LA RÉTROCESSION DE GIRRALTAR
Ordres
ilooDces à
8chaub
Émotion à Loudres
de la volonté du Roi, — la France, son alliée, son amie intime, le somme péremptoirement de rendre Gibraltar à leur ennemi commun I
Après une allusion à l'utilité que le duc d'Orléans avait tirée de 1 amitié du roi d'Angleterre, on le priait de réfléchir <( à l'indisposition oii sont les peuples du Roi contre une restitution après une guerre dont il ne leur doit revenir d'autre fruit que la paix ». Au milieu de tous ces faux-fuyants, le gouvernement anglais donnait lui-même la preuve qu'il avait fait considérer Gibraltar comme une monnaie d'échange. I^e chevalier Schaub, parti pour Madrid après avoir escorté Stanhope à Paris, avait mission de parler de Gibraltar. Dubois recommandait à Seotti d'exploiter à fond ce personnage^^ assez disposé de lui-même à escompter un succès qui lui semblait faci'e et destiné à balancer le crédit de la France à Madrid'". Ce disant, il s'aventurait fort; l'intention de Georges P"" avait rencontré en Angleterre une opposition déclarée. Au commencement du mois de février, le ministère proposa à ia Chambre des Lords un bill tendant à autoriser le Roi à disposer de Gibraltar pour l'avantage de ses sujets. Cette proposition souleva une réprobation générale chez cette nation qui p'iace les profits du commerce avant les intérêts de la gloire. Gibraltar devint une des garanties de la prospérité commerciale de l'Angleterre. Telle fut l'émotion du Parlement que les ministres durent prendre les membres des communes à part individuellement et leur affirmer qu'il n'était question de rien de pareil. Cette équivoque détourna la tempête, sans quoi, mandait Craggs à lord Stair, en moins d'une demi-heure, une adresse au Roi aurait été proposée pour la conservation de Gibraltar*".
Un mois après, Stanhope envoyait de Paris à Schaub, alors à Madrid, un bref récit de l'émotion soulevée par la perspective de perdre Gibraltar, u Vous ne vous faites pas d'idée du vacarme que la proposition a occasionné. Le public s'est indigné sur le simple soupçon qu'après une guerre heureuse et si injustement commencée par le cardinal Alberoni, nous irions céder cette forteresse. Une circonstance qui contribua beaucoup à exciter cette indignation générale, ce fut le bruit que l'opposition fit courir que le Roi était entré dans un engagement formel pour
*^ Le chevalier Schauby dans J. Pichon, Histoire du comte d'Hoym, in-8, Paris, i88o, t. I, p. 23o-238.
^* Public Record Office, France, vol. 36i : Schaub à lord Stair, Madrid, 7-8 mars 1720; Schaub à lord Stanhope^ 11 mars 1720.
*" J. Craggs à Stair, Whitchall, 18 ( = 29) fcvricT 17120; Stair Annals, t. II, p. i45.
restituer Gibraltar. H y avait de quoi, disait^n, mettre le ministère en accusation. Des pamphlets ont été publiés pour alarmer la nation et l'exciter à continuer la guerre plutôt que de céder une place de cette importance. Par conséquent nous avons été forcés de suivre le torrent et de prendre le sage parti de retirei la motion, parce que, si nous avions insisté, cela aurait produit un effet contraire à celui que nous avions en vue; le résultat aurait été un bill qui eût lié les mains du Roi pour toujours. Tel étant au vrai l'état de cette affaire, vous tâcherez de faire comprendre à la Cour de Madrid que si le roi d'Espagne veut que nous traitions un jour de la cession de Gibraltar, le seul moyen de réussir serait de laisser tomber l'affaire pour le moment. Nous regrettons que la France se soit mêlée de cette négociation; l'empressement qu'elle a montré nous a été bien nuisible; c'est au point que quelques lettres et mémoires publiés à ce sujet nous ont fait craindre une rupture. L'alarme a été si forte que l'on commençait à penser que la France méditait un changement de système, et qu'elle prenait prétexte de Gibraltar pour cacher d'autres vues. Le peu d'empressement qu'elle montrait pour réaliser Vévacuation [de Fontarabie], son profond silence à l'égard de la négociation avec l'Espagne, ainsi que le langage extraordinaire tenu par certaines personnes de la plus haute catégorie semble confirmer ces opinions'". » Ces soupçons se retrouvent dans la correspondance officielle de Destouches : « On commence h être jaioux ici, dit-il, que S.A.R. s'empare de cette négociation, et on soupçonne que le mécontentement qu'elle témoigne n'est qu^un prétexte qu'on lui inspire pour l'autoriser à changer de système, à prendre les plus étroites liaisons avec le roi d'Espagne, et à rompre ensuite celles qu'il a contractées avec le roi d'Angleterre''. » Le ministère anglais, afin de faire complètement dévier la question, affectait maintenant d'être « persuadé que toute cette affaiixî n'avait été suscitée et portée à un point si extrême que par une cabale formée pour discréditer [Dubois] et lui faire ôter sa place" » et Stanhope se disait « en état et intention de convaincre S.A.R. que si elle prenoit le parti d'ôter du ministère M. l'abbé Dubois, il ne fallait plus qu'elle comptât que l'union et la parfaite intelligence pussent subsister entre les
2» Lord Stanhope à Schaub, Paris, 28 mars 1720, dans W. Coxe, Histoire des Bourbons en Espagne, t. II, p. 260; Mahon, op. cit., t. II, p. i35.
21 Arch. des Aff. Étrang., Angleterre, t. 33o, fol. 129 : Destouches à Dubois, 29 février 1720.
,• " Arch. des Aff. Êtrang., Angleterre, t. 33o, foî. 200 : Destouches à Dubois, 19 mars 1720.