PREMIÈRE PARTIE Qui regarde la Tocation des Gentils
ARTICLE l^.
État de U cootesulioD excitée entre TËglise naissante de Jérusalem et la Sysagogue.
Le plas grand procès qui ait jamais été sur la terre est celui qui est entre les Juifs et les Chrétiens. Ceux-ci prétendent que les Juifs sont une nation infidèle ^ une race adultère, selon le nom que Jésus-Christ leur a donné [Saint Mfttt/é., ch. XII, V, 39) ; et les Juifs retournant contre les Chrétiens les mêmes accusations, soutiennent que la société des Chrétiens n'a jamais eu le rang d^une véritable épouse, que leur religion ni leur culte ne plaît point à Dieu; en remontant jusqu'à Torigine, ils disent que la source en est corrompue, ils blasphèment contre Jésus-Christ, et veulent iaire passer la première Église de Jérusalem, tirée du militu de la Synagogue et toute composée de Juifs circoncis, pour une secte révoltée et uoe assemblée d'apostats.
Divers jugements doivent décider sur cette grande con«
teatation^tsur ses suites ; le plus éclatant sera celui qui se rendra au jour de la résurrection des morts. Mais Dieu n*a p£^^ remis jusqu'à ce jour toute sorte de décision ; il a déjà jugé, et Bon jugement a été visible à toute la terre, parce qq'il lia pendu selon la forme qu'il s'était lui-même prescrite dans les livres de Moïse. Pour être en état de sentir la force de ce jugement, il faut remonter aux premiers temps où la contestation était le plus animée et où divers prétextes d'égarement, qui n'ont plus de lieu maintenant^ subsistaient encore.
Que Ton considère donc l'état delà dispute entre les Juib et les Chrétiens, entre la Synagogue et l'Église, et que Ton s'arrête particulièrement au temps qui s'est écoulé depuis le commencement de la prédication de Jésus-Christ et de saint Jean, jusqu'au moment de la vocation des Gentils et de la destruction de Jérusalem, de la ruine du temple et de la dispersion des Juifs. Si l'on considère pendant cet intervalle la nation des Juifs, on y voit deux partis opposés : l'un qui reconnaissait Jésus-Christ pour le Messie, l'autre qui le regardait comme un imposteur.
Mais quelle différence entre ces deux partis ! Le parti qui rejetait Jésus-Christ n'avait pas moins d'étendue que la Synagogue en corps ; et ce n'étaient que des particuliers qui n'avaient ni rang, ni autorité publique reconnue, qui le recevaient. Ceux qui étaient assis sur la chaire de Moïse et héritiers de son autorité, rejetaient Jésus-Christ ; et quelques paysans de Galilée étaient les chefs de ceux qui le reconnaissaient pour le Messie.
La nation des Juifs était la seule sur la terre qui connût le vrai Dieu ; elle l'honorait par un culte public que Dieu lui-même avait établi par le ministère de Moïse. Ce culte subsistait depuis plus de quinze cents ans; il était alors
mieiix afEermi et plus étendu que jamais. Le temple de Jérusalem attirait Tadmiration de tous les peuples. Cet unique temple réunissait toute la nation répandue par ses colonies parmi tous les peuples qui étaient alors connus. Ils se rassemblaient de toutes les parties du inonde dans ce lieu saint el respectable. Des milliers de victimes y étaient offertes an ▼rai Dieu. La tribu de Lévi y exerçait son ministère, et la race d^Aaron distribuée dans ses vingt- quatre familles y remplissait avec dignité les fonctions du sacerdoce qu'elle avait reçu de Dieu.
Mais ce qui relevait infiniment toutes ces choses, c'est que ee culte était légitime, et que le grand corps des Juifs qui venaient adorer à Jérusalem ne l'emportait pas moins par cet endroit essentiel sur la secte schismatique des Samaritains et sur les autres sectes séparées, que par les avantages extérieurs. Le corps de la Synagogue attaché au temple de Jérusalem avait donc, avec les avantages du plus grand nombre et de la secte la plus étendue, du culte le plus éclatant, de la succession non interrompue depuis Moïse et Aaron d'un ministère héréditaire ; ce corps, dis-je, avait encore la prérogative d'être approuvé de Dieu, préférablement à tontes les autres sectes qui s'étaient détachées de lui et qu'il avait légitimement condamnées.
Tel était le grand corps qui se déclara contre Jésus-Christ et contre l'Église naissante. Et ce qu'il est d'une très-grande importance de remarquer, c'est que la Synagogue, en se déclarant contre Jésus-Christ, ne perdit pas sur-le-champ lonte son autorité : elle en abusa d'une manière énorme; mais l'abus ne l'anéantit pas sans réserve. Jésus-Christ reconnut l'autorité de Calphe, lorsqu'il l'interrogea au nom du Dieu vivant. Plusieurs années après, saint Paul reconnut le grand-prétre pour le prince du peuple que l'ordre de
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Didu obligeait encore d'honorer. Les Âp6tres alkiènt ett' oore au temple en toutes sortes d'occasions; et qnoiijti'ilii fussent les pontifes d'un cuUe plus excellent, ils ne dédain gnaient pas de prendre part j dans le rang des laïques, atlculte figuratif que l'on rendait encore à Dieu. Saint Pierre, cité devant le conseil des pontifes juifs leur répond avec fer* meté, mais avec humilité ; ai sur la défense qu'ils lui firent de parler au nom de Jésus-Cbrist, il n'allègue pas qu'ite n'ont point d'autorité, mais il leur oppose «elle de lÛeii : Jugez vous-mêmeSy leur dit-il, sHl est juste devant DieU de vous obéir plutôt qu^à Dieu ? [Actes, cb. IV, v. 19); laissant à entendre que dans toute occasion où le commande^ ment de Dieu n'aurait pas été contraire au leur, il aurait obéi.
Si l'autorité des pontifes assis sur la chaire de MiHM n'était pas suffisante pour empêcher d'obéir à Jésus-Christ, cela n'empêchait donc pas qu'elle ne fût réelle. Cette auto^ rite si respectable dans Fa source, affermie par une si longue succession, revêtue de tant d'éclat extérieur, reconnue par tant de millions d'hommes, bien loin d'avoir aucune force réelle pour dispenser les hommes de suivre Jésus^briat, était destinée au contraire par sa nature à le faire, reeoti-' naître ; c'est pourquoi les pontifes se chargèrent d'un crime horrible en refusant de la faire servir à cet usage^ Mais si l'abus qu'ils en firent ne détruisit pas l'obligation de reconnaître Jésus-Christ pour le Messie^ il ne laissa ptls de four* nir un prétexte très- séduisant pour s'y méprendre; la multitude des Juifs s'y laissa entraîner ; et sous le prétexte spécieux de suivre une autorité qui venait de Dieu, ils rejetèrent le Fils de Dieu lui-même.
