CHAPITRE IV
Louis et Blanch.' monlenl sur le Irône de France. — Sacre et couronn^menl des deux époux; descripiion de celle cérémonie. — Louis Vlll emporle La Roclielle d'assaut. — Il se croise conlre les Albigeoiselprend Avignon. — Blanche déclarée régenU; du royaume à la mon de son mari. — Réflexions sur l'amour que la reine ne cessa d'avoir pour son époux.
Par suite de la mort de Philippe-Auguste, Louis et Blanche moniérenlsui' le irône de France en juillet 1223. Depuis Hugues Capet, les monarques français, dès leur vivant, avaient toujours fait couronner leurs successeurs. Le roi Philippe-Auguste fut le premier qui négligej cette cérémonie , soit quil ne la crût plus nécessaire pour raffermissement de sa dynastie, soit qu'il eût d'autres motifs que nous ignorons -, il voulut conserver jusqu'au dernier soupir, et les marques de la royauté , et la plénitude du pouvoir royal : seulement , il se contenta de partager avec son fils Louis le soin des affaires de l'État et la gloire des actions éclatantes de son règne.
A son avènement au trône , le nouveau roi prit le nom de Louis VIII ; sa valeur militaire lui mérita la glorieuse épilhète de Lion pacifique , pour exprimer qu'il joignait la modestie et Tamour de la pais au plus héroïque courage.
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Après qu'on eut rendu les honneurs funèbres aux restes de l'illustre défunt , on songea au sacre et au couronnement de son successeur et de la reine Blanche, son épouse (18). Le jour de l'Assomption de la même année fut choisi pour cette solennité : elle eut lieu à Heims , et Tarchevêque Guillaume de Joinville fut le pontife consécraleur (19). Nous croyons faire plaisir en donnant une idée de cette imposante cérémonie.
L'archevêque alla d'abord chercher processionnellement le monarque et la reine son épouse; il était accompagné de plusieurs archevêques et évêques , d'un nombreux clergé , et d'une multitude immense de lidèles accourus de toutes parts pour assister à la fête. Arrivée à la porte de réglise,la procession s'arrêta . et le pontife officiant récita une oraison, afin de demander au Ciel, en faveur du nouveau monarque et de sa royale compagne , la force et la grâce dont ils avaient besoin pour gouverner leur peuple selon le cœur de Dieu. Puis le cortège entra dans la vaste basilique en chantant cette prière si connue : Seigneur, sauvez le roi, et exaucez-nous au jour où nous vous invoquerotis.
Le chœur surtout était magnifiquement orné. Deux trônes avaient été préparés pour le roi et pour la reine. Autour de l'auiel il y avait des sièges, — d'un côté pour les archevêques et les évêques , de l'autre pour les pairs du royaume. La sainte ampoule y avait été apportée par Tabbé de Saint-lîemi , accompagné de quatre religieux revêtus d'aubes.
(iuillaume de Joinville , s'étant placé sur le degré le plus liant de l'autel . demanda d'une voix distincte à Louis s'il voulait promettre devant Dieu de respecter les droits des évêques et des églises.
Louis répondit sans hésitation : « Je le promets. » — Et cette réponse fut accueillie par le chant du Te Deum.
Lorsque ce chant fut terminé , les archevêques et les évèques présents s'approchèrent du roi qui était assis, et prièrent le monanjue de se lever pour promettre à son peuple la paix , la justice et la clémence. Louis se leva, et dit d'une voix solennelle:
<( Au nom du Christ , je promets trois choses au peuple chrétien qui m'est soumis.
« Je ferai de constants efforts pour qu il vive au sein d'une paix véritable et profonde.
« J'interdirai les rapines et les iniquités.
« Je donnerai des ordres efficaces pour que la miséricorde et la justice soient observées dans les jugements. »
Et tout le peuple répondit : Amen!
Alors le roi , la reine et tout le clergé se prosternèrent sur les dalles du sanctuaire , pendant qu'on chanta les litanies des saints. Après quoi , tous se levant, l'archevêque fit au monarque les questions suivantes :
» Louis , voulez-vous observer la foi catholique qui vous a été transmise par la sainte tradition , et joindre les bonnes œuvres à la toi ?
