TOMB
Lettre de M. de Pompadour à
Projets
258 HISTOIRE DE LA RÉGENCli
• lérêt aue le roi d Espagne avait de faire promptement quelques
"* dan" urmanilL. d.M un. «.e » Roi « "a"' » " ^
Pademenl alor. la piinccsse s adressa à des amis donl le style el ^, ^mmài'e ne lui inapi.aienl pas moins de couCanee que le delou n™^ ' ".rdinal de Pollgnac el M. de Male^u. Us ;gno- Jakn" W elle les „,it au eourant de se, démarehe, aupr» de
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faire ^^ "i ve ' ,.,.f„^^ tout net, el Malezieu aussi.
CeT- nkr .Tntto troif jours mais, à la lin, il dut eéder sous r^me dt nerr. " tuation. Il fit deux brouillons de lettres pour le 1 o . i Te pàrlemênl et supplia sa tyrannique maîtresse de n en pas se vît r les ni<,nt'ra au eardinal qui arrangea quelques ter- ; peu eor eets. Pour eo.nposer le manifeste les d.'ux amis fu en S e iblcs, alors la duchesse prit une plume et e •-d-gea. 'e ' t à haute voix el arraeha eneore quelques corrections^ Cela fa . avarLopia le manifeste et les lettres et les porta à Pompadou !;,.rL remit entre les mains de Cellamare q.u, le .«' août, les cllU,-, entre 1-s cuirs de la selle d'un courrier . ^r ces cri l'ambassadeur joignait une dépôche assez decou- .-atan te Où pouvait conduire, demandait-il. toute ce te agi ar tu renversement du Régent? Qui le --P'»--^ ^^^^^ d'EspaKU'-' Mais il était malade et trop éloigne. Le duc de «our . Îonrn était incapable. Le prince de Conti? Méprisé. Les bâtards Inmo'sibles Devrait-on recourir à un conseil de princes et de gZds Jïneurs inspirés par Philippe V? Et P-is ces conjures manauaient de tout. Avait-on une armée espagnole a leur don ner"'s rn le mieux était de les amuser (lusingare) jusqu au • n . neut-ètre on les utiliserait". Ces raisonnements frap- S^inrAC^i qui répondit le .o ao.M que Philippe V se recon-
OUamaro Memorie, t. II, fol. 263.
LA GONSPlHATlON DE CKLLAMARE 259
rxaissait incapable d'exercer la Régence et avouait l'incapacité des princes français à l'exercer en son nom. Mieux valait s'en tenir à la simple convocation des États-Généraux. L'armée espagnole n'était pas disponible, engagée en Sicile contre les troupes impériales, menacée par l'Autriche, l'Angleterre et la Savoie, elle ne serait utilisable que l'année suivante jusqu'à laquelle il fallait temporiser con U remedio délia più fina dissimulazione'\ Four prolonger ce jeu perfide, Alberoni renvoya, transcrites et signées de la main de Philippe V les lettres adressées au Roi mineur et au Parlement; Cellamare les montra aux principaux conjurés''; c était ce qu'il appelait a faire voir les peiles de la Reine »; mais il se gardait de s'en dessaisir : « elles ne sont point sorties de mes mains..., je les garde sous double clé''. »
Si Cellamare avait finalement cessé d'être un conspirateur involontaire, d'autres demeuraient conspirateurs imaginaires. Pas un prince du sang n'entrait dans le complot; le duc du Maine en ignorait tout, de l'aveu de sa femme. « Je dois, a-t-elle écrit, une justification authentique à M. le duc du Maine, et qui me tient infiniment plus à cœur que ma liberté et que ma propre vie; c'est qu'il n'a jamais su le moindre mot de toutes ces intrigues, que me suis cachée de lui plus que de personne au inonde, que je lui ai toujours dit que mon commerce avec M. de Laval n'avait été fondé que sur les affaires qui regardent son rang... J'avoue que j'ai dit témérairement à l'ambassadeur d'Es- [lagne que le roi son maître pouvait être assuré de M. du Maine, mais je déclare que je l'ai dit de moi-même, et sans qu'il m'«in ait jamais parlé''. » Lorsque, pour obéir à son ministre, Cellamare récapitulait les noms de tous ceux qui avaient été mêlés au complot, il ne nommait pas le duc du Maine. L'ambassadeur n'avait pas eu d'accointances plus compromettantes avec les maléchaux de Villars et de Tessé. Le premier était trop hâbleur pour qu'on pût attendre de lui un mot réfléchi, trop rusé pour en arracher un engagement ferme; l'autre protesta de son dévouement au monarque sans même s'enquérir à quelles fins on le pressentait''.
Faute de princes et faute de maréchaux, les conjurés-ama-
" Ibid., t. I, p. 211 : Alberoni à Cellamare, 20 août 17 18. " Ibid., t. II, p. 407 : M. de Pompadour à M. Le Blanc.
Ibid., t. I, p. 211 : Alberoni à Cellamare, 20 août 17 18.
Ibid., t. U, p. 455 : Déclaration de la duchesse du Maine. " Arch. de Simancas, Est., 1. 433i : Copia di caria original, an i3 agoslo 1713, Vatout, op. cit., t. II, p. 3o3-3o6 a publié 1' « Extrait d'un plan des conjurés envoyé par Cellamare à Alberoni », élucubration ridicule.
Conspirateurs imaginaires
Conspira leurs par désœuvré»
nient
2go HISTOIRE DE LA RÉGENCE
leurs se contentèrent de gens de moindre état. Alberoni voulait onnaitre les non. des grands personnages '^J^^l^^^^'J^ crire la requête au roi d'Espagne. Mais qu. nommei ? 1 oui au Plus de minces gentillâtres, comme ce nomrné Boisdavy, ledu f nndlgTnce et "qui avait « tant de honte de sa m-'on -t. ' "1 r.'r.ca nq«; s'en ouvrir à sa famille . » Un a an ce :r:;uTai n^v oS alnt^^niès et d'Aydie qui amenèrent par- ?oi àTImbassadc d'Espagne un v-teur au^sUôt d.spanr qu a^-
.^é. Ce racolage exigeait des «^*n^g«"^«"\^^ *;" ^'-^Z ''" ^ a Quelles sornettes pouvait-on débiter au ^h^-liei J ^^^^^^^
- 'K fc^rre" ^m^crdr^lfar n:";rait prérr mb':"dtr:oup^n^ se trouvaient le chevaUer de Rohan Z nom nrédestiné pour de semblables aventures , le duc di RicheUeull la con'duite à l'armée ^^ Berv^ck ^raU en .^^^^^^
m! r^llamare recommandait chaudement a sa Cour ces trans
Te av des auxili'aires. « Sa Majesté, écrivait-il. les -evra quand ils viendront avec des soldais pour former un corps d^F^»"?»^ au lèrvice d'Espagne. Sa Majesté prendra jusqu'à d.x nulle hommIu lur recevoir seulement des officiers, cela ne convient Tnt à nS quTne soient dune grande distinction, vu le nombre eon "dérable de réformés que nous avons à placer. » En
ri^Tne quarantaine ^^^^-' ^^^^^^^^^ u ♦ r.f friront kurs s<^rv ces au roi d Espagne ^an» queux Ses r^r-onne alors ne vit dans ce changement de maître le défeclirn La plupart d'entre eux étaient de braves gens. Lnuyt cf une existence besoigneuse et d'un emplo. sans aven». :
.. Déclaration donnée à i« Bastille par Boisd..y, le .4 mai .7.9, dans '■f^l^':U'côrL^^^t:^r: Forhin retira sa demande au bout de '"Il 'ZZoT. cTJtT'^o.ern.r., dans P.-E. Umonte,, op. ci... t. I.
'•"",t-,rT 1%. ..4-"5 : lista ,le. ,0. oficlale. .te las f ^ ,f J™,-'- 3 J"' prJ^^^en sere^^pleaéos en la, de Espann, Vatout. op. c... t. II. p. SoC-So,.
LA œNSPIRATION DE CELLAMARE
colonels, capitaines, lieutenants, ingénieurs, marins, jusqu'à un récollet, le frère Siméon (( qui a un secret pour brûler les vaisseaux ». Pauvres diables qui essaient de se faire valoir, de faire acheter leurs armes, leurs inventions, leurs recrues; dans le nombre se trouvait un Sabran qui n'ayant rien à vendre, trafiquait néanmoins son parent saint Elzéar qui, du paradis, ne pouvait manquer de protéger le monarque qui donnerait un emploi à un membre de la famille^*!
