CHAPITRE XVI
Coup d'oeil digressif sur les régentes de France depuis Blanche de Caslillejusqu'ànos jours. — Jeanne de Navarre. — Jeanne de Bourbon. — Isabeau de Bavière. — Anne de Beaujeu . — Anne de Bretagne.
— Louise de Savoie. — Catherine de Médicis. — Marie de Médicis.
— Anne d'Espagne. — L'impératrice Marie-Louise. — Réflexions sur l'état présent de la France par rapport à la question de la régence-
Le roi Philippe le Bel, un des plus sages monarques qui ait occupé le trône de France, et l'arrière-petit-
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fils de la reine Blanche de Castille, déclara régenie du royaume Jeanne de Navarre, son épouse, par une charte de Tannée 1294. Celte régenre n'eut point lieu , parce que la reine mourut, et que Louis Je Hutin , son fils, était majeur lorsque Philippe le Bel décéda.
Charles V , surnommé à bon droit le Sage , confia la régence du dauphin Charles , son fils aîné , ainsi que celle de l'État , à la reine Jeanne de Bourbon sa femme , et aux fils de France ses frères. Mais la reine mourut avant Charles V.
Charles VI destina solennellement la reine Tsabeau de Bavière, son épouse, avec ses frères et d'autres princes, au gouvernement du dauphin et du royaume. Toutefois, au milieu des troubles de la France et par suite du mauvais état de la santé de Charles VI , ce monarque prit ou souffrit que d'autres prissent sous son autorité une foule de dispositions contradictoires au sujet de la régence , en faveur de la reine et de diverses autres personnes.
Après la mort du roi Louis XI, Anne de Beaujeu, sa fille, eut l'administration des affaires et la conduite de la personne du roi Charles VIII , son frère . pendant la minorité de ce prince. Anne de Beaujeu maintintavec habileté le litre et l'aulorité de régente, malgré toutes les difficultés qu'on lui suscita.
En 1505, le roi Louis Xll fit son testament, dans lequel il donnait , en cas de mort , la régence de l'Éiat à la reine Anne de Bretagne, sa femme , et à Louise de Savoie, comtesse d'Angoulême et mère
de François duc de Valois et successeur présumé de la couronne. Les dispositions testamentaires de Louis XII, relatives à la véj.ence, furent inutiles, pnisqu'à la mort du roi François l^"" était majeur et montait sur le trône.
Cette même Louise de Savoie , comtesse d'Angoulême, fut déclarée régente du royaume en l'absence de François F"" son fils, conformément aux lettres que ce prince donna à Lyon, le 15 juillet 1515, avant de se rendre en Italie pour le duché de Milan. Elle eut encore la régence une seconde fois, par lettres du 11 août 1523 : ces lettres ne furent toutefois mises à exécution qu'en 1524. Enfin , Louise fut nommée régente pour la troisième fois pendant la captivité du roi son fils en Espagne. Cette troisième régence lui fut décernée par un édit de l'an 1525 , à condition que, si elle venait à mourir, elle serait remplacée par Marguerite de France , duchesse dWlençon, sœur unique de François I^"". Cet édit cependant demeura sans effet, à cause des traités de Madrid et de Cambrai ; il fut néanmoins envoyé en France et enregistré au parlement , aussi bien que les déclarations précédentes.
Le roi Henri II , avant d'entreprendre son voyage d'Allemagne e:i 1551 , se rendit au parlement, où il tint sou lit de justice le 12 du mois de février. Là . il di'clara de vive voix la reine Catherine de Médicis , sa femme , régente du royaume en son absence. La régence de Catherine eut lieu. Cette princesse fut encore régente en 1553 , pendant un second voyage
du roi son époux en Allemagne. En 1560, Catherine de Médicis fut une troisième fois déclarée régente par le roi François 11 son fils. Elle eut en effet le gouvernement de TÉial pendant la minorité de Charles IX, sou second iils et frère du feu roi. L'autorité de régente fut enfin déférée, pour la quatrième fois , à cette reine par le roi Charles IX à ses derniers moments.
A la mort de Henri IV, le parlement déclara, le 14 mai 1610 , Marie de Médicis régente de l'État , de la personne du roi et des autres membres de la famille royale , aux grands applaudissements de tout le royaume.
Louis XIII , averti par les dangers que , durant sa minorité , la régence avait fait courir à l'État, voulut en régler et en modérer les pouvoirs, dans le cas où il laisserait son successeur en âge de minorité. Par une déclaration du mois d'avril 1643 , il ordonna que la reine Anne, infante d'Espagne, serait régente jusqu'à la majorité du dauphin; que le duc d'Orléans, son fi'ère , serait lieutenant général du royaume, sous l'autorité de la reine ; et qu'il serait formé un conseil de régence qui réglerait , à la pluralité des voix , toutes les affaires importantes du royaume. Mais après la mort du roi , le duc d'Orléans et le prince de Condé ayant déclaré qu'ils ne voulaient d'autre part dans les affaires que celle qu'il plairait à la reine de leur donner, le parleuienl , mettant de côté la déclaration du feu roi, pioclama la reine mère régente du royaume ; et au lion du conseil de régence qu'avait
composé lui-même Louis XIII et qui devait décider les questions à la pluralité des voix , le parlement déclara que la reine pourrait faire choix de telles personnes de probité et d'expérience qu'elle jugerait convenable, sans que pourtant, est- il dit, elle soit tenue de suivre la pluralité des voix , si bon ne lui semble.
Enfin, par lettres patentes du 30 mars 1813, Napoléon déféra la régence à l'impératiice son épouse avant de partir pour la campagne de Saxe (125).
Au moment où Ton imprime ces lignes (1 842) , les chambres législatives sont assemblées par Louis-Philippe pour prendre une grande décision relative à la régence du royaume. Quil serait à désirer pour notre pays qu'une nouvelle Blanche de Castille vînt encore retenir, au bord de l'abîme, l'héritage de saint Louis, dans les jours mauvais, dans les jours de tourmente et d'épreuves politiques , que la Providence nous destine peut-être I