‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 10 sur 49 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Suite de la régence de Blanche. — Le cardinal romain de Saint-Ange. ~ Les Albigeois el le corale de Toulouse. — Blanche force Raymond à la paix ; conditions qu'elle lui impose. — La croisade contre les Albigeois mal appréciéeparlesécrivainssuperficiels ouincrédules. — Caraclère religieux et politique de la doctrine des Albigeois. — Conduiled'Innoci,nt III, d'Honoré III et de Grégoire IX à l'égard de ces hérétiques. — Appréciation de l'expédilionen Languedoc considéréesouslepoinl devuepurement humain etsous le point de vue religieux. — Origine des calomnies contre Blanche. — La ligue conjure la perte de Thibaut de Champagne. — La reine vient au secours du comic — Fm du différend de la reine de Chypre. — Troubles causes par l'Université de Paris. —Trêve de trois ans avec lAnglelene. — Renouvellement de l'alliance avec l'empereur Frédéric II et Henri son fils. — Mariage de saint Louis — Châliment du duc de Bretagne.

On se ressouvient que Louis VIII avait été surpris par la mort au moment où il voulait pacifier le Lan-

guedoc, et terminer sou expédition par la prise de Toulouse. Celle circonstance avait ranimé les hérétiques : Raymond , lim de leurs principaux chefs , avait repris plusieurs de ses places, et s'était souvent Jéfendu avec avaniage . depuis deux ans, contre ImbertdeBeaujeu, qui commandait les troupes du roi dans le Languedoc. Il croyait qu'ayant pour antagonistes un enfant et une femme, le parti des Albigeois aurait bientôt le dessus à force de courage et dopiniàtrelé ; mais il se trompait : Blanche n'était point une femme ordinaire ; il allait en faire lui-même l'expérience. En effet , le cardinal romain prêcha conlie les Albigeois une nouvelle cioisade ; sa légation en France n'avail d'autre but que Texlinctionde leur hérésie ; il fit ])lus ; il alla lui-même dans le Languedoc à la tête des iroujies que lui donna la régente.

Le comte Raymond VII se retira dans Toulouse , où il fut. dit un ancien auteur, incontinent boucle , et tout le terroit gaste jusques la ?noisson (73).

Incapable de se défendre plus longtemps , le comte prit la résolution de se mettre dans les mains de la régente. Celle-ci voulait bien lui accorder sa grâce ; mais, pour l'obtenir, le comte fut obligé de confesser aux pieds de Blanche et son erreur et ses ciimes, d'abandonner sa vie à la clémence de la reine, ses places en son pouvoir, et son àme entre les mains du cardinal légat. Le comte fut absous. On lit un traité de paix qui fut exécuté pai- Raymond de point en point, et avec une lidéliié remarquable. Un des ar-

ticles du trailô de paix portait que Raymond donnerait sa fille eu mariage à Alphonse , frère du roi ; et que dans le cas où il ne naîtrait point d'enfants de ce mariage, tous les États du comte seraient réunis à la couronne. C'est ce qui arriva effectivement. Cette riche acquisition fut un des plus beaux monuments de la régence . et cette époque une des plus célèbres de Tagrandissement de nos ruis. Le traité de paix contenait d'autres conditions dures et humiliantes pour le comte. Blanche devait agir ainsi pour briser l'audace des ennemis de l'État, et tenir tête aux factions que de grand- coups pouvaient seuls épouvanter et anéantir. A côté cependant de cette sévérité, que la régente déploya contre le comte de Toulouse, on voit apparaître des actes de mansuétude qui en tempérèrent la rigueur. Blanche effaça du traité plusieurs clauses pénibles, créa Raymond chevalier, et le renvoya sur sa simple parole.