Les événements du mois d'août firent entrer la conspiration dans une troisième phase. Le lit de justice du 26 août et la nouvelle de la catastrophe de Passaro accablèrent la duchesse du Maine. Ce fut, dit sa femme de chambre, (( un accablement semblable à l'entière privation de la vie et comme un sommeil léthargique dont on ne sort que par des mouvements convulsifs** » enfin « après avoir été quelque temps dans cet état qui suspend toute idée et interdit tout mouvement, elle commença à se ranimer et revint à elle-même^* ». Le cardinal de Polignac et M. de Malezieu lui avaient si fortement représenté qu'elle devait cesser de se mêler de rien et renoncer à tout commerce avec MM. de Pompadour et de Laval que, n'osant les recevoir, curieuse cependant de savoir où ils en étaient, elle envoya Mlle de Launay, en grand mystère, à Paris, chez Laval. Le tête-à-tête dura trois heures, étalage de toutes les chimères imaginables fondées sur la ligue du Nord et la restauration du Prétendant. Tout ceci frisait le pur galimatias et néanmoins la duchesse « ne laissait pas d'y entrevoir des espérances'*^ ».
Gellamare avait perdu toutes celles qu'il avait pu avoir. « J'ai fait entendre à nos amis, écrivait-il, qu'en cas qu'on employât la force contre moi, je ne manquerai pas d'un endroit voisin d'où je pourrai continuer notre correspondance'**. » Il conservait sa correspondance avec Alberoni à qui il racontait cent sornettes. A l'en croire, il avait peine à contenir l'ardeur des conjurés**, il les modérait et pour y réussir leur montrait les perles
** Mémoires de Sabran, cit6s par I^mont/ey, op. cit.\, t. I, p. 226.
^* Mme de Slaal, Mémoires, t. I, p. 179.
** Ibid., t. I, p. 180.
*^ Ibid., t. I, p. 180-181 ; Déclaration de la duchesse du Maine, dans Lémonley, op. cit., t. II, p. 428, 43o-43i. •
*' Cellamare à Alberoni, 7 novembre 17 18, dans P.-E. Lémontey, op. cit.f t. I, p. 2l5.
*• Arch. des Aff. Étrang., Espagne, t. 288, fol. 169 : Cellamare à Alberoni^ 26 septembre 1718. •
Troisième phase de la conspiralion
Le ctipi4e Bu\at
de la Rein€^". En temps voulu il se mettrait à l'ouvrage et la Reine serait bien servie^. Mais une inquiétude étreint ces braves, le roi d'Espagne ne se lais^era-t-il pas circonvenir . Et les depêches se pours.uivent sur ce ton. laissant entrevoir la hne ironie du Napolitain qui prend sa revanche du Parmesan et le ioue à son aise avec le fantôme de complot.
Lui-même était joué, dénoncé, épié par un pauvre hère aux services duquel il recourait depuis plusieurs mois Les conspirateurs continuaient à écrire tant et tant qu'il leur fallut recourir à la plume d'un copiste à gages. L'abbé Brigault, charge de U correspondance, entretenait des relations confiantes avec l'abbé Bignon, bibliothécaire du Roi" qui lui recommanda peut-être le sieur Buvat, à qui le talent calligraphique n avait pas épargné les mécomptes et qu'il laissait plongé dans la misère" Buvat fut mandé à l'hôtel de l'ambassade et ^ rendit chaque jour rue Neuve-dcs-Petits-Champs, où il transcrivit pendant des heures entières les pièces qu'on lui confiait. 11 eut bientôt compris de quoi il s'agissait, mais ill fallait vivre et fane vivre sa famille, il garda le silence; cependant Buvat s était trahi par sa belle écriture. Depuis le mois de juillet, 1 attention de Dubois avait été mise en éveil par les informations venues du cabinet de Saint-James^\ Le t6 juillet, Dubois écrivait a l'abbé de Targny, le supérieur de Buvat, et lui recommandait d'interrocrer avec précaution .son commis : « Le prince de Gellamare a" envové ici un mémoire que je n'ai qu'entrevu, mais dans lequel j'ai reconnu au premier coup d'œil l'écriture de votre écrivain de la Bibliothèque du Roi. Il n'est point blâmable d'avoir fait cette écriture, mais il pourroit être important de .avoir qui lui a procuré la pratique de l'ambassade d'Espagne, et ensuite d'observer si on poarroit faire quelque usage de lui pour avoir des copies de ce qu'il écrit pour cet ambassadeur,
" Arch. des Aif. Éirang., Espaj^no, t. .83, fol. 169 : CeUamare à AlheronU
^^"C:L;Ï /^/r.,,,.. Esp.,n., t. .83, fol. ,70 : Cella.nare à AWeroni.
^ ^'frl'Te!'Aff. PArang., Espa.-n., t. .83, fol. 170 : Cellamcre à Alheroni.
''^^^BtZrSumii avoir éiA mêlé à la conspiration; voir sa lettre à Tabbé
. Bri^ull du 3 ,W.t 1718, nux Arch. de. Afj. fArni^g-. E^pa^ne, t. .70. fol. 53,
dans A. Baudrillart, op. cit., t. II, p. 579- Pour Lemontey. op. cit., t. I, p. 216,
cVst Bignon qui fournit Buvat à Brigault. * t • » ^^ « A ^ •
" Voir J Buvat, Journal de la Régence, édit. Campardon, t. I, introd., p. 0-? ,
Ch. Aubt^rtin. Ve!<r>rif Dvhljr ou WIW f^i^p. t). •>',-55.
Mahon, HiMory of England, t. I, p. 336.
LA CONSPIRATION UE CELLAMARE
ou du moins pour être averti de tout ce qu'il écrit, et en savoir le sujet et ce qu'il pourra en retenir. Si honnête garçon que soit votre écrivain, comme il s'agit du service de l'État, il ne doit pas se faire scrupule de donner toutes les lumières qu'il pourra. Il manquerait tout au contraire au devoir de fidèle sujet du Roi, s'il ne contribuait pas en tout oe qu'il pourra à ce qui pout être de son service. Je vous supplie. Monsieur, de suivre cela avec votre sagesse ordinaire et de vouloir bien m'en ins-
truire". »
Buvat ne se hâta guère de parler et Dubois était néanmoins suffisamment tenu au courant de tout ce qu'il lui fallait savoir pour avancer, dès le ^5 octobre, « qu'il n'étoit point de brigue ni de voie souterraine que le prince de Cellamare n'eût employée pour préparer et exciter du trouble en France". » Des informations venues de l'ambassade de France à Madrid, confirmaient celles fournies par le cabinet de Saint-James. « Les Espagnols bien intentionnés, écrivait le duc de Saint-Aignan, croient que S.A.B. doit se garder plus que jamais des intrigues du cardinal Alberoni, qui, disent-iils, n'a aujourd'hui d'autre objet que de porter le feu d'une guère civile dans le royaum : et de persuader au roi d'Espagne de prétendre la régence, à l'exclusion de S.A.B. , comme devant lui appartenir de droit. » Saint-Aignan croyait même que Philippe V était prêt à passer en France, qu il \ comptait sur un parti nombreux, qu'il emmènerait avec lui ie prince des Asturies, laissant les autres Infants et le gouvernement de l'Espagne n une junte présidée par le duc de l'Infan-
tado". ^ :. ^ * j
On voit à quoi se réduisent les révélations de Buvat et de 'entremetteuse Fillion" dans la découverte du complot. Suggéré ou commandé par l'abbé de Targny, Buvat vint dire tout ce qu'il savait au secrétaire de l'abbé Dubois, qui le lui fit repeter devant son maître qui parut n'y attacher aucune importance et congédia le copiste en lui ordonnant de continuer ses transcriptions et de venir chaque jour lui rendre compte de tout ce qu'il aurait vu et entendu*". « Dès ce moment on peut regarder
" Uabhé Dubois à Vabbé de Targny, 16 juiUot 1718, dans €h. Aubertiln,
''^''^^^ublis'à wW, 25 octobre 1718, dans P.-E. Lémontey, op. cit., t. I.
^■"1;r'd;''lff. Êlrang., Espngn., t. 247, fol. ^o : Suini-Aignnn à DuboJs.
25 novembre 1718. • , •* » t ^ q«« îI/xt
'• M Caamartin de Boissy à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. I, p. 6qo-6gi. -> Lenglet-Dufro^noy, Mémoires de la Bégence, t. V : Notice sur la Conspiration de Cellamare, p. 178.
Dubois
et le
complot
la conspiration de Cellamare comme fini^, et il faudrait l'appeler la conspiration de Dubois, puisque ce rusé ministre pouvant ia dissoudre d'un mot, la laissa continuer autant pour les intérêts de sa politique que pour le plaisir malicieux de jouer avec sa proie avant de la déchirer".
