‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 60 sur 193 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

La déclaration de guerre

(Janvier — mars 1719)

CiOni^qiioncc polifiqno do la conspiration avortée. — Déclaration <]e j^norrc à l'Rspaprnc. — Mémoire de Torcy. — Lettre à lord Slair. ' — Conciliabule. — Le Conseil de la Rt'^ence. -- Manifeste de Fontenelle. — Proclamation publique. — L'opinion en France. — Déclaration de Philippe V. — Elle niiinque son but. — Lettre de Dubois à Stanhope. — Nécessité de resserrer l'îillianee. — r.rhecs diplomatiques d'Alboroni. — Préparatifs militaires. — Alberoni pressent le désastre. — Dubois subit la guerre et Pexploite. — Vanité i\o Slair. — Affair<'s de ia lijjrui- du Nord. — Suède. — Russie. — Menace de conflit dans le Nord. — Embarras de ministres anglais. — Dubois leur sacrifie la Suède. — Rapprochement avec le Parlement. — Alberoni conduit l'Espagne au désastre. — l)erniers et louches projets d'accommodement.

Ce qu-e n'avaient pu lui obtenir le Lit de justice et la déroute d<^s légitimés, la Quatruplo-Alliance et le triomphe de sa politique étranofère, la découverte et l'avorteniont de la conspiration de Gellamare allaient le valoir au Rép^ent. En face du descendant direct de Louis XIV, à l'instant de lui déclarer la guerre, Philippe d'Orléans représenta la France devant l'Espagne, le patriotisme national contre l'intérêt étranger. Sagement, il avait par ses mesures prévu et préparé l'événement. Dès le mois d'octobre 17 18, on observe des concentrations stratégiques au pied des Pyrénées*, le maréchal de Berwick, commandant en Guyenne, étudie les cols de la frontière, trace des plans% noue des intelligences en Catalogne et en Biscaye*.

Cependant l'Angleterre n'était pas sans inquiétudes. La politique dilatoire de Dubois pouvait s'expliquer par un partage d'influences qui se disputaient la volonté du Régent : celle de

» Annah o/ Stair, t. II, p. SSg : lord Stair à M. de Snm!-Snphorin, Paris, 3o octobre 17 18.

* Arch. des Aff. Ëtrnng., Espagne, t. 286, fol. 60 : Berwick à Dubois, 26 novembre 1718.

' Arrh. des Aff. fArang., Espagne, t. 276, fol. 10 : Dubois à Berwick, 3 décembre 17 18.

Conséquence politique de la conspiration avortée

Déclaration

de guerre

à l'Espagne

^ il

Mémoire de Torcy

Lellpes de lord Slair

Dubois cl colle do Torcy. Dubois restant le favori de qui l'Anolotorrc peut tout attendre, tout exiger, Torcy deniourant .uréoié d'une compétence hors ligne, niala.se a convamcre mpotible à surprendre et tout imprégné de. l-'d.Uon. d «.^ diplomatie qui n'accordait rien, que contrainte. » ' ^ 'f 'i '; ' ^ Jfut cependant Torcy qui précipita a rupture en re la Franj el l'E.pa-ne dont il avait tant contribue a un.r les dest nées. Em o an <lans un mémoire la politique étrangère du Regen

a T-tifiail et sat.achait à y découvrir la continuation de la po ti;;e de Louis XIV. Le Régent était entré dans tous l^es -«- Lments du feu Roi pour la pacification de 1 Europe et .1 n igno fi" pas que le salut du royaume était attach -« "-î^^'-^f , ^. paix générale. Il fallait, à force de bonne foi, diss.pei le, rte fiances et l'animosité des voisins de la France toujours prêts a reforr^er leur coalition contre elle. Le duc d'Orléans l'ava. compas T roi d'Espagne n'avait, malheureusement, Pa« /"".'^/^^"^ conduite 11 n'avait pas voulu considérer comme defin. ifs les ng g ments pris paJ son aïeul, il avait voulu troubler la pan^ de l'Europe à peine rétablie, au prix de quels efforts La France, ne disposaît d'^icun autre moyen de sauvegarder cette, paix predeuse que d'entretenir un accord étroit avec l'Angleterre a qu. on en était redevable. Encore fallait-il que la France dissipât ce ta"ne obscurités et quelques dissentiments survenus en^re el e Pi l'\n.^letcrre depuis l'échange des signatures dUtrecht, par tLt £:"îlc dLait garantir la --sion à ^couronne .^n conformité avec les dispositions de ee traite. Pour sa Pf' • ' ^^ gleterre confirmait le règlement à la «"'^^'".f •«", .^^.^^^^X', i Frmce et d'Espagne. Ces points acquis, il restait a emp< cher 'Em ;rur et le îof d'Espagne d'en venir aux mains e comme ils m. pouvaient faire combattre '^^''''Vf.'-"^*^^, ^"f,;,," Totaî- ,églait dès maintenant la situation H"'r',.,î ' uf vElit^ne ment evcluc de la péninsule par le traite d Utrecht. 1 Esj.agnc Tret aitiU grâce aux successions de Parme et de 'Toscane at nbiS au fils du second lit de Philippe V. en sorte qu .1 était trmis de se IK>ser cette question : Louis XIV eût-il obtenu pour

"Efln^leterre. le message adressé par le Roi au Parlement

« •- «-R fni Rn • Mémoire de Torcy,

d«:cçmbre 1718. • •

LA DÉCLARATION DE GUERRE

Walpole. Le i**" janvi€r 17 19, lord Stair adressait à Dubois une lettre dont les termes avaient été concertés à l'avance'. Elle rappelait les efforts unis de la Grande-Bretagne et de la France po\ir rétablir la paix, les agressions du roi Catholique, ses complots pour allumer la guerre civile dans les royaumes de se« voisins et de ses meilleurs amis. Dans cette conjoncture, le roi Georges avait senti qu'il fallait recourir non plus aux négociations mais aux armes, seules capables de montrer au roi d'Espagne vers quels abîmes l'entraînait son ministre. La lettre se terminait par une notification et une mise en demeure. « J'ai ordre du Roi, disait lord Stair, d'exhorter Son Altesse Royale de remplir les obligations du traité de Londixîs, 2"^ août dernier, et particulièrement celles contractées par le ^ article secret du même traité, et de prier S.A.R. en conformité desdites obligations, de déclarer la guerre à l'Espagne pour concourir avec Sa Majesté dans la bonne lin et intention qu'elle se propose de faire consentir le roi Catholique à rétablir la paix et la tranquillité de l'Europe, selon le plan du susdit traité de Londres\ »

On ne pouvait tarder plus longtemps. Dubois voulut cepi i conciliabule dant ménager l'opinion et eonha à Fontcnelle la rédaction d'un manifeste qui devait précéder immédiatement la dédlaration de gueriH}. Avant de le montrer au Conseil de Régence, le duc d'Orléans fit lire le manifeste dans son cabinet où se trouvaient réunis M. le Duc, d'Argenson, Dubois, Le Blanc et Saint-Simon. Cette pièce, au dire de Saint-Simon, fui ce qu'elle devoit être, c'està-dire masquée, fardée, mais pitoyable jusqu'à montrer la corde, • parce que nul art ne pouvoit couvrir le fond ni produire au public rien de plausible; du reste, écrite aussi bien qu'il étoit possible, parce que Fontenelle ne pouvoit mal écrire. On raisonna assez, on conclut peu, on y fit peu de changements'

(i*''' janvier).