Il se forma à l'ombre de cette autorité une conspiration des prêtres et du peuple^ des savants et des ignorants, des
mait une double question qui demandait un* double jugement; ear TÉglise accusait la Synagogue d'aposlasi^, et la Synagogue prétendait être une épouse fidèle et i'ànocente ; la Synagogue, de son côté, accusait l'Ég'iise'id'itafidélité envers Dieu et de révolte contre ceux qu'il avait revêtus de son antorité. Dieu était appelé de part et d'autre. en téÉQoignage, aussi bien que la Loi et les saintes Écritures. De'part et d^aotre on offrait des prières au Dieu d^Âbraham et de Moisey et de part et d'autre on implorait sa justice. ÉcouliMis la prière de TÉglise; nous la trouvons dans le Pnome CYm : il faut se souvenir que c'est Jésus^Gbrîst à la tète de FÉglise de Jérusalem qui y fait entendre sa voix, et qui demande que son Église soit justifiée et la Synagogue confondue.
VÊfiie de lénisalem demande justice à Dieu contre la Synagogue.
Seigneur, ne refusez pas déparier en ma faveur; Deus,
LàUDEM XEAM KE TACUERis ; parce çuc des bouches impies et
pleines d^ artifices se sont ouvertes contre moi. Ils m'ont at-
taqué avec une langue trompeuse, ils tri ont assiégé par des
discours pleins de haine, ils nfiont déclaré gratuitement la
guerre : plus je leur ai marqué d! affection^ et plus ils se sont
attachés à me combattre. C'est le sens de l'hébreu, qui se
sert du mot dont est venu le nom de Satan pour exprimer
l'opposition dont parle ici le Psaume^ comme s'il disait :
11$ ont exercé à mon égard la fonction de Satan. C'est ainsi
que Jésus-Christ représente la persécution qu'il souffrait,
soit dans sa personne , soit dans celle de son Église, de la
part de la Synagogue. Dans cet état, continue^t-il, qu'ai-je
Wt? Je n^ai eu que des prières à leur opposer. Si l'Église
de Jérusalem avait été revêtue d^une autorité semblable à celle des chefs de la Synagogue^ si ces chefé de la Synagogue s'étaient unis à elle pour reconnaître Jésus-Christ pour le Messie ; outre les prières, elle aurait pu employer leur autorité pour réprimer ses calomniateurs et pour décerner contre eux quelque punition extérieure. Mais dans la situation où elle se trouvait, que pouvait-elle faire ? Tai prié, dit-elle , car il ne faut pas séparer sa voix de celle de Jésus-Christ. Les persécutions et les attaques sont de leur côté, et du mien il n'y a que des prières; c'est pourquoi je n'ai d'autre ressource, 6 mon Dieu, que de vous représeii«i> ter qu't/s nCont rendu le mal pour le bien, et la haine au lieu de F amour que je leur portais.
On demande que le jugement établi pour discerner les épouses adultères soit exercé contre TÉglise de Jérusalem et la Synagogue; et premièrement que la Synagogue soit reconnue coupable et condamnée comme telle.
T ai prié, dit Jésus-Christ. Mais quel est donc l'objet et le terme de cette prière? Nous allons le voir par la suite du Psaume, c'est d'obtenir que Dieu juge en faveur de TÉglise contre la Synagogue. Et quelle espèce de jugement demande-t-il ? Celui qui est marqué dans le chapitre Y des Nombres, et qui était ordonné pour discerner Tépouse adultère de l'épouse fidèle.
Lorsqu'une femme sera tombée en faute y fut-il dit à Moïse (v. 12), et que^ méprisant son mari, elle se sera approchée dun autre homme, en sorte que son mari nait pu décou^ vrir la chose, et que son adultère demeure caché [et latet adulteriuni)y sans qu'elle en puisse être convaincue par des
témoins, parce qu^elle r^ a point été surprise dans ce crime : d le mari est animé de F esprit de Jalousie contre sa femme, fui aura été souillée véritablement ^ ou qui en est accusée far un faux soupçon, etc. Voilà le cas qui est double, ouDiDe an le voit, car il se pouvait faire que Tépouse fût coupable, et il se pouvait £aire qu'elle fût innocente. Et ce double cas trouve ici son application, car il y a deux questions à décider.
Deux épouses sont accusées d'adultère : la Synagogue est aeeosée par Jésus-Christ, qu'elle aurait dû regarder comme IDD Téritable époux, mais qu'elle avait renoncé ; et l'Église de Jérusalem est accusée d'adultère par la Synagogue et par son chef, qui prétendait qu'elle avait manqué à la fidé^ lité qu'elle lui devait, en reconnaissant pour le Messie celui quHL avait condamné comme un imposteur. On voit que la cause de ces deux épouses dépendait réciproquement Tune de Taulre, puisque les accusations étaient réciproques, et qu^aânsi la condamnation de l'une était la justification de l'autre.
Mais afin de ne rien confondre, il vaut mieux considérer chacune des accusations à part, selon que le Psaume nous y conduit ; car avant de demander directement que l'Église de Jérusalem fût déchargée de l'accusation intentée contre elle, le Psaume nous représente la Synagogue comme accusée, et Jésus-Christ comme accusateur.
Je dis que le Psaume nous représente la Synagogue comme accusée ; car quoiqu'il soit très-certain que Judas est marqué dans le Psaume et que plusieurs versets fassent allusion à la personne de ce traître, néanmoins il est visible qu'il n'est pas seul l'objet des accusations et des imprécations que contient le Psaume, quand il n'y en aurait d'autre preuve sinon qa il y est souvent parlé en pluriel de ceux dont on se plaint.
Oïl ya Jhdas^tivcier'ilest^vrâi^ carilesl entré lés ennemis de Jâsds^hriist -mi'diBs {^us «reaiarquables, c^estr j^ixrqQm on U tegétAé eb iiftème'temps comme la figdre et le' wpééh séhiàtl de imis lés autres. Il'settble qu'il fot commis poMor vebdfe^et livt^K^ léàis^^brist au nom de toute la narliov, et qu^ïut destiné pour fi^rer, perses châtiments etson-ctop^ plice, set condamnation générale : aussi porte-t-ïildtuialià personne le nom de la nation entière, et tous les termes qui annoncent ses nialfaeurs sont si bien mesurés^ qu^ils ne conviennent pas avec moins de justesse au corps des Jôlfis qn-à la personne particulière de Judas. Ne restreignons donc pas les paroles du Psaume à un seul homme, et ne séparons pas d'a^c lui ceux que leur iniquité et la prévoyance du Saint- Esprit lui a unis.
