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liifeloiiens qui oui condauiné Blanche d'avoir été si dure à l'égard des grands vassaux , ligués contre elle pendant la minorité du jeune monarque. La reine n'eut recours aux moyens extrêmes que lorsqu'elle fut convaincue de l'insuffisance des moyens suggérés par la douceur. La pieuvc en est évidente, irrécusable. Blanche commence par faire trois sommalions : c'est là un procédé temporisateur, elle veut laisser à ses ennemis le loisir de la réflexion. Puis les sommations n'oflrent pas , en cas d'obstination dans la révolte, la seule chance des combats : elles laissent aussi l'option d'iir. tiibunal suprême, solennel, où les ligués seront jugés par leurs pairs et leuis égaux, où la justice aura son cours, où force restera aux droits de chacun. Le sang ne coule même pas; les ligués se somnelienl : la reine leur accoide des conditions extrêmement avantageuses. Pour cimenter cette soumission et rendre efficace la paix , qui en est la suite, Blanche arrange avec une rare habileté . de futures alliances matrimoniales. Ces alliances ont un but tout à fait conciliateur : en promettant d'unir par les liens du maiiage ses enfants à ceux des principaux seigneurs de la ligue, la reine mère veut faire oubher toute idée de division politique. Elle n'abaisse la ligue qu'autant qu'il le faut pour créer un pouvoir oiganisaleur et central; elle ne l'humilie pas , puisqu'elle associe la gloire féodale à la gloire monarchique. Par sa conduite elle semble dire aux ligueurs français : « Vous prenez pouiprétexte de votre révolte la jeunesse du roi et la
régence d'une femme étrangère. Votre intention, sinon avérée , au moins incontestable , est de relever la puissance du système des fiefs , au détriment du principe de la royauté. La féodalité est incompatible avec Tordre public; elle est incapable de produire la civilisation, oublieuse quelle est du bonheur des peuples. Philippe-Auguste a senti cette vérité sociale ; il a déjà réalisé de grands travaux dans ce sens. Ma qualité de mère est pour moi un motif puissant de continuer l'œuvre de Philippe-Auguste , afin de préparer à mon fils un trône digne de lui et une autorité capable de faire le bonheur de son peuple. Le triomphe que je veux obtenir sur vous a donc un double mobile : le bonheur de mon fils et celui de la nation. Associez-vous à moi pour obtenir ces deux résultats , et , en échange de votre coopération, j'unirai vos enfants aux miens par des liens indissolubles, en sorte que la gloire de ma maison deviendra celle de vos familles. Telles sont les conditions que, victorieuse, je vous impose. »
On doit convenir que la ligue ne devait point s'attendre à de semblables conditions , si honorables, si bienveillantes , si pacifiques. Peut-être prit-elle pour de la faiblesse une conduite qui n'était dictée que par l'esprit de conciliation. Aussi voit-on que les seigneurs féodaux tentèrent d'enlever, peu de temps après, la peisonne du roi sur la roule d'Orléans. Cependant, malgré celte audacieuse tentative , que fait Blanche? Que fait cet le princesse si dure à l'égard des grands vassaux '/ Elle se lient dans l'inaction
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la plus complète, elle ne punit personne , et se contente cette fois de montrer aux ligués qu'elle veille sans cesse sur toutes leurs démarches, et que , pour échapper à leurs complots , elle possède l'amour de son peuple.
Les ligueurs s'enhardissent déplus en plus à la vue de l'altitude pacifique de Blanche. Plus de doute : la régente craint d'agir, et pour peu que l'on corrobore la confédération , la régence échappera des mains d'une femme qui n'est pas bien à redouter, lors même qu'elle triomphe.
C'est alors que la faction s'organise d'une manièie vraiment formidable. Le comte de Boulogne, loncle même du roi . se laisse entraîner à la révolte. On s'assemble à Corbeil , on y combine, décide et arrête un plan de ligue, dont les ramifications s'étendent jusqu'au roi d'Angleterre, qu'on arme contre la France. Le duc de Bretagne se met ostensiblement à la tête des révoltés ; on brûle les villes , on pille les châteaux du jeune Louis, on sème partout l'épouvante et le deuil.
