CHAPITRE II
Parents de la reine Blanche. — Sa naissance — Sa jeunesse. — Son éducation et ses vertus. — Son mariage avec Louis VIII, roi de France; circonstances qui donnent lieu à ce mariage. — Avantages politiques qu'en retire la France. — Portrait de la jeune princesse.
Blanche joignait anx qualités personnelles Téclat que donnent à lillustration même la noblesse et la gloire dos ancêtres. File était petite-fille d'Éléonore de Giiienne el du prince Henri II, roi d'Angleterre , et fille d'Alphonse IX (3), roi de Castille.
Alphonse était un prince accompli , qui mérita d'être surnommé le noble el le bon; guerrier d'une valeur éprouvée, il défit, dans la fameuse journée de Muradal . Mahomet, émir, qui était à la tête de plus de deux cent mille Maures. Aussi grand dans la paix que dans la guerre , il aurait certainement égalé la gloire de ses aïeux , s'il eût vécu plus longtemps.
Éléonore ou Aliénor, épouse d'Alphonse . était fille de Henri P", roi d'Angleterre. L'histoire espagnole est remplie des éloges donnés aux rares vertus de cette excellente reine , que le Ciel avait destinée à être la mère de Blanche de Castille.
On remarque qu'Éléonore fut régente après la mort de son époux : et certes , ce fut là une heureuse circonstance qui favorisa beaucoup les dispositions que Blanche avait pour le maniement des affaires et le
grand art de régner. Habile politique, Éléonore fit oublier la perle d'Alphonse son mari , et prouva , par réducaiion de sa fille , toute retendue de son génie. N"eùt-elle eu que la seule L'ioire d'avoir formé la mère de saint Louis, cette gloire suffirait assurément pour immortaliser son nom et lui donner une place à côté des plus grandes reines.
La princesse, dont nous traçons l'histoire, était l'aînée de onze enfants: voici leurs noms ; — Blanche, — Bérengère qui arriva au trône, — Sanche qui mourut jeune, — Tinfanie Urraque, — Ferdinand , — Malfade , ~ Constance, — Éléonore , — et deux autres fdles dont on ignore les noms. Le cadet de tous ces enfants fut l'infant Henri . qui , étant devenu roi de Castille, mourut très-jeune. On ne saurait dire avec exactitude quelle fut l'année précise de la naissance de noue princesse. Cependant on croit qu'elle vint au monde vers l'an 1185. Elle reçut à son baptême le nom de Blanche, en l'honneur de Blanche de Navarre . son aïeule patei'uelle.
Comme une humble et suave fleur qui forme à l'ombre son calice sciulillanl et imprégné de parfums, puis soudain le montre au regaid des admirateurs étonnés, la fdlc d'Alphonse eut une jeunesse dont les détails nous sont inconnus; et tout à coup, à peine sortie de l'enfance, elle appaiail dans l'histoire, ornée des plus doux charmes de la vertu et de la beauté. Illustre princesse qui devait monter sur le trône de Chailemagne, elle ressemble à ce héros du moyen âge, qui se montre à l'Europe comme uneapparilion
soudaine . sans berceau . sans enfance et sans jeunesse. Mais une chose est certaine : c'est que si les détails nous manquent sur les premières années de rinfante Blanche de (bastille . les suppositions les plus légitimes peuvent les remplacer jusqu'à un certain point. En présence de cette lacune bien regrettable, on ne peut nier qu'une vie qui . comme celle de notre héroïne, a fait l'admiration du monde, l'honneur de la religion et la gloire de la France , a dû avoir une aurore bien belle et bien resplendissante. On sait cependant, d'une manière positive, qu'Éléonore de Castille n'oublia rien pour diriger la jeune Blanche dans les sentiers de la vertu . et inspirer à sa fille les sentiments d'une grande reine. Les bonnes inclinations de l'infante répondirent heureusement aux soins maternels, et lui méritèrent l'honneur de devenir l'épouse de Louis VIII . roi de France ^4,.
Voici comment et à quelle occasion ce mariage fut contracté.
Les guerres qui avaient duré près d'un siècle entre la France et l'Angleterre sous Henri II . dit /e Fieil, et celles qui avaient continué sous le roi Richard Cœur-de-Lion . semblaient s'apaiser par la trêve que le cardinal de Capoue . légat du pape , avait ménagée entre ces deux puissances. Mais le peu de sécurité qu'offrait l'indigne conduite de Jean Sans-Terre, frère et successeur de Richard . engagea Philippe-.\uguste à rompre le premier la paix . et à se servir des avantages que lui fournissaient les divisions de l'Angleterre ; car alors, en haine de Jean Sans-Terre . qui
avaii usurpé sur les dioiis du prince Arthur, son neveu, héritier du rui Piichard. luut h^ royaume se trouvait partagé dintérêts et dadections.