Cette remarque supposée, je dis que la Synagogue était l'épouse accusée d'adultère quMl s'agissait de convaincre. Jésus-dhrist était Tépoux méprisé et Taccusateur; c'est lui qui était animé de l'esprit de jalousie contre une épouse infidèle. Le crime était caché, l'épouse accusée refusait d'avouer qu'elle fût coupable, et il n'y avait point de témoins pour la VM)nvaincre. Car, d'où aurait-on pris ces témoins? du milieu des Juifs incrédules et révoltés contre Jésus-Christ? ils faisaient eux-mêmes partie de l'épouse ndultère : de l'Église de Jérusalem? mais elle n'était pas séparée de JéSus-Christ dans l'accusation qu'il intentait. Cependant le crime était contesté et demeurait caché aux yeux (lë toutes les nations qui n'étaient pas encore convaincues, comme elles le sont aujourd'hui, que les Juifs fussent une race adultère, et il s'agissait de les en convaincre. Plus on pèsera ces circonstances, et plus on reconnaîtra que le miracle était nécessaire : il était promis dans le livre des Nombres j cbJ Y. Écoutons ce que le mari avait à faire*
LES ÉPOUSES FlUÈLES ET LES INFIDÈLES. 69
il lui était ditdd me^er raoouBéeiaiLj^r^tra^ide la préanler devant le Seigpauru Xiàiiop'dfiM«it'pf*i$sen^^..ujie oftandede la dixième partie d'mi^nnowr^ d^ î^vim^'o^ge^ mtk saas répandre d'buile par-dessus et jmi^ .7. jiu^^lre d'eacene^ comme on avait acooulumd de faire/^ oes.f pries d'oUations ; paxce^que c'est uf sacrifice 4ejal9usûls ppu^ajt fÉeritiire, et une. ablation pour découvrir (fi^ltfii^i^.
Ensmié le prétreprenantdefeausainte dam uri misseau de terre fil y met tra^n.peu de ia. poussière dupgA)^4v^tiaJb^r* mscte. Aiars la femme seietMttfit debout devant J^e^S^igneur^ leprUre lui découvrira^'. la tite, et il metiramDi^es.maflns le sacrifice destiné pour renùuveler le sotwenit^ du*péché et tokleUion de jalonne^ et il tiendra lui-méofe entre ses mains les eauœ très-^amères sur lesquelles il a prononcé les nialér diciioMS avec exécration. Il conjw^er^la femme et lui dira; Si un homme étranger ne s^ est point approché de vous^ et st v€tts ne vous êtes point souciée en quittant le- lii.de votre mari, ces eaux trés^mèresque fai chargées de malédàc^ tiams ne vous nuiront point ; mais si vous vous êtes retirée de votre mariy et si vous vous êtes souillée en vous appro^ chant d'un autre homme, ces malédictions tomberont sur vous. Que le Seigneur vous rende un objet de malédiction Hun exemple pour tout son peuple; quHl fasse pourrir votre nnssCy et que votre ventre Renfle et quHl crève enfin; que ces eaux de malédiction entrent dans votre ventre et qu'étant détenu tout enflé votre cuisse se pourrisse. Et la femme répondra : Ameny amen. Alors le prêtre écrira ces malédictions sur un livre ; et il les effacera ensuite en raclant P écriture dans ces eaux tres-amères qiCil aura chargées de malédictions^ et il les lui donnera à boire.
Voilà, la situation où le Psaume nous fait envisager la Synagogue, comme élant eu la présence de Dieu, ayant les
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mains pleines de Toffi'ancle qui doit attirer snr elle la malé- '■ diction en cas qu'elle soit trouvée coupable, ayant déjà les en* irailles remplies^ ou plutôtbuvantencorecesterribleseanzqtoi lui sont données pour lui servir d'épreuve. Rlleadéjàconsenli aux malédictions qui y sont attachées en cas d'infidélité ; elle a répondu Amen à chacune de ces malédictions. Sa tète Wt découverte, parce qu'elle parait dans l'état d'une fenmie qui a son mari non pour défenseur, mais pour accusateur. Jésos» Christ est son accusateur. Elle prétend être innocente, il faut donc qu'elle se défende, non-seulement sans Jésus-Ghrtsft, mais même contre Jésus-Christ ; il y a plus, car elle a les mains pleines du sang de Jésus-Christ qu'elle a condamné à mort ; elle soutient que c'est avec justice. Elle a ajouté à la mort de Jésus-Christ celle de ses disciples ; elle se flatte qae ce sont autant de sacrifices dont Dieu doit lui tenir compte, et elle ne craint pas dans cet état de lui adresser sa prière.
Jésus-Christ envisage tout le corps des Juifs dans ce point de vue, et il oppose sa prière à la leur. Il parle donc ainsi ft Dieu : Donnez- lui pour chef P impie, et que Satan se tienne à sa droite ; quHl soit recoîinupour un impie par te jugement qui se prononcera contre lui, et que sa prière lui soit imputée à péché. Je ne m'arrête pas à l'application particulière qui se peut faire de ces paroles à Judas.
A l'égard de la Synagogue, si l'on considère l'impie qui est nommé d'abord comme étant distingué de Satan, on peut entendre par cet impie un homme du caractère de Calphe. C'était le comble^du malheur pour une nation d'être livrée à un tel homme.
Cet impie, c'est ce pasteur que Zacharie reçoit ordre de figurer aussitôt après qu'il a rompu ses deux houlettes, pour marque que Dieu avait rompu son alliance avec son peuple : Prenez encore, est-il dit à ce Prophète, toutes les
marçues dun pasteur insensé, car je rrCen vais susciter sur la terre un pasteur qui ne visitera point les brebis aban* iannéeSy qui ne cherchera point celles qui auront été dis^ persées^ qxd ne guérira point les malades^ qui ne nourrira point les saines, mais qui mangera la chair des plus grasses et qui leur rompra la corne des pieds. O pasteur , 6 idole! etc. [Zacharie, XI, 15-16).
Un tel pasteur est rinslrumeut du diable ; aussi celui qui prononce le Psaume continue-t-il à demander que le diable soit à la droite de celui contre qui il fait ces imprécations. Le peuple juif parait comme une épouse accusée par son mari. Jésos-Christ serait à côté d'elle pour la défendre si elle était innocente ; mais il est lui-même son accusateur ; et il est juste que le diable se place à sa droite et que nul antre ne Passiste pendant qu'elle sera jugée.
