‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 62 sur 193 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

Itinéraire

de Philippe V

Lellre

au prince

(lo CoQli

il était à Bonachc; le i8, à Caiiguena; k 8 juin, à Tudela; le 12, à Pampelune où il apprit l'exti^mité des défenseurs de tontarabie. L'homme de cœur, qui sommeillait depuis tant d années, se réveilla Philippe V voulut courir et sauver la place, Alberom ^'y opposa, u H dit que de passer pour l'auteur de la guerre, pour le perturbateur du repos de toute l'Europe, de se melti-e a dos la haine du monde entier, c'était un sacrilice qu il avait fait jusque-là, qu'il ferait encore à l'avenir de bon cœur; pourtant qu U ne pouvait souffrir de voir le Roi, à la tète d'une poignée d hommes vouloir tenter le secours de Fontarabie assiégée par une grosse armée bien postée. C'était vouloir ^ perdre, s exposer a une catastrophe des plus terribles, inouïe, faire dire au monde qui déjà lui imputait tout, que ses extravagances ne pouvaient pas Unir autrement, qu'il n'y avait pas autre chose à attendre de la conduite d'un furieux^^^ ,, Alberoni supplia, pleura, Philippe n'en tint compte et se remit en route. Le 17, il arrivait au camp de San Esteban^^% d'où il envoyait dïv^ aux défenseui-s de Fontarabie qu'il accourait vei« eux^". Le 18, le Roi arriva à la Sacca, à deux lieues du pamp français et y apprit la reddition^ de la place le jour même. La colère le ramena à Pampelune ; il y venait cacher sa honte et aussi son infamie.

A partir du jour (7 avril), où le Roi Catholique avait pris u la résolution de se mettre à la. tête de ses trouix^s, pour servir les intérêts de S. M. Très Chrétienne et de la nation française », Pbiilippe V n'hésitait plus. Le 27 avrill, il provoquait les soldats français à la désertion en leur promettant quatre pistoles. Le 9 juin une lettre anonyme venue d'Espagne, offrait au prince de Conti la royauté de Sicile pour prix d'une défectlon"^ Trois jours plus tard, le 12 juin, Philippe adressait à ce même Conti une lettre qu'il le priait de faire parvenir au Régent, à qui il proposait le démembrement de la France. A l'en croire, la présente guerre lui avait été inspirée par son amour pour la France. « Mais

1" Brit. Muséum, Papiers Gualterio, Addit. Mss. n- 20426. AlheYoni an Card Paulucci, Sestri di Levante, près Gênes, 20 mars 1720, copie de la main d Alberoni adressée au cardinal Gualterio. Cette entrevue n aurait pas eu heu à Pampelune, au dire de ^VViesener, op. cit., t. III, p. 70 note; rien ne s y oppose.

112 s^n Esteban, à neuf lieues de FonUrabie, Alberoni a Rocca, 17 jum, dans

Lettres intimes, p. 682. „ , . ^ ^«^,.

"3 Public Record Office, Spain, vol. i63 : \V. Stanhope a Craggs, au camp devant Fontarabie, 21 juin 1719. Le billet de Philippe V fut mtarcepté

11* A petites journées, s'entend; le 22, il est au camp de San Esteban, voir

P. E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 260. , , . ci ».

"* Public Record Office, Spain, vol. i63 : W. Stanhope a lord SUinhope, 10 juin 1719. Cette lettre fut attribuée à Albercxni.

voyant, disait-il, qu'au milieu des démonstrations que j'ai données aux Français de ma bienveillance, ils n'ont pas favorisé mes intentions et mes desseins; qu'ils ont fait voir que ce seroit manquer à leur fidélité accoutumée; enfin qu'ils s'accordent unanimement à obéir aux ordres de leur gouvernement, je dois croire et même je me pei^uade que la France est contente et libre, et qu'elle jouit d'une tranquillité parfaite au lieu de gémir comme on l'avait publié, ce qui a été l'ouvrage de quelqu'un qui a pour intérêt la désunion des deux monarchies. C'est pourquoi je considère que je dois manifester à l'Europe que l'amour seul de ma patrie a pu m'obliger à prendre les armes pour la délivrer des maux que l'on supposait avoir été produits par le gouvernement présent, et qu'étant désabusé je suis uni plus que jamais non seulement avec la nation que je dois aimer très tendrement, mais aussi avec le duc d'Orléans, espérant que sa prudence et sa bonne conduite procureront le rétablissement de la paix que je désire ardemment, et que je ne manquerai pas de signer, moyennant. la jouissance de l'entière monarchie d'Es-pagne avec toutes ses dépendances, excepté la Sicile et la Sardaigne, auxquelles j'ai renoncé en faveur de l'empereur d'Allemagne mon cousin, qui, dans le temps convenable, établira l'aîné des enfants de mon second mariage duc de Toscane et de Parme et renoncera en ma faveur aux droits sur ma monarchie. Et de mon côté, je renoncerai aux droits dont il jouit présentement pour lui et ses successeurs. Enfin, il fera avec le duc de Savoie les conventions qu'il jugera à propos; et il noias mettra en état, étant tous unis, d'arrêter les desseins de l'Angleterre avec laquelle je n'entrerai en aucun accommodement à moins qu'elle ne me restitue Gibraltar et Port-Mahon et qu'elle ne me dédommage des vaisseaux de ma flotte qu'elle a pris ou détruits. »

