‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 66 sur 193 · TOME u · texte numérisé non relu

TOME u

Mauvais

accueil

de Dubois,

de lord Stair

Scolli quittait Madrid persuadé du succès de sa mission car <( pour sauver le décorum » on s'était avisé d'éviter les vainqueurs Français ou Anglais et de remettre aux Hollandais le soin d'adoucir par une sorte de médiation, et dans les formes d'un congrès, la capitulation de l'Espagne^\ L'abbé Landi ehargé de pressentir Dubois s'entendit répondre tout net que l'Espagne n'avait qu à recevoir les conditions des alliés^*. Mauvais début. Le Régent n'était pas mieux disposé^'. Ce fut sur ces entrefaites que Scotti arriva à Paris le lo août.

Le 12, il vint trouver Dubois, lui dit que la reine Elisabeth était favorable à la paix, que le roi Philippe y consentait, qu'on ne soulèverait pas de graves difficultés, mais qu'il fallait ménager la susceptibilité des vaincus; c'est pourquoi il avait ordre de ne eommuniquer les propositions du Roi à personne avant de les avoir mises sous les yeux du marquis de Berelti-Landi. En conséquence, il sollicitait du Régent un passe-port pour .se rendre en Hollande. Dubois réplique que des dispositions si bonnes ne doivent pas être cachées au duc d'Orléans. Cette conduite donnerait lieu aux alliés de soupçonner que le prince se ménage une négociation secrète et séparée. H fallait préallablement consulter l'Empereur et le roi d'Angleterre.

Le lendemain, l'abbé Landi, envoyé du duc de Parme à Paris, va dire à lord Stair que, d'après Scotti, la paix est immanquable; que tout le monde sera satisfait des propositions du roi d'Espagne lorsqu'on les connaîtra. Stair est sceptique, il doute que les alliés consentent à ouvrir une négociation à la Haye et s'étonne que Scotti se soit chargé d'un pareil message et de venir solliciter un passe-port du duc d'Orléans auquel il cachait le contenu de ce message. Et Stair conclut comme Dubois à la nécessité de consulier''le roi d'Angleterre et l'Empereur. Landi réplique que Scotti avaft prévu la difficulté soulevée, mais n'avait pu Ha faire comprendre aux souverains espagnols. Alberoni, jaloux du pouvoir qu'il lui voyait ])rendre sur l'esprit de la reine n'avait pas eu de repos qu'irne le vit hors d'Espagne et, d'ailleurs, Alberoni était personnellement favorable à la paix. Cette dernière affirmation venait bien tard, à un moment où Stanhope et Dubois, sans parler de Stair, ne croyaient plus à la possibilité d'une paix qui n'entraînât le renvoi d'Alberoni. L'épargner après

1^ Arch. de Naples, Farnesûina, fasc. 5/i : Alberoni au duc de Parme, 29

''''"« pVhUr Becord Office, Francx^, vol. 35il : lord Slair à lord Slnnhope,

Paris, 10 juillet 1719. ^ .

1» Hnrdwicke Papers, t. TI, p. 584 : Stair à Craggs, Pam, 10 août 1719.

L'ESPAGNE ADHÈRE A LA QUADRUPLÉ ALLIANCE

et (lu Régeul

lavoir si gravement malmené, c'était exposer le duc d'Orléans ù ses vengeances, il fallait donc en linii", pousser la guerre avec vigueur, remellre les Aragonais et les Catalans en possession de leurs libertés et privilèges, etc. Le jour même, le Régent confirmait ces vues. La paix, disait-il à lord Stair, ne serait ni sûre ni solide sans l'éloignement d'Alberoni, cependant il n'insisterait pas sur oe point si le roi Georges avait des raisons pour n'y [)as tenir. Stair le détrompa. Mieux valait, selon lui, continuer la guerre quelques mois de plus en vue d'imposer une paix durable e1 solide, que de céder à l'impatience de conclure une paix simulée de la part de l'Espagne et qui ne durerait point.

Dans la soirée du i4, Scotti fut reçu pai' le Régent et se tint (( boulonné » avec lui'". Le Régent ne prenait pas cette prétendue mission au sérieux et relardait l'octroi du passe-port jusqu'après réception de la réponse du roi d'Angleterre et de l'Empereu consultés. Tous deux refusèrent et Scotti s'attarda à Paris jusque dans le courant du mois d'octobre, divertissant tous ceux qui l'approchaient par sa faconde emphatique, ses hyperboles ridicules, sa friponnerie insigne et son avidité d'Italien insatiable et impudent. Il ne fallait pas moins qu'un homme de ja sorte pour s'embarquer dans une si grossière intrigue. Cette mission à La Haye ne tendait à rien moins (ju'à constituer la Hollande arbitre d'une situation «lui replaçait l'Espagne vaincue sur le pied de ses vainqueurs, annulait les résultats acquis par les armes et livrait l'arbitrage à une puissance suspecte à bon droit de partialité. Qu'un individu (( plus propre à divertir la foule sur les Irétaux d'un emj)irique qnh tenir les fils d'une négocialion », qu'un Scolli se llattat d'aboutir on lient n'en être pas surl*ris, mais qu'Alberoni partageât cette illusion, s'emportât à la nouvelle du refus de passeport"', jetai feu et llammes"", on ne f>eut qu'y découvrir l'indice d'une aberration dont chaque épisode de ce ministère finissant garde l'empreinte.