Jésus-Christ demande que le jugement qui interviendra &8se connaître d'une manière éclatante l'impiété de la Sy* nago^ue, et que sa prière lui soit imputée d péché. Les Juifs^ se flattant toujours d'être le peuple bien-aimé de Dieu, continuaient à lui offrir leurs sacrifices, leur culte et leurs prières ; mais depuis qu'ils eurent rejeté Jésus- Christ, toutes ces choses devinrent dans leurs mains comme le sacrifice de la femme adultère, qui demandait vengeance contre elle, et qui ne servait qu'à attirer plus promptement sur elle les effets de la colère de Dieu.
Que le nombre de ses jours soit abrégé y et qu^un autre entre dans son épiscopat et dans sa dignité. Judas, en qui toutes ces choses s'accomplirent à la lettre, fut la figure de tout ce qui arriva à sa nation. Elle fut dépouillée du sacerdoce ; le sacerdoce de la loi fut détruit, et le sacerdoce chrétien passa bientôt aux Gentils. Les jours des Juifs furent abrégés, puisque la même génération qui vit crucifier
Jésas-Ghrist, vit rainer Jéntsâlem . U n^y a qa*à parcourir les versets suivante tvour y lire le sort de ce malheureux peuple. On^ y volt les énfiants devenir orphelins et les mëreà veaves; les fils qui survivent au malheur de leurs pères, chassée de leursdemetireà, réduits à lamendicité, errants et vagabofidif comme t^dïn; Tusurier s'empare de tous leurs biens, et des étranger^ j6uisse'nt du fruit de leurs travaux. Tous ces mal^ * heurs-stont arrivés à la lettré aux Juifs. Leurs vraies richèth- ^ ses étaient les saintes Écritures, les prophéties/ lèb pre^ messes quMls avaient reçues des patriarches, Tattente da Medsie ; toUled ces choses leur ont été enlevées, et des J^tran* gei^ en ont été mis en possession.
Otée persôritte "ne lui prête secours, continue le Psaume, eiquèle^ orphelins quHl laissei'a ne trouv^^^^i nulle part de miséricorde. Que sa postérité soit destinée cl la mort, et f«ie leurs noms soient effacés de la génération suivante, ou selon la Yulgate, dans une seule génération. Si l'on applique ces versets à la nation entière , il faut entendre rabolition de soi! nom en ce qu'elle a cessé de former un corps de peqple; elle h'a plus eu de nom parmi les peuples qui occupent cha« cun leurs villes et leurs territoires. Il faut entendre de la même sorte' ce qui est dit au verset plus bas : Qî4e Di^u >d^ truise leur mémoire de dessus la terre.
Ce Psaume revient de nouveau à Timage de la femnie adultère dont le sacrifice était appelé un sacrifice remémo^ ratïf du péché, parce qu'il servait à rappeler devant Dieu le souvenir de son crime. Une des choses que ce 8a<^ifice repi^tentàitj c'était le sacrifice de Jésus-Christ : il a été oifert dans les mains des Jaifs, comme le sacrifice de la femme adultère Tétait dans les siennes ; et oe sacrifice, dont il ne faut |w,s séparer le martyre des premiers disciples de Jésus*Christ, a mis le comble à tous leurs crimes.
LES ÉPOUSES FUA&LfiS ET i£S INFIDÈLES. 73
fUu»,éhS0ige9x€tde$MçiCf^Hrs^ 6l voM^iufv^tiM uns, et nm^tmdfkre^le^ qiuirWfn(\MS^ ^/ou^tt^rfi^fllautres dam msjfmigûguê^ et AiQu$ U$ per^içMtefiaz^fk ,i^ilJlfi^ et} ville ; •fkfutlçui U sang innocent qui d étéfi^^du^s^ir, . la terre ffUmbt survom^^.iJe^^ous dis.enpériti.qufijout^îçla vienin famlre sut celte, rofisqtd ^U aujqurd^hui {S, Matth,, uni, 34). Jésu$rGbrisjtparli9.à pçu pf?è9 le m^i^e langage duMie Psaumei (^ f iniquité de ^se^pér^f, revienne (Ums le fomsemr du Seigneur, et que . le péché dfi, ^a mèr^ , ne ^it jéuà tffacéi q^^il$ soient io^jours pré^ei^ts nu ,Sieigmur ; ■MÛ qu^il détruise de dessy^s la terre la.m4Tnoire,d^,ceux contre gui Relève ma voix. Voilà de teirrible^sf châtiments ; eten Toici la raison toute semblable à celle que Jésus-Christ Tient de rendre dans TÉvangile : Parce qu'il ne s^est point souvenu de faire miséricorde, et quHl a persécuté t homme fOHvrt ci uffligé, et -qu'il ^ mis à mort celui dont, le cœur étaii dans remertume. . ,.,•,,
La perséeutioa de JésufrrChrist et.de TËglise de Jérusakia qui était ionoceote et sans défense, a été^.dans les mains des Juifs, ua sacrifice remémoratif du péché daAs un sens eoaore plus étendu que celui de la femme adultère. Après ces derniers crimes, les prières que faisaient à. Pieu les Jails endurcis se tournaient en péché» et le culte qu^ils rendaient dans leur temple irritait Dieu el hâtait les moments de la vengeance. Pendant le peu d'années qui s^écoulèrent JQsqn'au jour de leur punition, les saintes Écritures et le coite de Dieu étaient dans le sein de cette nation qui en abusait, comme les eaux amères dans le ventre de la femme adultère, toutes prêtes à la faire périr d^une manière terrible. Cesice quo. marque le Psaume : // a aimé la malédiction, et elle s'est saisie de lui; i( na point voulu de la
bè%édictton, et elle $*e$t retirée loin de lui. Il s^est renSiu ■ ' de la malédiction comme de son vêtement, et elle est entrée ^' comme Peau an milieu de ses entrailles^ et elle a pénétré '^'' comme F huile jusque dans la moelle de ses os. ^
Voilà Timage des eaux amères rappelée bien clairement -i par ces mofa : La malédiction est entrée comme de Feau au i' milieu de ses entrailles. Dieu voulut que Judas portât semi- tî blement l'image de la femme adultère dans sa mort, cardon a ventre creva et ses entrailles se répandirent par terre. La i même chose arriva à la nation, autant que le malheur d*ana i nation peut imiter ce qui se passe dans le corps d'une seulefemme ; car comme cette eau avait une force miraculeuse ] pour faire périr de cette manière la femme adultère, de ; même aussi un principe secret et puissant fit premièrement entrer cette nation dans un état horriblement violent, dont on peut lire la description dans Thistoire de la guerre des Juifs par Josèphe ; et comme un corps qui se crève, elle se dispersa en suite de toutes parts et devint un exemple plein de terreur de la vengeance divine.
