OTES
vertu. Ainsi Louis, au milieu delà cour, élail aussi recueilli qu'un solitaire, il en avait toute la simplicité : docile jusque dans la pénitence, il obéissait à son confesseur toutes les fois qu'il lui interdisait les excès de ses mortitîcations : il savait que l'amour de Dieu et celui du prochain font l'essence du christianisme ; qu'en cela , selon la parole de Jésus-Christ, consiste la loi et les prophètes. Ainsi , persuadé que toutes les actions des chrétiens doivent avoir pour unique but d'aimer Dieu et de senir le prochain , il ne pratiquait de mortifications que dans celte vue, et lorsqu'il s'était pleinement acquitté des obligations de la royauté.
Mais après s'être humilié devant Dieu par la prière , son zèle et sa piété se répandaient en œuvres extérieures : son cœur élail touché sensiblement dés qu'il voyait nn pauvre: il en nourrissait tous les jours six-vingts dans sa maison , et tous ceux qui se présentaient durant l'avent et le carême, il les servait souvent luimême , et ne dédaignait pas de leur couper du pain et de leur l'aire l'aumône de sa propre main , les regardant comme les membres de Jésus-Christ. Il y avait, outre ceux-là , tous les jours auprès de sa table trois pauvres vieillards , auxquels il faisait donner de ses viandes , et à la fin du diner quelque argent. Et afin que sa charité s'étendit dans toutes les provinces , ii fonda en plusieurs endroits des hôpitaux, se souciant peu d'avoir de beaux palais (1) , pourvu que les pauvres , qu'il regardait comme ses frères , fussent à couvert et ne manquassent de rien. Il avait une liste exacte des hommes de chaque province (2) , des veuves et des pauvres demoiselles à marier, et leur faisait donner de quoi leur assurer une existence digne de leur naissance. Il releva , pendant son voyage de Normandie , l'hùlel-Dieu de Vernon , y établit des sœurs , et leur assigna des revenus considérables. Il alla quelque temps après à Compiègne voir la maison qu'il y faisait bâtir pour les jacobins; il les y avait établis depuis peu, et leur voulait donner des fonds de terre et des rentes : mais ils n'en voulurent pas, assurant que cela était contraire à leur institut. Il établit au même lieu un hôpital , et par humilité il voulut porter lui-même , avec le roi de Navarre son gendre , le premier lit qui y entra , les deux princes ses enfants portèrent le second , et tous les courtisans, à leur exemple, se firent honneur de porter les autres.
Il s'y trouva le jour du vendredi saint (3), visita à pied, selon sa coutume , toutes les églises de la villî , et comme il passait dans une rue fort boueuse , il vit de l'autre côté du ruisseau un pauvre lépreux qui lui demandait l'aumône : il traverse aussitôt le ruisseau sans hésiter, baise la main du lépreux , lui donne l'aumône , et l'exhorte à souHYir son mal en patience pour l'amour de Dieu.
Mais de temps en temps il s'appliquait à des choses d'une autre nature, et mettait la paix entre ses vassaux. Il concilia les prétentions des d'Avesne et des Dampierre, qui se disputaient depuis
'i) Beaulicu , 45o.
(2) Joinv. , 121.
(3) Ducti. , 4o3.
ET PIÈCES JUSTIIICATIVES. 221
longtemps le comte de Hainaut, et obligea le fils du comte de Chàlons à se soumettre à son père.
« Les gens de son grand conseil , dit Joinville 'l) , le reprenoienl aucunes fois, pour ce qu'il prenoil ainsi grand'peine à apaiser les élrangiers, et qu'il faisoit mal quand il ne les laissoit guerroyer, et que les appointemens s'en feroienl mieux après. » Mais Louis , qui se conduisait par les maximes de l'Évangile , leilr disait que , selon la parole de Jésus-Christ, bienheureux sont ceux qui aiment la paix, et qui la mettent entre leurs voisins ; et qu'au reste la politique voulait qu'un roi conservât tous ses voisins dans l'égalité et dans la crainte mutuelle, sans permettre que l'un, en accablant l'autre , se rendit trop puissant et trop redoutable.
Le roi ('2) s'occupait avec zèle des saintes lettres; il faisait recueillir partout les exemplaires de l'Écriture sainte et des Pères dé l'Église, et les faisait copier pour les mettre dans la bibliothèque de la Sainte-Chapelle, où tout le monde avait la liberté d'entrer et d'étudier (1258). Il y venait quelquefois seul iinognilo , sans toute la suite de la royauté, et se faisait un plaisir d'expliquer des endroits difficiles à ceux qui en voulaient profiter, et qui quelquefois prenaient ses leçons sans savoir que ce mailre si doux et si patient était le roi.