(( L'abbé Dubois, écrit Saint-Simon, avait appris en Angleterre, l'art de faire paraître une conspiration prête à éclater, pour tirer du Parlement plus de subsides »; en France, il s'agissait d'agir sur l'opinion publique pour lui persuader que la guerre <( était devenue nécossairo pour arrêter les desseins du ministre d'Espagne'' ». L'arrestation et la saisie des papiers de Gyllemborg avaient convaincu un instant le Parlement anglais, l'arrestation et la saisie des papiers de Cellamare entraîneraient le Conseil de Régence. Le ?.8 novembre, Craggs sommait Dubois au nom du gouvernement anglais, de t< nir ses promesses et de rompre avec Philippe V; Dubois n'avait plus de raison pour invoquer de nouveaux retards, il suivait attentivement le complot qui aboutissait à des écritures et menaçait de s'y dissoudre. I^ prince de Cellamare se faisait l'expéditeur de cette paperasse qu'il ne jugeait digne ni des frais d'un courrier ni de l'embarras d'un chiffre. Il la confia, d'après les ordres de Madrid, à deux jeunes gens, l'abbé de Portocarrero, neveu du cardinal de ce nom, et le fils du marquis de Montéleon, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, tous deux uniquement occupés des plaisirs de leur âge et voyageant avec un certain chevalier de Mira, débiteur fugitif, impatient de dresser une frontière entre ses créanciers et lui. On leur remit des dépêches pour Alberoni sans leur en laisser soupçonner le contenu. Buvat l'apprit et, à onze heures du soir, alla en faire part à Dubois qui était au lit". Cette fois l'occasion semblait propice de compromettre avec éclat « le boute-feu Cellamare »; après un conseil tenu entre le Régent, Dubois et Le Blanc, un officier nommé Dumesnil, fut lancé à la poursuite des voyageurs avec ordre de se saisir des papiers du chevalier Mira et de ses compagnons
de route.
Le 5 décembre Dumesnil les joignit à Poitiers comme ils arVesiaiious go^paient dans une hôtellerie. Un exempt suivi de plusieurs archers s'adressa à Mira ce qui donna l'alarme aux deux autres qui ne purent déguiser leur inquiétude surtout pour le paquet
*^ P.-E. I^montey, op. cit. y t. I, p. 216. " Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, t. XVIII, p. 385. " Requête du sieur Buvat, adressée le 27 décembro 1727 nii cardinal de Fleiiry; J. Buvat, Journal, t. I, p. 8.
Premières
LA CONSPIRATION DE CELLAMARE
saisies
de l'ambassadeur. L'abbé le cacha sous le chevet de son lit, l'exempt se jeta dessus et l'enleva, l'abbé soutint que le paquet appartenait à Mira; il fallut rompre la première enveloppe sous laquelle on trouva l'adresse du cardinal Alberoni, ce qui parut mériter d'être expédié au Régent sans aucun retard*'^. Au milieu de ces émotions, l'abbé eut la présence d'esprit d'expédier à Cellamare un courrier qui arriva à Paris le 8 décembre, quelques heures avant Dumesnil".
Cellamare ne songea à tirer parti de ce délai inespéré que pour fournir à ses complices le moyen de se dérober. Cela fait, iH se rendit chez Dubois et réclama ses dépêches. Une telle démarche annonçait le plein succès de l'expédition dont, à ce moment, l'abbé ignorait encore l'issue; il en fut transporté, laissa paraître sa joie dans un redoublement d'excuses, se montra caressant, séduisant, et si sincèrement contrarié que Cellamare rentré chez lui, ayant entre les mains toutes les preuves de la conspiration ne songea pas à en détruire ou à en dissimuller une seule".
Pendant ce temps, Dumesnil apportait à Dubois la capture Les pièces faite à Poitiers*' et l'abbé se hâtait 'd'en prendre connaissance. Le Régent avait donné l'ordre qu'à quelque heure que M. Ive Blanc et l'abbé Dubois vinssent pendant la nuit, on les fît entrer et qu'on l'éveillât". Ils ne vinrent qu'à six heures et demie du matin et demeurèrent avec lui jusqu'à onze heures et demie". Le contenu du paquet dépassait probablement en gravité tout ce que l'imagination de Dubois avait pu espérer. Un bordereau d'envoi contenait l'inventaire du courrier et avait rendu impossible la soustraction d'aucune pièce'". On trouva donc des copies corrigées des quatre écrits dont il a été parlé; deux projets de manifeste l'un par Pompadour, l'autre par Brigault et des observations de ce dernier sur les deux projets; un mémoire du comte de Laval sur les moyens à prendre pour soulever quelques provinces à l'approche de l'armée d'Espagne;- un catalogue des noms et qualités des officiers français sollicitant un emploi de
" G<izette de la Régence, p. 294-295; N... à Mme de Balleroy, 28 décembre 1718, dans Les Correspondants, t. I, p. 3()5-3o6.
" Mme de Staal, Mémoires, t. I, p. i83 ; Madame la raugrave Louise, 6 janvier 17 19, dans Correspondance, t. II, p. 48-49-
•• Brit. Mus., ms. Cellamare, Memorie, t. II, p. 809.
•' Gazette de la Régence, p. 385 : « il arriva jeudi soir ».
•' Mme de Staal, Mémoires, t. I, p. i83-i84, dit exactement le coiîtraire.
•• M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 10 décembre, dans Les correspondants de Mme de Balleroy, t. I, p. 388.
" P.-E. Lémontey, op. cit.y t. I, p. 219, note i.
Cellamare
pris au piège
leur grade en Espagne; une lettre de Cellamare à Alberoni dont il eourut des copies portant ces mots, ou quelque chose d'approchant, adressés à Philippe V : « Gardez-vous bien, Sire, de renoncer à la couronne de France. Si vous le faites, le jeune Roi ne sera pas en vie dans trois mois'*. »
Pendant le conseil tenu par le Régent, Buvat était venu renare compte à Dubois de ce qui se passait à l'ambassade; Cellamare lui-même s'était rendu au Palais-Royal, où la consigne donnée écartait tous les importuns : le Régent, disait-on, était au chevet de sa femme et (( on ne pouvait lui parler ». Quelques moments plus tard, l'ambassadeur rentrait chez lui où le secrétare de l'ambassade, don Fernand Figuerroa, lui remit un billet qui l'engageait à se rendre à une heure précise au Palais-Royal avec son secrétaire". Il s'y rendit donc, comme pour s'inscrire chez la duchesse d'Orléans, trouva le Régent qui descendait de chez elle et le gracieusa de son mieux, mais au premier mot du courrier détroussé s'excusa sur la maladie de sa femme de parler d'affaires^^ et l'adressa à l'abbé Dubois. Cet abbé avait fait tenir son carrosse tout prêt, dans la rue de Richelieu, à la petite porte du Palais-Royal. Le prince de Cellamare étant allé trouver 1 abbé Dubois, cet abbé lui dit : <( Allons dîner chez M. Le Blanc, si vous le trouvez bon — Je le veux bien », dit le prince. Etant arrivés à la porte de M. Le Blanc, le suisse dit qu'il ^tait sorti, et qu'il ne savoit pas s'il reviendroit pour dîner. Sur quoi, 1 abbe faisant l'étonné, dit : u J'aurai donc l'honneur de dîner chez vous, monsieur, si vous voulez bien me le permettre. » A quoi le prince ayant dit : « Volontiers » le cocher^ tourna bride et se dirigea vers la rue Neuve-des-Petils-Champs'\'
" Rarhior, JourrmU »• L P- ^o ; Madame à la raugrave Louise, ii décembre 1718, dans Correspondance, l. I, p. ^9- " .T. Riivat, JournuU t. I, p. 34i. ,, u j ^;#
» M. Caumurtin de Boissy à Mme de Baïleroy, 9 décembre, dans op, ciL,
.■ -' /'Buvat, Journal t. I, p. 34t ; cette version d^m témoin oculaire diffère de celle de Dan-eau, Journal t. XVII, p. W et de Barbier, Journal t. 1, p. 5i ; quant à Lémontev, op, cit., p. .20, il adopte cette deuxième version que voie. t B^'^cnt envoie chercher Cellamare et lui dit d'aller chercher Le Blanc pour affaire" (BV il s'v rend à une heure après-midi redemander un paquet de leteWD) Le Blanc, assisté de Dubois et du maréchal de Bezons (B) lui dit que le paquet avait été vu, qu'il y avait des choses i^^P^f ^^t/^/* f ^, ]^''' ^' iui rendre le paquet il avait ordre de le ramener à son hôtel (D), il le fait nrionter dans son carrosse et. h leur arrivée, un déUichement de mooisquetaire* s em pare des portes de l'hôtel (D). D'après (B), ï^ Blanc fait avouer .authenticité d'une lettre compromettante et autogmphe, pui. l'arrête aussitôt, sort de r hôtel de la guerre par une porte de derrière, monte dans le carrosse de Le
LA CONSPIBATION DE CELLAMARE
Vers une heure et demie de l'après-midi, un détachement de vingt mousquetaires commandés par le chevalier de Terlon, arriva sans ordre, en habits bourgeois et ayant seulement lepée au côté, i'I se répandit dans les cabarets et les cafés d'alentour. A peine étaient-ils installés que le carrosse de M. Le Blanc entra dans la cour de l'hôtel et les mousquetaires, surgissant de partout, y entrèrent immédiatement à sa suite et se répandirent quatre à quatre dans les appartements'\ C'est ce qu'aperçut d'un coup d'œil le prince de Cellamare ep arrivant chez lui. Vers deux heures, les deux secrétaires d'État, l'ambassadeur, don Fernand, deux sous-secrétaires, un écuyer, un sous-intendant suivis par le chevalier de Terlon, une douzaine de mousquetaires et le commis Pecquet, pénétrèrent dans la secrétairerie où le scribe Buvat exécutait une septième copie d'un pamphlet en forme de dialogue'*. Copies, minutes, originaux, papiers de toute sorte furent saisis et enfermés dans une armoire fermée et scellée. Pendant que Pecquet posait les scellés, Cellamare dit à l'abbé Dubois : « Vous pouvez maintenant m'imposer îa loi; s'il faut rester dans ma maison j'y resterai, ou s'il me sera permis d'en sortir? » I/abbé répliqua que le chevalier de Terlon lui ferait connaître l'ordre du Boi et Le Blanc ajouta qu'il ne lui serait fait aucun tort et que tout Hui serait rendu fidèlemeiît". Pendant qu'on enfermait dans quatre grands coffres qui furent transportés au vieux lx>uvre tous les papiers qu'une inspection rapide avait fait retirer de la masse mise sous scellés", Cellamare protestait « devant Dieu et les souverains » contre le traitement qu'on lui infligeait", Dubois, rebelle à la grandiloquence, perdit patience et dit : « On a trouvé dans vos papiers le dessein de bouleverser tout l'ordre du gouvernement et du royaume; aussi le Boy est-il résolu à prendre les mesures nécessaires pour
Blanc qui le conduit rue Neuve-des-Petits-Champs, où dès leur arrivée, les mousquetaires s'emparent des portes.
