CHAPITRE XXXIV
La conspiration bretonne
Reprise des Étals de Bretagne. — Les « exclus ». — Les « droits d'entrée ». — Le refus de la noblesse. — Alliance de la noblesse et du Parlement. — Abandon des droits d'entrée. — Rapport dos Bretons avec la duchesse du Maine. — Rapports avec Ccllamare. — L'.4c/e d'Union. — Le marquis de Ponlcallec. — L'assemblée de Linvaux. — Les conjurés. — Prise d'armes de (}uestembert. — Mission de Mellac en Espagne. — Assemblée de Kerlein. ^- Préparatifs à Pontcallcc et en Armoriquç. — La vie à Pontcallec. — Fuite des conspirateurs. — Le secours d'Espagne. — Soldats et pistoles. — M. de Mianne dirige les poursuites. — Arrestation de Pontcallec. — Autres arrestations. — La « Chambre royale ». — Saisie des papiers de Talhouët de Bonamour. — Interrogatoire. — Pontcallec. — Deuxième interrogatoire de Pontcallec. — Autre^ interrogatoires et dépositions. — I^es inculpés. — La réalité du crime. — L'arrêt et l'exécution.
En Rretaffne, le maréchal do M«ntosquiou continuait à admi- Reprise des
Etats
nistrer d'après sa maxime : « que les Rretons sont insolents pour (>ou qu'on mollisse avec eux, mais ils sont souples comme des gants quand ils trouvent une autorité ferme qui veut être obéie\ » Sa correspondance officielle ne parlait que de prison et d'exil', mais le maréchal demeurait persuadé qu'il devait suffire de « faire avancer quatr-e ou cinq bataillons et deux ou trois régiments de cavalerie », sinon (( le peupk s'habituerait très facilement » à ne pas payer les impôts. Et quoique ceux-ci ne rentrassent pas, la méthode préconisée n'était pas adoptée, parce que le Régent entretenait dans la province un grand nombre d'informateurs, gentilshommes, magistrats, ecclésiastiques, simples com-
^ Bihl munie, de Rennes, ms. SSq : Mordesquiou à Le Blanc et à La Vrillière, 4 et C mai 1718. •
^ Bibl. niun. de Rennes, ms. 3^9 : Monte^quiou a La VriUière, t8 février, 3 mars, 20 mars; à Villars. 18 février, 3 ma,r« ; à d'Argenson, 28, 27 février. i3 mars 171S: Arrh. nat...}V 226 : Relation de ce qui s'est pascé au parlement de Bretagne, ■février 1718.
LA CONSPIRATION BRETONNE
Les exclus
Les
« droits d'entrée »
mis' dont Topinion s'accordait sur un point : la nécessité absolue d-c rappeler les États sans tarder. \ L'esprit breton, disaientils tous, est d'un entêtement au-dessus de toutes les nations du monde..)) En conséquence, le G juin 1718, le Régent avait convoqué à Dinan, pour le i*"" juillet suivant, les États de Bretagne, à l'effet de poursuivre la session interrompue le 18 décembre précédent.
Le i®"" juillet, aussitôt la séance ouverte, l'intendant demanda les deux millions du don gratuit qui fut accordé, non « par acclamation )) mais immédiatement et sans aller aux Chambres. Le 6, les États consentirent à la levée des impôts perçus au profit du roi; dès le 8, il était visible que l'accord ne durerait pas longtemps. Quelques gentilshommes avaient été éloignés par le maréchal comme « caballeurs et turbulents )), et parmi les <( exclus » se trouvaient quatre membres de la « Commission des fonds par estime )>, autrement dite des prévisions budgétaires. Leurs collègues les redemandèrent, le Régent refusa, les gentihhommes refusèrent à leur tour de désigner d'autres commissaires parce que, dirent-ils, (( les exclus sont les membres les plus instruits des affaires des États, ils ne peuvent être remplacés; d'ailleurs cette interdiction lèse le droit qu'ont tous les gentilshommes d'assister aux États. )) Toute résistance, tout appel à un droit provoquait invariablement la mén)e réponse de la part du maréchal qui écrivit cette fois au ministre La Vrillière : <( Je souhaiterais avoir des troupes sur la frontière, car la peur a un grand pouvoir sur cette nation. )) Le conflit s'aggravait, et lorsque Montesquiou vint donner en personne aux États l'ordre, de la part du roi, de remplacer les « exclus )), le clergé se soumit la noblesse rrfusa et fit décider que <( les Commissions travailleraient incomplètes dans l'état où elles sont )> (22 juillet)*.