Ses fondations avaient toutes un grand objet d'utilité. Il établit à Fontainebleau (3) un couvent de religieux de la Très-Sainte- Trinité et Rédemption des cai)tirs. Le peuple les appelait déjà Mathuruns. à cause de saint .Mathurin, ancien patron de leur église de Paris. Ils avaient suivi l'armée en Chypre et en Egypte, et avaient si bien servi les malades et les blessés, que le roi à son retour,
riour les avoir toujours auprès de lui, leur lit bâtir une église dans e château de Fontainebleau, avec la permission de Guillaume de Brosse, archevêque de Sens. La charte de fondation est du mois de juillet l'250, et il est marqué que le roi veut et entend qu'ils célèbrent tons les ans un anniversaire pour le roi Louis VIII son père, pour la reine Blanche sa mère, pour le comte d'Artois son frère, pour la reine Marguerite sa femme, et pour lui après sa mort; il leur donne, à ces conditions, beaucoup de terres et de bois, douze muids de froment et huit muids d'avoine à prendre sur le domaine de Sens, et 00 sous parisis sur la prévôté de .Moret. Il se plaisait fort a Fontainebleau , et y passait une partie de l'été. Il assistait souvent dans sa chapelle au service divin, se plaçait au chfcur avec les religieux, psalmodiait avec eux, et portait même quelquefois la chape, suivant l'usage de ce temps-là ; mais il le faisait avec un air si noble et une modestie si majestueuse, que la dignité royale n'en était point offensée. Il y a encore plusieurs lettres datées ■ de nos déserts de Fontainebleau. » .Mais ces pratiques de piété n'empêchaient pas le roi de veiller à la fois aux grands intérêts de la monarchie.
(i) JoinT., 129, (î) Beaut. , 455.
(3) Merveilles de KonUinebleau , 17^.
La Ircvc enlie la Fiance el l'Aiiglelerre duiail encore , lorsque Louis voulut cimciUcr l'union des deux Etats par une paix solide. 11 céda à Henri les droits qu'il avait sur plusieurs provinces ; Henri, de son côté, renonça à ceux qu'il prétendait avoir sur quelques autres, s'obligea à reconnaître en toute occasion le roi de France pour sou seigneur, en tant qu'il possédait des tiefs dans son royaume; et la paix fui conclue de bonne foi départ et d'autre. Les seigneurs el les ministres faisant luus leurs eil'orls pour détourner Louis de la cession dont il s'agit, il leur répondit: ■ Je sais bien que le roi d'Angleterre n'a point de droit à la terre que je lui laisse : son père l'a perdue par jugement ; mais nous sommes beaux-frères ; nos enfants sont cousins germains : je veux établir la paix el l'union entre les deux royaumes. J'y trouve d'ailleurs un avantage, qui est d'avoir un roi pour vassal : Henri est à présent mon homme, ce qu'il n'était pas auparavant. •
Quelque temps après (t) , Henri, suivi de tous les grands seigneurs d'Angleterre, passa en France pour prêter l'hommage ; c'était la première condition du traité, el c'était par là qu'en devait commencer l'exécution. Le roi lui lit rendre de grands honneurs à sou arrivée à l'aris, le logea au Louvre, et l'y traita quelques jours : il lui permit ensuite d'aller prendre son logement dans l'abbaye de Saint- Denis , où il demeura un mois entier, jusqu'à ce que toutes les difficultés eussent été levées. Louis l'allait voir souvent, et lui faisait fournir avec abondance tout ce qui lui était nécessaire, et Henri, pour ne pas lui céder en magniiicence , faisait des présents à l'abbaye de Saint-Denis. Enlin , le traité ayant été ratilié de part et d'aulre le quatrième de décembre (2) , le roi d'Angleterre , revêtu de ses habits royaux , rendit hommage au roi avec serment pour le duché de Guienne, Bordeaux, Bayonne, la terre de Gascogne, et pour tout ce qu'on lui cédait par le traité dans les évèchés de Limoges , de Périgueux , d'Agen et de Saintes. Après quoi Henri , chargé de présents, auxquels il répondit en roi , prit congé de Louis pour retourner en Angleterre.
Mais son départ fut retardé par un malheur qui affligea toute la France. Le lils ainè du roi , nommé Louis comme lui, mourut âgé de seize ans , profondément regretté de tous ceux qui l'avaient vu de près. 11 était bien lait de sa pei sonne , doux, libéral, et toutes ses inclinations allaient au bien. Le roi l'aimait tendrement; el bien loin ue lui souhaiter de ces qualités de héros , qui souvent font la gloire des princes sans faire le bonheur des peuples , il chérissait en lui une humeur pacifique, qui faisait espérer un gouvernement doux et tranquille. 11 l'entretenait souvent en particulier, même dans son enfance, et lui parlait sérieusement, sans vouloir qu'on le trompât sur rien, persuadé qu'il faut toujours dire vrai aux enfants, et leur donner d'abord des idées claires et distinctes de toutes choses, alin que les impressions se fassent justes el profondes dans un cerveau encore tendre el susceptible de tout; et
(i) Reg. des comptes, fol. 147.
