‹ Histoire de la régence pendant la minorité de Louis XV [microform]Chapitre 94 sur 193 · CHAPITRE XLVI La poste à Marseille · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI La poste à Marseille

(Juillet 1720- Août 1721)

Introduction de la peste à Marseille. - Premières précautions. - Insinua- ,io?T^^rSo <le M. de Belzunec. l/a.hnini.lralion mn„,c,p.j^e et eccki° iq ne - Aspect de la ville. - Ineptie des médeems. -- Émo .on en , F;:!:: - .WnKÎl. n.é.Heanx. Secours spiri.uels. - Aba.do^ de la v.Ue. — M de IVIzunee. — M. MouMiès. — Le chevalier Roze. — Secoure reçus. Con-flils de prm.anee. - Visionnaires et rimailleurs. - Cons^'cration au Socn:.-r..r«r de Jésus. - Allancb. Aix. Toulon, Arles, Apt et autres lieux. - Calan.ilés dans le reste de la France. - L'incendie de la v,lle de Rennes.

En l'année 1720, Marseille eomplait 90.000 habitants et sa i^^^u^^^^^^ prospérité allait croissant\ La récolte de 1719 en Provence avait àMarseiiie ôlé normale et le prix de la vie eut été peu élevé sans la perturbation générale apportée par la rareté du numéraire. Rien ne laissait prévoir une calamité i)resque sans exemple si, par sa situation, Marseilk n'avait semblé destinée à expier sa richesse par sa sécurité. Une vingtaine de fois, de mémoire d'historien , des maladies contagieuses y avaient éclaté et entraîné de terribles ravages. En 1720, çc fut un vaisseau qui apporta la peste.

Parti de Saïda, le 3i janvier, avec patente nette, le Grand- Saint-Antoine capitaine Chataud, arriva le 26 mai en vue du château d'If, après avoir touché à Tripoli, à Chypre et à Livourne. A Tripoli, le capitaine fut contraint d'embarquer quelques Turcs à destination de Chypre. A peine en pleine mer, un de ces nouveaux passagers mourut; deux matelots qui avaient

1 Quoi qu'en di«<^ un anonyme dans -les Lettres d'un négociant de MarseiUe sur la peste (i3 mxirs et i3 juin 1720), p. 2, 3.

^ [J. Bortrand], Relation sur ce qui s'est passé à Marseille pendant la dermère peste, in-12, Oolon^nc, 1721, ch. i. p. 8-17; d'après Lémontey, op. cit., t. I, p. 3C3, la d^^rnii-ro poste remontait à soixante-dix ans, voir cependant : E. Bonnet, Documents inédits sur la peste de Marseille et de Provence, 171^l^:^\. dans Association française pour Vavancement des sciences, 1891, t. XX, p."^ 1006.

rt 1»:

,g HISTOIRE DE LA RÉGENCE

touché k cadavre expirèrent avant d'atteindre Chypre, puis d?ux de leurs camarades et le chirurgien du bord les suivirent A Ca^Ua i. le vice-roi de Sardaigne refusa lenlrée au bat.men nui iTlâchL à Livourne pour y prendre un chirurgien. Iro s ràtelots i.oururent encore dans '^ l-^ d'^,-;'^ ^^ " v e médecin et le chirurgien du lazaret P'<^"^"*'''^^^ ' " J^ 'Z^t succombé à des fièvres malignes et à la mauvaise qua ite des al, Zn^fLcrand-Sainl-Antoine remit à la voile, ma., de Toulon le capitaine Chataud écrivit à ses armateurs qu jl se défiait ria patM te nette délivrée à Libourne; on lui répondit de venir TMar ôillc .. où tout s'arrangerait^ ... Chataud lit sa déclaration irtl il omit de dire que .. lorsqu'ils avaient - cadavre dans e bord uersonne ne voulait le toucher, chacun s en éloignait, et s"n iHetait ensuite à la mer, on ne le faisait qu'avec des crocs au ïout d'un bâton' ... Malgré cette alarmante déclaration de nu? décès survenus à bord entre le . avril et e ,9 mai, on auto- ^a le débarquement des marchandises aux Infirmeries, situées