A cette troisième manifestation de la féodalité menaçante , Blanche de Caslille prend enfin une résolution énergique. Elle assemble son armée , se met en marche avec son jeune fils au cœur d'un hiver excessivement rigoureux , et va droit à Bellême , qui paraissait être le foyer de la rébellion, le centre des opérations féodales. Bellême , après une résistance vigoureuse et désespérée , ouvre ses portes à l'armée royale. Les habitants de la Haye-Paj senel , en Nor-
mandic, avaient aussi levé l'étendard de la ligue; Blanche met sur-le-champ ces insurgés à la raison. Kédon ne peut résister à un premier assaut. Ghantoceaux se rend avant l'atlaque. Le roi d'Angleterre regagne précipitamment ses États. Le duc de Bretagne, cerné de toutes parts, ne trouve plus de salut que dans la clémence de la reine.
La soumission de la ligue ne fut point de longue durée. On se rappelle que Blanche eut l'adresse de détacher le comte Thibaut de la confédération féodale. Le comte de Champagne , depuis sa soumission, avait rendu deux services à la régente : il Lavait avertie qu'on voulait s'emparer de la personne du roi sur la route d'Orléans , et il avait concouru à la prise de Bellême. La ligue n'eut pas plutôt connu le premier service dont nous venons de parler, qu'avant d'en venir à la dernière extrémité avec le comte de Champagne, elle lui proposa un mariage qui devait ou rétablir tout Lensemble , toutes les forces de la faction, ou donner, en cas de refus, un prétexte plausible à une vengeance impatiente déclaier. 11 s'agissait d'unir Thibaut à la fille de Pierre de Dreux, duc de Bretagne , c'est-à-dire qu'il s'agissait d'entramer un serviteur du roi dans le parti des rebelles , et de l'attacher à leur chef par les liens du sang. C'était une contre- partie de la conduite de Blanche de Castille : celle-ci avait jeté la désunion dans le camp des ligueurs pour mieux les soumettre; les ligueurs voulaient . à leur tour, désunir les partisans de la royauté , pour mieux détruire ou au moins
pour mieux affaiblir une puissance, une autorité, qui menaçait si fortement les prétentions féodales. Blanche avait également eu recours aux projets d'unions matrimoniales pour vaincre la confédération. En offrant la main de la fille de Mauclerc au comio de Champagne, les grands vassaux contrefaisaient encoie la conduite politique qu'avait tenue la reine mère à la paix de Vendôme.
Thibaut , homme assez imprévoyant d.ms ses démarches , n'avait nullemenl réfléchi aux conséquences que devait entraîner un seniblable mariage, et 11 y avait consenti. Blanche de Casiillc ouvrii les yeux au prince imprudent, et lui déoouviit le piège qui était tendu à sa bonne foi. Alors le comte s'empressa de retirer un consentement qui avait été plutôt extorqué que donné.
Ce fut le signal d'un déchaînement de toute la ligue contre Thibaut de Champagne. En un instant, celuici se voit assailli de toutes paits : la ville de Troyes est assiégée, la Champagne couverte de ruines. Les barons se conduisent avec une insolence brutale; Pierie de Dreux surtout se montre le digne chef d'une si horrible vengeance. Mais Blanche paraît, et la ligue , encore une fois , est dissipée par la force des armes avec une rapidité qui étonne. Peu après, le duc de Dreux, qui voulait encore relever la tôle, fut à tout jamais écrasé par la puissante main de Blanche. Jusque-Jà cette princesse avait évité d'en venir au:; mesures violentes ; iMauclerc l'y contraignit par son inébranlable obstination dans la révolte.
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Blanche dut enfin sévir, et la ligne finit avec la régence. A sa majorité, Louis trouva ie trône affermi, la discorde civile éteinte , les ennemis de l'État terrassés, la puissance royale dominant toutes les autres puissances, la féodalité vaincue, affaissée, détruite.