Deux jours plus taid, le manifeste fut porté au Conseil de Régence. On lui donna comme repoussoir une lettre d'Alberoni prescrivant à Cellamare de révéler à lord Stair que c'était avec la connivence du Régent que le duc d'Ormond, chef du parti jacebite, avait pu se rendre récemment d'italiei en Espagne.

Le Conseil de Kégence

» Oxenfoord Castle, Stair Papcrs, t. III, B : lord Stair à Dubois, i«' janvier 17 19.

« Oxenfoord Caslle, Slair Papcrs, t. XIX A : Annals of Stair, X. II, p. 385.

• Saint-Simon, Mémoires (1905), t. XI, p. 7^; le même Additions au Journal do Dangean, t. XVII, p. 45o-4è4 ; Maikime à la raugrave Louise, 17 janvier 17 19, dans Correspondance, édit. G. Brunet, t. II, p. 53, croit que le manifeste est de Dubois et corrigé par le Régent.

LA DÉCLARATION DE GUERRE

Beretti-Landi était chargé d€ répandre le même mensonge en Angleterre. Ainsi présentée, la déclaration de guerre fut principalement appuyée {)ar le garde des sceaux d'Argenson, le -maréchal d'Estrées, le duc d'Antin et l'abbé Dubois. Plusieurs approuvèrent ])arce qu'il fallait se conformer à Tarticle ^ du traité. Nul no contredit Le maréchal d'iiuxelles s'abstint de paraître au Conseir. (( Villcroy, qui ne savait jamais s'arrêter entre l'arrogance et l'abjection, voulut répéter son suffrage dans une lettre au Récent' (3 janvier). S'il en fallait croire Saint-Simon, « le public^ne fut |)as si docile'" », et c'est probablement le contraire qui approche plus de la vérité.

Manifeste Le Manifeste du roi de Franee sur, le sujet de rupture entre la (de France et l'Espagne, daté du 8 janvier 171 9 est une œuvre de

Fontenelie) ^^^ .^^ ^^^. ^^^^^ entraîné l'assentiment du plus grand nombre

de ses lecteurs. Après un récit exact et modéré des rapports du Régent et du roi d'Espagne, des prévenances accueillies par des rebuffades, de l'influence néfaste d'Alberoni tendant à soulever la guerre civile en France, Fontenelie abordait la poilitique générale : (( Les longues guerres avoient lais&é eontre nous dans l'Europe des restes d'aliénation et de haine qui ne cherchoient qu'à se ranimer, et nos voisins encore pleins des jalousies et des frayeurs qu'ils avoient eues si souvent de nos prospérités, et même de nos ressources dans nos plus grandes disgrâces, songeaient déjà, pour achever de nous abattre à profiter de la mino rite du iVoi et de l'épuisi'ment du royaume, dont nous nous plaignions nous-mêmes ai^sez hautement pour inviter nos ennemis à tout entreprendre. L'ancienne ligue menaçoit de se rejoindre, et les Nations s'excitoient mutuellement à la guerre par l'importance de se mettre pour to\ijours à couvert d'une Puissance trop redoutable, et qu'on s'efforçoit encore de rendre odieuse par des reproches injustes de sa mauvaise foi.

(( Quel moven plus sûr pour dissiper cet orage, que de s'unir avec la Puissance qui, de concert avec nous, avoit rappelé la paix par les traités d'Utrecht? Le Roi ne négligea rien pour réussir dans cette vue. La confiance se rétablit par ses soins entre les deux Puissances; et elles comptèrent aussitôt que rien ne contribuerait davantage à confirmer une Paix encore mal assurée, qu'une alliance défensive entre la France, l'Angleterre et les

« Public Becord Office, France, vol. 353 : lord Stair à Craggs, Pari^

3 ianvior 1719. , ,,.,, „, . .

• P.-E. I/>montoy, op. cit., t. I, p. 227; la lettre de Villeroy au Régent -^t

du 8 janvier 1719-

1» Saint-Simon, Mémoires, t. XI, p. 74-

Provinces-Unies pour maintenir les traités d'Utrecht et de Rade et pour la garantie réciproque de leurs États. Avant toute ouverture de négociation. Sa Majesté donna avis de son dessein au roi d'Espagne... »

Mais celui-ci qui n'apercevait rien dans le traité d'Utrecht qui eût besoin d'être confirmé ou garanti, qui déclarait la guerre à l'Empereur, se couvrait de prétextes pour ne pas adhérer à la Quadruple-Alliance. Mais « les vrais motifs de refus jusqu'à présent impénétrables viennent enfin d'éclater disait Fontenelie avec une émotion peut-être feinte. Les lettres de l'ambassadeur d'Espagne au cardinal Alberoni ont levé le voile qui les couvroit, et l'on aperçoit avec horreur ce qui rendoit le ministre d'Espagne inaccessible à tout projet de paix. Il auroit vu avorter par là ces complots odieux qu'il tramoit contre nous. Il eût perdu toute ( spérance de désoler ce royaume, de. soulever la France contre la France, d'y ménager des rébellions dans tous les ordres de l'État, de souffler la guerre civile dans le sein de nos provinces et d'être enfin pour nous le fléau du Ciel en faisant éclater ses projets séditieux et jouer cette mine qui devoit, selon les termes des lettres à l'ambassadeur servir de prélude à l'incendie. Quelle récompense pour la France des trésors qu'elle a prodigués et du sang qu'elle a répandu pour l'Espagne. La Providenc<' a éloigné de nous ces malheurs, et tous les François à la vue de la trahison qui nous les préparoit, en attendent et en pressent la vengeance^^ »

Le lendemain, 9 janvier, on publia à son de trompe sur les places publiques la guerre avec l'Espagne^^ et en même temps, on criait et on affichait dans Paris la Déclaration de guerre contre iEspagne^^. Cette pièce portait que l'Espagne, en violant les traités d'Utn^cht et de Rade, avait détruit les espérances de paix et fait craindre le retour d'une guerre générale, longue et cruelle. Les rois de France et d'Angleterre n'avaient rien négligé pour ménager un accommodement honorable et avantageux au 10: d'Espagne. L'Empereur et le roi de Sicile y avaient donné les mains, mais inutilement. Le Roi, en conséquence de l'article 3®

** Dumonl, Corps universel diplomatique, in-(fol., La Haye 1726-1731, t. VIII, 2* partie. ^

^^ Dangeau, Journal, t. XVII, p. 456 ; 9 janvier; Gazette de la Régence, p. Sog ; 6 janvier 1719.

^^ Arch. des Aff. Étrang., Espagne, t. 286, fol. 2^1 suiv. ; Bibl. de Lille, F. Godefroy, IV, pièce G : Dubois à Godefroy, 3i décembre 17 18, Madame à la raugrave Louise, 17 janvier 17 19, dans Correspondance, t. II, p. 53.

