‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 5 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bonheur et venu de Louis el de Blanche. — La princesse s'adresse à saini Dominique. — Naissance de saint Louis. — Mon d'Alphonse IX tld'Eléonore —Blanche injustement dépouillée du royaume de Caslille — Consolations de la princesse ; haiils fails d'armes de son époux. — On offre à Louis la couronne d'Angleterre. — Vie intime de Blaucbe.

Louis et Blanche vivaient heureux dans les liens du mariage, parce qu'ils y vivaient saintf^inent En effet, la venu est l'égide qui abrite et protège le bonheur des personnes mariées ; autrement le mariage est une chaîne d'un poids intolérable. Cette vérité ne souffre aucime exception, pas même sous les lambris dorés des rois et des grands de la terre. Disons également que si la venu est difficile dans le mariage , c'est surtout lorsque les époux ont le front ceint d'un diadème : alors tout un monde de séductions s'offre à eux et les amollit, si leur cœur n'est pas gr-.ind, s'il n'est pas solidement vertueux , en un mot, si ce n'est point le cœur de héros chrétiens. Cette noble alliance de la couronne et de la vertu est malheureusement bien rare chez les monarques et chez les puissants ; mais hàlons-nous de dire qu'elle exista dans l'union de Louis et de Blanche.

Un ancien historien appelle Louis un prince ca-

tholique, doué d'une merveilleuse sainteté de vie, de continence et de chasteté (10). 11 ne connut et n'aima jamais d'autre femme que son épouse. Quant à Blanche . quelques auteurs ont été jusqu'à lui donner la glorieuse épithète de sainte ; la suite de son hisioire prouvera du moins qu'elle a été digne, par sa piété et par la pureté de ses mœurs, d'être la mère de saint Louis.

Cependant le Ciel semblait éprouver Louis et Blanche : il leur manquait une de ces bénédictions qui font tressaillir d'une indicible joie deux jeunes époux : à la France il fallait un rejeton qui fit son espérance et son orgueil : à Philippe-Auguste . le bonheur de se sentir revivre dans sa postérité. Blanche ne perdait pas espoir: elle suppliait Dieu d'exaucer ses prières. Déjà, il est vrai , elle avait eu une fille en 1205 (il); mais celte enfant, dont on ignore le nom. était morte peu après cette époque: et d'ailleurs ce qu'elle désirait . et avec elle toute la France, c'était la naissance d'un fils, véritable grâce dont le pays avait alors besoin.

Enfin Blanche s'adressa à saint Dominique, lune des plus grandes lumières de l'Église d'Espagne. L'homme de Dieu lui conseilla d'avoir lecours à l'intercession toute- puissante de la sainte Vierge; et pour rendre plus d'honneur à la reine des anges, il supplia celle de Franco d'embrasser avec zèle la dévotion du rosaire, dont ce pieux seiviieur de Marie travaillait ;i élf-ndre la pratique parmi les chrétiens. « L'historien qui nous apprend celle circonstance.

dit le baron d'Autenil , assure que la plupart des peuples atlribnèrent la naissance des fils de Blanche de Caslille à celte dévotion particulière dont elle s'acquitta dignement, selon les conseils de saint Dominique. Et bien que l'écrivain se soit mépris sur la date des années et sur la naissance de saint Louis , qui ne fut pas le premier fils qui vint au monde à la suite des pieuses pratiques de la princesse , toutefois il est (îertain que cet enfant fut réputé par excellence le vrai fruit des conseils de saint Dominique , parce que Philippe , fils aîné de Louis VIII , mourut avant son père (12). »

