PREFACE
Toutefois nous sommes loin de pousser l'adulation jusqu'à prétendre que Blanche de Castille ait été sans délauts. La mère de saint Louis a été une grande femme, une reine incomparable, sans doute; mais sa gloire, son mérite , son génie ne l'ont pas élevée au-dessus de la nature humaine, de cette nature qui n'admet point ici-bas l'idéal de la perfection, Nous serons donc sincère, et autant nous serons porté à préconiser les vertus et les éminenles qualités de celle dont nous allons décrire la vie , autant nous serons Iranc dans l'aveu de ses imperfections. Mais on verra que ces imperfections sont légères, imperceptibles, et qu'elles prennent naissance dans le caractère national de cette princesse et dans l'excès même de son amour pour son fils.
Nous nous sommes appuyé, dans tout notre récit, sur des autorités. Nos recherches ont été longues et pénibles. Les actions de la reine Blanche de Castille se manifestent dans tous les principaux événements de la première moitié du xin* siècle , et cependant il n'y a . pour ainsi dire , qu'un seul ouvrage dans lequel la vie de la mère de saint Louis soit décrite d'une manière proportionnée <à la grandeur du sujet: c'estle livre deCharlesdeCombault,baron d'Auteuil. On a dit de cet ouvrage, composé sous Anne d'Autriche, que c'était une apologie de la régence de celle princesse. Quel motif donnera la critique à l'histoire que nous publions aujourd'hui? nous l'ignorons; cependant nous avons la confiance que l'on n'y verra qu'un monument élevé à une reine digne, sous tous les rapports, d'être rangée parmi les gloires de France. Ce monument, nous avons voulu le construire avec un soin tout spécial , et nous n'avons rien épargné pour nous entourer de matériaux estimables. Afin que le lecteur puisse juger par lui-même de leur valeur historique, nous avons indiqué, dans des notes placées à la fin du volume, les auteurs qui nous ont servi de guide. C'est une des parties les plus essentielles de notre travail ;
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nous l'avons crue nécessaire dans un siècle où le romantisme veut envahir le domaine de Thistoire. Ennemi déclaré de cette tendance , nous n'avancerons rien sans preuves, sans motif solide. Nous insistons sur ce point, parce que souvent nous nous trouverons en opposition manifeste, même avec quelques-uns de nos écrivains modernes qui n'ont pas toujours légitimé leur grand renom par des travaux assez consciencieux. Nous avons eu aussi un autre écueil à éviter : nous voulons signaler cette légèreté que certains historiens du jour affichent, en traitant quelques événements religieux des règnes de Louis VIII, de Blanche et de saint Louis. Une connaissance plus approfondie des faits de cette époque et une étude plus sérieuse de la religion les eussent mis en garde contre cette raillerie soi-disant philosophique qui plaisait aux admirateurs de Voltaire , mais qui n'est plus de mode aujourd'hui.
Nous ne dirons qu'un mot de la partie littéraire de la Vie de la reine Blanche. Un historien doit éviter la recherche dans son style; ses récits exigent cette naïve simplicité qui en fait le charme le plus gracieux et le plus bel ornement. Nous avons tâché de nous conformer à cette règle. Le lecteur jugera si cet essai mérite d'être encouragé ; c'est là notre plus douce espérance !
REINE RLANCHE