‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 61 sur 193 · CHAPITRE XXXIII La campagne de · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII La campagne de

(Janvier-Novembip)

Rumours pnbl,q,„..8 s.ir la guerro. U- maréchal de Bcrwick. - Le orinc* d. Uni. - E,a..mujor et promotions. Projets de Dubois et de Cr^^^ !! Alb.-roni fa.t app,.. au Prétendant. Kxpé.lition do Cadix. Inquiéludj; en

'"rei^^F'i^nc;" Tu" '^"' T"; - T-^f-"-"- «i" sentiment ntion.,1 en Franc... - Irahison du duc de Richelieu. - Plan de guerre - De«-

c .on de Pas«.ge. - Illusion, de Philippe V. Manifeste d°e Lou s XV 1

Prot., T ,'-'■ ~ ^'^"'"^ *'^' ''''"'PP" ^- - Lettre au prince de Conti. - lroj<.ts de soulèvements. en Kspagne. P,ise de Saint-Sébastien. - Écheci .vp.U.«. U. ^fu,u,.|e,s. - ,-.,n„«,gu,. de Catalogne. - Fin de l" campag^

Paris «entretint, fondant K- mois de janvier, de la guerre et •le la pa.x. Un jot.r « <,„ park- d..nvoycr un petit corps en Sicile

I |on dit] que peut-être on ne fera point la guerre en Espagne' y.; I.' lendemain, il est qtiestion d'une entreprise hardie .,, il ne *<agit de rien moins que de brûler des vaisseaux espagnols qui sont sur le chantier dans le p.>rt de Passage' .. ou bien de débuter par .. les sièges de Barcelone et de Fontarabie' », puis le vent loitrne et « les espérances de paix augmentent^ ..; mais quoiqu'il .■•«■rive .. on est assuré que l'armée fera son devoir, si elle entre en campagne* ». Bdlle-lsie, alors maréchal de camp, n'hésite pas " s en porter garant. « On peut mener hardiment l'armée en Espagne, écrit-il, et contre le Roi lui-même; elle tirera dessus sans liesiter, je vous en réponds''. »

1^ iS janvier, l'ambassadeur impérial, M. de Koenigsegg fait part dit-on, au duc d'Orléans de propositions pacifiques dû roi

Hangeau, Journal, t. XVII. p. 463; 17 janvier .7.0. - Dangcau, Journal, t. XVII, p. m; 20 janvier 1719. ^ (.ttzette ,1e ta liégence. p. 3io; iG janvier 1719. ^ Haiigeau, Journal, t. XVII, p. 465; 21 janvier 1719

Gazette de la Régence, p. 3i3; 27 janvier 1719.'

' Arch, hist. de la Guerre, vol. 2503, pièce i : Belle-hle à Pabbé de Ravan- '»*•«, devant Saint Sébastien, 8 juillet 1719. •

TOMK II. 20

Humeurs

publiques

8Jrl:i guerre

Le maréchal de Benvick

3Ôg HISTOIRE DE LA RÉGENCE

>. ITmoercur' et le public, à qui parvient celte noud'Espagne a 1 Empeicui ei v prochaine' on même

velle. > découvre >« pvom- d -e ,^^^^^p^^ ^,^^^^^^ ^^^.^

temps qu'un bon « t"»» / J^a^a ^^^^^^

toutes les mesures prises pai It ^<^g«"^ ^ 1^3 bruits

beaucoup de résolut.on a pousse la gm-r e >N «^ ^,^^^^^

de paix'» s'occupe de complets les^adus d^^^ ^^^ ^^^^ ^^ ^^^ der des dispenses , de î=n°'*" '\ f . j^ prancc qui put s'ac-

I, voi d'Espagne "« »'" P-tr'deirsouls' homme, de guerre

ViUars «t B-;f ^^Xfl conX.: ?une armée française.

à qui on put aloi* '^o"";' . Borvvick était pauvre, depen-

Villars fut pressent, et se d"°^«^- 'f 7, „^ ^dait rien au-delà dant et se savait peu goue du Régent 1 p^^ ^^^.,^^ ^^ ^^^^^

de la terre de son duché 'l";'^^^' ',,,',. ..^barras et le lui de sa part eût mis le Régent l^imiM^^^^ ^^^^ ^^^^^

eût aliéné pour toujours. « '^^^^ /",./ j^ devait, depuis" la d'humilier cette monarch.e '^^«l'^g""'^^ ' '" appliqué, méthojournée d'Alman.a, d'e..^^^^^

^^ïllSrsLl Ujor ^-composé d^^^^^ ^^^^

rite : Cilly, d'Âst.ld", J^'f ••^^'*l^. j' ^J";^ lagne heureuse le secours desquels il pouvait «^o"'^^ ?.""%'," "U';,, il faisait,

,, ,,.„e brillante. En «"-^^ ' -„'^'^''1"„ ^ S'un grand zèle Ai^u< son crouvernement cie uiiyeiinc, m naniiot de

'^r TcTise du Régent^On lui devait ^sa^s.e d - pac^' t d^

Slpéçhes du ff '^....trr'inr ti^ s lis pL véhémentes du ture", ce qui Im att lail '^=> mve .^ ^^^

Parmesan. -< f 'l -''*!" ^Ser'i k e n a P us de considération Lttirn;;;^:- r s Sél^o^mi par le pa.é.

î I WIT D 463; iS janvier 1719-

• Dan-eau, Journal, t. ^>'"' P' ^" '

• Barbier, JoiirnaU t. I, p. 3i.

» Gazette de la Régence, p. ^^Z/lCi^'r h'o- 10 Gazefte de îa Régenre, P^ ^l'i, 3o janvur 17 9

>3 Vûnt-Simon, Mcvnoire.s <i9n5), l. ^>' P- 7-

,. s;:;:;-Si.on, ..... »« ...n. <. Oan^^,^. Xyil. P- ^5.

:: rF:tn,rS H^'o-:"<i/..tv„ce, in.8. Par.. .«3. t. I, P- ^^.

