‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 22 sur 49 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ici s'arrête notre tâche , ici se termine l'essai que nous offrons au public en réclamant son indulgence. L'Histoire de la reine Blanche de Castille eût exigé sans doute une plume plus exercée, plus élégante, plus profonde que la nôtre-, mais, en re-

vanche, nous avons appoilé dans la rédaction de notre livre un sincère et ardent amour de la vérité ; nous espérons que cet amour nous vaudra quelque sympathie de la part des sages ennemis de riiisioiie conjecturale.

« Depuis tiois siècles , a dit M. le comte de Maistre-, Ihistoire esi une conspiration permanente contre la vérité. » L'incrédulité philosophique et protestante . sans se niellre en peine des preuves , sans aller aux sources des faits , sans écouter la voi\ impartiale dune saine et rigoureuse critique , a jeté son sarcasme nétrissant sur tout ce qui était religieux , sur tout ce qui pouvait contrarier, même iiidiiectement, sa mission désorganisatrice. L'histoire est donc à refaire : immense et pénible labeur qui coûtera bien du temps et des peines.

A la eonjeclure , source de mille erreurs , il faut désormais opposer des monuments historiques irrécusables \ Tappréciaiion superficielle des faits doit être remplacée par un examen profond des événements, des causes qui les ont amenés, des conséquences qu'ils ont préparées et produites. Il faudra s'arrêter souvent sur la route, il faudra interrompre bien des fois le lécil dun fait, pour entrer dans une discussion franche , dans une polémique toute de réhabilitation ^ cette marche donnera à Thistoiie une physionomie de lutte littéraire, un caracière philosophique, une allure étrange, si Ton veut ; n'imi-orie, c'est une nécessité qu'on doit subir, c'est une arène dans laquelle est forcé de descendre un auteur cou-

sciencieiix , pour coaibaltre des erreurs multipliées qui défigurent tout.

Celte manière de procéder donnera aux Biographies une imporlauce que, sans cela, elles n'ont point par elles-mêmes. Les biographies deviendront ainsi des documents précieux, de véritables arsenaux dans lesquels tous les événements particuliers, tous les détails historiques, auront été passés au creuset d'une critique vraiment impattiale. Alors l'historien philosophe n'aura plus à consumer son temps dans la rectilicaiion dune infinité de détails secondaires : les matériaux étant bien recueillis , bien préparés, bien vériliés, il n'aura plus qu'à s'en emparer, pour en former un tout qui s'élève à la hauteur d'une histoire générale.

C'est du moins la pensée qui nous a constamment dirigé dans la rédaction de VHistoire de la reine Blanche , mère de saint Louis. C'est une page de notre histoire nationale (lue nous avons voulu refaire; c'est notre quote-part de reconstruction historique que nous avons voulu présenter aux honjmes consciencieux, aux amis de la vérité religieuse et littéraire. Nous aurions pu donner une plus grande étendue de formes à nos recherches, à nos travaux; mais à quoi bon? on ne lit plus aujourd'hui les ouvrages de longue haleine : il y a trop à lire , et la vérité d'ailleurs aime assez la concision.

Blanche a été le sujet de nos éloges , et nous avons la douce confiance qu'après avoir lu sa vie on partagera à l'égard de cette immortelle princesse notre

culle d'admiraiion : jamais reine n'en fut plus digne. 11 est vrai que l'ignorance e1 la légèreté ont répété certains bruits injurieux, qu'une ligue, irritée d'être vaincue par elle, avait répandus sur sa renommée; i c'est pourquoi nous nous sommes attaché à réfuter solidement ces calomnies, fruits honteux de la vengeance et de la colère des ennemis de Blanche.

Outre ces ennemis personnels , la mère de saint Louis a eu aussi contre elle les ennemis du catholicisme. Celte femme prit une part active dans les plus grands événements religieux du xiii'= siècle ; il n'en fallait pas davantage pour mériter le blâme de certains esprits, qu'effarouche le seul mot de religion. En sorte que Blanche de Casiille se trouvait comme cernée entre deux espèces de calomnies : les unes, qui regardaient sa vie intime , morale : les autres , qui avaient pour objet sa vie publique et politique. Nous avons pris à tâche de détruire radicalement ces deux genres de flétrissure, afin que la célébrité de notre héroïne sortît avec éclat et sans nuage des attaques qui ont été dirigées contre elle.

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