‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 17 sur 49 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La reine prend dos mesures pour empêcher !e retour des troubles. — Sa sanlé s'allère. — Elle fail desinslances auprès de son fils pour l'engager à revenir. — Louis lui mande qu'il a pris la résolulion de rester en Palestine quelque temps encore. — Cetle disposition du roi hâte la mort de Blanche. — Cetle princesse va à Melun; elle continue à donner ses soins aux affaires. — Elle est attaquée d'une fièvre lenle. — Sa mort et sa sépulture. — Épitaphe de Blanche. — Résignation chrétienne de saint Louis. — Réfle.\ioas.

Ce fut apparemment à la suite des troubles graves causés par les pastoureaux , que Blanche se vit obligée de faire de nouveaux règlements pour empêcher le retour de semblables désordres. Elle eut principalement en vue la ville et l'Université de Paris , et voulut s'opposer à ce que d'autres vagabonds s'introduisissent dans la capitale à l'instar du fameux Jacob, ou à ce que des hommes dangereux vinssent agiter rUniversilé, et jeier encore la perturbation au centre même du royaume. On voit dans les édils et ordonnances de ce temps l'ordre exact que la régente fit observer, les serments que les ofïiciers de la ville, les bourgeois et les régents de l'Université devaient prêter en cetle occasion , et les autres mesures de police qu'on employa pour purger la capi-

taie de tous les individus suspects ou dangereux. Cependant Blanche s'affaiblissait tous les jours sous le poids des chagrins , plus encore que sous celui des années. Elle adressait à son fds les plus vives instances pour l'engager à revenir dans le royaume. Le prince ne pouvait guère se dispenser de se rendre aux désirs légitimes d'une mère si tendre , et de tout un peuple qui demandait à revoir son roi. Mais d'un autre côté, en quittant la Palestine, il abandonnait les chrétiens d'outre- mer à la perfidie des infidèles, qui ne manqueraient pas , dès qu'il serait parii , de rompre la trêve qu'il avait faite avec eux. Louis assembla donc les principaux seigneurs, et leur demanda leur avis , sans laisser échapper la moindre parole qui pût trahir ses desseins. Afin de donner à chacun le temps d'y penser, il déclara qu'on s'assemblerait de nouveau au bout de huit jours. On se réunit en effet au temps fixé , et il fut résolu , à la pluralité des suffrages , que le roi devait au plus tôt retourner en France. Le comte de Jaffa, le sire de Joinville et Guillaume de Beaumont , maréchal de France, furent constamment d'un avis contraire; Joinville surtout parla dune manière si persuasive et si touchante du sort des malheureux prisonniers qu'on abandonnait à la merci des infidèles , et qu'on savait être exposés ou à une mort certaine on à l'abjuration de leur foi , qu'il tira des larmes des yeux de tous ceux qui l'entendirent. 11 fit voir la possibilité de lever une puissante armée, et insista fortement sur la honte attachée à un départ précipité. Les rai-

sons ne ramenèrent personne à son avis ; mais Lonis , qui ne s'expliqua point encore, fit pressentir son dessein en remeitant la décision à huitaine. Ce terme étant expiré, il convoqua une tioisièine assemblée, et dit à ceux qui la composaient , que sa présence ne lui paraissant pas absolument nécessaire dans son loyaume, où la reine sa mère gouvernait avec tant de prudence , il avait résolu de rester encore quelque temps en Palestine , pour donner du secours aux infortunés habilanis de ce pays ( 1-252).

Cette disposition du roi ne contribua pas peu à liàler la mort de la régente. A la nouvelle qu'elle en reçut, elle ressenti t une douleur violente, et sou corps, déjà si affaibli, en éprouva une atteinte qui eut les suites les plus funestes.

Les médecins , voyant le délabrement de la santé de Blanche, furent d'avis qu'elle quittât Tair de Paris, et qu'au commencement de Tété suivant (1253) elle allât dans la ville de Melun, où elle se plaisait beaucoup. La princesse, en elTet, y passa Télé et l'autonme de celle année; mais, malgré les charmes que lui offrait celte ville chérie, elle sentit ses forces diminuer avec une eHrayante lapidilé. Celle femme courageuse n'en continua pas moins à gouvcrnei' les affaires du royaume, et à soutenir par la vigueur de son esprit le fardeau d'une charge aussi pénible qi'ie la sienne. Il est vrai qu'alors elle pouvail être assistée par ses deux (ils, les comles de Poitou et d'Anjou; toutefois elle voulut toujours remplir le principal rôle dans le gouvernement, et son indis-

posilioQ ne l'empêcha jamais de donner , jusqu'au dernier soupir, ce qu'elle devait aux intérêts de l'État et à ceux du roi son fils.

Sur la fin de l'automne , Blanche fut attaquée d'une fièvre lenle, mais dangereuse ; les médecins jugèrent bientôt que le Ciel voulait la retirer du monde, qui n'était pas moins le théâtre de son martyre que celui de sa gloire. Aussi la reine , se sentant assez ellemême pour voir ce qu'elle devait faire en une occasion si importante, commanda qu'on la ramenât surle-champ à Paris, où elle voulait donner les derniers ordres pour les affaires du royaume , et pourvoir à toutes choses le mieux qu'il lui serait possible avant de quitter la terre.

Après s'être acquittée de ces soins avec ce jugement admirable que Dieu lui conserva jusqu'au dernier instant, elle se prépara généreusement à la retraite des âmes saintes, ou, pour mieux dire, elle réduisit alors en pratique la science de bien mourir , science qu'elle avait étudiée toute sa vie. Blanche, qui ne voulait plus avoir de pensées communes, reçut du Ciel, au plus fort de son mal, une vocation toute particulière. Regnaud , évéque de Paris, lui administra les sacrements de pénitence et d'eucharistie. La reine les reçut avec une angélique piété. Puis elle manda labbesse de Maubuisson , et lui déclara que depuis longtemps elle avait résolu de prendre l'habit de l'ordre de Cîteaux et d'en faire les vœux sous son obéissance. Elle prit en effet cet habit, et fit ses vœux quelques jours avant sa mort. Ensuite elle ordonna

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