(a) Uach. , 37 1«
dans une maladie que lu roi eul à Foiiuiiiebleaa (1) : « Beau fils , lui disail-il, je le prie que lu le fas>e aimer au peuple de loQ royaume, car vriiimuul je aimerois miex que uiig Ei:o<sois vint d'Ecoijse , ou quelque autre luiuglain éliangier, qui guuvernasi lu peuple du royaume Lieu et loyaunienl, que tu te gouvernasse mal à point, et en reproclie. » Le roi i]e|)uis quatre ans avait arrêté son mariage avec Bérengére , fille aim-e d'Alpliouse , roi de Castille ; luah , quoi qu'en disent quelques historiens , il n'avait [)t>int eu ta vue la couriinne de Casiille, puisque, dans le temps que le traite du mariage fut arrêté, Alphonse avait îles enfauLs prupie» a lui succéder, à l'exclusion de bérengére
Le jeune prince mourut avec tous les sentiments chrétiens que son père lui avait inspins , et n'ayant pas encore eu le temps de se corrompie dans les faux plaisirs presque inséparahies de sa condition et de sou âge. Un conduisit son corps a Sainl-Ueuis, et de là à Koyauujont , oii le roi voulut qu'il iïil enterré. Le i oiivoi se lit avec une m.iguilicence extraordinaire (2) ; le rui d Angleterre lui-même voulut porter i|ueluue temps la hière sur ses épaules, et tous les grands seigneurs Je France et d'Angleterre la portèrent les uns après les autres. Cette niar(|ue de respect et de tendresse loucha sensiblement Louis; il retint llfuri peinlant tout le carême, elle reci>niluisil jusqu'à Saint-Oiuer, où ils passèrent les fêles de I*àques , et se sépiirêrent fort contents l'un de l'autre ( ItiOU).
Aussitôt que le roi d'Angleterre fut paiti, Louis recomnien<,a la visite du royaume. Il n'avait plus à craindiede gueire étrangère, el comme il sentait son autorité affermie . il agit plus fortement que jamais, lit publier de nouvelles ordonnances, et les lit exécuter sans que personne osât s'y oppuscr. Il avait en vue, par-dessus toutes choses, le bien du royaume; et pour faire lleurir le commerce, et attirer largriil des p.iys étrangers , il accorda beaucoup de privilèges aux marchands (■')), qu'il jugeait aussi nécessaires pour enrichir l'Etat, que les soldats le sont pour le défendre.
La piété du roi n'était jamais oisive et lui faisait entreprendre tous les jours de nouvelles choses. Il faisait en même temps des fondations à Paris et en plusieurs endroits du royaume. Il fonda el lit hàlir l'hôpital des pauvres aveugles, dit (Juiu/e-Vingls , parce ([uils étaient environ trois cents. Les auteurs du temps (4) ne marquent point que ce fussent des gentilshommes à qui les Sarrasins eussent crevé les yeux , comme une fausse tradition la voulu faire croire. Son zèle le faisait pourvoir a tout ; on renferma par son ordre, dans la maison des Filles-Uieu , les femmes et leslilles donl la pauvreté mettait l'innocence eu danger, el il leur douna quatre cents livres de rente.
Il établit en même temps à Paris les Carmes, qu'il avait amenés
(i) Joinv. , i.
(î) Oacbesne ,271.
(3) Vie d'Isabelle , par Agnès d'Harcourl, 171.
(4) Beaoliea , 4âi.
du Levant. Une tradiliuii, conservée dans cet Ordre ( 1 ), rapportait que saint Louis , en quittant la Terre-Sainte , avait souflert un coup de vent qui l'avait poussé sur les côtes du rnont Carmel ; que la tempête s'étant apaisée tout d'un coup, il avait fait jeter l'ancre; que pendant la nuit avant entendu une cloche , et ses matelots lui avant dit que c'était un monastère de religieux établis sur le mont Carmel depuis un temps immémorial , il avait mis pied à terre pour v entendre la messe, et que les ayant trouvés dans une si grande sainteté, il en avait pris quatre pour instruire les matelots durant ia navigation. Il leur fit bâtir une église et un couvent sur le bord de la Seine , au lieu où lurent depuis les Céleslins ; et ce ne lut que sous le règne du roi Philippe le Bel quils passèrent a la place Maubert , pour être plus près de l'Université.
L'Hôtel-Dieu de Paris était établi depuis longtemps '2); on y recevait indilVéremmcnt tous les malades, soit qu'ils fussent de la ville ou des provinces ; ils v étaient fort bien traités dans le commencement de l'établissement ; mais comme le royaume était fort augmenté depuis les conquêtes de Philippe- Auguste , et que la ville de Paris était aussi augmentée à proportion, le nombre des malades était devenu si graml, que les anciennes salles ne suffisaient pas pour les loger commodément. Le roi en fil bâtir de nouvelles, et assigna à l'établissement de grands revenus. Il y allait souvent, et ne manquait jamais d'y faire des aumônes extraordinaires.