Proclama-

tioit publique

L'opinion en France

288 • HISTOIRE Oli LA RÉGENCE

du traité de Londres du 2 août dernier, déclarait la guerre au roi

"^ ^nlra'nce, ce mot de <jaerre ne laisse personne indiftéi-ent. . On croit qu'elle ne se kra point » s'empresse décrire l.octogcnaire Dangeau"; « on débutera par une action d éclat .. ec t le Gazetierde la Régence^'; » on envoie trente a quai^nte m.lle hommes », note l'avocat Barbier". Une guerre, ceta. la ruine. L ble«sur;s ou pis que cela pour les humbles; pour les grands -c'étaient les grades et la fortune. On parla tout de suite d une promotion df maréchaux de France et les candidats se presen èrent; chacun imaginait des nominations assez etruiiges. Le vieux Lauzun, âgé de quatre-vingt-sept ans et toujours njahcieux. fut trouver le Régent, « et de ce ton doux et modeste qu il avoit si bien fait sien, lui représenta qu'au cas qu'il y eut ""<; P™"^;;; lion de maréchaux, comme le vouloit le public, et qu .1 en lit d'inutiles, lui éloit depuis de longues années le premier des fierenanû-généraux. Le duc d'Orléans qui ^to;t 'homme du monde qui sentoit le mieux le sel et la malignité se mit a ecla ter de r?re, et lui promit qu'au cas qu'il exposoit .1 ne seroit pas oublié II en fit après !e conte à tout le monde, dont les preendus andidats le trouvèi^nt bien fâchés" ». Tout de smte. on commença à faire le complet des régiments, à nommer généraux et colonels : Richelieu, Luynes, Melun, a Rocheguyon, Olonne, Montbazon, Villequier, Gcsvi>es, etc. etc. .

Tous ceux-ci savaient qu- il faut aller où il y a de la guerre, si l'on veut cheminer" » , mais que pensait le public et que disait^l? Saint-Simon, qui écrit plus de vingt ans après 1 événement avance que les manifestes de Dubois ne firent aucun effet Tur le publie; et il n'en sait guère, s'il en avait su quelque chose ri'ivaU oublié et c'est pour lui une occasion de dén^rer Dubois Marais et Barbier nous font défaut pour cette période par suite de lacunes, Buvat et le Gazetier parlent d'autre chose, nous r.e savons pas ce qu'ont dit 1,-s Français de ce temps, mais nous voyons qu'on a pris grand soin de les convaincre a coups de manifestes.

1* Dang.viu, Journal, t. XVII, p. 456; o janvier 1719. 1^ Gazette de la Régence, p. 3io; 16 janvier 1719.

1» Barbier, JourruiU t. I, p. 29. . , ^n i yvîT t> /i^a-Aôo:

1^ Saint-Simon, Additions au Journal de Dangoan, l. XVII, p. 459 4t)0 ,

Mémoires (iQoS), t. XI, p. 77- . .

^« Dangeau, Joarmii, t. XVII, p. 457; 10 janvier 17 9-

LA DÉCLARATION DE GUERRE

Danf^eau, Journal, i. 7s.yii, p. ^^j^ '- j 'y . .

TcZ,nartin de Bob.y à Mme d. Balieroy, ,9 '-"«r ,7.9, da«s Le.

Correspondants, t. II, p. 25.

Le 25 décembre 1718, Philippe V avait publié une déclaration solennelle, où il marquait que les avis, par lui reçus de toutes parts, qu'on préparait depuis quelque ternes de gros magasins sur les frontières de France, et qu'on avait déjà nommé les chefs qui devaient commander une armée, plusieurs autres dispositions militaires, l'attentat enfin qu'on venait de commettre contre le droit des gens à l'égard de son ambassadeur, l'obligeaient à jugeir que, contre toute raison, l'on pen&ait à faire une irruption en Espagne. Ce détestable projet ne pouvait être attribué au Roi, incapable par son âge de le former, ni à la nation française qui avait tout sacrifié pour maintenir S.M.<C. sur le trône d'Espagne; il ne pouvait donc être que l'ouvrage d'un particulier, dont les desseins prémédités d(»puis longtemps n'étaient que trop connus dans le monde; la postérité aurait peine à croire .que ce personnage se fût tellement dépouillé de tout sentiment de religion et d'humanité que, pour arriver à ses fins, il eût foulé aux pieds les droits les plus sacrés, et qu'il eût rompu une union qui avait coûté la vie d'un million d'hommes et pour Ijjquelle le roi Louis XIV avait tout hasardé, jusqu'à son propre F.tat, persuadé que la conservation et la félicité des deux couronnes étaient attachées à celte union, et que, pan' là, il mettrait fin à des guerres éternelles entre deux rois voisins dont la concorde était également importante au repos de l'Europe.

Les fidèles sujets du Roi Très Chrétien, ajoutait Philippe V, seraient indubitablement effrayés et scandalisés d'une nouveauté si monstrueuse, sachant surtout que pendant la minorité du lioi, l'on ne pouvait, sans le consentement des États-Généraux, ni déclarer la guerre, ni entreprendre aucune chose dont les suites pussent être funestes à la nation, parce que les États étaient »euls dépositaires de l'autorité d'un roi pupille et seuls chargés de la défense du royaume. S.M.C était persuadée que tous les bons Français touchés de ces justes raisons auraient horreur de prendre les armes; s'ils les prenaient, S.M.C. se promettait de leur bon cœur que ce ne serait que pour défendre sa couronne qu'ils avaient soutenue si longtemps avec l'amour qu'ils avaient naturellement pour leurs princes. S'ils se présentaient dans cet esprit sur les frontières d'Espagne, S.M.C. protestait qu'elle les recevrait à bras ouverts comme ses bons amis et ses alliés; qu'elle donnerait aux officiers des emplois proportionnés à leur rang; qu'elle incorporerait les soldats dans ses troupes, et qu'elle se ferait un plaisir d'épuiser, s'il était nécessaire, ses finances en leur faveur, afin que tous ensemble, Espagnols et Français, passent combattre unanimement les ennemis communs des deux

Déclaration

de Philippe V

TOMK 11.

Elle manque son but

nations. S'il arrivait en revanche que quelque particulier oubliât son devoir au point d'exercer des hostilités en Espagne, il devait s'attendre à être regardé comme une sujet rebelle au Roi Très Chrétien et traître à sa patrie.