C'était là un beau triomphe pour une femme; c'était un terrible démenti donné aux partisans de l'incapacité du sexe à diriger les destinées du royaume de France. Bien d'autres reines auraient dit : « La royauté s'élève maintenant sur les ruines de la féodalité; les forces de la ligue sont brisées: tout est fini I» L'œuvre de Blanche ne s'arrêta point seulement à ce beau triomphe de la puissance royale sur le système politique des fiefs-, son œuvre , à elle , eût été imparfaite. La régente ne se contente pas de sanctionner et d'affermir en France le pouvoir exécutif, elle commence le pouvoir législatif, qui se dessine , sous saint Louis, par de sages règlements généraux , lesquels ne froissent personne , corrigent les abus dont tout le monde se plaint , et ouvrent ainsi la voie aux grandes mesures légales qui ont eu lieu dans les règnes suivants. 11 fallait un prince modèle, un prince type, pour affermir les travaux de Blanche; celle-ci ne ménage donc rien pour former Lo;;is IX et en faire un grand saint , un grand roi , un grand héros , un grand politique , un grand législateur. Les faits justifièrent de l'habileté de cette mère incomparable ; on peut lire les jugements que les historiens ont portés sur saint Louis : Voltaire , M. de Château-
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briand, M. Guizot, c'esi-à-dire les incrédules, les catholiques et les prolesianls ont reconnu la grandeur du pieux monarque , lénergie de sa bravoure , rétendue de ses vues politiques . l'équité de ses jugements, la sagesse de ses lois, rinflexibilité de sa justice, la bonté de son cu'ur, la délicatesse de sa conscience, la sainteté de ses mœurs.
La seconde partie de !a •;olitique de Blanche avait l'ordre religieux pour objet. En vertu de l'alliance qui existait entre la dynastie capétienne et l'Église , et indépendamment des sentiments personnels de la reine , il fallait protéger le catholicisme, religion de l'Europe, religion de la France , religion de la nouvelle dynastie. Ici, pour Blanche , il y avait à tenir une conduite de conviction , et une conduite de reconnaissance. On ne doit point l'oublier : c'est le catholicisme qui fixa la couronne sur la tête des successeurs de Hugues Capet, et c'est le catholicisme qui , à l'entrée de la lutte tentée par la ligue , posa une impénétrable barrière entre la personne de Louis IX et la confédération des vassaux révoltés La cérémonie du sacre du jeune roi fut la sanction de l'Église, et comme un contrat passé entre la puissance royale et la puissance religieuse, au contraire, tout ce qui avait pour but de faire triompher la ligue , avait aussi pour but d'assurer le succès de Ihérésie. Ligue et hérésie étaient donc des synonymes pour la reine Blanche, comme monarchie et catholicisnie l'étaient pour la ligue. C'est un fait évident , et qu'il est impossible de contester avec quelque apparence de rai-
son , lorsqu'on a lanlsoit peu approfondi celte période de notre hisioire. C'est ainsi , par exemple , que la ligue méridionale sidentifie avec l'hérésie des Albigeois, et que Pierre de Dreux, chef de la ligue du Nord . veut, en cherchant à se saisir du pouvoir politique , secouer le pouvoir religieux.
La conduite de Blanche de Casiille , par rapport à la religion , se manifeste déjà du vivant même de Louis VIII, son époux. Lorsqu'il fallut s'opposer aux excès de tout genre que commettaient les Albigeois dans le Languedoc, le pape s'adressa à la reine Blanche, pour obtenir de Louis VIII une croisade contre eux.
Plus tard , lorsque la reine mère fut investie de la régence du royaume , elle continua la croisade contre les hérétiques méridionaux.