Plus lard, elle le recommanda à la générosité du pape Grégoire IX, entre les mains duquel on avait mis en dépôt le marquisat de Provence et le comtat Venaissin. Ce pontife, à la prière delà reine, consentit à rendre ces fiefs à Raymond, qui en reprit possession dans le courant de Tété 1-234. Ainsi finit, après vingt ans, la ci'oisade contre les hérétiques qui infestaient la France. Ce qui avait dépassé le pouvoir de Philippe-Auguste, le plus grand politique de son siècle . ce que n'avaient pu les armes victorieuses de Louis VllI. fut l'ouvrage dune femme.

Cest ici le lieu de donner à nos lecteurs une idée

des Albigeois , et d'apprécier la conduite de Blanche à leur égard. La reine fit-elle bien de poursuivre la croisade commencée par Philippe - Auguste et Louis VIII , son époux , contre ces hérétiques? Fitelle bien d'écouter les sollicitations du souverain Pontife et de son légat en cette circonstance? Ces questions ont été résolues négativement par deux sortes d'historiens : par ceux qui ont méconnu les faits . et par ceux qui ont méconnu la religion : en im mot . par les hommes superficiels et par les incrédules. Il est donc nécessaire que nous entrions dans quelques détails.

Dès le III* siècle, le manichéisme faisait de funestes et rapides progrès au sein de la société chrétienne; depuis lors, cette hérésie revêtit plusieurs formes , tout en conservant ses deux principes fondamentaux , l'un bon . lautre mauvais. Le but de cette erreur était de détourner les hommes de la réception des sacrements, de renverser l'ordre hiérarchique et de troubler la discipline de l'Eglise ; les manichéens allaient même jusquà nier Tautoriié légitime des magistrats civils, en sorte que leur doctrine était subversive de tout ordre, et comme un immense volcan placé au sein de la société. Les empereurs byzantins ne cessèrent de lutter contre eux, et de cette lutte naquirent de longues et sanglantes guerres. Les manichéens furent écrasés , mais non anéantis ; les hérétiques qui restèrent ayant été déportés dans la Thrace , le germe de leur doctrine arriva ainsi au xi^ siècle en Italie . et de là eu

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France. Cps hérétiques jetèrent de profondes raciucs surioiU dans les provinces méridionales. Ils avaient porté divers noms, selon les lieux et les circonstances: tour à tour appelés manichéens, pnulicieiis , catharécnx , potaréeus , vaudois, etc. , ils finirent par être désignés sous l'appellation à! Albigeois, tirée du lieu où ils commençaient à se répandre en France.

C'est principalement dans le Languedoc que l'hérésie se concentra : Toulouse en fut le siège , et Raymond VI ou V Ancien , le plus ardent défenseur.

Innocent III occupait alors la chaire apostolique. Pontife immortel. Innocent devait porter à son comble la puissance civilisatiice de la papauté , et contribuer plus que tout autre successeur de saint Pierre à christianiser la jeunesse des monarchies européennes. La grande mission de ce pape n'avait pas été comprise jusqu'ici , et il a fallu qu'un protestant (M. Hurler) vînt , de nos jours , élever à la mémoire d'Innocent III un magnifique monument de réhabilitation et de justice historique.

Tout entier à sa snblime mission , le pontife romain voulut détruire l'hérésie des Albigeois, qui troublait d'une manière funeste l'harmonie religieuse et politique de l'Europe. Il prit tous les moyens possibles pour arriver à ce but : mais il voulut que l'on commençât par la douceur, par l'exemple, par la persuasion , par la parole de Dieu ; et ce n'est que lors(iu'il eut vu rinefficacilé de ces remèdes, qu'il crut devoir ordonner aux princes de porteries armes

temporelles contre les sectaires; « car, disait-il, le glaive a élé confié par le Très Haut aux puissants pour protéger les pieux et les venger des malfaiteurs. La sévérité ne peut jamais être employée plus convenablement qu'envers ceux qui veulent arracher aux autres, non lexistence temporelle, mais, avec la foi . la vie spirituelle. »

