CHAPITRE IV
La Cassation dir testament
(2 septembre 171 5)
Derniers soins rendus au Roi. — Hommages au nouveau Roi. — Exposition du cddivre. — Prévisions du duc d'Orléans. — Décisions des ducs et pairs.
— Déploiement de forces militaires. — Débuts de la séance du Parlenrient. — Arrivée des princes. — Incident des ducs. — Discours du duc d'Orléans. — L'avocat-général opine. — Testament du Roi. — Codicilles. — La Régence est déférée au duc d'Orléans. — Proclamation du Régent. — Discours de ce prince. — Poroles du duc du Maine. — Conclusions en faveur de M. le Duc.
— Le Réj,'ont attaque les codicilles. — Altercation entre le Régent et le duc du Maine. — Retour du Régent au Palais. — Discours du Régent. — Conclusions des gens du Roi. — Arrêt rendu par acclamation. — La protestation des ducs se renouvelle. — Fin de la séance et de la journée.
Dès que le Roi fut mort, le Saint-Sacrement, qui était exposé, fut remis dans le tabernacle'. Mareschal aidé des garçons de la Chambre, tira le corps du lit pour le changer de linge', l'acconimoda proprement et l'exposa dans le même lit où il était mort'. Tartillière et Lagamie rendirent à leur maître le dernier service en lui fermant la bouche et les yeux*, on soutint la mâchoire avec un bandeau* retenu par le bonnet. Le visage était jaunâtre et amaigri mais reconnaissable*. Les mains jointes tenaient un petit crucifix**. Le corps fut élevé de façon à être vu et le maître
» P. Narbonne, Jownal, p. Mx; J. Buvat, Journal t. I, p. 46, à Paris on sut la moil > dix heures; Mascara à Grimaldo, 3o août, dans op, cit., t.
XXVII, p. 353. , . , ^ »
2 Biblioth. Mazarine, ms. 53ii6, Regif^tre de Michel Ancel-Desgranges maître des cérémonies, dans Saint-Simon, Mémoires, édit. de BoisUsle, t. XXVll,
» tt Fn observant de mettre sous le drap un dessus de table \en marbre] pour emp^her la corruption pendant les vingt-quatre heures qu'il avait à y rt»st«^r ». Desgranges, loc. cit. '
* Anthoine, Journal, p. 76. ■*
» Maiicara à Grinialdo, 2 septembre, dans op. cit., t. XXVll, p. ^ao , J.
Buvat, Journal, t. I, p. hl-
• Anthoine, Jourrml, p. 75- r 1 * t / •• negittre de Desgranges, op. cit., p. 376; J. Buvat, JourmU t. 1, p. 47-
Derniers
soins
rendus
au liui
LA CASSATION DU TESTAMENT
Hommages
au nouveau
Hoi
des cérémonies, Desgranges, fît entourer le lit de douze chandeliers et, aux pieds, une crédence couverte d'un riche tapis et d'une toilette à dentelle surmontée d'un crucifix avec deux chandeliers de vermeil. Des sièges furent disposés, à droite et à gauche, dans la balustrade, destinés aux prélats, aumôniers, confesseur et aux grands officirrs^ Quand ces dispositions furent terminées, le duc de Bouillon, grand chambellan, ayant un plumet noir à son chapeau, s'avança sur le balcon de la chambre du Roi et cria : « Le Roi Louis XIV est mort. » S'étant retiré, il changea son plumet noir contre un blanc, reparut sur le balcon et cria à trois reprises : « Vive le Roi Louis XV*. » A dix heures, le cardinal de Rohan commença le De profundis et la psalmodie des prêtres et des religieux se poursuivit, pendant que des messes étaient célébrées jusqu'à midi sur deux autels dressés contre la cheminée et à l'opposite. Six gardes de la manche et cinquante gardes du corps de la compagnie écossaise, avec vingt suisses de la garde, rendaient les honneurs*.
Depuis le 3o août, les gardes du corps, bottés et harnachés, n'attendaient que le signal pour mener le nouveau Roi à Vincennes^"; peu d'instants après la mort, l'ordre fut porté de prendre les armes et de se rendre avec leurs officiers à l'appartement du jeune Roi; ils se rangèrent en haie le long de la galerie avec les Gent-Suisses et virent bientôt le duc d'Orléans sortant de la chambre après avoir rendu les derniers devoirs, suivi de tous les princes, les princesses, la plupart des courtisans en habits de cérémonie. Gentilhommes de la chambre, ducs et pairs, cordons bleus, évêques, archevêques, lieutenants-généraux formaient leur cortège, grossi à tous moments des retardataires". Le duc d'Orléans présenta cette foule à l'enfant de cinq ans et demi en lui disant : « Sire, je viens rendre mes devoirs à Votre Majesté comme le premier de vos sujets"; » et montrant tous ceux qui raccompagnaient : « Voilà la principale noblesse de votre royaume qui vient vous assurer de sa fidélité'
^ Registre de Desgranges, op. cit., p. 877.
• P. Narbonne, Journal, p. l^^ ; J. Buval, Journal^ t. I, p. 4? ; Anthoine, Journal, p. 76.
• Begistre de DesgraTiges, op. cit., p. 877; J. Buvat, Journal, t. I, p. 47» *" P. Narbonne, Journal, p. A4-
** Saint-Simon, Mémoires, édit. Charnel, Paris, 1906, t. VITI, p. 194.
" J. Buvat. Journal, t. I, p. 46; Dangeau, Journal, t. XVI, p. 187 : Le ihic d'Orléans mit un genou en terre devant lui et lui bai«a la main.
*' Dtngeau, Journal, t. XVI, p. 187; Journal et Mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la Régence et le règne de Louis XV (1715- ^7^7)» ^dit- M. de Lescure, in-8, Paris, i863, t. p. 177.
L'enfant répandait de grosses larmes'*; lorsqu'elles furent séchées, on l'amena sur un balcon et la foule, déjà nombreuse dans la cour du Château, l'acclama longuement^'. A midi, cette foule fut admise à pénétrer dans les appartements et, contenue par un rigoureux service d'ordi^, défila devant la dépouille mortelle jusqu'à huit heures du soir'*. La curiosité, la tristesse ne suffisaient pas à ce public de Parisiens endimanchés, toujours désireux de distractions en sorte que bientôt, dans Versailles, on entendit de tous côtés jouer les violons'\ Les plus sages s'entretenaient des derniers moments du vieux monarque et concluaient : (( Il est mort en chrétien, en Roi et en héros, quoique dans les bras d'un jésuite'*. »
Une foule non moins bruyante s'attachait aux pas du duc d'Orléans, s'entassait dans (( son appartement, plein à n'y pas pouvoir faire tomber une épingle par terre". » Fort de sa longue fidélité, le duc de Saint-Simon pénètre jusque dans le cabinet où le prince est enfermé, lui rappelle que le moment est venu de convoquer les États-Généraux et donner satisfaction aux ducs sur (( l'affaire du bonnet ». Le prince le laisse dire, songeant à autre chose. Il avait mandé le cardinal de Noailles qui se présenta à midi. « Qu'il entre, dit-il en entendant son nom, c'est moi qui Tai fait venir"; » et il l'entretint une heure, le mena chez Louis XV, au milieu d'une sorte de triomphe dont le cardinal paraissait ne pas s'apercevoir". Philippe d'Orléans ne perdait pas un instant. Ayant aperçu le duc d'Antin, il lui donnait rendez-vous pour l'après-midi et lui envoyait dire par le duc de Noailles qu'il le destinait au conseil des finances". Au maréchal de Villars il promettait en deux mots la présidence du conseil de
>* Daugrau, Journal, t. XVI, p. t37 ; Marais, Journal, t. T, p. igb.
*■ .T. Buvat, Journal, t. I, p. 47-
>• Registre do Dr^granges, dans op. cit., t. XXVÏÏ, p. 877; J. Buvat, Journal, t. T, p V;. , T^ . T% J
'^ P. Narbonne, Journal, p. 44, Paul d'Estréc, Le « Pot Pourry » de Menin. Documents inédits, dans Souvenirs et Mémoires, 1900, t. V, p. 298.
»• P Narbonne, Journal, p. 44; Marais, Journal, t. I, p. 190.
»• Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, p. 194.
" Gazette de la Régence, Janvier i7i5-juin 1719» ^ît. E. de Barthélémy, în-ia, Paris, 1887, p. 7.; Marais, Journal, t. I, p. 177; Anthoine, Journ^,
lettre annexée, p. i36. * « . «. c
" Dangeau, Journal, t., XVI, p. 187 et Additions de Samt-Simon, p. 162;
Gazette de la Régence, p. 7; Anthoine, Journal, p. 76. " Mémoires du duc d'Antin, dans Mélanges publiés par la Société des bv
bHophiles français, 1882, t. I, p. laA-
Exposition du cadavre
Prévisions
du duc
d'Orléans
LA CASSATION DU TESTAMENT
la guerre''. Aux ducs réunis chez le duc de la Trémoille il dépêchait le duc de Noailles pour obtenir d'eux qu'ils ne fissent aucun désordre dans la séance du Parlement où devait être dévolue la réorence du royaume'* et, confiant dans l'habileté ou dans l'autorité du néofociateur, il montait en chaise et courait en poste à Paris sans même attendre ses gardes". Après y avoir vu Daguesseau et quelques-uns des principaux membre? du Parlement, il était de retour à Versailles vers neuf heures du soir""*. A peine rentré, il appelait Saint-Simon, qui accourait chez lui avec quelques ducs, et par un (( discours bien doré » leur fît comprendre la nécessité de « n'innover rien le lendemain ». Les ducs étaient atterrés. Ne leur parlait-on pas de « préférer les affaires générales aux leurs ». Saint-Simon éclata : u Mais, Monsieur, dit-il, quand les [affaires] publiques seront réglées, vous vous moquerez de nous et des nôtres. » Le prince protesta, promit, jura, donna sa parole et pas un de ces grands seigneurs, « accoutumés à la servitude » n'osa discuter avec celui dans lequel il croyaient entrevoir l'ombre de Louis XTV. Enfin Saint-Simon arracha la permission d'ouvrir la séance du lendemain par une protestation générale des droits de la pairie".
Cette séance du Parlement, à laquelle se trouvaient convoqués tous les principaux personnages et magistrats du royaume, allait décider d'intérêts si graves que l'attention publique se détournerait des cérémonies exécutées à Versailles pour l'autopsie et la mise au cercueil de Louis XTV dont les restes ne devaient être conduits à Saint-Denis que le 9 septembre".
" Mémoires du maréchal de Vi]lnr«5, odit. â<^ Vo^iV, in-S, Pnn^. iHr)j, t. TV, p. 64.
** Mi^moires de Villars, t. IV, p. 65.
^' Dès k- 3o août, le duc d'Orléans avait fait connaître ses prétentions nii président de Mesme, voir Marais. JonrnnL t. I, p. 17/1-176.