^' Ihid., t. I, p. 337; M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 10 décembre, dans op. cit. y t. I, p. 388.
•• J. Buvat, Journal t. I, p. 337-338; Buvat n'omet pas d'en donner le titre
intégral.
" J. Buvat, Journal t. I, p. 338-339-
" Ces papiers se trouvent encore aux Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, année 1715, t. 2^7, 248; années 1716 à juillet 1718, t. 277, 278; année 1718 juillet à déeembre, t. 279-281. L'inventaire des liasses saisies chez l'ambassadeur, t. 282, 283. Ce ne fut que le 12 décembre que fut fait ce tri de papiers et l'envoi des coffres au vieux Louvre, d'après J. Buvat, op. cit., t. I, p. 339-34o.
^» P.-E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 22T ; Barbier, Journal t. I, p. 24, dit que Cellamare traita Dubois « comme un maraud ».
Saisie de ses papiers
ImpressioQ produite
assurer la paix publique, à mettre sous bonne garde vos papiers et à vous renvoyer de incnic à la frontière. — Vous n'avez trouvé dans ces papiers, répliqua Gollaniare, que des doléances de vos Français et les critiques d'un gouvernement détesté qu'ils supplient mon maître de supprimer. Par ordre de souverain, j'ai écouté leurs doléances et transmis à la Cour d'Espagne leurs projets destinés à préserver la vie du Roi, à protéger son royaume, lui épargner le mal que lui font vos traités et vos ligues"". » Pour* mettre fin à cette scène, Le Blanc montra à Cellamare la lettre trouvée dans la valise et lui demanda s'il la reconnaissait. L'aveu coupa court aux récriminations.
Vers trois heures, Dubois et Le Blanc se retirèrent pour aller dîner; ils revinrent à quatre heures et commirent la garde de l'hôtel à M. de Terlon et aux mousquetaires pendant que M. du Libois, le même qui avait été attache à la personne du Tsar, eut ordre de garder à vue l'ambassadeur dont la porte fut gardée jour et nuit par un officier des mousquetaires'\
A cinq heures, le duc d'Orléans fit assembler le Conseil de Régence auquel il lut deux lettres de Cellamare à Alberoni", montra la liste des conspirateurs mais ne donna pas leurs noms pour leur laisser une chance de se repentir". Ces conspirateurs étaient en complet désarroi. Laval avait pris la fuite; l'abbé Brigault nanti d'une somme de cent louis envoyés par Cellamare avec l'ordre de fuir à l'instant, alla trouver le chevalier de Menil et, sous prétexte de voyage, lui fit accepter la garde d'une cassette contenant son testament et des papiers de famille, puis encore d'un gros paquet cacheté. Chez la duchesse du Maine le trouble était profond et on était réduit aux rumeurs courant dans le publie. Enfin la princesse et ses complices apprirent dans la soirée la saisie des papiers qu'emportait en Espagne l'abbé de Portocarrero, a alors, dit Mlle de Launay, nous nous vîmes plongés dans l'abîme, dont il n'y avoit point moyen de se tirer" ». . A la Cour l'émotion n'était pas moins grande. Dès la première nouvelle de l'arrestation de Cellamare, le duc d'Aumont s'alla
*» Brit. Mus., ms. Ollamar^, Memorie, t. II, fol. 3i2, 3i6; voir Gazette de la Régence, p. 297; 19 décembre 1718.
»» i. Biivat, Journal, t. I, p. SSg ; Dangoau, Journal, l. XVII, p. 434; 9 décembre 1718; Gazette de la Régence, p. 296.
" Dangeau, Journal, t. XVII, p. '434, 9 décembre; Mercure, n» de décembre 1718, p. i29-i34-
»* Dangeau, Journal, t. XVII, p. 434; Barbier, Journal, t. I, p. 22; Gazette de la Régence, p. 296. ' .
'* Mme de Slaal, Mémoires, t. I, p. 186.
LA CONSPIRATION DE CELLAMARE
cacher au couvent - des Carmes déchaussés"; Villeroy, Villa rs, d'Huxelles ne savaient quelle contenance prendre, « la morgue était déposée, ils étaient devenus polis, caressants, ils mangeaient dans la main" ». . .
Le lendemain, on sut que Pompadour et Saint-Geniès venaient Arrestation d'être conduits à la Bastille*', Foucault de Magny, D'Aydie complices étaient en fuite", quant à l'abbé Brigault, on ne savait rien sur son compte, mais cette ignorance dura peu de temps. Le dimanche II, comme Mme du Maine jouait au biribi, à son ordinaire, un M. de Châtillon, qui tenoit la banque, homme froid, qui ne s'avisoit jamais de parler, dit :
— « Vraiment il y a une nouvelle fort plaisante : on a arrêté et mis à la Bastille, pour cette affaire de l'ambassadeur d'Espagne, un certain abbé Bri... Bri... »
Il ne pouvoit retrouver son nom. Ceux qui le savoient n'avoient pas envie de l'aider. Enfin il acheva et ajouta :
— ((Ce qui en fait le plaisant, c'est qu'il a tout dit; et voilà bien des gens fort embarrassés ».
Alors il éclata de rire pour la première fois de sa vie. Mme la duchesse du Maine, qui n'en avoit pas la moindre envie, dit :
— « Oui, cela est fort plaisant.
— « Oh! cela est à farire mourir de rire, reprit-il. Figurezvous ces gens qui croyaient leur affaire bien secrète; en voilà un qui dit plus qu'on ne lui en demande, et nomme chacun par son nom. »
Et tandis que la princesse et sa femme de chambre attendaient le sort qu'elles ne pouvaient plus éviter", Paris commentait, lui aussi, (( à mourir de rire » au récit des incidents de cette conspiration. Le premier jour, le public fut consterné au point de ne s'entretenir de la nouvelle qu'à voix basse"\ le lendemain on entrevit la guerre imminente"; trois jours après on se réjouit de celte belle découverte qui allait empêcher l'Espagne, incapable de lutter contre la Quadruple-Alliance, de soutenir cette guerre, et l'obliger à prévenir une désastreuse campagne
" Gazette de la Régence, p. 299; 2$ décembre 1718.
'• Saint-Simon, Mémoires, édit. Chérucl, t. XVI, p. 176.
»' Danjîean, Journal, t. XVII, p. 434-435; 10 décembre 1718; Gazette de la Régence, p. 290*, Mme Staal, Mémoires, t. I, p. 186.
"* Dannft'au, Journal, t. XVII, p. 435; 11 décembre 1718. ^
"' Mme de Staal. Mémoires, t. I, p. 187.
