‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 11 sur 49 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l'âge anciennement fisé pour la majnriié de nos rois. — Louis IX monle sur le irône après avoir (^16 déelaré niaji ur. — Influence de BUnchcdans l'adminislralion des alfaires. —Troubles d'Orléans — Thibaut de Champagne se revolie une seconde fois. — Louis el Blanche le forcenl à la paix. — Quatre années de calme; Décuplions du roi et de sa mère. — Les saintes reliques. — Cour plénière de Sauniur ; le fils de saintp Elisabeth de Thuringe. — Croisade des seigneurs français. — Réflexion sur le côté politique des croisades. — Rôle de Rlanrhe dans le gouvernement de saint Louis. — Les Mongols. — Le roi tombe dangereusement malade; sa guérison merveilleuse opérée par la foi de la reine mère. — Il fait vœu de se croiser. — Douleur de Blanche ; efforts qu'elle fait pour détourner son fils de l'expédition d'outre-mer. — Innocent IV. — La reine mère est déclarée régente pendant l'absence du roi. — Louis s'embarque pour la Palestine.

L'âge légitime de la majorité de nos rois . depuis les premiers règnes de la troisième race jusqu'à la mort de saint Louis, est un point historique sur lequel les écrivains ne sont pas bien d'accord entre eux.

Philippe I" et Philippe-Auguste ne demeurèrent

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SOUS le pouvoir des régents ei des tuteurs, au dire de quelques historiens, que jusqu'à Tàge de quinze ans ; mais comme ce sont des historiens modernes , ils devaient , ce semble, appuyer leur opinion sur une autorité plus ancienne et plus valable que la leur.

Philippe le Hardi, fils et successeur de saint Louis, fixa la majorité de ses enfants à la quatorzième année, par deux ordonnances, Tune de i270, lantre de Tannée suivante.

La décision de Philippe le Hardi l'ut trouvée si juste , si raisonnable, que, cent ans ai)rès, Charles V, dit le Sage, en lit un règle.iient déQniiif pour Favenir, dans un édii solennel qui tut publié par le parlement, le roi y tenant son lit de justice 11 détermina par cet édit , que 1 âge de la rnajoiilé de nos rois commencerait à leur quatorzième année. Celte règle a servi depuis lors de loi inviolable en France; et si Charles VI y dérogea, ce ne fui que pour remédier aux. malheurs de son loyaume. Mais on sait quelles controverses s'établirtnl sous la régence de Catherine de Méd.cis , sur la question de savoir s'il fallait quatorze ans accomplis ou quatorze ans commencés. Catherine de Médicis voulait que Tédit de Charles V s'entendit par qualoize ans commencés; et elle le fit juger ainsi dans une assemblée des pairs et officiers de la couronne , réunis au parlement de Rouen : ce qui donna lieu à de vives remontrances de la paît du pailemenl de Paris.

Quant aux règnes qui ont précéda la mon de saint Louis , il est impossible , comme nous i avons déjà

dit, de rien préciser dinconlestable et dauthentique relativement à la majorité des princes appelés à la couronne. Toutefois on croit assez communément que ce fut à vingt-un ans que Louis IX monta sur le trône de ses pèies (25 avril 1236); à vingtun ans, tous les vassaux de Louis avaient été jugés capables d'obtenir la garde de leurs fiefs. En conséquence , le monarque fut alors proclaîoé majeur, et la reine Blanche cessa de prendre la qualité de régente du royaume. Depuis longtemps on attendait avec anxiété l'heureuse époque de la majorité de Louis, pour voir enfin un terme au prétexte des guerres civiles, sans cesse renaissantes, sans cesse apaisées, qui désolaient le royaume. Bien que la l'eine se fût conduite . dans les temps orageux de la régence . avec l'habileté du prince le plus consommé dans les affaires, on voyait avec plaisir l'autorité passer dans les mains du roi . et tout se faire désormais sous son nom. La coutume de cette époque, en fixant la majorité des monarques comme celle des sujets à vingt -un ans accomplis, avait quelque chose d'également onéreux et pour les princes et pour les peuples : elle empêchait les souverains de régner dès qu'ils en étaient capables ; et les hommes sont ainsi faits , qu'ils aiment mieux obéir aux rois qu'à leurs ministres, si bons qu'ils soient.

iMais quelque changement que la majorité de Louis produisît à l'extérieur , elle n'en apporta aucun dans la forme du gouvernement, de sorte qu'on ne s'aperçut même pas de la transition.

