CHAPITRE P
Le Testament da Roi
(Février 1712 — Août 1715)
Le Roi. — I^ Dauphin. — Mort du duc de Berry. — Inaptitude du roi d'E«pa;,'ne. -- Les bâtards légitimés habilités à la succession. — La tradition constante. — Déclaration de l'habilité des bâtards. — Solitude morale du Roi. — Le duc du Maine. — Le roi d'Espagne. — Le duc d'Orléans. — Cabale formée contre lui. — Projet de lui enlever la Régence. — Dépôt du testament par le Roi. — Dispositions du testament. — Peu d'illusions que conserve le Hoi à cet égarcL — Dépôt du testament. — La santé du Roi. -- Prétentifonis: de Philippe V à la régence, peu encouragées par la cabale des princes. — Premiers rapports de Georges P' avec le duc d'Orléans. — L'envoyé de Georges P^ — Politique française de I7i3 à i-jib. — Politique anglaise de 1714 à 1716.^ — Instructions secrètes de lord SUiir. — Il s'abouche avec le parti du duc d'Orléans. — Comment composé. — Procédés blessants de lord Stair. — Il parie h mort du Roi pour le mois de septembre, et poursuit son intrigue avec le duc -d'Orléans. — Offres du roi d'Angleterre au duc d'Orléans. — Première apparition de l'abbé Dubois.
Louis XIV se survivait. Depuis l'hiver tragique de 1712, la Cour de France ne connaissait plus ni fêtes ni cérémonies. Le Journal du marquis de Dangeau donne l'impression pesante de cette existence monotone et mécanique. Chaque jour, quelquefois deux fois par jour, le Roi tient un de ses conseils, il entend la messe, dîne chez Mme de Maintenon ou bien y passe quelques moments, promène dans ses jardins qu'il embellit sans cesse, ou encore va courre le cerf. Versailles, Marly, Rambouillet, Fontainebleau sont comme les quatre points cardinaux entre lesquels s'écoule la vie laborieuse du vieillard qui « ne veut pas que ses voyages lui fassent perdre aucun conseil* ». Parfois il se dirige vers Saint-Cyr à l'heure de vêpres, se rend à la chapelle et psalmodie le verset alternativement avec le chœur. Rentré à
» Journal au marqws de. Dnnqemi. avec les additiom médftes du ^«^^ «fe Saini-Sunon, édit. E. Soulié et L. Dussieux, in-8, Paris i858, t. XV, p. i64, (1714).
Le Roi
Versailles, il gagne rappartement de Mme de Mainlenon et. comme i\ aime la musique avec passion et chante volontiers, il demande à Mlle d'Aumale ses airs favoris et fredonne une vieille chanson à boire :
Vive Bacchus! vive Grégoire!
A tous deux honneurs sans fin.
Vive Grégoire!
Pour nous verser à boire.
Avec Mme de Caylus et Mme d'Auxy, Mlle d'Aumale joue Ksther par morceaux détachés, ou bien elle chante en s'accompagnant avec la basse de viole et la flûte^ Parfois, pour s'égayer, le'Roi fait jouer par ses musiciens le Bourgeois gentilhomme ou quelques actes de Molière. L'après-dînée s'achève ainsi, mais les soirées sont interminables dans le désœuvrement d'une intimité trop guindée pour être amicale. Ce qui reste de la famille royale se réunit dans le Sanctuaire, chez Mme de Maintenon, pour l'après-souper. « On parle beaucoup du passé, mais on ne dit mot du présent, ni de la guerre ni de la paix; on ne parle pas davantage des trois Dauphins et de la Dauphine, pour n'y pas faire penser le Roi. Dès qu'il se met à en parler, nous dit Madame, vite je cause d'autre chose en feignant de n'avoir pas euitendu' ». On passe des limons, des orangeades; un petit concert où quelques comédiens viennent un instant distraire. Le Roi « se fait raconter ses chasses par le comte de Toulouse, qui lui décrit aussi la façon dont il arrange ses maisons et aménage ses forêts* », notamment Rambouillet dont Louis XIV s'est épris"; « avec les princesses il s'entretient de leurs maisons* » ou bien il apaise les querelles et fait taire les jalousies. Le maréchal de Villeroy, seul étranger à la famille royale admis dans le Sanctuaire, rappelle les prouesses du jeune temps et Madame, par son bavardage, réussit quelquefois à faire rire son beau-frère' qui connaît l'af-
' 0. a'Haussonville et G. Hanotaux, Souvenirs sur Mme de Maintenoriy t. T, Notice biographique, in-8, Paris, (190a), p. lxii-lxv.
* Madame à la duchei^se de Hanovre, Versailles, 2^ mars 1712, dans Correspondance de Madame, hWi., E. Jaeglé, in-8, Paris, 1890, t. II, p. I73.
* Madame à la duchesse dte Hanovre, Versailles, 16 décembre 1712, op. cit., t. II, p. 190; Saint-Simon, Mémoires, in-8, Paris, 1905, t. VII, p. io5.
* Dangeau, Journal, t. XV, p. i65, (t7i4).
* Madame à la duchesse 4e Hanovre, Versailles, 16 décembre 171 2, op. cit.,
' Ma lame à la duchesse de Hanovre, Versailles, 19 mars 1712, op. cit., t. II. p. 173; Versailles, 16 décembre 1712, op. cit., t. Il, p. 190.
LE TESTAMENT DU ROI '
fection jalouse mais sincère que lui porte cette virago. « De toute la famille royale, a-t-elle coutume de dire, le Roi est encore celm aui a meilleur cœur. S'il mourait tout serait sens dessus dessous, car nulle part il n'y a amitié ni confiance, quelque proche parent
''"dT toute "la descendance légitime du Roi, il ne restait que le U n.»pWn Dauphin, un enfant malingre, dont le visage rappelait absolument celui de sa mère' qu'il avait failli suivre dans la niort. Pendant que neuf médecins s'empressaient autour de son frère aîné, atteint du môme mal que lui, et le tuaient à force de sai- . gnées et d'émétique, leur gouvernant*, Mme de Ventadour défendait le puîné, le tenait chaudement et, avec du vin et des biscuits, lui sauvait la vie". Il vivait donc, mais si délicat 6t si frêle que, n'osant le faire pleurer en le contrariant, on lui passait toutes ses volontés". La vieille Madame, qui le trouve fort mal eleve, le dépeint avec « de très grands yeux noirs, le visage rond, une jo le petite bouche qu'il tient cependant un peu trop souvent ouverte, ÎTn nez si bien fait qu'il serrait difficile d'imaginer mieux de^jolies ïambes ainsi que les pieds; en somme, plutôt joli que laid . » 'rie nouveaux deuils vinrent frapper la famille roya e : le duc Mo^rt^a.a-e d'Alençon mourut en bas-âge",, et la santé de son père le duc Berrv miné par une fièvre lente", donnait de 1 inquiétude. Ce Berry était un excellent prince, ignorant à ne savoir rien, absolument rien, sachant à peine qu'il était lui-même», colère, opiniâtre, débauché, paresseux et gourmand, mais avec tout cela le meilleur homme du monde quand on ne le contrariait pas A la suite d'un accident de chasse, il fut saisi de frissons, pris de vomisse-
• \fadame à la duchesse de Hanovre, Mariy, 19 novembre 1712, op. cil.,
'' '\l<lJmfà la duchesse de Hanovre, Marly, 17 avril 1712, op. ci»., t. U,
^'"^Marlame à h duchesse de Hanovre, Versailles, 10 mars 17", op. cil.,
^' "'Madame à la raugrave Louise, Versailles, >7 octobre .7.4, ,°P,^*"-' *•."• p. 7T2; en 1714. il eut «les convulsions, Mme de Maintenon a Mme VrsiM, 19 août, dans le recueil Bossango, t. III, p. loi.
" Ma-lame à la raugrave Louise, Versailles, 18 novembre nià, dans Correspondons, édit.. G. Brunel, t. I, p. i53-i53. , j,„. >«„,..
" Madume à la duchesse de Hanovre, Versailles. .6 avril I7i3, dans Corre.-
pondance, édit., Jaeglé, t. II, p. 195- „ -i a „„ ^;i t
" Madame à la duchesse de Hanovre, Versailles. 16 avnl I7i3. op. cit.. t.
'•'%?dame à la duchesse de Hanovre, Versailles, 21 mai^i7i2, op. cit.. t.
'"'''sa'imSimon, Addilions au Journal de Dangeau, t. XV, p. i36, (i7i4).
loaptitude
du roi d'Espagne
Les bâtards légitimés liabiliiés
à la succession
ments et mourut en peu de jours (4 mai 1 714) "laissant sa femme grosse d'un onfant qui ne vécut que douze heures ; enfin, la reine d'Espagne mourut elle aussi".
Sous ces coups répétés, Louis XIV prévit l'extmction prochaine de sa race et songea à y pourvoir. Il ne lui était pas possible de faire état des droits que Philippe V tenait de sa naissance puisque la renonciation solennelle qu'il en avait fait était la garantie de la paix conclue depuis peu de temps à Utrecht '. Sans doute, \f roi d'Espagne n'était aucunement persuadé de la validité de son engagement et, à la nouvelle de la mort de son frère Berry, son premier soin avait été d'envoyer à Marly le cardinal del .Indicé avec mission de revendiquer son droit éventuel à la régence du rovaume"; mais les Anglais avertis de cette démarche avaient . fait des représentations" et LouisXlV n'^avait pu moins faire que de renvoyer le cardinal sans l'entendre".
A défaut de descendance directe, le Roi trouvait des héritiers légitimes dans la famille d'Orléans et dans la branche do Conde; c'était le sang de France, mais les princes dans les veines desquels il coulait étaient méprisés ou dédaignés et devaient bientôt élevés au pouvoir, achever do perdre l'ombre de respect qu'on leur témoignait encore. Leur indignité ou leur insuffisance d'.me part et, d'autre part, la tendresse qu'il ressentait pour ses bâtards entraînèrent Louis XIV à une décision hardie. Non content de les combler d'honneurs et de richesses, le Roi avait légitimé le duc du Maine et le comte de Toulouse, et marqué leur rang après les princes du sang, avant les princes étrangers et les ducs
" Danccau, Journal, l. XV, p. lî.'i-iio. .