Ses malices étaient désormais éventées et les alliés le considéraient comme un fléau dont la disparition serait le moilleur gage de la paix rétablie. <( S'il est contraint à poser les armes et disparaître à recourir à la paix, disait Stanhope, il ne cédera à cette nécessité que dans la résolution de s'en venger le plus tôt qu'il pourra;

*» Public Record Office, France, vol. 354 : lord Stair à lord Stanhope, Paris, i5 août 1719.

^* Public Record Office, France, vol. 35/» : lord Stair à Craggs, Paris, à octobre 17 19.

" Alberoni à Rocca, Madrid, 5 sept-embre 1719 dans Lettres intimes, ♦'dit. Em. Bourgeois, p. 635. v

Alberoni

cundamné

Hf

Lord Peler-

borougb

entreprend

de ruiner

Alberoni

il ne faut point s'imaginer qu'il pût jamais perdre de vue ses vastes desseins, ni la volonté de les reprendre et d'en tenter rexécution de nouveau, lorsque le l'établissement de ses forces et le ralentissement des puissances alliées le flatteroient d'un

plus heureux succès.

« Il est versé dans toutes les liaisons qu'il y a à prendre pour les faire réussir. Il ne cesseroit de les cultiver avec soin; et quand il en seroit tems, il sauroit s'en servir d'autant plus dangereusement pour vous et pour nous que ses imprudences l'auront rendu plus circonspect et ses revers plus animé. Il nous a avertis lui-même des dangers d'une paix simulée. Il est incapable d'en faire d'autre; il se croit permis tout ce que ses forces lui permettent", et nous devons louer Dieu de ce qu'il n'a pas plus exactement mesuré ce qu'il a entrepris. 11 ne reconnaît d'autre paix que l'épuisement et l'impuissance^ et quand il y sera réduit, ne permettons point qu'il s'en relève.

(( Exigeons du Roi Catholique qu'il le chasse d'Espagne; nous ne saurions lui proposer de condition plus salutaire tant pour luy que pour ses peuples. Nous devons cet exemple à l'Europe, pour intimider tout ministre téméraire qui voudroit impudemment s'attaquer aux traitez et aux princes personnellement par les voies les plus indignes. Quand ce cardinal sera une fois chassé de l'Espagne, les Espagnols qui s'empareront du ministère auront soin de ne l'y plus laisser rentrer; et le Roi et la l^eine même doivent en perdre toute envie par l'expérience quils font de ses pernicieux conseils. Toute paix faite avec le cardinal ne seroit proprement de son eôté qu'un armistice sans terme; et nous ne pourrons nous y reposer que quand nous la ferons avec un ministère espagnol dont le système sera radicalement opposé à celui du cardinal tant par rapport à la France qu(> par son rapport au reste de l'Europe^*. »

lil fallait passer des résolutions aux faits. Deux années plus tôt, un Angais aventureux et hardi, lord Pel-rborough avait servi d'intermédiaire entix? la Cour de Parme et \c maréchal d'Huxelles; après quelques jours passés dans les prisons pontificales, il avait i^ecommencé ses intrigues en vue d'une étroite alliance des Bourbons de France avec ceux d'Espagne ])ar l'intemiédiaire du prince de Parme. Celui-ci trouvait son intérêt dans cet étroit lapprochement qui le mettait à l'abri des convoitises des Impé-

" « Il pense' écrit Dubois, qu'il est permis de faire tout ce que Ton peut », W. Coxe, op. cit., t. II, p. 47i-

** Public Jicrnni Office. France vol. ^b^ : lord Stanhope à Dubois^ Hanovre, 22 aoùl (-^2 septembre) 17 19.

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riaux. Celui-ci en doutait de moins en moins à mesure que les iirmées impériales menaçaient de plus près ses frontières. Après les revers qui marquèrent le début de la campagne de Navarre, le duc de Parme hâta le départ pour Madrid de Scotti. Il échoua d'abord dans la tentative de persuader les souverains à demander la paix; puis, il arriva à les convaincre de lui confier une mission en Hollande. A cette nouvelle, Peterbôrough accourut à Paris pour l'y rencontrer et le styler. Le refus de passe-port opposé à Scotti par les alliés éclaira P(^terborough sur leur résolution de ne traiter à aucun prix avec Alberoni; il n'y voyait, pour sa part, aucune objection. Soit inconstance, soit plutôt nécessité d'un grand seigneur aux abois, le lord anglais adversaire intransigeant des whigs, partisan fidèle du Prétendant, avait consenti à faire le pèlerinage de Hanovre et empoché vingt mille livres sterling de Georges P^ pour travailler à renverser Alberoni. En passant à Paris, il reçut du Régent la même somme et, lesté d'un million, partit au mois d'octobre 1719 pour l'Italie, sous un déguisement et le pseudonyme d'Antonio Gavassi.