La campagne de

Si l'opiniâtreté du Cardinal contraignait \e Régent à faire la guerre, nos soldats observeraient une exacte discipline et ne songeraient qu'à conquérir aux deux royaumes une paix honorable et solide-. >, Toute cette chevalerie n'était pas trop du goût de Dubois qui écrivait au maréchal : « Son Altesse Royale a fort approuvé la lettre circulaire que vous avez écrite, mais ce commerce des frontièix^s demandera une grande attention car oe sera par les gens qui iront et viendront qu'on tâchera défaire passer la correspondance et, des deux nations, celle qui sefa la plus vigilante sera celle qui gagnera le plus^\ » Berwick savait associer les complaisances aux services et ne dédaignait pas ces manifestations qui couvrent de ridicule dès l'instant où elles cessent de paraître héroïques. Comblé d'honneurs en France le maréchal n'était pas moins favorisé en Espagne oii son fils aîné avait reçu la Toison d'Or, la grandesse et le duché de Liria A ce fils, servant dans l'armée ennemie, Berwick, dès son arrivée au camp français envoya un trompette portant un message qui lui commandait de faiixî tout son devoir. Chez les Écossais peuple fort exercé aux gir.^rrcs civiles, c'est en effet l'usage d'avoir deux membres de la même famiille dans les camps rivaux de façon à ce que, le cas échéant, l'un des deux soit en position de sauver les biens et la tête de l'autre''.

Dès que la guerre fut déclarée, le prince de Conti demanda à être fait lieutenant général et à ix^cevoir le commandement de hi cavalerie dans l'armée destinée contre l'Espagne'", ce qui lui fut accordé''. Il devait s'y montrer étrangement dissemblable de son père et indigne du sang de Bourbon, à ce point que toutes les troupes, jusqu'aux simples soldats, s'en étonnèrent jusqu'au

scandale. Sa conduite au feu ne répara rien et son esprit, il

en avait beaucoup —, le desservit". On lui donna cent cinquante mille francs de gratification et un service en vaisselle d'argent dans 1 espoir de le détourner d'une intelligence secrète avec Tennemi"; à peine eut-il reçu 'les cent cinquante mille livres

'' Berwick à Dubois, 29 mars 1719, dans Lémonley, op. cit., t. I, n 25q note 2.

" Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 291, fol. 88 : Proclamation du 00 janvior 1719.

" Lémont<'y, op. cit., t. I, p. 263; J. Sevrettc, Le maréclial de Berwick, premier duc de Fitz-James, dans Mémoires de la Société archéol. et histor de Clermont (Oise), 190^, t. I, p. 27-61, 2 pi.

" Dangeau, Journal, i. XVII, p. 463; 18 janvier 1719.

'' Dangeau, Journal, t. XVII, p. 463; 19 janvier 1719.

" Saint-Simon, Mémoires (1905), t. XI, p. 78. Giizette de la Régence, p. Sac; 20 février 1719.

Le prince de Conti

Elal-major

et promotions

qu'il .n joua trente n^iHe le ..me soi^^ Non — ^^J^t^^ ^ratilication Je ^^^n- ^.gea qu^^ ^^ep.nse ^ ^e ^^,^pos^^^^^^

!rs:rz^T^ ou fou. ^^fzx:^^

opiniâtreté l'emporta". Pour que, ^-" ^^' ^^^ le marquis

,as où j'aie de '^ J'^^'j^/J^J^^'^^'^^e vous dois l'une; les oblilendent avoir même '^''}P']l"rnc me permettent pas de lui gâtions que J a. - ro. d E.p^gr- ne me p^ ^,^^ ^^^^^ ^^

Infuser 1 autre . » ^f «."*, ™/. ^yp,,.^ j^ Succession en Es-

quète de Majorque et fait toute '» g"^"^^ ?« , ^^^^3^^

nicicrnp iiniir servir sous BerwicK, n a"a »^" '^

■ "'^"l' î^lS-cn «nr.nl loutetoi, de lui obéir Bn.lement en

«upres du B«gcm on Bordeaux pour ,, avoir le

°*"'Hr.enTr' IW. Cniraeïï. be,oin," .. Enlln le 5 mar, ;r;r^;rn M"r.n,un,u. a» prrn^ e. --

£rer«r=.u^:jirc^,d.bri.d^.i^^^^^^

,..,,. -à c^aitr'^ sr d 3 j»uv^- i:

de Dubois et trounes d'adjudications de vivres, de transport ae n .iccr.ggs ^°"P*,'' ' . /^,. ,„.avnie dans l'imagination d Alberom qui pen lisaient a jetei laidiiue uai ? n^^-^nno ^t à Pernienan ou

.ait découvrir des armées ^^«^Pf ^ « «jr^^l^ Li S, c'était

les pro.iels et a toutes 1<-S ei I passaro, Dubois écri-

Phiilippe V. Au lendemain de la bataille ac ra^bct ,

=4 Gazette de la Bégence, p. 320 ; ^^ j^^lj^'^'^^^-. Mémoires

« Saint-Simon, Additions au Jourruiî de Dangeau, t. XVII. p. 47^,

(i9o5), t. XI, p. 78.

♦ îT T^ A- Danffoau, Journal, l. XVll, p- aoo , 1^ •'",,„ ,r^

"'Sainlsimon. ^âdil. au /ourn«l de Dangeau, l. XVII, p. 459-

gcois, p. 623.

vait à Craggs : « Ce serait une chose à souhait de détruire la marine d'Espagne dans sa naissance". » Une telle parole ne pouvait manquer d écho en Angleterre et, dès le lendemain de la déclaration de guerre, le 9 janvier, le secrétaire d'État James Craggs annonçait que (( l'escadre anglaise est aux ordres du maréchal" ». Le plan de dévastation, dont le public entendait quelque chose, était dès lors arrêté et, le 26 janvier, Dubois mandait que <( les troupes de terre suffiraient pour brûler les vaisseaux espagnols à Passage, dans l'état où ils sont''^ ». C'était à Berwick de donner le signal : (( Aussitôt que yous nous aurez avertis de votre arrangement pour l'entreprise de Passage, lui écrivait le ministre, nous avertirons les Anglais et Neptune vous obéira^\ » C'était ainsi que Dubois entendait faire u tout de bon

la guerre" ».