Cette Déclaration fut suivie après quelques jours de quatre autres écrits du même genre et aussi maladroits. Ils reçurent peu d'accueil. Le Parlement ne put moins faii-e que d'en ordonner lia suppi'ession^'". Philippe V mettait en cause les Pailements, s'adressait à eux, les cajolait et n'en pouvait retirer qu'indignation sincère ou feinte. Mais il s'exprimait avec une franchise trop blessante, accusant le Bégent de « sacrilier tous les intérêts du Roi et de l'État à la passion démesurée de régner » et après avoir rappelé la démolition de Mardyck, le renvoi du Prétendant, il afhrmait que ce toute la France voit et sent que les promesses secrètes des Anglais faites au Régent pour ses intérêts partieuliei^, l'ont entraîné et l'ont fait passer par-dessus le préjudice qu'il faisait à l'État ». Les peuples souffraient, les nobles se ruinaient, les pix3miers succombaient sous le poids des impôts, les seconds périssaient faute de pensions et l'argent s'en allait aux favoris et aux maîtresses du Régent, aux étrangers qui, a ce prix, signaient des traités ruineux pour la France. 11 n'était pas jusqu'au duc du Maine qui n'obtint un mot d'éloge et de regret, et jusqu'au Parlement qui connaissait la prison et lexil en réponse aux remontrances dont on lui avait restitué le droit

illusoire"'. , . ,,„

La violence dépassait le but. « Le manifeste du roi d Lspagno a servi mon fils au lieu de lui nuire, nous dit Madame. 11 faut qu'Alberoni soit un violent meneur d'ours. Comment un garçon iardinier pourrait-il savoir le langage que doivent tenir des personnes royales.^ On a envoyé à Paris un millier d'exemplaires imprimés de ce document, on en a adressé à tous les gens de la Cour, à tous les évéques, à tous les membres du Parlement... On l'a fait à dessein et pour connaître les partis, car on avait a i« poste note des noms de ceux qui avaient reçu les paquets. Les cens de bien rapportent eux-mêmes les paquets qui leur ont ete envoyés, les autres les gardent et ils sont couchos par écrit a la poste, sans que le public ait connaissance de tout cela '. » Ces

- Dangeau, JoarnaU t. XVII, p. A6i ; i6 janvior 1719; L'arrêt a t'ié publié par J. Vatout, La conspiration de Cellanuire, 2- édit. i832, t. 11, p. ^2^-^20.

2^ Arch. des Aff. Êirang., E^agno, t. 28G, fol. 192-200.

-^Madame à la raugrave Louise, 27 janvicT 1719» ^""^ ^/'- ^'"•' ^^'"- ^• Bruu^, t. II, p. 56.

LA DÉCLARATlOxN DE GUERRE

Lellrc <le Dubois à SUnhope

pièces firent du bruit" et Dubois ne laissa pas que d'en être contrarié, il savait qu'une grande partie du public donnait raison à Philippe V. u Nous reconnaissons, écrivait-il, à lord Stanhope, par les découvertes que nous avons faites, et vous en verrez des preuves indubitables, que l'Espagne et la moitié de ia France ne se sont élevés contre S. A. U. qu'en haine du traité et de sa liaison avec le roi de la Grande-Bretagne, et la guerre que nous entreprenons contre l'Espagne va être à proprement parler une guerre civile, dans laquelle personne ne peut juger qui sera pour S. A. R. qui auia contre elle non seulement tous ceux qui sont engagés et prévenus pour l'Espagne, mais tous les Jacobites qui sont plus nombreux et plus considérables ici qu'en AngleteiTc même et qui, sans mentir, font les deux tiers du royaume. 11 faut nécessairement agir en Angleterre et ici avec un concert parfait et que rien sans exception ne puisse déranger et préférer cet intélét à tout autre... On peut négliger et perdre tout autre avantage, mais on ne peut donner la moindre atteinte à celui-ci sans porter à l'un et à l'autre gouvernement un coup moriel. Voilà la maxime sur laquelle j(^ suis persuadé que nous devons préférer l'Angleterre à toute autre puissance, et que rAngkteire doit préférer la France à toute autre liaison, et qu'il ne faut pas vivre ensemble avec fidélité seulennent pour les engagements pris et avec de simples égards les uns pour les autres, mais en intime liaison et en amitié et de la même manière que si les deux États appartenaient au même maîtn», faisant attention de part et d'autre aux préventions populaires pour n'effaroucher personne et parvenir à notre but qui doit être de porter l'union jusqu'à une union nîitionale...

« Par tout ce (pii nous a passé dans les mains depuis quelque temps, nous ne pouvons plus douter que le cardinal Albcroni ^^f, "jf °^"®'' n'ait juré la perte du roi de la Grande-Bretagne et de S.A.R., qu'il n'ait pour but d'enlever la couronne de France à S.A.R. si elle venoit à vaquer et de la procurer au Roi Catholique, et de conserver l'Espagne pour un de ses seconds fils; et pour venir il bout de ses mauvaises intentions contre votre gouvernement et contre S.A.R. de nous séparer. 11 n'y a aucune avance qu'il ne nous ait faite pour nous détacher de vous. Il n'y en aura aucune qu'il ne fasse auprès de vous, pour vous séparer de nous... Mais comme il voudrait nous détruire par la force et far la ruse, il faut employer ces deux mêmes moyens pour le

Méccs&ilé

" Saint-Simon, Mémoires (igoS), t. XI, p. 83-87.

combattre : la force, en faisant bien la guerre, et en déclarant et montrant dans toutes les occasions que ce n'est pas au roi Catholique ni à la nation espagnole qu'on la fait, mais à ce ministre turbulent, et lui faire personnellement tout le mal que l'on pourra... Ces vues n'empêchent pas qu'en même t«mps qu'on agira le plus vivement par la guerre contre l'Espagne et par les menaces au Pape contre le cardinal Âlberoni, on ne se serve aussi de la même dissimulation qu'il veut employer luimême et qu'on ne doive témoigner en toute occasion qu'on est disposé à la paix et qu'on ne laisse aussi longtemps que 1 on pourra une porte ouverte... Cette paix achèveroit de confirmer les Renonciations, détruiroit les mesures qu'il a prises et les actes même qu'il peut avoir faits pour les révoquer, nous donneroit le temps de rétablir nos forces, et nous mettroit en état de prendre de solides précautions contre ses mauvais desseins, sur lesquels il ne faut jamais s'endormir. Dans cette pensée, je crois qu'il faut appuyer fortement le délai de trois mois que les États-Généraux demanderont, ne pas consentir qu il soit disposé des expectatioiis que l'on a offertes i>our le fils de la reine d'Espagne, et apporter toutes les autres facilités qui pourront déterminer le roi d'Es.pagne à accéder au traité"; » ,,H„cs Alberoni ne s'alarmait pas outre mesure et à défaut de grands

aipîomaii- n,o„ens il .>ntassait de grands projets. La France demeurait a d-AlSe'foni ses yeux, une proie facile grâce au prestige persistant de Philippe V- l'Angleterre n'était pas moins vulnérable et une expédition conduite par le Prétendant aurait raison du trône hanovrien- la Suède manquait à l'instant où on allait lui adresser un appel' mais Pierre V' pourrait bien revendiquer le rôle auquel allait manquer Charles XII. l^ roi de Prusse réclamerait peutêtre l'honneur de s'y associer en haine de l'Autriche et de 1 Angleterre. Ainsi l'aventurier n'avait pas renoncé à remettre sur pied la ligue du Nord et le roi d'Angleterre toujours préoccupé de son électorat allemand était bien loin de se sentir rassure, contre les chances adverses que ,)ouvaient lui ménager ces régions et ces potentats mystérieux et redoutables. Cependant la disparition 'de Charles XII entraînait, à bref délai celle de son conseiller Goertz qui perdit la tête sur un échafaud et tous leurs plans s'étaient évanouis et la ligue était définitivement dislo-

» Arch. des Aji- fAnmg.. Espagno, .M^».o.><-.<i el ÙocnmenU. t. l'p : DaboU

à Slanhope, i6 janvier 1719. ,, . « „„ ,;, , ii „ a».^o •

" Madame à la ravqmve Louise. 0 <léo<-mbrr 17.8. op. cit.. t. II. p. Ai^ *ç, .