Nous avons lâché de donner une juste appréciation de cette expédition politico-religieuse; nous prions le lecteur de se la rappeler. Sous le rapport chrétien , celte expédition tendait à défendre la religion de l'État, à détruire l'erreur, qui, selon l'expression d'im historien moderne . a toujours fait reculer Thumaniié vers la barbarie. A celte époque , comme toujours, la cause du catholicisme éiait la cause de la civilisation. H y a eu , dans la croisade contre les Albigeois , des abus de détails , des abus de représailles; mais ni l'Église, ni Blanche de Castille, ne les ont jamais approuvés (118). Les doctrines albigeoises étaient, nous l'avons déjà dit, comme un immense volcan placé au sein de la société : elles
menaçaient l'Église , elles menaçaient l'État. D'après elles, les magistrats civils ne devaient point avoir, aux yeux des peuples , une autorité légitime ; et , rien que sous ce seul point de vue , l'anéantissement d'une erreur aussi dangereuse demandait les moyens les y)lus efficaces , les plus forts. Dans notre siècle même, où Ton proclame la liberté la plus illimitée, si , sous prétexte d'une doctrine religimse quelconque , des fanatiques venaient enseigner un principe aussi antisocial que celui des Albigeois , on mettrait bon ordre à leur enseignement , et ce serait chose incontestablement raisonnable. Que si ces fanatiques prenaient les armes pour défendre obstinément leur théorie subversive de toute puissance séculière , nul ne peut dire jusqu'où iraient les moyens qu'on emploierait à bon droit pour dompter leur obstination: peut-être n'aurait-on point la patience de recourir à l'inquisition (119) , et peut-être aussi la croisade qu'on ferait contre eux ne serait-elle pas moins violente aujourd'hui, qu'autrefois sous Louis VllI et Blanche de Castille. Au surplus, il s'agissait de défendre un grand principe , et l'on ne réfléchit pas assez qu'à cette éf )que la société etu-opéenne se trouvait sous l'empir ; de mœurs dures et grossières: il fallait façonner le peuple, et pour obtenir ce résultat , les grands coups étaient seuls efficaces. 11 n'y a rien d'étrange comme d'entendre des auteurs modernes crier à la cruauté en parlant de la croisade contre les .\lbigeois et de l'inquisition établie contre eux, tandis que ces mêmes auteurs.
lorsqu'ils racontent les détails horribles de la révolution française de 1793, n'hésitent pas un seul instant à proclamer que ce fut la plus belle lutte de l'esprit humain contre le despotisme politique et religieux, et que les résultats en ont bien compensé les flots de sang qui ont alors inondé la France et épouvanté le monde entier. Singulière appréciation des incrédules , qui incriminent tout lorsqu'il s'agit de la défense des piincipes religieux , et qui trouvent tout admirable quand il est question de la propagation des idées libérales et anii-catholiques! Jusqu'ici, cependant, la ditïusion du catholicisme a civilisé l'humanité et adouci les caractères âpres des premiers temps du moyen âge , tandis que les efforts faits pour doter les hommes d'une prétendue liberté n'ont fait que fasciner l'esprit des peuples , et ne leur ont donné que de vains mots ou une licence effrénée, en échange de leur sang et du repos public !
Mais laissons là une question irritante; ne froissons personne; contentons-nous de faire un appel à l'avenir. L'avenir fera plus que toutes les élucubrations philosophiques du monde : il dessillera les yeux de notre génération malade et enivrée. Dieu aime à guérir les hommes | ar l'expérience de leurs propres excès ; et les trésors de sa bonté sont si infinis, que, lorsque tout semble désespéré, il sait tirer l'énergie et la vie des entrailles mêmes de la mort. Laissons faire Dieu : il est patient , parce qu'il est éternel. Si notre pauvre Europe entre encore dans le plan de ses miséricordes , il souillera siu- les ossements séchés
et désunis du siècle, et soudain surgira une nouvelle génération dhommes , vigoureux par leur croyance, par leur foi , p:ir les éléments civilisateurs que le catholicisme renferme toujours dans son sein. Alors seulement le progrès sera possible.
Abordons maintenant la troisième tâche qui incombait à la politique de Blanche de Castille : l'agrandissement teri itorial de la France.