•" Gazette de la Régence, p. 297; 12 décembre 1718.
•• M. de Caumartin à Mme de Balleroy, 10 décembre 1718; dans op. cit., t. I, p. 389.
<rJl^i.
L'opinion publique
cii signant un traité''. Eniin, le i3, (l'i^iiestation remontait au 9), certains commençaient à dire que cette aonspiration, n'avait rien de réel, misérable prétexte à une querelle d allemand faite à l'Espagne pour l'attirer dans une guerre'''. On parle bien différemment de cette affaire, écrit l'avocat Barbier; sait^n ce qu'on en eût dit si Brigault ne se fût fait arrêter aux portes de • Montargis d'où on le ramena à la Bastille'\
Il avait mis trois jours à se rendre à Montargis et, pendant ce temps, son ami le chevalier du Menil soupçonnant la vérité, avait ouvert adroitement la cassette et trouvé le testament et les papiers de famille; quant il eut ouvert le paquet cacheté il se trouva devant tout ce qui avait été fait avec l'Espagne, vit beaucoup de noms propres et jeta le paquet au feu. Lorsque Brigault fut prisonnier, d'\rgenson et Le Blanc vinrent l'interro-
ger'"*.
Pour entamer la conversation, ils lui dirent que sa servante
étoit à la Bastille et que le chevalier de Menil leur avait remis ce qu'il lui avoit confié.
« Eh bien, dit-il, puisque vous avez ces papiers-là, vous savez tout car il n'y a rien qui n'y soit »
Or Menil avait livré la cassette à Dubois sans rien dire du paquet jeté dans les flammes, il ne put nier sa conduite et s'en alla, lui aussi, à la Bastille'*.
L'intérêt de cette affaire, déchue d'un ambassadeur à un entremetteur, semblait épuisé en quelques jours et le Régent paraissait embarrassé de sa conspiration. Le mardi i3, les ministres , étrangers eurent leur audience hebdomadaire'' et on leur remit à chacun les deux lettres de Gellamare à Alberoni imprimées « afin, disait la brochure, que le public soit instruit sur quels fondements Sa Majesté a pris la résolution, le 9 du présent mois, de i^nvoyer le prince Gellamare''; mais, au dire de l'avocat
«2 Gazette de la Régence, p. 297; 12 décembre 1718. •^ Barbier, Journal, t. l, p. 23.
^* Mme de Slaal, Mémoires, t. 1, p. 189; Dangeau, Journal, l. XVII, p. 435, II décembre 1718; Caunmrtin de Boissy à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. 1,
•* Mme de Staal, Mémoires, t. I, p. 190; Buvat, Journal, t. I, p. 3/»3.
»*' Mme de Staal, Mémoires, t. I, p. 191-192; J. Buvat, op. cit., t. I, p. 342- 343; Dangeau, Journal, t. XVII, p. 438; 17 décembre.
•^ Dangeau, Journal, t. XVII, p. 436; i3 décembre.
•* Copie et traduction française de deux lettres du prince de Cellamare, ambassadeur du roi d'Espagne en France, faisant foi de ses projets de conjuration, adressées au cardinal Alberoni, publiées par ordre du Roi et précédées
LA CONSHHATION DE CËLLAMAUK:
Barbier, le public <( ne croit pas tout cela bien sincère ». A peine sont-elles entre les mains des ambassadeurs que ces lettres sont l'endues publiques. « Enfin, dit-on, voici les lettres. Il n'y a [ici] ni conspiration contre la vie du Régent ni contre lÉtat. Tout le monde pense que M. le Régent a très mal fait de les produire, et encore plus mal fait de s'être obligé à une justification, par la démarche qu'il a faite de faire arrêter la personne sacrée d'un ambassadeur. Ces lettres sont un manifeste donné par le roi d'Espagne à la nation française. Elles sont [/leines d'esprit et de bons sentiments pour le Roi et pour la nation... Des personnes poussent la politique jusqu'à dire que c'est un tour du cardinal Alberoni, d'avoir fait donner avis sous main, par les menées de l'ambassadeur, que le neveu de Portecarrero portoit des lettres secrètes pour rendre publics tous les mécontentements qu'on a contre l'adjiiinistration présente, et que le Régent a donné dans le panneau. Il faut, conclut Barbier, attendre l'événement de tout ceci^\ »
Un premier soin à prendre consistait à rendre Gellamare à son souverain. On n'avait pas même songé à retarder le voyage de Portocarrero et de Montéleon'"", l'ambassadeur prit le même chemin, protestant toujours d'avoir trempé dans une conspiration, traitant celle qu'on lui reprochait de simple badinage. Quelques papiers à lui adressés lui avaient suggéré la lettre saisie à Poitiers'"'. On le laissait jaser, et l'indulgence l'enhardit à écrire au roi mineur une lettre d'une grande audace'"^ Le i3 décembre, on le fit monter en voiture et il reprit la route d'Espagne sous la conduite de M. du Libois et sous l'escorte d'un détaQhement de mousquetaires. Il devait demeurer à Blois jusqu'à ce qu'on sût que M. de vSaint-Aignan avait franchi la frontière de France'"^ et le Régent voulut qu'on lui rendit tous les hon- " neurs dus au caractère dont il avait si indignement abusé'"*. Alberoni, ce jour-là même i3 décembre, faisait chasser de Ma-
d'i\ne note expliquant le renvoi de Vanibassadeur, in-fol., Paris 17 18, M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 17 décembre, op. cit., t. I, p. 393-394.
" Barbier, Journal, t. I, p. 24.
"•^ P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. 218, note 1.
^"^ Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 286, fol. io5 : M. du Libois à Dubois, i5 décembre 1718.
*" P.-E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 221. Gellamare écrivit aux ambassadeui^ (Vatout, op. cit., t. II, p. 3o8-3o9) et Dubois également, le iS décembre (/bt'(i., t. II, p. 3io-3ii).
*"*J. Buvat, Journal, t. I, p. 34o ; Dangeau, Journal, t. XVII, p. 436; i3 décembre 17 18.
*"* P.-E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 221.
lîeDvoi de Cellamare
La gnerre contre
l'Espa-ine devient
possible
drid ainsi qu'un malfaiteur M. d^ Saint-Aignan et sa femme. Le lendemain, ignorant tout encore de la mésaventure où succombait Geilamare,'il lui écrivait ce billet célèbre que le maréchal de Berwick surprit à Bordeaux : « Ne quittez Paris que lorsque vous y serez contraint par la force, et partez pas avant d'avoir mis le feu à toutes les mines. » Quand celte lettre lui fut communiquée, Cellamarc eut un geste de mépris : « Mines sans poudre », dit-iP"\
Si piteux que fut le défilé dos conspirateurs, il suffisait au dessein de Dubois. L'opinion publique lui permettait de tenir la parole engagée à l'Angleterre et de déchaîner la guerre contre le pays qui avait projeté de l'apporter en France. Le 8 décembre, quelques heures avant la capture de Poitiers, Dubois se montrait très ferme, très vigoureux avec l'ambassadeur des Provinces-Unies. <( Il ne fallait pas, lui disait-il, que la République se flattât de la médiation, la France n'y consentirait jamais, pas plus qu'à commercer avec l'Espagne pendant la durée de la guerre'"*. » Le Régent ne parlait plus de retarder la déclaration de guerre que jusqu'à la lin du mois"' et, le i4 décembre, Dubois écrivait à Destouches : « Je vous prie d assurer M. Graggs et milord Stanhope que tous les soupçons qu'ils ont eus sur les délais de la déclaration de guerre, n'ont point eu d'autres raisons que celles que je leur ai écrites, et particulièrement la découverte que nous avons faite ces jours-ci* de la trame et des intrigues de l'ambassadeur d'Espagne. Nous espérions avec raison les découvrir bientôt, et nous sentions bien qu'après un tel éclat, les opposants nous laisseroient le champ libre. S.A.R. a été et est toujours dans la même résolution. Elle n'a point eu dessein de lenii>oriser pour voir si Vpspagne changeroit et n'a rien ajouté aux ordres envoyés au duc de Saint- Aignan. Son intention est de ne rien proposer de douteux au Conseil de Régence, mais de bien prendre ses mesures, afin que les résolutions qu'elle y proposeroit touchant la guerixî fussent unanimes, et ne fussent accompagnées d'aucun mauvais dis-
cours
ï»"* Bibl Mazar.. rus. iî35/i, [Le Draii] Vie de Dubois, kA. 187 : Alberuni à Cellamarey lA décembre 1718.
i°« Public Record Office, France, vol. 352 : lord Stair à Craggs, Paris», 10
décembre 17 18.
^"^ Public Record Office, France, vol. 352 : lord Stair à Craggs, Pari«, 11
décembre 17 18.