Un autre conflit plus grave fut soulevé par l'affaire « des droits d'entrée )). Parmi ces droits, les boissons, et notamment l'eau-devie, étaient durement frappées. En Bretagne, pays d'excessive consommation, la province percevait <( les grands et les petits devoirs », le roi percevait les « impôts et billots » et, depuis 1709,
• Arch. nat..^ H* 225; H' 227 : Mémoire de Valincour au comte de Tow/oure, 21 février 1718; M. de Mollandon à M. de Valincour j 11 avril; M. Vabbé de Verneuil à M. d'/lrgenson, 10 avril ; Note sur les affaires de Bretagne avec les repenser du Béqeni., ?o avril 1718.
* Arch. départem. dlllc. et 'Viht^-p. C -r>/^9 : pror^s Verbaux; C 2800; Minutes et documents; Arch. nat.j H* 225; H*228; 6^199 : Correspondance «' rîntcndant; Journal d^un député de la noblesse aux Etats, p. i5; J. de Coallarel. Une Tenue d^Elats- de Bretagne, p. ii5.
une nouvelle taxe s'était imposée sous le nom de « droits d'entrée », montant à 10 liv. par barrique de vin étranger, 5 liv. par barrique de viu de Nantes, 2 liv. par barrique de cidre. Cette dernière taxe fut particulièrement odieuse aux Bretons, le commerce s'en ressentit, la consommation diminua et le produit des «devoirs » baissa dans une proportion inquiétante. Un mémoire de l'évêque de Saint-Brieuc combattit ces u droits d'entrée » malencontreux qui imposaient la tempérance à ses ouailles; sa parole fut entendue et comme un bail de huit ans passé aux engagistes expirait le i*^"" octobre 17 18, les États votèrent le 7 juillet la suppression pure et simple des droits d'entrée et leur non perception à partir du i*"" octobre'. Cette mesure atteignait directement le trésorier Michau de Montaran, un des principaux engagistes; il n'était pas homme à s avouer battu; ayant trouvé le moyen d'échapper à la Chambre de Justice de 1716, il usa des mêmes amitiés et des mêmes protections pour obtenir du Régent, le 3o juillet, un arrêt du Conseil qui « cassait et annulait la délibération du i4 juillet, comme contraire aux véritables intérêts de la Province et préjudiciable à la sûreté des créanciers". » Quand l'arrêt arriva à Dinan (4 août) les États avaient entamé la lutte contre Montaran, commencé la révision de ses comptes, prononcé contre lui de nombreuses ordonna^ices de débet et de recharge; enfin, mis à l'étude « les réductions à faire sur les gages, taxations et émoluments du trésorier'. »
Le 4 août, le maréchal parut aux États pour leur annoncer que Le refus de les droits d'entrée étaient maintenus par le Régent et que l'arrêt 'a noblesse du Conseil devait être exécuté « nonobstant toute opposition ». Ce fut un beau tapage, et qui dura six heures; « la noblesse criait comme tous les diables », enfin, chacun se trouva « si enroué qu'il fallut remettre la chose au lendemain ». Pendant la nuit, l'intendant travailla le clergé et le tiers et « à force de négociations et de faire jouer différents ressorts » il les amena à ses vues, mais la noblesse tint bon, soutenant que rien n'était fait aussi longtemps que, dans les questions de finances l'accord una-
• Arch. départem. d'Ille-et-Vilaine, C 2668 : Procès-verbaux, S<>ances des 7 et i4 juillet 1718; C 2667 : Rapport de l'cv.jqiie de Saint-Brieuc, 3o janvier
* Arch. départem. dllle-et-V Haine, C 2800 : Original de l'arrêt du Conseil du 3o juillet 1718; Arch. nat., H»227 : M. Feydeau de Brou à M. d'Argenson, 16 juillet 1718; Bibl. municip. de Bennes, ms. SSg : Montesauiou à La Vrillière, 28 juillet 1718.