D'abord le mariage de Blanche avec Louis VIII procura la ratification de tout ce qui avait été conquis par les armées françaises sur l'Angleterre. Le monarque anglais ajouta même , en faveur de cette union , C-hàteau-Raoul , Issoudun , Grassay , et les fiefs tenus en Berry pai- André de Chauvigny, à la charge de réversion si Louis mourait sans enfants; comme aussi , s'il décédait lui-même sans en avoir, il lui abandonnait tous les fiefs que les comtes d'Aumale . du Perche et de Cournay possédaient en France.
Mais Blanche fut plutôt l'occasion que la cause de ces accessions territoriales.
Nous nous contenterons d'emprunter ici le document fourni par M. Guizot, dans son Histoire de la Civilisation en France ; c'est le tableau de ce que saint Louis ajouta à son royaume, soit par sa mère la reine Blanche , soit par lui-même , et tantôt à prix d'argent, tantôt par déshérence, tantôt par d'autres arrangements. On peut légitimement attribuer à Blanche de Castille tous ces agrandissements territoriaux , puisque le pieux monarque , même lorsqu'il
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fut devenu majeur en 1236, ne fit jamais rien , sauf la croisade d'Orient , que par linspiration de sa mère.
Voici ce tableau.
Furent adjoints au royaume de France :
1° En 1 2-29 : Ifs domaines du comte de Toulouse , sur la rive droite du Rhône , savoir : —le duché de Narbonne , — les comtés de Béziers . Agde, Maguelone, Nîmes , Uzès et Viviers. — une partie du pays de Toulouse, — la moitié du comté d'Alby, — la vicomte de Gévaudan, — les prétentions du comte de Toulouse sur les anciens comtés de Velay , Gévaudan et Lodève ;
2° En 1234 : les fiefs et le ressort des comtés de Chartres, Rlois et Sancerre, et la vicomte de Châteaudun.
3' En 1239 : le comté de Mâcon ;
4° En 1255 : le comté du Perche :
5° En 1262: les comtés d'Arles, Forcalquier, Foix et Cahors :
6" A diverses époques, plus-ieurs villes avec leurs territoires, qu'il serait trop long dindiquer en détail (120).
Ce simple aperçu parle plus haut que tout ce que nous pourrions dire en faveur de la politique de Blanche , politique qui avait pour but constant d'agrandir l'héritage de Philippe - Auguste et le rovaume de saint Louis. II est facile de constater ici les nombreux succès qu'obtint, dans ce cercle de travaux politiques, le génie de l'immortelle régente qui vient de nous occuper.
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Maintenant, si l'on passe à la seconde régence de Blanche de Castille , on y verra la réalisation du plus magnifique résultat qui fut jamais. L'histoire ne nous a transmis que peu de détails sur cette seconde régence : elle s'est contentée de nous dire que . pendant le pèlerinage de saint Louis, sa mère n'avait pas moins fait pour le bonheur du royaume qu'à l'époque de la minorité du roi.
La vie de Blanche . pendant la minorité de saint Louis, fut assurément une suite continue d'actions énergiques, éclatantes, guerrières ; elle présente un tableau vif et animé de victoires qui se succèdent avec une étonnante rapidité. Les chroniqueurs sont pleins du récit de ces hauts faits militaires. Quant aux actions de notre relue pendant l'expédiiion d'outre-mer, les auteurs du temps semblent ne pas s'y arrêter ; on dirait qu'attentifs seulement au cliquetis des armes , tout autre bruit que celui de la guerre des croisades n'a pas frappé leur oreille , et ne mérite point de passer à la postérité. Il est donc évident que les travaux de Blanche sont ici d'une autre nature que ceux qui caractérisent sa première régence. Ces travaux constituent le côté purement administratif de son œuvre : c'est la partie la moins connue , et cependant cest pour nous la plus précieuse , la plus intéressante, c'est celle qui doit nous faire bénira jamais le nom de Blanche de Castille.
Un grand fait domine toute la seconde régence de la mère de saint Louis : fait Incontestable , transmis soigneusement par les historiens, et qui fut l'origine
de la liberté civile de l'Kurope ; nous voulous parler de V affranchissement des communes.