Nous avons quelque peine à comprendre aujourd'hui les délais qui séparèrent la déclaration de guerre du début des hostilités. Ce n'est que vers le i5 février que Dangeau observe que « tout se prépare pour la guerre"** », et sa remarque ne vaut que pour îa France. L'Angleterre, imprévoyante à son ordinaire et .rassurée par son isolement, ne songeait qu'à développer ses entreprises commerciales. L'Autriche, impudente et avide, formait le projet de reconquérir la Sardaigne ou la Sicile aux dépens des alliés; à une demande de subsides le Régent répondit par une offre de munitions, et ce simple mot mit un terme à la conversation". La campagne prévue ne devait pas avoir pour théâtre la Méditerranée où la flotte anglaise se montrait seule, où une armée espagnole prisonnière dans la Sicile conquise ne comptait pour rien, où enfin Alberoni renonçait à tenter la fortune. Peu rassuré sur les victoires que lui promettait son armée de terre, il rêvait à quelque chance soudaine : révolte, révolution,

" Arch. des Aff. Étrang., Espagne, Mémoires et Documents, t. i4o : Dubois à Craggs, 3i août 1718.

" Arch. des Aff. Êtrang., Angletcrro, t. 322. fol. 34 : Craggs à Dubois^

9 janvier 17 19.

" Arch. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 322, fol. ^2 : Dubois à Craggs, 2%

janvier i7r9.

" Dubois à Berwick, 6 janvier 1719, dans P.-E. Lémontey, op. cit., t. I,

p. 268, note I.

" Arch. des Aff. Ëtrang., Espagne, t. 288, fol. 112 : Dubois à Berwick, 29

mars 1719.

" Dangeau, Journal, t. XVII, p. ^77; i4 février 1719-

" Public Becord Office, France, vol. 353, lord Stair à Craggs, i3, a janvier, 16 février 1719; Ibid, Germany, vol. 212 : M. de Saint Saphorin à lord Stanhope, Vienne, 4 février 17 19. ,

Alberin fait appel i'U Piétendiiiit

Expédition de Cadix

assassinat. .. Je me flatte, écrivait-il. qu'il surviendra quelque accident inopiné qui rompra les mesu.^os perverses de quelqu'un" ). Toujours fôbrilc, Alberoni improvise plus qu il n organise, il sera le premier prêt, mais il ne sera qu'à moitié prêt Alberoni avait dû le cardinalat aux instances de Jacques Stuart qui nettait son dernier espoir dans le ministre de Philippe V et lui proposait par l'entremise du cardinal Cualterio un progrannnc d'action contr.^ Goorg.s 1". Alberoni avait répondu sur le mode sibyllin che mwdum advenif pleniludo tempons (mars 1718). Les Jacobites lui prônaient lallianoe avec les Cours du Nord; .m. début de l'année 17.1). la ligue du Nord était dissoute et Alberoni jugeant révolue la plénitude des temps, faisait appel au Prétendant. Celui-ci végétait à Rome grâce à une hospitalité craintive et parcimonieuse, jouissant d'un retour d'attention depuis qu'on savait sa fiancée victime de la brutalité autrchiennc. Sorti de Rome, il gagna la mer pendant que sa suite prenait la route du Milanais dans un carrosse à sa livrée". Les espions du comte de Galatz, ambassadeur impérial prirent le change et firent arrêter le carrosse à Voghera; pendant ce temps Jacques avait gagne Nettuno, petit r>ort de l'État romain où, par les soins du cardinal Acquaviva, l'attendait une corvette (8 février). Toute 1 Europe apprit et commenta l'arrestation du fugitif au moment même où, débarqué à Rosas, il entrait à Madrid avec \es honneurs réservés à un roi d'Angleterre (27 mars)".

On ne l'y avait pas attendu pour donner le signal de 1 entreprise à laquelle on prétendait l'associer. Trois navires de guerre, dont une frégate, seuls bâtiments échappés au désastre du cap Passaro, avaient été armés à Cadix et pourvus d'une troupe de débarquement de cinq mille hommes sous les ordres du duc d'Ormond, qualifié de capitaine-général de sa majesté Catholique. Le secix-t des préparatifs fut si mal gardé que, le i5 mars, Dubois écrivait à Stanhope : -< Nous avons été informes ce matin à onze heures, par un canal [dont] nous avons tout lieu d'être sùrls], que le Prétendant a passé en Espagne et que l'embarquement préf.aré depuis si longtemps à Cadix est, destine à faire une descente en Angleterre. Son Altesse Royale a fait sur le champ appeler M. Stair pour lui dire toutes les circons-

" L. Wiosonor. le Bégent, l'abbé Dubois et le$ Anglais, in-8, Paris 1S99. III, p- 39.

» Buvat. Joarmh V. I, p. 358-359; Public Record Office. Franc*, vol. 3o3 : G<-rmany, vo!. 212 : lord Siair à Craggs, Paris, i5 mars i7i<)- .

" Publie Record Office. France, vol. 353 : lorrf S(«ir a Cragtfs, Pans, 6 mai 1719 : K. Baudrillarl, Philippe V et la Cour de France, l. II, p. 362.

tances qu elle venoit d'ai)prcndre, afin qu'il n-e tardât pas à on rendre, compte au roi de la Grandtî-Bretagne et à lui offrir to»it ce qui pourroit dépendre de la France"'. » Le i5 mars, en effet, « on ne doute plus quasi présentement du grand embarquement de Cadix », nous dit Dangeau'", le lendemain il s'aventure jusqu'à écrire qu'on croit cet embarquement de douze bataillons avec beaucoup d'armes <( destiné contre l'Angleterre'' )>; le surlendemain, le vieux chroniqueur enregistre le bruit qu'il y a dix-huit bataillons commandés pour maicher vers Calais et sur la rôt»' de Normandie, (ui y fera marcher aus^i quelque cavalerie. Ces troupes, dit-il, sont destiné(»s pour marcher en cas que le roi (Georges en eut besoin''. » Et voici que, le 18, Stair dccourt au Palais-Royal, annonce au Régent que le Prétendant a fait débarquer à Bristol des troupes et de quoi armer trente mille hommes, en sorte que le roi son maître prie Son Altesse Royale de lui envoyer un prompt secours en Angleterre'\ On peut juger si l'émoî fut giand, en Angleterre, quand on apprit, It' 55 1 mars, la mise à la voile de cette nouvelle Armada espagnole, qu'on croyait destinée à ravitailler l'armée de Sicile'*. Stanhope fit la communication aux chambres des Lords et des Communes réunies, qu'il pria de prendre les mesures jugées v

nécessaires en pareille circonstance. Quand chaque Chambre fut revenue dans sa salle particulière, elles mirent tous les ressources de l'État à la disposition du gouvernement qui mit à prix la tête duc d'Ormond et de ses adhérents.

