‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 55 sur 193 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

La guerre contre l'Espagne

(Septembre — Décembre 1718)

Organisation nouvelle. — Répartition. — Compensations. — Joie de Dur bois. — Fourberie de la Cour d'Autriche, — Sa complaisance pour le roi d'Angleterre. — Soumission du roi de Sardaigne. — Accession de la Hollande. — Lettre du Régent sur l'Elspagne. — Mesures furieuses d'Alberoni. — Calculs de l'Angleterre. — Réserve du Régent et de Dubois. — Effort tenté pour entraîner Philippe V. — Décision de Philippe V. — Départ de Nancré. — Déclaration aux négociants français. — Discours du trône de Georges l" -. — Insistance de lord Stair. — L'opinion en France. — Atermoiements de Dubois — Dépit de Stair. — Raisons de Dubois. — Violente conduite de Philippe V. — La guerre prochaine et inévitable.

La suppression des Conseils laissait subsister le conseil de Régence composé de vingt^quatre membres et réduit à des fonctions de parade. Trois conseils particuliers étaient maintenus : celui des finances, celui du commerce et celui de la marine. Au conseil des finances le Régent conserva la signature de toutes les ordonnances concernant les dépenses comptables et les comptans ainsi que le trésor et les parties casuelles; sous ses ordres, un commis tenait les registres du Roi, lui rendait compte directement des placets en sollicitation de payements et expédiait les états de distribution et tous ordres à ce nécessaires. Le garde des sceaux eut la direction et administration principale. Le conseil du commerce ne souffrit que quelques changements dans le personnel et reçut parmi ses attributions les projets de canaux pour la mise en communication et la navigation de rivières. Le conseil de marine demeura tel qu'il était et prolongea son exislence jusqu'au mois de mars 1728.

L'arrêt du 9Â septembre 1718 rendait donc aux secrétaires d'État les affaires ressortissant aux conseils de la Guerre, du dedans, des affaires étrangères et de conscience, mais aVec des restrictions nombreuses. A La Vrillière, à Maurepas — âgé de moins de dix-huit ans et à-Fleuriau d'Armenonville, le Régent associa deux nouveaux secrétaires d'État ; l'abbé Dubois pour

Organî-

salion

nouvelle

KéparlitioD

les affaires étrangères et Le Blanc pour la guerre. Ceux-ci toutefois n'exercèrent qu'en vertu d une commission. Dans celle qui fut délivrée à Dubois on lisait ces mots : <( Par notre édit du mois de janvier 1716 », disait Louis XV, nous aurions fixé \e nombre de nos conseillers en tous nos conseils, secrétaii^s d'État et de nos commandements et finances au nombn» de trois, persuadé que par les arrangements que nous avions établis, ils suffiraient pour remplir les fonctions dont nous les avions chargés; mais comme par les dispositions nouvelles que nous avons été obligé de faire, ce nombre ne suffit pas pour la nniltiplicité et les difféi^ntes espèces des affaires du royaume, dont les exp'' ditions se trouvant confondues dans les mêmes bureaux ne sont pas dans l'arrangement qui convient au bien de notre servire et à l'usage que sont obligés d'en faire, en plusieurs occasions, ceux qui lont chargés de l'exécution de nos ordres. Nous avons jugé à propos de vous commettre pour exercer les mêmes fonctions que celles qui sont attachées aux trois des secrétaires d'Etat conservés^ » Semblable commission fut expédiée pour Le Blanc qui fut en même temps appelé à siéger au conseil d'État « comme étant une chose ordinaire et convenable aux fonctions de secrétaire d'État' ». En conséquence, le jour même, Dubois et I^ Blanc allèrent l'après^dînée, à deux heures, prêter serment au

Boi^

Les cinq départements furent ainsi repartis : Le marquis de la Vrillière : les affaires générales des protestants, l'expédition de la feuille des bénéfices, \ç& dons et brevets autres que des officiers de guerre ou des étrangers pour les pays d'État et la plus grande partie des pays d'élection'.

Le comte de Maurepas : la maison du Roi, le clergé, les dons

1 Biblioth. nat., Fonds Clairambault, t. 66^, fol. 663.

2 Ibid., t. 664, fol. 671 €t 675.

' Dangeau, Journal, t. XVIT, p. SgS ; 2^ septembre 1718.