Les commissaires que le roi avait envoyés dans les provinces, pour examiner la conduite de ses fermiers , continuaient à faire des re-îtitutions : c'était en Languedoc qu'elles étaient le plus nécessaires- on V avait agi avec beaucoup de rigueur dans les commencements du règne du roi ; et sur le moindre soupçon d'hérésie on s'y était emparé des biens des particuliers : Louis s'en souvenait avec douleur, et faisait rechercher avec soin les enfants ou les héritiers pour leur rendre le bien de leurs pères; et quand on ne les trouvait point, les commissaires en faisaient la distribution aux pauvres. Ils avaient aussi ordre de faire un rôle des pauvres laboureurs de chaque paroisse ( 3 ) qui ne pouvaient plus travailler à cause de leur vieillesse, et de pourvoir à leur subsistance.
Son zèle s'étendait aussi sur les enfants des Juifs , qu'il faisait baptiser et instruire , leur donnant des pensions qui les mettaient au moins hors de la nécessité. Il avait fait chasser les pères a cause de leurs usures. Tous les grands seigneurs s'y étaient opposés: ils en recevaient des présents , et dans les nécessités imprévues c'était un secours toujours prêt : mais le peuple en était ruiné; et Louis par son ordonnance , en chassant les Juifs , avait remédié à un si grand mal. Ses ministres lui représentaient que celte mesure nuirait au commerce ; que dans un grand rovaume il était difficile d'em; .• .her l'usure , et qu'il valait mieux qu'elle fût faite par des Juifs que par
(i) Toute cette histoire «lait peinte dans le doitre des Cannes de la place Maubert.
{2) Guill. de Chartres , 47J-
(3) Chron. de Kr. , vol. Il , fol. 60.
des chrétiens. . C'est aux évêqnes ( 1 ) , leur répondit-il , à empêcher les usures des chrétiens , et c'est au roi à empêcher celles des Juifs, qui n'ont point d'aulre supérieur que lui. »
Se< ministres se plaignaient souvent qu'il faisait de trop grandes charités; le chambelhin du Perron, en qui il avait beaucoup de confiance, lui en parla un jour avec liberlé: . Il faut , lui répondll-il (2), qu'un roi répande l'argent qu'il tire de son peuple , et j'aime mieux l'employer en aumônes, y eùt-il de l'excès, qu'en dépenses superflues et mondaiii'-s. »
Il entendait tous les jours deux messes (5) , 1 une en public, et l'autre dans son oratoire eu présence de son confesseur, qu'il voulait avoir toujours auprès d.- Iii 11 avait accoutumé de se confesser tous les vendredis , persuadé que la fréquentation des sacrements est une des meilleures pratiques de la religion chrétienne. il récitait tous les jours avec son aumônier les heures canoniales, l'oflîce de la Vierge et celui des morts , même dans ses voyages, et défendait qu'on l'interrompit, si ce n'était pour des affaires importantes. .Mais il aimait surtout à lire les psaumes de David, et y trouvait une grande consolation.
Il ne faut pas s'étonner qu'un roi si pieux (4) pnt de grandes précautions pour la distribution des bénéfices 11 avait un catalogue de tous les gens d'Eglise à qui il voulait faire du bien (5); et ce n'était point la faveur ni même les services des pères qui donnaient un titre pour être admis sur la liste : la science et les bonnes mœurs sollicitaient assez auprès de Louis. Il consultait son confe.sseur, le chancelier de l'Kglise de Paris et quelques religieux; et quand il avait fait un bon choix , on lisait sur son visage la joie qu'il avait de penser que Dieu serait bien servi.
Mais , de toutes ses affaires, la plus importante à son avis était l'éilucation de ses enfants f 6 . et surtout celle de son lils aine. Il ne s'en rapportait pas exclusivement à leurs gouverneurs , et le soir, après son souper, il les faisait venir dans sa chambre et les interrogeait à loisir. Il leur racontait les actions de leurs ancêtres , et se félicitait lorsque d'eux-mêmes ils donnaient des louanges au mérite . et prenaient de l'horreur pour le vice. Il prétendait par ce moyen leur former le jugement , ft les accoutumer de bonm; heure à raisonner juste. Il avait pour maxime (ju'il ne faut qu'aider la nature, faire seulement entrevoir le bien , et laisser aux hommes leplaisirsensibledecroireetd'agiravec pleineliberlé. Il disait que la plupart des gouverneurs et des prérepteurs ne se font pas aimer des enfants , parce qu'ils ne savent pas s'emparer de leur esprit par douceur et par raison , et qu'ils veulent toujours dominer, au lieu qu'ils devraient seulement les suivre et les aider lorsqu'ils les
(i) Oucli., 47 ••
(2) Nangis, 368.
(3) Ctiron. de Saint-Uenis , vol. Il , fol. 60.
(4) NangU , 368.
(5) Beaaiieu , 4^5.
(i) Joinville, ii». — Ducties. , 367.