Le roi Georges P'" ne jugea pas que ce fut assez : le pays fai- Inquiaudes sait son devoir, il voulut que les alliés remplissent le leur et Angleterre demanda aux signataires de la Quadrui^e-Alliance l'exécution de leurs engagements. Le Régent avait spontanément offert son aide et tout ce qui pourrait dépendre de lui, non seulement pour remplir ses engagemnts, mais pour donner au Roi et à son ministère les preuves les plus fortes qu'il ne faisait point de différence entre ce qui les regardait et ce qui le touchait personnellement. Dubois applaudissait sans réserve à ce langage"'

" Arch. des Aff. Ëtrang., Anfîlotcrro, t. 32^, fol. 38 : Dubois à Stanhope, i5 mars 1719; Dangcau, Journal t. XVII, p. i5, 16; 11 et 12 mars 1719.

" Dangeau, Journal, t. XVIÏI, p. 17; i5 mars 1720.

" Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 17; 16 mars 1720.

** Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 18; 17 mars 1720.

*' .T. Buvat, Journal, t. II, p. 362; M. Caumartin de Boissy à Mme de BaU leroy, 9 mars, dans op. cit., t. II, p. 36. vt^ttï

" J. Buvat, Journal, t. II, p. 362 : Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 20; 21

mars 17 19. .^ .

*' Public Becord Office, Franee, t. 353 : Dubois à Stair, Pans, n mars 17 19.

Dispersion de la flotte

et, de son côté, promettait à Stanhope un t ffort égal à celui « que Kous pourrions faire pour la conservation de la France, si elle étoit en danger^* ». En effet, le gouvernement français constitua immédiatement un corps d'armée de dix-huit bataillons (10.800 hommes) et de dix escadrons (i.ooo hommes) auquel il désigna ses ports d'embarquement pour l'Angleterre*'. Un corps de .six cents matelots fut levé en Normandie et en Picardie et envoyé à Porstmouth. I^e Régent poussa la naïveté ou la vanité jusqu'à en offrir quinze cents et de l'artillerie'"; mais l'Angleterre finit par rougir à la pensée de recourir à des marins étrangers, elle les rapatria en leur payant un mois de solde. Elle colora son refus des régiments français par leur croyance catholique et leur préféra deux mille Hollandais et six bataillons belges protestants levés par l'Empereur dans les Pays-Bas. la flotte anglaise, sous les ordres de lord Berkeley croisait dans la Manche surveillant à la fois les côtes d'Angleterre et celles de France, gardant la Bretagne et protégeant la communication par mer entre La Haye et Bayonne'''.

L'événement rendit ces préparatifs superflus. Sortie de Cadix le 7 mars, l'expédition fut saisie dans le golfe de Biscaye, non loin du cap Finistèix^, par une tempête qui dura douze jours, dispersa et anéantit la flottille. On jeta tous les chevaux à la mer, (îuelques bâtiments coulèrent, plusieurs s'abritèrent dans les rades du Portugal et de la Galic/', deux petits bâtiments voguèrent jusqu'à l'Ecosse où ils parvinrent le 16 avril. Une poignée d'aventuriers eut l'audacC de débarquer, se saisit d'un château, mais ne tarda pas à capituler et fut promenée en triomphe dans les villes d'Angleterre". Le Prétendant attendait de pied ferme, à Madrid, l'annonce de sa restauration; il apprit que la princesse Clémentine Sobieska après d'émou-

*» Dubois à Stanhope, Paris, i5 mars 17 19, dans lonl Mahon, Hirtory oj England, t. I, p. 348.

-»» Public Becord Office, Franco, vol. 35»^ : lord Stair à Cragga, Paris, i5, 20, 2r), 20 mars et 19 avril 1719; Arch. des Aff. fJrang., Espaprm», 26 mai 1719. Voir .T. Buvat, Journal, t. I, p. ?>C^^, 873, 376; P. ^Tx-lierac, La jeunesse du maréchal de Belle-Isle, in-8, Paris, 1908, p. 71.

*« Th. Stair Annals, t. II, p. 108; Craggs à lord Stair, avril 1719; Wcbor, Die Quadrupel Ailianz vom JaUre 1718, in-S, Wion, 1887,, p. 93.

" Oxenfoord Castle, Stair Papers, vol. XXII, lord Stanhope à Duboir, 3o mars 1719; The Stair Annals, t. II, p. ii5, 116, 387 : Berkeley à Stair, 10 avril 1719-

" Arch. du minist. de la Marine, W 3S, fol. i3; Arch. des Aff. Êtrang.., Portugal, t. 53, fol. 281^; Mornay à Dubois, 3o avril 1719; J. Buvat, Journal,

" P.-E. Lémon^ey, Histoire de la Bégence, t. I, p. 260; Dangeau, Journal,

t. XVIII, p. 29; 8 avril 17 19.

vantes péripéties, avait pu fuir Innsbriick et gagner l'Italie, elle l'attendait à Bologne. Alberoni se fut fait scrupule de retarder cette union si longtemps contrariée, il s'empressa de congédier le jeune Stuart que son insignifiance rendait inutilisable et tint à <( escorter lui-même jusqu'à cinq lieues de Madrid un prince de qui ses alliés ne pouvaient attendre d'autre service que la continuation de sa race*^ ».

L'extravagance d'Alberoni paraissait si évidente qu'on songeait désormais à se mettre à l'abri de sa frénésie encore plus que de ses moyens, dont les événements se chargeaient de montrer la faiblesse. Georges P*" voulait en finir avec cet aventurier malfaisant qui osait s'attaquer à l'Angleterre, et rendre à l'Espagne les maux que son ministre lui avait destinés. Cet acharnement aide seul à comprendre la complaisance qu'il apporta à prêter à la France deux frégates pour convoyer les navires qui transportaient des ports de Bretagne et de Normandie à Bayonne les vivres et les munitions indispensables à l'armée des Pyrénées**. Jaloux d'affaiblir l'Espagne, il voulait qu'on pén^étrât sur le champ en Biscaye et en Catalogne, pour soulever ces provinces au nom de leurs fueros, il voulait qu'on en proclamât le rétablissement et que l'on restaurât du même coup les privilèges de Valence et de l'Aragon. « Cv serait, au jugement de Stanhope, un affaiblissement permanent de la monarchie d'Espagne" », et ses instances triompheraient sur ce point, comme sur presque tous les autres, de la répugnance du Bégent.