" P. Narbonne, Journal, p. fi\. Depuis nn an, le dnc d'Orléans avait en •Itîs entretiens secrets an Palais-Roynl avec le cardinal do Noailles, le président de Maisons, Dafruessean. Joly de Flenry, MM. de Fortia, Ganmont et Tabbé Pucelle qnî s'introduisaient par des maisons dn voisinafre, voir ÎJi vie de Philippe d'Orléans, petit-fils de France, Béqent du royaume pendant la minorité de Louis XV, par M. L. M. T). M. in-T5. Londres, 7736, t. I, p, 121.
'^ Saînt-Sinion, Mémoirer, t. VIII. p. 106; E. Fvot, L'affaire du bonnet avec deux documents inéditr, dans Mémoires de VAcadémie de Mâcon. looi 3* série, t. VT. p. 211-235.
" Le piocès-vp.rbai dautopsie a été publié par Chéreau, dans VUnion médicale, i8f>2, p. 452; par Corlieu, La mort des rois de France, in-T2, Paris, 1873, p. 117-118; par A. Franklin, La vie privée d'Autrefoit, Les Chirurgiens] în-T2, Paris, TS93, p. 290-501 : par de Grouchy. dans Carnet historique et littéraire, 1800, t. IV, p. i56-i58; par de Boislisle et Lecestre, Mémoires de
Déploiement des forces militaires
Le 2 septembre, entre cinq et six heures du matin, presque Décisions tous les ducs se rencontrèrent au logis de M. de MaiUy, arche- ^^^^p^^^,^^' vêque de Reims, situé au bout du pont Royal; le prélat exposa à l'assemblée ce qui s'était passé dans la soirée de la veille entre le duc d'Orléans et les duc d'Antin, de Sully, de Charost, de Saint-Simon et quelques autres. Le murmure fut grand et la soumission absolue et immédiate. Saint-Simon, que M. d'Orléans avait désigné pour donner lecture de la protestation, la tenait prête, quoiqu'il se défendit, pour la forme". Peut-être essaya-t-il à ce moment l'effet de son projet de discours, dont une copie raturée, corrigée, nous a été conservée'". Cependant le temps pressait et un peu après sept heures, une file de carrosses se dirigea vers le Palais".
Là, dès les premières lueurs du jour, le régiment des gardes françaises s'était, à petit bruit, emparé de toutes les avenues, tandis que les officiers et les soldats d'élite s'infiltraient à Tintérieur . Leur colonel, le duc de Guiche, avait fait payer son concours six cent mille livres et se tenait, en habit d'ordonnance, le bâton de commandement à la main, dans la lanterne basse de la
^alr.t-Sîmon, t. XXVII. p. 3:o. dans le Registre du maître des cérémonies
Desgranges Ce texte diffère de celui conservé par les Anthome, Journal,
p -V-'-S, lequel est également reproduit dans l'ouvrafre susdit, t. XXVTI, p.
381' note 1. TX«sgranges a donné le texte de la plaque du cercueil de plomb,
plaque retrouvée depuis et entrée au musée de Cluny, voir M. Billard, Les
tombeaux des Bois sous la Terreur, in-12, Paris, 1907. n. 5o, pi. : «Ici est
le corp? de Louis XIIII par ia {rrâce de Dieu, roi de France et de Navarre,
décédé en son château de Versailles, le i^^ septembre lyiS ». (a) Sur le
cercueil de cbône une autre inscription, perdue, et un peu plus longue est
ionnéc par Anthoine, op. cit., p. 70- l>sgranges, op. cit., p- 38i-383 et
Anthoinr, op. cit., p. 79-80 ont donné les détails de Vexposition du corps
dan^ la chambre du lit « tendue d'un des plus riches meubles qui fussent à
Versailles v..Lc cercueil et le cœur étaient posés sur le lit de parade. Cette
(c chambre du lit de parade » contiguë à la « chambre du llirône » etaat
la deuxième après le Salon de la guerre. Marais, Journal t. I, p. i^^' i^"
conte que le lit de parade exécuté par oMre de Mme de Montespan offrait le
portrait de cette dame dans le ciel du lit. - (a). I^ texte de Desgranges n est
U tout à fait exact: le voici d'après l'original : Ici est le Corps ^^}omsT^
prarl 1. grâce de Dieu Boy de Franfcc] et de Navarre très Chrestie[nl de-
cédé en son Chasteau de Versailles le premier jour [de] Septembre I7i5.
rtequiescat in pncc.
" Saint-Simon, Mémoirer, 1906, t. VIII, p. iP7-i<)8-
>• A de Boislisle, Projet de discours pour le lit de^ justice du o. septembre ,7i5, dans Annuaire-bulletin de la Société de VHu^toire de France, 1880 p rl5.i28- A de Boislisle dit que les corrections sont de la main du président de Maisons; lequel était mort depuis dix jours (voir ci-dessus, chap. 2«).
" Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, p. i99-
LA CASSATION DU TESTAMENT
Débuts de la séance
du parlemenl
cheminée" Les dehors du Palais par les quais, les deux eôtés, depuis le Pont-Neuf jusqu'au pont Saint-Michel, et au pont au Change étaient occupés par une double haie de gardes françaises, officiers en tête portant le hausse-col. Les magistrats qui aperçurent ce déploiement de forces militaires ne cachèrent pas leur désapprobation. On les apaisa en leur expliquant que la mesure n'était pas prise contre le Parlement, mais pour enlever au duc du Maine, général des troupes suisses, la possibilité et jusqu'à l'idée de faire aucun mouvement". En effet, on avait mis sur pied environ S.ooo hommes ayant chacun plus de dix coups ^ à tirer". Le duc d'Orléans, ménageant l'avenir et la possibilité d'un secours du roi d'Ang^leterre, avait fait placer lord Stair dans une autre lanterne de la Grand'Ghambre".
Convoqués dès le dimanche par billet'*, les magistrats remplissaient la Grand'Chambre vers six heures du matin, les présidents dans les bas sièges. Lorsque l'ordre et le silence furent établis'', le premier président de Mesme annonça une séance importante. Il était instruit du dessein des ducs de soulever des incidents sur l'affaire du bonnet et voulait interroger la Compagnie sur la question de savoir si elle tolérerait qu'on troublât une séance consacrée aux affaires d'État. Un seul membre proposa la dissimulation, tous les autres inspirés et guidés par M. de Novion rendirent arrêt portant que a la voix de ceux des pairs qui ne voudraient pas se découvrir suivant les anciens usages ne seroit pas comptée^' ». Cela fait, les gens du Roi furent mandés. Ils présentèrent une lettre de cachet de Louis XV annonçant la mort de son bisaïeul et invitant la Compagnie à continuer ses fonctions*'. Celle-ci remarqua avec satisfaction le retran-
" Saint-Simon, Mémoires, l. VIII, p. aoi ; Marais, Journal, t. I, p. i83 ; P. Narbonn*, Journal, p. /|5.
" Pr^^sident d'Aligre, Relation de ce qui se passa au Parlement de Paris à la mort de Louis XIV {août et septembre I7i5) dans Revue rétrospective, iS36, 2® série, t. VI, p. 22.
'* Marais, Journal, t. I, p. i83.
•* Saint-Siimon. Mémoires, t. VIIÎ, p. 201 : L. Wîesener, Le Régent, Vahhé Dubois et les Anglais, in-8, Paris, 1891, t. I, p. 48. note 2.
*• Journal' de ce qui s^est passé nu Parlement à la mort du roi Louis X/V, dans Marais, Journal, t. I, p. 157: Alî^re, Relation, p. 7.
'^ A six heures ^t demie, Anthoine, op. cit., p. i4ï.
'• Mardis, Journal, t. I, p. i58; Aliorre, Relation, p. 8, et p. 10 : « M. le premier président avait écrit secrètement et en place à M. le duc d*Orléan^ pour l'avertir, avant son arrivée, df la déliV»ération arrêtée ».
" Alî^re, Relation, p. 8; Marais, Journal, t. I, p. i58; Ce qui se passa au Parlement à la mort de Louir XIV, dans .T. Buvat, Journal, t. I, p. 479 î <^'^t le Procès-verbal de? registres du Parlement. Procès-verbal qui avait été publié
chement d'une formule' qui avait blessé lors de l'avènement de Louis XIV et fit décider l'envoi d'une députation qui saluerait le nouveau roi et l'inviterait à « venir en soa Parlement, se faire voir à ses sujets en son lit de justice*" ». Ensuite, on reçut le duc de La Rochefoucauld qui alla prendre sa place". Puis on délibéra sur les honneurs à rendre au duc d'Orléans et on désigna une députation composée des deux derniers présidents et de deux sous-doyens, un laïc et un ecclésiastique, pour aller à sa
rencontre*^.
Entre huit et neuf heures, les ducs arrivèrent et prirent place Arrivée des sans soulever de difficultés*'. Bientôt parurent les princes arrivés t''""^** de Versailles dans le carrosse du duc d'Orléans**, qui les laissa venir prendre leurs places. C'était M. le Duc, le comte de Gharo lais,' le prince de Conti et les bâtards. « M. du Maine crevoit de joie. Le terme est étrange, mais on ne peut rendre autrement son maintien. L'air riant et satisfait surnageoit à celui d'audace, de confiance, qui perçoient néanmoins, et à la politesse qui seinbloit les combattre. Il saluoit à droite et à gauche, et perçoit chacun de ses regards. Entré dans le parquet de quelques pas, son salut aux présidents eut un air de jubilation..., aux pairs le sérieux..., le respectui. IX, la lenteur, la profondeur de son inclination fut parlante*'. » Pour le comte de Toulouse et le prince de Dombes on y fit peu d'attention*'. A peine assis, la Cour fut avertie que le duc d'Orléans entendait la messe à la Sainte-Chapelle*'. La députation et les princes se rendirent à sa rencontre, les magistrats ayant ordre d'appeler le duc d'Orléans Monsieur, de se couvrir s'il se couvrait et d'encadrer le prince sans souffrir personne entre lui et eux*'. ,
par ïsambtrt, Recueil des anciennes lois françaises, t. XXI, p. 2 suiv. ; voir
aussi Lengîct-Dufresnoy, Mémoires de la Régence, édit. 1749» t. I, p. i45-i9o;
Mercure Historique, reproduit dans Archives curieuses de Vhistoire de France,
par F. Danjou, 2« série, t. XII, p. 451 suiv. ^
*» J. Buvat, Journal, t. I, p. 48o. ' • .0 r c • » c-
*^ Aligrc, Relation, p. 8; Marais, Journal, t. I, p. i58-i59 ; Saint-Simon,
Mémoires, t. VIII, p. i99- , . t t> » i ii
" Aligrc, Relation, p. 9, Marais, Journal, t. I, p. 169 ; J. Buvat, Journal,
" Aligre, Relation, p. 9; Marais, Journal, t. 1, p. 109- ,
** Gazette de la Régence, p. 8 ; P. Narbonne, JournxU, p. 45; Anthome,
Journal, p. 80.
*■ Sdînt-Simon, Mémoires, t. VIII, p. 200.