" Arch. dcpirtem. d'Ille-et-Vilaine, C 2668 : Séances des 16, 18, 28, 24, 28 juillet, 3 et 5 août 17 18. M. de Montaran se retira de lui-jneme en 1720 avec une fortune considérable réalisée dans les fermes de la province. •
niine des trois Ordres n'était obtenu. Une partie du tiers se sentit ébranlée prête à revenir sur sa détermination. Les meneurs réclamèrent à grands cris qu'on allât « aux Chambres »; le président de l'Église, M. Desmaretz, évèque de Sainl-Malo « dit qu il aimait mieux se retirer; on répondit : « Vous nous ferez grand plaisir ». Il sortit, suivi dos évoques « et de M. de la Trémoi le, qui ne savait plus sur quel pied danser » sortit également. Les présidents étaient débordés, on leva la séance. Le lendemain, 7 août à 0 heures du matin, le maréchal monte au fauteuil dans une salle comble et requiert sur le champ i'eni'egistrement de larrèt du Conseil du 3o juillet. Aussitôt la noblesse réclame le procureur syndic qui déclare faire opposition au nom de son Ordre à la délibération prise par deux autres Ordres. L eveque de Saint-Malo refuse la protestation. On insiste à grands cris. « Quand une délibération est annoncée au nom des Etats, dit l'évèque un Ordre n'a plus le droit de s'y opposer. D'ailleurs, c'est aujourd'hui dimanche et il est midi. Il est temps d'aller a la messe. » Il renvoie la séance au lendemain, se couvre et se lève pour sortir. « Mais nous avons tous sauté en un instant de nos bancs dans le parterre et bouché le passage, raconte un des gentilshommes présents; M. de la Trémoille a voulu aussi s enfuir, mais la foule a été si grosse qu'ils n'ont pu passer. Lorsqu'ils ont voulu passer, la foule a serré de si près qu'on voyait, comme à la mer, dos houles si fortes qu'il leur a fallu reculer. L evêque est tombé... M. de la Trémoille a franchi deux personnes, mais alors la houle a poussé sur lui si ferme que se trouvant les jambes contre les marches de la tribune du maréchal, il a pense vingt fois être en hasard de se casser les jambes. Une autre fois, il a voulu s'échapper, mais il a été si étreint qu'il... dans ses chausses. Trois ecclésiastiques plus alertes ont sauté par les fenêtres- l'évoque de Nantes a évadé par un endroit qui n'était pas gardé... et court encore; l'évèque de Vannes en a fait autant, comme un rat le long de la muraille, par derrière le tiers, sans qu'on l'ait vu... Les houles cessant, on remontait sur les bancs, mais dès que le duc et les évêques voulaient s'enfuir, tous ressautaient dans le parterre. L'évèque de Saint-Malo a donc toujours refusé de donner acte des protestations et du refus qu'il avait fait des Chambres. Cependant Mgr de Saint-Brieuc demanda le silence tout le très grand bruit s'apaisa comme une tempête qui cesserait tout d'un coup... 11 fit comprendre à l'évèque de Saint-Malo qu'il était juste de donner acte du refus. Le senechal de Rennes qui est un habile homme, seconda l'évèque de Saint- Malo parla avec beaucoup d'esprit, donna un tour mahn à ce
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Parlement
refus. L'évèque se heurta comme un muict... Le Tiers était d'avis de donner acte du refus. L'on donna enfin acte du refus de la part des États, et alors on les laissa aller*. »
L'assemblée décida l'envoi à Paris d'un des procureursnsyn- Alliance de dics, M. de Goëtlogon, afin de se pourvoir, par voie de requête *etdu"^ contre l'arrêt du Conseil. Le maréchal interdit ce voyage et répondit à toutes les députations que, vînt-on le prier trente fois, il refuserait toujours. La noblesse eut, dès lors, un dessein arrêté d'associer le Parlement de Rennes à sa résistance, afin de solidariser les deux grands Corps de la province*. Alors se forma à Rennes un véritable Comité directeur composé de MM. de Talhouët de Bonamour, de Lambilly, de Pire, de Jacquelot et des conseillers d'Andigné, Le Chat, de Saisy, Charette de Montbert, d'Ernothon, Thierry, du Plessix et de Runefaou. Ce Comité correspondait avec les gentilshommes de Dinan