„ il a une physionomie qui no pK^viont pas en sa faveur; je ne croîs pas qu .1 ni<.uiH} d'une belle fin '>•

LA DÉCLARATION DE GUERRE

qu<3e. Alberoni avait fondé sur elle trop d'espoirs pour ne pas tenter de la faire revivre et envoyait dans le Nord deux émissaires le baron de Schlieben et le comte Marini, l'un Allemand, • autre Italien. Dubois les fit arrêter au passage, comme ils traversaient la France, et loger à la Bastille; le premier s'y attarda, k deuxième, plus subtil, offrit ses services, espionnage, trahison, tout ce qu'un forban p<ut offrir, fut agréé et retourna en Espagne. Tandis qm' k Xord lui échappai!, Alberoni s'efforçait en Hollande de désagréger la Quadruple-Alliance en détachant .d'elle les Provinces-Unies. Un momcMit il put se flatter d'y réussir. La Hollande avait trop perdu et trop peu gagné à la guerre de Succession ])our n'eire i)as devenue aussi pacifique qu'elle avait été belliqueus-e et elle comprenait à merveille que la Quadruple-Alliance devait amener la guerre avec l'Espagne, |)ar conséquence l'interruption de son commerce avec ce pays. Une prudente et lucrative neutralité l'en eût préservée, mais l'Angleterre et la France la lui interdisaient et l'entraînaient avec elles malgré elle. L'ambassadeur d'Espagne, Beretti Landi soutenait la résistance, suggérait des subterfuges, encourageait les ajournements à l'aide desquels les Hollandais se dérobaient à l'adhésion formelle réclamée d'eux; mais plus avantageux que clairvoyant, résolu à se faire valoir, il entretenait sa Cour d'un vain espoir de la dissolution imminente de la Quadruple-Alliance par la sécession de la Hollande.

(( Philippe V avait un intérêt majeur à prolonger indéfiniment la temporisation des Hollandais, et ceux-ci l'eussent volontiers portée à l'extrême limite. Sollicités, assiégés pour ainsi dire par les deux parties, ils se défendaient savamment, profitaient des deux mains, vendant du matériel naval aux Espagnols, obligeant l'Empereur à régler à leur avantage le traité de la Barrière, recevant sans émotion les vifs assauts de l'abbé Dubois. Cependant comme après tout, il ne leur était pas possible de faire bande à part, enserrés qu'ils étaient entre les grandes puissances, ils acceptèrent le principe de la Quadruple- Alliance, en février 1719". » Us y mirent cette condition que le délai de trois mois imparti à l'Espagne pour adhérer au traité, sous peine de déchéance des duchés italiens, fut prorogé d'autant. Dubois appuyait sur cette demande^' et, nonobstant les protestations de Pendtenriedter à Londres et de Koenigsegg à Paris, il fallut

" L. Wiesonor, Le Bégent, Vahbé Dubois et les Anglais, t. I"' P- ^-O- " Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, Mémoires et Documents, t. i42, fol. 65 : Dubois à Pendtenriedter, 28 février 1719.

Préparatifs mililaires

Alberoni

pressent

le désastre

céder, et Parme ainsi que la Toscane restèrent promis au roi d'Espagne pendant un nouveau et dernier délai de trois mois. Cependant les Provinces-Unies ne se résignaient encore qu a figurer de nom dans la Quadruple-Alliance. Il semble qu'Alberoni eut dû encourager une dis;)osition si favorable à sa politique; il choisit le rcMe opposé, malmena le délégué hollandais Colster, chargé de lui porter des conseils pacifiques à Madrid, et lui signifia l'inutilité d'une négociation dans ce sens.

Aux échecs diplomatiques, Alberoni allait joindre les catastmphes militaires. A cet incorrigible brouillon la journée de Passaro n'avait rien appris, il courait vers d'autres désastres avec une imperturbable sérénité. « Monsieur le Régent, écrivaitil, peut, quand il le voudra, envoyer une armée de Français. Assurez publiquement qu'il n'y aura pas un coup de fusil de tiré et que le Roi notre maître tiendra des vivres prêts pour les recevoir". » Ce hâbleur se complaisait en des prévoyances futiles; il fit peindre sur les drapeaux espagnols des fieurs de lis dont la vue devait émouvoir nos régiments, mais ceux-ci ne purent les apercevoir, vu la distance d'où les matamores d'Espagne se tinrent des Français. D'autres soins l'occupaient. Par S(^ ordres, on releva quelques pans de murs et on replâtra tant bien que mal quelques bicoques du côté de Girone, on empila des tonneaux de poudre, on roula des tonneaux de riz et de gartanzos, on empierra des routes que, depuis l'époque de l'occupation romaine, les ornières, en se rejoignant, avaient transformées en marécages, enfin on recruta dans les îles Canaries non des serins mais des soldats" dont on forma deux régiments. Quant à la marine, elle se composait de quelques vieilles coques qu'on s'occupa à calfater, à mater et à peindre, on leur adjoignit des navires de commerce français saisis dans les ports et on contraignit les équipages français à monter ces bâtiments et a servir une puissance en guerre avec leur patrie". Tout ceci n etait que dérisoire et notre consul à Barcelone mandait à Pans que l'Espagne ne pourroit soutenir la lutte, elle avoit peu de soldats et presque point de ressources" ».

Dans cette course vers l'abîme, Alberoni eut des lueurs, car

^-\ Alberoni à Cellamare, 21 novembre 1718, dans P.-E. Umontey, op. cit..

t. I, p. aÔA* 1 1 -D

" Arch. de la Marine, B^ 36, fol. 275 : lettre de M. Demoy, consul à Barçelone, 3 décembre 1718; B^ 38, fol. 60 : lettre de Ténériffe, 17 avnl 1719. *« Arch. de la Marine, B^ 37, fol. i56. »» Arch. de la Marine, B' 38, fol. 19; B' 36, fol. 107. " Arch. de la Marine, B' 36, fol. 275.

LA DÉCLARATION DE GUERRE

il était trop intelligent pour s'aveugler et trop intéressé pour se perdre sans ressource. Il esquissait le geste qui ferait retom.ber sur un roi presque dément la responsabilité de cette guerre par laquelle l'Espagne pourrait périr, et cherchait à s'attirer la bienveillance du duc d'Orléans. « Je crois, écrivait-il à Nancré, que S. A. R. est plus que jamais persuadée que je suis l'auteur de cette guerre et qu'elle m'impute le i^fus de S. M. G. de n'avoir pas'voulu accepter le projet. Une telle pensée ne va pas d'accord avec l'estime que S.A.R. dit avoir de ma personne, quand elle nie croit une boute-feu capable d'embraser toute l'Europe. Geficndant S.A.R. croira tout ce qu'elle voudra* et je laisserai au temps qu'il la détrompe sur mon sujet. Il faut bien avoir l'honneur de pratiquer le roi d'Espagne pour connoître son caractère... 11 est persuadé que c'est contre son honneur d'accepter ledit projet, et S.A.R. peut compter qu'il laissera mettre le feu aux quatre coins de l'Espagne, à moins qu'on ne trouve quelque expédient à lui proposer pour le persuader que son honneur est à couvert. C'est à S.A.R. de m'en fournir quelqu'un, et elle verra comment j'agirai''. » Et deux jours plus tard, à ses maîtres, les Farnèse : « Je suis d'avis qu'il faudrait se rapprocher du , duc d'Orléans, la ligue qui s'est formée va bientôt englober toute l'Europe, la Hollande et peut-être le Portugal. Mais puisque, malgré tout, le Roi ne voudra pas accepter le projet, il faudra bien jouer nos cartes et cette partie désespérée'\ »

