CHAPITRE XXXIX Les ruines du Système
(18 juillet- 1 4 décembre 1720)
ii[
Pr.Sp,a»lion« vnsoi par la Cour. - Exi! du I(,rkmenl. - Le séjour i l'ont„U " M ...c Tu 'Régent. - Arrêt du i.5 ooût. - Arrêt du :5 septembre ^ Ruine d- lout^ 'es eh..s«. - Arrêt du .o octobre. - Abohtion do 1 A^io . Opinion, sur le Système. - A Paris. - A Angers et -"<-""^- "^P^^ ,1-. I Tw Uésultils du Système. — Les ac.apauiirs poursuivis. — Nombr. des tlt^Is d.T"ii;^„.î.. - Mi.cre publique. - Uémorali..tian des eUo,..„s. îlÏit des i,gaKem,.nts inconnu. Détiv^s^e générale du royaume. - I^ Systôjîw a R'iaulc l avènement du crrdit.
I^ lendemain de l'émeute, la Banque demeura fermée et on ivéçauiio«s donna lecture devant la porte d'une ordonnance royale faisant „ r,nur défense de s'assembler à ,R-ine de désobéissance et ordonnant s.uséanoe des paiements jusqu'à nouvel ordre. Les troupes campées à Montargis pour les travaux du canal furent ramenées ., Charenton, d.-s régiments oy des détachements furent envoyés à Chaillot et à Saint-Denis; c'était une force de cinq mille hommes prête à marcher au premier signal. -< Tout cela marque Lit Dangeau. que la Cour veut ôtre obéie et l'on ne doute pas ^Je ce  soit contre le Parlement qu'on prend ces precau-
" On 'n'était pas sans craintes pour la journée du «amedi .o jour de marché : les régiment, d.. gard<^ avaient «rd- ^e se enir prêts et les mousquetaires de l-emr leurs ;^hcv"ux budes on les disperea dans chaque marché avec quelques officiers a L^^d et' tout fut tranquille. Le pain de Gonesse arriva comme -, l'ordinaire grâce à la précaution pr.se d envoyer de I aigent 'lux boulange' au lieu de billets^ L« Gazette annonçait que le
. Barbier, n.r..,, .. ., p. ^^■^-^-"'^rTïL'^^<^'to'^'' U .7-,„; M. Marais, Journal et M<.,.r.,res. t. I, p 33o 17 ]'" 7
' Dangeau, Journal, t. XVIII. p. ..3; .8 J;"^"^'- .■''°- ,„ „ 3,4. ,., ,0 • I5.,rbi.>r, Joun-«I. t. I, P- 5.; Pangeau, Jourml, l. XVIII, p. 3.4, ...
jiiiilol l'/in.
Exil du
Parlemunl
Roi avait rendu un cdit déclarant la Compagnie des Indes perpétuelle, à condition pour elle de retirer six cents millions de billets de banque en un an; en outre, six cents millions iKiur le virement des parties et compte en banque, et un milliard pour les vingt-cinq millions de rente sur la ville, tant en récép'S'sés qu'en billets, au moyen de quoi en comptait voir disparaître, en une année, billets"de ban(|ue et récépissés. Cet édit ne i>ortail aucune date parce qu'il n'avait pas été enix-gistré en Parlement, nonobstant les conférences tenues entre le Chancelier et le Premier Président. Là. était l'objet de la querelle. L'enregistrement par la Compagnie eut donn.' confiance au public, empêche les désordres, qui recommencèrent, quoique sans gravité, dans la matinée du 20. Le chancelier Daguesseau s'était flatté d'entraîner le Parlement, mais déjà on commençait à dire de lui au Palais : « il ne restera pas longtemps en place, il n'est pas assez grand génie pour cela, et il est caustique" ! »
Le dimanche, dès quatre heures du matin, un officier avec ,,uatre mousquetaires allèrent garder l'hôtel du Premi<-r Président pendant que des estafettes portaient à chaque membre du Parlement une lettre de cachet gravée et ainsi conçue : « I e Roi par de bonnes considérations, a transféré son Parlement a Pontoise. Il vous ord(mne. Monsieur, de vous y rendi>e pour y rendre la justice, et vous défend de vous assembler ailleurs, a peine de désobéissance et de privation de votI^e charge, si n y faites faute — Dieu vous ait, Monsieur, en sa sainte et digne c^arde' » Le Premier Président était gardé à vue dans sa chamb,^ par un officier et tenu au secret par deux sentinelles interdisant sa porte. Quand les mousquetaires eurent remis toutes les lettres de cachet, ils vinrent relever les gardes du coii)s qui setaient assurés du Palais et s'emparèrent de la Grand (.hambre a midi Ces mousquetaires étaient tous jeunes, riches et joyeux. A peine maîtres de la Grand'Chambrc, ils s'exercèrent a tenir séance, s'assi.x>nt avec une feinte gravité sur les fleurs de lys; 1 un d'eux apporta un chat qu'il venait d'attraper, ils 1 appetcrent Law, le jugèrent .t le condamnèrent à mort, comme on iuge un chien dans la comédie des Plaidears\ Cependant, des le jour même, l>eaucoup de présidents et de conseillers se mi-
' Barbipr, Journal, t. I. p. Sa; 21 juillol 1720.