par le moyen de jeunes gens servant de courriers. C'est de ce Comité que vint la pensée du recours au Parlement^". Le maréchal en prit ombrage et lorsqu'il sut que le procureur-^syndic prenait de nouvelles réquisitions pour obtenir des États (( défense de lever la capitation de 1718 », il n'hésita plus et fit enlever de nuit deux gentilshommes, exiler deux autres en Béarn et en Bigorre et interdit à une vingtaine des opposants les plus déterminés de reparaître aux États. Aussitôt furent rédigées une lettre au Régent et des remontrances au roi, elles n'obtinrent pour réponse qu'un refus blessant^\
Alors la noblesse ne vit plus de ressource que dans une protestation par devant le Parlement. Celui-ci reçut la requête le 6 septembre et décida, le 7, d'adresser au roi des remontrances 0 sur les infractions aux droits et privilèges des États »; en attendant le résultat facile à prévoir, il (( fit défense à toute personne de faiiHî aucune imposition ni levée de deniers dans la province sans le consentement des États, à peine de concussion. » Les
• Arch. départem. dl Ile-et-Vilaine, C 2668 et C 2800 : Procès verbaux et Minutes; Arch. nat., H^ 226 : M. Feydeau de Brou à d^Argenson, 9 août 1718, Arch. nat., H^ 429 : Récit d'un député de la noblesse, publié par J. de Coattarcl, Une Tenue d^Etats, p. i3o ; Bibl. mun. de Rennes, ms. 339 • Montesquiou à La Vrillière, 8 août.
• Arch. départem. dllle-et-Viloine, G 2668 et G 2800; Arch. nat., G^ 199 : lettres de M. Feydeau de M. Brou, 12 et i3 août. •
^° Arch. nat., G^ 199 ; M. Feydeau de Brou à d^Argenson, 18 août; Bibl. mun. de Rennes, ms. 339 : Montesquiou à La Vrillière, 2lx août.
** Arch. départem.. d'I Ile-et-Vilaine, G 2G68 : Procès-verbaux , Séances des 3i août, 2 et 3 septembre 1718; G 2800.
Ahai don
des droits
d'entrée
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r.-montranccs élaieiil telles qu'on les pouvait attendre' , mais oe qui était plus grave c'était une déclaration des États s'opposant <. formellement à toutes bannies, enchères et adjudications de quelques droits, fermes et autres levées de deniers que ce puisse être jusqu'à oe qu'il ait plu à S. M. de répondre aux remontrances du Parlement et de rétablir les États dans leurs droits et privilèges. » Cet acte était signé de soixante-deux gentilshommes et à la Cour, Saint-Simon avait raison d'écrire : « La Bretagne est à demi soulevée, les États assemblés et le Parlement tournent ouvertement à la révolte". » Montesquiou envoya aux soixantedeux signataire? l'ordre de ne plus reparaître aux États. Uurs collègues s'abstenant désormais d'y venir, Montesquiou envoya à une soixantaine d'entre eux l'ordre « de travailler aux affaires ... On '^e trouvait en pleine incohérence. Le maréchal n'essayait plus de comprendre la situation, l'intendant la comprenait si bien qu'il pria le Régent de supprimer les droits d'entrée. D Ar- 'genson refusa, mais, en réalité, la défense du Parlement « de lever les impôts non consentis sous peine de concussion » rendait la perception impossible; les droits furent supprimés par preterition et force fut au maréchal et au Régent de s'y résigner. L in-tendant écrivit « qu'il paraissoit qu'indéi)endamment des droits d'entrée les États auroient des fonds suffisants". » Ces mots donnaient raison aux États et au Parlement, et le maréchal n'était pas arrivé, cette fois, à « oster des esprits de cette province qu ils
sont indépendants''. » . t^ , . ,
Débarrassé des États, Montesquiou s'en prit au Parlement et adressa douze lettres de cachet aux magistrats les plus énergiques et les plus entreprenants qui furent dispersés dans de petites villes lointaines. Les arrêts du i3 août et du 7 septembre furent .. tires du registre, lacérés par l'huissier du Conseil et l'arrêt du Conseil mis à leur place. » On se contenta de les bâtonner largement sans
» Arch. départem. d'Ille-el-Vilaine, Aich. du Parlement, B 4.6 et B 71 = Begistres secrets, 7 et " septembre ;/Wd C .800; Arch. mt U 439.