A cette époque , il y avait en France deux sortes de serfs : les uns étaient tellement sujets , que leur seigneur pouvait prendre tant qu'ils avaient à mort ou à la vie , et leur corps tenir en prison toutes les fois quil leur plaisait , soit à tort, soit à droit, qu'ils n'en étaient tenus à répondre fors à Dieu. Les autres étaient traités dune manière plus humaine : ils n'étaient sujets qu'aux amendes pour méfait, aux cens, rentes et droits ordinaires. S'ils mouraient on s'ils épousaient une femme franche ou libre (ce qu'on appelait [or mariage^ , leur succession mobilière et immobilière appaitenait au seigneur (121).
Ce qui perpétuait cet état de choses, c'est l'autorité absolue que les grands vassaux exerçaient sur les hommes de leurs fiefs. Cette autorité n'avait point de contrôle supérieur, parce que les seigneurs avaient de& justices souveraines et indépendantes.
Les bénéficiers ecclésiastiques avaient même des serfs, comme les seigneurs laïcs. Cet abus s'était glissé dans l'Église de France par suite des croisades en Orient. Le pape Eugène III, à l'exemple d'L'rbain II , avait engagé les Fiançais à prendre les armes pour la défense des chrétiens orientaux. Il accordait aux croisés la permission d'engager leurs fiefs à des églises ou à des parlicidiers, pour avoir l'argent nécessaire à l'expédition de la Palestiue(122). De là , les bénéfi(;iers el le clergé eu vinrent insensi-
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blement à avoir des serfs , par l'achat qu'ils firent de certains fiefs féodaux.
Blanche, qui voyait avec peine des ser/^- sous la puissance des laïcs, ne put souffrir qu'il y en eût sous la puissance du clergé. Elle décida Tanéantissenient de la servitude dans ses États -, elle voulut que tous les Français fussent les sujets du roi de France . et non les esclaves de personne.
La reine commença cette grande réforme sociale par raffrauchissement de la connnune de Chàtenay, C'était une première mesure qui offiait quelques difficultés d'exécution. Le lecteur se ressouvient sans doute des détails de cet afiranchissement , de ce fait qui couvrirait seul de gloire la reine Blanche, si déjà sa vie ne nous offrait une merveilleuse série d'actions qui placent bien haut cette illustre princesse.
En affranchissant la commune de Chàtenay , Blanche de Castille entamait la réforme par le clergé, et, qui plus est, par le chapitre de Paris \ c'était , comme on le voit , aborder le point le plus compliqué de la question. Telle avait été constamment la règle de conduite de Blanche : cette femme énergique allait toujours droit au but, sans tergiverser, sans prendre des (hemins longs et tortueux. Elle aurait pu affranchir une commune appartenant à un seigneur laïc ; mais , pour cela , il fallait que le seigneur à qui eût appartenu cette commune , se fût rendu coupable d'excès par trop criants ; or, c'est ce qui n'arriva point. Partout il y avait bien des
tyrannies , des injustices , du despotisme ; mais ces tyrannies, ces injustices et ce despotisme étaient appuyés sur des coutumes féodales , en sorte que l'esclavage populaire se trouvait humainement légitimé. Blanche était certainement bien éloignée d'approuver une pareille légitimation ; mais elle devait sauver les apparences , et ne partir que d'un abus d'autorité féodale si marqué , si patent, qu'elle pût en faire la base ou le prétexte d'une réforme générale et coniplète.
11 y avait aussi de la politique à commencer en cette occasion par le clergé, puisque ainsi la régente semblait n'épargner personne , pas même les gens d'Église. Le fait est que Blanche ne sut jamais souffrir l'injustice, de quelque part qu'elle vînt ; pourtant elle fut toujours profondément dévouée à la religion, dont elle défendit les véritables intérêts en s'opposant aux vexations du chapitre de Paris. Les fjutes particulières de quelques membi es du clergé ne doivent jamais être imputées à l'économie fondamentale du catholicisme; sévir, en ce cas, contre ces membres coupables, ce n'est point persécuter l'Église: c'est la servir, en servant la cause de la justice. Ici . Blanche ne voulait point attaquer le clergé, de même qu'en détruisant la féodalité elle ne voulait pas anéantir la noblesse. Le clergé et la noblesse existeront toujours, quoi qu'on fasse pour niveler la société: seulement il sagit d'extirper certains abus extrinsèques qui , de temps en temps, apparaissent dans la cléricature et dans la
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noblesse , comme des excroissances nuisibles sur le tronc de quelques arbres. Observons aussi que la réforme tentée par Blanche n'avait pas un but clériro-moral : c'était tout simplement une affaire civile et politique.