1» Dnn^cau, Jonrnal.. t. XV, p. 167, Saint-Simon. Mémoires, in-itî. Pan». iSo5, t. "vu, p. 55. U Roi s'était rattaché à l'espoir d'avoir un princo,
n>ais ce fut «ne fille. , ,, •
" Elle était sœur de la duehcssc de Bourgogne, elle mourut le i4 février 1714, voir L. Porfy jl,. Hcrpinl. Une. reine de douze ans, Marie-Louise-GabneUe de Savoie, reine d'Espagne, in-8, Paris, 1905.
"M R de Courcy, Renoncialion des Bourbons d'Espagne au tr6ne de France, in-8, Paris, 18S9; E. Kirkpatrik de Closoburn. Les renoneialions des Bourbons el la succession d'Espagne, in-8, Paris, 1907; S. de Bourbon, Le traité d'Ulrecbt et les lois fondamentales du royaume, in-8. Pans, ifli i-
-' Orimaldo au cagdinal del Judice. 23 mai 171/i, dans M. R. de Courcy. L'Espagne après la paix d'Uirechi, in-8, Paris, 189.1, p. 171-
" Lorrf Bolingbroke à M. de Torcy, Londres, 9 aoAt 1714, dans Lellres de Henri Scinf John, riromte de Bolingbroke. in-8, Paris, 1808, t. II, p. 41*.
" Louis X/1' « Philippe V, Versailles, i/i aoftt 1714. dans M. B. de Courcy. L'Espagne après la i>ait d'Vtrechl. p. 190. Brilish Muséum, ms. 8756, Mémoires inédits du prince de Cellamare, i" partie, fol. 10; Saint-Simon, Additions au Journal de Dangeau, t. XV, p. 266 ; 5 octobre 1714.
La tradition constante
LE TESTAMENT DU ROI '
et paire. Cette complaisance fut étendue aux fils du duc du Maine, enfin au mois de juillet 1714. le Roi déclara ses bâtards aptes à suc^der à la couronne à défaut d'héritiers légitimes.
Or à défaut de constitution écrite qui n existait nulle part , le royaume de France reconnaissait l'existence de certaines règles de droit public traditionnelles, supérieures à toute atteinte et désignées sous le titre de « lois fondamentales », dénomination superbe mais vague, personne n'ayant jamais vu le texte m jam^s su le nombre de ces lois. Tout au plus croyait-on que les lois fondamentales concernaient l'hérédité dynastique, 1 incapacité et l'exclusion successorale des femmes, le droit des âmes, 1 inaliénabilité du domaine royal. L'inhabilité des bâtards a la Couronne avait force d'axiome et paraissait ne pouvoir même pas être l'objet des entreprises de l'arbitraire le plus audacieux.
ïi incertaine pour tout le reste, la notion de « loi fondamentale » semblait précise et inébranlable dès qu'il était question de la succession royale, laquelle, suivant les légistes n était pas ,. héréditaire ni paternelle, mais légale et statutaire de sorte que los rois de France sont simplement successeurs a la Couronne par vertu- de la loi et coutume générale de France" ». Les jurisconsultes apportaient maints exemples montrant que ladite succession ne pouvait être empêchée par « exhérédation, confiscation,^ indignité ou cas que ce fût" ». C'était de cette tradition constante que méditait de s'affranchir I^uis XIV. . oéciaraiion
Toute l'affaire avait été conduite en grand secret. Dans 1 après ^^ |,^^^.,j,^ dînée du 28 juillet 171/1, les courtisans apprirent, sans surprise des bâtard. c,u. lo Roi travaillait avec le chancelier"; le lendemain, ils surent que le Premier Président et le procureur gênerai avaient ete mandés .< pour une affaire de très grande importance et qu on ne sauroit qiH- Ile lendemain »; vers le soir, il « transpira » que les Le^'" . timés recevaient « le rang de princes du sang dans toute son
'^ïe^'Tour'ià, le président de Maisons fit prier le duc de Saint- Simon .. de venir sur-le-champ chez lui à Pans ». L^ ^uc ^«7/ le président tenant conseil avec le duc de Noailles. « Du prem^r
" A Soiel, L'Europe el la liévoluKon française, I. Les mœurs poliligues ^ e( les traditions, in 8, Paris, i885, t. I, p- 187-188.
S traditions, ma, rans, loc.., t. *, ^. — - . , mnvîme 6«-
-- De Lhommeau, Maximes générales da dro.t /mnça.s; sur la max.me . d.ns J. Hitier, La doctrine de l'ab.soiulisme, ^-8, Pans .9o3. P- "J-
» J. du Tillet, RecueU d« guerres et trawtez d'entre les Boys de franct et d'Angleterre, in-fol., Paris, 1602, p. I97-
•' D.,ngeau, Journal, t. XV, p. 199; 'S.J'""*^' J^'^'
»' Dingean, Journal, t. XV, p. 200; 29 ]<""«» '7i4-
g HISTOIRE DE LA RÉGENCE
COUP d'oeil je vis, raconte-t-il, deux hommes éperdus, qui me St d'un air mourant, mais après une vive quoique courte nrTface que le Roi déclarait ses deux bâtards et à rmf.ni leur Mérité masculine vrais princes du sang... capables de succéder à la Couronne au défaut de tous les autres princes du sang. A cette nouvelle, dont le secret s'était conservejans la plus legè^ transpiration, les bras me tombèrent. .. Après avoir bien peste Ltrois pers;nnages reconnui^nt qu'il n'y avait po.n de remède 5 l'événement et nulles mesures à prendre. Saint-bimon, craignant que son absence n'eût été remarquée, regagna Mar y en erandc hâte, s'y glissa vere l'heure du souper du Roi. « J allai droit au salon, dit-il, je le trouvai très morne. On se regardoU^ on n'osoit presque s'approcher, tout au plus quelque signe dérobe ou quelque mot en se frôlant coulé à l'oreille^ Je vis mettre le Ro. à table il me sembla plus morgue qu'à l'ordinaire, et regardant fort à droite et à gauche. Il n'y avoit qu'une heure que la nouvelle avoit éclaté", la bombe étoit tombée tout-à-coup sans que personne eût pu s'y attendre, chacun se jeta ventre-à-terre comme on fait aux bombes". » Mais à chose sans ressource il faut prendre son parti et, dès que le Roi fut à table, le duc de Saint-Simon se rendit chez le duc du Maine et lui fit son compliment. Le Parlement enregistra l'édit, la Cour murmura en silence. Pans se déchaîna sans bruit; en réalité l'événement passa presque inaperçu et Madame, loin de blâmer, approuva. « Du moment ditelle que nous avons dans notre famille la sœur du duc du Maine et du comte de Toulouse», je préfère qu'on les élève plutôt quon
ne les abaisse" ».
Tandis que Louis XIV se justifiait à ses propres yeux en exposant « qu'il regardoit comme un devoir iif. dispensable envers ce nombre innombrable de peuples composant ce grand royaume de ne pas les laisser exposés aux troubles et à l'ambition qui déchireroient infailliblement les entraillles de l'État, si^la succession à la Couronne ne se trouvoit pas réglée et établie" » , tandis
" Saint-Simon. Méwohes. in-u, Paris, ifloB, t. VIII, p. 77-79- " DanffCTu, Journal, t. XV, p. 201; 29 i"ill<-t 171 'i- o tx ■
" V,iri.-Fr.invOisc d<î Bourbon, l^f-itimée <)c Franc*, mariée le 18 février if,,)2 à Vliilippc d-OrlJ^ans. alors duc de Chartres, Saint-Simon, Mémoire»
(ioo5>. t. VTl. p. 83. ^ , .,
" Mn'(<i'n« -• la nngrnre Louis.-, fontaincbloau, 2 septembre 1714. op. cil.,
" ^» Tfainbcrt. T>,x'nify et Taillan'li<r, Becueil général des anciennes lois ;rançai,e, inS, Pari», i83o, t. XX. p. fiifl. Miiv. : Edit qui. en cas de dêf.iiilance des prince? légitinirs de la maison de Bourbon, appelle a la succession du trône les princes léRilimôs, 28 juillet i-i4.
LE TESTAMENT DU ROÎ
oue le président de Maisons faisait fête dans son hôtel aux deux légitimés, Saint-Simon donnait libre cours, derrière sa porte bien fermée et la plume à la main, à son indignation. Elle compterait pour peu de chose s'il ne se trouvait avoir exprimé avec une précision rigoureuse, (résultat probable de ses entretiens), la situation juridique créée par le nouvel édit.
„ Que les rois, dit-il, soient les maîtres de donner, d augmenter de diminuer, d'intervertir les rangs, de prostituer à leur gre les' plus grands honneurs, comme à la lin ils se sont approprie le droit d'envahir les biens de leurs strjets de toutes conditions et d'attenter à leur liberté d'un trait de plume..., c'est le malheur auquel la licence effrénée des sujets a ouvert la carrière.. Ce renversement général, qui rend tout esclave... accoutume bientôt à vouloir tout ce qu'on peut. Un princt arrivé et vieilli dans ce comble extrême de la puissance, oublie que sa couronne est fidéi^ommis qui ne lui appartient pas en propre et dont 1 ne peut disposer, qu'il l'a reçue de main en main de ses pères a titre de substitution, et non pas de libre héritage, consequemmcnt qu'il ne peut toucher à cette substitution". »
Le 2 août les nouveaux princes du sang prirent séance au Parlement à ia grand'chambre". Ce jour-là môme, à Marly, louis XIV écrivit son testament". Il vieillissait et son entourage commençait à craindre qu'il ne lui restât que peu de temps a vivre Les revers de fortune et les catastrophes domestiques succédant à une prospérité inouïe l'avaient respecté dans son intelligence et sa volonté, mais la nature succombait. La perte du duc de Bourgogne lui imposait de nouveau la charge d une part du gouvernement que ce prince avait assumée; la disparition de la duchesse de Bourgo-gne laissait un vide impossible a remplir e' tout l'art de Mme de Maintenon, les prévenances de Ml e d Aumale le gazouillement de la jeune Jeannette de Pincré, la verve piquante du duc du Maine n'y pouvaient rien désormais; le ressort de cette âme si forte se détendait un peu plus chaque jour.
Le duc du Maine prodiguait au Roi ses assiduités, 1 entret^enait du détail de ses grandes charges, le persuadait de son d^interesscment, de sa piété, de son zèle pour le service, enfin le distrayait
" Saint-Simon, Mémoire.'! (it)o,5), t. VII, p. 8(1-90. „ . ^. ,, , .