Avant l'ouverture de la campagne, Philippe d'Orléans pouvait garder quelques doutes sur 'e sentiment national en France. Aux calomnies atroces, dont le souvenir n'était pas effacé entièrement, s'ajoutait une politique provocante qui aboutissait à tourner l'épée de la France contre le petit-fils de Louis XIV, celui dans lequel la majorité des Français reconnaissaient, à défaut du débile enfant-roi, l'héritier direct et légitime de la couronne. Mais ce que la noblesse refusait d'admettre, ce que le Bégent s'efforçait de faire garantir, les renonciations d'Utrecht, comptaient beaucoup moins au jugement de la nation que le fait évident que Philippe V devenu étranger, représenté à Paris par un étranger, conspirait contre la sûreté du royaume. Le complot de Gellamare fut comme l'éclair qui dénonce le péril inaperçu; à sa

'* P.-E. Lcmontey, op. cit., t. I, p. 262. tï • 2

»* Public Becord Office, France, vol. 353 : lord Stair à Cragg»s Pans, 9, 3o

" Arch. des Aff. Ëtrang., Angletejre, t. 328, fol. 2^3 : lord Stanhope à Dubois, i3 juillet 1719.

Transformation du sentiment national en France

Trahison

du duc

de Richelieu

lumière le patriotisme français comprit où l'entraînait une fidélité sentimentale et Philipix? d'Orléans, malgré ses tares et ses démérites, identifia dans sa personne la destinée nationale. « L'on s'aperçoit, écrit l'auteur de la Gazette, qu'on ne songe plus à la répugnance que l'on témoignoit d'abord contre cette guerre, et que dans les conversations du public on n'en parle plus comme on faisoit dans les commencements". »

Alberoni n'en comptait pas moins venir à bout de remporter quellques succès à force de fanfaronnades et d'intrigues. A l'entendre (( Monsieur le Régent pouvait, quand il voudrait, (envoyer fen Espagne] une armée de Français. Il n'y aurait pas un coup de fusil tiré et le roi [Philippe] tiendrait des vivres prêts pour les recevoir" » A l'en croire la fidélité des grands ne résisterait pas à ses séductions. La clef de la France méridionale était à Rayonne et l'italien Marini lui proposa de gagner le duc de Richelieu, colonel de l'un des deux régiments tenant garnison dans cette place. Richelieu était alors un jeune fat dont l'illustration tenait à quelques duels fameux et plusieurs galanteries retentissantes, qui lui permettaient de tenir un jeu effréné dont ses maîtresses payaient les pertes. Ce grand seigneur de vingttrois ans trouvait^ aussi naturel que lucratif de trahir la France a un a^e où d'autres donnent leur vie pour elle. La négociation marcha sans obstacle jusqu'au .9 mars. La veille, Richelieu alla trouver le marquis de Riron, lui fit mille protestations de dévouement et sollicita instamment la permission de partir pour Rayonne En même temps on interceptait une lettre d'Alberoni prouvant la trahison du duc que le Régent fit arrêter dans son lit" où il s'était couché à cinq heures du matin après avoir couru toute la nuit. M. de Sourches*", grand prévôt le conduisit à la Ra^tille et M. de Machault, lieutenant de police mit le scelle ^ur les papiers. On trouva la lettre de créance d'Alberoni, deux billets écrits de sa main aux émissaires de ce ministre , une lettre au cardinal l'assurant qu'il avait parole de tous les offi-

" Gazette de la Régence, p. 332-333; 24 avril 1719-

» Alberoni à Cellamare. 21 novembre 1718, dans P.-E. U^monhy, op. cit..

''^^Ma£me7l laugrave Louise, Paris, 3o mars 1 719 dans ^^-7; P;";!;^;; édit. Brunct, t. II, p. 83; Dangoau, Joarr^, t. XVII , p. ^^^^^^ '^; arrêté à « neuf heures et demie )) ; Buvat JoarnaU t. I, p. 3f>9, dit a « dix

^'- D,n;,.au, loc. cit, p. 23, dit qu'il fut arn-té par M. du Chevron, lieutenant de ^a prévôté, ce qui indisposa WA. les pairs qui trouvaient qu un « pair devoit être arrêté plus honorablement ».

*i P.-E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 232, notes i et 2.

ciers de son régiment d'entraîner celui-ci en Espagne dès son arrivée à Bavonne" et une lettre au maréchal de Berwick pour ompôcher celui-ci de disposer de ce régiment avant l'arrivée

du colonel". * /^ •*

Cette arrestation souleva une certaine émotion. « On croit, disait l'un, qu'il y a du catholicon d'Espagne dans l'affaire" », c'est, disait un ailtre, <( pour des cancans avec le cardinal Alberoni" ». Le Régent, importuné, répondit à ceux qui lui en parlaient « qu'il avoit dans sa poche de quoi lui faire faire son procès" » et Dangeau r(\marque que (( cette affaire-là a paru plus grave le soir qu'on ne le croyoit le matin" ». En même temps on mettait aussi à la BastiU^ le marquis Du Saillant colonel de lautre régiment de Bayonne. Interrogé, Richelieu avoua tout; il ne pouvait nier trois lettres signées de sa main qu'on lui repre- «ventait et dans lesquelles il demandait, en récompense de sa trahison, à être fait colonel des gardes". A Paris, l'intérêt porte au prisonnier était vif, on le savait mal logé dans la Bastille, dans une petite chambre au-dessus des cachots et ne recevant de îour que par le haut^\ endroit où l'on mettait ceux dont l'affaire était mauvaise^». Son procès n'était pas difficile à instruire et le Régent laissait entendre qu'il tenait le jeune colonel u comme un ioV' »; harcelé de tous côtés et par des femmes de la plus haute distinction éprises de ce lovelace, le prince répondit u qu'il le tiendroit en prison étroite jusqu'à la majorité du Roi » qui en déciderait alors". Du Saillant, qui n'était que

" J. Buvat, Journal t. I, p. 870. • -, ♦ t

" Richelieu à Berwick, sans date, dans P.-E. Lémontey, op. cit., t. 1,

p. 233, note i.

" Gazette de ta Régence, p. 32^, 27 mars 1719. -

" M. Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 3o mars, dans op. cit., t. 11,

p. Ai.

" Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 24; 29 mars 1719.

•' Ibid. D'après Buvat, op. cit., t. I, p. 370, Bichelieu était pourvu de ce que nous appelons un « conseil judiciaire », et criblé de dettes, ce qui explique Taccueil qu'il fit aux propositions d'Alberoni.