» I5arhi<.r. Journal, t. I. p. 55; ,3 .juill.l .7=0; l«U- pins .lovoloppo dans
M. Afiirais, op. cit., I. I, p -333. , -, , ua.,„„ii
' llônaull. M.mo,r«. m., .le f;of,la,lcs dans I.. Poroy. Le prhulent Hinaui et Mme ,U, Deffaml, in-8. Paris, iSfl.V p. '|S-','.: .l•apr^s Marais, np. ni., t. I. p. 3S8, tes niousriiKlain-s jujri'vcnl !<• <lii<'n <ln BiivolK-r.
LES RUINES DU SYSTÈME
lenl cri i'()ul<j pour Ponloiso, quelques-uns voiiluronl entretenir le Régenl (jui s'y refusa et prit soin, dans la soirée, de faire tenir cent mille fiancs en argent et la même somme en billets de banque de cent et de dix livres au procureur général pour les départir entre lès exilés qui en éprouveroient le plus pressant besoin'.
QueUjues patrouilles du guet à cheval suffirent au maintien de l'oidre. On pensait rendre odieux le Parlement en faisant circuler le bruit qu'il complotait de se réunir et de déclarer le Roi majeur*; des colporteui^ distribuaient, dans les rues, ce billet : « Le Parlement, par son opposition continuelle au gouvernement, fait resserrer l'argent; mais malgré toute sa mauvaise intention, l'argent paroîtra la semaine prochaine et le billet de banque ne perdra plus. » Tout le monde voit bien, au dire de l'avocat Barbier, que c'est une espérance qu'ils veulent donner pour empêcher aucun mouvement sur ce qui arrive au Parlement; et ils ont fait prudemment de le faire un dimanche, qu'il n'y a point de boutique ouverte et que le peuple est sorti de Paris. Mais quand le Pailement sera dehors... ils feront ce qu'ils voudront et comme, réellement, ce sont des fripons qui ( n ont fait de toutes les manières depuis un an, on attend quel- (lue tour pai-eil soit sur l'aigent, soit sur les billets'. Si le prince de Conti, à qui on imputait sans motif un grand désintéressement, l'avait voulu, il eut été en état de tenter un grand coup, et même de faire déposer le Régent en se mettant à la tête du Parlement. Le peuple, affirme Barbier, l'aurait suivi indubitiiblement. Les troupes cam])ées autour de Paris, ni la maison ni le Roi ne prcndrùent la défense du Régtnt, car tout le monde est indigné du bouleversement général. L'ouvrier qui gagnait une livre dix sols par jour veut gagner six livres, et il est quatre jours sans travailler, à manger son argent; de sorte qu'on ne peut venir à bout de rien faire et tout coûte extraordinai rement. Gela est si général, que tout le particulier souffre infiniment, hors une petite poignée de monde, qui a gagné ce qui sert à ruiner les autres*".
A Paris, on murmurait, les avocats refusaient de plaider en aucune juridiction; à Pontoise, l'exil n'était pris au sérieux par personne. Après avoir enregistré Ledit de translation en y ajou-
^ Dan-oaij, Journal, l. XVIII, p. .^25, .n juillet 1720. *
• Barbier, Journnl, t. I, p. 62: M. de Balleroy a sa femme [3o] jnillot, .lans Les Correspondants de h Mse de /în/Zc/oy, t. lî, p. iSO.