Honoré III succéda à Innocent, lan 1216; son principal soin fut do suivre dans tous ses actes la politique de son illustre prédécesseur 11 écrivit au roi Philippe-Auguste (74) : « Vous devez savoir, lui " dif-il dans sa lettre . que la puissance séculière est « tenue de réprimer les rebelles par le glaive maté- « riel. quand le glaive spirituel ne peut les retenir; « que le? princes doivent purger leurs terres des mé- « chanîs. et que l'Église a le droit de les y con- « traindre. Vous devez, et pour votre gloire et pour (( votre salut, délivrer au plus tôt votre royaume de « ces hérétiques . de peur que les catholiques ne perte dent les terres qui leur restent en ces provinces, « et quet.'elles qui sont plus proches devons ne soient « infestées d'hérésie. »

Grégoire IX . à son tour ne perdit point de vue , au milieu des graves préoccupations de son pontificat, l'hérésie des Albigeois, et la croisade commencée contre eux sous Innocent III fut continuée par Louis VIII et par la reine Blanche. Celle-ci , en donnant suite aux instances du cardinal de Saint-Ange, ne cédait point à une influence étrangère, puisque le légal était l'organe du souverain Pontife, monarque

et arbitre suprême de la société européenne au moyen âge; elle ne cédait point à une influence étrangère, puisque, étant catholique et gouvernant un royaume catholique , elle devait maintenir de tout son pouvoir sa propre religion et celle de son Éiat. Voilà pour la croisade conti-e les Albigeois , considéi'ée sous le point de vue religieux. Maintenant, si on l'envisage sous le point de vue purement humain , si on l'exaîuine sans préjugés, sans préoccupations mesquines , on ne pourra pas dire, avec un auteur récent, que Blanche, en se déclarant contre les sectaires, s'engagea dans une guerre impolitique. Louis Vlll avait porté de terribles coups à la puissance anglaise en continuant l'œuvre d'expulsion commencée par son père ; puis il mit à exéculioii les projets de Philippe- Auguste, pour empêchei' les provinces méi'idionales de passer sous la domination des rois d'Aragon. La croisade contre les Albigeois favorisait beaucoup ce plan ; Louis Vlll et Blanche le comprirent. Ce n'est pas tout: cette croisade servit encore à réaliser une idée éminemment politique. Quelque déplorables qu'en soient les détails, elle servit à établir une fusion utile , nécessaire , entre les parties du royaume les plus divisées par lesmo'urs, à éteindre un foyer toujours allumé de discordes et de guerres civiles , et à faire faire un pas immense à la grandeur de la France. Un auteur dont le témoignage n'est pas suspect en ce point, est contraint d'avouer qu'il ne saurait méconnaître , dans la croisade contre les Albigeois , l'effet d'un long calcul, dont le but

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était d' éteindre chez It^s Lungtiedociens V énergie qui rendait les comles de Toulouse des vassaux trop redoutables (75).

L'aiTaire des Albigeois n'était pas plutôt terminée, qu'il en survint une autre plus dilïîcile et plus épineuse. Thibaut s'était détaché du parti de la ligue, et avait même concouru à la prise de Bellême : de là l'origine de celte haine implacable que les ligués lui vouèrent dans la suite ; de là toutes ces calomnies infâmes qu'ils débitèrent à plaisir, et sur son compte, et sur celui de la reine elle-même Les ligués furieux mirent tout en œuvre pour se venger de la désertion politique de Thibaut : à la calomnie flétrissante ils ajoutèrent une prise d'armes contre lui ; et pour le vaincre plus facilement, ils lui aliénèrent Tespiit de ses propres sujets, déjà disposés à la désaffection. Mais avant d'en venir avec lui à la dernière extrémité, les princes conjurés eurent recours à un ariifice habilement combiné : ils proposèrent au comte un accommodement, malgré ses infidélités passées: et, pour sceller en quelque sorte la négociation, ils lui offrirent la main de la fille du duc de Bretagne, qui avait déjà été accordée à l'un des fils de France par le traité de Vendôme. Ces princes espéraient par là , ou regagner tout à fait le comte de Champagne, ou le rendre suspect au roi et à la reine.