Le Régent et Dubois, avec plus de sincérité peut^tre, ne se Duboissubit montrent guère plus empresses qu Alberoni a recourir aux ar- et Texploiie mes.' « Ge que V.E. me marque de la manière de penser du roi son maître laisse bien peu d'espérance, écrit le duc d'Orléans, et je m'afflige très sincèrement avec elle de voir perdre des moments aussi précieux que ceux qui restent encore avant celui des premières hostilités" » et Dubois, s'ouvrant à un ami nous donne le motif de cette ferveur pacifique. « Je me trouve, écritil à Robethon, dans la situation et pour ainsi dire dans le point de vue d'où l'on peut juger assez sûrement du bon ou du mauvais effet des démarches publiques, et je vous avoue avec la dernière sincérité qu'il n'y aucune circonstance qui ait fait perdre plus de terrain à S.A.R.*'. » Mais la lettre de Dubois à Stan-

" Arch. dea Aff. FArang.. Espapfn \ Ménwires' et Dociiwenh, t. i42 : Alberoni à yancré, 28 janvier 1710. .

»* Ibid., fol. 65 : Dubois à Pendtenriedter, 28 février 17 19.

." Ibid fol. 68 : Nan^-ré à Alberoni (de la p.irt du Régent), 19 février 1719.

" Arrh. des Aff. Etrang., An-leterre, t. 3^2, fol. 9.\9. : Diihoir à BobetJou, 25 février 17 19.

Affaires

de la ligue

du ^otd

Suède

298 ' HISTOIRE DE L\ RËGENCE

Diou veuille qu'il n'arrive plus de œs bagatelles plus pernicieuses que des choses capitales, et contraires diamétralement a 1 application qu'il faut avoir à faire -ouster et à augmenter la bonne intellifionce entre les deux nations . » , ,. •.

Il semblait que cette « bonne intelligence » ne se réaliserait iamais. Georges 1", toujours anxieux pour son electorat de Hanovre, redoutait encore la versalité d.i Régent et son influence sur les puissancs du Nord. Cette anxiété lu. suggéra une démarche faite en cachette de la France. J.e 5 janvier 1719, un traité dalliance défensive fut signé à Vienne entre 1 Empereur comme souverain des pays héréditaires, et les rois de Grande-Bretagne et de Pologne comme électeurs de Hanovre et de "^^axe'" Il« se garantissaient réciproquement les Etats qu 11s possédaient dans l'Empire, et, de plus, le royaume de Pologne et le -rand-duché de Lilhuanie contre toute agression venant du dehors et toute machination factieuse à l'instigation des puissances étrangères. Cet engagement devait subsister jusqu a l'entière pacification du Nord. On inviterait les autres puissances, surtout les Princes et États de l'Empire et les Élats-Generaux. a entrer dans l'alliance que l'on qualifiait de purement défensive Le Régent avait eu connaissance de cet accord par Vienne e se plaignait hautement de la défiance de Georges 1« a son égard Dubois renchérit et montra son maître touche et attriste par cette conduite qui atteignait gravement son prestige en France et Stanhope se trouva repris d'inquiét.ides et comprit ou crut comprendre que » des reproches si peu "«tuiels ne pouvaient être qu'un prélude à quelque chose de plus /a^h^"^ •

La ..uerre était déclarée, les joui^ s'écoulaient et il devenait urgent de mettre fin aux complications qui pouvaient surgir dans le Nord. Il faut, écrivait Dubois à Stanhope. saisir cette occasion que la Providence nous offre pour achever de donner hipaix à l'Europe, une paix très équitable. Le seul moyen de flir'e tomber l'Espagne tout d'un coup sans hu laisser aucune ressource est de former le projet dune paix générale dans, le S" ,> La disparition de Charles XII offrait une chance uni-

" Public Berori Office. Frnn... vol. S58 : D,,hm,. à Cragg., Paris 5 mai ,7,, Sainl-Simon. Mémoires (.goS). t. XI, p. 88; Dangeau, Jonrru.1. t. XVII,

•'•i'Ltl!t,y e;'n.><-,„.o,,,. t. II. p. 450; Du^on,, Corps unl.er.el <ii. "'^'Sv IZ' oir G'.Uy: vol. .1 : Sf.nHope a Saint.S.,f,orir„ '^Z!:. ^;e:A;rt;:lnrAng,clcr.., t. 3,,, fC. eo : n«..o. « Stanhope, 16 janvier 1719-

LA DÉCLARATION DE GUERRE

que à saisir, il fallait créer des faits accomplis qui empêchassent désormais le Régent d'hésiter entre Torcy et Dubois presque également ministres de sa politique extérieure; les Anglais, pour leur part, sentaient qu'il n'y avait plus une heure à perdre et allaient s'occuper particulièrement du sort de la couronne de Suède". Les alliés de Londres avaient à choisir entre deux candidats à la succession de Charles XII, son beau-frère le prince Frédéric de Hesse, et son neveu Charles-Frédéric duc de Holstcin Gottorp; l'occasion était belle d'obtenir du roi élu et de ses électeurs l'engagement de souscrire à la paix qu'on imposerait aux |)uissances du Nord.

En même temps, Dubois voulait qu'on fit des avances à la Russie pour la détourner de l'idée d'exciter des troubles en Suède et de fournir à Alberoni l'oceasion de les aggraver ou du moins de les entretenir. On ferait miroiter aux regards de Pierre P*" des avantages solides et lorsque la Russie, la Suède et le Hanovre seraient nantis, il deviendrait facile d'amener le Danemark et la Prusse isolés à se soumettre à ce qu'on exigerait d'eux.

Mais, déj«T, le traité du 5 janvier portait ses fruits. Dès le mois de février, une armée hanovrienne de douze mille hommes entrait en Mecklembourg, au nom des trois signataires, se saisissait des domaines du duc, y installait des Commissaires hanovriens''\ Pour ealmer les inquiétudes que la Prusse pouvait concevoir touchant l'extension du Hanovre, on lui offrait Stettin, on tournait ses ambitions vers l'Est, lui suggérant d'expulser les Russes de Pologne et, si le Tsar ne se contentait pas de Pétersbourg et Narva, à lui reprendre Smolensk et Kief. Pendant que Prusse, Pologne et Russie en viendraient aux mains, le Hanovre ferait son chemin. Maintenant que la mort de Charles XII entraînait la quasi-disparition de la Suède, les princes allemands s'apercevaient enfin de l'erreur qu'ils avaient commise en fondant la grandeur de la Prusse et de la Russie aux dépens de la Suède, mais combatifs comme ils l'étaient, ils prétendaient corriger cette erreur, remettre à leur place le Tsar et le roi de Prusse, une place aussi exiguë que possible, et pour cela recourir à la force des armes. Cette perspective bouleversait le plan de Dubois q^uî tendait à ménager le Tsar, entraîner

" Arch. dea Aff. fArang., Ano^lotorro, t. ^22, fol. 106; i34 : Destouches à Dubois, To ianvi'^r: Chaprorrl à Duhoh. oO janvier 171Q.

