‹ Histoire de la reine Blanche, mère de saint LouisChapitre 7 sur 49 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Blanche et Thibaut de Champagne. — Réhabililaiion historique. — Examen du lémnignage de Miiilhieu Paris. — Vers de deux anciens poêles, ciiés en faveur des amours de Blanihe et de Thibaut. — Chronique de Philippe Alouskes- — Les Grandes Chroniques de France. — Appréciation cl analyse des chansons de Thibaut de Champagne.— Conclusion poliiico-hislorique.

On a prétendu que Thibaut, comte de Champagne, épris pour la reine d'une passion criminelle, avait empoisonné le roi Louis VIII . afin d'être débarrassé d'un rival importun , et avait chanté ses amours dans les poésies qu'il nous a laissées. Duliaillan. le premier de nos histoiiens qui ail mis en un seul ouvrage toute notre histoire , a uicme été jusqu'à dire que Tlnhaut était tant amoureux de Blanche , qu'elle , lui faisant bonne mine et semblant de l'aimer, en tirait cependant ses commodités.

Nous allons prouver que tout cela est absolument faux (30). au risque d'être ridicule aux yeux d'un écrivain du jour, qui a décidé qu'il était na'if de rompre des lances pour l'immaculée chasteté de Blanche (3l).

Le premier auteur qui ait parlé des amours de Thibaut est un moine anglais nommé Matthieu Paris. Il dit que Henri , comte de Champagne , ayant rempli ses quarante jours de service auprès du roi

Louis VUl (1226), au siège d'Avignon, vint le trouver, près de cette ville, à l'abbaye de Montpensier, et lui demanda la permission de s'en retourner dans son comté : l'usage des fiels permettait alors cette retraite à un vassal qui avait servi quarante jours. Le roi, dit l'annaliste anglais, ne voulut pas y consentir : mais Thibaut passa outre, et partit après avoir donné du poison au monarque , ainsi que le bruit en courut, parce qu'il aimait la reine illicitement et plus qu'éperdument (32).

Comme l'observe un écrivain très-judicieux, ce récit contient autant de fautes que de mots, circonstance fondamentale qui doit le faire i-ejeter par tout homme ennemi des fables. C'est aussi la remarque des lîollandistes.

D'aboi d il n'y a jamais eu dabbaye dans Montpensier : c'était un château fort que tous les contemporains placent dans l'Auvergne et non près d'Avignon. Le comte, qui gouvernait la Champagne, se nommait Thibaut ou Thëobald , et non Henri ; et tout le récit des amours du comte est basé sur des bruits vulgaires, sur de simples ow dit. Ces bruits, selon la remarque de Belleforest (33), ne peuvent s'appliquer qu'aux détraclions calomnieuses de Pierre de Dreux , dit Mauclerc , duc de Bretagne , ennemi déclaré de la reine.

Ce n'est pas tout : non-seulement la narration de Matthieu Paris est inexacte dans tous ses détails et n'est appuyée sur rien de solide, mais elle est en outre démentie par une foule de faits historiques.

Thibaut, au dire de Matthieu Paris, empoisonna le roi au siège d'Avignon, et celui-ci fait un voyage de six semaines en Languedoc avant de se trouver mal. Certes, c'était là une singulière potion vénéneuse I

Thibaut, encore au dire de Matthieu Paris, ayant empoisonné le roi par amour pour la reine , ce crime exé<Table fut sans doute , ou récompensé, ou puni par celle en faveur de qui il avait été commis. Point du tout : on nen fit pas la moindre recherche.

Le criminel , qui aurait dû se rendre à la cour, auprès de lobjet de sa passion , arriva tranquillement dans son comté de Champagne : in propria venit, dit Ihislorien des gestes de Louis VIIL 11 n'y a rien à opposer à un témoignage si précis.