" Marais, Journal, t. I, p. iSg. *
*' Aligrc., Relation, p. 10; J. Buvat, Journal, t. I, p. 48i ; ReMion de ce qui s'est passé au Parlement lors de la Régence, dans Anthome, op. cit.,
*• KVigTc, Relation, p. 10.
LA CASSATION DU TESTAMENT
Incident des ducs
Discours du
duc
d'Orléans
Comp'Iim-enté par le Trésorier de la Sainte-^hapelk à la tête du Chapiti^''', le duc d'Orléans se livra ensuite à la députation qui l'amena à la Grand'Ghambre vers dix heures*". Le prince traversa le parquet*^ et prit sa place ordinaire à la droite du premier président, les autres princes gagnèrent leurs places. Pendant le mouvement causé par cette entrée, le duc d'Orléans prononça en hâte quelques mots pour calmer l'impatience des ducs, les priant de s'interdire tout ce qui pouvait agiter l'assemblée et ajoutant qu'on verrait plus tard à discuter leurs prétentions. Les plus rapprochés qui purent l'entendre murmurèrent et l'archevêque de Reims, premier pair du royaume se leva, s'avança et présenta au prince une requête en forme de protestation. Le duc d'Orléans, impatienté, l'invita à regagner sa place et à parler à haute voix. Mailly commença sa lecture dans laquelle il expliquait que les ducs ne se relâchaient de leurs droits que pour complaire au prince et ne pas troubler la séance. On entendit une petite voix qui eriait : (( Acte, acte... Oui, nous étions résolus », (sans dire de quoi faire). C'étiit « le petit boudrillon » qui trépignait sur son banc. On le laissa se démener, et le duc d'Orléans expliqua au premier président qu'il avait prié les ducs de ne pas occuper d'eux; de Mesme répondit que rien de oe qui passerait dans c€tle séance ne pourrait préjudicier aux réclamants. Une fois de plus, Saint-Simon bondit, criant de sa voix aigrelette : (( Pour cette fois seulement et sans tirer à conséquence". » Mais personne ne faisait attention à lui.
Le premier président avait pris la parole et, s'adressant au prince, l'assurait, au nom de la Cour du désir de travailler avec lui au service du Roi et de l'État, et protestait d-e sa résolution d'aller (( au devant de tout ce qui pourra prouver le profond respect » qu'elle a pour lui*^ Le duc d'Orléans répondit pour demander qu'on introduisit les gens du Roi; ce qui fut fait'\ lll se fit soudain un si profond silence que le prince parut déconcerté
*' Antlioine, Journal, p. 8o ; Gazette de la Régence, p. 8.
'° Gazette de la Régence, p. 8.
'^ J. Buvat, Journal, t. I, p .481. Toute cette scène rapide est bien racontée dans la Relation à la suite du Journal des Anthoine, p. i42-i43.
'^ \ligre, Relation, p. 11; Marais, Journal, t. I, p. iSg-iGo; Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, p. 200; P. Chéruel, Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV, in-8, Paris, i8G5, p. 90 suiv.
*^ J. Buvat, Journal, t. I, p. 48i ; Lémontey, Histoire de la Régence, i832, t. I, p. 34.
** Aligre, Relation, p. 11; J. Buvat, Journal, t. I, p. 48r.
un instant", /mais il se ressaisit, salua la Compagnie avec un air de majesté"'' et, lisant un papier posé sur son bureau^' :
(( Messieurs, après tous les malheurs qui ont accablé la France, el la perte que nous venons de faire d'un grand Roi, notre unique espérance est en celui que Dieu nous a donné; c'est à lui. Messieurs, que nous devons à présent nos hommages et une fidèle obéissance; c'est moi, comme île premier de ses sujets, qui dois donner l'exemple de cette lidélité inviolable pour sa personne, et d'un attachement encore plus particulier que les autres aux intérêts de son État. Ces sentiments, connus du feu Roi, m'ont attiré sans doute ces discours pleins de bonté qu'il m'a tenus dans les derniers instants de sa vie. Après avoir reçu le viatique, il m'appella et me dit : « Mon neveu, j'ai fait un testament où je vous ai conservé tous les droits que vous donne votre naissance; je vous recommande le Dauphin, servez-le aussi fidèlement que vous m'avez servi, et travaillez à lui conserver son royaume. S'il vient à manquer, vous serez le maître, et la couronne vous appartient. » A ces paroles, il en ajouta d'autres, qui me sont trop avantageuses pour pouvoir les répéter, et iil finit en disant : (( J ai fait les dispositions que j'ai cru les plus sages; mais comme on ne saurait tout prévoir ,s'il y a quelque chose qui ne soit pas bien on le changera. » Ce sont ses propres termes. Je suis donc persuadé, que, suivant les lois du royaume, suivant les exemples de ce qui s'est fait dans de pareilles conjonctures, et suivant (la destination même du feu Roi, la Régence m'appartient : mais je ne serai pas satisfait, si à tant de titres qui se réunissent en ma faveur, vous ne joignez vos suffrages et votre approbation, dont je ne serai pas moins llatté que de la Régence même; je vous demande donc, lorsque vous aurez lu le testament que le feu Roi a déposé entre vos mains, et les codicilles que je vous apporte, de ne point confondre mes différents titres et de délibérer également sur l'un et sur l'autre, c'est-à-dire sur le droit que ma naissance m'a donné, et sur cdlui que le testament pourra y ajouter : je suis persuadé que vous jugerez à propos de commencer par délibérer sur le premier; mais à quelques titres que j'aie droit à la Régence, j'ose vous assurer. Messieurs, que je la mériterai par mon zèle pour le service du Roi, et par mon amour pour le bien public, surtout étant aidé par vos conseils et par vos sages remontrances; je vous les demande par avance, en protestant
" Collection de Fontanieu, dans Lémontey, op. cit.,, t .1, p. 35. " Anthoine, Journal, p. 81 ; J. Buvat, Journal, t. I, p. 48i. ■' Aligre. Relation, p. 11; Marais, Journal, t. I, p. 161.
L'avocat
général
opine
devant cette auguste assemblée que je n'aurai jamais d'autres desseins que de soulager les peuples, de rétablir le bon ordre dans les finances, de retrancher les dépenses superiïues, et d'entretenir la paix au dedans et au dehors du royaume, de rétablir surtout l'union et la tranquillité de l'Église, et de travailler eniin avec toute l'application qui me sera possible à tout ce qui peut rendre un État heureux et florissant. Ce que je demande donc à présent, Messieurs, est que les gens du Roi donnent leurs conclusions sur la proposition que je viens de faire, que Ion délibère, aussitôt que le testament aura été lu, sur les titres que j'ai pour parvenir à la Régence, en commençant par le premier, c'est-à-^dire par celui que je tire de ma naissance et des lois du
royaume^*. » , , . t i i n
Les gens du Roi se levèrent et l'avocat-general, Joly de Fleury prit la parole, fit un grand éloge du prince que ses droits appelaient à la Régence, comme si (( la nature qui l'y a destiné avait pris plaisir à justifier son choix par des qualités éminentes qui l'[enl rendaient digne ». Ses conclusions tendaient à délibérer d'abord sur les droits du duc d'Orléans « suivant l'ordre de la nature )> et ensuite d'après les dispositions du testament*'.
Ceci ayant été arrêté^" , le premier président sortit avec le procureur-général et le greffier en chef*^ gardien des clefs de l'armoire du testament qu'ils rapportèrent du greffe peu d'insUnts^^apres. M de Mesme tira le testament du coffret qui le contenait , présenta l'enveloppe, sans s'en dessaisir^^ au duc d'Orléans, lui faisant remarquer que la suscription était de la main du feu Roi et les cachets sains et entiers^\ Après avoir coupe les lacs de
" J. Buval, JournaU t. 1, p. 48i483.
«» J. Buval, Journal, t. I, p. 483-484; Aligrc, Relation, p. la. T I. X 1 / ♦ T r^ f,R^' AlisTc. Relation, v. 12.
«» j! Buvat,' Journal, t. I, p. 485;' Aligre, Relation, p. 12. " Celaient MM. de Mesme, Dagucsseau el Dongois.
«' A'i-re Relation, p. fa. D'après la Relation à la suite du Journal, des Anthoiue p. i44 : « l'enveloppe s'est trouvée fort gâtée et moisie, le corps du testament fort humide ».
" Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, p. 201. v • • 1 ^ o^.îr.
•* Aligre. Relation, p. 12; Marais, Journal, t. I, p. 161. Voici la description matérielle faite par Gilbert de Voisins, greffier en chef du Parlement : ce Dans le portefeuille se trouve un acte en papier commun [c-à-d. non timbré], compris en quatre feuilles [doubles, soit huit feuillets ou seize pages! dont le derniçr feuillet n'est point écrit, ledit acte finissant au milieu de la quatorzième page, recouvert d'une cinquième feuille de papier blanc lequel paroît avoir été enfermé de toute sa grandeur, sans être plie, en une feuille de papier cachetée de sept cachets du cachet particulier du feu Boi, sur laquelle se trouvent ces mots qui paroissent de la mam du feu Roi . ce Ceci est nostre testoment ». Et au-dessous a Louis ».
LA CASSATION DU TESTAMENT
soie qui retenaient le testament attaché sous le conti-e-^cel de l'édit du mois d'août 1714, la pièce passa de mains en mains, avec le codicille du 26 août que le duc d'Orléans venait de reuiettre, jusqu'aux mains de M. Dreux, conseiller au Parlement", doué d'une voix forte et claire, placé sur un des sièges hauts près de la lanterne de la buvette'*. Après avoir réclamé que Ha discussion de ses droits précédât la lecture, le duc d'Orléans y renonçait, par suite de celte versatilité dont il donnerait bien d'autres exemples. Peut-être s'était-il laissé convaincre dte la raison de convenance pour la mémoiic du feu Roi et la dignité du Parlement de commencer par celte lecture exigée préalablement à tout le reste par l'édit dont M. Dreux fit d'abord la lecture*'. Ensuite on passa au testament*'.
« Cecy est nostre disposition et ordonjnance de dernière vdlonté pour lai tutelle du Dauphin nostre arrière I petit fils et pour le
C'était le père du grand-maître des cérémonies, Thomas Dreux, dont le fils ajouta à son nom celui du marquisat de Brézé.
••^ Saint Simon, Mémoires, t. VIII, p. 201; Aligre, Relation, p. 12; Villars, Mémoires, t. IV, p. 78.
•' Aligre, Relation, p. i3 ; Marais, Journal, t. I, p. 162; Buvat, Journal^ t. I, p. 485.