Ce qui avait fait la force d'Alberoni pour conquérir le pouvoir, le patronage d'un principicule italien; ce qui avait fait l'immoralité de son gouvernement, la sujétion de l'Espagne à cet étranger, allait consommer sa ruine. Dès l'instant où son maître l'abandonnerait, le cardinal succomberait sans que le souverain qu'il servait songeât à autre chose qu'à rendre sa chute irrémédiable. De Paris, où il était retenu par les alliés, Scotti écrivait à Parme que le seul obstacle à la paix était le ministre dont l'exis- Icnce dépendait du duc de Parme. A mesure qu'il se rapprochait, Antonio Gavassi entretenait des représentants, des confidents de ce prince et leur répétait la même chose", il y mettait cette conviction et cette éloquence auxquelles on ne résiste guère dès l'instant qu'on traite entre gens qui estiment que « la politique dispense de la reconnaissance ». Gazzola, ministre des Farnèse, fut convaincu et reconnut que, sans perdre de temps, « il fallait mettre le cardinal à la raison. »

H fut convenu que Peterbôrough écrirait au Régent et à Dubois que le duc de Parme était résolu à faire chasser le cardinal^*; il lui écrirait d'envoyer au Régent une lettre dont il lui dicterait les termes humiliants, s'il s'y refusait il était perdu. Mais un si rare service appelait des compensations et Gazzola demandait que

*' Arch. de Naples, Fnrnosiana, fasc. 6/1 : Gazzola à Peterbôrough, Piacenza, 13 novembre 17 19.

" Arch. de Naples, Farnesiana, fasc. 67, fasc. 69 : Peterbôrough à Dubois et au Bégent

Le duc de Parme s'y prête

Alberoni se détend

le Congrès pour la paix fulur-e &c tînt dans les États de son maître. (( Mon maître est un prince neutral, disait-il. L^s villes de Parme et de Plai^anc? sont dans une très belle situation, au milieu de la LoTi;b:irdie; elles sont grandes et capables de loger commodément les ministres, et ont la rivière du Pô, qui estant navigable dei)uis Turin jusqu'à Venise, est très commode pour le ti^ansport des équipages''. » P(«terborough s'occupait moins du congrès que du ministre, il pria Gazzola de retourner à Plaisance pour obtenir la promesse authentique du duc (i8 novembre); elle lui arriva quatre jours après et tandis que Peterborough devait agir sur le Régent, le duc de Parme se chargeait de tout à

Madrid.

Le Farnèse demandait uno lettre du Régent capable de persuader Philippe V que îles Cours de France et d'Angleten^e ne consentiraient à entrer en négociations qu'après le renvoi d'Alberoni'*. Dubois avait peu de confiance dans le négociateur mais une si grande envie de perdre Alberoni qu'il se décida, le 9 décembre, à expédier à Parme la lettre du Régent qu'on lui demandait. Mais Dubois n'avait pas attendu ce moment pour étudier ce qu'il pouvait attendra de Scotti. Sans doute, il lui barrait le chemin de la Hollande, mais il lui ouvrait la route d'Espagne où il savait comment arriver jusqu'à la Reine, sa compatriote, et lui faisait entrevoir la succession d'Alberoni. En même temps, Dubois gagnait le ministre du duc de Parme à Paris, l'abbé Landi'' et il envoyait à Parme son homme de confiance, Chavigny.

Dès le mois d'octobre, la situation d'Alberoni était désespérée, tout lui manquait et une sorte de vertige l'emportait à tenter des entreprises ayant l'aspect de coups de désespoir. Cependant il ne s'abandonnait pas. Le 09 septembre, le duc de Parme, engageait Scotti à regagner Madrid, une indiscrétion aura pu faire prévoir cet ordre à Alberoni, (pii, le 9. octobre, mandait au même Scotti de ne pas rentrer en Espagne. « Il n'est pas bien à Paris, il ne serait pas mieux à Madrid'". » Scotti s'obstina, il avait ses raisons; pendant qu'il faisait sonner haut la difficulté, voire l'im-

*' Arch. de Naples, Farncsiana, faso. 64 : Gozzola à Peterborough, Piaconza,

12 novembre 1719.

" Arch. des Aff. fJranq., Parme, l. Vî, fol. 96-98 : Peterborough au Béyent et à Dubois, Novi, 9.0 novembre 1719.

" Arch. des Aff. Etraug., Parme, t. VI, fol. 100 : LanAi à Dubois, 20 novembre 17 19.

^^ Arch. de Naples, Farnesiana, fasc. 64 : Alberoni an duc de Parme,

2 octobre 1719.