Peu après le retour de Thibaut, le roi mourut entouré d'une partie des grands seigneurs de son royaume, auxquels il avait donné l'ordre de presser le couronnement de son fils. L'archevêque de Bourges , celui de Sens ; les évoques de Beauvais , de Noyon , de Chartres : Philippe . comte de Boulogne , — Gauthier, comte de Blois, — le sire de Coucy . — le comte de Motitfort , — Archambaud de Bourbon , — Jean de Nesle, et Etienne de Sancerre, furent ceux qu'il en chargea. Sur ses ordres, ils éfrivirentà Thibaut, leur ami ' nobili vivo et amico Theobaldo ) , le priant affectueusement de se trouver à Reims au jour marqué pour cette cérémonie (34 ). — Certes, si le comte leur eût paru aussi criminel que Matthieu Paris le fait , ils ne lui auraient pas envoyé cette in-

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vilation, qui d'ailleiîis fsii inulile. puisque Thibaut ne se trouva point an sacre.

En effet, au lieu de sV rendre, il se jeta dans le parti de la ligne qui voulait enlever la régence à la reine Blanche. Thibaut eût-il agi de la sorte s'il avait aimé la reine , comme Paris le prétend?

Le comle fut ensuite envoyé à la cour, par les rebelles, pour obtenir une trêve ( 1 ±±1 ) : or n'esl-îl pas encore bien légitime de supposer que sa présence n'eût pas été assez agréable à la cour, pour Ty envoyer afin d'obtenir une trêve, si réellement il avait empoisonné le roi (35)?

Nous le pensons. Toutefois les partisans du roman qui nous occupe ne se tiennent pas encore pour battus: ils allèguent, en faveur de cette fable , une seconde preuve que leui' offrent les vers d'un ancien auteur ( 36 ) ; voici ces vers ;

En tel point fut li quens Tibault Qu'il ala nus comme un Ribault, etc.

Ne je nay en nuli fiance Fors qu'en la Haine de France Celle lui fut loyale amie , etc.

Une simple observation suffira pour détruire cette prétendue preuve. Ce fragment même ne dit point que Thibaut ait clé Tamant de la reine ; par conséquent il n'établit rien contre noiîs. Ces vers indiquent seulement que Blanche fut la loyale amie du comte fie Champagne, ce qui est tont autre chose. Et en effet Blanche fut la loyale amie de Thibaut, car elle parvint, par sa prudence et l'habileté de sa po-

lîtirpie , à retirer le comte du parti de la ligue ; puis, lorsque Thibaut se vit en butte à toute la fureur de la faction qu'il avait abandonnée . la reine vint à son secours et le délivra. N'était-ce point là une action de loyale amie ?

Favin, dans son Histoire de Navarre (•'^7), cite deux vers d'une chanson dans laquelle, flit-ii , Thibaut dépeint la heanféde celle qui le rendait esclave de ses perfections. Voici ces deux vers :

Hé ! Blanctie, ciere et vermei'le, Por vos sont mi grief soupir.

L'auteur de ï Histoire de Navarre n'indique point le manuscrit ni le livre imprimé dans lequel il les a pris. Le premier de ces deux vers a été copié d'une des chansons de Gaces Brullex ; Favin , en l'adoptant faussement, en a retranché la particule e^ qui sert à faire voir que le mot Blanche , qui s'y trouve , est une louange de la blancheur et de la beauté de sa dame , mais nullement son nom. Brûliez avait

écrit :

Ha blanche, el clere et vermoille De vos sont luil mi désir, etc.

11 n'y a donc, dans les vers qui viennent d'être cités, rien qui puisse établir le moins du monde les amours de Thibaut et de la reine Blanche.