" vZS, Journal, t. XV, p. 20,-2oS. additions, et Sa.nt-S.mon Mémo,res, l VIÎ, p. 95-96; .T. B.ival, Journal de la liégence, édil. Campardon, m-8,
''' "'isamtVt ■ iecuetU'anciennes lois française., t. XX, p. .62$ : Testament de L!!"rxlv\uous le donnons au chapitre IV^). Pour l'emploi de la journ.. du a août 1714, voir Dançeau, JoarmU t. XV, p. 202.
Solitude
n'orale du
Hoi
Le duc du Maine
! ^tt , *- *
Le roi
d'Kspagne
A HtSTOtRE DE LA RÉGENCE
r-ar ses contes, ses plaisanteries fines auxquelles il excellait avec an tour Xru.ant et «i aisé que l'art y semblait étranger et 1 .atentTon absente; en même temps ce prince releva.t d un mot un Sicuk sans insistance et comme à regret, ou bien le prisait usau à en faire jaillir la bouffonnerie, mais avec mesure encore irtouîours suivant le temps, roccasion, l'humeur du Ro. qu .1 œmv Lsait bien et dont il savait ce que la tendresse, ou même fr f ibks pour lui, permetlait de dire en sa présence. Mme de Ma ntnon favorisait' en toutes choses cet élève qu'elle cons.de- Ta connue un lils et à qui elle souhaitait tout ce que 1 amb.t.on la plus large pouvait souhaiter. Elle appréhendait au moins autlnt que lui un avenir qu'ils pressentaient proeham ou la ma.n puissante qui les soutenait viendrait à manquer; quant au Ror^ s'il devinait ces pensées et ces manèges, sa longue expérience du pouvoir lui laissait entrevoir l'inutilité des PUs sages précautions. Quelques jours après la promulgation de 1 edit du .8 ju -^ let il ne put se retenir de dire au duc du Ma-ne : « Vous 1 avez voulu, mais sachez que quelque grands que je vous fasse et que vous soyez de mon vivant, vous n'êtes rien après moi, et c est a vous après à faire valoir ce que j'ai fait pour vous, s. vous le ik.uvez" .. Celui à qui s'adressait cet avertissement ne le pouvait pas. C'était un gentilhomme agréable et habile à qui manquaient deux vertus : la franchise et le courage; on 1 avait vu al armée insuffisamment brave, on le verrait poltron à la grand chambre.
L'étoffe manquait. . . , , ,
Ses rivaux cependant paraissaient peu redoutables. Le premier vivait hors de France, régnant sur l'Espagne depuis 1701. « Prévenu de gravité dès le ventre de sa mère », il parlait peu et lentement, avec une sorte d'effort. Élève de Fénelon et de Rcauvilliers il n'avait jamais éprouvé la prétention de marcher sur les traci^ de son frère aîné, le duc de Bourgogne. ..Né pour être réduit au rôle de sujet », docile et passif, il avait desappris 1 action, abdiqué sa personnalité. Quand la politique eut besoin de lui il n'avait pas vingt ans et le caractère était si complètement dissous qu'on ne trouva qu'une ombre. La royauté 1 accabla. l'Espa-ne l'abrutit. Sans être imbécile il en donna 1 impression. Bravera la guerre, il allait au feu comme un soldat à condition qu'on lui dit d'y aller, si on lui avait dit de se cacher il se fut caché. La chasse était son unique passion, il s'y ruait avec frénésie; pour le calmer on le maria; il abandonna le gouvernement
3' Suinl-Simon, \Unu,ires (i9o5), I. VU, p. loO; édit <le BoisUslc. l. XXV. p. 17. ■
tË TESTAMENT DU ROl
à la Reine qui sauva sa couronne et régna à sa place, maie il la tua de grossesses. Dès qu'elle fut morte, il retourna chasser, ren- . contra le cortège qui transportait le cadavre à l'Escurial et, suprême témoignage d'affection, ralentit la chasse et arrêta son cheval pour regarder passer le convoi". Il ruminait à ce moment (luellc princesse remplacerait lia défunte, et un rival si préoccupé semblait devoir faire bon marché de ses droits à la régence. CeiK-ndant il n'avait prononcé que contraint la renonciation exigée de lui à Utrecht et la tenait pour extorquée et inexistante, le prétendu droit qu'il pensait tenir de sa naissance étant si essentiel à sa personne que. le voulùt-il de bonne foi, il ne pouvait s'en dépouiller. Et ce droit lui imposait un devoir d'ordre surnaturel : il devait conduire les âmes de ses sujets à la béatitude élernelile, leur épargner les erreurs, les impiétés, les scandales qui compromettraient leur salut et dont le duc d'Orléans promettait de tolérer ou même d'encourager les funestes exemples.
Celui-ci. — le deuxième rival — était un autre homme. Il atteignait la quarantaine et décourageait l'indulgence. Grandi au milieu des mignons de son père et initié à leurs infamies, mal défendu par sa mère, souillé peut-être par son précepteur, le duc d'Orléans avait reçu en partage tous les dons de l'intellignce, toutes les curiosités de l'esprit, une bonté réelle et expansive, une bravoure, une endurance et des talents qui avaient brillé à la guerre. Sa dépravation morale déconcertait ses contemporains, indignait la foule, attristait sa mère et inspirait au Roi un dégoût marqué pour ce « fanfaron de vices »; dégoût qui s'ajoutait à des impressions plus anciennes. Instruit jusque dans le plus petit détail de oe qui concernait sa famille, Louis XIV savait l'ambitieux désir de régner que nourrissait son neveu, desir que le duc de Bourgogne avait pénétré". Ne voyant aucun jour en France pour satisfaire son ambition, Philippe d'Orléans s était rabattu sur l'Espagne, guettant l'occasion propice", escomptant des chances qui lui échappèrent et revêtant à ce jeu une certaine allure de conspirateur". Disgracié après deux brillantes campagnes, rentré à Paris, toléré à Versailles, il était celui quon
" Saint-Simon, Additions au Journal de Dang^u, t. XV, p 85; Madame à la /(/c/irsce de Hanovre, Versailles, ii mars 17U, op. cit., t. 11, p. :îio.
- W^^^ deJ.-B. ColherU marquis de Torey, pendant les années
,709, 1710 el 1711. <^Jit- F^- ^ï^^^^^' '""^^ Paris 188A, p. ig^.
-0 P -E I^montey, Histoire de la Régence et de la minorité de Louis XV ius,^aa ministère L Cardinal Flenry, in-8 Paris, x83. t- J, P,J^oo, no^ i
^i \. Baudrillarl, Philippe V et h Cour de France, t. Il,* Philippe V et le duc d'Orléans, in-8, Paris, 1898, p. 55-9^.
Le duc d'Orléans
^^ HlâTOIRË DE LA RÉGENCE
p.. soupçonner des pi^^d.^
"""• tHu Uôn on fa u' imputa", dès lors il ne mourut rapprocha t du l^one on , j^^^^^^^ ^^ ^ .^ ^^.^^^.^ ^.^^^ ^^
^rMlbs^e qui paraissait rendre ses forfaits inutiles, ce ntai «ûe calcul disail-on, pour empêcher le retour en France Sn îoi ÏEspa-n " Louis XIV affectait du mépris pour ces cla- Sauderies" ml les vices affichés du duc d'Orléans «<. debau- S publiques lui inspiraient pour son neveu un elo.gnemen t'rmontable et le rendait indigne à ses jeux, de la garde A'ur, rni mineur et du soin de son éducation .
s" cheTEippe V, la volonté paraissait dissoute, chez Ph.lione d Orlean in* é^ait pourrie. Tous les entraînements lu. lisaient mo?ns encore par faiblesse de caractère que par dege- Sœnce physique. Adulte et vigoureux, il succombait avant roure^cès un seul verre de vin suffisant à troubler sa raison. nvro^neHe ^ui répugnait, cependant il s'enivrait afin de faire ' e bo'n Zue ,. et! pris de vin, perdait to^je notion de ses paj.- 1P, et de ses gestes". La débauche, l'inconduite et le blasphème S lii sumsant plus il avait roulé jusqu'à l'orgie, l'mceste et
'tonn^ssant les limites de son tempérament, au lieu d'^rrdénloi^r et d'en surveiller la faiblesse, il s'en infatua et a débrida, S éXea la débauche en principe, méprisa les bienséances, bafoua la p obi té chez les hommes et la pudeur chez les femmes nour aboutir à cette conclusion que tout n'est en ce monde qu ar- E et mensonge, perfidie et préjugé. Ce fut avec ce bagage nu'U se p^olisif dans une Cour où le vice se dissimulait mais Jrolp'ait. Robuste et de mâle apparence, son -n^^'-t j-spend'être beau et gracieux pour suivre la carrière des succès liber
« M,.l«m. à la .(«cftmc .le Hanovre, Vorsnillcs, s. février .7", op. cil.,
'• "'^Lùmé « la dn.:hcs.e .le Hauorre, Ver^.ilks, ,0 mars ,7.,, op. cit., t. II,
^''''Madame à la dachcne de. Hanovre, VorsaiUes. .0 mars «7«^. "P- <^"-.
'• ''\fa.iZeTla dacUe.se de Hano.re, Versailles. .0 février. 8 avril .7".
"'Ain'' "ouf.o:[f.' rtliplornatie secrUe an xv,.,- .siéde. .Se, dé^al.U ,ecrelln Bêlent el la politique de Vabbé Dubois, .7.6-17.8. .n-8. Pans.
''"''MJmeà't daclus^e de Ha.o«re, Versailles, ,. février, .4 avril .7.^.
"':4L:.."'/u1«'chL't Hanovre. Versailles. .7 «•« «7". op. cit., t. II, p. 174.
LE TESTAMENT DU ROI
tins, vigoureux et ardent, il courait les aventures sans délaisser sa femme et défrayait la chronique avec ses bâtards tandis que la Gazette enregistrait les naissances de ses filles.