"Dan-eau, Journal, t. XVIII, p. 24; 3o mars; Madame, Correspondance, t. II, p. 84 ; 3o mars ; M. de Caamartin à Mme de Balleroy, 2 avril, dans op. cit.,

t. II, p. 45-46.

" Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 24; 3o mars 1719.

'" GazHte de la Régeme, p. 325; 3 avri.l 1719- ?

^» M Caumartin de Boissy à Mme de Balleroy, 2 avril, dans ^p. cit., t. il, p \ù''? d'EMi^- : Le maréchal de Richelieu 1696-1788, d'après les mémoires contemporains et des documents inédits, in-12, Paris, 1917. P- ^6-61.

" Gazette de la Régence, p. 325-320; 3 avril 1719-

Plan de guerre

îi

« lâche et fripon » fut remis en liberté et exilé''. Quant à Richelieu (( trop de vices veillaient à la conservation de ce fat éblouissant, et le Récent fut forcé de le rendre après cinq mois, aux larmes effrontées de quelques femmes du plus haut rang »; mais la découverte de cette nouvelle intrigue d'Alberoni acheva de jeter le Régent dans les bras de l'Angleterre. Dès le 2 avril, Stair se hâtait d'annoncer que S.A.R. lui avoit dit u qu'elle savoit que son salut dépendoit d'être toujours étroitement unie avec le roi de la Grande-Rretagne et... que cette maxime seroit la règle de toute sa conduite" ».

Désormais la réconciliation de l'Espagne avec les alliés ne dépendait plus uniquement de son accession à la Quadruple- Alliance mais du renvoi d'Alberoni'*. Pour le mettre plus sûrement hors d'état de nuire, on songeait même à lui faire enlever h dignité cardinalice. L'ambassadeur impérial sonda le pape Clément XI sur oe sujet délicat et fut surpris et charmé d'y trouver le souverain pontife assez disposé, sous la condition que les alliés prissent l'engagement de faire rendre au Saint-Siège certains droits fiscaux que Philippe V lui avait retirés". La condition de ces vengeances était une victoire, car Dubois ne pensait pas pouvoir venir à bout de son adversaire autrement que par les armes. Aussi, le voit-on, dans sa correspondance avec Rerwick, s'intéresser aux moindres préparatifs", s'enquérir des plus minces détails''; par dessus tout il recommandait une action prompte et rapide : « Je ne connais point d'autre expédient, écrivait-il au maréchal, que d'entrer en Espagne. Vous ne pouvez pas rendre un plus grand service que d'avancer ce qui peut se faire de plus prompt et de plus effectif... Tout dépend de h\ diligence, de la précision, de la vivacité et du succès de cette première campagne'". » Tel était aussi le désir de Stanhope

" Gazette de la Bégence, p. SaS; Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 42; h mai

^* P.-E. Lémontey, Hittoire de la Régence, t. I, p. 284. " Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stair à Craggs, Paris 2

avril 1719- . , ^ T> • A

" Public Record Office, Franco, vol. 353 : lord Stair a Craggs, Pans, 24

avril, 4 et 7 mai 1719. .

" Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stair a Craggs, Pans i5 et

16 mai 1719. « . , 1 r^ 1. •

-• Arch. des Aff. Êtrang., Espagno, t. 288, fol. i5i : Berwick à Dubois, 7

avril niQ»

" Arch. des Aff. Êtrang., Espagne, t. 29'. f»'- 34? = D'»'>0'» « Berwick, 25

avril 1719. „ . . in • I

•» Arch. dec Aff. Etrang., Espagne, t. 288, W. 112 : Dubois à Berwick,

29 jnar» 1719.

nui proposait l'appui de notre armée par une partie de la flotte

britannique, laquelle exercerait dautre paii une -t.ve surved-

lance le long des côtes". Le plan du duc d Orléans, - a qui ses

r-,niuaan.-s de 1707 et 1708 avaient fait connaître le pays — con-

i3t 1 n enteer la Biscaye, pour diriger la principale attaque

u la Catalogne en vue de laquelle paraîtrait la flotte de 1 amiral

Byng La facilité et la rapidité des succès obtenus sur la Bidas-

"ifr^avTr 't iC^de Cilly. commandant l'avant-garde ^^ franchit la Bidassoa; le lendemain, il s'empara en courant de 'uelques forlins et s'ouvrit l'accès de Passage, dont Alberom avait "ait le grand arsenal maritime et le chantier de construcior^d l'Espagne avec un port bien abrité, un château-fort bien Xetnu des ressources abondantes. En quelques jours tout fu anti : 'six gros vaisseaux en chantier, non -01. goudronne furent détruits parce qu'ils n'auraient pas brûle I^s bois enta. Ïlîans l'arsenal furent embarqués à destination de Bayonne '^s canons, des munitions, des provisions de toute «orte furent mis hors d'usage ou détruits". -< Ce port de Passage etoit le "oTnt "a-et delà Jalousie de 1'Angk.erre [qui] - v<^;t -uff.ir H^ marine à aucune puissance de 1 Europe. Elle etoit venue hm!t^ar l'intérêt de fabbé Dubois à obtenir formellement :Xl7JCn.i point en France, et qu'on y laissât tomber le eu qui en restoit^ La ruine de la flotte d'Espagne par une nSiscl es supérieure avoit été l'objet des secours de Nap les e de Se Zr le moins autant que l'attachement aux intérêts de fEmSreur et la guerre déclarée à l'Espagne en conséquence oe u Zd ap e-Alliance avoit en point de vue principal la^destruc- • \i„ r nvuine d'Fspagnc renaissante à Passage". » « Ce coup, dr^ntS^m exulter l'Angleterre et fixa la certitude du chapeau sur la tête de Dubois. U montra une jo.e odieuse de

Mémoire, el Documents, Uih, M. f^ "^ """"P^j;;^ . ^ro Paris, 2i, 29

"/""':■ 'r:lSÏ::i 'nra;tarL^. rBfrtc .J\ «égent .tu avril 1719- ^ coirespouuaii^ anerre 2558; quekiues-unes des

.inis.ro I. B-anc -^ouv^ au D.p . ^J^^J^^ ^^J^ f,^ ^„^ XV,

pièces P""f Pf ** ""^''^i^" fàXmenl les hésitations du maréchal, t. 1, p. 46-54. On y "^if ^^'~l^ y, campagne aux Pyrénées, dans