Philippe Mouskes, qu'on nous objecte encore, n'offre pas aux défenseurs des amours du comte et de la reine une ressource plus efficace. O^elque ancienne que soit l'autorité de ce chroniqueur , elle

n'est ni plus digne de foi , ni plus recommandable dans le passage qu'on en extrait pour soutenir ce que nous réfutons. Cet historien était avide de fables, son livre en contient plusieurs, de l'aveu même de M. Ducange (38) ; et certainement les halles n'offrent point de scène plus basse que celle qu'il fait jouer aux plus grands seigneurs de la cour contre un roi et un parent de la maison royale de France: Robert ordonna à ses valets de jeter des ordures à la tête du comte palatin et de couper la queue de son cheval. Mouskes ne dit point que l'amour ait été le motif deces mauvais traitements qu'essuya Thibaut; ce ne fut, dit-il , que parce que celui-ci avait conclu, sans le consentement du roi , le mariage de sa fille avec le fils du duc de Bretagne. La discussion de ce fait nous mènerait trop loin; quant au motif, bien différent de celui dont parlent les autres historiens, il nous fait voir qu'il n'y avait qu'incertitudes et faussetés dans les bruits pitoyables qu'on répandait contre Thibaut.

Mais voici une objection plus explicite, voici les Grandes Chroniques de France qui nous disent que le comte de Champagne s'éiant révolté une seconde fois, le roi prévint ses desseins avec une extrême diligence :

« A cette besogne estoit la royue Blanche, laquelle dit au comte, qui! ne devoit prendre les armes contre leroy son fils, et se devoit souvenir qu'il lestoit allé secourir jusques en sa terre . quand les barons le vindrent !,Mierroyer. Le comîe regarda la royne qui

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tant esloit belle et sage, de sorte que, tout esbahi de sa grande beauté, il luy respondit : Par ma foy, Madame , mon cœur, mou corps, et toute ma terre , est à vostre commandement , ne nest rien qui vous peust plaire qne ne fisse volontiers: jamais, si Dieu plaisl. contre vous ne les vostres je n'iray. D'illec se parti tout pensif , et luy venoit souvent en remembrance le doux regard de laroyne, et sa belle contenance. Lors si entroit en son cœur la douceur amoureuse : mais quand il luy souvenoitquelle estoit si haulte dame et de si bonne renommée, et de sa bonne vie et nette , qu'il n'en pourroit ja jouir, si muoitsa douce pensée en grande tristesse. Et pource que profondes pensées engendrent mélancolies, il luy fut dit d aucuns sages hommes , qu'il s'estudiast en beaux sons et doux chants d instruments -. et si fit il. Car il fit les plus belles chansons, et les plus delitables et mélodieuses, qui oncques fussent oyes en chansons ne en instruments , et les fit escrire en sa salle de Provins et en celle de Troyes ( 39 ). »

Tel est le récit des Grandes C /ironiques /comme on le voit , elles n'épargnent point les détails , et renchérissent même sur les preuves précédentes ; mais elles n'en sont pas pour cela plus recevables. Nous commencerons par faire remarquer qu'elles ne sont pas l'ouvrage d'un contemporain, qu'elles ont été compilées par différents auteurs et qu'elles ont été impiimées pour la première fois en 1 476, c'est-à-dire plus de deux cents ans après Thibaut... Leur témoignage n'est donc pas prépondérant , et ne forme

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pas un vrai monument historique. Et puis, plus on examine ce témoignage , plus on voit qu'il est empreint d'inexaciituc!es et d'erreurs qui l'assimilent au récit de Paris pour la véracité. Si Ton voulait en croire les Chroniques, on sérail lenlé de penser que Thibaut a vu Blanche pour la première fois en cette occasion : ce qui est complètement faux , puisque le comte avait été élevé jeune à la cour de Philippe- Auguste, — qu'il avait fait ses premières armes avec Louis Vlll, etavaiitoujouisconiinuéde vivreenpaix et en amitié avec ce roi. 11 connaissait donc bien la reine . qui alors avait prés de quarante- deux ans. Et pour le diie en passant, ces quarante-deux ans de Blanche s'opt^oseraient seuls à l'impression dépeinte si naïvement par les Grandes Chroniques , comme on le veria tout à l'heure.