La ma lédictioîi pénétra comme de r huile dans la moelle de ses os. On n'a besoin que d'ouvrir les yeux pour voir jusqu'à quel point et avec quelle persévérance la malédiction s'est répandue sur cette malheureuse nation ; son cœur, ses inclinations, ses mœurs, ses coutumes, tout s'en ressent; elle en est pénétrée jusqu'aux os, et elle en est couverte comme d*un vêtement, car cette malédiction est visible aux yeux des hommes les plus grossiers. La femme adultère devenait par son ch&timent un exemple pour tout le peuple ; et la nation des Juifs est devenue un exemple pour tous les peuples de la terre.
Parmi ses autres pertes, elle a été dépouillée de Thonneur du sacerdoce, marqué par les vêtements des prêtres
l£S ÉPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. 75
et par lear onction ; et à la place, la malédiction Ta pénétrée eooune de Thuile, elle s'en est revêtue comme (Tun vêtement, et elle s'en est entourée comme cTune ceinture.
Voilà le partage que recevront du Seigneur ceux qui me e&mbatient et qui disent du mal contre mon âme. La première partie du Psaume finit ici^ et en même temps la première partie de la requête présentée par Jésus-Christ à la lète de TÉçlise naissante, pour demander que la Synagogue soit confondue par un châtiment éclatant qui fasse reconnltee à toute la terre qu'elle était une société adultère et ■fidèle.
Passons & la seconde partie où Jésus-Christ demande que scm Église soit authentiquement justifiée des accusations intentées contre elle.
Oa demanda en second lien que l'Église de Jénisalem soit déclarée raDOcenle, et déchargée des aecusalious formées contre elle par la Synagogue.
Il fallait aussi que Tinnocence de l'Église fût éprouvée, il fallait que le jugement qui servait à découvrir la vérité ou la fausseté de Taccusation d'adultère s'exerçât sur elle, [^isqne ce jugement n'était pas moins établi pour justifier l'épouse innocente et pour confondre son accusateur, que pour convaincre l'épouse infidèle et justifier les accusations de l'éponx irrité. L'Église de Jérusalem a donc bu aussi de son côté les eauxamères. Nous avons déjà vu dans les premiers versets du Psaume, des bouches ouvertes contre elle ; ses accusateurs ont adressé à Dieu leurs prières pour demander qu'elle fût confondue. C'est devant Dieu qu'ils l'ont citée, c'est par son autorité qu'ils ont prétendu la condamner ;
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et ils n'ont point cniat de s^adresser à Diea pour lui demander qu'il ratifiât le jugement qu^ils avaient déjà porté contre elle, Noos .^Uons donc la voir, dans cette seconde partiie du Psaome^ comparaître dev^t le tribunal de J>ieo, ayant pour accusateur tout le jpeuple juif et le grand-prfttfe qui était â la tète; accusateur qui ne tenait pas à son égi^?^ une j^lace indîflCérente, puisqu^il était le chel^ le [fi^teni; d( comme Tépoux de la nation dont TEglise de Jérusalem fusait partie;- elle tenait donc à lui par des liens que Dîea lui-même avait formés et que lui seul pouvait rompre. .
Cette JÉglise naissante avait aussi les saintes Écritares, là loi de Moïse et les écrits des Prophètes ; elle convenait que c'était la règle sur laquelle elle devait être jugée aussi bieq que sa rivale;. elle se nourrissait de ces Écritures, elle, lee tenait placées au milieu de son cœur. Elle rendait aussi on culte à Dieu, et les Juifs ne se méprenaient pas lorsqu'ils prétendaient que toutes ces choses devaient attirer la maléh diction de Dieu sur elle, en cas que le Messie auquel elle s'était attachée ne lût pas le véritable Messie. Mais s'il l'était, elle devait recueillir le fruit de toutes les bénédictions contenues dans les Prophètes, et l'on devait reconnaître à cette marque que le culte qu'elle rendait à Dieu lui était agréable. C'est ce qu'elle demande à Dieu par la prière la plus humble et la plus fervente ; ou plutôt c'est ce que Jésus- Christ demande pour elle et avec elle.
Pcfur vous, Seigneur mon Dieu, agissez en f?ut faveur pour r intérêt de votre twm ; délivrez-moi à cause de /'excellence de votre miséricorde, parce que Je suis pauvre et afflifjée. Elle ressent même l'amertume des eaux d'épreuve : c'est ce qui est marqué par ces paroles : Mon cœur est trourblé, ou bien ffst blessé ou milieu de mes entrailles. Car il faut fcavoir que lorsqu'il plaît à Dieu d'accomplir ù Tégard de«
LES ÉPOUSES FmÈrES ET LES INnDÈLES. 77
josles Tépreiive figurée pair celle dé ïa féttirtie adultère, quoique cette épreuve n'ait garde d'avoir' lés sùîfes funéfetes qu'elle a à Tégard des împiifes, ii^àriràoïtis lés justes (et rtbùs tn Terrons les' preui'és dans d'aùtt^yà endrbits^'dë'rÉfdi^îtore^ ne laissent pas d'en ressenti]^ l'àTUéMuibe d'tiiie ttiàai^ capable défaire tk'eniblèt ;' et tëla est' fondé 'âur ce qae 1« eaux d^éplréùve' lùarqttént* prftibipàlèmént l^ÉcWtnre.
Or, tel e^ l'aiTèf éérïi de toutes parts dans ce divin livre, qoe les justes ne se sauvent que par de grandes tribulations, Bttîs elles lÂonf iNissagèires; et deâ 'ifaalheurs éans bornes f sont annoncés pour les' j[>éclieurs. On peut dire cfûe c'est prapretnent dans le temps que se fait Tapplicatron dief ces prophéties de rÉcritnre et l'eiécution de ces menaces, que ks hommes boivent de ces éaur'amèrésr', et Ton redonnait i laquelle de ces deux classes ils appartiennent, par la nature des matix qu^ils éprouvent et par* te terme de ces inanx.