— Je le veux , répondit le prince.
— Voulez-vous être le gaidien , le défenseur des églises et des ministres de I>ieu ? demanda derechef le prélat.
— Je le veux, dit encore Louis.
— Voulez-vous gouverner et détendre , selon la justice de vos pères , le royaume que Dieu vous a donné ? ajouta le pontife.
— Je le veux, s'écria le monarque , et autant que Dieu m'en donnera la grâce, je m'efforcerai d'être la joie et la consolation de tous. >•
Et le peuple accueillit avec enthousiasme cette promesse solennelle, et fit retentir les voûtes de la basilique des cris de Fiat I Fiat !
Alors le métropolitain procéda au sacre et au couronnement de Louis. On posa sur l'autel la couronne royale , Tépée dans le fourreau, les éperons d'or, le sceptre également d'or, la verge de justice surmontée d'une main d'ivoire , les bottines et les sandales en soie brodée de fleurs de lis d'or , la tunique de môme étoffe et de même broderie , et la chape. Tous ces objets précieux avaient été apportés , pour la cérémonie, par l'abbé de Saint-Denis, qui était exclusivement chargé de veiller avec soin à leur conservation.
Le roi se dépouilla de ses vêtements , à l'exception d'une tunique de soie décolletée sur la poitrine et entre les épaules, pour la facilité de la consécration. L'archevêque donna l'épée au roi , qui la déposa sur l'autel en forme d'hommage. Guillaume s'approcha
de nouveau du roi, ei pendant qu'on chantait différentes antiennes, il lui fit desonciions sur la tête, à la poitrine, entre les épaules, sur les épaules, aux Jointures des bras et aux mains. Le prélat fil ensuite donner au prince la tunique et la chape pour qu'il s'en revêtit, lui plaça le sceptre dans la main dioiie et la \evii,e de Justice dans la gauche , lui posa la couronne sur la tête, et le conduisit enfin sur sou trône, aux acclamations du peuple.
I/archevêque, étant retourné à Tauiel, procéda au sacre et au couronnement de Ulanche. Celle-ci était vêtue de soie. Guillaume lui lit deux onctions, selon le cérémonial alors en usaj;e : une à la tête et une autre à la poitiine , avec de Ihuile bénite seulement, sans employer la sainte ampoule. 11 lui donna un sceptre moins grand que celui du roi , et une verge de justice semblable à celle qu'avait reçue son royal époux. Puis il lui posa un diadème sur la tôle.
Les chantres alors entonnèrent le Te Deuni , les cloches releniirent dans les airs, et lofilciant commença solennellement la messe, à laquelle le roi et la reine communièrent avec beaucoup de dévotion (20).
Qu'elle éiait belle, significative et imposante, cette cérémonie du sacre et du couronnement de nos rois I Elle mettait la puissance royale en face de la puissance divine, et remémorait aux princes, dès leur avènement au trône, qu'ils sont, eux aussi, sons la main de Dieu, et n'ont qu'une auloriié d'emprunt. En
même temps qu'elle relevait la majesté des souverains, elle ennoblissait lobéissance des peuples ; ce n'était plus une soumission d'homme à homme : le roi , représentant la Divinité , s'engageait , au pied des autels , à respecter la loi du Seigneur et à défendre l'Église du Christ; en sorte quobéir à son prince, c'était obéir à son Dieu. Il en résultait aussi un lien sacré qui unissait le cœur des peuples au cœur du monarque, lorsque celui-ci jurait solennellement de respecter les droits des sujets confiés à sa puissance, et de travailler sans relâche au bonheui- de ses États. Maintenant, quelles garanties a-t-on mises à la place de celles qu'offrait la religion du sacre? Depuis que les rois ne sont plus les oints du Seigneur, qu'est devenue l'inviolabilité du serment , et à quel indice peut-on reconnaître que les princes sont les lieutenants du Très-Haut ? Faut-il donc sétonner que la royauté soit tombée . de nos jours . dans un si profond avilissement, puisque aucune cérémonie religieuse ne vient nous rappeler la divinité de son origine, ni la sublimité de sa nature...