•' Gazette d*Amsterdam, n° extraordinaire du 27 septembre 1716, n° lxxviii, Dumont, Corps diplomatique, t. VIII, part, i""®, p. 434-438; ce texte a été maintes fois reproduit et avec de grandes inexactitudes. L'original étant perdu on donne ici la copie figurée par Gilbert de Voisins, exécutée après la séance du 2 septembre et conservée aux Arch. nnt., carton K i37 n° i® ; elle a été cionnée dans Saint-Simon, Mémoires, cniit. de Boislisle, t. XXVII, p. 369-372. î>es fautes d'ortographcs ne sauraient être mises au compte de Voysin, le chancelier, d'où il suit que le testament aura été transcrit par Louis XIV lui-même d'après la minute du chancelier. La date du premier codicille a b^^aucoup varie, on peut s'en tenir à celle de la copie figurée : i3* avril, que confirme le procès-verbal de la séance du Parlement du 2 septembre (Arch. nat. X^a 843 i, fol. 4o4 v°) où on lit : treizième avril. Ce codicille rédigé depuis quatre mois et demi était resté entre les mains du chancelier qui le donna au duc d'Orléans lequel l'apporta à la séance du 2 septembre dans une enveloppe cachetée. Le second codicille est datée (en chiffres) du 23 août ; nous avons dit dans les chapitres précédents qu'il fut tracé non le 23 mais le 25, a sur la quatrième page d'un codicille [celui du i3 avril] qu'il avoit fait et dont les trois premières étoient remplies )> (Dangeau). Le greffier remarque que l'écriture du second codicille est tremblante, les fautes abondent, il y a des mots illisibles. Or, le 25 août, le Boi venait de perdre le sens un moment, ceci^ explique assez qu'il ait écrit 23 pour 26, ou bien le 3 fut si douteux que Gilbert, de Voisins et de Mesme 'Vont pris pour un 5. Marais, Journal, t. I, p. 162, dit que le testament tient « sept ou huit pages de la propre main du Boi et assez mal écrites ». La Relation à la suite du Journal des Anthoine, p. i44, dit que a le corps du testament [est] signé Louis sans être écrit de la main du Boy », et dit que le deuxième codicille est signé du 25 août.
Testament du Koi
[page i]
tA CASSATION DU TESTAMENT
ioô
Conseil de régence) que nous voulons estre estably aprez( nosUe decez pendant la minorité du Roy.|
(( Gomme par la miséricorde inlini€ | de dieu la guerre qui a pendant I plusieurs annœs agité nostrel royaume avec des csvenremens | différents et qui nous ont laissé | de justes inquiestudes est heureu [ sèment terminée nous n'avons | présentement rien pllus à cœurj que de procurer à nos peuples kl soulagement que le temps del guerre ne nous a pas permis de leurl donner les mettre en estât de jouir | longtemps des fruits de la paix et | esloigner tout ce qui pourroit tiou|bler leur tranquillité nous croyons I dans cette veue devoir est^ndre [ nos soins parternels a prévoir^ et prévenir autant qu'il despend \ de nous les maux dont nostre [Paoe 2] royaume pourroit estre troublé || si par- l'ordre de la divine providence ( notre decez arrive avant que lel Dauphin nostre arriei^e petit lils| qui est lesritier presomtif del nostre couronne ait atteint saj quatorziesme année qui esti laage de sa majorité. I
(( C'est ce qui nous engage a pour | voir a la tutelle a leducation] de sa personne et a former pendanti sa minorité un conseil de legence | capable par sa prudence sa pro | bité et la grande expérience [ de ceux que nous choisissons ] pour le composer de conserver [ le bon ordre dans le gouverne | ment de lestât et maintenir I nos sujets dans l'obéissance qu'ils [ doivent au roy mineur. (( Ce conseil de rcjence sera composé | du duc doilleans chef du conseil du| duc de bourbon quand il aura vingt| quatre ans accomplis du duc du| maine du comte de touHouse du chance 1 lier de france du chef du Conseil I royaf' des mareschaux de Villeroyl de viilar duxelles de tallart et dharcourtl des quatre &ecréta'ires dcstat et du contrôleur gênerai des finances. | [Feuillet 2 « Nous les avons choisis par la connoi 1 ssance que nous avons page 3] ' j^. leui. I capacité de leurs talens et du I fidelle attachement quils ont 1 toujours eu pour nostre personne [ et que nous sommes ][ ersuadés | qu'ils auront de mesme pour le roy | mineur. |
« Voulons que lia personne du Roy I mineur soit sous la tutelle el garde ] du conseil de régense mais comme | il est nécessaire que sous l'autorité [ de oe conseil quelque personne dun [ mérite universellement reconnu ) et distinguée par son rang soit [ particulièrement chargée de 1 veiller à la sûreté conservation | et éducation du roy mineur nous | nommons le duc du maine pour 1 avoir cette autorité et remplir cette | importante fonction du jour 1 de notre decez nous nommons 1 aussy pour gouver-
«» C*«'Uit le duc de Beauvilliers qui mourut quatre jours après le dépôt du testitiucnt.
iieur du roy | mineur sous l'autorité du duc | du maine le mares-
chal de villeroy | qui par sa bonne conduitte sa | probité et ses
tallens nous a paru || paru mériter destre honoré de cette | mar- [Page 4»]
que de nostre estime et de nostre | confiance, nous sommes
persuadés | que pour tout ce qui aura rapport | a la personne
et a leducation du | roy mineur le duc du maine et Ile | mares-
chall de Villeroy gouverneur | animés tous deux par un mesme
esprit agiront avec un parfait [ concert et qu'ils nobmettronf
lien pour luy inspirer les | sentimens de vertu de religion
et de grandeur dame que nous 1 souhaitions qu'il conserve toutte
la vie. voulons que tous les officiel^ ) de la garde et de la maison
du roy | soient tenus de reconnoistre le | duc du maine et de
lui obéir en tout ) ce quil leur ordonnera pour le fait | de leur
charge qui aura raport | à la personne du roy mineur a sa ( garde
et a ea sûreté. |
à manquer avant nostre nous nomons à la place
« au cas que le duc du maine vienne decez | ou pendant la minorité du roy le comte | de toulouse pour avoir la mesme |) auctorité et remplir les mesmes fonc | tions,
« pareilllement si le mai^schal de | Villeroy decede avant nous ou I pendant la minorité du roy | nous nommons pour gouverneur I à sa place le mareschal dharcourt. |
<( Voulons que touttes les affaires qui | doivent estre desidées par lauctori | té du roy sans aucune exception | ni reserve soit quelles consernent | la guerre ou la paix la disposition | et administration des finances ( ou quill sagisse du choix des | personnes qui doivent remplir les archeveschés éveschés abbaies | et autre bénéfices dont la nomi (nation doit appartenir au roy ) mineur la nomination aux | charges de la couronne aux | charges de secrétaires destat à | celles de contrôleur gênerai des | finances a touttes celles des officiers ) de guerre tant des troupes de terre J-que officiers de marine et galères | aux offices de judicature tant || des Cours supérieurs qu'autres a ) celles de finances aux charges de goujverneurs et lieutenants généraux pour I le roy dans les provinces et celles des ) estats majors des places fortes tant ( des frontières que des provinces du | dedans du royaume aux charges | de la maison du roy sans distinction I des grandes et petites qui sont à | la nomination du roy et générale | ment pour toutes Iles charges com ) hiissions et emplois auxquels le ( roy doit nommer soient proposées \ et délibérées au conseil de la régence | et que les resolutions y soient | prises a la pluralité des siïf rages | sans que le duc dorleans chef du| conseil puisse seul et par son | auctorité particulière rien deter-
Feuillet 3 pige 5»]
[Page 6«]
[Feuillet 4 page 1]
mi|ner statuer et ordonner et faire ] expédier aucun ordre au nom du | roy mineur autrement que sui ) vant l'advis du conseil
de la regen | ce. [
(( s'il arrive qu'il y ait sur quelques | affaires diversité de senti mens Il dans le conseil de la régence ceux qui | y assisteront seront obligés de se reunir |a deux advis et celuy du plus grand | nombre prévaudra toujours mais | sil se trouvoit quil y eust pour \ les deux advis nombre esgal de j sufrages en ce cas seullement ladvis [ du duc dorleans comme chef du | conseil prévaudra. I
« Lorsquil sagira de nommer aux bénéfices ( le confesseur du roy entrera au conseil | de régence pour y présenter le mémoire ] des bénéfices vacans et proposer les 1 personnes qu'il verra capables de les I remplir, seront aussi admis au mesme [ conseil extraordinairement lorsquil | sagira de la nomination aux bénéfices] deux archevesques ou evesques de ceux j qui se trouveront à la cour et qui | seront advertis par lordre du conseil | de régence pour sy trouver et ] donner leur advis sur le choix des | sujets
qui seront proposés. ]
(( le conseil de régence sassemblera | quatre ou cinq jours de la semaine ] le matin dans lia chambre ou cabinet ) de laparlement du roy mineur et ( aussitost que le roy aura dix ans accomplis Il il pourra y assister quand il voudra | non pour ordonner et décider mais | pour entendre et pour prendre les premi ) ères connoissances des affaires. | en cas dabsenoe ou empeschement du I duc dorleans celuy qui se trouvera | estre le premier par son rang tiendra ] le conseil afin que le cours des affaires | ne soit pas interrompu et sill y a partage | de voix la sienne prévaudra.
« Il sera tenu registre par le plus ancien | des secrétaires destat qui se trouveront | presens au conseil de tout ce qui aura | esté délibéré et résolu pour estre | ensuitte les expéditions faittes au I nom du roy mineur par ceux qui | en sont chargés.
(( Si avant qu'il pllaise à dieu nous appeler | à luy quelquun de^ ceux que nous avons | nommé pour remplir le conseil de la [ régence décède ou se trouve hors destat | dy entrer nous nous reservons de I pouvoir nommer une autre personne | pour remplir la place et nous le ferons ( par un escrit qui sera entièrement | de nostre main et qui ne paroislra ( pareillement qu'après nostre deces | et si nous ne nommons personne || le nombre de ceux pa"ge V] qui devront, composer | le conseil de la régence demeurera réduit I a ceux qui se trouveront vivans au jour ) de nostre mort, j « 11 ne sera fait aucun changement au 1 conseil de la regenoe
[Page 8-]
-itf*»^
LA CASSATION DU TESTAMENT
tant que durera | la minorité du roy et si pendant le temps | de cette minorité quelquun de ceux que nous | y avons nommé vient à manquer la | place vacquante pourra estre remplacée | par îo choix et délibération du conseil | de la régence sans que lie nombre de | ceux qui doivent le composer tel | quil aura esté au jour de nostre deces | puisse estre augmenté et le cas arrivant j que plusieurs de ceux qui le composent | ne puissent pas y assister par maladie | ou autre empeschement il faudra | toujours quil sy trouvent au moins I le nombre de sept de ceux qui sont | nommés pour le composer afin que ( les délibérations qui y auront esté | prises ayant leur entière force et | autorité et à cet effet dans tous les | edits déclarations lettres patentes pro | visions et actes qui doivent estre | délibérés au conseil de régence et I qui seront expédiées pendant la || minorité il sera fait mention expresse | du nom des personnes qui auront ] assisté au conseil dans lequel les | edits déclarations lettres patentes et | autres expéditions auront esté résolus. | notre principale aplication pendant | la durée de nostre règne a toujours esté ] de conserver dans nostre royaume la | pureté de la religion catolique | romaine en esloigner toute sorte | de nouveauté et nous avons fait tous I nos efforts pour reunir à l'église ceux | qui en estoient séparés nostre intention | est que le conseil de la régence s'a j tache à mintenir les lois et règle | mens que nous avons fait à ce I sujet et nous exhortons le dauphin | nostre arrière petit fils lorsqu'il sera en aage de gouverner par luy j mesme de ne jamais soufrir | quil y soit donné atteinte comme | aussy de maintenir avec la mesme | fermeté les edits que nous avons | fait contre les duels regardant | ces loix sur le fait de la religion ] et sur le fait des duels comme les plus nécessaires et les plus || utilles pour attirer la bénédiction de | dieu sur nostre postérité et nostre | royaume et pour la conservation | de la noblesse qui en fait la principal. le force. |
« Notre intention est que les dispo|sitions contenues dans nostre | edict du mois de juillet dernier en | faveur du duc du maine et du comte | de Toulouse et'" leurs descendants ait | pour toujours leur entière exécution | sans qu'en aucun temps il puisse ] estre donné atteinte à ce que nous | avons déclaré estre
en cela de nostre | volonté. |
que nous avons fait dans poinf qui soit plus utille
à l'état I que oeluy de l'Hostel royal des | invallides il est bien
« Entre les différents establissemefis le I cours de nostre règne il n'y en a
[Page 10]
[Feuille 6" page 11]
^" de effacé ici.