Jésos-Cbrist lui-métne n^a pa^ été ébréepté de cette i^ègle, il a essuyé tous les maux passagers' que l'Ëcrituré lui avait annoncés. Il a placé la loi de Dieu dans le fond de son cœur, et il était écrit dans les livres de cette loi qu'il souffrirait, qu'il serait couvert d'opprobres, qu'il serait accusé comme un séducteur et un impie, qu'il porterait tout le poids de ces iccusations. Ces prophéties ont donc été comme des eaux 'répreuve dont il a ressenti toute l'amertume; ii a bu le fiel et le vinaigre, et il a été rassasié d'opprobres et de douleurs. Son Église a passé par les mêmes épreuves, et l'Église «le Jérusalem y a eu plus de part qu'aucune autre. Jamais société innocente n'a eu de tels accusateurs, puisqu'elle a été jugée et condamnée par celui même dont Jésus-Christ a reconnu l'autorité, je veux dire par le grand-prêtre, à qui
il ne refusa pas de répondre lorsqu'il le conjura au nom du Dieu vivant.
Jamais juste ne fut donc plus réellement appliqaé à répreuve des eaux amères que Jésus-Christ, et après lui rÉglise de Jérusalem, c'est pourquoi il parle ainsi : Mon cœur est troublé au milieu de mes entrailles : fat paru comme une ombre qui va sur son déclin, et je n^ ai pas eu plus de consistance qu'une sauterelle qui ne tient à rien et que Pon fait tomber avec une extrême facilité; mes genoux se sont affaiblis par le jeûne^ et la maigreur a consumé toutes mes chairs. Dans cet état je leur ai été un objet â^opprobre; ils ni ont regardé^ et ils ont secoué la tête.
C'est une des circonstances rapportées dans la Passioa. Hais le mépris dont elle était la marque ne s'est pas borné à cet instant; l'Église de Jérusalem la souvent éprouvé, ei elle a eu recours à Dieu : Aidez -moi ^ Seigneur mon Dieu, sauvez-moi selon votre miséricorde ; agissez en ma faveur de manière que Fon reconnaisse JC ouvrage de votre main^ et que c'est vous, Seigneur, qui avez agi. Ils me maudiront, et vous me bénirez; vous changerez en bénédictions leurs malédictions ; vous me comblerez de biens à proportion des maux dont ils m'ont déclaré digne. Ils s'élèveront contre moi pour me couvrir de calomnies ^ et ils seront couverts de confusion, et votre serviteur sera dans la joie. Car telle sera la diiForence de leurs épi^euves et de la mienne ; j'éprouverai une persécution passagère et j'en sortirai triomphant ; pour eux ils ne sentiront pas d'abord l'effet des eaux amères, mais lorsqu'elles commenceront à opérer, les maux qu'elles causeront seront sans remède et ils se termineront à un malheur éternel.
Ainsi mes adversaires seront couverts d'ignominie, et ils se revêtiront de leur honte comme d'un manteau, Ils suc*
cofnberoni aux accusations que j'ai formées contre eux ; c'en serait assez pour que la malédiction les pénétr&t et les envdoppÀt au dehors ; mais ils succomberont aussi dans les aeeusaiions qu'ils ont formées contre moi, c'est pourquoi ils auront on surcroît de honte dont tout le mondé les verra anveiis.
Alors Jésus-Christ et son Église auront gagné double- ■Knt leur cause ; car TLglise de Jérusalem sera reconnue réponse fidèle, et son accusateur sera reconnu pour un calomniateur; au contraire la Synagogue sera déclarée une secte adultère, et les accusations intentées par Jésus-Christ et son Église seront reconnues véritables.
Le jugement du chapitre Y des Nombres sera donc douhàement exercé. La Synagogue, reconnue pour la femme adolière, deviendra un objet de malédiction et un exemple pour tout le peuple ; et l'Église de Jérusalem n'ayant point été souillée sera reconnue pure et innocente, et elle deviendra féconde, erii innoxia^ et faciet liberos [Nomb., Y, T. 28). C'est cette fécondité qu'elle se promet dans les derniers versets du Psaume : Ma bouche sera remplie des louanges du Seigtieur^ et je le louerai au înilieu d'une fr'jude multitude. Cette multitude, qui sera le fruit de sa fécondité, n'est autre chose que la multitude des Gentils dont la conversion a été la gloire de l'Église de Jérusalem ; car rien ne pouvait marquer d'une manière plus sensible m plus é«:latante, que le Dieu d'Israël avait mis sous sa protection l'Eglise de Jérusalem, que la conquête qu'on lui \oyaît faire de tous ces grands peuples à qui elle a appris a adorer le Dieu d'Abi^aham, d'Isaac et de Jacob, tandis que la Synagogue » sa rivale, a été frappée d'une stérilité visible.
Je serai ainsi justifiée, conclut enfin cette petite Église,
parce que Dieu s'est tenu à ta droite du pauvre potir di^ W livrer son âme de la main des juges. -f
Que l'on se souvienne que Satan était à la droite de la n Synagogue, lorsque c'était sa cause qu'il s'agissait de JQger ; et Dieu s'est placé à la droite de l'Église de Jérosalem. 'Que ■ l'on ne s'étonne donc pas du succès qu'a eu la cause de l*ime i et de l'autre. j
ARTIGLB V.
Nouvelles circonstances du jugement des eaux amères, appliquées k h
Synagogue et à TÉglise naissante. \
Les principales circonstances de la cérémonie établie par i Moïse, pour discerner la femme adultère, se trouvent ezpli- i quées, comme on vient de le voir, par Tapplication que le : Psaume GYIII en a faite. Mais il y a des circonstances qui méritent d'être considérées un peu plus en détail ; ce sont celles que l'on observait dans la préparation des eaux amères. On y faisait entrer deux choses : premièrement de la poussière du pavé du tabernacle, et en second lieu on i raclait dedans le papier ou la tablette sur laquelle on avait écrit les malédictions prescrites. Ces malédictions n'étaient que conditionnelles, et la bénédiction même y était jointe en cas que la femme fût inllocente; mais toute la force, soit de la bénédiction, soit de la malédiction, était censée passer dans ces eaux, et la poussière du tabernacle que l'on y mêlait marquait à peu près la même chose, car elle faisait entendre que tout ce que le tabernacle et le culte qu^on y rendait pouvaient avoir de force et d'efficace pour obtenir de Dieu qu'il confondit le coupable et qu'il délivrât l'innocent, était attaché à ces mêmes eaux ; en sorte que l'action que la femme mise à l'épreuve faisait en les buvant était une pro-
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tentation authi^ntique qu'elle coDsentaii que tout ce que la loi et la religion avaient de vertu, soit en faveur de l'innocence, soit pour vengev le erime, lui fût appliqué et s'exerçài SOT elle». , ^ - ■ i.- ■ ■ . .
