p. /190, 5o6, 609, 5io, 5i2; i5 novembre, J^, 20, 22, 28 décembre 1716; Gazette de la Régence, p. 129, i4 décembre 1716, p. i4o; 25 janvier 1717.
„ai™ n'étaient pas unanimes et il fallut à Saint-Simon bien des coZues Tour 'décider un nombn^ convenable de ses collègues ^ s Ser la requête au Roi. La petite duchesse du Maine ne s alarmaif^às pour si peu de chose. Après avoir mené la plume de Mal z u elle s'attacha M. Dadvisar, avocat général du parlcmen de Toulouse, et on vit arriver à Sceaux des voitures entie- " d'où sortaient livres, chartes et parchemins au milieu desquels la mignonne Altesse disparaissait par momen s tout entière Elle lisait, compulsait, extrayait, recopiait stimulant le cardmal e la femme de chambi* associés à cette débauche d'érudition. Elle ru mieux encore; elle essaya de soulever une certaine agitation parmi la noblesse contre la prétention des pairs '>/o™er une «.tégorie supérieure possédant seule le droit de dévolution de la couilnne. Car cette pensée est au fond de tout depuis la mort des trois dauphins en moins d'une année. La duchesse vit le conflit à faire naître et le complot à soulever contre la pairie; ses visites aux parlementaires s'expliquent ainsi sans peine. Point avare d'audiences ni de visites, véritable chef de parti, la « mouche a miel » ressemblait tort à une guêpe répandant partout le vemn qu'elle distillait. L'affaire du bonnet lui vaudrait une partie du Parlement elle trouvait môme des partisans dans toute la noblesse qui suppliait le Roi de « déclarer que les pairs de France n'ont point droit de décider seuls de la succession à la couronne et des régences, ni de régler les affaires importantes de 1 Etat. »
Le duc de Bourbon n'était pas moins actif, il emplissait Paris ^^ de ses mémoires, écrits sur grand format, plies en deux cache- ,
lés avec une souscription suivie de ces mots : « le duc de Bour- lesieg.um., bon ... Même on les envoyait en province et jusque dans les gros bourgs". Enhardis, les pairs présentèrent requête au Roi contre les légitimés, soutenant que s'ils ne pouvaient défendre leur capacité de succéder à la couronne, Us ne le pouvaient pas plus de soutenir leui^ rang et prérogatives de pairie. Leur mérite reconnu n'étant pas soutenu par une naissance légitime que, seul. Dieu peut donner, les bâtards ne pouvaient pas plus être pairs que princes du sang, à tout le moins ne devaient-ils pas passer devant le^ pairs plus anciens qu'eux suivant l'adage que : « Chacun sied premier, selon que premier a été tait pair". .. Quelques ducs refusèrent de signer cette requête et s'attirèrent une bordée d inju-
" Gazette de la Régence, p. i5i-i52 ; 22 février 1717. 7*1
•* Dangeau, Journal, t. XVII, p. 3o ; 22 février; Buvat, Journal, t. 1.
p. 249-250; 23 février I7i7*
Mémoire
noblesse
Ténacité de M le Duc
res de leur collègue Saint-Simon". On le laissa dire. Les légi- .timés tenaient un mémoire prêt requérant le Roi de renvoyer la solution du conllit à sa majorité et, s'il n'y consentait pas, « de ne rien prononcer sur la question de la succession à la couronne avant que les États-Généraux du royaume, juridiquement assemblés, aient délibéré". »
Jusque-là, le Régent avait vu sans déplaisir a tout ce vacarme'' », n^ais ce mot d'États-Généraux sonnait mal pendant une minorité". Le prince jugea nécessaire de mettre un terme aux conciliabules et aux coalitions". D'abord le bailli de Mesme, frère du Premier Président et ambassadeur de Malte, reçut ia défense de faiixî toute assemblée de chevaliers, à moins que ce ne fût pour les affaires de leur ordre'". Aussitôt vint le tour de la noblesse^\ MM. de Châtillon, de Rieux, de Laval, de Pons, de Bauffremont et de Glermont voulurent présenter un mémoire et le marquis de Polignac alla demander au Régent la permission de le lui offrir. - « Il me semble m'être expliqué, dit le prince, que quiconque i>arleioit de cela je l'enverrais à la Bastille; est-ce que vous n'en savez-rien? — Pardonnez-moi, Monseigneur, et si vous me l'ordonnez je m'y rendrai présentement, mais /'aurai fekiLdes compagnons qui s'y rendront avec moi. » Cette vigueur déplut fort au l\égcnV\ qui refusa de recevoir le mémoire; « je crois pourtant, glisse Dangeau, qu'il l'a lu''. »
Toute l'habileté, tous les manèges du Régent échouaient devant la violence du duc dv Bourbon qui s'allait plaindre partout de son cousin : a 11 me donne cent paroles et il n'en tient pas une tt me refuse un jugement qu'on ne refuse pas au moindre des sujets du Roi; je n'en démordrai pas'M „ Et ce jeune prince, u dont 1 intelligence n'avait rien de» prématuré" », n'en démordait [.as. Mais il se débattait contre une commission de vingt membres, dont il récusa quatre'^ tout de suite il en sur-it trente-
Saint-Simon, Additions .m Joiirna! dr Dnn-cau-. f. WU, p. on- oo fcvrit^r- Dangeau, Journal, t. XVII, p. 3o ; ^3 février 17,7. icvricr,
"" Dangeau, Journal, t. XVII, p. 34; 28 février' 1717. Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, l XV p 44
Dangeau, Journal, t. XVII, p. 66; 17 avril 1717
Dangeau Journal, t. XVII, p. 87; i5 mai; Buvat, Journal, t. I. p .68
Gazette de h Régence, p. 178; 21 mai 1717. ' ^
^^ Dangeau, Journal, t. XVII, p. 66;. 17 mai 1717.