îvoxns
voient se porter d'eux-mêmes à l;i vcrlu. Enfin il faisait redire à ses enfants les endroits les plus intéressants de l'histoire (1), leur ilonnnit des récompenses quand ils les avaient racontés viveœeal, et finissait toujours par quelques paroles d'édification.
Louis, en veillant à rédticulion de ses enfants, avait auprès de sa personne de dignes ministres, qu'il chargea de l'avertir de ses fautes , et de saints ecclésiastiques pour l'aider à conuaitre et à secourir les pauvres. On distinguait parmi ceux-ci Robert, dit de Sorbonne , docteur en théologie, que l'établissement de la maison de ce nom a rendu célèbre. C'était un saint prêtre, tout livré aux fonctions de son ministère Né de parents pauvres, et n'ayant pu parvenir qu'avec beaucoup de peine à faire ses éludes , faute de secours , il conçut le projet bien louable de faciliter celte carrière à de jeunes ecclésiastiques qui, distingués par leurs talents, pouvaient manquer de ressources pour les cultiver. Louis i'houorail déjà fie sa confiance ; il voulut l'aider de ses bienfaits II contribua généreusement à l'exécution de son dessein , et la maison de Sorbonne s'est toujours glorifiée de dater son origine du régne et de la libéralité d'un si saint roi.
Cependant toutes les provinces souhaitaient de voirleur roi , et il se décida à continuer la visite du royaume pendant le reste de l'année. Sa cour était nombreuse; il répandait de l'argent , et il ue fallait pas craindre qu'il se commit jamais aucun acte violent ou arbitraire. Il s'arrêtait dans chaque ville, donnait audience à tout le monde , et s'informait de quelle manière ses officiers gouvernaient les provinces, ne manquant jamais de les punir ou de les récompenser selon qu'ils l'avaient mérité. Il passa par Clairvaux, et s'y étant trouvé par hasard le jour que les religieux avaient accoutumé de se laver les pieds les uns aux autres , il assista à la cérémonie , et, transporté d'un zèle pieux , il eût voulu pouvoir se jeter aux pieils des religieux, pour leur rendre le même devoir II suivait néanmoins celle pratique ancienne dans son intérieur. Tous les samedis il faisait entrer dans un appartement secret trois pauvres vieiilarls. Il les faisait asseoir, se mettait à genoux devant eux, leur lavait les pieds, les essuyait, puis les baisait, après ouoi il leur donnait à manger, et à chacun quatre pièces d'argent (2) Son confesseur et son aumônier élaieut seuls présents, sans qu'il y fit jamais entrer aucun de ses courtisans. C'était une pratique ordinaire et réglée, et lorsqu'il était incommodé, il voulait que son ionfes<eur le fit à sa place. Il demanda un jour à Joinville >'il lavait les pieds des pauvres le jour du jeudi saint : • Fi (■')), li en malheur, lui répondit Joinville avec sa libellé ordinaire , jâ les pieds de ces vilains ne laverai-je rnie. • A quoi le saint roi répiicjua : ■ Vous ne devez avoir eu dédain ce que Dieu fit pour notre enseignement ; ainsi donc vous prie que . pour l'amour de lui priimier et de moi , le veuilliez accoutumer de faire. »
(t) Nangis , 36*.
(2) Grandes Chron. de Fr.ince, vol. Il , fol. 5o.
(3) Joinrille, 8.
Il voulait que chacun fût habillé selon sa qualité et son âge (1) ; et voyant un jour une femme de la cour déjà âgée, mais parée avec un soin extrême , qui lui demandait une audience particulière , il la lit entrer dans son cabinet, où il n'y avait que son confesseur; et après l'avoir écoutée aussi longtemps qu'elle voulut : « Madame, lui dit-il, j'aurai soin de votre alTaire, pourvn que vous vouliez avoir soin de voire salut ; la beauté du corps passe comme la fleur des champs. On a beau faire, on ne la rappelle point; il faut songer à la beaulé de l'âme qui ne finira jamais. » Cette femnie fut touchée, s'habilla plus modestement dans la suite, et (it pénitence du mal qu'elle avait fait, et du temps qu'elle avait perdu en de vains ajustements. • ,n\
Mais c'était principalement dans l'administration delà justice (2) qu'il s'acquittait de ses devoirs. Persuadé qu'un roi doit être le premier juge de son royaume , il y donnait tout le temps qu'il pouvait; et dans chaque "semaine il avait réglé certains jours qu'il y employait tout entiers. Cet amour de la justice parut avec éclat en diverses occasions.
Le comte d'Anjou avait un procès contre un simple gentilhomme de ses vassaux. Les officiers d'Angers l'ayant jugé en sa faveur, le gentilhomme en appela au roi ; le comte, piqné de sa hardiesse, le lit mettre en prison. Louis en fut averti, et manda aussitôt le comte. « Crovez-vous , lui dit-il avec un visage sévère (5), qu'il doive y avoir plus d'un roi en France , et parce que vous êtes mon frère ,'vous crovez-vous au-dessus des lois? » Il lui commanda en mi^ine temps défaire mettre en liberté le gentilhomme et de se défendre au parlement. L'aflaire fut instruite , mais le gentilhomme ne trouvant ni procureurs ni avocats, Louis lui en donna un d'oflice ; et après un long examen , le gentilhomme gagna son procès , et le frère du roi fut condamné.