LA CASSATION DU TESTAMENT
juste que ] les soldats qui par les blessures | quils ont reçus à la guerre où par | leurs longs services et leur âàge \ sont hors destat de travailler et [ gaigner leur vie aient une | subsistance [Page \-2\ astsurée pour le reste | de leurs jours plusieurs officiers I qui sont dénués des biens de la | fortune y trouvent aussy une retraitte honorables touttes | sortes de motifs doivent engager le dauphin et tous les roys nos suecesseurs à soutenir cet establis I sèment et luy accorder une protec | tion particulière nous les y I exhortons autant qu'il est en | nostre pouvoir. |
« La fondation que nous avons | jfaitte dune maison a St-Cir pour I l'éducation de deux cent cinquante | demoiselles donnera perpétuelle | ment a ladvenir aux roys nos successeurs un moyen de faire des ( grâces a plusieurs famillles de la | noblesse du royaume qui se trouvant | chargées d'enfans avec peu de bien | auroient le regret de ne pouvoir | pas fournir à la dépense nécessaire I pour leur donner une éducation | convenable a leur naissance nous | voulons que si de nostre vivant | les cinquante [Page 13] lïiil livres de |1 revenu en fons de terre que nous ) avons donné pour la fondation ( ne sont pas entièrement remplis | il soit fait des acquisitions le plus | promptement quil se pourra après [ Rostre deces pour fournir a ce qu'il en | manquera et que les autres sommes | que nous avons assignée a cette | maison sur nos domaines et receptes | generalles tant pour augmentation | de fondation que pour doter les | demoiselles qui sortent a laage de I vingt ans soient regullierement | payées en sorte quen nul cas ny ( sous quelque prétexte que ce soit | notre fondation ne puisse estre | diminuée et qu'il ne soit donné | aucune atteinte a lunion qui y a | esté faitte de la mansc abbatiale | de labbaie de St dénis eomme aussi | quil ne soit rien changé aux ( reglemens que nou« avons jugé ( a propos de faire pour le gouver | nement de la r aison ot pour ] la quallité des preuves qui [ doivent estre faittes par les demoiselles | qui obtiennent des places dans la | maison. |
« Nous navons dautre veue dans | touttes les disposîtîons de
' nostre présent testament que le bien de | nostre estât et de nos
sujets nous prions dieu quil bénisse nos | tre postérité et quil
nous fasse | la grâce de faire un assez bon | usage du reste de
nostre vie pour ] effacer nos peschés et obtenir | sa miséricorde.
<( Fart a marly le deuxième d'oust | dix sept cens quatorze.
Louis.
A cette lecture la surprise de l'auditoire allait grandissant jusqu'à la stupéfaction. De son banc, le duc de Ssipt-SjfpQP
observait, dévisageait chacun. <( Je remarquai, dit-il, un morne et une sorte d'indignation qui se peignit sur tous les visages, à mesure que la lecture avançait et qui se tourna en une sorte de fermentation muette^ \ » On peut l'en croire puisque un témoin oculaire anonyme écrivant le lendemain de l'événement assure que « pendant qu'on iisoit, il s'éleva un bruit sourd. Mais le Premier Président, qui est du parti du duc du Maine, dit : « 11 faut-écouter car ce testament est notre loi, après l'arrêt que nous avons ix^ndu par lequel nous promettons de l'exécuter. » Il s'éleva sur le champ un murmure universel qui démonta le Premier Président''. » Soit fatigue soit émotion, Dreux quitta sa place que vint occuper l'abbé Mcnguy, conseiller-clerc, pour procéder à la lecture des codiciiles'^ que le duc d'Oiiléans venait de tirer de sa poche et de remettre au Premier Président'*.
Sur une feuille de papier de même grandeur que le testament, pliée en quatre et insérée dans une enveloppe non cachetée on iisait un écrit de trois pages, avec une addition de trois lignes et demie à la quatrième page. L'abbé Menguy lut :
.(( Codicille. |
« Par mon testament déposé au [ parlement j'ay nommé le ] mareschal de Villeroy pour | gouverneur du dauphin et | jay marqué quellle devoit | estre son autorité et ses | fonctions. |
(( Mon' intention est que du [ moment de mon deces jusques | a ce que louverture de mon | testament ait esté faitte il | ait toutte lauctorité sur les | officiers de la maison du ] jeune roy et sur les troupes 1 qui la composent il ordonne] ra aux dittes troupes aussy I tost après ma mort de se rendre au | lieu ou sera le jeune roy I pour le mener a vincennes | lair y estant très bon | le jeune roy allant a vincennes | passera par paris et ira au | parlement pour y estre fait | ouverture de mon testament || en sa présence et des princes | des pairs et autres qui ont droit | et qui voudront sy trouver ( dans la marche et pour la | séance du jeune roy au parle | ment le mareschal de Villeroy | donnera tous les ordres pour I que les gardes du corps les gardes françoises et suisst^
" Saint-Simon. Mémoires, t. VIIT p. 2ot.
" TMatinn à la suite du Journal dos Anthoîne, p. i37 ; Marais, JournaU
'» Saînt-Sînion, Mémoires, t. VIII, p. 201.
^* Buvat, Journal t. I, p. 485; Aliprre, Relation, ç. i4; Marais, Journal, l. I, p. 162, 179; Saint-Simon, Additionf: au Jourrml de Dangeau, t. XVI, p. i64, écrit par erreur que le « codicille avoit été mis en même lieu [que le testament] après qu'il eut été fait ». Non ; il resta à la garde de Voysin qui l'exploita comme on a dit plus haut.
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Codicilles
[Page 1]
[Page 2«]
.A^jb.
prennent | les postes dans les rues et au ) palais que Ion a accoutumés I de pi^ndre loi^que ks rois vont | au parlement en sorte que tout I se face aver la sûreté et la | dignité convenable.
« Après que mon testament ( aura esté ouvert et leu le | mareschal de Villeroy men | nera le jeune roy avec sa | maison à vincennes ou il demeurera tant que le | conseil de régence le jugera [ a propos. 1 [Page 3'] (( Le marescha'l de Villeroy aura j le titre de gouverneur suivant I ce qui est porté par mon testa | ment aura l'œil" ] sur la conduite du jeune | roy quoyquil noust pas encore | sept ans
duchesse de vantoujours gouver-
jusques auquel j aage de sept ans accomplis la
tadour demeu | rera ainsi quil est accoustumé
nante et chargée | des mesmes soins quelle a prise ) jusques a
présent. |
(( Je nomme pour sous gouver | neurs Sommery qui la déjà esté du dauphin mon petit fils | et geofreville lieutenant | gênerai de mes armées au | surplus je confirme tout ) ce qui est dans mon testament [ que je veux estre exécuté en | tout ce qu'il contient. Fait | a Versailles le iS*"® avril 17 15; |
Louis.
Au revers de ce feuillet, d'une main tremblante « qui cependant paroît toujours la même" », ce qui suit :
« Je nome pour preseur preœpter du dauphin | le s' de fleuri y encien evesque^^ de | fregeous et pour confesseur le père le tellier". ]
u Ce 23 août 1715
Louis
Louis
La Régence
A ces derniers mots, le duc d'Orléans joua la surprise et dit de *audur* façon à être entendu : « Il m'a trompé*". » Le duc du Maine d'Orléans promenait ses regards sur l'as&emblée tout entière", son ad ver-
^* Sar l'enveloppe du codicille on lisait : « Addition à mon tostament ».
^' D'après une note de la copie figurée de Gilbert de Voisins, avant el après ce mot, il y a un autre mot biffé dans l'original.
^^ Avant ce mot il y a dei^es, biffé.
" Ces quatre mots ont été écrits en dessous de la ligne et sous d'autres mots biffés.
'• D'après une note de la copie, cette seconde signature est placée dans l'original soui- k'S mots le père le tellier et paraît avoir été destinée à en faire l'approbation.
'" Marais, Journaly t. I, p. 180.
■* Saint-Simon, Mémoires^ t. Vin, p. 202.
LA CASSATION DU TESTAMENT
saire prit la parolle, dit que malgié le respect qu'il avait toujours eu pour les volontés du feu Roi, et qu'il conserverait pour ses dernières dispositions, il ne pouvait pas n'être pas touché de voir qu'on refusait le titre qui lui était dû par droit de naissance et que les derniers adieux du Roi semblaient reconnaître.* La Compagnie ayant statué une double discussion sur ses droits; ï\ insistait pour qu'elle opinât sur la Régence avant qu'il présentât ses observations sur les clauses du testament".