» L. Wiosener, Guerre d Espagne en 1719 ''»

.nn.«,ire de ta Société. P'-^otechauju., rSgS ^ UV ^«Crbon U.d. Muriel. i„.8 Lr^r;7^Vp::rHrrd"0Ï.e. France, vol. SsS : Serw.k a

(0$ Ingleses suspirando semprc, porque i:. ^

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Illusioos de Philippe V

cette funeste expédition, ot toute la France une douleur dont personne ne se contraignit, et qui embarrassa le Régent pendant quelques jours'*\ » Les Anglais eurent l'adresse de ne point paraître, ils savaient que Dubois en ferait tout autant qu'ils pourraient exiger et que Berwick avait toutes les passions d'un \éritable Anglais, ennemi irréconciliable de toutes les marines des autres pays*\

Un succès si complet et si faciile travailla quelques imaginations; tel officier pensait revoir les merveilles d'une conquête comme celle du Mexique, avec des Espagnols en guise de sauvages"*; Dubois, moins échauffé, excitait l'ardeur du maréchaP', faisait expédier des ballots remplis de manifestes afm que les Espagnols n'ignorassent point que le but de cette guerre était d'affranchir le Roi Catholique et ses royaumes de l'oppression et de la tyrannie d'un ministre étranger'". D'autres proclamations devaient tranquilliser et gagner les provinces envahies**. Alberoni faisait répandre les manifestes dans le camp français, mais le Régent les rachetait à prix d'or pour le plus grand prolit et amusement des soldats et des officiers. Dans cet échange de récriminations les fournisseurs de Dubois conservaient le langage de la bonne éducation, tandis que les faiseurs d'Alberoni versaient dans les plus plates et les plus grossières plaisanteries. Philippe V laissait s'agiter ces obscurs comparses; lui seul pourrait parler à ses anciens compatriotes et signer sa proclamation : Philippe de France^'', seul aussi il lui suffirait de se montrer pour voir nos vieux régiments se ranger autour de lui, Alberoni l'avait flatté de cette illusion et amené de Madrid avec la Reine enceinle et le prince des Asturies, témoins prédestinés à une scène si glorieuse pour celui qui en serait l'objet. Mais l'honneur militaire des vieux compagnons de Gatinat, de Luxembourg et de Vendôme les garda à distance d'un souverain étranger.

" Saint-Simon, Mémoires, édit. ChériM^l, t. XVH, p. 196; édit. igoS, l. XI, p. 121.

''^ Le 2 mai, nouvelle lettre de Berwick à Stair, daté<^ de Bordeaux; il se dit ravi d'apprendre que Stair <'sl eonl^Mit de l'a beson^ne faite à Passan^*.

*' M. Dujaanay à M. Le Blanc, 18 avril 1719, dans P.-E. L<'montey, op. cit., t. I, p. 267.

*' Àrch. des Aff. Etrang., t. 291, fol. 3'i7 : Dubois à Berwick, ib avril 1719. .®° Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, t. 323, fol. 207 : lord Stanhope à Dubois:, 5 avril 17 19.

•^ Arch. des Aff. Êtrang., Anglet>erre, t. 828, fol. 207 : lord St^inhope à Dubois, 5 avril 1719.

•^ Arch. des Aff. Étrang., Espagne, Mémoires et Documents, t. i4a : D^^claration du 27 avril 1719.

"nr ■»■«.

LA CAMPAUNIi DE 1719

lin malheureux officier eu fit réprcuv€. Venu d Espagne, comme dLur 1 apportait quelques lettres des réfugiés frança.s qui Î^c^ag;"! nt leurs an.is à les imiter, il fut au«sUôt dénonce par olux qu'il voulait séduire, arrêté et pendu au mdieu du camp Sexcmple ne convainquit pas Philippe V. qu. voulut se p e- ÏnleTc7personne aux avant-postes de l'arn^e française ou les ordn^s étaient donnés de ne le faire prisonnier a aucun pnx Alberon lignorait et, pour triompher de lobstmation de son naurn-inmgina rien de plus efficace que de le fa.re égare "n pleine nuit, par des guides chargé, de le fourvoyé^- Cet ,our cette équipée, où Alberoni se révèle digne rival de Gil Blas Tue Phi ipp V a;ait quitté Madrid, le .6 avril, s acheminant ve^ la tiwtière où le prince Pic rassemblait une petite armée de

'te'p^s'at'rTmS française rétrograda afin d'entreprendre le sLe d Fontarabie. Le .0 mai, Berwick vint prendre le comnaTdtment en personne, date concertée probablement pmsque 'Xs" TmLe jour qu'est datée la >eUre-manifeste ad^^see au maréchal par Louis XV. « La guerre que je surs oblige de porter en Espagne disait-il, n'a pour objet ni son roi. qm m est un, de si pX ni la nation espagnole que la France a constamment secourue de son sang et de ses trésors pour lui conserver r o ris" ulement un gouvernement étranger qui oppr.m^ la nation qui abuse de la confiance du souverain... Tout oe mie mes armes prétendent, c'est que le roi d'Espagne consent IZ^, son ministre, à . ^^re unanimern^ toute

l'Fiirone souveram légitime de 1 Lspagne ei uus» mu u seTmTnistre d'Es^gne que j'impute les -s.stan^s du B Catholinue à la paix; les conspirations tramées en Frai^cc, et ous ccL'Irits égîllement absurdes dans leurs pr.nci^. et -ju^ rieux à mon autorité dans la personne de mon oncle, le duc dOr^éans qui en est dépositaire... Le Boi Catholique ne contes^ lait pasla régence au iuc d'Orléans quand son ministre lui a otrHe conlfrmer tous ses droit* à son gré. s'il vouloit contre Tf^ des traités, se joindre avec l'Espagne pour renouveler a Ire Depuis quand tait-on méconnaître cette régence par le foTd Espatne? Depuis que par les conseils du Bégent j'ai opp.^e de anïn^s solides et' des traités nécessaires aux vues ambitieuses d'un ministre qui ne respira que l'embrasement de 1 Eu

" P.-E. Umonu-y, op. cit. t. I. p. ^^S, note .. ^. ^ j,

" le Blanc à Berwick, 2 juin 1719. <l«n« P"*" i^'m»"'*»' '' p. 265, note a.