Un prince si juste n'avait garde de retenir le bien d'autrui. Matthieu de Trie lui reilemandait le comté de Dammartin, et rapportait des lettres patentes par lesquelles le roi promettait de le rendre; mais le roi ni personne de son conseil ne s'en souvenait , et les sceaux en étaient rompus. L'affaire mise en délibération, tout le conseil fut d'avis qu'on ne devait avoir aucun égard à des lettres où il n'y avait point de sceau. Le roi , qui n'allait pas si vite dans les affaires où sa conscience était intéressée, fit appeler Jean Sarrasin , son chambellan , qui en l'absence du grand chambellan gardait le sceau secret, et lui commanda d'apporter de vieux sceaux pour les confronter avec ce qui en restait de ceux de Trie. On les trouva semblables , et le roi dit à ses conseillers (4) : • Seigneurs , je n'oserais selon Dieu et raison retenir le comté de Dammartin. >
Celte fidélité du roi à faire rendre à chacun ce qui lui appartenait, lui acquit une telle répulatioa, que de tous les royaumes
(i) Coill. de Chart. , 47« (i) Année 126}.
(ïl Nangls, 4o3 (4) Join*. , 14.
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voisins on venait en foule s'établiren France. On y jouissait depuis plusieurs années d'une paix profonde, pendant que l'Angleterre , l'Allemagne et l'Italie étaient déchirées par des guerres civiles. Le commerce y florissait : le roi vivait de son domaine. Le clergé T lui payait des décimes lorsqu'il fallait faire la guerre aux ennemis de la foi ; et de temps en temps les communautés étaient taxées extraordinairement pour les besoins de l'État ; mais ces impôts ne subsistaient que pendant les temps difficiles, et les peuples les payaient d'autant plus volontiers qu'ils savaient bien que le roi les en déchargerait dés qu'il le pourrait.
Il y avait déjà quelque temps que le roi d'Angleterre était en dispute avec ses barons , et que les esprits s'étant échauETés peu à peu , on en était venu à une guerre ouverte. Les deux partis , fatigués enfin des tristes effets de la discorde, convinrent de s'en rapporter à la décision de Louis 1264). iVous avons encore le compromis arrêté entre eux , avec le serment solennel de se conformer entièrement à ce qui serait décidé par le saint roi. L'assemblée fut indiquée à Amiens; les barons y envoyèrent leurs députés; Henri y vint en personne. Chacun détailla ses raisons et ses griefs, et lorsque l'attaireeut été mûrement discutée , Louis prononça en faveur de Henri, le rétablit dans tous ses droits , annula les statuts qu'on avait faits à Oxford contre lui, et arrêta que personne ne serait recherché ni inquiété pour le passé , et que les privilèges dont les barons avaient joui avant les commencements de la dispute seraient les seuls conservés. La décision parut si équitable à plusieurs des barons , qu'ils renoncèrent à la ligue pour rentrer dans leur devoir. Mais le fameux comte de Leicester , qui en était le chef, reprit les armes et lit prisonniers, à la bataille de Le\ves,le roi et ses deux lils Edouard et Richard. Edouard, s'étant échappé, leva une armée, défit les rebelles et délivra le roi son père. Le comte de Leicester resta mort sur la place , et la conjuration se dissipa enfin, après avoir occasionné d'horribles ravages que Louis ne put empêcher.
Pendant que le saint rui travaillait au bonheur de ses voisins et de son peuple, Bondocdar, chef des mameluks, tramait la ruine entière des chrétiens; il était monté sur le trône de ses maîtres, après avoir trempé deux fois ses mains dans leur sang. .\ quelques qualités brillantes ce barbare mêlait toutes les horreurs de la perfidie ; tout en lui respirait le meurtre et le carnage. Il commença par s'emparer de plusieurs villes que les chrétiens avaient encore en leur pouvoir, et par faire égorger impitoyablement tous ceux qui refusèrent de croire à Mahomet. .\e respectant ni traités ni capitulations , il menaçait déjà le pays de la dévastation la plus terrible. D'un autre côté, les chrétiens étaient menacés de nouveaux malheurs par l'approche des Tartares; enfin les chrétiens eux-mêmes l'Iaient divisés: les Vénitiens et les (îénois , les chevaliers du Temple et ceux de l'Hôpital se faisaient une guerre ouverte.