Il n'en était pas de même du temps de Louis VIII. Alors la royauté apparaissait comme une institution bienfaisante et chère au peuple français. Si l'on veut en croire les écrivains de l'époque, rien n'égale les réjouissances qui suivirent le sacre et le couronnement de Louis VIII et de la reine Blanche. Paris surtout se signala. Toute la ville alla au-devant des deux illustres époux : on joncha de fleurs les chemins par où ils devaient passer , et les musiciens firent
retentir les airs des sons de la vielle , du sistre , du tambour, du psallériou et de la harpe.
.Tamais transports d'allégresse ne furent plus vifs, plus animés , plus universels. Nous ne pouvons résister au désir de citer la description poétique que Nicolas de Bray , auteur contemporain, nous a donnée de l'entrée de Louis VIII et de Blanche à Paris, après le sacre de Reims : (( Alois, dit-il, brille devant les yeux du prince (^et de la princesse ) la ville vénérable où sont exposées les richesses que la prévoyante sollicitude de leurs ancêtres avait autrefois amassées. L'éclat des pierreries le dispute à celui de l'astre de Phébus; la lumière sétonne d'être effacée par la lumière nouvelle ; le soleil croit qu'un autre soleil éclaire la terre . et se plaint de voir éclipsée sa splendeur accoutumée. Sur les places, les carrefours , dans les rues , on ne voit que des vêtements tout resplendissants d'or, et de tous côtés brillent les étolTes de soie. Les hommes chargés d'années, les jeunes gens au cœur impatient, les hommes à qui les ans ont donné plus de gravité ne peuvent attendre leurs vêtements de pourpre : les serviteurs et les servantes se répandent dans la ville, heureux de porter sur leurs épaules de si liches fardeaux, et croient ne devoir plus de services à personne , tant qu'ils s'amusent à legarder autour d'eux toutes les parures magnifiques. Ceux qui n'ont pas d'ornements pour se vêtir en des fêtes si solennelles vont emprunter des habits à prix d'argent. Sur les places et dans les rues, tous.se livrent, à l'envi , à toutes sortes
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de divertissements publics : !e riche n'écarte point l'indigent de la salle de ses festins ; tous se répandent en tous lieux, et mangent ei boivent en commun. Les temples sont garnis de guirlandes, les autels entourés de pierreries : tous les aromates s'unissent au parfum de l'encens qui s'élève en fumée. Autour des rues et des vastes carrefours, de joyeux jeunes gens, de timides jeunes filles forment des chœurs de danse; des chanteurs paraissent entonnant des chants d'allégresse: des mimes accourent, faisant résonner la vielle aux sons pleins de douceur; les instruments retentissent de toutes parts : ici le sistre , là les timballes, le psaltérion, les guitares, faisant une agréable symphonie, tous accordent leurs voix, et chantent pour le roi {et pour la reine ) d'aimables chansons. Âloi'S aussi sont suspendus et les procès, et les travaux, et les études des logiciens. Aristote ne parle plus , Platon ne présente plus de problèmes , ne cherche plus d'énigmes à résoudre : les réjouissances publiques ont fait cesser toute espèce de travail ; le chemin par où le roi (^et la reiite^ s'avancent est agréablement jonché de fleurs: Louis entre enfin joyeusement dans son palais, et se place sur son siège royal , entouré de ses grands (21 ). »
Jean de Brienne, roi de Jérusalem, qui avait passé en Europe pour venir demander du secours contre les Tiu es . assista à la fête du sacre, et la plupart des principaux seiL-neurs et vassaux de la couronne s'y trouvèrent. Heini lli , roi d'Angleterre, ne jugea point à propos de s'acquitter de ce devoir , ni par
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lui-même , ni par procureur. II était animé de bien d'autres sentiments. Loin de penser qu'il était le vassal du nouveau roi, il nourrissait au contraire l'espérance de recouvrer la Normandie , et toutes les places dont Philippe-Augusie s'était emparé. Il envoya même en France rarchcvr'f[iic de Canlorbéry alîu de demandercetle rcsiiluiion : il apportait pour prétexte que Louis dans le traité de Londres , avant sa sortie d'An<;leierre , s'était enç^agé à rendre ces domaines aussitôt qu'il serait monté sur le trône de Philippe-Auguste.