Manifeste

de Louis XV

rilSTOIRE DE LA RÉGENCE

tf

Prise de Fontarabie

rope... Je n'ordonne à mes troupes que ce que leur amour et leur lidélité leur prescrivent : qu'elles combattent vaillamment pour la paix; c'est l'unique fruit que j'attends de la guerre". »

Cette pièce habile était l'ouvrage de Dubois à qui le duc de Saint-Simon écrivit ses plus fortes louanges, enchanté, disait-il d'y avoir vu « développer les contrariétés de conduite, 1 intérêt pei-sonnel, les attentats du ministre d'Espagne, sans descendre à la bassesse de la plus légère injure. Tout le tissu de la lettre le rend si odieux et si informe, et son joug si palpable et si honteux au roi d'Espagne et à sa nation, qu'il ne se peut rien ajouter à la délicatesse de cette pièce si fine, si forte, si ménagée et si capable de décréditer entièrement le crédit et l'autorité de cet [homme] en Espagne et en France. <( Bref, Saint-Simon demandait cinquante exemplaires de cet « ouvrage achevé, comme du plus utile et du mieux écrit de la Régence », et conseiillait de le répandre « à milliers dedans et dehors le royaume'* ».

Mais il devenait nécçs<saire et urgent de songer aussi à l'armée. Les officiers y faisaient preuve de zèle, les soldats beaucoup moins, la longue inaction est pour une troupe mauvaise conseillère. Lors de l'entrée en campagne, on n'a pas eu à signaler un seul déserteur'", — peut être avait-on voulu fermer les yeux.^ Or, un mois après cette époque, les officiers avouaient deux mille cinq cents déserteurs''. Des opérations actives po.uvaient seules enrayer ce fléau.

Le 27 mai, la tranchée fut ouverte devant Fontarabie", iiu moment où, à Paris, lord Stair réclamait à cors et à cris le siège de Bilbao pour lequel l'Angleterre n'envoyait ni un navire, ni un soldat, ni une gui née. Et l'abbé Dubois s'en remettait au maréchal du refus à opposer et des raisons à donner à l'irascible ambassadeur. « M. Stair, lui écrivait-il, est engoué du projet de Bilbao... mais si avantageux que ce parti puisse être, il faut qu'il soit praticable, et c'est vous seul, monsieur, qui en pouvez

•^ Arch. des Aff. Ëtrang., Èspagno, Mémoires et Docurnents, l. i^a : Louis XV à Berwlck, 20 mai; voir Pajol, Les guerres sous Louis AT, in-8, Paris 1881,

'* Arch. des Afj. Ëtrang., Franco, Mémoires et Documents, t. i235, fol. 4i» Saint-Simon à Dubois, 9 juin 1719; Dépôt de la Guerre, 2662, p. 98, p. 121; 17 et 18 juin.

•^ Public Record Office, France, vol. 353 : lord Stair à Craggs, Paris 29 avril

•* Public Record Office, France, vol. 354 : ^V. Stanhope a lord Stanhope,

camp do Renleria, 27 juin; Buvat, Journal, t. I, p. 367; 25 mars 1719; p. /120.

»» Arch. de<i Aff. Êtrang., Espagne, t. 289, fol. 4i : Berwick à Dubois, 23

mai; fol. 5o : Berwick à Dubois, 28 mai 1719; Pajol, op. cit., t. I, p. 67.

juger'"*. Quoique les ennemis n'aient pas de grandes forces à vous opposer, il ne faut pas s'exposer à de mauvais succès, dans le temps où le moindre feroit ici un scandale et un éclat horribles par la mauvaise disposition des cabales opposées...'"'. Vous en savez, monsieur, plus que nous. D'ailleurs, il ne sera pas difficile, je crois, de procurer l'avortement du plan de Stair, sans qu'il y paroisse'"\ » Berwick écarta le projet de Bilbao et poussa, sans beaucoup de vigueur, le siège de Fontarabie dont les plus minces incidents étaient rapportés au Régent'"^ et payés de louanges excessives'"\ Tout se développait suivant les règles immuables dé la poliorcétique officielle. Gomme le siège touchait à sa lin, le 10 juin, Berwick éprouva la surprise de voir paraître trois vaisseaux anglais dans le golfe afin de bloquer la place de ce côté'". Le 18 juin un édat de bombe décapita le gouverneur. Fontarabie capitula'"*, la garnison obtint les' honneurs de la

guerre .

Lorsque la nouvelle se répandit dans Paris on vit assez de manifestations pour donner lieu de croire que la vieille haine de l'Espagne allait renaître'"'. Rien ne manqua aux réjouissances : Te Deuniy feux de joie, frappe d^une médaille'"'. De jour en jour les courriers appoilaient des bulletins de victoires : bicoques qu'on donnait pour des forteresses, escarmouches qu'on prenait pour des batailles : Béhobie, San-Marcel, Castel-Folit, Santa- Isabellal L'essentiel est de marcher en avant, disait Dubois, et de porter à nos adversaires des coups qui les atteignent au cœur"". L'adversaire promenait dans ces parages avec une sorte d'égarement lucide, à la manière d'un somnambule. Le i^ mai

*"° Arch. des Aff. Ëtrang., Espagne, t. 292, fol. 99 : Dubois à Berwick, 6

mai 17 19.

^»* Arch. des Aff. Éirang., Espagne, t. 291, fol. 391 : Dubois à Berwick, 6

mai 17 19.

^"^ Arch. des Aff. Êtrang., Franox^, Mémoires et Documents, t. i233, fol. 3d : Journal écrit de la main de Dubois, mai 17 19.

^•" Arch. des. Aff. Êtrang., "Espagne, t. 289, fol. 100, 102 suiv.

*" Arch. des Aff. Etrang., Espagne, t. 292, fol. 99 : Dubois à Berwick, 3

juin 1719.

"* Arch. des Aff. Etrang., Angleterre, Mémoires et Documente, t. 44, fol. 471 : Dubois à lord Stanhope, 16 juin 1719.

^"« P.-E. Lémontey, Histoire de la Régence, t. I, p. 268.'

^" Dépôt de la Guerre, ms. 2562, pièce i35; Arch. des Aff. Etrang., Prusse, t. 64, fol. 18 : Dubois à Rottembourg, 26 juin 1719. ^

'"» Gazette de la Régence, p. 338; 23 juin 1719.

^"^ J. Buvat, Journal de la Régence, t. I, p. io4.

*"* Arch. des Aff. Etrang., Espagne,, t. 292, fol. 99 : Dubois à Berwick, 3 juin 171g.

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