A ces conditions, Philippe renonçait pour lui et pour ses successeurs à la couronne de France, sauf pour son deuxième fris, don Philippe (et les puînés à son défaut) destinés à revendiquer le trône de -France en cas de mort de Louis XV sans héritier direct. A défaut de don Philippe et de ses puînés, le duc d'Orléans et ses descendants seraient appelés à la succession. Et « pour manifester, disait Philippe V, l'amour que ses grandes qualités, son sage gouvernement et le soin qu'il prend de l'éducation du roi mon neveu m'inspirent pour lui, je m'engagerat à faire tn sorte que les trois États de .France consentent à la cession des Pays-Bas français et de la Bourgogne en sa faveur, avec le titre de roi, et de l'Alsace en faveur de l'Empereur, qui consentira

If

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Projets de soulèvements en Espagne

au mariage de l'archiduchesse sa nièce avec mon cousin le duc de Gharti"es, lui donnant en dot les Pays-Bas autrichiens de la même manière que le roi Philippe II, mon aïeul, le fit à legaid d'IsabelleXlaire-Eugénie, infante d'Espagne et de l'archiduc Albert. Il donnera, comme Empereur, le titre de roi au duc d Orléans, qui, par là, aura un royaume et passera de l'état de sujet à la dignité royale dans le temps qu'il est si éloigné de la couronne. » l,T^ • *

Grâce à cette combinaison, la France, l'Espagne, 1 Empire et tous les états qui se joindraient à eux seraient en mesure de dicter la loi au roi Georges P"" « qui agissait comme s'il était l'arbitre de l'Europe, ôtant et partageant les monarchies à sa fantaisie ». La Grande-Bretagne formerait deux royaumes : Georges recevrait l'Angleterre, tandis que l'Ecosse et l'Irlande seraient attribués à Jacques III. <( Voilà, concluait Philippe V, les conditions que j'espère qui rétabliront la tranquillité publique, l équilibre dans l'Europe, la paix et la satisfaction en Espagne et en France, et l'honneur de notre auguste maison, auquel l'Angleterre avait donné tant d'atteintes, et cette dernière recevra chez elle la loi du partage qui convient plus que celui qu'elle avait projeté pour toute l'Europe. L'on verra briller le lustre de la maison de France par l'augmentation d'une couronne sur la lete d'un prince de son auguste famille''*. »

Le Régent ne lit aucune réponse à cette lettre dans laquelle le petit-fils de Louis XIV projetait le démembrement de cette couronne qu'il sentait lui échapper : Alsace, Bourgogne, Flandre Française seraient l'apanage de celui qui consentirait à déchirer la patrie. De ce jour un abîme sépare celui qui continuera à se dire « Philippe de France » de celui qui signe Philippe d'Orléans'''. On n'est plus désormais en droit de faire un reproche au ministère anglais de l'emploi d'armes dites déloyales à l'égard d'un adversaire aussi peu scrupuleux.