** Arrh. des Aff. Ëtranq., Pnisso, t. 60, fol. 228 : Bottenhourq au Régent, II févrior 1710; J. -G. Droysen, Geschichte der preussischen PoUtik, in-8, Berlin, i855-i886, t. IV, a* partie, p. 253.

Ilussie

Menace de

conflit dans

le Nord

Embarras

des

ministres

auglais

Dubois leur

sacrifie

la Suède

300 HISTOIRE DE LA RÉGENCî:

la Prusse dans la Triple-Alliance, empêcher toute guerre dans le Nord et interdire à Alberoni l'espoir de la faiiv; renaître.

Le mécontentement du Régent et de Dubois était fonde et celui-ci ne se privait pas de relever avec l'incorrection du procédé de l'Angleterre à notro égard les inconvénients auxquels le traité du 5 janvier pouvait entraîner la dynastie hanovrienne. l'imprévoyance traditionnelle des diplomates anglais ne leur laissait pas apercevoir l'orage que la main infatigable d'Alberoni amoncelait contre leur pays, à l'heure même où le duc d'Ormond s'employait à soulever l'Irlande et à envahir 1 Ecosse avec l'appui de la Suède et de la Russie". Devant ces faits, les ministres anglais, si incapables qu'ils fussent par tempérament d'entrer dans les sentiments dautrui, se sentirent humilies et embarrassés. Ils avouèrent que l'influence du hanovrien Hernstorff les tenait tous en échec et qu'il ne se faisait plus rien sans lui de grand ni de considérable en Angleterre" ... Ni le secrétaire du To\, Robethon, tenu à l'écart", ni les ministres anglais eux-mêmes n'avaient été instruits de ces négociations allemandes il leur coûtait d'en faire l'aveu mais il le fallait pour leur excuse" D'ailleurs les intérêts du roi d'Angleterre étant lies a ceux de l'électeur de Hanovre, force leur était d'en tenir grand compte car le Roi n'ignorait pas son propre intérêt et savait le poursuivre et le faire prévaloir. Trouverait-il son avantage dans une paix générale telle que Dubois la proposait? « Nous tombons d'accord, disait Stanhope qu'il faut la faire générale, mais nous appréhendons qu'il ne soit pas possible de combiner en même temps et avec une satisfaction égale des parties, tant d intérêts

divers". » • «ii«

Le projet de Stanhope faisait une large part aux princes allemands - au Hanovre surtout - dans les dépouilles de la Suède qui n'était pas éloignée elle-même de « regarder ses provinces

" Areh desAfi Êlmnn.. AnsUcrro. I. 35,, fol. 88, 267 : Dubois à Cragg^ „ janSr et 8 iars ,,,/; ,M<i,%. 3,., fol. ,63 : Dubo,. A De.toucUe., 8 mars

"- 4rch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 3,3. fol. 3, : Destouches àDuboi.,

16 janvier et 9 mars 1719. „ , , c» ,«. . n„innrhes à

" Arch. des Mf. etranç., Angleterre, t. 3,,, fol. i5',, 16. . Destoaches

^"tJ.'rS ^19; Angleterre, t. 3,„ fol. ,6,. ,69 : Cragçs a D.bo.

"»^TI Z'a,I. Siranç., Angleterre, t. 3,,, fol. ,90 : SianHope a Dubois. 3'i janvier 1719.

LA DÈCLARATlOxN DE GUERRE

d'Allemagne comme la source de leur misère*" ». Une paix bienveillante donnerait satisfaction aux deux parties, leur permettrait de faire moins large la part du Tsar et refoulerait celui-ci tout au fond de la Baltique dans une position qu'on essaierait de rendre bien incommode et même précaire*'. On était ainsi bien loin du traité de commerce du i5 août 171 7 et des projets d'alliance franco-russe. Une première fois l'alliance anglaise avait détourné la France de la Russie, une fois encore, pour protéger leur commerce exclusif dans les parages -de la Baltique ils invitaient le Régent à s'en détourner. Une intrigue parlementaire supérieurement conduite avait détaché Georges P'' de ses ministres hanovriens l'avait ramené à ses ministres anglais à qui il abandonnait le traité du 5 janvier et la décision des affaires du Nord. Du moment que la question restait à débattre entre Stanhope et Dubois, elle était pi^esque résolue et la Russie serait sacrifiée à l'Angleterre. Dubois en faisait l'aveu : « Une paix générale dans le Nord, écrivait-il, était à désirer par préférence à toute paix particulière. Mais les moyens qui se sont présentés à première vue, bien loin d'être infaillibles n'ont pu qu'être fort douteux. H y a apparence que les conditions que le Tsar demanderait pour la paix générale seraient contraires aux intérêts de la Suède, et à la liberté du commerce des autres nations. On ne peut se flatter de trouver facilement le moyen d'ajuster les intérêts de toutes les puissances impliquées dans la guerre du Nord. Mais si l'on ne peut pas entreprendre un arrangement aussi vaste, S.A.R. ne s'écartera pas de la prédilection qu'elle a pour l'Angleterre, et préférera la paix du roi de la Grande-Bretagne à toute autre. Ainsi, la paix du roi de la Grande-Bretagne avec la Suède est le premier point du plan dans lequel nous pouvons entrer ou, pour mieux dire, que nous suivons depuis la

Triple-Alliance". »

Ainsi Dubois marchait à son but : Terminer la guerre dans le Nord et la limiter dans le Sud. La premièi^e partie du plan livrait la Suède à l'Angleterre et privait l'Espagne de l'alliée sur laquelle elle comptait s'appuyer; au prix de cette désertion du rôle tenu par la France dans le Nord depuis des siècles, l'Espagne demeurait isolée, exposée aux coups et aux convoitises

•■•» Arcli. des Aff. Êtrang., Angloterro, t. 82:^, fol. 190

3i janvier 1719.

«» Arch. iie.^ Aff. Êtrang., Angleterre, t. 822, fol. 190

3i janivor 17 19.

«^ Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 822, fol. 260

8 mars 1719.

Stanhope à Dubois, Stanhope à Dubois,

Dubois à Stanhope,

llapprochement avec

le Parleaaenl

dt la France, de l'Empereur €t de TAnglclerrc, c'est-à-dire à la défaite et à l'obligation d'accepter la paix aussi onéreuse et aussi humiliante qu'il plairait à ses vainqueurs de lui imposer, mais à ce prix Phiilippe d'Orléans dressait une nouvelle barrière entre le roi d'Espagne et le trône de France, tandis que Guillaume Dubois aplanissait encore un obstacle sur Ui chemin du cardinalat.