Le plaisir l'attirait moins que le scandale, et du scandale il recherchait l'éclat tapageur comme la plus sûre garantie d'une bravade adressée à l'opinion publique, d'un défi jeté à la morale commune. Cette préoccupation l'entraîna à des excès étranges et monstrueux qui révoltèrent et où il se complut; dès lors, il souhaita éclipser les i)ires débauchés, les dépasser en outrances de toutes sortes et en impiétés d'un ragoût nouveau et inconnu, choisissant les jours les plus consacrés par la piété chrétienne pour tenir les discours et combiner les orgies les plus criminels. Bien qu'il fît profession de n'estimer personne, un sentiment de modestie qui ressemblait au respect le saisissait au souvenir lies libertins fameux, il les considérait comme ses maîtres et ses modèles, désespérant d'atteindre à une si rare perversité. Le .riand i)rieur de Vendôme obtenait de la part de ce blasé une sorte Tic culte et un sentiment de déférence ressemblant à de la vénération; c'est qu'au cours d'une longue vie et chaque soir, depuis plus' de quarante ans, Vendôme s'était couché ivre. ^
La diso-ràce qui suivit ses louches manigances en Espagne le ramena Tu Palais-Royal, oisif, inquiet, curieux. La chimie l'attira et des sciences naturelles, alors si vagues, il passa de plain-pied aux sciences occultes, c'était encore une manière de provocation! Brave devant l'ennemi, une fausse idée de courage le jeta dans l<.s évocations et les diableries; car cet athée était crédule, niait Dieu et confessait Satan jusqu'à espérer de le voir et de le faire parler. Il s'y appliqua, passant des nuits entières dans des taudis, se livrant à de puériles et répugnantes supplications, sans résultat. Déçu mais non dégoûté, il s'adonna aux plus abjectes supercheries de la divination n'ayant désormais qu'un desir : acquérir la preuve que Dieu n'est pas. car il était trop intelligent pour ne pas sentir que nier n'est pas supprimer. 11 ne voulait plus croire, il ne savait plus croire et cependant son incrédulité n etait qu'un doute et ce doute, dans les deux sens. 1 importunait. Ouand il eut épuisé les expériences, il conclut que si 1 existence de Dieu échappait à la preuve positive, son inexistence y echap- , ait aussi et, loin de reconnaître l'infirmité de sa raison, .1 pensa découvrir cette preuve qui le fuyait. Une âme mortelle arrangeait tout et la disparition complète de l'être humain, son anéantissement, le soustrayait à cette Providence ^TJ^^^T^fZ. une impuissante solitude. Nouvelle déception! Ap.es de longs raisonnements, le prince dut s'avouer que s. cette ame mortelle
j2 HISTOIRE DE LA RÉGENCE
• ,«;t il ne Douvait la concevoir. Ainsi, d'expérience en expé-
i iraversaïl ous les systèmes; le déisme lu. sembla un
nence, il ^^^'^T^^'^j '°;' ^ru il y renonça. Saint-Simon qu.
Tniiiouis le (( fanfaron de vices ». . e^ K,.a
S était contraste et contradiction dans oett* nature. Sa bravoure lui aisait affronter les balles et dédaigner les po.gnards voure lui lais persuadé que rien ne i^uvait le
!°;:„tpÎonr ',t ,: piÎ^H t d";oVdc Jn> du. I.ng.gc dune
^'^cï^:^^^^^^^ son rang lui i-POsa^t cl., de^^^^^^^^^ de
s à V .'; le? ^aLon^ilgner le Roi à l'oface de matines et désister à .la messe de minuit et aux deux ^^J^^^l celL^ci; la Cour fut éditlée par l'appheat.on ^^^"^^ toutes les prières dans un livre; mais ce ^^^^ ^.^^^^'^^"^^^^^^ lais Tout autre qui eût agi de cette façon 1 eut tenue sccreic, PMlippe d irléans s'en va^ta bien haut : fanfaronnade! Ccpendan Ibelais n'avait plus pov.r lui, depuis longtemps 1 attm ou 1 excuse de la découverte, et la musique de la chapelle du Roi, ri:S^e qui fût en France, eut suffi à if cesser et ch« - un homme capable de composer, mais tout cela nctai que pie^ texte et occasion à scandaliser, il fallait faire l'impie et le a bon
""tennui, un incurable ennemi assombrissait cette AUesse, tour à tour éprise et rebutée des arts, des sciences ou des lettres. Feutte n'avait-elle rien de plus que des aptitudes variées, -- aucun don supérieur : en rien elle ne dépassait la médiocrité de ceux qu'on nomme des u amateurs ». Sa pl^y^ique consistait a cmv nlover quelques réactifs sur des métaux, sa chimie a cuismer des élixirs, sa peinture n'a laissée aucune trace, ses illustrations de Daphnis et ChJoé sont pitoyables; somme toute elle n a exce e .n rien de ce à quoi elle a touché. La société no 1 ^t ^-It pa^^^^^^^ l'importunait plutôt; le seul service que le prince lui demandait
Le testament du roi
était de le distraire un moment de son ennui. La guerre lui plaisait surtout par ce qu'elle apporte d'imprévu et la débauche par ce qu'elle apporte d'oubli; autres moyens de combattre l'ennui.
A peine découvre-t-on dans cette âme flottante, malsaine, un recoin salubre. Philippe d'Orléans était naturellement bon, il l'était jusqu'à la tendresse et jusqu'à la compassion. Sa mère, ses amis lui en faisaient un reproche et c'est que, chez lui, la bonté elle-même était corrompue par la faiblesse. On le voyait praliquer le pardon des offenses non par esprit de miséricorde mais par indifférence pour l'injure. On l'entendait prodiguer les proiiiosses non par désir d'apporter la joie ou l'espoir, mais par calcul pour se délivrer des solliciteurs. L'impudence avec laquelle il manquait aux paroles les plus solennelles lui avait nui plus c[ue sa réputation de débauché et de blasphémateur. La tromj)erie lui était devenue si naturelle qu'on ne croyait plus ce qu'il (lisait; on ne croyait même plus le contraire de ce qu'il disait".
11 n'était que trop aisé de desservir un prince tellement dé- ( rié. On accusa Mme des Ursins d'avoir poursuivi sa vengeance contre lui en répandant l'accusation d'empoisonnement''"; plus liird on imputa cette noirceur à Mme de Maintenon désireuse de voir son élève sur le trône*', mais il est bien hasardeux d'en décider car ces rumeurs, soi-disant recueillies par d'ardents adversaires, ne sont appuyées que sur leur témoignage isolé et fanatique. « Ces bruits ne pouvoient pas toujours durer; on se lasse enfin de dire et de parler de la même chose. Ils tomboient donc; mais tôt après ils reprenoicnt une nouvelle vigueur. On n'entendoit plus s'entretenir d'autre chose, sans savoir pourquoi cela avait repris". » Parmi ceux qui entretenaient ces rumeurs on trouvait l'ambassadeur de Philippe V. C'était un Napolitain de grande naissance, le prince de Cellamare, neveu du cardinal del Judice. Après l'échec et le départ de celui-ci, Cellamare avait re^ cueilli sa succession à la Cour de France oij il parut sans éclat, mais avec une politesse et une réserve qui lui attirèrent les menues faveurs de Louis XIV. Assidu à Versailles, invité à Marly, Cellamare fut reçu chez Mme de Maintenon et bien accueilli par le duc du Maine.
La cabale, une fois en possession de l'édit qui habilitait les
^* SniMf-Simon, Mémoires (^()o5)y t. VII, ch;«p. XXVII.
*''" Madame à la duchesse de Hanovre, Marly, 20 février 171 2, op. cit., t. II, p. 1C8.
*^ Madame à la duchesse de Hanovre, Marly, 8 avril 171 2, op. cit., t. II,
" bainl-Simon, Mémoires (igoS), t. VII, p. ïoo.
Cabale
formée
coutre lui
Projet de lui enlever la Régence
HISTOIRE DE LA RÉGENCE bâtards à la succession, ne perdit pas de temps pour obtenir
^" "à 7-rdTror,uX=LriiT^^^^^
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n on Tue hesila 'ur la conduite à tenir. Pour tr-mpher <ie sa . ^^ugn'ance à deshériter son neveu, un long memoue M led^ . Mrobtblement sous l'influence du marquis de Torcy. Un cntr probdblemem sou ^. .^■^^ jes régences ne se reg e, en
France ni pa esTrdts du sang, ni par la volonté des Icns; on Sr^^suite quelle ^-P-^" ^alt ^aÏé à ÏTstn d
t~rdetor"xïnraitira:rn\ - d^
testament ««/;• ^ ^ „ «n savait par expérience
SS e paXmin ét^ait souple quand on ne touchait ^^ coniDieii p Fn^nitp le mémoire recommandait au Koi,
LaTXenUon contre le duc d'Orléans ne s'en tint pas la; elle
-èti^^q^^^^^^^^
boutir. i'i n'hésitait pas à envoyer un homme a lui «mder ur res Questions les Cours étrangères. Mais Louis XIV soit hosii me soit lass tudo, adopta une méthode différente et résolut de ^^ns^ll itpr^ssion' de sa volonté ^ans un t^tamen ^ L iournée entière du 3i juillet fut pluvieuse, le ^^VH^^^ P^J et retint le chancelier pendant de longues heures employées s ni doute à dicter la minute qu'il recopia ensuite de sa main. TLra ne transpira point et la vie de <^our se Ï^ur^-U, mono tone et cérémonieuse. A quelques jours de là, le Dauphin tomoe maladl et quoique cette maladie soit peu violente, la personne Stsf considérable qu'on ne laisse pas d'en être fort en peine ».
LE TESTAMENT DU ROI
p. E. Lémonley, op. cit., t. I, p. M-iS- ^* Daiigeau, Journal, t. XV, p. 201 ; 3i juillet 17a. •» Dangeau, Journal, l. XV, p. 208; i4 août I7i4.