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possibilité du succès de son entreprise^\ il faisait main basse sur « une douceur » de cinquante mille écus que lui allouait le Régent pour stimuler son zèle^^. C'était en vain qu'Alberoni prétendait lui fermer l'Espagne, le 3i octobre Scotti arrivait à Madrid. C'était l'époque les grandes chasses annuelles, si fatigantes que le Roi se déchargeait de tout le reste sur son ministre. Ce fut donc Alberoni qui reçut Scotti, il le combla de prévenances et l'entoura d'espions. Scotti s'en aperçut et tourna toute son ingéniosité à leur échapper. 11 subissait les entretiens et les confidences d'Alberoni dont l'avilissement se révèle dans l'excuse qu'il donne à sa conduite. S'il fallait l'en croire, « le Roi se regarde eomme profondément offensé, et malgré toutes les représentations, il croit que le point d'honneur et le respect de luimême doivent passer avant tout autre intérêt et avant les maux que la guerre peuvent lui causer. Avec ses maîtres, on n'a qu'à faire des représentations et à obéir". » Telle est sa règle de conduite. « Si cela ne dépendait que de moi, disait-il encore, la paix se serait faite au mois d'août l'an passé. Je pardonne à tous ceux qui m'accusent de vouloir la guerre k tout prix, mais ui) ministre n'a d'autre droit que celui de faire des représentations. C'est ce qui le distingue de son patron qui est absolument maître de faire ce qu'il veut". » La simple idée de se refuser à participer à ce qu'on condamne ne fût pas même présentée à cet Italien capable de tout sauf de ce qui l'eût honoré. Ce bouffon, vieilli dans le métier de courtisan, découvrait les mots les plus singuliers pour parler de lui-même, se prêtait des sentiments d'honneur et de ix'connaissance, se plaignait du poids des affaires sous lequel sa vie devait succomber". Lui qui, depuis des années, pour complaire à ses maîtres italiens, épuisait les dernières forces de l'Espagne, jetait ses marins et ses soldats dans l'inexpiable aventure d'une série de catastrophes en vue de grandir le rôle et d'étendre le territoire d'un prince parmesan, sorte de hideux vampire gorgé de richesses et souillé de sang, il espérait cette fois encore triompher de l'intrigue conduite contre lui et s'accrochait au pouvoir. *

'» Scotti à Bocca, dans S. Bersani, Storia de! cardinale Alberoni, in-8, Pia-

♦"enza, 1861, p. 276.

" Public Becord Office, France, vol. Tî. ?>^\ : lord Stair à Craggs, Pans, 21 octobre 1719: The Stair Annnls, t. II, p. '|f^3.

" Alberoni à Bocca, Tudela, 8 juin 1719^ '^'^"^ Lettres intijnes, édit. Bourgeois.

" Alberoni à Bocca, Ma^irid, 29 novembre 1719, ibid, p. 6/jt.

" Arch. de tapies, Earnesiana, fasc. 6'| : Alberoni au duc de Parme, t3 novembre 17 19.

ir

L'intrigue

soutenue

par l'argen

Cheminement?

de Scotli

Mais cette fois il lui fallait tenir tête non seulement à Dubois soutenue ^^ >^ Stanhope, mais aux ministres du duc de Parme, ses amis, ses correspondants, un Rocca, un Gazzola, un Santi qui se réjouissaient à la pensée d'humilier l'homme dont la fortune les avait offusqués. Le i6 novembre 1719, Scotti écrivait au duc de Parme qu'il avait trouvé le moyen de parler en secret à la Reme et ensuite au Roi. (( C'est chose faite, maintenant : que le cardinal le veuille ou non, je ne partirai d'Espagne que sur l'ordre de Votre Altesse. Quand je voudrai parler à Leurs Majestés, ce seront elles qui, pour tromper la surveillance du cardinal me feront appeler. Je ne lui rapporte de mes entretiens avec le Roi que ce qui est convenu avec lui. Je vous dirai un jour comment i'ai fait'*. » — Nous le savons! Il avait entr'ouvert sa bourse. Au reste Peterborough avait payé d'avanee et comptant les politiques de Parme, Scotti paya les serviteurs de l'E^urial; la nourrice (( qui se laisse, dit-il, conduire par le plus vil intérêt » servit d'intermédiaire et transmit à la reine Elisabeth un billet du duc de Parme apporté d'Italie par un courrier habillé en pèlerin.

Scotti qui chemine mystérieusement vers son but, entretient confidentiellement le premier ministre de son projet de départ et Alberoni ne doute pas que ce cher et fidèle ami ne le justifie sur tous les points litigieux dès son arrivée à Parme. Le î>o novembre, le 27 novembre il exprime cette confiance dans ses lettres, à l'heure même où Scotti entraîne l'adhésion de Philippe V à la disgrâee du cardinal. De son côté, Peterborough n'a pas lâché prise et grâce à lui, grâce à son insistance on allait mettre Alberoni en demeure de désavouer sa ligne de conduite ou de se retirer, mais la manoeuvre de Scotti suffisait s'il faut l'en croire, à rendre la disgrâce certaine. « Sans la pression de Peterborough, éerit-il le i^"" décembre, j'avais déjà amené les souverains à accepter la paix par l'exclusion du cardinal Alberoni. Ce n'a pas été sans peine. Le cardinal ne s'en doutera pas jusqu'à ce que nous fassions le coup". » Il ne se doutait de lien, en effet, lorsque, le 28 novembre, il reçut de Parme l'avis de s'humilier devant les alliés et s'empressa de le repousser. « le marquis Scotti, répondit-il, m'a signifié ce que Votre Altesse lui a mandé par un courrier extraordinaire. J'ai communiqué l'avis aussitôt à Leurs Majestés. 11 leur a paru difficile d'autoris.er une pareille démarche, faite en leur nom, alors que toutes les

. " Arch. de Napîes, Famesiana, fasc. 55 : Scotti au duc de Parme, 16 novembre 17 19.