La réponse du roi fut ce qu'elle devait être, énergique et sans détour. Au traiié de Londres, allégué par le prince anglais, il opposa les violaiions capitales dont Henri s'était rendu coupable dans l'exécution de ce traiié môme; il alla jusqu'à les lui ciier. et lui manda qu'il était disposé à soutenir ses droits au tribunal des pairs du royaume, si le roi d'Angleterre voulait y comparaître.
On avait conclu une trêve de quatre ans entre les deux États ; cette trêve étant sur le point d'expirer, il était facile de prévoir que les hostilités recommenceraient bientôl plus vives que jamais. Louis se mît donc en mesure. Après avoir renouvelé un traité d'alliance avec lempereur Frédéric II, et s'être assuré de plusieurs seigneurs du royaume (novembre 1-2-23), il se rendit avec une puissante armée dans la Touiaine et dans l'Anjou , pour metire à la raison le roi d'Angleterre. La victoire suivit ses pas. Le monarque français voulut terminer cette brillante
campagne par le siège de La Rochelle . alors Tune des places les plus considérables de toute la France. La Rochelle se défendit avec vigueur pendant trois semaines. On lavait toujours regardée comme \mprenable : Louis s'en rendit maître.
Pendant ce siège, la reine Blanche se trouvait à Paris. Celte religieuse princesse n'ignorait pas que le Dieu des chrétiens est aussi le Dieu des armées , le Dieu de la victoire. C'est pourquoi , pendant que Louis combattait, elle passait la plus grande partie de son temps en prière, et ordonnait des processions publiques dans Paris , auxquelles elle assistait en personne, pour obtenir du Ciel la conservation de son époux et la prospérité de ses armes.
Toutefois, quelle que fût la cause dun succès si grand . l'éclatante victoire que le roi de France venait de remporter se répandit au loin . et lui valut de nombreuses mai ques de sympathie de la part des nations voisines. Le roi dWngleterre se vit contraint de conclure avec la France une trêve de trois ans (12-24). Mais, au milieu de ses triomphes et de sa gloire, le pieux monarque apprit avec douleur lu recrudescence des erreins des Albigeois dans le Languedoc. Celle hérésie avait plus de force (jue jamais. In concile, tenu à Paris en 122;^. avait dû la condamner, et supposer aux prétentions envahissantes (les sectaires, (jui sc-taieni fait im pape aux contins de la Bulgarie, de la Croatie et de la Ihilmalie. A Bresse, le souverain Pontife avait été forcé de faire abatlie les lonis ties Albigeois: ceux-ci en étaient
venus à ce point d'insolence, qu'ils brûlaient les édifices religieux et avaient excommunié TÉglise romaine à lextinclion des flambeaux. Honoré III envoya au monarque français le cardinal de Saint- Ange, homme éminent sous tous les rapports, pour conférer avec lui sur les remèdes à prendre en cette occasion [ 1224). Un historien observe que le pape s'adressa à la reine Blanche de Castille, pour se rendre plus favorable le roi son époux (22). Ce n'est pas que le pontife doutât des dispositions religieuses de Louis VIII , prince dont la piété ne pouvait être mise en doute ; mais il connaissait les complications politiques dans lesquelles se trouvait comme embarrassé le zèle du roi de France ; il savait que celui qui, sous le règne de Philippe- Auguste, avait combattu deux fois les hérétiques , se trouvait en butte aux continuelles entreprises des enuemis ordinaires de son royaume. Honoré III n'ignorait point cette fâcheuse circonstance ; mais, d'un autre côté , tout en rendant justice aux grandes qualités de Louis, il espérait beaucoup de l'influence qu'avait la pieuse Blanche sur Tesprit du monarque chrétien. Tel fut le motif qui porta le chef suprême de lÉglise à placer sous les auspices de l'épouse de Louis VTII les négociations qu'il allait entamer. Ses espérances ne furent point vaines, et la mission du cardinal de Saint-Ange fut couronnée dun plein succès. Les hérétiques prenaient les armes ; une croisade fut résolue contre eux. Le roi reçut la croix des mains du légat , et la noblesse suivit en foule son exemple. On