L'avocat-général entama un assez long discours dans lequel il soutenait la nécessité de « s'attacher plutôt à l'esprit qu'à Ha lettre du testament » et, après avoir énuméré des précédents historiques, concluait que « la Cour n'avoit pas besoin du témoignage éclatant » de la capacité du prince, de ses sages dispositions et de ses désirs connus de procurer le bien du royaume, de son zèle pour la paix de l'Église, de sa confiance dans les lumières, les avis et remontrances du Parlement; ce qu'il venait de dire à ce sujet n'ajoutait rien « à ce que toute la France avoit lieu de se promettre de la droiture de ses intentions ». En conséquence, il requérait « qu'il pllût à la Cour déclarer M. le duc d'Orléans Régent en France, pour avoir en cette qualité l'administration des affaires du royaume pendant la minorité du Roi, sauf à délibérer ensuite sur les autres propositions qui pourroient être faites par M. le duc d'Orléans". » Là dessus les gens du Roi se retirèrent du parquet" et la délibération fut ouverte, mais les têtes bouillantes des enquêtes ne souffrirent même pas qu'on recueillît les voix dans la forme accoutumée et la Régence fut déférée au prince par acclamation". Celui-ci semblait souhaiter que ll'arrêt fût prononcé sur le champ; le Premier Président
IVoclamatioQ du Kégeot
•^ J. Buvat, Journal, t. I, p. ii86 ; Marais, Journal, t. I, p. 164 ; Aligre, lielation, p. i4-i5; Relation à la suite du Journal des Anlhoine, p. i46. Il y a moins à prendre qu'à laisser dans un travail de J.-C. Barbier. Le testament de Lcuis XIV, dans L'Investigateur, Journal de Ui Société des Études' historiques, 1876, t. XLI, p. i39-i56. Le Journxil de Narbonne dit, p. 46, que « le testament du feu Boi fut anéanti sans avoir été ouvert » et donne ce détail : « On opina. L'avis du président Boullanger et de quelques autres fut de lire \t testament pour en connaître les dispositions et d'en envoyer des copies collation nées aux autres Parlements pour avoir leur opinion avant d'admettre M. le duc d'Orléans à la régence. Ces sages avis ne furent point écoutés... Le Parlement qui avait été emmiellé... »
" Bijval, Journal, t. I, p. 486-488; Marais, Jourml, t. I, p. i64; ReMion à la s'.îte du Journal des Anthoine, p. i4^.
•* Biivat, Journal, t. I, p. 488.
" Relatir.n à la suite du Journal des Anthoine, p. i46; Lémontey, op. cit.,
Discours de ce prince
lui remontra qu'il ne le serait qu'au lit de justice mais, jusquelà, demeurait immuable".
Les gens du Roi reparurent et le Régent engagea le fer. Promenant son regard sur tous les bancs, il se découvrit, se recouvrit, dit un mot de louange et de regret du feu Roi. Élevant le ton, il approuva tout ce qui concernait l'éducation du jeune Roi, quant aux personnes, et s'aseocia à l'éloge sur l'utilité et la beauté de Saint-Cyr. Mais le titre de Régent lui suggérait des observations sur lui-même et sur les princes. Le conseil de régence imaginé par le testament semblait destiné à un prince expérimenté dans l'art de régner; tel n'était pas son eas particulier, il avait besoin de lumières et au lieu de décider d'après lie rapport des ministres il se proposait d'établir plusieurs conseils chargés de soumettre, après discussion, les matières au Conseil de régence où l'on pourrait peut-être appeler quelques membres de ces conseils particuliers. Ce projet a\ait été conçu par le duc de Rourgogne et le feu Roi semblait l'adopter par rapport à la distribution des bénéfices; lorsqu'il l'aurait mûri, le Régent ne manquerait pas de le soumettre aux lumières de la Compagnie. Ensuite, il demandait l'admission immédiate dans le conseil de régence de M. le Duc, qui n'y devait siéger qu'à vingt-quatre ans, et en avait vingt-trois; ce qui lui vaudrait la présidence du conseil en l'absence du Régent. Quant au prince de Conti, un oubli seul pouvait l'avoir fait omettre sur la liste des membres du conseil, et il fallait réparer cet oubli.
Ayant ainsi caressé les bienveillances douteuses, le Régent ee tourna vers le duc du Maine. Il allait, dit-ill, parler séparément du testament et du codicille, qu'il avait peine à concilier avec les paroles et les actes du feu Roi, renvoyant vers lui ses ministres pendant les derniers moments de sa vie pour prendre ses ordres. Ceci montrait assez qu'ill n'avait pas compris les dispositions qu'on lui avait arrachées. « Le conseil de régence est, dit-il, choisi à l'avance, je n'ai aucune autorité; cette atteinte portée au droit de ma naissance, à mes sentiments d'attachement pour la personne du Roi, à mon amour, à ma fidélité pour l'État, est incompatible avec la conservation de mon honneur. J'ai lieu d'espérer assez de l'estime de toutes les personnes ici présentes que ma régence sera déclarée telle qu'elle doit être, c'est-à-dire entière, indépendante, avec la faculté de désigner les personnes dont
•• M.rais, Journal, t. I, p. i64, i8i. Madame, Corespondance, édit. 6. Brunf?t, l. l, p. |88, Pf tint la régence de son fils pour a chose «ûre «t certaine » qu'après le lit de justice.
LA CASSATION DU TESTAMENT
iir
j'aurai à prendre les avis. Je suis loin de disputer au conseil le droit de délibérer sur les affaires; mais si je dois le composer de personnes ayant l'approbation publique, ill faut qu'elles aient aussi ma confiance. <( L'éducation du Roi, ajouta-t-il, est remise en bonnes mains, celles du duc du Maine, mais un Régent ne peut consentir à déférer à personne le commandement des troupes de la maison du Roi que les nécessités de la défense du royaume peuvent l'obliger à mettre en mouvement; de plus le grand-maître de la maison du Roi ne devait pas se trouver dans la dépendance du duc du Maine". »
Le duc du Maine se leva. Comme ill se découvrait, le Régent avança la tête par-devant M. le Duc et lui dit d'un ton sec : « Monsieur, vous parlerez à votre toiir. » Interloqué, le bâtard vit M. le Duc se lever et appuyer la demande du Régent; il ne doutait pas qu'on le laisserait dans le Conseil avec la qualité de Chef du Conseil, quant à sa charge de grand-maître il entendait n'être pas subordonné au duc du Maine".
Celui-ci put enfin prendre la parole et se mit en devoir de donner lecture d'un « grand papier qui avoit trois pages écrites infolio". » Il dit en substance qu'il sacrifierait toujours ses intérêts pour le bien de l'État, que prévoyant He trouble qui pourrait naître à l'occasion des droits que le testament lui attribuait, il avait pris la liberté de le représenter au feu Roi lorsque celui-ci lui en donna une notion peu de jours avant sa mort, mais Ix)uis XIV avait répliqué qu'il voulait être obéi. Au surplus, il suppliait la Compagnie de vouloir faire im règlement sur les prérogatives à lui attribuées afin qu'il n'eut pas que la vaine apparence d'une fonction aussi importante que celle de la garde du jeune Roi sans les moyens convenables pour l'assurer".
Joly de Fleury, voyant l'aigreur qui se mêlait à la discussion, cooHusions dit que les propositions et les demandes des princes paraissaient ':^[\l%'^'' d'une si haute importance que les gens du Roi demandaient à se retirer quelques moments du parquet pour en délibérer et qu'ils prendraient leurs condlusions après avoir examiné le testament, le codicille et les propositions des princes. On leur remit le testament et les codicilles et ils prolongèrent leur discussion pen-
Paroles
du duc
du Maine
i] if
" BuvBt, Journal t. I, p. 488-/ioo ; Marais JourrmL t. I, p. i64-i66; \'i?re, Belation, p. i5.i6; Saînt-Simon, Mémoires, t. VIII, p. 202.
" Buval, JournaU t. I, v^OO', Marais, Journal, t. J, p. 166; BeMion à la suite du Journal dos Anthoine, p. làl ', Aligre, Relation, p. 17.
** Marais, Journal, t. L p- 166.
•» Puvfit, iqup^9l ^ h P- 499-49?; ndaiion ^ Ja su»t^ 4h JQHTm ^e» Anthoine, p. ï47-t48.
Le Régent
attaque les
codicilles
dant une heure après laqudlle ils reparurent et présentèrent leurs conclusions favorables à l'entrée de M. le Duc au Conseil! de régence, en qualité de Chef du Conseil sous l'autorité du Régent. Pour l'établissement des conseils, le choix des personnes qui 'les composeraient, l'éducation du Roi et le commandement des troupes on proposait d'en remettre la discussion à une deuxième séance qui serait tenue l'après-midi ou le lendemain''. Sur quoi, M. le Duc fut nommé par acclamation Chef du Conseil de régence" et le Régent demanda au Premier Président si une deuxième séance n'interromprait pas quelque affaire et à quelle heure le Parlement pouvait se réunir de nouveau? M. de Mesme répondit qu'il ny avait pas d'affaire qui ne dût céder à celle qui se traitait et que, pour l'heure, le prince en serait le seul maître. Le Régent fixa trois heures et demie'\
L'acclamation avait été telle que Ile duc du Maine gardait le silence. Son adversaire comprit qu'il se réservait pour soutenir le codicille, dont la conservation eut annulé tout ce que luimême venait d'obtenir. Avant de lever la séance et après quelques minutes de silence il reprit la parole. (( Les clauses du testament, dit-il, ont paru si étranges aux personnes qui Iles avoient suggérées que, pour se rassurer elles-mêmes, elles ont vouHu devenir les maîtres de la personne du Roi, du Régent, de la Cour et de Paris. Si la Compagnie a senti combien mon honneur étoit blessé par les dispositions du testament, il est impossible qu'ellle n'apprécie pas a quel point toutes les lois et toutes les règles sont violées par les dispositions des codicilles. IHs ne laissent en sûreté ni ma liberté ni ma vie. Ils mettent le Roi dans la dépendance absolue de ceux qui ont osé profiter de la faiblesse d'un roi mourant. La régence est impossible à de telllos conditions et la sagesse de la Compagnie ne peut admettre la validité de codicilles qui jetteroient la France dans les plus grands malheurs. »
Le duc du Maine avait passé par toutes les couleurs; ill prit la parole et soutint que la charge de l'éducation et de la garde du Roi entraînait l'entière autorité sur sa maison civile et militaire sous peine de ne pouvoir répondre du service et de la personne même du monarque. Son attachement, si connu du feu Roî, lui avait valu cette marque de confîanee... Le Régent interrompit,
»i B'ivat, Journal, t .1, p. 4oiA^^; Marais, Journal, t. I, p. 166-167;
î^elation à la suite du Journal dca Anthoinc, p. 1/18; Aligro, Belatîon, p. 16.
®^ Relation à la suite du Journal des Anthoinc, p. liiS; Buvat, Journal,
t. I, p. hçiZ,
" Marais, Journal, t. I, p. 167; Buvat, Journal, t. I, p. Iio^-figk; Aligrc, H lation h la suite du Journal des Anthoine, p. i48.