" Arch. de Mpler, Fnrno«iana, fasc. 55 : Scotti au duc de Parme, 23 novembre 17 19.

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offres consignées dans le billet de Votre Altesse ont déjà été faites au duc Régent et méprisées par lui. L'Anglais qui est venu faire cette proposition à Votre Altesse est regardé ici comme un fou très solennel et un grandissime fripon. Le nom seul de ce personnage a suffi pour écarter Leurs Majestés de ce projet". » Néanmoins cette invitation semble avoir ouvert les veux du ministi^. Le jour même où il adresse cette réponse au duc de Parme, Il envoie deux billets à Rocca, dont le tour mélancolique ressemble à un testament (29 novembre).

Le 4 décembre la soirée se passa comme d'habitude, le cardinal, en tiers avec le ménage royal, travailla jusqu'à l'heure du coucher. Philippe V ne changea rien à ses façons, la mécanique royale exécutait les gestes et prononçait les mots attendus en temps voulu. Depuis trois jours Scotti ne se montrait pas à la Cour, il reparut ce soir là et eut un long entretien avec le Cardinal.

Le 5, de grand matin, le Roi et la Reine partirent pour la chasse. Dès qu'ils furent suffisamment éloignés, don Miguel Duran, secrétaire du Roi vint communiquer au cardinal un décret écrit de la main du Roi portant défense à Alberoni de s'immiscer davantage dans le ministère, de se présenter au palais ou ailleurs devant I^urs Majestés Catholiques, ni devant aucun des princes de la maison royale. En outre, venait l'ordre de sortir de Madrid dans huit jours et du royaume d'Espagne avant trois semaines". Alberoni demanda une audience, elle lui fut refusée. Le lendemain, il écrivit ces mots à Rocca : (( Votre Seigneurie apprendra du marquis Annibal Scotti ce qui se passe. C'est le moindre sacrifice qui se pût faire pour donner la paix à l'Europe^". » A Madrid, la nouvelle de la disgrâce fut connue Hé 6, au matin, et la joie fut immense, bruyante, générale*'. La satisfaction ne fut pas moins vive en Europe. D'après Dangeau la rouvelle arrivée depuis plusieur^s jours ne commença à transpirer que le 18 décembre" et fut publique le lendemain". Une lettre de Scotti à l'abbé Landi arriva le 17 décembre; le Régent en fut instruit à l'instant", et Dubois fit part de la nouvelle à

" Arch. de tapies, Farnesiana, fasc. 64 : Alberoni au duc de Parme,

?() novombre 17 19.

" Arch. de ^aples, Farnesiana, fasc. 55 : Scotti au duc de Parme, 20 janvier 1719.

*" Alberoni à Rocca, 6 décembre 1719, dans Lettres intimes, p. 6^3.

*^ Bibl. Mazar., ms. 2352; Saint-Philippe, Mémoires, t. IIU P- A33.

^' Danpreau, Journal, t. XVIII, p. i85; 18 décembre 1719.

*^ Danpreau, Journal, t. XVIII, p. i85; 19 décembre 1719.

** Arch. des Aff. Etrang., Espao^ne, Mémoires et Documents, t. i42, fol. i4o : Scotti à Landi, 17 décembre 17 19.

Dernière soirée

Disgrâce

L'ESPAGNE ADHÈRE A LA QUADRUPLE ALLIANCE

Albemni

sort d'Espagne

Stanhope. « Je suis persuada, lui écrivit-il, que je ne pouvois apprendre à Votre Excellence aucune nouvelle plus agréable dans les circonstances présentes, ni plus importante à leurs^ intérêts communs que celle pour laquelle j'ai ordre de vous dépêcher un courrier... On ne peut apprendre ce dénouement sans faire réflexion, Mylord, sur la justice qu'on doit à Votre Excellence d'avoir proposé de si grands projets et des mesures aussi justes pour les conduire à leur fin et [)our épargner par des soins et des dépenses médiocres et passagères les malheurs infinis qu'une guerre générale pouvoit attirer''. » Et Stanhope de répondre : « Si vous voulez, monsielir, nous attribuer la gloire du projet, celle de l'exécution vous est justement due, et sans votre courage et votre constance, notre prévoyance eût été inutile".

Le courrier partit de Londres, le i8 décembre avec ordre à Destouches d'aller communiquer la nouvelle à Stanhope « où qu'il fût, chez le Roi, au Parlement ou ailleurs. )> Il arriva le '}.'}. à l'ambasside de France à deux heures de l'après-midi. Destouches courut trouver Stanhope à la Chambi-e des lords, on s'embrassa, Sunderiland survint, on s'embrassa de nouveau, et toute la Chambre éclata en acclamations*'; la chute d'Alberoni fut considérée comme une victoire nationale". A Rome, le pape s'attendrit et remercia Dieu'', à Vienne, les sentiments furent moins unanimes".