Une observation qui n'est pas sans importance, c'est que les Chroniques font naître Tamour de Thibaut sept ou huit ans plus tard que Malihieu Pàris; toui cela est difficile à concilier... Car en 1235 le roi était ccriaiuement moit depuis plusieurs années, et pourtant les Chroniques assurent que Blanche se trouvait à cette époque avec Louis VIII , son époux î L'auteur des Chroniques dii que le comte lit ('crire ses chansons dans ses salles de Provins et de Troyes. Les ditTéri nts mémoires manuscrits de Ruffier, de (Jrillon et de (Caillot ^ qui ont recueilli les antiquités de Provins, attestent qu'il n'existe à ce sujet qu'une ancienne tradition enlière7nent dépouillée de garantie. A Troyes il n'y a pas la moindre notion ni

aucun vestige de la circonstance dont il est ici question.

11 est difficile de croire que le roi de Navarre ait commencé seulement à Tùge de trente ans, comme les Chroniques le supposent , à connaître et à cultiver la poc^sie. 11 est probable, au contraire, qu'il composa des chansons beaucoup plus loi ; il y en a quelques-unes qui sentent la première jeunesse : deux surtout, dans lesquelles il raconte, avec une naïveté digue des siècles du meilleur goût , les aventures qu'il feint d'avoir eues avec des bergères.

Mais brisons là , et occupons nous un instant des chansons que d'aucuns sages ,'jomw<?5 conseillèrent à Thibaut de composer. Ces chansons se succèdent sans aucun ordre ; Thibaut y décrit le plus souvent la situation d'un cœur épris damour ; souvent aussi une ch:inson amoureuse en procède une de piété ; il y en a plusieurs de ce genre : dans lune il prêche la croisade, celle qui suit ne res|)iie rien moins qu'un zèle pieux. Après avoir dit qu'il met tout son cœur et toute sa pensée en sa dame , il chaule la bonté de Dieu , lequel, semblable au pélican, s'ouvre le sein avec son bec pour ranimer ses enfanis de son propre sang. Il fait la peinture des vices de son siècle, puis il revient à ses chants amoureux ; ensuite il passe à la Vierge Marie, dont il loue les vertus et les mérites. Puis vient le récit des douleurs et des maux que cause l'amour. Presque toutes les chansons du comie de Champagne sont composées de cinq couplets, finissant par un envoi qu'il adresse ou à sa dame , ou à

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Philippe de >anteiiil , son ami , à Thibaut Blazon , à Raoul de Coucy , à Bernard de La Ferté , auxquels il voulait faire part des jeux poétiques de son esprit. Des notes de musique accompagnent la première strophe des chansons : elles sont carrées , placées sans mesures ni temps, et forment des mélodies dans le système tonal du chant ecclésiastique , alors encore exclusivement en usage dans l'Europe.

Maintenant que l'on a une idée générale.des poésies de Thibaut, nous poserons, pour la résoudre, une importante question : — Ces poésies s'iKÎicssaientelles à la reine Blanche de Castille ?

Les Chroniques Tinsinuent, et M. Kaynouard, dans le tome II des Poètes Français (40) , a dit avec une assurance et une légèreté qui étonnent : — « Quelques écrivains ont prétendu que Thibaut avait été éperdument amoureux de Blanche de Castille ; d'autres, au nombre desquels se range Lévêque de la Ravalière , qui nous a donné une édition des œuvres de ce poète, ont combattu cette opinion. Quoi qu'il en soit , il est certain que la plupart des chansons du roi de Navarre ont été faites pour la reine Blanche. »

Cependant il suffît de lire les chansons de Thibaut pour se convaincre que pax une seule ne s'adresse à l'épouse ou à la veuve de Louis VI IL

« On n eu trouve aucune , dit M. Sismonde de Sismondi , qui soit indubitablement faite pour la reine Blanche , quoiqu'on ait souventdit le contraire (41).» Pas le plus petit mot , dans les chansons du comie