Un autre jour, le Dauphin « prend les chausses et en paroît encore plus joli" »; un dimanche, le 26 août, le Roi mande à Versailles le Premier Président, de Mesme, et le procureur général Daguesseau, il leur parle longtemps dans son cabinet. « On croit, note Dangeau, que c'est pour une affaire très importante et qu'on ne sait point encore". »
Lorsque le Roi et les deux magistrats furent seuls, Louis XIV prit dans un tiroir un grand et gros paquet cacheté de sept cachets. (( Messieurs, dit-il en le leur remettant, c'est mon testament; il n'y a qui que ce soit qui sache ce qu'il contient. Je vous le remets pour le garder au Parlement, à qui je ne puis donner un plus grand témoignage de mon estime et de ma confiance, que de l'en rendre dépositaire. L'exemple des rois mes prédécesseurs et celui du testament de mon père ne nie laissent pas ignorer ce que celui-ci pourra devenir; mais on l'a voulu, on m'a tourmenté, on ne m'a point laissé de repos quoique j'aie pu dire. Ho bien! j'ai donc acheté mon repos. Le voilà, emportez-le, il deviendra ce qu'il pourra; au moins j'aurai patience et je n'en entendrai plus parler. » A ce dernier mot, qu'il finit avec un coup de tête fort sec, il leur tourna le dos, passa dans un autre cabinet et les laissa tous deux presque changés en statues. Ils se regardèrent glacés de ce qu'ils venoient d'entendre, et encore mieux de ce qu'ils venoient de voir aux yeux et à toute la contenance du Roi, et dès qu'ils eurent repris leurs sens ils se retirèrent et s'en allèrent à Paris". »
Remise du lestament par le Koi
Dangeau, JourmU t. XV, p. 2i4; M août 1714. '^ Dangoau, Journal, t. XV, p. 2i5: 26 août 1714. *'* Saint-Simon. Ménwires (ioo5). t. Vïï, p. 107; édit. de Boislislo, t. XXV, p. iS-io : L'oriL'inai du tostnmont a disparu, mais il <»xiste une copie fi- ?uroc faite par Gilbert de Voisins lors de l'ouverture, le 2 septembre I7i5 \irh. naf., carton K 1^7, n» ib). L'original était « \m acte en papier cornmu.i compris entre quatre feuilles, dont le dernier feuillet n'est point ecnt, U\\[ acte nnissant au milieu de la quatorzième page, recouvert d'une cin- (piirme feuille de papier blanc, lequel paroît avoir été enfermé de toute sa ^M-.ndeur «ans être plié en une feuille de papier cacheté de sept cachets du <:ichet particulier du feu Roi, sur laquelle se trouvent ces mots qui parois^ent (lo la main du feu Roi : Ceci esf notre testament, <^i au-dessous Louis L.^s cachets avaient été exécutés par Pajot d'Ons-en-Rray, intendant général des po4<'S. Le général de Grimoard chm Œuvres de Louis XIV, t. II, p. 472, suiv., dit que le testament fut écrit de la main de Voysin sous la dictée .1.1 Roi, nous en reparlerons; le greffier Gilbert de Voisins dit formellement •pi'il était autographe. Le peu d'illusions que le Roi se faisait sur le sort iVscrvé à son testament n'est pas seulement attesté par Saint;Simon et par rtnclos, Mémoires secrets, éà\t. Michaud et Poujoulat, p. ^']o (qui la sans .nicun doute emprunté à Saint-Simon), mais encore par Madame Correspondance, édit. G. Rninet, 190/4, t. I, p. 271 ; celle-ci écrivait dès 1716 : « Le
Dispositions
da
le&tamcQt
|g HISTOIRE DE LA RÉGENCE
L'acte qu'ils emportaient maltraitait à peu près également les deux compétiteurs à la Régence. Philippe V était sacrifie à la paix de l'Europe. Louis XIV ne voulait pas léguer à soii succ^- Lr une de ces guerres interminables qu'il se reprochait d avoir „ trop aimé »; cependant il n'ignorait pas que chez son petitfils l'or-ueil et l'obstination tenaient la place de 1 intelligence; asservi par sa première femme, on pouvait prévoir que ce le qu'il allait épouser", exercerait sur lui un pouvoir aussi absolu. Mais celui de Gabrielle de Savoie avait été, somme toute, tutelaire, et personne n'imaginait à quel point serait tyrann.que le pouvoir d'Elisabeth de Parme qui s'acheminait alors à petites ournées vers l'Espagne. L'exclusion de la régence a 1 égard de Philippe V pouvait devenir « la source de grands maux, ouvrir b porte aux intrigues et aux guerres intestines dans le royaume même" », cependant la parole donnée à Utrecht devait être observée. Toutefois, pour que le duc d'Orléans ne put retirer de eette situation un avantage trop signalé, Ixiuis XIV avait adop e «ne disposition ingénieuse autant que juste qui respectait le droit et donnait satisfaction à la morale, il séparait la tutelle du roi mineur de la régence du royaume. Le duc d Orléans présiderait un conseil dont les membres lui étaient imposes et dont . ne ferait que totaliser les décisions, le duc du Maine présiderait à l'éducation de l'enfant-roi et commanderait sa maison militaire Entre Philippe V ahuri par les scrupules et Philippe d Orléans énervé par les orgies", le due du Maine s'insinuait comme une trouvaille providentielle. Par la prévoyance et la jusl";« d^^ dispositions comme par l'équilibre des mesures prises, Louis XIV se flatta peut-être d'avoir découvert une solution faite « pour éloi-ncr tout ce qui pouvoit troubler la tranquillité du peuple ». Ses illusions, s'il en eut, durèrent peu. Il venait de le laisser -«n. entendre aux deux magistrats, le lendemain il s en ouvrit a ta cons^e le j^ine douairière d'Angleterre. Venue de ChaiUot a Versailles sur "ég^d" les cinq heures, elle entra d'abord chez Mme de Maintenon. ou
fru Roi n'a jamais pensé qv.v. son toslainont fui maintonn ». Il a dit à pWons personnes : « On m'a fait éerire mon testament et plusieurs cl.o- Sll- je l'ai fait pour avoir du repos; mais je sais bien que cela ne suts.stera
•"» Luf^eau, Jnurnal, t. XV. p. .,i; le mariage fixé au ,5 août fut r<.|ar,Ié jusqu'au i6 s.plembre. Saint-Simon, Mémoires (190;.). 1- ^J1. V- '-^ .
•» ..1r,~;,. rf-r .1//. Etranq.. Angleterre, t. sS;, fol. ii5 : M. de Torcy a M. de MnUJean, !>8 mars 1715. •• . il
" Madame à la raiigrave Louise, Versailles, 2 décembre 1714, op. cit., i. ".
Peu
d'itltisioQS
que
LE TESTAMENT DU ROI
lo Roi la vint trouver". « Dès qu'il l'aperçut : « Madame, lui dit-il en homme plein et fâché, j'ai fait mon testament, on ma Knirmenté pour le faire », passant lors les yeux sur Mme de Maml,.non : « J'ai acheté du repos. - J'en connais l'impuissance <.| liniililité. Nous pouvons tout ce que nous voulons tant que nous sommes; après nous, nous pouvons moins que les particuliers- H n'y a qu'à voir ce qu'est devenu celui du roi mon père, et aussitôt après sa mort et ceux de tant d'autres rois. Je Ile sais bien malgré cela on l'a voulu, on ne m'a donné m paix m pallonce ni repos qu'il ne fût fait; oh bien! donc. Madame, le voiiï. fait, il deviendra ce qu'il pourra, mais au moins oa ne m'en tourmentera plus" ». L'humeur^ du Roi dura plus de huit iours et s'évapora ensuite peu à peu". ^ ^
Aussitôt que le Premier Président et le procureur gênerai furent de retour h Paris, ils envoyèrent chercher des ouvriers ,,u'ils conduisirent dans une tour du Palais, qui est derrière la buvette de la grand'ehambre et le cabinet du Premier Président, ..t qui répond au greffe". Us firent creuser un grand trou dans la „u?rai11e de cette tour qui est fort épaisse, y déposèrent e testament, en firent fermer l'ouverture par une porte de fer, avec une -rille de fer en deuxième porte, et murailler encore par dessus La porte et la grille eurent trois serrures différentes, mais trmêmes à ia porte et à la grille, et une clef pour chacune d<^ rois qui par conséquent ouvroit chacune deux serrures. Le Ï'mi' Président en'garda une, le procureur généra une autre ot le greffier en chef du Parlement la tro.s.eme^ ?./'fTnH^Î f .t assemblé en même temps, à qui le ?--- J^f [f J"^ le compte le plus propre qu'il lui fut pos^ble a J^tter la Compa .rnie et à la piquer d'honneur sur la confiance de oe dépôt et le maintien de Toutes les dispositions qui s'y trouvaient contenues .
" Dangeau, Journal t. XV, p. 2i5: 27 «""t '714-
" Sainî-Simon, AddUions au Journal de Dangeau t^ XV p. ^'^ . e mcme
Mémoires (,oo5), t. VU, p. roS; éd„. de B-^'^^' »• ^^^; ^r leur sen cel entretien est confirmé, sinon pour les paroles au "l"'"^ P""' ,^,j,^
i>ar Ber-.vick, Mémoires, édit. Michaud e Poujoulat, p^ 43^, -^V^^^- <= de Mn,iame à la raagrave Louise, 8 octobre t7|6. ;^'' ,?^^ ~ ' *' ^ •>-, •.-■> • « le Roi ne croyait pas qu'on respectât son testament ». 2,t-2,2 . « le no' '"- . J f; Y„ ^(jii. de Boislisle, t. XXV,
" Saint-Simon, Mémoire! (iflob), t. Vil, p. 109, «-i .
P- ''• • . „'„•.» ms l.nissé subsister celte niche
•M/ s démolitions et rem:.ni<™ents n ont pas l'?'!^^ '""l . » ^^5^ i^
qui d,.vait se trouver dans la tour Ronbee. au 7-""" %^3" 4[„7^,5T ;,n .lu premier étage du P^-'-i-o-"- 7 ^^f .^ ào Bo^^'"^ » '^'^^• ,":'^t"^T::J:^ ^^^^ aè d^pôt dU testament , .2 Septembre, un p€u différent et plus précis.
Dépôt du tt'slament
La santé du Koi
Après que ks courtisans se furent entretenu de ce que pouvaient -être ces mystérieuses dispositions, la vie de la Cour de France se poursuivit immuable. Louis XIV avait une année encore à vivre et aucun indice ne permettait do présager sa fin prochaine. « Dieu merci! écrit Dangeau qui l'observe et le contemple depuis plus de trente ans, il ne s'est jamais si bien porté". » Quelques mois plus tard ce fut la santé du duc d'Orléans qui donna des inquiétudes. Ce prince s'évanouit, tout le monde se précipita : médecins, garçons bleus, quelques pelotons de courtisans, le Roi fut averti et envoya prendre des nouvelles, enfin tout s'expliqua : Le duc (( avait, chez sa fille (la duchesse de Berry) bâfré comme un loup et lampe davantage encore" »; c'est sa mère qui nous l'apprend. Quant au Roi, il venait d'entrer dans l'année dont il ne verrait pas la fin; c'était un beau vieillard, alerte et laborieux, conservant ce grand air tempéré de bonne grâce qui avait fait de sa Cour la plus polie de l'Eu-ope. Les étrangers, même prévenus ou hostiles subissaient le charme. L'envoyé des Provinces-Unies, M. Buys, adversaire déclaré s'était, peu à peu. trouvé séduit; le ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne, au sortir de sa première audience ne pouvait cacher son impresson : (( J'avoue, disait-il, que la vieille machine m'a imposé!" » Le diplomate qui usait de ce langage trop pittoresque se nomy mait lord John Dalrymple Stair; il cumulait les fonctions d'enà^Uiégence voyé extraordinaire et d'agent secret, et c'était sans doute le seul trait de ressemblance qui existât entre ce personnage et le prince de Cellamare, autre ambassadeur doublé d'un agent secret. Le cardinall d^l Jiidiee iivait airi avec une si rare nialadresse'" que la situation d«^ son successeur s'en trouva, à ses débuts du moins, rendue délicate au jioint d\Mre périlleuse. Son maître lui faisait un devoir de découvrir les dispositions du testament en s'adressant soit à Torcy, soit à Louis XIV lui-même. A condition que ses droits fussent proclamés, Philippe V consentait à la nomination d'un vice-régent pourvu que ce substitut « ne fût reconnu pour non affectionné et contraire à ma personne » disait l'insti-
Prétention»
de
«' Dnnrcau, JournaU l. XV, p. 0^3 ; 17 seplombrc 1714.