On hâtait donc le jour de la célébration nuptiale ; tout était disposé pour la cérémonie au Val-Secret, près de Châtenu-Thieny. lorsque Blanche fut informée des picparaiifs de la fèie. A peine eut-elle

découvert cette ruse des rebelles, qu'elle dépêcha au comte Thibaut le sire de la Chapelle, grand pannetier de France, pour lui défendre de donner suite aux perfides propositions des lii^'iés. La raison qu'elle allégua était toute politique : elle ne voulait point que Thibaut épousât la fille de Pierre de Dreux, parce que , disait-elle , « le comte de Bretaingne a pis fait au roy que nul home qui vive ( 76 ;. »

Les conjurés entrèrent donc dans la Champagne vers le mois de juin 1229, pour se joindre devant la ville de Troyes à jour nommé. Rien n'égala les ravages de leurs troupes, que l'animosilé des chefs laissait en pleine liberté. Partout ce n'étaient que châteaux, maisons de campagne, villes et villages en feu ; partout les barons furieux ardaient et brûlaient le pays , arrachaient les vergers et les vignes. Tout fuyait à leur approche ; les ruines s'amoncelaient de toutes parts. Le comte n'était pas assez puissant pour résister à l'orage qui grondait autour de lui et conjurait sa perte; il allait se trouver à la merci de ses ennemis implacables . lorsque la régente , toujours attentive à la conservation de ceux qui étaient dévoués au jeune roi , vint au secours de Thibaut.

Les troupes de la reine campèrent sous les murs de Troyes, au lieu même que les ennemis du comte venaient d'abandonner. Thibaut et le comte de Lorraine y conduisirent ce qu'ils purent ramasser de soldats. Aussitôt Blanche donna l'ordre aux rebelles de sortir de la Champagne. Les ligués répondirent

insolemment. Blanche ei Louis insistèrent. Étonnés , les buions ne savaient plus que faire, lorsque les armes de la régente vinrent mettre fin à leur irrésolution. Thibaut était délivré.

Blanche profila de celle circonstance pour terminer le dillérend de la reine de Chypre avec le comte de Champagne. Le droit de cette princesse sur le com.té que possédait Thibaut paraissait incontestable : c'étaii riiérilage de Henri II, son père, dont le comte régnant n'était que le neveu. On ne pouvait élever que deux objections contre les prétentions de la reine de Chypre : c'est d'abord que les grands fiefs ne passaient point aux femmes ; or cette objection ne pouvait être formulée, puisque alors mille faits en prouvaient l'inaniié et le néant. L'auii^e objection était plus diflicile à résoudre : mais Blanche parvint, avec son habileté ordinaire, à trouver un moyen de conciliation. 11 fut décidé qu'Alix, reine de Chypre, renoncerait à toutes ses prétentions, à condition que Thibaut lui donnerait des terres du revenu de dix mille livres par an , et en outre, quarante mille livres une fois payées, sans préjudice , toutefois , de ses droits, si le comte venait à ?nou~ rir sans héritier légitime. Thibaut ne pouvant fournir une somme aussi considérable, ce fut la régente qui la donna pour lui, moyennant la cession pure et simple des fiefs et seigneuries de Blois, de Sancerre, de Chartres et de Chàteaudun, que le comte lui vendit avec toutes leurs cl ''i)endances. Ainsi Blanche continuait avec soin l'œuvre de l'agrandisse-

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ment du royaume confié à sa sagesse et à son administration.