• Rarbifr. Journal, t. I, p. H; 21 juilM 1720. '° Barbier, 7o II rr?fl/, t. L p. 53;
Le séjour de Pontoise
tant .. d€s restriction, qui pussent effacer des esprits les impressions fâcheuses que Ton vouloit donner de cette Co'yi'''.^'^;;:^ ;•; K. Parlement s'installa de son mieux, malgré la difficulté de se bien loger vu l'exiguïté de la ville. On se regarda et on vécut <■ comme à la campagne; on fit grande chère on joua gros ieu on donna des bals aux dames qui accouraient .n foule, les équipages sillonnai.nt du matin au soir la route de Pontoise e cette ville regagna bientôt par la dépense de ces messieurs et du monde qu'ils entraînaient à leur suite ce qu'elle avait pu perdre aux billets de la banque de Laxv^ » « Ils «ont tous les jours en fêtes les uns chez les autres, écrit un C»">;'«']'"J;^* .résidents tiennent des tables épouvantables; le petit Pellet er loué l'hôtellerie du Grand-Cerf, où il a donne d.x-huil appailem.>nls à autant de conseillers qu'il nourrit. Le Premier Président est logé à Saint-Martin, où il y a soir et matin deux ^- Mes de vingt-cinq couverts. Ces pauvres messieurs, si 1 exil si long, liniront par se ruiner"! « Us ne couraient pas ce risque; le RcWent pavait leurs dépenses en secret, il fit passer trois cent mille livres à M. de Mesme. On s'explique alors cette prodigalité qui indigne Caumartin : « Rien n'est trop cher pour eux; ils font une chère terrible. Leur punition, au lieu de les corridor ne fait que les confirmer dans leur entêtement ... Aussi la ..laisanterie s'en mêle; on blâme le choix de Ponto.se ou I on s'amuse, on recommanda Fresne où, à force de sennuyer,
LES RUINES DU SYSTÈME
Daguesseau s'est converti
Si tu veux de ton Piulemenl
Punir l'humeur hautaine.
De Pantoise, trop doux Régent,
Fais le sauter à Fresne !
C'est un lieu de correction
La Faridortdaine , la Faridimdon
Où Daguesseau s'est converli
•• Hcn««U, Mémoires, d.m L. Pcrcy, op. cit., p. 4i ; Dangeau. l. XVIII,
p 328; 28 juillet 1730.
" Hénault. Mémoires, dans op. cit.. p. 44-
» M. Cmimartin de Boissy à Mme de Balleroy, [3o] juillet, dans op. cit..
' "'m^.' Caumarfin de Boissy à Mme de Balleroy, 18 août 1720. dans op. cil.,
'■ "'Barbier,' Journal, t. I, p. 67; M«<lamo. Corresporirf«nce, édit. G. Bninot, t. II, p. 263; 6 septembre 1720.
I.a Cour des monnaies, l'Univorsité de Paris, le grand-conseil '^®,"**'*^j adressaient aux exilés le témoignage de leur admiration. Toutes les épigrammes, les chansons maltraitent le Régent et Law avec fureur, suggèrent les attentats de nature à les faire disparaître :
François, la bravoure vous manque, Vous êtes pleins d'aveuglement, Pendre Law avec le Régent Et vous (mparer de la Banque, C'est Vaffaire d'un moment.
Tout le monde est si animé contre le Régent que les officiers eux-mêmes laissent échapper des menaces'% on jette des billets écrits 1 la main par la glace des carrosses : u Sauvez le Roi, tuez Je TyrdâT et ne vous embarrassez pas du trouble'' », on parle de poignards, de poison, d'incendie''. Un jour, en rentrant dans son appartement, le duc d'Orléans lit sur la porte une parodie de la dernière scène de Mithridate'^ '
C'en eH fait, j'ai vécu...
Le papier établi, les Français ruinés
Suffisent à ma cendre et l'honorent assez.
(( .le voudrois, pour cent mille écus dit, le prince, en connaître l'auteur »
Le lendemain, au même endroit, il lut encore ceci :
Tu promets beaucoup, ô Régent :
Est-ce en papier ou en argent ?
Le jour môme où éclatait l'émeute du 17 juillet, une ordonnance avait suspendu le payement des billets à la banque jusqu'à nouvel ordre : ses guichets nc^ se rouvrirent plus. Vers a fin de juillet, les billets perdaient plus de ,So pour cent; a la fin d'août ils perdaient 60 pour cent. Après avoir réduit la monnaie métallique à ne posséder plus qu'une valeur fictive et va-
Barbior, Journal, t. I, p. 53, 5() ; juillet, aoiit 1720. " Barbier, Jourrml, i. I, p. 69 ; i«^ août 1720. ^ . , , . .^^f/mhrp »• Ma^me à la raagrave Louise, Paris, i3 août; Saint-Cloiid, 6 septembre
1720, dans Correspondance, t. II, p- 261, a68. ., .. ^ p uua a^ Vil >• Buvat qui a conservé ces vei^, dit qu'on les attribuait «.» «^^ ^^ Tôlier, vHMllard ^^ntuagénaire, issassiné le 28 août 1720, ihm bi soirée : Journal t. II, p. i6i-i63.