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compte parmi les principaux seigneurs qui prirent la croix : Philippe , comte de Boulogne et de Clermont, — Pierre, comte de Bretagne, — Robert, comte de Dreux, — les comtes de Chartres, de Saint-Paul , de Roucy et de Vendôme , Matthieu de Montmorency, connétable de France, Robert de Courtenai , Boutillier, — Enguerrand de Coucy , — Jean de Nesle, — les vicomtes de Sai nie-Suzanne et de Chàieaudun , — Savary de Mauléon . — Thomas et Robert de Coucy. — Gauthier de Joigny, — Gauthier de Rinel, — Henri de Sully. — Philippe de Nanteuil, — Etienne de Sancerre, — Guy de la Roche, — René d'Amiens, — Robert de Poissy, — René de Montfaucon . — Bouchare de Marly , — et Florent de Hangest. Il y avait, dit-on, soixante mille hommes d'armes et des gens de pied à l'infini : l'histoire n'en dit pas le nombre, parce qu'alors on en faisait si pou de cas . qu'on les comptait presque pour rien , au rapport d'un historien moderne.
On était en 1225.
Après avoir mis en ordre les affaires de l'État et celles de sa conscience, Louis se rendit avec celte puissante armée sous les murs d'Avignon. La ville résista longtemps, mais elle dut ouvrir ses portes au vainqueur de La Rochelle (1226). La terreur se répandit dans toute la contrée, et les Albigeois épouvantés mirent bas les armes (23).
Cette victoire devait être la dernière du règne de Louis VIII. Le comte de Toulouse, contre lequel le roi avait dirigé ses efforts, avait fait bouleverser le
pays par lequel les croisés devaient passer, labourer les prés , couper les moissons eii herbe , brûler les magasins, boucher les fontaines; de sorte que la disette et la fatigue , se joignant à lardeur de ces climats brûlants , causèrent des maladies contagieuses dans Tarmée. Louis en fut frappé lui-même , el i-e vit forcé de remettre à un autre temps le siège de Toulouse, qui toutefois était entré dans son plan de campagne. Ayant laissé Imbert de Boaujen à la tête d'un corps d'armée considérable, il se hâtait de revenir près de son épouse (24), lorsque la maladie le força de s'arrêter au diàleau de Montpensier : c'est là que les médecins lui annoncèrent quil devait se préparer à quitter la vie. Louis mourut en eflel le 7 novembre 1226, après avoir déclaré de vive voix , en présence des grands de lÉial , qu'il établissait son épouse régente du royaume , de la personne de son fils et des autres membres de sa famille. Ses derniers moments ressemblèrent à ceux de toute sa vie, c'est-à-dire qu'ils furent dignes d'un héros chrétien (25).
Les bons rois meurent toujours trop tôt pour leurs familles, el jamais le (iel ne les relire de ce monde assez tard pour leurs sujets ; mais leur perte est surtout un sujet de deuil lorsque la mort vient les frapper à la fleur de l'âge, lorsqu'elle vient les arracher inopinément et sans pitié au bien de leurs peuples, à l'amour de leurs parents , à la prospérité de leurs Étals,
La mort de Louis Vlll fut comme un coup de foudre pour la reine : la nouvelle de ce triste événement lui
causa une douleur d'autant plus vive et plus profonde , quelle ue s y attendait point. Et certes , Blanche de Castille faisait une perte immense : après vingt-siv ans de mariage, Tunion des deux illustres époux avait encore tous les charmes de la nouveauté: aussi Blanche eut-elle le cœur brisé par une indicible affliction , et pour ne pas s'abandonner à une douleur immodérée, elle eut besoin de toute la force de son caractère , de toute la grandeur de son âme.