En effet, il y avait déjà plusieurs années que Louis gouvernait sous la conduite de sa mère , dit un auteur moderue . et la mère continua toujours de gouverner depuis sous l'autorité de son fds. « Tous deux vécurent dans une parfaite intelligence , continue le même écrivain , et n'ayant l'un et l'autre en vue que le bien de l'État, ils ne pouvaient pas manquer de s'accorder. On fait cependant un crime au jeune Louis de s'être laissé gouvei'ner par l'impérieuse Blanche : reproche fondé sur la coniiance qu'il eut toujours aux sages conseils de cette grande reine, et sur ce que , se rencontrant avec elle et toute la cour dans des occasions solennelles . il lui a quelquefois donné le premier rang. On ne fait pas réflexion , sans doute, que le devoir d'un roi est de se multiplier en quelque sorte par les ministres qu'il emploie , pourvu qu'il sache les choisir , non pour se plonger dans l'oisiveté , mais pour faire mieux avec leur aide ce qu'il pourrait faire moins bien , abandonné à lui-même. Si c'est là une tache à la mémoire de ce religieux monarque , ce sera donc un opprobre d'être gouvei-né par la justice et par la raison (81). »

Louis eut bientôt l'occasion de faire usage de son autorité royale dans deux circonstances remarquables.

On se rappelle les troubles causés à Paris par les élèves de l'Université. A la suite de ces troubles, beaucoup d'écoliers s'établirent à Orléans. Une femme , sans nom dans l'histoire , sut allumer à tel point la fureur des Orléanais contre les étudiants ,

qu'ils en firent périr plus de quatre-vingts : les viclimes furent jetées dans la I.oire ou assommées avec im acharnement incroyable ; les élèves qui échappèrent à la mort ne durant leur salut quà la fuite. Thibaut de Champagne, le comte de La Marche, le duc de Bretagne et Archambaud de Bourbon, y perdirent des parents. Pénétré d'horreur, l'évêque mit la ville en interdit et se hala de la quitter ; mais les princes, ne s'amusant pas à observer les formes , entrèrent dans Orléans et y firent un carnage horrible de tout ce qui leur tomba sous la main ; puis ils se tinrent aux environs de la ville , sacrifiant à leur vengeance tous ceux qui se hasardaient à en sortir. Ces sanglantes l'eprésailles auraient duré longtemps , si la sagesse et l'autorité de Louis ne fussent venues les apaiser. On comprend assez . observe un historien judicieux . qu'il ne fallait pas peu d'habileté pour ramener à la raison des princes si justement irrités, ni peu de puissance pour venir à bout d'un peuple qui croyait peut-êtie avoir plus souffert qu'il ne méritait, lors même qu'il se serait reconnu coupable C82).

Sur ces entrefaites . le comte de Champagne, qui avait été nouvellement reconnu roi de Navarre, prit inopinément le dessein de se révolter contre Louis. Cette révol'e élail bien éloignée des promesses qu'il avait failes à la reine Blanche, plus de huit ans auparavant , de ne jamais prendre les armes contre le roi son fils, et de rester toujours dans l'obéissance et la fidélité. Mais le comte oublia une si bonne réso-

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lution , leva des troupes dans son pays , et se mit en état de rallumer la révolte parmi les anciens partisans de la ligue.

On ignore le véritable motif de la conduite de Thibaut: on sait seulement, d'une manière positive, qu'il eut tout lieu de s'en repentir. Blanche , en effet, assembla Tarmée féodale , et vint avec son fils prendre position dans le bois de Vezins, pour attaquer le roi de Navarre et le séparer de ses alliés. Etîrayédes mesures qu'on employait contre lui , Thibaut envoya demander pardon à Louis, et vint lui-même se jeter à ses pieds pour obtenir la paix. Le roi prit le parti de la clémence : sur les conseils de la reine mère , il exigea du rebelle la cession des deux châteaux de Bray-sur-Seine et de Montereau- faut -Yonne, et voulut bien lui promettre de prendre la Champagne sous sa protection, pendant que le coupable irait dans la Palestine au secours des chrétiens. Blanche ne put cependant s'empêcher de faire de vifs reproches au roi de Navarre , et de lui représenter en termes énergiques son ingratitude et lenormité de sa trahison.

Pendant les quatre années qui suivirent celle que nous venons de parcourir rapidement (1236), les affaires du royaume jouirent d'une paix assez profonde. Louis et Blanche de Castille consacrèrent ce temps précieux de repos et de calme aux exercices de la piété et de la religion. Ils comblèrent de bienfaits les hôpitaux , dotèrent , rebâtirent ou réparèrent plusieurs églises, plusieurs monastères, et

firent l'acquisition de la couronne de notre Seigneur, d'un morceau de la vraie croix , de la lance et de l'éponge qui servirent dans la passion. Un historien contemporain (83) donne la principale gloire de l'acquisition de ces piécieuses reliques aux soins et aux pieux conseils de Blanche de Castille : aussi cette princesse aida elle-même à les porter solennellement depuis Tabbaye de Saint-An toine-des-Champs jusqu'à la Sainte-Chapelle du palais royal , que saint Louis avait récemment fait construire.

Telles furent les occupations les plus remarquables qui , pendant ces années , composèrent Ihistoire de Blanche de Castille et de saint Louis , si Ion en excepte toutefois l'attentat du Vieux ou plutôt du scheik de la Montagne ; mais cet épisode tenible appartient exclusivement à la monographie du pieux monarque.