Celte nouvelle guerre eut les résuhats les plus satisfaisants pour la France. La Normandie, depuis trois cents ans au pouvoir des Anglais, fut reconquise et réunie au royaume de Philippc-Augiisle. La Touraine, l'Anjou, le Maine, avaient été enlevés à la domination étrangère: la (iuienne seule restait aux Anglais.
Jean fut réduit à re\irémit(''. Dans celle situation fâcheuse, il fit dcselTorls pour amener Philippe- Auguste à un accommodement. IJno entrevue fut décidée. Les deux monarques se virent entre Vernon ei lîle dWndely , et Ton peut dire que dès ce jour la paix pirui solidement établie e.ilre eu\ ; le sceau de la récunriliaiion fut sans contredit le mariage, que le loi d'Angleterre pi'oposa , de sa nièce Blanche, infanio de (lasiiljo. avec le prince Louis, fils aine de France. Le monarque anglais, en faveur de ce mariage , raiiliaii tout ce que les armes françaises avaient pris sur lui en deçà de la mer. et donnait en outre (Ihàleaii-Uaoul. Issoudim . (Irassay , et les (iefs tenus eu Bcrry par André de Chauv'giiy . à la charge de réversion si Louis mourait sansenfaiils: comme aussi, s'il d<''((''(lail lui-m»*me sans en avoir', il lui ahaiidoniiail lorrs les liefs (jire les coinlcs 'l'Anmalc, (hi INiilir cl (le (ioiiniaN , possi-daieirl v\\ l'raiice C.">)- .\iiisi la personne de Blanche fui rm gage de la sorrmissioir d'i r"ni (r.Xngleicir'c arr\ voloirlcsde Phi-
lippe-Auguste Certes, ce n'est pas un huiuieur médiocre pour une t'emme que d'avoir été destinée par le Ciel à cimeoier la | aix entre deux peuples depuis longtemps en guerre : en épousant Louis VIII , Blanche posait, pour ainsi dire, un glorieux antécédent sur le seuil de sa vie politique et royale.
Ceci eut lieu vers le 25 décembre 1199.
On songea à hâter la célébration du mariage proposé. La reine d'Angleterre . Éléonore d'Aquitaine . aïeule de l'infante de Castille. fut chargée d'aller elle-même chercher la jeune princesse en Espagne. Elle se rendit à Burgos. capitale dé la Viei!le-Castille. et séjour ordinaire de la cour d'Alphonse, son gendre. Les Castillans accueillii'ent avec enthousiasme la proposition de l'illustre en\uyee. et. pour montrer la vivacité de leur joie, ils accompagnèrent jusqu'aux frontières de Gascogne Filanche et Ëléunore d Aquitaine. Arrivée à Bordeaux , la reine eut la pensée de se retirer à l'abbaye de Foutevrault pour y finir ses jours : c'était un pieux dessein qu'elle avait conçu depuis longtemps: mais avant de l'accomplir elle conha sa potite-îilie aux mains de l'archevêque de cette ville et des grands d'Espagne qui avaient suivi la jeune princesse pour montrer en France l'éclat de la cour de Castille. C'est avec ce brillant cortège que l'infante fut menée au roi d'Angleterre . son oncle , qui l'attendait avec impatience en Normandie, pour la donner solennellement au prince à qui elle était promise ^6).
Au mois de mai suivant . le traité de paix fut exé-
18 mSTOIRE
enté, et les expéditions en furent délivrées de part et d'antre. Le roi Philippe-Auguste revint sur la frontière avec I.onis, son fils, et. peu après la fêle de Saint Jean, Ton acheva ce qui restait à terminer pour la conclusion définitive du tiaiié. Enfin les cérémonies du mariage se firent à Pvnnorow Parmoy, bourg de Normandie (7), pane que la France était encore en interdit , par suite du divorce du roi , qui avait injustement répudié sa femme Isemberge. Ce fut Élie, archevêque de Bourges, qui unit les deux époux. Les réjouissances qui étaient alors en usage relevèrent léclal de celte brillante fête, et se confondirent avec celles de la paix si désirée ; mais, dit un auteur moderne, les deux époux en étaient le plus bel ornement , tous deux âgés d'environ quatorze à quinze ans , tous deux d'une taille et d'une beauté régulière. « lUanche, continue le même écrivain, à tous ces avantages joignait beaucoup de justesse dans l'esprit, d'élévation dans Tàme, de fermeté dans le caractère, d'agrément dans les manières, de noblesse dans le procédé, et . ce qui ne sied point mal dans un rang si élevé, un peu de la fierté de sa nation (8). »
« Les deux époux, dit Mézeray . éiaif^ut d'un esprit enclin à la [lic'ié. éloigné (\\\ vire. pur. ouvert et sans fiol , et on loin idloment semblabhs l'un à l'auire. que de ce parfait rapport et de cette mutuelle correspondance i aquii entre eux deux un amour saint, qui fut désormais l'âme de l'un et de l'autre (9). »
DE LA RF.INE BLAXCnE, 19