‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 90 sur 193 · LA RÉTROCESSION DE GIBRALTAR · texte numérisé non relu

LA RÉTROCESSION DE GIBRALTAR

que le Roi ne ferait pas difficulté de rendre Gibraltar^*. Tcvle était l'affirmation de Dubois transmise par lord Stair. La déconcertante naïveté du diplomate qui, depuis quatre ans, traitait des affaires d'État avec les agents de l'Angleterre et croyait encore à leur loyauté est un sujet d'étonnement. Quoique Stanhope eut laissé entendre, ou dit, ou promis, on voyait à l'épreuve ce que valait un engagement non écrit. Pas plus en 1720 qu'en 17 18 le premier ministre n'avait donné une garantie et sans doute s'etonnait-il grandement qu'on eût la prétention d'exiger un sacrifice quand on n'avait aucun titre à présenter et que les moyens de contrainte étaient impossibles ou illusoires.

Pas plus que son ministre favori, le roi Georges n'était disposé à ce qu'on attendait de lui sans pouvoir l'exiger. Le 29 février il chargeait James Craggs de répondre à la lettre personnelle'du Régent^'. Craggs résumait à grands traits la situation : l'agression de l'Espagne contre l'Empereur sous des prétextes presque imaginaires; les menées d'Alberoni en France pour procurer à Philippe V la régence ou même la couronne; l'Autriche attaquée en Italie et contrainte à y envoyer ses armées; les lignes du Nord destinées à jeter le trouble en Allemagne; l'Angleterre menacée d'une invasion du Prétendant. Ce bouleversement général avait paru assez redoutable pour légitimer des concessions importantes en vue de détourner l'Espagne d'une guerre : investitures de la Toscane et de Parme et mieux encore : la rétrocession de Gibraltar. Craggs ajoute qu'en échange de cette restitution on aurait demandé des privilèges commerciaux et il poursuit : (( Cette offre n'eut point d'effet''. Le roi d'Espagne persista à vouloir la guerre. Il nous en coûte ici quelque sang et beaucoup d'argent; nous ne l'avons pas faite malheureusement; nous n'avons aucun engagement humain à rendre Gibraltar; nous ne demandons de l'Espagne aucune nouvelle acquisition, mais au contraire de remettre les choses in statu quo. Et cependant sans que, dans tout cet intervalle, on nous l'ait proposé, sans que nous l'ayons jamais promis, la paix même ayant été refusée à laquelle le Roi, de son pur mouvement, attachoit la cession de Gibraltar, sans nous offrir le moindre équivalent, sans nous permettre de négocier avec TEspagne pour une chose qui dépend absolument

»* Public Record Office, France, vol. 36i : lord Stair à J. Craggs, .22 février 1720.

"" Oxenfoord CaÈtle, Slair Papcre, vol. XXIV : J. Craggs à lord Stair, Ix)n.

dres 18 (=29) février 1720; Stair Anrmls, t. II, p. 4i3.

*• Phrase soulignée dans le texte. .. . . .

Réponsft au Hégent

Page 1