Le 10 juin, le maréchal de Berwick recevait dans son camp le colonel William Stanhope, qu'une dépêche du ^linistre Le Blanc lui recommandait en ces termes : <( Vous témoignerez à M. Stanhope beaucoup de considération, mais vous ne lui communiquerez que les choses dont vous croirez qu'on puisse lui

"• Arch, des Aff. Êtrang.y Espagne, Mémoires et Documents, t. i/ia, fol. loo : Philippe V aa pnnce de Conti, 12 juin 1719» voir BaudriUart, op. cit., t. II,

p. 368-370. T^, .1. tf â 1»*1U

^^' M. Em. Bourgeois, dans son panégyrique (k Philippe V et d Albcroni, passe sous silence la lettre au prince de ConU.

donner connaissance sans inconvénient"'. » Dès son arrivée, le colonel s'empressa de faire connaître au maréchal la partie de ses instructions tendant à soulever Basques et Catalans contre l'autorité de Philippe V. Le ministre Stanhope avait, dès le i5 mai, entretenu Dubois de ce dessein et de la mission du colonel en Biscaye et en Catalogne"'. Dubois n'y avait vu qu'un moyen d' « exciter le mécontentement que les Espagnols doivent avoir de l'oppression où ils se trouvent''" », le Bégent hésitait, ne se prononçait pas et Stanhope insistait''', Craggs se plaignait qu'on ne profitât pas de la disposition des Espagnols à se révolter'", ne comprenant pas la délicatesse vraie ou feinte du Bégent qui prétendait ne faire la guerre qu'à Alberoni et ne provoquer les entreprises des peuples que contre lui seul. Enfin, Dubois arracha son consentement. <( Le roi d'Espagne, écrit-il, est auprès de Pampelune. Son armée ne nous empêchera pas d'aller en avant, de ce côté-là et du côté de la Catalogne. Si les peuples d'Espagne veulent s'aider et prendre des engagements pour le rétablissement de leurs privilèges, on traitera avec eux. Son Altesse Boyale s'est rendue aux représentations et aux réflexions de Mylord Stanhope. Il n'y a rien à faire en Galice où les peuples sont fort abjects et soumis, d'aucune ressource pour un soulèvement'". »

Les opérations militaires se poursuivaient, mais si lentement qu'à raconter l'histoire de cette campagne on se trouve amené à parler de choses qui lui semblent étrangères. Après le siège de Fontarabie vint le siège de Saint-Sébastien. La garnison était nombreuse mais médiocre, elle s'enferma dans la citadelle d'où elle ne sortit que pour capituler. Cependant la position était forte, mais les Espagnols se contentaient, pour toute défense, de rouler à la main et de précipiter des pierres et des boulets de 48 sur les travailleurs. On s'attendrait à lire que nos soldats s'amusaient fort de ces prouesses renouvelées des Grecs et des Bomains, loin de là, ils s'épouvantèrent et Berwick demanda au Bégent la

»»• Le Blanc à Berwick, t«' juin 1719, dans P.-E. Lémonley, op. cit., t. I,

p. 568, note I.

"• Arch. der Aff. Etrang., Angleterre, t. 828, fol. 177 : ^o^d Stanhope à

Dubois, i5 mai 1719.

'" Dubois à Berwick, 3 juin 17TO, dans Catalogue de la vente Laverdet, 1862. »" Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 828, fol. 243 : lord Stanhope à

Dubois, t3 juillet 1719.

•" Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 325, fol. 90 : Ch^mmorel à Dubois,

27 iuîllet 1719.

"f /Irch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 325, fol, ioq : Dubois à Senecterre,

5 août 1719. >

Prise de Saint- Sébastien

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Échecs répétés

permission de lever le siège. Le chevalier de Folard survint au camp en curieux, s'étonna de ce découragement, suggéra l'emploi d'un énorme gabion roulant comme un cylindre et ne put rien obtenir. Lorsque le comte de Belle-Isle apporta l'autorisation du Régent à la levée du siège, la citadelle avait capitulél (19 août)^**. Le Guipuzcoa était conquis.

Tout devait être déconcertant dans cette campagne. Une fois maître de Saint-Sébastien, Berwick n'avait plus rien à entreprendre que la conquête de Pampelune, forte position, solide enceinte, une des meilleures places du nord de l'Espagne qu'il lui était impossible d'enlever et plus impossible encore d'assiéger. A Pampelune, Philippe V et sa Cour offraient le plus bizarre spectacle. Un jour le Roi envoie un officier au gouverneur de Saint-Jean-Pied-de-Port lui annonçant son arrivée pour le lendemain. On l'attend inutilement'". Un autre jour, repris de ses terreurs folles, il se cache dans sa maison et ne consent à manger que les mets apprêtés par la nourrice Laura, à ne boire que de l'eau apportée de Madrid. Alors la Reine parade, monte à cheval, passe des troupes en revue, caracole en robe de velours bleu brodé d'argent, façonnée à Paris et échangée aux avantpostes. Alberoni sent sa fortune compromise et ne voulant pas avouer tant de fautes, tant d'erreurs, tant d-e folies, il les passe au compte do Dieu, qui veut châtier l'Espagne. Le prfstige de l'aventurier était encoix? assez solide pour qu'on s'intéressât à le voir de près. « Rien ne serait plus avantageux, écrivait-on, que d'être maître de la personne d'Alberoni'", » et l'idée germe dans une tête vive d'enlever le cardinal pour le livrer aux Français. Un détachement de nos troupes attendait au lieu convenu, mais l'auteur du projet avait confié son plan à un allemand qui le trahit, et le cardinal échappa'".