Ces tristes nouvelles réveillèrent le zèle des croisades: le pape en écrivit à tous les princes chrétiens . les exhortant à y aller en personne , ou à y envoyer des secours d'hommes et d'argent. U en
(i) nucU., 471.
demandait à Louis avec plus de confiance qu'aux autres princes, sans pourtant lui proposer de reprendre lui-même les armes et la croix La présence du roi lui paraissait absolument nécessaire pour maintenir dans le royaume le bon ordre qu'il y avait établi ; et d'ailleurs (1) sa constilulion faible et sa mauvaise sanlé semblaient devoir le mettre hors d'état d'entreprendre un voyage si long et si pénible. Louis ne laissait pas d'avoir envie de s'armer encore pour les chrétiens d'Asie; le service de Dieu, et même la gloire du nom français, à laquelle toute sa piété ne l'empêchait pas d'être fort sensible le poussaient à réparer ses perles passées, il se voyait en paix, aimé de ses peuples, redouté de ses voisins , ses finances en bon état , et autour de lui une jeune noblesse qui ne respirait que la guerre; il croyait même que sa sanlé lui permettrait de supporter encore la fatigue des armes, et bien qu'il ne se sentit plus la force de combattre en personne sur le champ de bataille , il disait qu'un général malade peut encore , de sa tente , donner les ordres et faire combattre les autres. Plein de ces idées et regardant la mort dans une si sainte entreprise comme un bien désirable, il en écrivit au pape , qui fut ravi de ne lui en avoir pas fait la première ouverture, mais qui ne manqua pas d'approuver sa pensée et de l'exhorter à répondre à la voix de Dieu.
Il prit aussitôt sa dernière résolution , et manda ii tous les grands seigneurs du royaume de se trouver à Paris le 25 mars 1267 , pour y traiter d'une allaire fort imporlaiile. Il écrivit à Joinville comme aux autres , « dont je me cuidai, dit le naif historien, excuser de venir pour une lièvre (juarte que j'avais; mais il me manda qu'il avait assez gens qui savoient donner guérison de fièvres quartes , et que sur toute s'amour je allasse ii Paris , ce que je fis. »
L'assemblée fut assez nombreuse ; lecardinalde Sainte-Cécile s'y trouva, et personnene savaitencorecequ'ondevait y traiter. Mais on s'endouta bientôt quand on vitentrer leroi tenant à la main la sainte couronne d'épines, qu'il avait été prendre à la Sainte-Chapelle. Il se mil sur un trône qu'on lui avait préparé, et commença avec cette éloquence touchante , et qui lui était si naturelle , à déplorer les malheurs de la Terre-Sainle , dit qu'il était résolu d'aller au secours de ses frères, et exhorta tous les véritables chrétiens à en faire autant. Le légat prêcha ensuite avec tout le zèle que demandait une si grande entreprise, et de sa main donna la croix au roi , à ses trois fils aines , au comte de Flandre , au comte de Bretagne, à Beaujeu sire de Monlpensier , au comte d'Eu , à Guy de Laval et à une infinité de seigneurs.
Le résultat de cette assemblée fut à peine devenu public , que la noblesse accourut en foule des villes et des campagnes pour suivre son roi. Les étrangers firent paraître à l'envi le même empressement. Plusieurs princes se croisèrent pour aller combattre sous les ordres d'un monarque qui faisait l'amour et l'admiration de l'Europe entière. On fit de tous côtés des préparatifs immenses, et le départ fui fixé à l'année 1270. Mais comme la santé du roi s'affaiblissait de jour en jour, « car ce bon seigneur, dit Joinville,
(i) Joinville , 126.
éloitsi foible et si débililé, qu'il ne pouvoil ni endurer le barnois sur lui, ni souffrir le cheval, • il crut devoir faire ses dernières di!>positioiis avant de p.irtir. Il donna donc des apanages aux quatre enfants luàlts qui lui restaient; des dots à celles de ses quatre lilles qui n'étaient point encore mariées; un douaire à la reine Marguerite, et des aumônes considérables à huit cents maladreries,à la plupart des hôpitaux et des monastères de son royaume, à des lilles indigentes pour leur servir de dot, à des gens pauvres pour s'acheter des habits, à des étudiants peu favorisés de la fortune pour subvenir aux frais de leur éducation , aux orphelins , aux veuves , aux églises. Son ca-iir paternel embrassa tous les étals, et s'attendrit sur tous les genres de besoins. .-Vussi bon maître que bon roi, il pourvut à la récompense de ses serviteurs et de ses clercs.
Ces diU'érenis soins n'empêchaient pas Louis de porter son attention sur ce qui regardait plus particulièrement la gloire de Dieu. Il y avait déjà quelques années qu'on lui faisait espérer la conversion du roi de Tunis. Ce roi niahomélan ne paraissait pas trop attaché à sa religion, il envoyait au roi des ambnssaiieiirs i!l des présents, et semblait n'attendre qu'une occasion favorable pour se faire chrétien. Le roi, de son côté, lui en envoyait de plus magnifiques , et lui promettait toute sorte de protection contre ses voisins. Il y avait à Paris, vers la fin de cette année, des ambassadeurs de Tunis; on les traitait avec beaucoup d'honneur , et ils ne manquaient point de se trouver à toutes les cérémonies 11 s'en lit une grande dans l'église de Saint- Denis. Le roi y tint sur les fonts de baptèrne un Juif fort riche, et lui donna son nom ; et voyant les ambassadeurs de Tunis attentifs aux cérémonies du baptême : « Plût à Dieu, leur dit-il d'un air touchant vl) . que le roi votre maître en voulût faire autant; pour cela, je consentirais de bon cfeiir à passer ma vie dans les prisons de Uabylone. •
Eiilin, Tannée l'27U arriva, et Louis lit sou testament eu latin : En voici une vieille traduction.