Palatin , qui appuie l'asserlion gratuite de M. Raynouard, ni qui donne gain de cause au conte romanesque des Grandes Chroniques. Partout Thibaut nomme celle qu'il aime sa dame , sa douce, sa belle dame, titres d'honneur et de politesse qui ne désignent pas plus particulièrement la reine que toute autre femme. La plupart des poètes de ce temps-là, Gaces Brûliez , Blondeau de Nesle , etc. , ne nommaient pas autrement les objets de leur affection. Thibaut cependant , dans Tune de ses chansons , dit qu'il aime une certaine Aygle , sans laquelle, ajoutet-il , il ne peut goûter aucune joie , et dont il préfère un sourire en sa faveur aux plaisirs les plus délicieux. Mais quelle était cette Aygle ? Était-ce une personne fictive ou réelle? C'est ce qu'on ignore ; mais assurément c'est un nom qui ne saurait , sans preuves , s'appliquer à Blanche.

Ailleurs le comte de Champagne dit que son amante est jeune , sans expérience. Encore un coup, ces épithètes ne peuvent en aucune façon convenir à la reine, puisque celle-ci avait environ quarante-deux ans et ne manquait certainement pas d'expérience.

Dans un autre endroit , le mystère semble échapper à Thibaut : il déclare que celle qu'il aime est la fille de Perron , que celui-ci est sur le point de donner à un baron d'un pays lointain. Or ce Perron (ou Pierre ) n'est pas un nom inventé : c'était le chambellan de Louis , au rapport de Joinville , qui le qualifie de Monseigneur.

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Enfin Thibaut représeule sa dame , en plusieurs de ses chansons , comme étant une blonde coulorée. Sur ce mot coulorée, un manuscrit (42) présente cette leçon : La blonde couronnée peut bien dire que pour elle amour s'est hâté. Ce mot couronnée ne se trouve qu'une seule fois et dans ce seul manuscrit. Dans tous les autres manuscrits et partout ailleurs dans celui que nous venons de citer, on lit constamment blonde coulorée; d'où l'on peut conclure que le mot couronnée , en cet endroit, doit absolument être considéré comme une faute de copiste. Cette assertion acquiert plus d'évidence encore, si Ton réfléchit que lexpression qui nous occupe n'était point propre à peindre les charmes de la dame de Thibaut, au lieu que coulorée , dans l'ancien langage, rendait parfaitement l'une des plus précieuses parties de la beauté , ces couleurs fines . ces lis confondus avec les roses , quOvide exprime avec tant de délicatesse. Presque tous les poètes du temps de Thibaut ont employé cette expression dans le même sens que le comte de Champagne ; Guillaume de Loris s'en est servi pour la description de la beauté naturelle.

Maintenant , nous le demandons , voudrait-on , sur la foi d'un seul mot qui accuse une erreur de copiste et qui ne se trouve que dans un seul manuscrit , voudrait-on élayer tout l'échafaudage d'une accusation flétrissante, qui atteint non - seulement le roi de Navarre, mais encore une des plus grandes reines de France ? Ce triste courage nous manque , surtout

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à la v'.ie des fails que nous avons signalés ei qui melleni à néant le ténioignage des premiers accusateurs. Nous dirons plus, nous dirons que si, après avoir soigneusement étudié lu question des amours de Thibaut et de Blanche, le moindre doute était resté dans notre esprit , nous nous serions hâté de déchirer notre livre pour en jeter les feuilles auvent: Blanche n'eût plus été, à nos yeux, cette reine respectée dans l'histoire par ses vertus et par sa piété ; elle devenait indigne de figurer parmi les gloires de la France.

Désormais donc , et c'est ici le résultat important de notre discussion , il faudra raisonner autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici sur les causes des grands événements qui arrivèrent pendant la ifgence de la reine Blanche de Caslille : il faudra donner aux services que Thibaut lui rendit un motif plus solide et plus vrai que celui qu'on avait imaginé ; en un mot, 1 faut renverser toute la politique des premières années du règne de saint Louis. C'est ainsi qu'une erreur qui se glisse dans Ihistoire en corrompt au loin la pureté et la vérité.

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