•* Madame n îa ranqrave Louiae, Vorsaillcs, 2 décombrcr 171/1, op. cit., édit. Jae^lé, t. II, p. 2i?i-:>.'?.h : Danj?oaii, Joiimnl, t. XV, p. 286; 28 novembre 1714; Saint-Simon, Ménvnres fiooS) t. VII, p. i5/|-i55.
'" L. Wiesener, Le Récent, Vabbé Duhoh et les Angla'n', d'aprh les sources britanniques, in-8, Paris, 1801, t. I, p. 23.
^° Saint-Simon, Additirtns au Journal de Dangeau, t. XV, p. 255-256; le même. Mémoires, édit. de Boislisle, l. XXV, p. 88, et p. Aoo-.'nQ : la disgrâce du cardinal del Judice ; voir A. Baudrillart, Philippe V et la Cour de France, in-8, Paris, 1890, t. I, p. 587-590.
LE TESTAMENT DU ROI
truction secrète donnée à l'ambassadeur. Le substitut redouté n'était autre que le duc d'Orléans auquel le roi d'Espagne voulait bien rendre son amitié mais non sa confiance. (( Je ne rappelle point, disait-il, les sujets qui ont rapport à l'indignation que j'avais conçue contre lui précédemment, et mettant à part la considération du rétablissement de ce prince dans nos bonnes grâces, vous devez toujours, sans manquer au respect et à l'attention extérieure, le considéi-er comme ayant des prétentions à la tutelle et au gouvernement du royaume dans le temps de la minolité, et vous vous réglerez sur cette eonnaissance avec la circonspection et la dextérité convenables. » Non content de faire échec au duc d'Orléans, Cellamare devait organiser un parti favorable aux prétentions de Philippe V, « et vous me rendrez compte, lui disait ce prince du nombre et de la qualité de ceux qui y entreront, et des circonstances et dépendances qui y auront rapport, tant dans Paris que dans les provinces ». Un pouvoir particulier, signé par le roi d'Espagne autorisait son ambassadeur à émettre, au moment de la mort de Louis XIV, (( les protestations nécessaires pour arrêter et invalider les résolutions contraires et faire connaître, dit-il, la ferme intention dans laquelle je suis de ne point souffrir qu'il me soit fait aucun préjudice, et de mainteiiir inviolablement nos droits royaux établis et fondés sur les lois de France, et qui ne me sont pas moins acquis par mon affection spéciale pour la nation" »,
L'ordre de pénétrer les dispositions du testament pouvait èivQ ^^^^^^^^^^^ donné à Madrid sans hésitation, il n'en était pas moins inexé- pariacabaie cutable à Versailles. CeHamare cependant ne se découragea point, des pnnces il était itallien et croyait à la toute-puissance de l'intrigue; par dessus tout il songeait à exploiter la rivalité voisine de la haine existant entre la branche de Condé et la maison d'Orléans; en outre, il espérait tirer parti de l'ambition du duc du Maine. 11 les sonda et, craignant d'être mal compris, exposa son plan de régence par substitut qui souleva une risée générale. Tout ce qu'il put recueillir fut une vague promesse de concours sur la nature et les conditions duquel chacun évita de s'expliquer clairement et plus encore de se compromettre. Condés et bâtards, adversaires irréductibles du duc d'Orléans, se faisaient assez peu d'illusions pour donner au roi d'Espagne le sage conseil de ne
'^ Arch. des Aff. fJrang., Espagne, t. ./,5, fol. ^bM ' Pouvoirs et Inrinirlion do Philippe V, en date du 19 mai I7i5 (sai.is en décembre 1718 avec les papiers de Cellamare); voir P.-E. Lémontey, op. cit., 1. 1, p. ^^-]f ^ A. Baudrillart, op. cit., t. I, p. 670-672; J. Vatout. La conspiration de Cella^ marc, in-T-.>, Pari.-' 18.^2, t. L p. 382-39C
Peu
encouragés
i.nnais s'avontur.r en France tout «oui ou -«^, d^j/^î^f^^^^^f,",; ic.cs car on IV traiterait <>n ennemi. Tout au plus serait poss blc de nietirc à profit le temps qui s'écoulerait jusqu a f valent du suc.es.n.r d. Louis XIV on «•'•-' -Jj^f,"/ des déserteurs français dont le nombre permettra tpeut-etie do fornTer un petit corps d'armé^". Mais Philippe V, tout enti.. à sa hame contre Philip,-. d'Orléans, ruminait la composition d'un conseil de régence qui gouvernerait l'Espagne en son nom l^lTui permettrait de reitrer on France et d'y revendiquer la
P ■ 'Ird^nlV'rsi'donnait à ce rêve, le roi d'Angleterre envi- ^';r;rac ,,^;- l^^nduite très différente. Georges-Louis, électeur de r^iVr s; re, avait été appelé au mois d'août r 7.4" J/--^ '/^f '•■^"^»"^ succession de la reine Anne et régnait sous le nom de Georges I . Ce pTn^e et le duc d'Orléans étaient unis par un l.en de parente et le duc d'Oifléans en avait pris occasion de féliciter -o" cou in de son avènement à la couronne". Il est douteux que 1 affection rapprochât ces deux hommes qui ne s'étaient jamais rencontres, Tai' il est certain que leur intérêt à tous les deux -^^erait leur rapprochement. En effet, la paix d'Utrecht. signée le n avril ,-^3, abordait et réglait trois questions politiques délicates ent^e la' France et l'Angleterre. Premièrement, la succession protestante '" ia couronne d'Angleterre à l'exclusion de la dynastie catho- Lue des Stuarts était reconnue par Louis XIV en son nom propre ' t\u nom de ses successeurs. Le roi de France qui avait prodigue ses finances, ses troupes et ses efforts pour la r^^^;^ Tacques II se détournait de Jacques III. s engageait a lui inter d re tout séiour ou même le simple passage dans le royaume. • plus forte' raison à lui refuser conseil et assistance i^ terre ou par mer. argent, armes, volontaires, etc.. s il en était pue
" C.I/amnrc au card. M Hulice. ,5 .jnilM ,7.5. et Cellaman, «'""-I- ^^ GrimMo, = ^plon.bro .7.5. dans P.-E. LémonUy. op. c.(.. t. I, P- '-^ .
'■^^Z,^:tl 'raoût .7.5, dan. P.-E. Un^ontcy. op. ci... t. I. "^■''^ie- août (vieux style) = .= août (nouveau style) I7i4. Dangoau. Journal.
*• ^\lZr.lr. du duc d'Orléans était cousine germaine de |>"nres .-• " Pnhlk Reoonl 0//ice. Fnmce, t. 3'.6 : le doc d'Orléam " ' ~ / .^"3" Urre M„rly, ,5 nov..n,bre 17./-; voir L. Wicsener. Rapporl., .•c.crcls rf« ri«c f'OrWan «'ec ««on,, i- iJ x^imnl de Loui. X/V, dans Kemxe de I« Soc.^l^ ■ TZi: ." tonVes. .m. 4- .^rio. 1. II. (. LV de ^ ColloC.on p. .98.
suiv.; le même. Le Raflent. \ Mi Dubo,> el le.. Anglais <i «près les sources brik/iniflucs in-S. r.nis. iSni. i. I, p- i-5«-
LE TESTAMENT DU ROI
par le prince exilé et désireux de faire valoir son droit prétendu !!U trône de la Grande-Bretagne.
Deuxièmement, la succession éventuelle de Philippe V au trône de France était rendue impossible par sa renonciation aux droits qu'il tenait de sa naissance, tandis que la renonciation du duc d'Orléans à toute prétention à la couronne d'Espagne assurait la séparation des deux couronnes. Troisièmement, le démantèlement de la place de Dunkerque. le comblement du port, la destruction des écluses incombaient à la charge du roi de France dans un délai de cinq mois afin que le commerce anglais neut désormais rien à craindre de ce nid de corsaires qui lui avait cause tant d'alarmes et iniligé tant de pertes. La démolition de Dunkerque ne devait commencer qu'après que lx)uis XIV aurait ete mis en possession de Lille, occupée par les HoUlandais ; mais tandis qu'on sacrifiait Dunkerque, l'intendant de Flandre, M. Le Blanc suggérait à M. Pelletier, chargé des fortifications, la création d'un port à deux lieues de là. sous prétexte de nettoyer et remettre en état le canal de Mardyck". Les Anglais n'avaient pas tardé à comprendre ce dessein, ils s'étaient récriés, avaient mis leurs espions en campagne", et pendant que la presse anglaise menait grand bruit au sujet des travaux du canal, le ro, Georges portait sa principale attention sut le contenu du testament de louis XIV. Si, comme la rumeur avait couru, les droits du duc d'Orléans à la régence étaient méconnus, il fallait s atteiidre a voir reparaître Pilippe V qui, sans doute, ne ferait pas plus de -as dos engagements pris par son aïeul contre le Prétendant Stuart que des engagements consentis par lui-même contre son
'■'Se'" vancé de Louis XIV et l'extrême gravité autant que lW de l'infinie complication des affaires que sa mort pouvait faire sur-
" J B de Torcy. MAno.Vc, et ^qocMiom, de .687 à ,7.3, édit. Michaud
^^Zt';.■lrr^\.'xV.•p^.• ^.avec r.d.i.on^de Saint Simon : A. de s • I îTl^r în naeslion de Dunkerque et du canal de Mardyck a la /m du ,"::ê'rLo^s Ivf XcuLn. Js du PnbUc Reco-d Omce PU.U^ o^ec un'e in(roduc(ion et des noie,,, dans Union ^«"'^«""'fr;^f'7,f,^j^^'°Z^'' et ar^héoloqlnae de Dunkerque et de ta Flandre manUme Bu et.n .goS 1 VI n SqV.o5- V. de Swarte. Claude le BMnc, intendant d^lut-erone, m Ind^'n^de M pîndre mnntime, .écrire d'Étal au département de la Guerre t£,% savie, sa correspondance, par.icutarii.s "^^'^'-^-^^^^^ "^ Lire., 'de ta Société «'-.er^uoi.^ pour ---^^ , ''/^^ X Dut l;':;:rlt' n;^dX;oL.™!' d\L:i;; io^Cdans m^me recueil,
i807-i8q8, t. XXX, p. 287, suiv.