LA CASSATION DU TESTAMENT
entre le
Régent
et le duc
du Maine
M. du Maine se jeta dans les louanges du maréchal de Villeroy, son adjoint et qui avait joui de la même confiance. Le Régent répliqua qu' « il seroit étrange que la première et la plus entière confiance ne fût pas en lui, et pllus encore qu'il ne pût vivre auprès du Roi que sous l'autorité et la protection de ceux qui se seroient rendus les maîtres absolus du dedans et du dehors, et de Paris même par les régiments des gardes. »
La dispute s'échauffait, se morcelait par phrases coupées de Altercation l'un à l'autre, raconte Saint-Simon'*, lorsque en peine de la fin d'une altercation qui devenoit indécente et cédant à l'ouverture que le duc de la Force venoit de me faire par-devant le duc de La Rochefoucauld qui siégeoit entre nous deux, je fis signe de la main à M. le duc d'Orléans de sortir et d'aller achever cette discussion dans la quatrième des enquêtes'^ qui a une porte de communication dans la Grand'Ghambre, et où il n'y avoit personne... Il avoit la vue basse. Ill étoit tout entier à attaquer et à répondre, en sorte qu'il ne vit point le signe que je lui faisois. Quelques moments après je redoublai, et n'en ayant pas eu plus de succès, je me levai et m'avançai quelques pas, et lui dis, quoique d'assez loin : <( Monsieur, si vous passiez dans la quatrième des enquêtes, avec M. du Maine, vous y parleriez plus commodément, » et m'avançant au même instant davantage, je l'en pressai par un signe de la main et des yeux qu'il put distinguer. Il m'en rendit un de la tête, et à peine fus-je rassis que je le vis s'avancer pardevant M. le duc à M. du Maine; et aussitôt après tous deux se levèrent et s'en aillèrent dans la quatrième des enquêtes. Je ne pus voir qui, de ce qui étoit épai^ hors de la séance, les y suivit^*^, car toute la séance se leva à leur sortie, et se rassit en même temps sans bouger ,et tout en grand silence. Quelque temps après M. le Comte de Toulouse sortit de pllace et alla dans cette chambre. M. le Duc l'y suivit un peu après. Au bout de quelques temps le duc de La Force en fit autant.
<( Il y fut assez peu. Revenant en séance, il dépassa le duc de Rochefoucauld et moi, mit sa tête entre cellle du duc de Sully et la mienne..* et me dit : « Au nom de Dieu, allez-vous en làdedans, cela va fort mal. M. le duc d'Orléans mollit, rompez lia dispute, faites rentrer M. le duc d'Orléans; et dès qu'il sera en place, qu'il dise qu'il est trop tard pour achever, qu'il faut laisser
•* Sr.'iU-Sîmon, Mémoires, t. VTII, p. 2o3-2o5 ; Saint-Simon, Additions au Journal de Dangeau, t. XVI, p. i64.
•* Dans les Additions, il écrit deux fois : la f^emière des enquêti'S. •• Nous verrons que les gens du Roi s'y trouvèrent.
*iS
la Compagnie aller dîner, et revenir aehever au sortir de table; et pendant cet intervalle, ajouta La Force, mander les gens du Roi au Palais-Royal, et faire parler aux pairs dont on pourroit douter, et aux chefs de meute parmi les magistrats.
« L'avis nie parut bon et important. Je sortis de séance et allai à la quatrième des enquêtes. Je trouvai un grand cercle assez fourni de spectateurs. M. le comte de Toulouse vers l'entrée en avant, mais collé à ce cercle, M. le duc vei's le milieu en même situation, tous assez éloignés de la cheminée, devant laquellle M. le duc d'Orléans et le duc du Maine étoient seuls, disputant d'action à voix basse, avec l'air foi:t allumé tous deux. Je considérai quelques moments ce spectacle, puis je m'approchai de la cheminée, en homme qui voudroit parler.
— (( Qu'y a-t-il, monsieur .î> me dit M. le duc d'Orléans d'un air vif d'impatience.
— <( Un mot pressé, monsieur, lui dis-je, que j'ai à vous dire. »
« Il continuoit à parler au duc du Maine, moi presque en tiers; je redoublai, il me tendit l'oreille.
— « Non pas cela », lui dis-je, et lui prenant la main : « Venezvous en ici. »
« Je le tirai au coin de la cheminée. Le comte de Toulouse qui étoit là auprès se recuila beaucoup, et tout le cercle de ce côtélà. Le duc du Maine se recula aussi d'où il étoit en arrière.
« Je dis à l'oreille à M. le duc d'Orléans qu'il ne devoit pas espérer de rien gagner sur M. du Maine, qui ne sacrifieroit pas le codicillle à ses raisons, que la longueur de cette conférence devenoit indécente, inutile, dangereuse; qu'il étoit lia en spectacle à tout ce qui y étoit entré comme en séance, et encore mieux vu et examiné; qu'il n'avoit de parti que de rentrer en séance, et dès qu'il y seroit la rompre . » Le conseil était sage. Peut-être le prince vit-il allors ce que Saint-Simon a négligé de dire mais que le duc d'Antin nous apprend. L'altercation se prolongeant, les amis du Régent avaient introduit dans la quatrième des enquêtes les capitaines des gardes, des gendarmes, et des chevau-légers qui protestaient en présence des gens du Roi que, par le droit de leurs charges, ils ne pouvaient recevoir d'ordres que du Roi ou du Régent*'. Quoiqu'il en soit le prince répondit à Saint-Simon :
•' Lomontoy, op. cit. y t. I, p. 36, note 2, renvoie à « Mémoires du duc (i Antin, 9 vol. in-fol. manuscrits » ; il les cite plusieurs fois ensuite. En i856, Sainte-Beuve dans son introduction aux Mémoires de Saint-Simon de l'édition Chéruel les suppose aux « archives de l'État » ; en 1860, dans son lundi sur ies Mémoires du duc de Luynes, il ne donne plus aucun indice. En i858,
U CASSATION DU TESTAMENT i^,
— « Vous avez raison, je vais le faire/»
- « Mais faites-le donc sur le champ, et ne vous laissez point amuser. G est M. de La Force à qui vous devez cet avis, et qui m envoie vous le donner. » > H"
On rentra en séance et « le bruit qui accompagne toujours ces rentrées étant apaise ., le Régent « dit à la Compagnie qu'il étoit tard, quil y en avoit encore pour longtemps, qu'il falloit aller dîner et venir achever après. ,. 11 se leva et chacun alla chez soi.
I ?^r^,''' '" Palais-Royal, le Régent fit appeler Daguesseau et Joly de Heury pour concerter la conduite à tenir, dîna avec Canillac, Conflans et Saint-Simon qui monta peu après en carrosse, précédant le prince, lequel arriva entouré des suisses de sa garde traversant les rues d'où les troupes avaient été retirées et que remplissait la foule à qui on jeta quelques poignées d'argent. Comme il était défendu de crier sur son passage « Vive le Roi! » on entendit seulement crier plusieurs fois Vivat!"
Entre trois et quatre heures" le Régent fut reçu par la même deputation que le matin et conduit en la Grand'Chambre Lorsqu'il eut pris place'"" et le bruit inséparable d'une nombreuse suite apaise'"', il dit qu'il fallait reprendre l'affaire au point où elle était demeurée et fit entrer les gens du Roi. Devant tous il exposa avec plus de détail les propositions relatives au conseil de régence
II ne pouvait s'assujettir à celui qu'avait prévu le testament il voulait outre un conseil de régence où se rapporteraient toutes les affaires, un conseil de Ha guerre, un des finaiioes, un de la
Louvet, nVn sait pas plus dans une notice sur le duc d'Anlin Ces neuf voluuie= iD-folio ... peuvent être co..f«..du3 avec le mince cahier publié «DUS ic titre de A/emoires du duc d'Aalin dans les Mélanges de la Società des bibl.opI..Ics français, Paris, 1S82, t. I, cahier qui dut être écrit en 1716 et qu. » d.sparu. H. Jouin a demande Que sont devenus les mémoires dû duc dAntin? dans lievue de l'art français ancien et moderne, i884 t I p. 145-146, et Tam.zey de Laroquc sollicitait des prièrss pour que fussent retrouvés les mémoires du duc d'Antin? dans Revue de Gascogne, 1884. ..X\\ , p. 557, puis en 1885, t. XXVI, p. 54o, il citait le Bulletin du bibliophlU, janvier-février i885, Chronique, p. gi, contenant ces mots : « Nous «avons pertinemme.it que ces mémoires existent et qu'ils font aujourd'hui partie de la bibliothèque de M. le duc de Monchy. » *
" A'igre, Relation, p. ji-aa.
Keloup
du Kégent
au Palais
îï
Discours du Régent
Uon (à trois heures) ; Lettre du 3 septembre dans Anthoine, op. cit p tAd (a quatre heures). - * t" ^
'^^^ Buvat, JounmL L I, p. 494. - "
"* Saint-Simon, Mémoires, t. VIII, p. ao6.
Conclusions
des gens
du Koi
marine, un des affaires étrangères, une des affaires du dedans et un conseil de conscience composé de personnes attachées aux maximes du royaume, il espérait que la Compagnie ne lui refuserait pas quelques-uns de ces magistrats qui, par leur capacité et leurs lumières pussent soutenir les droits et les Ilibertés de l'Église gallicane. Bien qu'il fût au-dessous de sa dignité d'être soumis à la plluralité des voix dans le Conseil de régence, il y consentait de bon cœur dans les affaires, sachant le besoin qu'il avait des lumières d'autrui, mais en s'assujettissant à cette -condition il croyait que la Compagnie lui permettrait de composer à son gré ce conseil. Quant à la distribution des grâces, des charges, des empilois, des bénéfices il en revendiquait la responsabilité pour lui seul, voulant pouvoir récompenser ce qui méritait de l'être. Il voulait être libre pour accomplir le bien et consentait à être lié pour ne pouvoir faire du mal à personne. Sur tout ceci il demandait Iles conclusions des gens du Roi; après quoi il s'expliquerait sur le reste. Mais ceux-ci demandèrent qu'il achevât de faire connaître ses desseins, afin qu'ils pussent prendre des conclusions sur l'ensemble et la Cour i-endre un seul arrêt.
Le Régent aborda la question du commandement de$ iroupe« de la maison du Roi, affirma qu'il ne pouvait être divisé sous peine de faire naître une occasion de troubles et de guerre civile. Malgré qu'il fut bien persuadé que M. du Maine concourrait toujours avec lui au bien de l'État, il ne devait pas permettre que les officiers de la maison, qui ne reçoivent d'ordres que du Roi seul, en pussent recevoir de tout autre que du Régent'". En un mot, il prétendait avoir seul le commandement des troupes et réclamait pour M. le Duc, en sa qualité de grand-maître de la maison du Roi, la nomination à toutes les ctiarges indépendamment du duc du Maine.
Les gens du Roi donnèrent de grandes louanges au projet de formation des conseils qui, conçus par le duc de Bourgogne ne pouvaient, à son défaut, être mieux réalisés que par le duc d'Orléans de qui les réticences apparaissaient comme des gages de sagesse et des promesses de félicité. « La Cour pourrait-elle' refuser à un prince qui ne veut conduire ce grand royaume que pau l'avis des personnes sages et éclairées, le pouvoir d'ajouter et retrancher • et de changer ce qu'il jugera à propos dans le Conseill de régence?» En accordant au Régent tout ce qu'il réclamait, on évitait le péril de (( rendre tout électif en France »; or, « la seule idée d'élection
"' Buvat, Journal, t. I, p. hg/i-\g5; Marais, Journal, t. î, p. 167; Bêla- Uon à la fcuiie du Journal des Anthoine, p. i^S-i^q.