Le cardinal, outré de cette disgrâce, quitta Madrid le i5 décembre'' suivant la route qui lui avait été prescrite à travers l' Aragon et la Catalogne. Mais on avait eu le temps de convaincre le'^Roi que son ancien ministre avait pillé le trésor et mis en sûreté une somme de deux millions". On courut sur ses traces et un détachement le rejoignit près de Lérida, fouilla ses bardes, sa personne et jusqu'à sa chemise. 11 s'agissait de lui enlever tous les papiers qu'il gardait pour établir son innocence aux dépens de Philippe V. Ce fut une belle récolte et on s'explique

-^^ Arch. des Aff. Ëtrang.. Espa^rno, Mémoires et Documents, t. i/j2, fol. l'iT^ Dubois à Stanhope, i8 décembre 1719.

** Stanhope à Dahois, 22 décembre dans The Stair Annaïs, t. Il, p. ^9^.

*' Arch. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 337, fol. 169 : Destoucher à Dubois, 22 décembre 17 19. « , * r»

" Arch. des Aff. fJrang., Angleterre, t. 827, fol. 169 : Destouches a Dubois, 22 décembre 1719.

^» Arch. des Aff. Êtrang., Rome, t. 606, fol. 17^ : Gamaches a Dubois.

«» Arch. des Aff. Êtrang., Vienne, t. i35, fol. 3 : Dubourg à Dubois.

"^ Rersani, op. cit., p. 280, 281.

" Arch. de Inaptes, Farnesiana, fasc. 55 : Scotti au duc de Parme, 20 janvier 1720.

que Philippe V et le duc de Parme fussent également intéressés à les reprendre à leur p^ossesseur. Outre une correspondance entretenue de Plaisance à Madrid et contenant <( des choses du dernier secret », on trouva le testament écrit par Philippe V en faveur de la Reine et du Ministre, en outre trois autres écrits rédigés durant sa dernière maladie et donnant à Alberoni le droit de faire la guerre comme il l'entendrait, de régir les finances comme il voudrait, de eoncllure la paix ou la guerre comme il lui conviendrait*'. Après cette avanie, le fugitif tomba, entre San- Saloni et Girone dans ime deuxième embuscade. 11 avait demandé u prendre la route de Riscaye, plus sûre que celle de Catalogne, on le lui refusa. Deux cent cinquante miqueJets se jetèrent au âéiVïé de Treinta-Pasos sur son escorte composée de cinquante maîtres et de quelques fantassins. Alberoni saisit un sabre, s.i'uta sur un cheval, et força le passage à la tête de sa petite troupe, dont quatre hommes furent tués et deux blessés. Arrivé à la frontière, il la franchit sans attendre son passeport et en s'écriant : « Grâce au ciel! me voilà sur une terre de chrétiens. J'aime mieux y mourir en prison que d'être libre en Espagne où j'ai souffert tant d'indignités. » Presque tous ses domestiques lavaient abandonné dans le voyage. Quatorze des plus pauvres lui restaient seuls. Sa belle-sœur et son neveu étaient cachas dans le nombre de ces misérables hâlés et sordides qui ressemblaient à un campement de bohémiens.

Philippe V avait écrit au Régent pour lui demander un passe- Son passage port pour le cardinal". L'occasion était belle de faire jaser ce ^"^ *'''*"'*' maître-hableur, Dubois envoya h la t encontre du personnage le chevalier de Marcieu, colonel du régiment des Vaisseaux pour se tenir auprès du cardinal depuis son entrée en France et pendant tout son vovafife". Ce Marcieu était un « homme fort adroit, fort intelligent et fort dans sa main » dit Saint-Simon qui reçut des instructions très précises''*. Nous savons, grâce à ses rapports quotidiens, de quelle façon il s'y conforma*'. Ne sachant

•" P.-F. Lémontoy, Histoire de la Bcgence, in-8, Paris, tS32, t. T, p. 28n ; V. Papa, V Alberoni e la sua disparlitura di Spagna, in-8, Torino, 1877, p. 79, Rniv.

"* Danjîoaii, Journal, t. XVIII, p. i85, 19 d<'oombro 1710.

*'■' Dannroau. Journal, t. XVIIÎ, p. 191, ^fi d<Wmbro 1719.

*• Arch. des Aff. Êtrang., E^^pafrno, t. 390, fol. 188, sniv. : Dubois à Marcieu. *

" V. Papa. Î/Mberoni e la sua dipnrtita délia Spngnn. Saggio di studio storico critico, in-'i°, Torino, 1877, p. 73-95, publio la correspondance dn rhovalier do Marcieu avec Dubois, 0, 7, 8, 9, ti, i^, t3, i/i, i5, in, 18, 50, vj/» janvier 1730; en outre la kilr*- au Régent du 11 janvier à Nîmes, et les

•^-.- is.,.