^» Dangoau, Journal, l. XV, p. aC;^ ; 16 oclol)ro 1714.
LE TESTAMENT DU ROI
gir d'un jour à Tautre décidèrent Georges P' à entamer une nego^ dation secrète. Les élections du commencement de Vannée 1715 ayant donné au parti whig une majorité imposante, le roi désigna un membre connu parmi les plus déterminés de ce parti pour représenter son gouvernement auprès du cabinet de Versailles lord Stair. C'était un Écossais mieux partagé des dons de l'intelligence que de ceux de la fortune, honnête homme cependant d'une probité suffisante pour préférer une belle carrière à un opulente fortune; avec cela attaché à la grandeur de sou pays au point de méconnaître l'intérêt et l'honneur des autres États dès qu'ils se trouvaient en^contradiction avec ceux de 1 Angleterre. L'homme était tour à tour cauteleux et impertinent dans ses meilleurs jours, tortueux et grossier parfois, prompt à 1 invective au soupçon, au ricanement, poussant ses avantages à 1 extrême, non content d'avoir raison et voulant qu'on avouât devant lui des torts vrais ou prétendus. En somme, dans une société polie il représentait un gentilhomme mal élevé. Ce qui paraissait rudesse aux yeux de la société, était évalué comme une force au jugement des hommes d'État anglais et avait sans doute déterminé le choix du gouvernement et suggéré les instructions données à son représentant.
Politique Les traités d'Utrecht, de Bade et de Rastadt n avaient pas seun^tml lement mis fin à une guerre qui durait depuis plus de dix ans avec pour la France, des revers où elle faillit périr; ils avaient valu'à notre politique nationale un grand et légitime triomphe : l'Empire d'Allemagne sortait de la lutte démantelé et un Bourbon de France était monté sur le trône d'Espagne*». L'empereur pouvait, certes, se consoler avec des compensations telles que ritalie, le Milanais, le royaume de Naples, la Sardaigne et les Pays-Bas catholiques. Mais ici son acquisition était tempérée par une manière de partage avec les Provinces-Unies ou, si l'on veut, un contrôle de cette république. En Allemagne, il lui fallait se résigner à voir le Hanovre, le Brandebourg, la Saxe, la Bavière agrandis ou affermis aux dépens de ll'Empire. En somme, au point de vue français, cette guerre tragique et épuisante aboutissait à une issue inespérée : la puissance française subsistait intacte fortifiée d'alliances solides en Espagne et en Hollande, de frontières non moins solides sur les Alpes et sur le Rhin, d'un glacis bien défendu en Flandre par le réseau de forteresses de Vauban.
•0 TT Tîippoau, Avânemevt âes Bor.rhons au trône d'Espagne, correspondance 'inédite du marquis d'Harcourt. ir..8. Pari.. iS-5- Danjonn. Journal t. XIV, p. 425, Berwick, Mémoires, édil. Michaud et Ponjoulal, .V sme, t. \lll. p. 42a. '
Le traité d'Utrecht avait modifié toute la balance des forces. En face des convoitises d'une Autriche immense mais segmentée, la France se tenait vigoureuse, compacte, son unité territoriale presque achevée. Son ennemi traditionnel éparpillait sa force tandis qu'elle ramassait la sienne sans avoir beaucoup à craindre ni à attendre d'États environnants, trop faibles pour ne pas se^ trouver dans l'obligation de la redouter et de la rechercher'\ Ce n'était pas avoir acheté trop cher une telle paix que de l'avoir payée de tant d'épreuves.
La France saignante, épuisée, s'était moins vite lassée de ses douleurs que l'Angleterre de ses dépenses. Dès 1711, les diplomates tories avaient proposé la paix dans le but de la conclure avantageuse au point de vue commercial, profitable au point de vue politique, quant au point de vue militaire ils s'en désintéressaient". La paix qu'ils avaient su imposer était une paix de marchands pour l'Angleterre et, pour la France, une paix de soldats et de diplomates. Villars et Torcy s'en réjouissaient pour leur pays, Louis XIV la trouvait « chèrement achetée^' ». En effet, il voyait l'Angleterre établie à Gibraltar et à Port-Mahon, maîtresse de Terre-Neuve, de la presqu'île d'Acadie, du territoire de la baie d'Hudson, étendant une main avide sur le Canada démembré et fermant l'Amérique du Sud au commerce fiançais. C'était assurément beaucoup; mais déjà le vieux roi préparait sa revanche. Par l'intermédiaire de Torcy, il adressait à tous nos représentants accrédités auprès des cabinets de l'Europe, des instructions dignes par leur lucidité, leur vigueur, leur prevoyance des plus beaux temps du règne. Bien que ses jours fussent comptés, Louis XIV entreprit l'exécution de cette tâche lointaine, et sa haute intelligence, à laquelle la vieillesse semblait apporter de nouvelles lumières, ne s'y montra pas inférieure. On est pénétré d'admiration en voyant de quelle façon il la conçut et il entreprit de la réaliser. L'étendue et la sûreté des informations, la maturité des jugements, la clarté, la vigueur et la solidité des conclusions, l'enchaînement logique qui les relie les unes aux autres font de ces Instructions un tableau achevé de
•» A Sorel, VKurope et la Révolution française, t. I, p. 289, *
• *» Vollaire, Siècle de Louis XI\\ édit. E. Bourgoois, in-12, Pans, 1890, D A23- Seelev, L'expansion de VAngleterre, trad. Rambaud, in-12. Fans, ib85, p. ^X; \V. 'coxe, ^Espagne sous les rois de la Maisor. de Bourbon. Irad. MuriU, in-8, Paris, 1827» t. II, p. 160. • ^ .. . ,,..
" Soinl-Simon, Parallèle des trois premiers rois Bourbons dans Ecrits inédits, ^dil. P. Faugère, in-8, Paris, 1880, p. 90, p. US.
Politique anglaise de ni4 àlllS
TEuTope et un modèle de diplomatie avisée et féconde". Avec une ténacité inlassable, Louis XIV fortifiait cette paix d'Utrecht si précieuse mais si fragile depuis que l'avènement de Georges T"" et le triomphe du parti whig autorisaient toutes les appréhen
sions.
L'électeur de Hanovre avait compté au nombre des ennemis les plus opiniâtres de Louis XIV, de sorte qu'on était en droit de tout craindre de la part du roi d'Angleterre épaulé par un parti qui ne se résignait pas à la paix d'Utrecht, mais qui la maudissait et, conduit par Townshend, Stanhope et Robert Walpole eut, de grand cœur, déchiré le traité et recommencé la guerre. Lord Stair partageait les sentiments de ses amis et y apportait l'emportement d'une nature bouillante. L'opinion publique s'était déclarée bruyamment en faveur du parti whig. A la nouvelle de l'avénement du roi hanovrien, « la joie déborda, les fonds montèrent prodigieusement, les marchands se promettant de grandes affaiies et les soldats beaucoup d'occupation" ». L'ouverture du Parlement était fixée au 17 (=28) mars 1715, et Georges P' s'y rendit quelques jours après; il déplora l'issue de la guerre, certaines clauses du traité et l'accroissement de la dette publique. L'animosité se tournait principalement, sans qu'on pût en donner la raison, contre Jacques 111, qu'on nommait ((le Prétendant ». Mais ce jeune homme inoffensif n'avait pas encore donné publiquemet la mesure de son insignifiance, on lui prétait des intentions agressives et des dessins redoutables. Cette animadveiision s'afiichait avec fracas et n'eut été que risible s'il n'avait été aisé d'y apercevoir l'expression de la haine nationale pour le champion de la dynastie Stuart, Louis XIV.
Le traité d'Utrecht approuvé par deux Parlements successifs devait être observé coûte que coûte, mais une semblable obligation n'était qu'un motif nouveau d'acharnement contre le grand monarque qu'on avait pensé tenir à merci et qui, après s'être redressé, restait debout, actif et puissant. Le prodigieux éblouissement de gloire, de bonheur et de beauté des années triomphantes du grand règne semblait illuminer de ses reflets le serein
•* E. Bourgeois, Le secret du Régent et la politique de Tabb^ Dubois, £11-8, Faris, 1909, t. I, p. A3-44 ; Instructions données^ aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westphalie : Sorel, Autriche (i884), p. i5A; Lebon, Bavière (^889), p. i5i, 18 janvier 1716; Geffroy, Suède (i885), p. 2A8 ; 4 avril I7i5; Arch. des Aff. Etrang., Hollande, t. 254, fol. 287 : Instructions à M. dp Châteauneuf.