LA CASSATION DU TESTAMENT 123
fait envisager d'abord les intrigues, les cabales, sources funestes de divisions. » Le pouvoir ainsi affermi, on devait envisager l'éducation du petit Roi et rien n'était nouveau ni singulier dans la séparation entre le gouvernement de l'État et la surveillance du monarque. La vdlonté du feu Roi, le suffrage de M. le Régent, les lumières et les vertus de M. le duc du Maine concouraient à lui faire déférer cette précieuse éducation avec le titre de Surintendant, titre qui renfermait toute l'étendue de pouvoir que M. du Maine devait avoir dans cet emploi.
Deux difficultés subsistaient. Celle relative aux droits du grandmaître était admise et M. le Duc les exercerait indépendamment du duc du Maine. Celle relative au partage du commandement était résolue en faveur du Régent, car l'intérêt de l'État exige l'unité de commandement et l'éducation du Roi n'a rien à en souffrir. D'ailleurs, « l'union si parfaite qui règne entre M. le Régent, M. le duc de Bourbon et M. le duc du Maine donnera à celui-ci les mêmes avantages pour l'éducation du Roi que s'il avait le commandement des troupes, et le concert qui subsistera toujours entre M. le duc du Maine et les officiers des troupes de la maison du Roi, sans lui donner une autorité de droit, lui procurera un pouvoir de déférence et d'affrction aussi réel et aussi utille au Roi que si ce pouvoir lui eût été déféré"^ »
Sous ce dernier sarcasme, le duc du Maine était devenu livide'", il expliqua qu'on ne lui laissait qu'un titre sans pouvoir, et demandait à être déchargé de tout, satisfait de la qualité de Surintendant de l'éducation dû Roi. I.e Régent demanda qu'on prit acte de cette déclaration et, pour lui, il ise chargerait avec plaisir de la garde du jeune Louis XV. Mais l'assemblée paraissait entraînée dans un ouragan. On opinait, on votait; le codicille était abrogé par acclamation comme l'avait été le testament. Daguesseau n'eut que le temps de placer quelques mots. Jolly de Fleury fut plus disert, réclamant le loisir indispensable pour délibérer sur la déclaration du duc du Maine. Celui-ci, poussé à bout, d'un ton élevé, quoique avec mesure, déclara qu'il était fort inutille de délibérer et renouvela son désistement. Il voulait, à tout prix, être déchargé. « Hé bien, monsieur, on vous décharge, » dit une voix; celle du duc d'Orléans"\ Il proposa de donner cette charge à M. le Duc comme lui appartenant de droit, mais cette propo-
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Arrêt rendu par acclamation
*" Buvat, Journal^ t. I, p. 495-496; Relation â la suite du Journal des
Anthoino, p. i49; Aligre, Relation, p. 18. "* Huval, Journal, t. I, p. 496-5oi.
*" Saint-Simon, Mémoires^ t. VIII, p. 206.
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LA CASSATION DU TESTAMENT
sition souleva un grand murmure dans la Compagnie ei le Régent, décontenancé, dit d'aller aux voix'".
Les gens du Roi, qui s'étaient, une fois de plus, retirés pour délibérer sur le désistement du duc du Maine, rentrèrent et dirent que les questions militaires passaient leur compétence. M. Le Nain, doyen du Parlement, s'empressa d'appuyer ces conclusions. Le Premier Président objecta que ces conclusions n'en étaient pas. « Je le savais bien » répondit le doyen. Et comme M. du Maine persistait à demander acte de son désistement, le Régent l'interrogea sur ses eraintes pour la sûreté du jeune Roi, qu'il comptait ne quitter guère et mener à Vincennes où il serait comme à Paris. Le duc du Maine répondit des choses vagues et réclama encore son désistement. <( Messieurs, dit le Régent, il ne faut point faire de violence à Monsieur. » Et aussitôt, par une espèce d'acdlamation universelle, on le désista de tout*"'.
L'arrêt fut applaudi de la foule éparse hors de la Grand'Chambre, et celle qui remplissait le reste du Palais y répondit à mesure que la nouvelle !lui parvint. Ce bruit apaisé, le Régent fit un remerciement court, poli, majestueux à la Compagnie, promit de faire servir son autorité au bien de l'État et reçut le compliment du Premier Président'".
U Cette dure journée était finie. Le Régent n'osa pas manquer
protestation complètement de parole à ses amis et laissa tomber un mot pour renouvelle que les protestations des duos fussent reçues. M. de Mesme répéta ce qu'il avait dit le matin. Mais déjà, le petit Saint-Simon se dressait et criait : (( Inscrit dans vos registres qu'à la eonsidération de M. le Régent nous n'avons rien fait, car nous étions résolus et très-résolus... »
— (( Non, monsieur, on n'en mettra pas un mot dans nos registres, » interrompit le président de Novion.
— (( Mais, mais, acte de nos protestations », criait à tuc-téte Saint-Simon.
— « A qui le demandez-vous? Est-ce à la Cour?'
— (( Oui, à la CourI
— (( Cela étant, vous la reconnaissez donc pour- vos juges?
— (( Non pas! » répliqua Saint-Simon qui ne sut que répondre^".
"* Sîiinl-Sinion, Mémoires, t. VIII, p. 206-207 ; Belation à la suite du Journal des Anthoine, p. i5i ; Lettre du 3 septembre, p. iSg, M. Marais, Joiirrwl, L I, p. 168-1C9; Buvat, Jourrmlj U I, p. 5oi ; Aligrc, Belatiorif
*"' Lettre du 3 septembre, op. cit., p. iSq.
*<*• Marais, Journal, t. I, p. 169-170; 181-182.
'°® Saint-Sdmon, Mémoires, t. VIII, p. 207-208.
— « Non, non » se mirent à crier tous les ducs"". Le maréchail de Villars, toujours avantageux, s'empressa de dire qu'il ne doutait pas que le jugement du feu Roi ne dût être d'un grand poids dans cette affaire''\
— (( Le feu Roi, dit-il, m'a dit plus de vingt fois qu'il vouloit juger cette contestation et la finir. »
— (( Et à moi, monsieur, répliqua le Premier Président, il m'a dit plusieurs fois le contraire et qu'il ne vouloit point s'en
>* 1 lia
mêler . »
Villars imagina à l'instant une conversation dans laquelle il disait au feu Roi qu'il était indécent de voir les ducs et pairs obligés d'attendre que le Premier Président les questionnât et tenus de se découvrir alors qu'il s'adressait à eux la tète couverte, et Louis XIV blâmait cette conduite extraordinaire et peu convenable à leur dignité.
— «A moi, monsieur, dit aussitôt M. de Mesme, le Roi m'a fait l'honneur de me dire, lorsque vous avez voulu agiter vos prétentions, qu'il fallait tâcher de vous concilier, mais qu'il ne prendroit jamais connaissance de cette affaire. »
— « Il y a deux cents ans qu'on vit de même, prononça M. le Nain, il ne faut rien changer aux anciens usages"^ »
— (( Monsieur, accommodons-nous, et n'en parlons plus » proposa le duc de Noailles"*. Et aussitôt, quelques pairs, parmi lesquels Saint-Simon''% dirent que l'affaire regardait le Régent. Celui-ci s'empressa de répondre qu'il donnassent leurs mémoires et qu'il tâcherait de les accommoder"*.
— « Nous vous rendrons toujours le respect que nous vous devons, dit le président de Novion, mais vous voulez bien me permettre de vous dire que vous ne pouvez pas être juge de ce différent et qu'il n'y a que Ile Roi seul qui puisse, de son autorité,
*" Marais, Journal, t. I, p. 171; Aligre, Relation, p. 20; Relation à la suite du Journal des Anthoine, p. i53.
*" Lettre du 3 septembre 1716, à la suite du Journal des Anthoine p. iSg.
**' Aligre, Relation, p. 20.
^^^ Marais, Journal, t. I, p. 182 et p. 171 ; Aligre, Relation, p. 20-21 ; Chéruel a publié en note au t. VIII, p. 483, un passage d'un manuscrit de la bibliothèque du Louvre, F n° 4oi, venant de la famille de Caumartin et donnant quelques détails sur les incidents de la fin de la» séance du 2 septembre.
"* Marais, Journal, t. I, p. 171; Aligre, Relation, p. 20-21 ; Relation, à la suite du Journal des Anthoine, p. i52.
*" A'igre, Relation, p. 21.
*'* Relation, à la suite du Journal des Anthoine, p. i5i.
*•" il t'ii
Fin
de la séance
et de ia
journée
changer cet ancien usage"'; il faut attendre qu'il soit en âge"
« Ou par le Régent représentant la personne du Roi, »
ajouta Saint-Simon.
— v( Le Roi seul, et majeur », conclut Novion"'. Visiblement contrarié, le Régent se leva brusquement pour se
retirer''" suivi des princes et des ducs. Gomme il traversait le parquet, on entendit une voix se pHaindre que l'on n'avait pas pris tous les avis, mais décidé par acclamation sur la décharge donnée au duc du Maine. Il fallut regagner chacun sa place et le Premier 'Président prit les voix. L'abbé Rouret, conseiller de la première des enquêtes, et de qui la plainte entraînait cette formalité, dit :
(( Nous voyons bien à qui on ôte la garde du Roi, mais nous
ne voyons pas à qui on la donne. La personne du Roi est assez précieuse pour l'assurer ». ' -
— (( Je m'en charge », dit le Régent et il sortit'", monta en carrosse et alla droit à Versailles parce qu'il était six heures du soir et qu'il voulait salluer son jeune maître avant que celui-ci fût couché, comme pour lui rendre compte de ce qui s'était passé. Son compliment achevé, il s'en alla chez sa mère qui « fut audevant de lui l'embrasser, ravie de joie, et après les premières questions et conjouissances, elle lui dit qu'elle ne désiroit rien autre chose que le bonheur de l'État par un bon et sage gouvernement, et sa gloire à lui; qu'elle ne lui demanderoit jamais rien qu'une seule chose qui n'étoit que pour son bien et son honneur, mais qu'elle lui en demandoit sa parole précise : c'était de n'employer jamais en rien du tout, pour peu que ce fût, l'Abbé Dubois, qui était le plus grand coquin et le plus insigne fripon qu'il y eût au monde, ce dont elle avoit mille preuves, qui, pour peu qu'il pût se fourrer, voudroit aller à tout, et le vendroit, lui et l'État pour son plus léger intérêt. Elle en dit bien d'autres sur son compte, et pressa tant son fils qu'elle en tira parole positive
de ne l'employer jamais* . »
»" Lettre du 3 septembre, op. cit., p. iSg ; Marais, Journai, t. I, p. 172. "» Relation, à la suite du Journal des Anlhoine, p. î53; Lettre dn 3 «eptcmbre, op. cit., p. lAo; Marais, Jourml, t. I, p. 172» i83. "' M?, de l'ahc. bibl. du Louvre F n° 4oi, loc. cit. 1»" Aligre, Relation, p. 21.
121 Aligre, Relation, p. 21.
»" Marais, Journal, t. I, p. 172-182. »" Su inl Simon, Mémoires, t. VII, p. 208.