* Fonds Clairambault, t. 664, fol. 661.

* Pays d'États : Languedoc, haut et bas; Provence; Bourgogne, Bresse, Bugey et Valromey ; Bretagne; Navarre, ïiéarn, Bigorre et Nél>ouzan ; comte de "Voix et Roussillon; Flandre et Hainault divisés en deux intendances, quoiaue compris dans la généralité de Lille. Provinces et généi-alités de Picardie ; Artois et Boulonnais; Guyenne, haute et basse, jusqu'à Fontarabie, ce qui comprenait les intendances de Bordeaux, MonUiuban et Auch ; Mouhns, qui comprenait le Bourbonnais, le Nivernais et la haute Marche ; Touraine, Maine, Anjou et le comté de Laval, qui composaient la généralité de Tours; Auvergne, généralité de Biom ; Normandie, qui comprenait l<*s généralités de Rouen, Caen et Alonçon, avec la partie du pays de Perche qui dépondait de cette derJ^J^re généralité.

LA GUERRE CONTRE L'ESPAGNE

el brevets autn^s que ceux des officiers de guerr« ou des étrangers dans les provinces dépendant de son département*.

M. d'Armerwnville : la marine, les galères, le commerce colonial, mais seulement pour la signature des expéditions, signées par le Roi et contre-signées par un secrétaire d'État; les dons et brevets à l'instar de ses collègues dans son département\

M. Le Blanc : la guerre, le taillon, l'artillerie, les pensions des gens de guerre, tous les états-majors, à l'exception des gouverneurs, lieutenants généraux et lieutenants du Roi des provinces.

M. Vahhé Dubois : les affaires étrangères, avec toutes les pensions et expéditions qui en dépendaient.

(( Semblables à des gens qui, en sortant d'une maison, en emportent les meubles' », les membres des conseils supprimés arrachèrent à la faiblesse du Régent non seulement la continuation de leurs appointements, mais encore la direction presque indépendante de divers services. A l'égard du conseil du Dedans, Reringhem gardait les ponts-et-chaussées et Rrancas les haras; du conseil de Conscience l'archevêque de Bordeaux recueillit la régie des économats et l'évéque de Troyes la feuille des béné fices; du conseil de la Guerre, le comte d'Evreux et le marquis de Coigny tirèrent à eux l'un la cavalerie, l'autre les dragons; Biron se fit attribuer l'infanterie française et étrangère, hormis les Suisses; d'Asfeld emporta les fortifications; Saint-Hilaiie eut l'artillerie, Puységur avait une promesse, on ne savait |;i(|uelle. Tous rendraient compte directement au duc d'Orléans'. De plus, il fut lésolu de faire de temps en temps des assemblées pour ce qui concernait la guerre, où M. le duc de Bourbon se trouverait quand il lui plairait".

Cette curée satisfaisait la suffisance et la rapacité de gens qui croyaient déroger à leur naissance en s'intéressant à autre chose

• C'est-à-dire les provinces et généralités de Paris (Ile-d(^-France et partie de la Rrie), Soissons, Orléans, avec la partie du pays du Porche qui en dépendait, Berry, Poitou, Limoges, qui comprenait l'Angonmois et la basse Marche, la Rochelle, qui comprenait la Saintonge, les pays d'Aunis, Brouage, les îles de Ré et d'Oléron.

' C*est-à-dire les provinces et généralités de Metz, Toul et Verdun, la Lorraine et le Barrois, l'Alsace y compris Strasbourg, la Franche-Comté, le

Dauphiné, la Champagne et la partie de la Brie dépendant de la généralité de

Châlons, la ville et généralité de Lyon et la souveraineté de Sedan.

• Duclos, Mémoires secrets, t. I, p. 371.

• Dangeau, Journal, t. XVII, p. 393-3oii ; 390 ; 25 septembre, 6 octobre 1718; J. Buvat, Journal de la Bégence, t. I, p. 33i-332.

*» J. Buvat, Journal, t. I, p. 332; Saint-Simon, Additions au Journal de Dangeau, t. XVII, p. 399: « Tous., -r Mrèrent pied ou aile, chacun à sa façon. »

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