Arrôl Hu 15 uiiAl
LES RUINES DU SYSTEME
roxrmr flpnréciée avec acharncm'Ont,
;A:W ;;' date, .a Co..p.,.e ^-^v. ^n pa..n.nt^^^
actions et P;^;- '^jtn:^ <is den^rs cLeront d'avoir cou. s 100 livix^s \f « r; , j ^^^ . i, Gompagnio, à cotte époqu.comme espèce au "" ^^^ ,.^,^ ,,„i„ Marais, qui expriles aura tous leintb uu n m*^ , , . - ' ,,u .\ r^mnos de cet ,e lopinion des ,.ar..rnenta„.es ec an.s ^;^X^^Zio,
arrêt a dont le motif est que le I^o'7'"f.'\ , ' ^„ième du pa-
■ ' A^ u Franre mais le Français est incorngiDie, n, m^ ^r^n d main u^autre La. avec de nouveaux billets. JJ cou'- Ineore. » Afin de venir à ^-a p.usjapul.wnt d . b leU on^ mit à en brûler d'énormes fardes. Le .uS jum, [wur lo Il 1^ .- iuillet pour ,55.8r.o.ooo 1.; le 9. PO">' 101.390.000 1 , fi' ^ ..C .ou -^ 71 3. 000 livres; malheureusement le pre-
i.ublic au commencement du mois d août plus d un m
Arrêt du 15 Les arrcts se succt . résultat que d ajou-
se,te,ni.r» de plus en plus -P^^--;/- ^^f^j; ,,,f,,«i,nt des papiers san«
'"', " ITors un rêt du i5 septembre décida que l.s billets
r 00 de ?o et deio livres servent seuls, jusqu'au ." novemde 100, de bo ei at i^» '^^ naiements au-dessous
bre, reçus sans ^^^^ J^foo^rcll xo'oooTvres , à partir de 2D livres; que les billets do i.ooo t^i
;.C:»«e,pS Enfin . L..C, du ,5 scp.e.nbr. ,» .«n,n,.s
écrites en comptes courants en banque étaient fixées au quart de la valeur pour laquelle elles avaient été portées, si mieux n'aimaient les propriétaires les retirer en billets de lo.ooo et de i.ooo livres, dans le mois pour tout délai. » Comme conséquence de cette disposition « les effets de commerce et les ventes de marchandises en gros faites avant la publication du présent, ou avant qu'il ait pu être connu à l'étranger, et qui devaient être payés en écritures en banques, seront acquittées en nouvelles écritures, sur le pied du quart, au moyen duquel quart la somme totale de ces effets et ventes de marchandises sera acquittée en entier^" » C'était une faillite de fj pour cent! Mieux valait encore sauver cette obole qye tout perdre pensèrent (juclques marchands et ils se rendirent à la banque demandant que, conformément à l'arrêt, on leur donnât » en billets les fonds mis en compte »; à quoi on leur répondit « qu'on ne pouvait leur rendre leurs billets, parcequ'ils étaient biffés et brûlés et qu il n en restait que les cend.x?s. -> Et Barbier confirme ce que nous apprend Mathieu Marais : « La désolation continue; sous prétexte de remettre les choses à leur val.-ur intrinsèque, on a réduit les comptes en banque aux .rois quarts de perte... On avait prom,s de œndre les billets qu'on y avait portes, a ceux qu ne voudraient pas de cette réduction. Tous les marchands ont été pour Ic^ retirer; mais comme c'est une infidélité perpétuelle, on ne leur a rien rendu. .. Les mêmes chroniqueui. nous disent 1 mpres«ion produite par l'arrêt du i5 septembre : « La plume t'oX des mains et les expressions manquent pour expliquer le. dispositions de cet arrêt qui renferme toutes es horreu^ du Sy^ tome expirant. » - « Les cœurs sont s. abattus et si consternes u-^n ne sonc^e qu'à mourir. » - « Jamais encore n avait ete rib^able Icrollement. C. papiers ^'-.^f -» ^reX tant de fureur, restaient maintenant inutiles, ma"^'*^' f"^'* Ls mains de millions de familles (il -'^^ '^^^'^Z'^l gna-e de Forbonnais qui n'eût en sa possess on au mo "^Jl"^*' ;"ies billets de banque), se -fusant encore a croire que cqu, avait tant de valeur fut réduit maintenant a n «" «voir «^^""^ obligés cependant d'ouvrir les yeux à une <=™^" ^'^'^'^^^^'^f. constatant avec désespoir que de leur »>«;"^. J J^f ^j^^e gens due il ne leur restait plus que cet amas de chiffons. Que de gens écrasés sous cette ruine! Que de misères i^mmerit es Que de lombi^s désespoirs qui allèrent parfois ï^^ 'l^^^^l'^^^Zt rante ans après ces événements. Hennet a vu encore, a ce
" F. Véron du Verger de Forbonnais, op. cit., l. VI. p. SSg. ^