Cependant les événements qui précèdent avaient ramené Tattention de la ligue sur la conduite politique et intime de la régente. Les conjurés étaient furieux de la confiance que la reine accordait au cardinal romain. « Une Espagnole, disaient-ils , et un prêtre italien disposent de la France et gouvernent les Français ! Que doit-on espérer d'une pareille administration et dune semblable régence 1 » Les murmures recommencèrent ; l'esprit de cabale se ranima de tous côtés. Puis vinrent d'odieuses insinuations, dont s'emparèrent bientôt les élèves de l'Université de Paris, dans une affaire qui troubla toute la capitale en 1229. Cette Université comptait alors plus de trente mille étudiants. Quelques-uns de ceux-ci buvaient dans un cabaret du faubourg Saint- Marceau : l'bôte voulait se faire payer, les buveurs résistaient ; on en vint aux coups. Les archers survinrent ; du sang fut répandu , et l'Université tout entière prit fait et cause pour les écoliers (77). Plusieurs élèves se retirèrent en Angleterre , à la sollicitation de Henri III et du duc de Bretagne , toujours ennemis de la régente. Ils exhalèrent leur mécontentement dans diverses diatribes , et contre la régente, et contre le légat; il subsiste encore aujourd'hui des fragments de ces pièces , dans lesquelles on déchire sans ménagement la réputation de la reine mère et celle du cardinal : calomnie scandaleuse, méprisable, écrite avec un cynisme

qui trahissait rirriiation délirante des auteurs.

Le temps, qui adoucit tout, vint apaiser enfin ce malheureux diiïérend : les bourgeois donnèrent quelque satisfaction, et les cours de TUniversité se rouvrirent en 1-231

Tant de luttes, de troubles et de guerres avaient fini par fatiguer la reine -, Mauclerc , chef de la ligue , désirait aussi la paix : le roi d'Angleterre souhaitait avec ardeur dêtie délivré des embarras que lui causaient ses prétentions sur les domaines qu'il avait perdus en France. Henri ili aimait naturellement le repos , et d'ailleurs , d'une prodigalité sans exemple , il avait épuisé ses trésors , et il ne lui restait plus d'argent à consacrer aux expéditions militaires. Cependant, malgré sa pénurie financière , malgré la molle indolence de son caractère avide de plaisirs, lorgueil l'empêchait de se résoudre à renoncer formellement à ses prétentions. Mauclerc se trouvait aussi dans uîie situation fâcheuse : il était sans doute fatigué de la guerre, et on peut dire qu'il l'avait continuée contre la régente avec un indicible acharnement; mais comment s'y prendre pour jouir du repos et obtenir la paix ? Quelle position tenir vis-àvis de l'Angle! erre et vis-à-vis de la France ? La Bretagne était un fief mouvant de la Normandie : si donc Mauclerc se reconnaissait vassal de la couronne de France , il admettait par là que Jean et Henri III avaient été légitimement dépouillés de leur duché de Normandie. Les négociateurs de France et d'Angleterre s'étaient assemblés à Suint- Aubin-du-Cormier.

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Après beaucoup d'efforts pour amener une eoncilialion entre les intérêts contradictoires des deux couronnes, on convint de faire cesser les hostilités par une trêve de trois ans, et de laisser intactes les prétentions des deux pays. La paix fut signée le 4 juillet 1231, et mil ainsi fin aux guerres civiles de la régence de Blanche.

La reine mère , qui n'avait qu'un seul désir, celui de voir arriver Louis IX à sa majorité , vit avec joie celle irève de trois ans que le souverain Pontife était parvenu à établir entre la France et TAngleterre. Louis avait dix-sept ans, et la li'ève le conduisait à peu près jusqu'à sa majorité. Blanche, qui savait que le comte de Bretagne , toujours turbulent et inquiet, ne manquerait point d'engager sans cesse le roi d'Angleterre à rompre cette tiéve si précieuse pour elle , s'appuya du côté de l'Allemagne, et renouvela les alliances avec l'empereur Frédéric II et Henri , son fils , roi des Romains : ces deux monarques promirent à Louis de le secourir en cas de rupture avec rAnglplerre( 1232).