hors de la ville'. Le ,.7 '"«i- »" '»»l*'"' "^«'""' ""?'"= '*' "*!' tllL. découvrirent'sur son cadavre aucun ^y-^^^^ le i- juin, le garde de quarantaine place sur le Gtand-Smnl 4„/.m expira, et le chirurgien Guérard affirma que le corps ne norlail aucun signe dinfection. Cependant, le i 4 après d. x- ; uf . s seul<.u.enl de quaranlaine, les passagers du capitaine Ch aud furent rendus à la liberté'. Enfin, le ,3. un mousse deux portefaix employés au débarquement des marchandise moururent encore; le .i, deux autres Vor^^^'Y^'i^^^^J'Z intendants de la Santé donnèrent ordre de ne «•;^';;«" ''»;>, f^ quarantaine que du jour du débarquement de la d^^niere balle de soie et ordonnèrent l'envoi du vaisseau contamine a 1 île de Jaïil pour y recommencer une quarantaine. L'enclos ou avaient été déposéi les marchandises fut scellé, les portefaix séquestre Mesures tardives et illusoires puisque les passagers sortis du lazaret le i/, juin avaient eu le loisir de vendre leur petite pacotille' tandis 'que les contrebandiers trafiquaient les marchandises qu'ils avaient eu l'adresse de voler sur le navire; enfin,

. Jonrml inédil sar la peste de Marseille, par k P. Paul Giraud, visiteur

provincial dos Trinitoircs. r. u- • u M rrn7i-l col-

^ Extrait du livre des Dépositions, 26 mai 1720; Cabincl de M. Cro^t, col

leclion de pièces manuscrites sur Marseille. .«-•..

» Récil abréqé de la pesle de .720. Cabinet de M. Louis R«g s.

• Ms. sur la peste, faisant partie du Cabinet du marquis de Clapiei». ' Mémorial de l'Hôtel de Ville de Marseille.

• Journal inédit sur la peste de Marseille, par te P. Giraud.

LA PESTE A MARSEILLE ^7

au diro de 1 oratoricu Bougoicl, a les femmes et les enfants des passagers allèrent aux pieds des murailles des Inlirmenes et eeuxci leur jetaient leurs paeotilles par dessus. Ce fut de cette sorte que la pest^ se répandit partout». » Ce fut seulement le 7 juillet, que le chirurgien reconnut la peste dans les tumeurs qui s etalent développées à Taîne de deux portefaix travaillant a bord du Grand-Saint-Antoine. Le 8, une consultation eut heu pour un troisième portefaix, et trois chirurgiens reconnurent la peste . Ces trois malheureux moururent ainsi que le prêtre qui les

avaient administrés. , n " 1

Déjà on avait signalé des décès suspects dans la ville; le .0 juin rue de la Belle-Table; le .8, place du Palais-de-Justice; le /- juillet, rue de l'Escale. Mais, le 8 juillet seulement, le médecin Peyssonnel dénonce un pestiféré place de Lenche; alors on cerne la demeure du mourant et on transfère tous ses habilanU au lazaret. Les échevins voyant les cas se multiplier dans ce quartier, s'adressent au Conseil do marine (9 juillet), au maréchal de Yillars, gouverneur de Provence, au Régent (i4 juillet) pour les informer du danger, enlin aux différents ports de TEurope pour les mettre en garde contre les faux bruits (i5 juillet)"- Entre le 11 et le 21 juillet le Qéau put sembler écarte. Incomplètement instruite et adroitement entretenue dans l'erreur par des affiches sur lesquelles il n'était question que de fièvres malignes provoquées par des aliments insalubres, la population insultait les chirurgiens qui avaient donné l'alarme et les accusait de vouloir spéculer sur sa misère. Un officier municipal, irrité de ce qu'il nommait leur indiscrétion accusa les médecins de songer à exploiter (( un nouveau Mississipi^' ».