L'ESPAGNE ADHÈRE A LA QUADRUPLE ALLIANCE

par quelle route déboucherait le fugitif, il se tint « à la fourche » des routes de Bellegarde et de Collioure qui aboutissent près de Perpignan. Alberoni arriva sans passe-port aimant mieux risquer mauvais accueil en France que de séjourner une heure de trop en Espagne. Dès qu'ils furent ensemble, ils rappelèrent leurs communs souvenirs à l'armée de Vendôme et le cardinal se mit «1 « babiller » et à « dégoiser d'importance » contre la nation espagnole qu'il méprisait au dernier point, contre les souverains, contre les Hollandais « qui sont des poules mouillées » enfin (; mille discours de cette nature ». Vous jugez bien, ajoute Marcieu, que je le remettrai tous les soirs insensiblement sur les choses dont on veut tirer des éclaircissements. Et sans trop s'émouvoir de ce verbiage, Marcieu note que la suite se compose de cinq chaises de postes, une douzaine de mulets, vingt ou vingt-cinq chevaux et quatorze domestiques « dont aucun ne paraît bien délié ».

Ses Le lendemain Marcieu s'aperçoit que son prisonnier envoie

avérai^ de des lettres en cachette et le surveille de près, il fait fouiller ses Marcieu bagages, mais on lui avait enlevé tous ses papiers pesant trentehuit livres, ses gros effets avaient été expédiés à Alicante pour y être embarqués, ses cassettes ne contenaient que douze cents pistoles d'Espagne, quelques médailles d'or, quelques bijoux de peu de valeur, une croix pectorale, des verroteries à coudre sur une mitre, une douzaine de tabatières et des breloques. Parmi la suite se cachaient sa belle-sœur et son neveu qu'il avait fait châtrer, il affectait de ne pas les connaître, il se connaissait aussi une nièce qu'il avait mise au couvent afin qu'une famille encom- 'brante « ne l'empêchât pas d'aller à tout à Rome ». Ces précautions prises, Marcieu revint faire jaser le cardinal pour qui tout devenait matière à récriminations. Lorsqu'il parlait du menante royal, la fureur l'emportait et il retrouvait son langage ignoble et hardi qui enchantait Vendôme. Philippe V, disait-il, <( n'avait que l'instinct animal avec quoi il avait perverti la Reine, qu'il ne lui fallait qu'un prie-Dieu et les cuisses d'une femme...; que la Reine l'abandonnait chaque jour... » L'emportement contre la Reine le poussait à dire « que si par malheur pour lui, il s'était trouvé en particulier, elle ne l'aurait pas laissé en vie. » 11 avait vécu dans une intimité si étroite avec le Roi et la Reine qu'il racontait de savoureuses histoires : comment Philippe ahuri

Motifs dont S. E. M. le cardinal Alberoni prétend se servir pour se justifier sur les griefs qu'on lui a importés, en écrirmnt une lettre au roi d'Espagne qui en fera voir la fausseté. Voir aussi P.-E. Lémontey, op. cit,t t. I, p. 281-284.

de voluptés et de scrupules sautait hors du lit conjugal, s'agenouillait contrit et larmoyant devant les personnages de la tapis série implorant leur absolution pour ses péchés. Ou bierf^ accroupi dans son lit, il bondissait sur le prêtre qui venait lui offrir la paix à baiser et l'étranglait presque. Et quand le malheureux se fut dégagé à grand'peine la Reine, tremblante de fureur, lui criait : (( Prêtre, si tu lèves la langue de ce qui vient de se passer, tu es mort. » Enfin, le prince des Asturies sera disait-il, « son père tout craché ».

Marcieu ramenait les conversations vers la politique et Albeloni protestait que le Régent n'avait pas su le comprendre, que tout son effort avait tendu à abréger la guerre et à faire la paix, mais à Fontarabie la Reine s'y était opposée. Ce qui l'avait perdu, disait-il, dans l'esprit de ses maîtres, c'est l'affaire de Rrelagne qui ne lui inspirait aucune confiance. Pour en finir et u la faire échouer absolument, j'écrivis, disait-il, sans la participation du Roi une lettre à Don Blas de Roy a que j'avais auprès du duc d'Ormond et ces messieurs n'hésitèrent point à faire débarquer les troupes déjà embarquées. C'est cette lettre portée à Leurs Majestés qui les a indignées contre moi et qui a achevé ma perte ». Marcieu écoutait sans comprendre, il l'entendait disculper le duc du Maine et le comte de Rieux, qualifier la duchesse du Maine de « méchante diablesse » Alberoni ne pouvait aborder ces sujets avec calme. « Il était hors de ses gonds contre l'Espagne, leurs Majestés, les Grands et toute la nation espagnole qu'il méprisait au souverain degré... Il prédisait un abâtardissement général », à moins que la Reine « qui a le diable au corps », trouvât un homme d'épée un peu bon général et qui eût quelque ressource d'esprit, en ce cas elle causerait tôt ou tard, du vacarme en France et dans l'Europe.