'»« Arch. des Aff. Elrang., Espagne, Mém. et ducum., t. i4a : Dubois à Deslouches, i4 décembre 17 18.
La conspiration de cellamare
Avant d'en vciih- là, le Régent et Dubois estimèrent utile d'exploiter à fond la chance que leur livrait la conspiration si péniblement échafaudée.
Le princ^e de Cellamare hors d'atteinte, les conspirateurs fugitifs ou embastillés, cette cons])iration parut soudain si peu de chose qu'elle seinbla une rêverie, presque une imposture. Afin de réagir contre celte opinion, le gouvernement multiplia les ariestalions. La Bastille, Vinconnes et la Conciergerie reçurent un grand nombre d'hôtes car « la conspiration était un réseau qu'on pouvait étendre ou resserrer à son gré, et dans lequel on eiivcloppjiit (les hommes inconnus entre eux et des accusalions disparates, telles que le procès des légitimés, la séduction de l'abbé de Veyrac et le simple désir de passer au service d'Espagne. Cette confusion mystéri<'use avait l'avantage de grossir, aux yeux du j)ublir, l'énoiinité du complot'"'". De fausses rumeurs entretenaient cette ini^)ression, ainsi parlait-on de commissaiix^s nommés pour inteiioger les piisonnieis'*", des visites du garde des sceaux à la Bastille''^ et les arrestations ainsi que les commentaires allaient leur train sans que le public piil prendre tout cela au sérieux. « Que dites- vous, écrit-on de Paris, du choix (pie rnrnhassîuleur d'Kspjigne avoit fait de ses conjurés.^ Jamais je n'en ai vu de si ridicules... Jamais je n'ai yu une si belle sé(pielle d<' sots, de fous et de canailles''\ » Le parti vieille Cour, rassuré, relevait la tète sachant qu'on ne trouverait rien de bien compromettant et les paitisans du Régent ressentaient (piel(|ue <'inbarras jk)ui* eolor-M' l'arrestation d'un anibassadeur"\ L'ainl)assad<*ur impérial et lord Stair ne se cachaient pas de dire qu'on avait violé le droit des gens à l'égard de leur collègue Cellamare, et la lettre explicative de Dubois était assez mal reçue du juiblic^'*.
Celui-ci attendait plus et mieux d'une affaire entamée .avec un tel fracas. Le duc du Maine, se disait-on, ne pouvait pas n'avoir j)as trempé dans cette conspiration qui devait le délivrer du Régent son redoutable ennemi^^^ et on le verrait sans
*"• P.-E. L*îmonley, op. cit., t. I, p. 2^3.
"" Dangeau, Journal, t. XVII, p. /|3() ; 19 décembre 1718.
"* Dangeau, Journal, t. XVII, p. 438; 17 décembre; p. 44o ; 20 décembre 17 18.
*'^ M. Caumartin de Boissy à Mme de Bnlleroy, 18 décembre, dans Lee correspondttnts de la Marquise de B(dlcroy, t. I, p. 394. *
'" CMazelte de la Régence, p. 298-300; 23 décembre 1718.
'** î.ettre à Mme de Balleroy, 23 décembre 1718, dans op. cit., t. I, p. 397.
"' liarbier, Journal, t. I, p. 23; Gazette de Ui Régence, p. 3oo ; Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, dans op. cit., t. I, p. 391.
Iiisigaifiaiice des Complices
LA CONSPIRATION DE CELLAMARE
Le pape et les jésuites
mêlés à la conspiration
doute aller prendre logc'ment au ehàleau de Vincennes''"; au lieu de cela, le duc du Maine louait douze uiille livres rhot«?l que venait de quitter Cellamare'''. Ainsi, une fois oncoix}, les grands sortiraient indemnes de l'aventure, tandis qu'on assurait qu'il y avait quinze cents personnes compromises''". Le Blanc interrogeait les prisonniers sans en tirer beaucoup d éclaircissements; (( chacun d'eux se désavoue d'avoir pris engagement avec la Cour d'Espagne, hormis celui des simples services, en quoi il ne croit pas avoir péché''' ». L'abbé Brigault passa pour avoir fait l'aveu de tout ce qu'il savait""; peut-être le dépouillement des papiers de Cellamarc apportés au Louvre appritij tout ce qu'on voulait savoir.
Dès le iT) décembre, le Régent était éclairé et s'en ouvrit à lord Stair. 11 avait la preuve entre les mains (lue le pape Clément XI et la Compagnie de Jésus avaient i)ris part à la conspiration. Dés l(^ début de son gouvernement, Philippe d'Orléans avait témoigné confiance et estime au caidinal de INoailles, chef du parti appelant, il lui avait remis la conduite des affaires ecclésiastiques et le Saint-Père n'avait cessé, dès lors de ruser avec lui, de contrecarrer sa politique, de faire échec à ses projets de pacification; le nonce Bentivoglio avait, on l'a dit, lancé contre le Uégent un iianiphlet veniinrux. Il semble que le rôle du P. de Tournemine au début de la conspiration ait été une inq)rudence personnelle et isolée, mais il est malaisé de suppléer à un silence calculé ([u'aucune indiscrétion depuis n'a permis d'apprécier à sa juste valeur.
Le public n'ignore pas que Brigault a eu quehiues accointances avec les Jésuites'^' et qu'ils sont engagés dans le parti, mais « ils ne sonnent mot, ils ne s'écrivent même aucune nouvelle d'une province à une autre, parce que depuis longtemps toutes leurs lettres sont décachetées'" ». Un d'entre eux cependant se hasarda à écrire à son frère également affilié à la Compagnie : u Les Jésuites sont l'âme de tout ce qu'on a décou-
ii« Gazette de la Régence, p. 299; 23 décembre 1718.
11^ Lettre à Mme de Balleroy, 23 dccomhre 1718, dans op. cit., t. I, p. Sg» ; il venait d'acheter rhôtel de Conti, Saint-Simon, Mémoires, t. XI, p. 35-36.
ïi» J. Ruvat, Journal, t. I, p. 3/i3.
1'» Gazette de la Régence, p. 3oo ; 23 décembre 1718. ^ ^ r w ^
^^« Barbier, Journal, t. I, p. 26; Gazette de la Régence, p. 3oo, 3o5 ; Madame à la raugrave Louise, 27 décembre, dans Correspondance, t. H, p. 44.
^21 Biivat, Journal, t. I, p. 342.
1" Barbier, Journal^ t. I, p. 29; janvier 1719-
Le Régeot
décide l'arreslation
vert*" » et le Bégent n'y contredisait point. « Ce parti, disait-il avec une amertume dont il n'était pas eoulumier, avait taché de le perdre du temps du feu Uoi, de l'exclure de la Régence, lui avait toujours été hostile, le serait toujours; ce qui venait d'arriver mettait toute cette affaire dans son vrai jour, et il allait prendre ses mesures pour mettre ce ])arti hors d'état de lui nuire'^^. » Quelques Jésuites furent arrétés'^% mais le silence se fit et recouvrit tout.
Cependant le dépouillement des papiers de Cellamare se poursuivait et laissait planer l'inquiétude. Le 24 décembre, on remarqua que le Bégent pria le duc de Bourbon de surseoir à son de M. et Mvoyage à Chantilly'*^ et le jour de Noël, sur les quatre heures après-dîner il tint chez lui un conseil auquel prirent part M. le Duc, les ducs de Saint-Simon et d'Antin, d'Argenson, Toicy et Dubois; à l'issue de ce conseil M. le Duc et Saint-Simon demeurèrent dans le cabinet et tout cela, dit Dangeau, u fît fort discourir'^^ ». Saint-Simon n'a pas manqué de faire le récit de ce conciliabule'". La révélation qu'on lui faisait de la culpabilité du duc du Maine comblait ses vœux, dépassait ses espérances, peut-être aussi, comme on l'a pu dire, intéressait son avidité. M. du Maine n'était pas seulement un ennemi détesté, c'était une riche proie et Saint-Simon l'eut volontiers laissé décapiter afin de se faire attribuer à titre de dépouille la grande maîtrise de l'artillerie'"'; toutefois il n'osa parler que de réclusion. M. le Duc n'était ni moins vindicatif ni moins cu[)ide que Sainte Simon, mais il était beaucoup plus borné. Le Bégent s^musa à flatter sa haine publique pour la duchesse du Maine en lui proposant de l'en faire le geôlier. La « poupée de sang », ainsi qu'on l appe'i.'fil, était Condé et exigeait des égards partrculiers et des précautions minutieuses, étanî. au dire de Saint-Simon K propre à tout entreprendre pour se sauver ». Le château de Dijon pouvait la recevoir, mais Dijon se trouvait être la capitale du gouvernement de Bourgogne, apanage de M. le Duc. A cette
*" Lafitau à son jrèrCy Paris, 11 février 1719, dans G. de Sévclinges, Mémoires et correspondance du cardinal Dubois, in-8, Paris i8i5, t. I, p. 272.