c Au nom de la très-sainte Trinité (2), Louis, par la grâce de Dieu , roi des Français. Nous faisons savoir qu'étant , par la miséricorde de Dieu, en bonne santé, nous avons fait le présent testament. IS'ous vouions et ordonnons qu'on paie toutes nos dettes; (jue nos exécuteurs lestaincnlaires, ci-ajués nommés, fassent par euxmêmes ou par qui ils aviseront bon èlre les restitutions par nous ordonnées , et s'ils y rencontrent queiciues diflicultés nous leur donnons pouvoir de décider selon qu'ils le jugeront le plus convenable au salut de notre àme. Nous léguons à notre irès-cbére épouse Marguerite, reine, quatre mille livres ; à l'abbavede Hoyaumont, six cents livres; et ordonnons que notre bibliothèque, sans parier de celle qui est à la Sainte-Chapelle, soit jiartagée entre les frères prêcheurs du royaume et ceux deCompiègne. Item , léguons à l'abbaye du Lis , près de Melun , trois cents livres , etc. Voulons que notre successeur continue les pensions aux Sarrasins et aux
(i) Braulieu, 4?'.
(>) Duchesne , 4i8.
Juifs nouvellement convertis. Et pour nos exécuteurs testamentaires , nous nommons Etienne, évèqne do Paris, et Philippe, évèqne d'Evrenx, les abbés de Saint-Denis et de Royaumont , et Jean de Trêves et Henri de Vézelay, archidiacre de Baveux. En témoignage de quoi nous avons fait apposer notre sceau an présent écrit. Donné à Paris, au mois de février mil deux cent soixante-flix. »
La reine , vovant le roi faible et déjà malade, eût bien souhaité l'accompagner dans sa nouvelle expédition. Le roi ne le permit pas. 11 se souvenait de ce qu'elle avait souffert au premier^voyage, et lui déclara sa volonté là-dessns si positivement, qu'elle n'y songea plus.
Le roi donna la régence du royaume , pendant son absence , à Mallhien de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et à Simon de Clermonl. sire de Nesle, tons deux capables d'une charge aussi importante. Il établit en même temps, pour la distribution des bénéfices , un conseil de conscience , composé de l'évéque de Paris , dn chancelier de Notre-Dame , et des supérieurs des Jacobiiis et des Cordeliers. Après quoi, ne songeant plus qu'à partir, il alla à Saint-Denis, selon la coutume de ses ancêtres , visiter les toinbeaux des saints rnarlvrs, et v reçut des mains dn légat (I) la croix et le bourdon de pèlerin. Le lendemain , suivi des princes ses enfants , il alla du palais à Notre-Dame les pieds nus , et avec une humilité qui semblait relever encore sa majesté royale. Tout le monde versait des larmes, et chacun se reprochait de ne pas suivre un prince si grand. Il partit enfin, et alla coucher le premier jour
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Le lendemain , il prit congé de la reine ; lenr séparation fut douloureuse ; on élit dit qu'ils pressentaient l'un et l'antre qu'elle était la dernière. 11 alla coucher à Melun , passa ensuite à Sens et à Anxerre et se rendit à Clnnv , où il demeura pendant les fêtes de Pâques ; puis descendant à Màcon , à Lyon et à Beaucaire, il se rendit enfin à Aigues-Morles.
Il v avait encore peu de croisés. On ne croyait pas que le roi serait si exact à se trouver au rendez-vous. Les Provençaux avaient équipé un assez bon nombre de bâtiments qu'ils avaient menés dans les ports de Sicile et dans ceux de Naples , pour embarquer l'armée que le roi Charies d'Anjou , leur comte , mettait sur pied. Il avait pris la croix, et avait promis an roi son frère de le venir joindre incessamment; maison ne pouvait pas trop compter sur sa parole.
Chaque jour on vovait arriver de nouveaux croisés; la plupart tombèrent malades à Àigues-Mortes , où il y eut une espèce d'épidémie ; mais il n'était pas possible de s'embarquer : le peu de vaisseaux qui se trouvaient prêts ne suffisaient pas, et les Génois qui avaient traité pour le passage ne venaient point. Le roi (2) alla s'établir à Sainl-Gilles , et les principaux seigneurs se répandirent dans les villes voisines. Ils v étaient plus commodément qu'à Aigues-Mortes , on il ne restait que les soldats et ceux qui n'a-
(,\ .\br. royal , t. II,66Î.
(a) Dacbesne, 384.