Il lui était réservé d'assister, impuissant, à la destruction de toutes ses entreprises. Pendant le siège de Saint-Sébastien, le colonel Stanhope dirigea une expédition contre le petit port de Santona, ou San Antonio, voisin de Bilbao et centre de constructions importantes. Sept cent cinquante Français embarqués sur

*** Voir ks bulletins de Berwick dans Dangeau, Jourrml, t. XVIII, p. 80, gS, gh, 96, 07' iCKi' io3, lo'j, 106, iio, ii3,.ii6; et pour k rôle de Belk-lsk, voir P. d'Echerac, op. cit.y p. 75-76.

»" Public Record Office, Spain, vol. i63 : col. W. Stanhope à lord Stanhope, au camp devaint Saint-Sébastien, i®*", 8 juillet 17 19.

>" Le Blanc à Berwick, 2 juin 17 19, dans P.-E. Lémontey, op. cit., t. I, p. 265, note 2.

"^ P.-E. Lémontey, op. cit., t. T, p. 566-267.

des frégates anglaises, mirent en fuit^ les miquelets, sans perdre un ^ul homme, brûlèrent trois vaisseaux sur le chantier et les matériaux pour sept autres^^\ « afin, disait Berwick au Re^gent, que le gouvernement de l'Angleterre puisse faire voir au Parlement prochain que l'on n'a rien négligé pour diminuer la marine d'Espagne^". » Quant aux Français qui y avaient été incorporels par la force, la désertion les ramena bientôt parmi nous . Aux colonies, Philippe V n'était pas plus heureux. Dès le mois de mars une escadre avait été préparée à la Havane pour ruiner les établissements anglais de la Caroline^-. Pensacola fut pris et perdu et ix^pris par les Français-^ Les Espagnols firent, sans beaucoup de succès, quelques entreprises contre nos établissements de la Maubile^". Ainsi, de tous côtés, arrivait la nouvelle de nouveaux déboires. En Sicik, la ville de Messine avait ouvert aux Impériaux ses portes ruinées et ses murailles ebrechees par neuf assauts; dans la région voisine de l'Etna, le marquis de Lède prolongeait une résistance onéreuse et sans issue bntin, Stanhope donnait suite à ses projets de guerre civile. Apres la conquête de Guipuzcoa, Stanhope avait convoque a Tolosa les Basques jaloux de reprendre leur indépendance provmciale, mais Basques et Navarrais répugnaient à une action trop énergique 1 'ignorance dans laquelle ils étaient i^longés leur persuadait que les privilèges vénérables ne devaient pas être reconquis par force ou par menace, et cette répugnance toute seule montrait a quel point ces peuples étaient peu dignes des libertés qu ils s étaient

^''f n'en^'était pas de môme sur les confins de l' Aragon, de la Cerdagne et de la Catalogne, où une population de montagnards sar^s maîtres et sans lois, exerçant le métier de contrebandiers TeTMZuelets, avaient été acquis à la France depuis toujours Ai: ! une maigre solde servie à une trentaine ^.c^^ ^^ P us d'intelligence ou plus d'audace avaient établis chefs . On leva

- PMic Becord Office, Franc, vol. 35A : ^^^-f.^^.^-^/J^^^^' '' ^^'^^

'V:Zch de la Marine, V 38, M. i65 : Note du .o juUlct 17.9.

." Arch de Aff. Êtrang., A^nériquc, Ménwires et Docameni, 1^1 M. ,3o..33 ; P. Heinrich. U Louisiane sous U Compagnie des Indes, ^vr^.^U

in-8, Paris, 1907, P- ^^* , .

»" P. Heinrich, op. cit., p. 5/i-oo.

"» P.-E. Lémonley, op. cit., t. I, p. 277. "* P -F Lémontov, op. cit., t. I, p. 270-270. ^

.» RegUtr^ls décisions de M. le Mgent, article du ii ma. .7.6.