On Gt au défunt de magnifiques obsèques à Saint- Denis . où son corps fut placé auprès de celui du roi son père , dans un tombeau couvert de lames dargent, qu'on a depuis ôtées sous le règne de Charles VI. La douleur publique . pompe qui suit toujours les funérailles des bons rois, éclata dans cette triste cérémonie , et montra la perte cruelle que la France venait d'éprouver par la nioit dun prince si vertueux et si bon.
a C'est à tort , dit le Père Daniel , que quelquesuns de nos historiens ont borné son éloge à dire qu'il fut fils d'un grand roi et père d'un saint. Cette idée est aussi fausse qu'injurieuse à la mémoire de ce princt'. 11 n'y a. pour s'en convaincre, qu'à rappeler ce qu'il fit avant et après la mort du roi son père . la défaite du roi d'Angleterre en vnjou , et la prompte réduction de toutes les places que les ennemis avaient prises de ce côté-là avant qu'il y fût arrivé, son expédition et la conquête d'Angleterre, l'estime qu'il s'acquit parmi la noblesse anglaise , le surnom de Lion qu'on lui donna à cause de sa valeur, les
victoires continuelles qii" il remporta durant les trois années de son rèûfne , et qui ne laissent nul lieu de douter que s'il avait vécu , vu Télat où il avait mis les choses, il n'eût bientôt chassé les Anglais de France et exterminé l'hérésie en Languedoc (26). »
(c On a beaucoup blâmé Louis VIII , remarque un autre écrivain , de s'être arrêté au milieu de ses triomphes pour aller soumettre les Albigeois, au lieu d'expulser entièrement les Anglais de la France; mais il convient de dire, à la justiûcation de ce prince , qu'il avait besoin de, ménager Tempereur, qui, en consentant à ne former aucune alliance avec l'Angleterre, ne voulait pas cependant qu'on protitàt de la jeunesse de Henri III pour le dépouiller : il était même obligé de ménager les seigneurs qui ne voyaient pas sans peine le plus grand vassal de la couronne traité avec tant de rigueur; il devait craindre aussi que le pape n'intervînt en faveur des Anglais , qui d'ailleurs faisaient bonne résistance. Au surplus j la guerre contre les Albigeois présentait dans l'avenir d'assez grands avantages sous le rapport de la politique ; enfin Louis ne pouvait pas s'attendre à une mort si prompte. Juger les opérations d'un monarque qui ne régna que trois ans, comme s'il avait eu le temps d'accomplir ses projets , est une grande injustice '27). »
Des écrivains ont prétendu que, sur la fin des jours de Louis Ylll , son épouse fut mal avec lui , et bien avec Thibaut , comte de Champagne. Cette accusation est tellement capitale , elle imprime une flétris-
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sure si infâme sur la mémoire de Blanche , que nous devons la passer au creuset de la plus rigoureuse critique. Les lecteurs nous pardonneront les détails dans lesquels nous allons enirer : jamais ils ne furent plus nécessaires qu'en cette circonstance.
Pour réfuter d'abord raccusaiiou de mésintelligence qui, dit-on, exista entre Blanche et Louis pendant les dernières années de ce prince , il ne faut que penser à l'acte par lequel le roi confia la régence à la reine son é[)Ouse, acte solennel qui parle plus haut que toutes les calomnies. « Il suffit , dit un auteur, que Louis VIII n'ait pas exclu son épouse de la tutelle de ses enfants et du gouvernement, pour prouver qu'elle avait conservé toute sa tendresse et toute sa confiance (28). »
Louis, dansle testament quMl fit avant d'aller combattre les Albigeois, l-'g'ia 30.0C0 marcs d'argent à Blanche, qu'il appelait sa chère compagne et son illustre reine (29).
Ainsi tombe d'elle-même cette première calomnie.
Abordons maintenant la seconde, qu'une multitude d'historiens ont copiée, et réhabilitons d'une manière complète la mère de saint Louis.
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