Gazette de la Régence, p. 178; 21 mai. " P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p aa " Buvat, Journal, t. I, p. 268.
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
deux II i^cusa encore-, les légitimés n'en voulaient connaître pas un seur\ Bourbon ne lâcha point prise et obtint six commissaires oour donner leur avis sur l'affaire'*.
M^ pTus on iexainin. plus on la trouve difficile, après avoir lu tous les mémoires qui ont été faits de part et d'autre" ..; ainsi i^vprimait le prudent Dangeau. Pendant ce temps les ducs s agUaicnt et recrutaient, parmi toute la nobl^se de France, Uenle-neuf adhéi..nts". Eux aussi sollicitaient la reunion des Étals-Généraux sous prétexte qu'il s'agissait de la succession au frôie Up'micr Pi'sident et les gens du Roi. riant sous cape devoir princes du sang, ducs et pairs, nobles grands et peti^ recourir à leur juridiction, heui^ux de donner de leclat a lal- ^c le plus d'éclat qu'il se pourrait, ne voulant pas déplaire au Uégenl s'empressèrent de lui porter la requête des nobles et de prendr; ses Lres. Le Régent, fort mécontent, envoya des officiers aux gardes du corps arrêter six des P""*^'?-;^ J'f J; taires avec ordre d'en conduire trois à Vincennes et trois a la Bastille". L'affaire prenait une mauvaise tournure; le public lui accordait trop d'attention, des feuilles manuscrites fort séditieuses se passaient sous le manteau".
Le 10 juin, le duc du Maine et le comte de Toulouse se rendirent au Parlement, à qui ils présentèrent requête"; le surlendemain, Bourbon et Conti s'y rendirent à leur tour pour faire opposition à la requête et, après une vive discussion les Charnbres asscmblt-es lirent demander au Roi quelle conduite tenir . Le Roi répondit qu'il les recevrait le 3o. Tout le monde, se passionnait pour cette querelle dont l'importance avait f«' ' Pe^i^^" quelques jours, oublier la Bulle Vmgemtas. Le 29, tout Pans
" Dangeau, Journal, t. XVII, p. S2, 83; 8, 11 mai 1717-
'« Dangeau, Journal, l. XVII, p. 82 ; 8 mai 1717-
. nx .S.., iT iiiin i-i-- Dan^oau. Journal, t. Wll,
" Gazette de la Régence, p. 187. " J"'" '/''' '^•""o'^""'-
1). lo'i; II juin 1717- , • • ,„
" Dan^^'au, Journal, t. XVII, p. 100; 11 jum 1717-
-' Dangeau, Journal, t. XVII, p. 109; 17 jmn 1717-
>■' Dinwau Journoi, t. XVII, p. iia; 19 Jum 'Ti'-
»3 u: ; rphUa man'uscrit inlitulé : De. trois Etats, -ir Dangeau, o«ma^ l XVII p ii5 Sur les six gentilshommes sortis de Vmcennes et de la liastille le .7 juillet, voir Dangeau, Journal, t. XVII, p. 128, i3o, i3i ; i3, i5, 17 Juillet; Gazelle de ia Uégence, p. igi- . ■ n .1 i^nmnl
"Dangeau, Journal, t. XVII, p. i.3. iorM; '9 Jum j Buvat, Journ« , t. I, p. 278; M. de Caumartin à Mme de Balleroy, 21 jum, dans op. cit., t. 1,
^'»\r de Caumartin à Mme de Balleroy, 21 juin, dans op. cit., t. I, P- 167; Dan-enn, Journal, t. XVII, p. Ii4-ii5; 21 juin. .;* ♦ T
» M. de Caumartin à Mme de Balleroy, 26 juin dans op. cit., t. 1,
Requêtes
des légitimés
Kdit du 6 juillet
put vqir le duc du Maine se rendre en carrosse à deux chevaux
In?" I ""l \ u P'*^ '^'' '^^^ principaux membres du Parlonent I^ 3o le Premier Président et tous les Présidents à mortiers allèrent a onze heures chez le Roi. Le Premier exposa suc-