Les

MiqueUts

Campagne

de CaUlogne

jusqu'à trois mille de ces hommes et l'on résolut de s'en servir à la fois comme troupes légères et comme propagateurs de In révolte. Cette utilisation faisait partie d'un plan plus vaste auquel il était temps de revenir.

Le moral de l'armée était mauvais, c'était une sorte de marasme qui laissait tout craindre : (( Du lieutenant-général au dernier soldat, écrivait le eolonel Stanhope, il règne une aversion presque inconcevable pour cette guerre. Ils ne se font aucun scrupule de la manifester en toute occasion; et, du matin au soir on n'entend que des vœux pour la paix, langage que jamais jusqu'ici je n'avais rencontré dans aucune armée*". »

Après la reddition de Saint-Sébastien, Berwick rentra au camp de Saint-Jean-de-Luz. Il occupait deux provinces, ne levait point de contributions, renvoyait les prisonniers et se convainquait de l'impossibilité de rien tenter dans la diix^ction de Pampelune où l'armée espagnole (( travaillait à rompre les chemins et à faire des abatis"^ ». Afin, peut-être, de couper court à l'importunité du colonel Stanhope qui prônait une invasion de la Castille par la route de Vittoria, Berwick revint au premier projet d'opérations en Catalogne. « Nos troupes, écrivait-il le 56 août, ont commencé à -s'allonger du côté de Navarreins; M. de Cilly est resté auprès de Saint-Sébastien avec dixn&ept bataillons et six escadrons. Les ennemis ont envové trois mille' chevaux et environ deux miîle hommes de pied vers la Catalogne"'. » A la nouvelle de la marche de nos troupes vers le Boussillon, les habitants du beau bassin qu'on nomme la conca de Tremp se mirent sous la protection de la France"'. M. de Bonas campa 5 Urgcll avec sept bataillons. M. de Fimarcon s'approcha de Puycerda avec trois bataillons*"*; il fallut prendre de vive force la Seu d'Urgel'** et ces minuscules opérations s'exécutaient pendant que les deux armées dessinaient leur mouvement vers l'est. Philippe V mettait des garnisons à Pampelune et à Jacca, quittant l'armée pour regagner l'Escurial où l'attendaient les grandes chasses d'automne que sous aucun prétexte frivole — victoire ou défaite, — il ne pouvait manquer. Entre deux battuei^, il put apprendre que lord

.^^^ Public Record Office, Spain, vol. i63 : Col. W. Stanhope à Craggs, (lovant Saint-Sébastien, 20 juill-ot 1719.

**^ Dangeau, Journal, t. XVIII, p. io3, 116; 16 et 3o août 1719.

"* Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 117; 2 septembre 1719.

^^' Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 126; i5 septembre 1719.

^*" Dangeau, Journal, t. XVIII, p. 127, i36, i37, i4i ; 19 septembre, 11, i3 et 20 octobre 17 19.

*** Dangeau, Journal, t. XVIII, p. i/|2; 21 octobre 1719.

Cobham avait débarqué près de Vigo une troupe anglaise qui s'empara de ce port, le détruisit, fit éclater quarante-trois canons, sauter deux mille barils de poudre, emporta huit mille fusils, inlligea le même sort à Ponte vedra et Rivadeo, rembarqua sa troupe et s'éloigna^".

Cahin-caha, le gros de l'armée française décollait des Pyrénées occidentales et par Toulouse, Perpignan, Montlouis gagnait le nouveau théâtre d'opérations. C'était une entreprise hérissée de difficultés. Le colonel Stanhope raconte que de Toulouse à Montlouis (( dans les plus rudes pays et chemins du monde », il perdit plusieurs chevaux et eut beaucoup de peine à les remplacer*". Point n'était besoin iei de « rompre les ehemins ». ^ Le 22 octobre, Berwiek écrivait du camp du Boulou : « Toute l'armée est campée ici-, partie en deçà et partie en delà de la rivière. Il a fait un très vilain temps qui nous a un peu dérangés; mais nous ne laisserons pas de descendi-e demain dans la plaine de Lampourdan'^*. Par suite de manque de fourrages, la cavalerie était demeurée en arrière de Toulouse, on n'en avait guère besoin pour le siège de châteaux comme Urgel, la Tour-blanche et Caslel-Ciudad. Après que cette dernière place se fut rendue, le 12 octobre, à M. de Coigny, tout s'ébranla vers le camp du Boullou, où on comptait réunir les 16 et 17 octobre §oixante-douze escadrons et vingt-cinq bataillons, portés bientôt à quarante.