Il va encore dans l'affranchissement de Châîenay plusieui-s points importants qui ne doivent pas être ici passés sous silence.
D'abord Blanche détruisait lindépendance des grands vassaux et de \envs courx de jifstice. .lusquelà personne navait rien à voir dans ladministration intéiieure des domaines féodaux. La régente commence , elle . par établir une justice centrale , destinée à contrôler les justices diverses du royaume -, elle prie les chanoines de faire sortir de prison les habitants de Châienay , les assurant qu'elle s'informera de tout et rendra bonne justice. C'était porter le dernier coup à la féodalité , c'était lui ôter la dernière ressource d'existence. A partir de cet acte, le système féodal pouvait bien paraitie encore le simulacre de quelque chose ; mais ce n'était plus qu'une ombre qui allait bientôt se dissiper aux brillantes clartés de la civilisation.
Puis la reine Blanche ajoute une autre condition à l'affianchissement de la commune pour laquelle elle s'intéresse ; c'est une condition pécuniaire. Elle oblige le chapitre de Paris à rendre libres les habitants de Châtenay . moyennant une certaine somme, payable partiellement chaque année. Cette commune fut ainsi affranchie pour une somme totale
de 14,000 livres. C'était beaucoup, sans doute, pour celte époque : mais certes c'était bien peu en comparaison de la liberté civile d'une multitude de créatures humaines.
En imposant une condition pécuniaire , Blanche de Castille n'avait pas la prétention dolîrir un appât puissant au chapitre pari-ien , qui était assez riche poui- préférer l'aulorilé à une poignée d'or ; cette condition cependant était une précieuse ressource à l'époque de la mère de saint Louis. Les frais énormes qu'entrainiiient apiès elles. les cioisades épuisaient les trésors des grands vassaux . et forçaient en quelque sorte ceux-ci à s'emparer avec joie d'un moyen prompt et facile de remplir leurs coffres vides. Dans ces transactions , évidemment les seigneurs perdaient ; mais en revanche la société tout entière gagnait beaucoup. Blanche, au rapport des historiens , procura plusieurs de ces transactions , et ouvrit ainsi une large voie à la liberté communale, qui changea si complètement la face de TEurope.
Lafîranchissement des communes ne fut pas le seul grand acte de la seconde régence de la reine Blanche : on cite encore l'ordre admirable qu'elle sut mettre dans les finances du royaume ; les mesures sages qu'elle piit pour s'assurer de la paix du côté de l'Angleterre . de TAllemagne , du Languedoc ; et la dispersion de linnonibiable cohorte des pastoureaux, ligue qui menaçait d'être autrement redoutable que celle des barons français.
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Telles sont les considérations philosophiques que nous avons cru devoir donner sur l'ensemble de la vie de notre reine immortelle. Ces considérations ne serviront pas peu, nous en avons l'espoir, à faiie l'essortir toute Thabileté politique de Blanche de Castille. Les actions de celte princesse n'ont pas été , qu'on se le persuade bien, des faits isolés , sans liaison , sans suite et sans but généial. Tout a été coordonné dans cette vie héroïque , agitée, sublime ; tout pivote sur un amour maternel sans exemple ; et , chose merveilleuse I l'objet de cet amour maternel s'identifie avec la cause de la civilisation ; en sorte que cette cause devait infailliblement être gagnée, puisqu'elle avait deux auxiliaires triomphateurs : les plus pures et les plus véhémentes affections de la nature , et l'un des génies les plus beaux, les plus énergiques , les plus puissants des temps modernes.
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