Le 21 juillet éclata un orage; u les coups de tonnerre furent «i violenls! dit un contemporain, que l'on crut qu'ils avoient été le signal de la peste, Dieu déclarant ainsi la guerre à son

» Ih'Mion manuscrile de, la Peste, par le P. Bougercl.

10 j B. RMlrand. HeUilion historique, p. 36-37; S. Piol. Les premiers mois de la peste de Marseille, dans Revue des Etudes historiques, 1902, t LWIII, p. 583-601 ; Martin. Histoire de la dernière peste de Marseille, Aix, Arles et Toulon, in-12, Paris, 1732; Précis historique de ta peste de Marseille avec lettres inédites écrites en 1721 et 172a por un Imhitant de cette ville, par ]v docteur LcmaziirM'r, in i:>., V<rs;»illos.

^' Arch. municip. de Marseille, Ho-istrc dos copies de letln's, 1719-1723.

12 P. Lémonley, Histoire de la Régence et de la minorité de Louis XV jusqu'au ministère du cardinal de Fleury, in-8, Paris, i832, t. I, p. 363; son chap. IX a été publié séparément sous le litre : Histoire de la peste de Provence, broch. in-8.

Premières précautions

Insinuation regrettable

de M.

Je BeIzuDce

peuple". » L.v.,ue de Ma.semç enU.^^P^ Xlin^nC

che du fanatisme dans ^-^^ .T'*^;!^"^ ..^tH^ émotion naissante

c,ué, dès ces premiers 7™?':'"^'/:. " e" landant aux UdèU-s au profit du parti ">tran.onla.n .n ux ^^^^ ^^^

« une entière et V^^^^^^ t^\, uniques dWl^r sacrées décisions de 1 LgU^c > d'associer l'appel de la

le bras d'un Dieu irrite ». <^J^ r^\é^u\.lc qu'au pas- Bulle à la peste faisait 1>'»^,,^, "' "^"iy.^rr un conflit auquel leur et ne pouvait que cont bu a en e. ^^^^^ ^..^^.^^^

,,, fléau le plus atroce aura ''u appmte ^^ ^^^^^^.,

,as asse^ que l'épouvante qui dj.^ ... ^^^^.^ ^^ p,,.,^,,,

L>.da,iois- La foire de Beauca.rc *« t^n-u tjc ^-^ J ^.^^^ ^^^ ^^^^^.^

„S,e ù "-multitude de Marse lia .KUi.^^^ ,^^^^

etecciésias- ^.^y^ des hommes connus, pai .,• yout à coup, dit

«<•- leu;s professions et leurs ;^-^\^^;J,r^,, ,cs hospices

l.émontey'% le 'f-f., **-.,.. "".msu-ci. l'impôt sans percpsans économes, les tribunaux ^..ns J"-^ ' . 'j^. u^, ni no-

Lrs. La cité n'...t ni ."""-'f;;;';;: ;,.;' X-sablL L'émigrataires, ni sages-femmes '' '™^,,e ,e Parlement d'Aix tion ne se ralentit que le .Si »' ^'^ '. j ,^ ^^ ^^ territoire et eut tracé la ligne qui "^f^'^^^'^'^j^',' ^^' ,^1 la franchiraient", lu-ononcé la peine de 7' /^^^ ^^^^He^.ent dans la rue de Comme ile fléau sévissait le P'"*/'"' .j^^^es et de* corps de l'Escale et sur la place ^^'*'."^'.^*^„^^', contagion franchisgarde y eon.euaieiU les ha^. ; •^». i^J "échevin: demeurèrent sait ces barrières. Le igu^rti 4 ^^^^ ^^^^ j,

seuls parmi une foule démoralisée e j,^ ^^ ^ous-

Page 1