Ive 23 octobi^, en effet, l'armée arriva au camp de Castello, la droite appuyée à Peralda, la gauche à Castello, disposée sur une seule ligne, cavalerie et infanterie mélangées, faisant face à la Mijga, où attendait l'artillerie qui serait embarquée sur des tartanes à Collioure et à Argelès, afin d'entreprendre le siège de Rosas. Mais à partir de ce moment tous les déboires s? succédèrent. (( Nos vaisseaux de guerre sont arrivés dans le golfe, écrivait Berwick; mais le vent a été ^i violent, qu'aucun de nos bâtiments de charge n'ont pu arriver'^\ » Pendant la nuit du 2 au 3 novembre et la journée du 4, on débarqua le matériel sous une pluie torrentielle.

Pour bloquer Rosas du côté de la mer, on avait armé à Tou- Fin de Ion le vaisseau VInvincible, la frégate la Vestale et des bâtiments '» campagne de transport. Le 7 novembre, la tempête s'éleva si violente que

Arch. des Aff. Ëtrang., Angleterre, t. 327, fol, 4-5; Chammorel à Dubois, 29 septembre 17 19. »

'" Publia Record Office, France, vol. 358 : Col. W. Stanhope à Craggs^ Montlouis, 19 septembre 17 19.

^** Daixgean, Journal, t. XVIII, p. i48; i®'' novembre 1719.

*** Dangeau, Journal, t. XVIII, p. i53; 10 novembre 1719.

330 mSTOIRE DE LA HÉGENCE

toutes les tartanes, au nombre de vingt-six échouèrent'"; dix furent brisées, les autres submergées, k débordement de la Muga interdisait aucun envoi de secours. La flotte anglaise avait promis son concours, elle ne se montra point. Les vingt-deux bataillons campés non loin de Rosas se trouvèrent en péril par suite de l'inondation du camp. Délaissés par les cavaliers qui prirent la fuite, ils se retirèrent à grand'peine de oe bourbier, abandonnant vivres et effets qu'on retrouva gâtés et hors de service. Le II novembre, le maréchal écrivait au Régent : « J'espère que demain je serai en état de déterminer si nous ferons le siège de Rosas, ou- si nous nous retirerons. L'on travaille à force à découvrir, sur la plage et dans la mer, ce que l'on peut sauver du naufrage et, s'il nous reste de quoi l'entreprendre, V. A. R. peut être assurée que je n'en démordrai pas'^\ » Le i4, il écrivait encore : <( Non seulement nous manquons de beaucoup de choses nécessaires pour le siège, mais aussi il faudra un temps trop considérable pour remettre en état ce que nous avons sauvé du débris; de plus, il faudrait que l'on fût sûr de la continuation du beau temps, ce que la saison ne permet pas de pouvoir espérer; et, par la situation du terrain, il ne faudrait que vingt-quatre heures de pluie pour nous remettre encore dans de grands embarras... M. de Réliard ne peut s'engager à nous débarquer l'artillerie, munitions de guerre et le reste de l'attirail, que dans l'espace de dix ou douze jours, en supposant qu'il n'y ait point de vent et que la mer soit calme... Nous ne pourrons renvoyer les quarante-et-un escadrons que j'ai gardés jusqu'à ce que la plage fût débarrassée de tout ce que nous y avons mis, attendu que ce pays est entièrement plaine... et il ne nous reste aucune paille ni fourrages, ne soutenant nos chevaux que par quelques grains... à mesure qu'il en arrive du Languedoc. Toutes ces raisons m'ont déterminé à quitter le Lampourdan et à me retirer en Roussillon^''. » Les garnisons laissées à Urgel et à Castel- Ciudad se replièrent et ce qu'on décorait du nom d'armée d'Espagne regagna Puycerda, Ripoll, Olot et Campredon. Une suspension d'armes fut signée; la campagne était terminée.

"• G. Lacour-Gayel, La marine nnUtnire de la France sous Louis XV, in-8, Pari^, 1909, p. A8; Pajol, Les qiierres son.- Louis XV, t. I, p. 99^^"^ « vin-t-huit », d'après Dépôt de la Guerre, ms. 256443 Berwick au Régent, 8 novembre 1719; J. Biivat, JournaU t. I, p. 468.

^" Dépôt de la Guerre, ms. 2564-68 : Berwick au Régent, camp devan^l

Rosis, II novembre 1719. 1 /^ » ii«

1" Dépôt de la Guerre, ms. 2563-74 : Berwick au Régent, camp de Caslello,

II novembre 17 19.

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