** Lo'^ky, .4 History of Englund in tlie eigJileenlti Century, in-8, London, J078, t. 1, p. 166.
LÉ TESTAMENT DU ROI
crépuscule dans lequel il s'achevait. Après les erreurs, les fautes, les revers accumulés pendant plus de vingt années, la France de ( Denain et d'Utreeht paraissait aussi majestueuse et terrible à ses ennemis que la France de Senef et de INimègue. Un suprême effort venait de la montrer toujours capable de ces redressements prodigieux dont la soudaine explosion semble tenir du miracle. Le reprt^enlanl de l'Angleterre à La Haye, Horace Walpole, exprimait avec justesse dans un mémoire adressé au premier ministre, lord Townshend, cette obsession de la puissance française : a L'exi)érience de deux guerres longues et d une grande dépense, a fait voir, disait-il, que la France est une puissance égale aux forces unies du Roi [d'Angleterre], de l'Empereur et des États [de Hollande]. Et la paix présente étant si avantageuse à la France, il s'ensuit qu'aucune de ces trois puissances n'est en état ni n'oserait entreprendre d'attaquer la France sans la concurrence des deux autiTs; et on peut fort raisonnablement supposer que tout unies qu'elles puissent être, elles ne renouvelleront point la guerre sans y être forcées**. » i . i-
Les instructions données à lord Stair confirmaient ces vues. fj~,l Arrivé à Paris le 28 janvier 1716, admis à faire son compliment lord btair à Versailles le 29, il exprima le désir de son maître « d'observer religieusement la paix dernièrement faite..., de faire tout ce qui pourra contribuer à établir et à cultiver une bonne et sincère amitié... Le Roy, mon maître, ajouta-t-il, eroit une telle bonne intelligence absolument nécessaire pour le repos et le bien de son peuple et pour la tranquillité de l'Europe; et il ne doute pas que Votre Majesté, avant des sentiments semblables ne fasse de son côté les pas nécessaires pour lever tout d'un coup les ombrages et les jalousies qui pourraient encore rester à aigrir les esprits de vos peuples et qui pourraient être fomentées, à troubler un jour la tranquillité publique«\ » Louis XIV ne releva pas cet avertissement déplacé, première incartade d'un diplomate m^l eduque. Peut-être le vieux Roi n'eût-il pas *f ait preuve d'une pareille longanimité s'il avait su que l'envoyé anglais, tout comme l'ambassadeur d'Espagne, avait mission « d'avoir connaissance du contenu du testament que notre bon frère a dernièrement fait et envoyé au Parlement de Paris, pour y estre gardé en scurete. Vous aurés à employer toute votre habileté et votre savoir faire, disait l'instruction secrète, ou auprès dudit duc [d'OrleansJ ou
" Public Fr.cord Office, Hollande, vol. 873, fol. 46-4/ : Réflexions sur la .
Situation politique jointes à une dépêche du 3i décembre I7i5.
" Public Record Office, France, vol. 349 : lord Stair à lord Stanhope, Pans, ay janvier 1715.
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11 s'abouche
avec le
parti du
duc
par quelque autre canal que vous pourrés pour parvenir à la connoissance de ce qui est contenu dans ledit testament. » En même temps, Stair devait « tâcher par tout moyen d'entretenir la plus étroite et la plus intime correspondance » avec le prince destiné à la Régence, profiter de chaque occasion pour l'assurer en notre nom combien nous sommes prêts à favoriser et soutenir son droit à la succession à la couronne de France, comme elle a été établie par les derniers actes de renonciation. Vous lencouragerés à s'appuyer sur nous et sur nos royaumes pour avoir l'assistance la plus efficace, lorsque le cas arrivera et vous tâcherés de luy persuader... à vous faire ouverture de ses vues, afin de concerter par avance un plan sur lequel on agira, et l'on disposera les affaires en sa faveur''. »
Lord Stair ne perdit pas de temps; on voit, en effet, que k réponse du duc d'Orléans à ses premières ouvertures porte la date du 2 février 1715. Ce n'était pas une nouveauté dans la vie de -oomme'ni Philippe d'Orléans que ces conciliabules; en 1708, on le voit composé sonder le cabinet anglais sur les dispositions qu'il en devrait attendre au cas d'une candidature au trône d'Espagne. Les tractations se faisaient allors par l'intermédiaire de James Stanhope, général des troupes anglaises, le même qui occupait, en 1716, le poste de secrétaire d'État et à qui Stair adressait ses dépêches. Soit surprise, soit calcul, le duc d'Orléans mit une sorte de vivacité dans l'expression de ses sentiments et sut persuader lord Stair de sa profonde affection à l'endroit de Georges V''\ qui n'en douta pas et parut satisfait et rassuré'". Dès ce moment, l'ambassadeur multiplia les bons procédés, et reconnut dans le prince français « l'homme le plus poli que j'aie jamais vu, dit-il, le mieux élevé, le plus instruit en toute chose'' ». Philippe d'Orléans, de son côté, gardait une extrême réserve. « Point de discours sur la Régence avec nul autre, aucun plan formé avec ses conseillers ordinaires pour soutenir ses droits" »; attitude calculée pour déjouer l'encombrante sollicitude du duc de Saint-Simon. Avec ses intimes, les roaés, compagnons d'orgie dont il
" Public Record Office, France, vol. 352 : lettres de L. Stair, L. Stenhope, S. Robert Sutton.
*" Public Record Office, France, vol. 346 : le duc d'Orléans à Stair, Versailles, 2 février i7i5; Oxenfoord Castle, Stair Papers, t. II : lord Stair. à lord Shanho[)e, Paris, 8 et 9 mars I7i5. . ^
»» Oxenfoord Castle, Stairs Papers, t. II : lord Stanhope à lord Stair,
4(= i5) avril I7i5.
'1 Oxenfoord Castle, Stair Papers, t. II : lord Stair à lord Stanhope, Paris,
S mars 1715.
»» Saint-Simon, Mémoires, 6dit. Chéruel, 1887, t. XI, p. 2iii.
faisait plus de cas que du trop vertueux duc et pair, le prince s'ouvrait de ses desseins, de son plan pour s'assurer, à tout événement de la Régence". Ces confidents s'appelaient Effiat, Noce, Cmillac et le président de Maisons; à peine un groupe auquel il suffit d'agréger le duc de Noailles pour en faire un parti. Neveu par alliance de Mme de Mainte non, Noailles n'en était pas moins tenu à l'écart par Lx)uis XIV. Instruit, spirituel, entreprenant, doué à merveille, Noailles poussait le goût et le besoin de l'action jusqu'à l'agitation stérile. Impatient de tenir les plus grands rôles de l'État, il se rabattit sur l'intrigue d'une cabale, au terme de laquelle son imagination lui laissait découvrir une carrière éclatante, des charges, des emplois, et plus que tout, le Pouvoir. Stair le rencontra et tomba sous lé charme : « Il a lu un bon nombre de nos livres, écrivit-il, c'est un homme franc, très intelligent, un parfait anglais'*. »
Ganillac se chargea de faire rencontrer le duc d'Orléans et Noailles dans le salon du président de Maisons. Des goûts communs et des haines semblables les rapprochaient, ils s'entendirent et ainsi se forma un trio qui, par ses ambitions du moins, méritait le nom de triumvirat : Philippe d'Orléans apportait les droits de sa naissance. Maisons son crédit à la Grand'Chambre, Noailles son savoir-faire, ses relations avec les jansénistes par son oncle, son influence sur le régiment des gardes françaises par son beau-frère, ses accointances avec les libertins par son ami Longepierre'*. Et pendant qu'ils liaient partie, Saint-Simon combinait des plans dont le succès lui semblait certain et la profondeur admirable'*. On le laissait faire!
La situation politique apparaissait de plus en plus instable, grâce en partie à l'attitude de lord Stair. Celui-ci croyait tout ce qui flattait sa passion. A l'issue de sa première audience royale, un évêque de Rennes lui avait succédé qui n'avait pas manqué de bénir le monarque pour cette bienfaisante paix grâce à laquelle la France commençait à guérir des maux dont il faisait une désolante énumération'^ et Stair en tirait cette conclusion que la France était prête à périr. Reçu dans les meilleures sociétés grâce h son titre et à sa naissance, Stair ne manquait pas d^ découvrir
" Lenfflet-Dufresnoy, Mémoires de la Régence, i-jàg, t. I, p. 6.
•* Oxenfoord Castle, Stair Papers, t. II, lord Slair à lord Stanhope, Paris,
8 mars i7i5. ,
•^ Saint-Simon, Mémoires (igoS), t. VII, p. 376-584. • ^
•• Saînt-Simon, Mémoires (igoB), t. VII, p. 385
•^ Hardwicke, Miscellaneous State Papers from i5oi to 1726, m-/., London,
,778, t. II, p. 528 : Stair's Journal. .^
Procétlé»
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Slair
Il parie la
moi'ldu Itoi
pour le mois
de
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ig, HIsrOlKE DE LA KÉGENCÈ
la Dlus extrême lassitude du régime et ignorant cet enthousiasme artÏcJ avec lequel les Français s'expriment sur le. pays voisins qundHs s'a^dressent aux étrangers, il entrevoyait des symp- "mes d'émancipation. .. C'est une chose -concevab e ec^^^^^^^ à Stanhope, combien ils détestent ici leur ^«"i'^'^V^-'/J^^f ^ 1., nôtre On me parle très librement de tout . » Enivre par ces conMences auxquelles il était seul à ajouter foi il concluait : Tce lovauine tombe en ruine" .., et il s'employait discrètement renreT atastrophe inévitable. « Le nez au vent avec un air însoknt il soutenait les plus audacieux propos sur les ouvrage de Maidyck, les démolitions de Dunkerque. le commerce e în.es sorte de querelles et chicanes, en sorte que l'on le jugeoit Tolns c^rg^dlntretenir la paix et de ^^^f^\^Z o..^ nu^ de causer une rupture. Homme d esprit, du reste, ei ^ufhXtit mr i.leusemen't la France'»" .. U -tr^prU dès son arrivée le minisire Torcy sur la question de Mardyck . porta Ls rlûmations jusqu'au Roi-, fit tant ^^ moins de d^ux mois ap.è. son arrivée la rupture parut ineviUble et P«ut-«tre .mm. nente Ses rencontres avec le ministre étaient orageuses , jus- ^uÏu iour où Torcy lui interdit l'entrée de son cabinet et rompit Ir ce avertissement : « Monsieur l'ambassadeur, s. jamais en Ze parlant, vous vous écartez du resi^ect qu, est du au Roi, je vous ferai jeter par les fenêtres-". >. . .
Cet ambassadeur vraiment extraordinaire P°'^«r^ '"'*!^*./^ '^ santé du Roi au point de faire le pan que le vieillard ne depas seraît pas le mois de septembre-. Louis XIV ne modifiait en quoique ce' ut sa manière de vivre, cependant il s'amaigrissait peu a pcuTon appétit qui avait toujours été égal et considérable, diminuait Ce déclin frappa des étrange,^ et, en Ang eterre des parÏ s'ouvrirent en public sur la fin prochaine du vieillard; beau-
« Oxcnloord CstU, Slair Papers, t. U ; lord Stair à lord Stanhope. Pari*,
' ""xen/ooVd Coolie, Slair Paper., t. II; lord Slair à lord StanHope, ParU. 21 juillet 1715. «
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Paris, 2Q janvier 1716.
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