Depuis le résultat obtenu à Saint- Aubin-du-Cormier jusqu'à la majorité de Louis IX, il s'écoula quatre ans environ, qui ne furent marqués, dans rintérieur de la France , que par un très-petit nombre d'événements ; les anciens chroniqueurs gardent sur ces quatre ans un silence presque absolu , silence qui représente avec vérité celui des passions politiques pendant celle période.

La reine Blanche voulut terminer son administra-

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lion par une actiou d éclat , en mariant son tils à une princesse digne de lui. Elle jela les yeux sur Marguerite, fille aiuée de Raymond Bérenger, comte de Provence, de la maison d'Aragon: elle surpassait ses trois sœurs en beauté, en esprit et en piété. Gauthier, archevêque de Sens , et Jean de Nesle furent chargés d'aller demander la main de la jeune Marguerite. Leurs démarches furent accueillies avec empressement par le comte de Provence . et les ambassadeurs ramenèrent la princesse au roi. Comme les futurs époux étaient parents au quatrième degré , le pape Grégoire IX leur accorda une dispense, en date du 2 janvier 1234.

Le mariage eut lieu à Sens, le 27 du mois de mai suivant. Le même jour, le contrat fut signé, et une dot de 10.000 maics, que Piaymond Bérenger promettait à Margueiite . fut assuiée sur la ville du Mans. L'époux avait alors dix-neuf ans et un mois ; Pépouse n'en avait pas seize : celle-ci fut couronnée le lendemain de son mariage . daus la ville même de Sens.

On obseive que la dépense, tant pour le mariage que pour le couronnement, montait à 2500 livres, somme énorme pour cette époque , mais qui ne donnerait pins maintenant ime haute idée de la magnificence royale. Louis prit alors pour devise une bague entrelacée d'une guirlande de fis et de marguerites, pour faire allusion à son nom et à celui de son épouse; et il mit sur le chaton de l'anneau l'image du ciucifix, gravée sur un saphir et accompagnée de ces mots : Hors cet anel pourrions trouver

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amour; faisant de cet anneau comme un gage enchanté . qui devait être le lien sacré de l'amour qu'ils auraient mutuellement l'un pour l'autre (78).

Le mariage de Louis avec Marguerite fut avantageux à Raymond VII, comte de Toulouse. Celui-ci était alors en guerre avec Raymond Bérenger, comle de Provence. La régente prit à tâche de les réconcilier. Tous deux étaient convenus , au commencement de Tannée, de remettre leurs intérêts entre ses mains : et, en effet, Blanche rétablit la paix entre ces deux puissants seigneurs des contrées méridionales de la France (79).

La cour ne larda pas à revenii* à Paris, où les réjouissances recommencèrent, mais pour faire bientôt place aux préparatifs de la guerre, car la trêve avec l'Angleterre allait expirer. Avertie des intentions hostiles du duc de Bretagne, la régente résolut de châtier une bonne fois cet homme si nuisible au pays et à la paix publique. Elle manda la noblesse avec les communes ; Louis marcha contre le rebelle avec une armée si considérable , qu'on n'en avait point vu de semblable dans les dernières guerres. Le malheureux comle , abandonné de l'Angleterre sur laquelle il avait compté , vint se jeter aux pieds du roi et de la régente , la corde au cou , se reconnaissant traître , indigne de toute grâce , leur abandonnant tous ses États et sa propre personne, pour qu'ils en tirassent le châtiment qui leur plairait. Il se soumit à tout ce que voulurent exiger le roi et la reine Blanche, dont la régence durait encore, pro-

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mit de les servir envers et contre ions, et s'obligea à exécuter certaines conditions qui firent la base d'un traité de pai\. La soumission du comte fut exemplaire, et la vigueur avec laquelle la régente poursuivit et terrassa cet audacieux rebelle, tint en respect les autres grands vassaux de la couronne (80).

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