Ce fut le 25 avril 1214 (13) que Blanche eut le bonheur de devenir mère de Louis, de ce seul monarque qui n'a été compaié ni à ses prédécesseurs , ni à cenx qui Toni suivi. On cite, à ce sujet, un fait dont nous garantissons entièrement l'exactitude historique, fait qui nous prouve , bien mieux que des paroles, que la piété de Blanche ne dédaignait pas d'entrer dans les détails les moins importants en apparence. Un peu avant la naissance de Louis, la princesse se trouvait à Poissy. Elle avait choisi ce lieu, parce qu'il était un des plus agréables séjours de nos rois, tant pour la salubrité de l'air que pour les plaisirs de la chasse ; c'était d'ailleurs le lieu où nos reines se retiraient pour leurs couches et l'éducation de leurs enfants , avant que Fontainebleau et Saint- Germain fussent bâtis. Son appartement touchait à l'église de Poissy. Elle ne fut point longtemps sans s'apercevoir que l'on ne sonnait plus les cloches de

l'église , dans la crainte de Tincommoder. Blanche en Icnioigna sa surprise et son mécontentement , et pour mettre fin à une déférence qu'elle regardait comme Inconvenante, elle se fit transportera deux cents pas de là, dans un autre lieu , nommé longtemps encore après la Grange de Monsieur saint Louis. Celte pieuse mère ne pouvait souiïrir qu'on préférât sa santé au service de Dieu , ou du moins à l'ordre et aux choses qui lui sont comme nécessaires (14).

Plus tard , Philippe le Bel fit bâtir à Poissy un monastère , dans lequel plusieurs princesses du sang royal ont terminé sainiement leurs jours: le grand autel de l'église de ce couvent fut posé à l'endroit même où la reine avait mis au monde saint Louis : le berceau d'un homme devint ainsi le temple d'un Dieu, — emblème mystérieux de la vertu qui transforme et divinise . pour ainsi dire , celui qui la pratique !

Le nouveau-né fut baptisé à Poissy, et lorsque Louis IX fut parvenu à la couronne , il aimait encore à se rappeler ce premier événement de sa vie, en préférant à tous les litres celui de Louis de Poissy (15).

On prétend que Blanche allaita elle-même Louis, et un moderne nous rapporte , à cet égard , une anecdote trop intéressante pour que nous la passions ici sous silence; elle ne corrigera point nos mœurs, mais elle les condamnera. La leiiie , dit-il , élant un jour dans l'ardeur d'un violent accès de fièvre qui dura longtemps, une dame de qualité, qui, suivant l'usage, pour plaire à la reine ou pour imiter son

exemple, nourrissait aussi son enfant, donna la mamelle au peiit prince. La reine, au sortir de son accès, demanda son fils et lui présenta le sein; mais comme il était rassasié , il nen voulut pas. Blanche en soupçonna la cause, et demanda quelle était celle qui avait nourri le jeune prince. La dame qui lui avait rendu ce petit service s'étant nommée, la reine, au lieu de l'en remercier, la regarda avec courroux et dédain . mit son doigt dans la bouche de l'enfant, et lui fit rejeter le lait qnil avait pris.

Comme cette action, un peu violente, étonnait ceux qui étaient présents : Eh 7?/o/.' leur dit -elle avec vivacité, pretendez-vous que je souffre qu'on môte la qualité de mère que m'a donnée la nature ? Tant on était alors persuadé que le titre de mère emporte avec lui le devoir de nouriice (16).

La naissance du jeune prince consola Blanche, que diverses circonstances venaient d'afïligei- profondément.

D'abord son père Alphonse était mort dans le mois d'octobre 1214, laissant son épouse régente du royaume et tutrice de Tinfant Henri , son fds , qui devait lui succéder. En cela ce monarque avait suivi l'usage généralement reçu chez tontes les nations , où l'on a d'ordinaire préféré les soins et la tendresse des mères au gouvernement et à la tutelle des autres personnes, quelque éminentes quelles fussent. Mais Éléonore suivit bientôt son époux dans la tombe, et mourut vingt-cinq jours seidement après lui. A cause de l'éloignement de Blanche , Éléonore fut

obligée, eu mourant, de remettre les affaires du royaume entre les mains de Bérengère , la seconde de ses filles , qui était mariée à Alphonse, roi de Léon. Sans vouloir qualifier ici les intentions d'Éléonore, nous remarquerons seulement qu"en agissant de la sorte elle établissait d'une manière insensible l'autorité de Bérengère en Casiille, au détriment de la princesse Blanche et des fils de France, ses enfants, dans l'hypothèse où Henri, frère de la princesse, viendrait à mourir en bas âge. Mais , d'un autre côté, Blanche recevait en même temps de bien douces consolations. Louis, son époux, se rendait la terreur de ses ennemis et triomphait glorieusement des Anglais, qui avaient renouvelé la guerre dans l'Anjou, pendant que Philippe-Auguste rempoitait la célèbre bataille de Bouvines en Flandre : double victoire qui affermissait puissamment la future couronne de Blanche et de Louis.