Les réunions apparentes qui se firent au commencement de l'année 1241 donnèrent naissance à de nouvelles infidélités. Le roi de Navarre, le comte de Toulouse , celui de la Marche , et un grand nombre d'autres seigneurs s'y trouvèrent , comme aussi quantité de jeunes gens des maisons de France à qui Louis donna l'ordre de la chevalerie. Le prince Alphonse fut du nombre des nouveaux chevaliers ; cette cérémonie eut lieu dans la ville de Saumur, où le roi iint ce qu'on appelait alors une coitr plénière (84). Les grandsseigneurs demeuraieniordinairemenî dans leurs domaines ; mais de temps en temps les souverains les réunissaient en cour. Ou v voyait les rois

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couronnés de leurs diadèmes et revêtus de toutes les marques de leur disfoiié. Si dans ces assemblées il y avait moins de délicatesse et de recherche que dans celles qui ont lieu de nos .jours, il y paraissait peut-être autant de majesté et de giandeur. Joinville appelle la cour pléiiièie de Sanmur , la noupureille chose qu'on eût oncqves veue : non-seulement les archevêques , les évêques et les abbés du royaume y assistèrent , mais encore presque toute l'armée s'y trouva. I.c naïf sénéchal nous a laissé une longue et curieuse desciiption du festin qu'y donna le monaique , lequel , comme Charlemagne , savait soutenir avec éclat, loi'squil le fallait . la gloire de la couronne et la splendeur de sa haute position. Louis et Blanche occupaient les deux extrémités de la table. La reine était servie par le comte de Boulogne , le bon comte de Saint-Paul, et un jeune Allemand de dixhuit ans. On disait que celui-ci était fils de sainte Elisabeth de Thuringe : « La royne Blanche le besoit ou front par devocion . pource que ele entendoit que sa mère li avait maintes foiz besié (85). »

Dans notre siècle de corruption civilisée, on ne concevra peut-être pas une semblable dévotion. Mais si l'on considère l'époque où vivait Blanche de Castille, la foi vive de cette reine, la pureté de ses mœurs , le récit de Joinville nous révélera une action de naïve chasteté et de piété solide.

Ce fut vers le même temps qu'on publia une croisade en France pour secourir les chrétiens de la Palestine ; cette croisade précéda de neuf ans celle que

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fit saint Louis, et doîil nous parlerons plus tard. Les seigneurs qui s y engagèreni furent ceux qui avaient troublé le commencement du règne de Louis et la régence de la reine Blanche de Casiille. Thibaut de Champagne était du nombre ; il s'était obh'gé par traité à celte expédition lointaine pour obtenir le pardon de ses révoltes. Les barons, de leur côté, voulaient également réparer , par le pèlerinage d'outre-nier, les fautes qu'ils avaient commises envers l'autorité légitime.

Mauclerc fut placé par le souverain Pontife luimême à la tête de l'armée croisée, et eut la disposition de tous les trésors rassemblés pour la délivrance de la Terre-Sainte. C'était une reconnaissance publique et solennelle de la soumission du duc , d'ailleurs un des plus habiles guerriers de l'époque (86). On ne saurait croire combien cette croisade d'otitre-mer contribua puissamment à soumettre tous les partis du royaume, par l'absence des vassaux les plus mutins et les plus remuants.

Quand do-ic Tabbé V^elly avance que la lèpre fut le feul résultat des croisades . il parle le langage de '^^ollaire, et redit une inqualifiable ineptie. Nous voudrions pouvoir citer ici les appréciations de M. Michaud et de M. d'Exauvillez (87) sur l'influence et les suites des croisades : on venait combien les évéuemonts religieux gagnent à être étudiés par des hommes d'une science solide ; les croisades , en particulier , nous apparaîtraient environnées des bienfaits qu'elles ont produits dans le monde de la

civilisation, de la politique . des sciences, des lettres et des beaux-arls.

Nous ne suivrons point le fil de ceîte expédition , ni les faits qui ont un rapport direct avec le règne du fils de Blanche. Nous nous contenterons d'observer que, pendant une certaine période, le nom de la reine mère ne se montre point dans l'histoire d'une manière explicite ; seulement on sent à chaque pas la puissante influence de cette femme illustre sur les affaires politiques et reliç^ieuses du pays ; son fils gouverne, mais il gouverne et administre par elle, et c'est par elle qu'il fait le bonheur de ses sujets et la splendeur de la France. Rien n'échappe aux regards de Louis IX, parce que rien n'échappe à la pénétration de sa mère, qui fera l'admiration de tous les siècles , et que n'ont pu flétrir toutes les calomnies jetées sur sa gloire par la vengeance et la fureur de la ligue.

Pendant que la chrétienté continuait à retentir des prédications d'une croisade nouvelle, d'innombrables armées de Mongols répandaient partout la terreur , les ruines et la mort. Après avoir achevé la conquête de la Chine, ces barbares avaient ramené leurs cohortes dévastatrices vers la Russie, et inondé, pour ainsi dire, la Pologne et la Hongrie. Ils envoyaient des lettres menaçantes à tous les peuples. Leur général . qui prenait le titre Oî' Envoyé du Très- Haut , se disait chargé de dompter les nations qui lui étaient rebelles. Les têtes de ces barbares , dit un auteur contemporain, étaient grosses et dispropor*

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