" Saint-Simon, Mémoires, «lit. Chéru«l, t. XV, p. 876, 438 ; t. XVI, p. 99- Addi^Za^ ioùrml de DaTigcau, t. XVII, p. ..o; Gazette de U Régence,
n 212: 27 décembre 1717. , „ . .^«,
» Arch. nai., G' 199 et H' 4^9 : M. Fcydeau de Brou d d'Argenson, 7 sep-
"^•''Aroh.'t.t., G' 199 : Correspondance de l'Intendant, i5 «'Ptembre 1718; Arch. départem. d'IUe-et-Vilaine, C .800 : MinuU, ou P^^^^^^'^'.'^^^^^^P^ de U vJ Remontrance que le maréchal de Monles^mon a faite ^^"'"^^^'J^ VassemUée, séance du .1 septembre. .1. de Coatlarel, Vn^ Tenue d Etats de Btetagne sous la Régence, p. i54.
Rapports
des Bretons
avec la
les lacérer'*, mais l'injure n'en fut pas moins ressentie. On sent un frémissement de colère et de dégoût dans la protestation de la Compagnie dont « l'honneur a été atteint, dit-elle, ses registres profanés, ses arrêts ignominieusement cassés et même flétris par la radiation d'un vil huissier, et ses registres secrets abandonnés à la discrétion du plus abject de tous les officiers. » A ces remontrances La Vrillière répondit « que le Roi voulait être obéi^' ».
Ce que Saint-Simon nommait « révolte ouverte », la duchesse du Maine l'appelait « indisposition dans les esprits'' ». Elle s'exprimait ainsi dans une pièce calculée en vue de s'innocenter duchessê*du des rdlations qu'elle avait entretenues avec les gentilshommes *'*'"® bretons « mandés » à Paris, MM. de Talhouët de Bonamour, de Noyan et du Groësquer. a A l'égard de la Bretagne, écrit la princesse dans la eonfession générale qu'elle adressa au Régent, je n'y ai eu de ma vie aucun commerce et je n'ai vu que deux gentilshommes de cette province une seule et unique fois et voici comment cela est arrivé. MM. de Bonamour et de Noyan me firent proposer de venir chez moi, mais, craignant que cela ne tir.lt :i conséquence, je les refusai. Ils me firent dire qu'ils me prioient au moins de trouver bon qu'ils me fissent la révérence dans les Tuileries, où ils savoient que j'allois souvent me promener les soirs après souper. J'y consentis, et un soir après que la compagnie, qui étoit à la promenade avec moi, se fut retirée, je restai dans le jardin, oii j'attendis ces messieurs, qui me rejoignirent un moment après. Ils m'entretinrent fort des affaires de Bretagne et de leur mécontentement du maréchal de Montesquiou; ils me firent une proposition fort étrange, dont je leur fis voir le ridicule; ils me demandèrent si je n'avois pas quelques liaisons avec l'Espagne; je leur dis que non, et leur cachai très soigneusement mon commerce avec l'ambassadeur, ce que l'on ne doit pas avoir de peine à croire, puisqu'il eût été de la dernière imprudence de dire à des gens que l'on n'a jamais vus, et que l'on ne connaît pas, des choses de cette conséquence. Je leur fis seule-
" Arch. départem. d'Ille-et-Vilainej Archiv. du Parlement, B 4i6, Registres secrets, audiences des ii, i3, 24 octobre 1718.
" Arch. du Parlement, B 4i6 et B 71 ; Arch. nat.. G' 199. De Carné. Les Etats de Bretagne et V administration de cette province jusqu'en 1789, in-S, Paris, 1857, t. II, p. 1.42; Le Moy, Le Parlement de Bretagne,»igog, p. 126; Le Moy, Remontrances du Parlement de Bretagne au XYIW siècle, 1909, p. 34.
*' Déclaration de la duchesse du Maine, dans P. Léniontey, Histoire de la Régence et de la minorité de Louis XV, in-8, Paris,' i832, t. II, p. 433.