En 1216, de nouveaux honneuis furent décernés à l'époux de Blanche. Pendant qu'on lui ravissait un trône en Casiille, le Ciel lui en offrait un autre en Angleterre. Jean Sans-Terre, dont nous avons déjà parlé, était enfin devenu pour sa nation un sujet d'horreur : il l'avait réduite par sa tyrannie et ses dérèglements à un tel désespoir, qu'elle ne pouvait plus souffrir sa domination. Excommunié par le pape, et condamné en France pour ses lélonies , pour l'assassinat d'Arthur, pour l'enlèvement d'Isabelle, C(mitesse d'Angouléme. il était abominable aux yeux de l(»ul son peuple. (",e roi souillé do crimes se trou-

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vait aussi dans riinpiiissance de niainlenir l'intégrité de ses domaines conde la force des armes de Philippe-Auguste , qu'il avait encore provoqué depuis le mai'iage de Blanche. Les barons d'Angleterre se virent enfin forcés d'apporter un remède efficace aux malheurs de la patrie ; et bien qu'ils n'en pussent choisir un plus violent , ils prirent la résolution d'ùter la couronne à leur roi , et d'élire à sa place un homme qui sût les protéger et les défendre. Ils étaient alors en guerre avec la France , et , chose étonnante , c'est aux pieds de Louis qu'ils vinrent déposer la couronne de Jean, leur indigne monarque.

11 est vrai que les événements de cette royauté ne furent point trop favorables à notre prince, lii aux affaires de la France; mais ils montrèrent au moins l'estime dont Louis était entouré chez les nations voisines et même chez ses ennemis, ^«ous n'entrerons ici dans aucun détail historique , parce que ce serait nous éloigner de notre but, et nous nous hâterons de levenir au sujet de notre prédilection , à Blanche , notre chère héroïne.

Nous avDUS déjà dit qu'après la mort d'Alphonse IX et d'Éléonore, l'infant Henri , leur successeur, était demeuré sous la tutelle et le gouvernement de Bél'engère , déjà régente du royaume et reine de Léon. Ce jeune roi promettait beaucoup , lorsqu'une mort funeste et prématurée vint le ravir à ses États : une tuile lui tomba sur la tête et mit fin à ses jours (1217). Cette nouvelle parvint bientôt à la cour de France. On y apprit aussi que Bérengère , sous pré-

texte de l'éloignement de Blanche, s'était emparée de la couronne de Casiille.

Sur ces enirefaiies, neuf seigneurs castillans écrivirent au prince Louis et à Blanche pour leur offrir la couronne qui leur revenait de droit, et les engager à se montrer seulement à leurs nouveaux sujets pour dissiper les prétentions de Bérengère. Les circonstances politiques dans lesquelles se trouvait engagée la France, s'opposèrent aux bonnes et loyales intentions de ces fidèles sujets : Bérengère et Alphonse furent reconnus successeurs de la couronne de Henri, leur frère; toutefois, il n'y eut aucune renonciation expresse de la part de la cour de France (17).

Depuis la mort du jeune Henri jusqu'à celle de Philippe-Auguste, c'est-à-dire de 1217 à 1223, aucun événement considérable ne marqua la vie de Blanche. Tout entière aux devoirs sacrés d'épouse, de mère et de chrétienne, elle continuait à donner, dans le sein de sa famille, les exemples de la piété la plus solide et la plus édifiante. Dieu fécondait aussi son mariage en augmentant sa royale maison de plusieurs enfants. Blanche recevait avec amour ces nouveaux fruits de la bénédiction du (jel, et en faisait la joyeuse couronne de sa tendresse maternelle.

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