*** Public Record Office, France, vol. 352; lord Stair à lord StcnMope, Paris, i5 décembre 1718.
"* Gazette de la Régence, p. 3o8 ; 6 janvier 1719; Madame à la raugrave Louise, 3o décembre 1718, op. cit., t. II, p. 46, dit que Foucault de«Ma«jriy fie cachait chez eux.
"• Dangeau, Journal, t. XVII, p. 442 ; 2\ décembre 1718.
"^ Dangeau, Journal, t. XVII, p. 443; 26 décembre 1718.
"» Saint-Simon, Mémoires, (igoS), t. XI, p. 56-58.
"• D'Arg^emson, Mémoire.':, édit. 1825, t. I, p. 178.
.«i-i*Ji^'w»j,- -*,— ■ il. .î-.V^
Arpeslalion
du duc du Maiue
^ii
mesure, qui flattait sa haiiR» on déshonorant son caractère, iM. lo Duc n'opposa qu'une r^^sistancc de puro forme teniperee par un ..ourir€^^% et Saint-Simon n'essaya pas de cacher qu il « trouvait la rocambole plaisanta... de voir cette femme qui avoit tant ose as.urer qu'elle renverseroit l'Ktat, et metlroit le feu partout pour conserver ses avanlages..., de la voir, dit-il, rager entre quatre murailles de la lUtion de M. le Duc''' ».
De tout cda rien n'avait transpiré, mais le 27 on apprit que les mousquetaires avaient ordre de se tenir prêts et de coucher touiouis à Kmr hôtc^l, en sorte qu'on no douta plus d arrestations imminentes. Le .8, dans l'après-dînée, le duc du Maine vin Visiter sr. sœur, la duchesse d'Orléans, et retourna a Sceaux; il paraissait fort tranquille malgré les fâcheuses rumeurs répandues •', son sLljrt'"^ La nuit suivante, les mousquetaires montèrent a cheval el h Rillarderu', lieutenant des gardes du corps, se transporta à Sceaux accompagné de vingt gardes et de vingt mousquetaires et, à huit heures du matin, arrêta le duc du Maine au nom du Roi. a Je m'attendais depuis quelques jours à ce compliment » dit le prince qui n'eut qu'à monter dans sa chai^ quon tenait prête pour aller à la chasse. M. de Trudaine, prevot des marchands et conseiller d'État, mit le scellé sur tous^ ses pamers'" utile précaution qui procura de nouvelles lumières. On découvrit un premier brouillon de la lettre de Philippe V au ]\oi composé par Malézieu et corrigé par le cardinal de I ohgnae On trouva aussi les lelties de plusieurs gentilshommes sur [e procc- des légitimés et on en distingua plusieurs à cause de i^ur vivacité l>(^ndanl ce temps la Billardi>ric avec son escorte inenaille prisonnier giaud train et l'enfermait dans la fortelx^S8e de Doullens en Picardie. Ému, inquiet, ignorant la menace qui planait sur sa tête*, le prince paiila peu, pria beaucoup, eheirhant un réconfort à la vue des églises de campagne et des croix de grand che.niii. Écroué dans celt<' citadelle'^' que l'on disoit Uymber en ruine et où les chambres étaient si ouvertes de crevass<^s qu'à peine les chandelles y pouvoient rester allumées^", « le duc du Maine s'y adonna aux exercices de piété qui prirent dès
1" P.-E. Lémontey, Histoire de la Ilégence, t. I, p. 222. i=»i Saint-Simon, Mémoires {iO^^)y t. XI, p. 58-5o. i« Dan-eau, Journal, t. XVII, p. Mi\; '^-S (l<'<mibre 171.S. ^" Barbi.T, Journal l. I, p. 27; janvier 1718. . . , , •
13* Bibl. mL, mss. fonds Cleninbanll, 1.17 : Ordre (le recevoir et de tenir sous bonne garde mon onde U duc du A/aine,' 29 décembre 1718. 1" J. Buvat, JournaU t. I, p- 344.
LA CONSPIRATION DE GELLAMARE
lors dans sa vie une place presque exclusive"*. Je jouis maintenant, écrivait-il, d'un repos que je i-egarde comme une grâce de Dieu... Je me console de ma séquestration, à la pensée que mes fils ne sont pas enfermés ici avec moi ». Ces deux jeunes gens devaient être conduits l'un à Blois, l'autre à Limoges, mais on les confia à la garde du comte de Toulouse qui les appela à Rambouillet"\
Le même jour et à l'heure même 011 on arrêtait le duc du Maine, le marquis d'Ancenis, fils du duc de Charost, capitaine des gardes du corps* à la tête de vingt gardes et vingt mousquetaires, arrêtait la duchesse dans sa maison de la rue Saint-Honoré, près de l'hôtel de Noailles. M. Fagon mit le scellé sur ses papiers vi la |)rincesse fut mc^iéc jusqu'à Essonnes par le capitaine des gardes et, de là, à Dijon'''. Pendant ce temps on mettait Mlle de 1 aunay en état d'arrestation, M. de Malézieu, son fils et bien d'autres; Dadvisar et Barjeton qui avaient travaillé aux mémoires sur les rangs des légitimés, le ehevalier de Gavaudun, Mlle de Montauban eurent le même sort. Deux valets de chambre de la princesse, quatre de ses valets de pied, deux frotteuses de. son appartement, pris d'un seul coup de filet, furent amenés le même jour à la Bastille'''. I^ cardinal de Polignac ne pouvant être emprisonné sur des indices trop vagues, on l'envoya en exil dans son abbaye d'Anchin'"" en Flandre.
Ces arrestations provoquèrent une extrême surprise'*', et les rumeurs les plus ridicules puisqu'on prétendit que le très pacifique Malézieu avait fait un amas d'armes suffisant pour trente-
»*'« Méditations sur le sermon de ?iolre-Seiqneur sur la Montagne par le duc du Maine, pub1i<'os pour la promièrcî fois, d'après nn manuscrit autbcnlique rt piv4MHl4MS (1 un<' noti<M' liisloriquo par A. Mrlli^T, in-S, Pans, iSS'i, p. cxxxvi- (M.i: travail consrii^nricnx, bion qno l'anNMir ait i}?nori' r<'xistcnr<^ .l^^ la Déclaration de la ducbosso du Maine, publiée par Lémontey, op. cit., t. II, p. A20iSS et par Vïitout, La con.-piration de Cellamare, iS32, t. Il, p. 357-366.
••''^ Gazette d4> la Bégence, p. 307, 6 janvier 1719; J. Buvat, Jonrnnl, t. I, p. aV'i, Dangeau, Journal, t. XVII, p. hf\o, ^^l. ,, j,
'••«« liarbier. Journal, l. I, p. ?.7 ; I><^ Pi<>P<% f^f^^ pctUc-fillc du Grand Conde, La duche.-se du Maine, reine de Sceaux et conspiratrice 1676-1753, in-8. Pans
"^•'" Mme de Staal, Mémoires, t. Il, Danereau, Journal, t. XVII, p. M5 ; 29 décembre 1718; Buvat, Journal, t. II, p. 3/,'i-3A5: Barbier, Journal, t. I, p. 28; Saint-Simon, Mémoires, (ioo5), t. XI, p. 61 ; Madame à la raugrave Louise, i*-- janvier, dans op. cit., édit. G. Brunet, t. II, p. \C^-\r Voir Bihl. de l Arsenal, Arcbiv. de la Bastille, ms. 10677-1067.S.
»" Lettre à Mme de Balleroy, 3i décembre 1718, dans op. cit., t, I, p. 243; Buvat, Journal, t. ,1 p. 3/i5 ; Gazette de la Régence, p. 3o5.
