‹ Histoire de la Religion représentée dans l'Écriture Sainte sous divers symbolesChapitre 13 sur 42 · V. 37 et · texte numérisé non relu

V. 37 et

Isale l'avait prédit au chapitre LIV, v. 17, où il adresse U parole à TEglise : Tout vase formé contre vous ne réussira point, et vous condamnerez toute langue qui s^ élèvera pour entrer en jugement co7itre vous. Cest là C héritage des serviteurs du Seigneur, et la justice que je leur rendrai, dit le Seigneur, Isaïe réunit ici le symbole des vases avec celui d'une rivale qui accuse l'Église naissante, que ce Prophète représente dans ce même chapitre sous Tiinage d'une épouse. Il nous avertit par là de la liaison «pieTÉcriture a mise entre ces deux symboles. Il semble que ce ne soit pour autre chose que pour marquer cette liaison

90 ëECOKD 6l'MB0LE« 421

qu*il était spécifié qiie ce serait d'un vase d'ai%ile| plutAk .i*i que de toute autre matière, que Ton se servirait pour la oé» iki rémonie de Tépreuve de la femme adultère. On metteît i^h dans ce vase les eaux amères, et lorsque la femme était cou- ^i pable et qu'elle mourait, il parait que ce vase devenait inlA «^ pur par la règle du XIX* chapitre des Nombres^ v. 15 ; M ^\ si la règle du chapitre XI du Lévitiquey v. 33^ estgénén^v ^ il devait être brisé^ ce qui réunit sensiblement les deiur .^^ symboles. ,.

La condamnation de la Synagogue a jusfifié TÉgliae db Jérusalem dans les Accusations qu'elle avait formées coâtri la Synagogue : c'est un des chefs du double procès qui étAit entre elles. Nous avons vu aussi que cette Église naissant» n'a pas été moins autbentiquement justifiée dans l'autre chef, c'est-à-dire dans les accusations qu'elle a eu à soute<nir, car elle a éprouvé la bénédiction de l'épouse injustement accusée : Que si elle n^a point été souillée, est-il dit dans les Nombres (v. 28), elle nen ressentira aucun mal et elle aura des enfants. Et dans le Psaume CVIII : Je louerai le Seigneur au milieu (Tune grande assemblée ( v. 29). Et dans V Ecclésiastique : Et ceux qui viendront apréSy reconnaîtront quil n^y a rien déplus avantageux que de craindre Dieu,,., car cest lui qui donne des jours sans fin (/fcc/A-, XXIII, 37,38).

Cette fécondité de l'Eglise de Jérusalem a consisté dans la multiplication des Chrétiens qui s'est faite par la conver-

Gentils Introduits dans TËglise, figurés par Rebecca, par la Sama- ^

Htalne et par Pépouse étrangère que Samson prend parmi les il

riiiliBlins.

Ml des Gentils. Cette petite Église, rejetée par sa propre mIîob, est devenue la mère de foutes les autres nations. Les BMTeUes Églises, composées de Gentils^ sont les branches ânngères qni ont été entées sur Tolivier franc, par le majen de quelques branches naturelles qui avaient été éfwgiiées ; car les Chrétiens de Jérusalem sont désignés, psr les Prophètes, sous le symbole de quelques olives qui ont échappé à la vendange, de quelques branches qui ont conservé de la verdeur et de la sève, pendant que la multitude des autres branches ont été trouvées sèches et infructueuses.

Les Gentils, représentés par les branches étrangères, se M>ot attachés aux rejetons d^Israelqui avaient été épargnés; et ces rejetons ont eu tant de force que, par leur moyen, tonte la sève de Tarbre a passé aux nouvelles branches, et fontes les richesses d*Israel ont été confiées aux Gentils. Us se soQt unis si étroitement avec les premiers Chrétiens tirés d*entre les Juifs, que depuis ce temps, ils n^ont plus formé a%'ec eox qu'un même arbre et une même épouse qui est rÉglise. Mais cette parfaite union n'empêche pas que souvent rÉcriture ne considère séparément, et les rejetons de Fancienne tige, et Tamas des branches qui ont été entées dessus. Alors, le corps des Gentils convertis parait comme une nouvelle épouse, ou comme une multitude d'épouses que rÉglise de Jérusalem présente à Jésus-Christ, et que Jésus-Christ unit à l'Église de Jérusalem pour sa consolation et pour sa gloire, comme on peut le remarquer dans le Ps. XLIV : Des vierges seront amenées au roi après elle, et ton vous présentera celles qui sont ses plus proches (v. 10).

Cette nouvelle épouse nous est représentée par Rebecca, que le fidèle Éliézer va chercher dans un pays éloigné pour en faire l'épouse du fils de son maître. Je vous ai

fiancésy disait saint Paul à des Gentils qui avaient été cx>ii- ^^ vertis, à cet unique époux, qui est Jésus-Christ, pour vous ^ présenter à lui comme une vierge toute pure [II. Cor. y XI, V. 2). Son malire lui avait expressément défendu de prendre une épouse pour son fils dans la terre deChanaan, où il était né et où il habitait. Isaac, figure de Jésus-Christ, Tintro- j dulsit dans la tente de Sara sa mère, figure de la Synagogue morte et ensevelie. Il la prit pour son épouse, et elle le consola de la mort de sa mère [Genèse^ XXIV, 67) ; la conversion des Gentils a servi de consolation de la perte des JuifiB.