A mesure qu'on avançait en chemin, Alberoni multipliait les avances au Régent avec l'espoir que Marcieu se chargeait de transmettre ces ouvertures; celui-ci le décida à écrire une lettre et un mémoire contenant sa justification et ses offres de service que Marcieu appuyait de son mieux. Puis, arrivé à Toulon et voyant qu'on le laisserait sortir de France sans un 'mot d'espoir il se remettait à envisager l'avenir qui pouvait l'attendre à Rome nonobstant le prétendu neveu qu'il avait annulé sans le supprimer. (( Le cardinal, écrit Marcieu, me paraît avoir depuis quelques jours la tête embarrassée et pleine de qnelque projet, soit de vengeance contre l'Espagne, soit d'inquiétude que S.A.R. fasse trop mauvais usage de ses avances, soit qu'il cherche quelque moyen de s'approcher de la tiare. Tout étant, à Rome, pures

Il quitte la Kraoce

L'Espagne entre dans

la Quadruple Alliance

intrigues, dit-il, il fera de son mioux dans l'occasion pour avoir un parti, et s'il a l'exclusion de la Papauté, elle ne sera pas par son manque de naissance, mais à cause de son âge de cinquantecinq ans et par la réputation qu'il a de n'être pas tout à fait un sot... Si la France et l'Empereur voulaient agir efficacement pour lui, il serait pape malgré son âge. »

Le voyage dura dix-huit jours de Perpignan à Antibes par Narbonne, Pézenas, Montpellier, Nîmes, Arles, Aix, Marseille, Toulon et Fréjus. Au lieu de loger dans des cabaixîts comme en Espagne, Alberoni fut conduit dans les auberges peu fréquentées, il était plus facile de l'y garder à vue et de surveiller les abords. La foule se massait pour voir passer le voyageur, l'observait sans malveillance, l'importunait un peu. A Montpelllier il fallut faire évacuer sa chambre par un caporal et quatre hommes; à Arles, les cuiieux envahirent le bateau qui faiUit chavirer. A Antibes, la galère attendue de Gènes n'était pas en vue, Alberoni demanda le brigantin et la felouque du prince de Monaco qui, dûment averti, lit la sourde oreille. La voie de terre était peu sûre, il s'embarqua enfin et regagna la terre italienne, ne comptant plus désormais pour rien■'^

Les alliés avaient si souvent répété que le cardinal était l'unique obstacle au rétablissement de la paix. que Philippe V pensa avec une feinte naïveté que la disgrâce de son ministre suffisait à tout, et il énonça des condi'tions qui, de la part d'un victorieux, eussent semblé rigoureuses. Il demandait la restitution des places et des vaisseaux détruits, la réparation des dommages, la cession de Gibraltar, de Port-Mahon et de la Sardaigne; l'attribution à l'infant don Carlos des duchés de Parme et de la Toscane à titre de souveraineté indépendante, le rapatriement des troupes du corps expéditionnaire de Sicile; enfm la Sicile n'était cédée à l'Empereur que sous les réserves et avec les réversibilités imposées naguère au duc de Savoie par le traité d'Utrecht. L'effet produit par d'aussi folles propositions fut de hâter les préparatifs de la campagne prochaine. Stanhope se trouvait à Paris, il obtint de Dubois une déclaration qu'avait inspirée l'envoyé impérial Pendtenriedter, et par laquelle les alliés rejetaient les propositions de l'Espagne et maintenaient intégralement les conditions posées par la Quadruple Alliance (19 janvier 1720). Une fois de plus en touchait à l'échéance de la prorogation de l'expectative des duchés, la Cour de Vienne, charmée des exigences excessives du roi d'Espagne et convaincue qu'il laisserait expirer, sans en user,

■'« F. Barrière, La Cour et la Ville, p. 82-8^.

L'ESPAGNE ADHÈRE A LA QUADRUPLE ALLIANCE

le dernier délai de trois mois à lui accordé le 16 novembre précédent, consentit volontiers à ne compter qu'à partir de l'adhésion des Hollandais donnée en décembre, et à proroger l'échéance du 16 février au 16 mars.

Stanhope voulait finir cette interminable affaire. Il chargea Seyssan, retournant à Madrid, de dire au roi d'Espagne qu'une fois la base de la Triple- Alliance acceptée, il serait d'autant plus aisé de lui donner satisfaction dans un congrès. Presque en même temps, Schaub, secrétaire de Stanhope, partit pour l'Espagne porteur d'un double de la déclaration rédigée à Paris le 19 janvier, sur laquelle, disait-on, il n'y avait pas à revenir. En ce moment Scotti proposait à Dubois une négociation séparée et secrète pour un armistice aux Pyrénées. Pas plus que Stanhope, Dubois ne se laissait induire à cette manœuvre et il fit appel aux bonnes dispositions du P. Daubenton. Alors, la Cour de Madrid eut le sentiment que les finesses et les détours ne pouvaient plus la servir en rien, la déclaration du 19 janvier lui montra qu'une plus longue résistance entraînerait irrévocablement Ha perte des deux duchés italiens, Du moment où la Reine eut pris son parti, le Roi consentit à tout ce qu'elle voulut.

Le t^6 janvier, Philipix- V annonçsf son adhésion à la Quadruple-Alliance, voulant, disait-il, rendix3 la paix à rEurop<s même au prix de ses droits et de ses États; et il envoya de pleins pouvoirs à cet effet à Reretti-Landi en Hollande, et celui-ci signa ?i la Haye, le 17 février avec les plénipotentiaires de France, d'Angleterre et d'Autriche, que ceux de Hollande imitèrent bienlot, 4'accession de l'Espagne à la Quadruple-Alliance.

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