'*' Gazette de la liégence, p. 3o2 ; 2 janvier 1719. Saint-Simon écrit : « Comnjotion de la découverte... »
Kl de la ductiesse
Le cri public
cinq mille hommes'", d'autres racontaient qu'on avait mis au cachot un vakt de pied du duc du Maine, à ^n service depuis vingt-huit ans et qui devait être le principal instrument de la tragédie'", car il ne s'agissait de rien moins que d'assassiner le duc d'Oiléans, le duc de Chartres et la duchesse de Berry'"". On peut dire qu'à partir de ce moment, la conspiration de Gellamare et la cabale du Maine sont si complètement dissipées qu*il n'en resta pas même souvenir dans le public; heureusemeiit Mlle de Launay leur consacrerait une centaine de pages impérissables. /
A l'étranger, l'algarade de l'ambassadeur d'Espagne provoqua quelques réflexions imprévues. Alberoni se lamenta. « Nous sommes, dil-il, dans un temps où il n'y a plus entre les princes ni foi ni loi; on viole le droit des gens et on foule aux pieds ce qui est le plus sacré même aux nations barbares'*'. » Mais Alberoni fut seul à gémir, les autix^s applaudissaient sans réserve. Victor-Amédée pouvait à peine contenir sa joie, il trouvait que « toutes sortes d'égards, de bienséances et de modération avaient été observées''' », d'autres allaient jusqu'à blâmer l'excès de ménagements et de courloisie''\ frémi^lsaient d'une indignation qu'oa voudrait croire sincère'", comparaient la politesse du traitement fait à Cellamare et l'indigne brutalité avec laquelle le duc de Saint-Aignan avait été chassé de Madrid, et ensuite obligé avec S!i femme, une femme de Hiainbre et trois valets de gagner Saint-.Tean-Pied-de-Port à dos de mulet, d'où, pendant qu'on arrêtait le carrosse à Panipehme et y maltraitait les domestiques qui jouaient le rôle d'ambassadeur et d'ambassadrice, le duc et la duchesse mandaient du secours et une voiture de Rayonne où
ils se rendirent en grande hâte
'*2 Buvat, Journal, t. I, p- ^\h' 1" Gazette de la Bégence, p. ."^ofi ; 2 janvier 1719.
1** Gazette île la héuence, p. 3nO ; 9 janvi^^r 1710: Mcidnm4> à la raugrave Louise, 6 janvior 1719. ftnns op. cit., édit. Brunot, t. II, p. ho-
1^^ Alberoni à Bocca, iC décembre 1718, dans Lettres intimes, édit. Bour-
g€OU, p. 619. , r^ . • f
i^« Arrh. (les Aij. Ëtnmo., Turin, t. i33, fol. 3io : De Prye a Dubois, 24
déeembrc 17 18. • n
i-»" Arch. des AfJ. Etrang., Vienne, t. i33, fol. 7 : Bonneval à Dubois, 1
janvier T719. » rk 1 •
^^» Arch. des Ait. fArnnq.. Hollande, t. 335 fnon folioté) : Morville a Dubois,
n janvier 17T9: ibiVf., t". 33t, fol. 1S7 : Barnnqe à Dubois, 20 décembre;
fol. 199, Bnsnage à Dubois, o3 décembre; An^rleterre, t. 3ii, fol. 178, 2o3 :
Destouclies à Du}>ois. 19 et 20 décembre 1718.
i*« Saint-Simon. Additions an Journal de Dangeau, t. XVII, p. /|4 ; Mémoires
(1905), t. XI, p. 63.
LA CONSPIRATION DE CELLAMARE
Tous ces faits répandus, grossis, commentés, réalisaient complètement le dessein de Dubois pendant les six mois où il avait couvé la conspiration dans l'attente des services qu'en retirerait sa politique. Le double coup qui venait de frapper un ambassadeur déloyal et un bâtard ambitieux atteignait le parti de la « vieille Cour » et la petite noblesse provinciale qui avait lié sa cause à celle du duc du Maine. « Les fugitifs trouvèrent jusqu'au fond des provinces les plus éloignées l'horreur de leur complot et les pères même refusèrent asyle à leurs enfants^*^". Cellamare put lire l'indignation dans les honneurs forcés qu'on lui rendait; il fallut des précautions pour lui faire traverser en sûreté la ville d'Orléans''''. Mais à Poitiers deux gentilshommes de l'ambassade furent grièvement insultés par les étudiants'". » Qu'eût-on vu s'il avait traversé Bordeaux? Le maréchal de Berwick ne badinait pas et mettait en œuvre ce qu'on appellerait de nos jours une « campagne de presse ». (( J'ai reçu ce matin, écrit-il à Dubois, les lettres imprimées du prince de Chelamar; je les fais réimprimer ici pour en envoyer des exemplaires dans toute la province, rien n'étant plus propre à prévenir les peuples contre les insinuations des brouillons et à faire voir que la conduite d' Alberoni ne tend qu'à mettre le royaume en confusion'". » Berwick réclamait des exemples. « Dans cette occasion, Son Altesse Boyale doit se roidir contre sa bonté ordinaire. Il ne s'agit pas seulement de ses propres intérêts, il est question de l'État, et si j'ose le dire, il ne lui est pas permis de ne pas sévir contre les coupables ou du moins contre les chefs. 11 est absolument nécessaire de quelque exemple, sans quoi le« brouillons seront encouragés à faire de nouveaux complots. De plus, l'impunité conrirmera l'opinion que l'on tâche de répandre dans le monde, que tout ceci est une invention faite exprès pour avoir un prétexte de déclarer la guerre à rEspagne"\ »
Berwick, Saint-Simon n'étaient pas seuls partisans d'une répression sévère et même sanglante. On rencontrait dans le public des esprits non moins outranciers. « Quand on a la force en
- »" Mémoires de Ferrette, cité« par P.-E. Lémontey, op, cit., t. I, p. 228. ^•'•^ Lettre de Da Libois, 16 décembre 1718, dans P.-E. Lémonley, op. cit.,
*" Autre lettre du même, 5 mars 1719, dans P.-E. Lémonley, op. cit., t. I,
'*'' Arch. des Aff. Étrang., Espagne, t. 286, fol. 167 : Berwick *à Dubois,
""* Arch. des Aff. Etrang., Espagne, t. 2S6, fol. 186-187 : Berwick à D^^ bois, 25 décembre 17 18.
main, il faut s'en servir coup sur coup ot violemment, écrit Tavocat Barbier, c'est le moyen d'abattre, d'étourdir et de dissiper un parti qui n'a pas encore levé la tête^, et qui n'<?st pas encore au point d'opposer la force à la force'". »
L'épisode auquel l'imprévoyance et la nonchalance de Cellamare attachèrent son nom se traîna misérablement en interiogatoires, aveux, déclarations; on renvoya d'abord les subalternes, la captivité des chefs fut adcmcie. Le duc du Maine priait Dieu, la duchesse enrageait, Folignac relisait et corrigeait le manuscrit de V Anti-Lucrèce, Malézieu se livrait à des expériences où la prestidigitation tenait autant de place que la physique, l'abbé Brigault avouait tout ce qu'on désirait savoir, Pompadour fléchit le genou et tendit la main, il retira de son essai de trahison une récompense de quarante mille livres, Laval, Menil, Boisdavy sortirent discrètement de la Bastille, songeant qu'on leur avait fait beaucoup d'honneur de ne les pas loger aux Petites-Maisons'''. Mlle de Launay s'attarda en prison dix-huit mois, ce furent les plus aimables de sa vie, tes seuls où elle connut la
joie d'être aimée.
Pendant qu'Alberoni perdait la partie en France, il la perdait
aussi dans le Nord.
Les Hollandais continuaient à manifester leur antipathie pour la Quadruple-Alliance par le recours à tous les délais qui leur l>ermettaient de retarder leur accession. M. de Morville, successeur de Ghâteauneuf depuis le mois d'août 1718, ne négligeait rien pour hâter une décision, mais son impétuosité s'émoussait sur la lente et Hourde machine de la république. Les Hollandais voulaient rentrer dans leurs déboursés et il fallut leur donner satisfaction. Une convention signée à la Haye leur donna gam dé cause sur l'Empereur au sujet de l'exécution du traite de la Barrière (22 décembre 17 18). Alors ils ne furent que plus déterminés à obtenir l'engagement de la France à ne faire ni traité ni convention avec aucune puissance du Nord. Dubois, après avoir résisté, céda devant l'insistance des Anglais^". Ceux-ci s'inquiétaient de voir durer cette alliance si ancienne entre la France et la Suède, où les principaux avantages allaient à la Suède sous forme d(^ subsides. Nonobstant notre fidélité onéreuse k des engagements q\ii touchaient à leur fin, Charles Xll avait écouté le tentateur Alberoni et conclu un accord avec Philippe V,
»" Rarbkr, Journal, t. 1, p. 28.
ï** P.-E. Lémontcy, op. cit., t. I, p. 215. ï" Puhllç: Becord Office, France, vol. 35?. décembre 1718.
: lord Stair à Crnqgs, Paris, 3i
LA CONSPIRATION DE CELLAMARE
record aux termes duquel il devait s'emparer de Trondhjem en Norvège, passer de là en Ecosse, se déclarer pour le Prérei\dant l't s'intituler protecteur de la Religion prote-^tante. C est ainsi que le cardinal entendait occuper Georges P dans soiî île et le détourner des affaires d'Espagne. Seulement il arriva que d'jux jouis après l'arrestation de Cellamare et ''éeroulement de ses projets sur la France, Charles Xll tombait, frappé d'un coup d-'* faiiconneau devant Frederikshall et c'était l'effondrement de ses projets sur l'Angleterre (11 décembre 1718).
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