t UoÏT , v"^ ''.Pf "''' ' ^'"^^""* '« ''^'"^ ^' '« protestation des kg, tin.es. Cclu.-ci les donna au chancelier et dit à
M de Mesme : ,. Je vous remercie de votre attention; mon chancelier vous expliquera le ix;ste. ,. - Daguesseau prit la parole
Le Régent évoqua la cause au Conseil de régence d'où les ducs et les princes, pour la circonstance, se trouvaient exclus Dès ie lendemain soir on connaissait Ha décision : l'édit de 1714 «t a déclaration de ,7,5 étaient cassés". Le lundi 5 juillet le Par ement fut mandé en Cour et le Roi. par la boucle du Chanl l.er, lui apprit qu'il avait donné un édit réglant laffaire des pr^ ces, lequel serait envoyé le lendemain matin pour LenSirement. Ce jour, le. Chambres assemblées et lecture aTe^ïe
. feV:imr;rso""V'r'"''°'^ ^'°'-^ P°'"- '--«-stJmen pur et simple et soixante-treize pour la nomination de commis
saires examinateurs. Quand lenregistrement fut fait M d^X vion se tourna vers le Premier Président : ,, Voilà <;ette grande" affaire hnie ». M. de Mesme ne répondit pas" L'éd^rde inni , retira aux légitixnés le droit de succession a^trône en rapjd n que la volonté de Louis XIV ,< donnait atteinte au droftn.^ appartient le plus incontestablement à la nation françolrde'" choisir un Roi, au cas que dans la suite du temps la r^ced^ princes légitimes de la maison de Bourbon vint V'Ài 7 Mais le duc du Maine et le comte de tÔuÎou^ ra s^n h f' " mérite personnel et de leur possession déî;^' H , '""'"
ver tous les autres privilèges qu'i irraien ^^ ctcédt nlm" men la préséance dans les cérémonies publiques et a^ P^-t ment sur les ducs et pairs. Cet édit aval été œncu ^1/^ termes plus rigoureux, que le Régent mit^-TL^tt/n
P- 19., 2 juillet ,7,7. ' '^- '.' ' ^° ■>"'" '-■-; CozeHe de la Régence,
" Dangcan, Journal, l. XVII, n ,,,. ,« • •„ . Bohsy à Mme de Balleroy, 2 inillot .-,% ' , j •'""'<' V^= '"• C<iim,«r/ën de
^ini-Mmon, Additions au Jonmni a., n bert. «ecue. des anciennes l^L ZTaL^ ul^T^^^f''' P" '"= I-™"
LES PRINCES, LES DUCS, LE PARLEMENT
mécontenta tout le monde, et surtout les ducs qui, traités en conspirateurs redoutables, reçurent défense de s'assembler. Us prirent le parti d'aller en corps manger des matelotes au Portù-l'Anglais, à la grande joie des Parisiens'^.
Quant au Parlement, courtisé, adulé, choyé par tous ces quémandeurs qui ne pouvaient se passer de lui, il songeait moins que jamais à donner satisfaction aux ducs pour le bonnet. 11 s'engageait même dans la voie des remontrances, comme on l'a vu, et avec une vivacité significative qui faisait présager des orages". « Il y a grand tapage dans le Parlement, écrit-on. Les Enquestes veulent choisir des députés d'entre eux en pareil nombre à ceux de la Grand'Chambre pour examiner les édits que t'on apporte... Les Enquestes veulent s'assembler au cabinet. Tous les désordres du Parlement ont commencé autrefois par de^s t<ssemblées du cabinet. 11 paraît aujouixi'hui qu'il y a bien du feu dans toutes les têtes" ». Ce feu couvait depuis longtemps et il ne faudrait pas moins, pour l'éteindre que ce coup d'État, vers lequel on s'acheminait.
Effervescence du Parlement
•* M. Caiimarlin de Boissy à Mme de Balleroy, 12 juillet 1717 dans op. cit.,, l. I, p. 182 ; voir p. it..,
•' M. Caumarlin de Boissy à Mme de Balleroy, 12 août 1717, dans op. cit.,
•* Gazette de la Régence.