Ces manœuvres ne leur faisaient pas oublier, elles leur eussent plutôt rappelé leur impopularité à tous les deux et l'hostilité soulevée dans le royaume par la guerre contre l'Espagne. A mesure que le moment d'entrer en eampagne approchait, le Régent et son ministre songeaient à influencer le grand courant d'opinion leprésenté par le jansénisme. Dubois, à qui promesses et protestations ne coûtaient guère, faisait quelques avances au cardinal de Noailies, prodiguait les bonnes paroles au maréchal d'Estrées qu'on savait hostile aux Jésuites, recherchait le suffrage des Pères de l'Oratoire, adversaires des Jésuites et promettait à lord Stair que, sous trois mois, il montrerait par des actes qu'il avait fait et ferait plus de mal à la Constitution que qui que ce fût. Ce n'érait certes pas prendre le chemin du cardinalat que d'agir de la sorte, mais c'était (( travailler à regagner les Parlements" »; ce qui était non seulement nécessaire mais urgent.

Le lit de justice du 26 août et les emprisonnements de magistrats qui avaient suivi avaient été profondément ressentis par les Compagnies, mais le temps commençait à faire son œuvre et le Parlement de Paris avait condamné la déclaration de Philippe V contre le Régent, datée du 26 décembre. A ce premier geste bienveillant succéda un geste moins vague. Par arrêt du f\ février, le même Parlement ordonnait suppression de quatre pièces subversives datées des 3, i et 6 septembre 1718'% faisant défense à tous imprimeurs, libraires, colporteurs et tous autres d'imprimer, vendre, débiter ou autrement distribuer sous peine de poursuites comme perturbateurs du repos public et criminels de lèso majesté. Ainsi s'ébauchait la réconciliation du Régent avec les magistrats. « Il y a apparence écrivait, lord Stair, que le Régent regagnera le Parlement; alors le parti espagnol fera pauvi-e ligure en France**. »

" Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stair a Cragçs, Paris, 12

mars 1719- , -, .,

«* Dangeau, Joiimnl, t. XVII, p. 472; 4 févrkir 1719; J. Vatout, op. ciL,

l. II, p. 3l5-320. / n . \

•^ Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stair a Craggs, Paris, *5o

janvier 1719.

LA DÉCLARATION DE GUEKKE

11 ne faisait guère meilleure ligure en Espagne. Comme la llotte était ensevelie au cap Passaro et l'armée emprisonnée dans sa conquête de Sicile, Philippe V, sa femme et son ministi-e devraient frapper le sol du pied pour en faire sortir des régiments et des havres. Si l'imagination d'Alberoni se repaissait de féerie, celle d'Elisabeth Farnèse ne i^evait que vengeance et chez Philippe V imagination et raisonnement avaient sombré dans l'animalité. Lxî cardinal imaginait projet après projet, tous grandioses, tous véreux et condamnés à la catastrophe ou à l'avorlement, paroç qu'aucun n'était proportionné aux moyens d'exécution. « De^ projets que j'avais formés, dira-t-il^ un seul, en réussissant, eût fait échouer les desseins de l'ennemi : la Providence les a tous traversés'*. » La Providence n'a pas eu à prendre ce soin, il lui a sufli de laisser à elles-mêmes ces conceptions ridicules d fbrce d'être inexécutables; jusque sous la pourpre on voit pointer la bosse de polichinelle. Que lui importe, au reste, cette Espagne qu'il conduit au désastre; il n'est pas Espagnol il est Parmesan, ce n'est ni son sang qu'on va répandre, ni son drapeau qu'on va insulter, il n'a même plus l'excuse — si c'en était une — d'aspirer au cardinalat.

Pendant qu'il protestait de son désir sincère de paix, Alberoni multipliait les manifestations belliqueuses et les louches tentatives. Rien instruit des intrigues des cabinets, il essayait, tardivement parfois, de les déjouer. C'est ainsi qu'il dépêchait au roi de Prusse l'aventui^er Marini, qui retourna sa casaque et passa au service du duc d'Orléans. Celui-ci se fit amener l'Italien et lui fit écrire à Alberoni combien le prince déplorait la guerre imminente, souhaitait gagner l'amitié du Roi Catholique et serait reconnaissant au cardinal de détourner les souverains de cette aventure où ils auraient toutes les chances contre eux. En ce qui regardait Alberoni personnellement, les suites de la guerre pouvaient lui devenir funestes : le duc d'Orléans faisait dresser un manifeste où toute la faute lui serait imputée, ce qui, en cas d'échec, pourrait décider le roi Catholique à l'abandonner. 11 serait plus digne de la prévoyance du cardinal d'attirer le Roi Catholique à l'acceptation du traité; par là, il assurerait son état contre tout événement, s'attirerait la reconnaissance du Régent qui s'emploierait auprès du Pape pour lui obtenir ses bulles de /'archevêché de Séville. Enfin, si le roi d'Espagne proposait encore quelques avantages en sa faveur qui ne fussent pas direc-

^* Alberoni à Rocca, 26 avril 1719, dans Lettres intimer., p. 629.

Alberoni

conduit

riDspagne

au désastre

Derniers et louches projets

d'accommodement

lemcnt contraires au traita, il tâcherait de les faire agréer par les

autres alliés^'.

Prescjuc au même moment où, à Paris, on amorçait cette négociation, le consul de France à Barœlone, pourvu d'une charge dans la maison d'Orléans, suggérait une solution imprévue au cardinal Alberoni. Mariage du prince des Asluries avec Mlle de Mont[x?nsi(»r, iille du Régent, cession au duc de Chartres par Philippe V de la souveraineté de la Flandre, à charge pour le duc d'Orléans d'en faire la conquête sans le concouns du Roi Catholique et de fournir à ce prince douze vaisseaux de ligne pendant deu\ ans, la France se séparant des alliés, etc., etc. '. Albeioni iMMisa voir dans ces deux factums la pensée secrète du duc d'Oiléans et il s'empressa d'écrire à Nancré, que le duc d'Orléans avait tort de lui imputer la responsabilité de cette guerre pour lacpielle il ne faisait qu'obéir aveuglément à Philippe V « Ouant au manifeste que S. A. veut faire imprimer en espagnol contre moy, je voudrois bien qu'il produisist l'effect qu'elle s'imagine, car il me mettrait dans un estât à donner bien des grâces à oeluy (pii en aurait esté la cause, mais je vois bien qii^ S A. est mai informée de ce pays icy. Le temps le dira". » Nancré ré[)ondit de la part du Régent que la lettre de Marini pas r)lus que celle de Rarcelone ne méritaient de crédit, mais que los dispositions du Régent n'avaient pas varié, en faveur d'un raccommo/leiuent ([ue suivrait une parfaite union;. Alberoni n'en voulait i)as et se lavait les mains sur ce qui adviendroit. <( C'est au bon Pieu, disait-il, d'y porter reinède^\ » Et le bon Dieu semblait y avoir renoncé.

^^ Public Uecord 0//tc^Fiau(M-, vol. 353 : hrd Stair à Croijos. Paris, .3 fc-

''"'puJ^c Record Ofjice, Franco, vol. 353 : lord Stair Stair à Cragip. Paris;

'^-^TitMic' fiLnf 0//ice, France, vol. 353 : Alberom à Sancré, iS janvi.>rt

''^'^' Public liecord Office, France, vol. 353 : Cancre à Alberoni. 19 février

'^'^'Pablic necord Office, Franco, vol. 353 : Mberoni à Nancré, MaUria, 6 mars 1719.

JÀa

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