CHAPITRE XXXI
Lu conspiration de Cellamare
(9 décembre 17 18)
Le prince de Cellaniare, conspiratenr involontaire. — La ducbesse du Maine. — Le comte de Laval. — L'aventurier Walef. — La demoiselle de Launay. — Li duchesse s'abouche avec CcllamaiH'. — Premiei^ uK-moires. — « Conspiration de grammairiens. » — Alberoni et Bcntivoglio. — Modération de Cellaniare. — Deuxième entrevue à l'Arsenal. — Projets. — Rédactions.^ — Conspirateurs imaginaires. — Conspirateurs par désœuvrement. — Troisième phase de la conspiration. — U^ copiste Buvat. — Dubois et le complot. — Premières arrestations. — Les pièces saisies. — Cellaniare pris au piège. — Saisie de ses papiers. — Impression produite. — Arrestation des complices. — L'opinion publique. — Renvoi de Cellaniare. — La guerre contre l'Espagne devient possible.
Philippe V était représenté à Paris par le prince de Cellaniare, aimable vieillard encore qu'un peu gourmé et sur qui la .solennité de ses fonctions officielles avait répandu quelque chose de mécanique. Il ne dédaignait pas d'insinuer qu'il était fin et pénétrant et prenait soin de recueillir lui-même les bouffées de ce qu'il nommait son éloquence. Diplomate insignifiant, courtisan adroit, mondain raffiné, ce napolitain voluptueux jouissait délicieusement de tous les p-laisirs du Paris de la Régence qui lui rappelaient, avec plus de choix et moins d'impudeur, toutes les corruptions de sa patrie. Envoyé à Paris avec des instructions détaillées et des pouvoirs en règle pour faire obstacle à une régence du duc d'Orléans, l'ambassadeur n'en avait pas fait usage et persuada son maître que c'était pour le mieux. Lié avec le parti « vieille Cour » et tout ce qui se rattachait aux princes légitimés, Cellamare recueillait de toutes parts anecdotes et couplets, satires et pamphlets dirigés contre le Régent, et les expédiait à Madrid où le ménage royal s'émoustillait au remuement de cette fange'. Voyant la solidité du gouvernement auprès duquell
» P.-E. Lémontey, Histoire de la Bégence, in-8, Paris, i832, t. I, p. 198; Alberoni à Cellamare, i5 mars 1717 : « La Reine a fort agréé la satire que vous savez Uurs Majestés s'en sont diverties deux jours entiers. » T. Vatout, La contpiration de Cellamare, 2« édit. in-12, Paris, 1882, ne compte pas; mais il a publié en appendice des documents tous connus par d'autres publications genéralement plus correctes.