Ces qaux n'ët«^en;t dope pas pernicieuses, par eUesrmèmes, nais leur vertu^ in4é,ter9li^ée de. /^ jAatuce^ ,n!opérait la vengeance ou la justification que dépendammeat des dispositions de celle qui les buvait. Elles n'étaient pas seule- Djent nommées les eaux amères, mais aussi les eaux saintes, et leur véritable caractère était de représenter la Loi de Dieu et son culte dans cette vue générale selon laquelle les hommes en peuvent bien ou msd user, et selon laquelle elle est paiement propre à les condamner ou à les justifier conformément à leurs mérites. . . , . 1/
Si Ton considère la nation entière des Juifis sous l'image d*ane seule personne, les eanx d'éprquv^ à son.égsnrd n^étaient autj;'e chose, d'une part, que la. Loi de Dieu donnée par Moise et renouvelée dans tous les livres de l'Écritore, remplie de promesses et de menaces; et de l'autre, le oêjiXe ({ue toute la nation rendait à Dieu^ le temple et les sacrifices qui S' y offraient, qui devaient tourner à la gloire de la na* tion en cas qu'elle fût fidèle, mais qui devaient lui attirer des châtiments terribles si elle abandonnait Dieu.
Les malédictions abrégées que Ton écrivait contre la femme adultère représentaient en raccourci toutes celles dont les Juifs étaient menacés dans tant de livres de l'Écritore. Moïse en avait fait lui-même une espèce de recueil que Ton peut lire en divers chapitres du DeutéroHome, et principalement dans le XX VHP : Que si vous ne voulez poi/i/, leur dit-il, écouter la voix du Seigneur votre Dieti^et '{w: vous ne yardiez et ne pratiquiez pas toutes ses ordon^ litiitces^ etc., toutea les inalédictions s\x\\diiiies fo^n/feront T. I. 0
88 BPXONl) fITMBOLE.
sur VOUS, n fait ensuite un long détail des malheurs, parm lesquels il dit : Le Seigneur enverra parmi vous Pindt gence et la famine^ et il répandra sa malédiction sur touti vos oeuvres, jusqu'à ce qu'il vous réduise en poudre et qu\ vous extermine en peu de temps, à cause des actions pleim de malice par lesquelles vous Pave» abandonné. Et ph bas : Le Seigneur vous frappera de frénésie , d*aveuglemen et de fureur, en sorte que vous marcherez à tâtons enplei midi, comme taveugle a accoutumé de faire étant toh enseveli dans les ténèbres, et que vous ne réussirez point e tout ce que vous aurez entrepris. Vous serez noircis en toh temps par des calomnies et opprimés par des violeiKes, sati que vous ayez personne pour vous délivrer. Vous épousert une femme, et un autre la preiidra pour lui. Vous bdtire une maison et vous ne f habiterez point. (Yoilà les malé dictions que l'on retrouve dans le Psaume CVIII : Qti't\ soient chassés de leurs demeures.) Vous planterez une vign et vous n^en recueillerez point le fruit... Vos fils et vi filles seront livrés à un peuple étranger. [Que ses enfam soient errants et vagabonds, dit le Psaume.) Vos yeux i verront et seront tout desséchés par la vue cofitinuelle de leu misère ; et vos mains se trouveront sans aucune force. tJ peuple qui vous sera inconnu dévorera tout ce que vott terre avait produit, et tout le fruit de vos travaux. [Qt des étrangers lui ravissent tout le fruit de ses travaux Voîis serez toujours abandojinés à la calomnie et exposés F oppression tous les jours de votre vie; et vous demeuren comme interdits et hors de vous par la frayeur des chosi que vous verrez de vos yeux... Et vous serez dans la def nière misère, et comme le jouet et la fable de tou^ les pet pies où le Seigneur vous aura ca?iduifs... V étranger qui « avec vous, dans votre pays, s'élèvera au-dessus de vous, et ;
éeviemlra plus puissant. Ce sera lui qui vous prêtera de Fargent, et nous ne lui en prêterez point. [Que Pusurier neÂerehe ei enlève tout son bien ; ce sont les termes du Bnoine.) Ce qoe dit ce même Psaume^ que la dignité de eelai qui est l'objet des malédictions doit être transportée à n autre, et qu^un autre reçoive son épiscopat, répond à ces paroles de Moïse : V étranger sera lui-même à la tête^ et vous ne marcherez qu'après lui : Ipse erit in caputy et tu msincaudam.
Toutes ces malédictions, continue Moïse, viendront fondre mr vous, et elles vous accableront jusqu*à ce que vouspérisriez entièrement... Elles demeureront à jamais sur vous et wr votre postérité^ comme une marque étonnante de la tolère de Dieu sur vous; parce que vous ii' aurez point servi le Seigneur votre Dieu dans la satisfaction et la joie de votre cœur parmi t abondance de toutes choses... Le l^eigneur vous amènera un peuple d'un pays reculé et des extrémités de la terre, qui fondra sur vous comme un aigle fond sur sa proie, et dont vous ne pourrez entendre la langue (rexpédition des Romains pour détruire la Judée ne pouvait être désignée plus clairement) ; un peuple fier et insolent, qui ne sera touchent de respect pour les vieillards, ni de pitié pour tes petits enfants.,. Il vous réduira en foudre dans toutes vos villes; et vos murailles si fortes et n élevées , oit vous avez mis votre confiance, tomberont dans toute retendue de votre pays. Vous demeurerez assiégés ians toutes les villes du pays que le Seigneur votre Dieu vous donnera, et vous mangerez le fruit de votive ventre et la chair de vos fils et de vos filles que le Seigneur votre Dieu vous aura donnés, tant sera grande l'extrémité de misère où vos ennemis vous auront réduits... Si vous ne
cariez et si vous n^ accomplissez toutes les paroles de cette
loi qui sont écrites dans ce livrCy... (Il faut se souvenir que c'est ce livre du Deutéronome où la promesse du don d'un cœur nouveau est contenue si formellement^ et dans lequel il est si expressément recommandé de recevoir le Messie, chapitre XYIII, en même temps que Dieu déclare qu'il se réserve si lui-même d'exercer la vengeance contre tous ceux qui refuseront de le recevoir).
Si vous n^ accomplissez donc toutes les paroles de cette loi qui sont écrites dans ce livre^ si vous ne craignez ce nom glorieux et terrible, ce nom du Seigneur votre Dieu^ le nom de jÉHOVAHy qui marque qu'il est l'Être des êtres, que tout être et toutes perfections viennent de lui, qu'il fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre, dans les créatures visibles et invisibles, et que par conséquent il fait miséricorde à qui il lui plait, et qu'il endurcit ceux qu'il lui plaît ; si ^ous ne rendez à Dieu la gloire qu'il exige de vous, et qu'il exigera d'une manière particulière au temps du Messie, le Seigneur augmentera de plus en j^^^^s '^'os plaies et les plaies de vos enfants, des plaies grandes et opiniâtres, des langueurs malignes et incurables. Il fera retomber sur vous toutes ces plaies dont il a affligé r Egypte , et dont vous avez été effrayés^ et elles s attacheront inséparable^ ment à vous. Le Seigneur fera fondre encore sur vous toutes les langueurs et toutes les plaies qui ne sont point écrites dans le livre de cette loi, jusqu'à ce qu'il vous réduise en poudre; et vous demeurerez un très-petit nombre d'hommes, vous qui étiez multipliés auparavant comme les étoiles du ciel, parce que votis n aurez point écouté la voix du Sei^ gneur votre Dieu. Et comme le Seigneur avait pris plaisir auparavant à vous combler de biens et à vous faire croître de plus en plus, ainsi il prendra plaisir à vous perdre^ à vous détruire et à vous extenniner de la terre où vous allez
entrer pour la posséder. Le Seigneur vous dispersera parmi tous les pettpleSj depuis une extrémité de la terre jusqu'à (autre.
Dès le chapîli'e précédent, Moïse avait fait un abrégé de lootes ces malédictions, qii^îl avait enfermées en douze articles, el il ordonna qu^après que les Israélites auraient passé le Jourdain, on prononcerait solennellement ces malédictions. Toutes les tribus devaient être postées sur deux montagnes, six sur Tune, et six sur l'autre. Les lévites se tenant au milieu devaient prononcer l'un après l'autre chacun de ces articles, et tout le peuple répondre à chaque article» Amen, pour marquer qu"*!! consentait que la malédiction \iot tomber sur lui en cias qu'il fût infidèle à Dieu. Cela fut exécuté ponctuellement sôus les ordres de Josué, et la nation, en répondant yim^n aux douze articles des malédictions, fit solennellement la même chose que l'on faisait iaire à la femme accusée d'adultère. Les Israélites renou- Telaient cette protestation, et la renouvellent encore aujourd'hui toutes les fois qu'ils en font la lecture. La nation portait donc depuis longtemps les eaux d'épreuve dans son sein ; on en voyait de temps en temps des effets par les divers châtiments dont Dieu punissait leurs péchés. La captivité de Babylone fut le plus grand et le plus remarquable, mais iln'égala pas, par son étendue ni par sa durée, la force des expressions du Deutéronome; d'où l'on eut lieu de conclnre que ces malédictions devaient avoir un autre accomplissement, dont la captivité de Babylone n'était qu'un essai, ou pour mieux dire, une ombre et une figure.
Ce n'est proprement que depuis la venue de Jésus-Christ qpe le jugement de la femme adultère s'est exercé dans toute sa réalité et son étendue ; les eaux amères commencèrent alors k opérer selon toute leur force. Avant ce temps
86 SECOND SYMBOI^. ^
le corps de la nation n'avait point eu d'accusateur dans les t« formes devant Dieu ; personne n'avait prononcé contre elle :.ii la terrible formule contenue dans le Psaume CVIII ; per** ît\ sonne qui fût digne d'être écouté de Dieu n'avait eu intérêt k\ que le temple fût détruit, que l'habitation des Juifs demeu- •« ràt déserte, que le sacerdoce leur fût ôté et transféré & un .u autre peuple, et que la nation entière devint un objet de igi malédiction et d'opprobre. Dès que Jésus-Cbrist eût été re- «i jeté et que l'animosité des Juifs se fût déclarée contre son ^^ Église, le pauvre opprimé pour qui le Psaume avait été gj composé parut. La Synagogue fut citée devant Dieu ; toutes |^ les paroles de la Loi et des Prophètes lui furent objectées, ^ et Jésus-Christ et ses disciples ne cessèrent de lui faire des ju sommations réitérées d'obéir & Moïse qui lui avait ordonné de recevoir le Messie. La voix de Jésus-Christ et de son Église monta jusqu'au trône de Dieu, et les eaux amères opérèrent d'une manière terrible et qui n'avait jamais eu d'exemple. La malédiction spirituelle fut jointe à la malédiction extérieure. La nation entière, à l'exception de ceux qui reconnurent Jésus-Christ, fut réprouvée et destinée au feu de l'enfer. Mais comme ce malheur est invisible, il fut accompagné de tous les châtiments sensibles prédits par Moïse et par les Prophètes.
L'univers en a été spectateur, les Juifs les ont ressentis et n'en disconviennent pas. Les Chrétiens en tirent une preuve invincible pour prouver l'apostasie des Juifs et la vérité de la mission de Jésus-Christ. La figure de la femme adultère fortifie cette preuve, et fournit les moyens de la serrer et de la rendre plus pressante.
(iomme on avait droit de conclure avec une entière assurance qu'une femme était adultèrô, lorsque la malédiction attachée aux eaux amères qu'on lui faisait boire s'accom-
LES ÉPOUSES FIBÈLES BT LES INFIDÈLES. 67
plisnit sur elle ; ce n'est pas arec moins d'assurance, dit-on
aux Juifs, que l'on a droit de conclure que vous êtes une
uiioa adultère et infidèle, puisque toutes les malédictions
prédites par Moïse sont venues fondre sur vous. Le Seigneur
ne vous a-t-il pas réduits en poudre? N'a-t*il pas amené
contre vous des extrémités de la terre un peuple qui est
venu loDdre sur vous, comme un aigle fond sur s ^ proie?
Vous avez été assiégés dans toutes vos villes ; vos murailles
si fortes et si élevées^ où vous aviez mis votre confiance,
sont toaibées dans toute l'étendue de votre pays. Vous avez
éprouvé les dernières rigueurs de la famine ; vous avez été
opprimés avec violence, sans qu'il se soit présenté personne
pour vous délivrer ; vous avez été frappés de toutes sortes
de plaies. Vos fils et vos filles ont été livrés à un peuple
étranger, et vous avez été chassés de la terre que le Sei***
gnenr vous avait donnée. Toutes ces choses sont arrivées
dans un temps où vous serviez Dieu, en apparence, avec
plus de fidélité que jamais. On n'entendait plus parler pamii
voos d'idolâtrie, comme dû temps des rois d'Israël et de
Juda. Jamais vous n'aviez marqué plus d'attachement à la
loi de Moïse. Le temple venait d'être rebâti de nouveau avec
une magnificence extraordinaire. Jamais on ne vit un plus