La Samaritaine, dont l'histoire a des rapports si capables de frapper l'imagination avec l'histoire de Rebecca, nous représente la même chose avec de nouvelles circonstances. Les désordres de sa vie passée nous font ressouvenir de l'état des Gentils qui^ errants de superstitions en superstitions, ressemblaient à une femme déréglée qui, dans le temps de ses désordres, n'a point de véritable époux. Jésus-Christ fait entendre par le discours qu'il tint à ses disciples, à l'occasion de cette Samaritaine, qu'il était tout occupé du salut des Gentils qu'il désirait ardemment, comme on le peut voir en réunissant les versets 32 et 34 du IV" chapitre de Saini^ Jeany avec le verset 33 où il parle d'une moisson à laquelle on ne pensait pas, et qui était beaucoup plus prochaine que celle que l'on attendait. On attendait une moisson de Juifs, mais elle était éloignée ; et celle des Gentils, à laquelle on ne pensait pas, était fout proche.

La vocation des Gentils nous est clairement marquée par l'épouse étrangère que Samson épousa. Son père et sa mère, qui représentent les Juifs dont Jésus-Christ a pris naissance, lui en marquèrent leur étonnement. iV'y a-t-il pointy lui dirent-ils, de femmes parmi les filles de vos frères et parmi tout votre peuple, pour vouloir prendre une femme d* entre

ks Philistins qui sont incirconcis? [JugeSy XIV, 3). Sur quoi FFcrilure remarque que son père et sa mère ne savaient fos que cela se faisait par un ordre particulier de Dieu.

Vfstère de la substiiulion des Genlils aux Juif» par Finlerposilion de rÉglîse de Jérusalem, représenlé sous Tidée d*un jugemenl proentre trois femmes.

Od De peut douter que TLglise des Gentils n'ait été repréxslée dans TÉcriture sous Tidée d'une épouse. Maintenant, à \ixï réunit cette idée avec celle que nous présente le juge- Bmt de la femme adultère dans le livre des Nombres, il se booTera que toute l'histoire de la réprobation des Juifs et de la vocation des Gentils sem dépeinte sous le symbole de trois femmes. Les deux premières s'accusent réciproquement d^infidéli té ; l'une est condamnée, l'aulre est justifiée : on chasse la première, et l'on en appelle une troisième, à laquelle on ne pensait pas auparavant, pour prendre la place de celle qui est chassée et pour s'unir à celle qui est justifiée. Et pour exprimer ce grand événement sous les Egares que fournit l'Ecriture^ la Synagogue, succombant à répreuve de la femme adultère, est convaincue d'infidélité et frappée de stérilité; l'Église de Jérusalem, comme une Suzanne faussement accusée, est justifiée et devient féconde^ parce que les Gentils, représentés par la femme de Samson ou par la Samaritaine, lui sont réunis. Dieu réprouve les Juifs, détruit leurs villes, leur temple et leur pays ; et il se déclare en faveur de l'Eglise de Jérusalem, en faisant que les Gentils se réunissent à elle et abhorrent l'infidélité des Juifs.

94 SECOND SYMBOLE. rS'

\k ARTICLE VIII. * m

Proporlion merveilleuse que Dieu a mise entre ses œuvres, en rejeUBt les Juifs, et en convertissant les Gentils par Tentremise de TËglise *^ de Jérusalem. .;.

Yoilày en général, Thistoire de la substitution des G«niik «. aux Juifs. Mais pour mieux sentir la sagesse que Dieu a fut i^i éclater dans ce jugement, il faut le considérer de plus près .^ et y remarquer des traits plus particuliers. ^

Dieu prépara les voies à la vocation des Gentils en CaÎMat ^ porter d'abord à TÉglise de Jérusalem des caractères qni 1a ^ rapprochaient des Gentils, en séparant de jour en jour ki ^ intérêts, ou pour parler plus précisément, la cause dé ^

TËglise de Jérusalem de la cause de la Synagogue. L'Égl» de Jérusalem ne chercha point à rompre avec la Synagogue avec qui elle était disposée à vivre en paix; mais la Syoa* gogue attaqua d'elle-même l'Église naissante.

Jésus-Christ premièrement fut traité comme un excommtmié ; les Juifs lui firent porter la malédiction de la loi en le crucifiant, car ce supplice renfermait l'excommunication, selon la loi [Deutér,, XXI, 23), c'est pourquoi on conduisait hors du camp, et hors de la ville, celui qui devait le souffrir. Saint Paul a remarqué cette circonstance ignominieuse dans la mort de Jésus-Christ, et il exhortait tous les chrétiens de Jérusalem à souffrir, à son exemple, l'ignominie de l'excom» munication : Sortons donc aussi, leur dil-il, hors du camp, et allons à lui en portant rignominie de sa croix [Hébr,^ XIII, 13). Les Juifs avaient étendu cette ignominie sur les disciples de Jésus-Christ dès le temps de sa prédication. On voit, par l'histoire de l'aveugle-né, qu'ils avaient résolu de chasser de la Synagogue tous ceux qui le reconnaîtraient

LES ÉPOUSES PIDJtl.ES ET LES INFIDÈLES. 9S

poor le Messie (5. Jean, IX, 22) ; et Jésus-Christ, étant près d^aller à la croix, avertit ses disciples que c'était à quoi ils devaient se préparer, qu^on les chasserait des synagogues, et qu'on croirait offrir un sacrifice à Dieu en les persécutant 5./«in, XVI, 2).

Les Juifs avaient été jusque-là le peuple de Dieu : toute secte réprouvée par eux était réprouvée devant Dieu : les Suurîtains, les Juifs schismatiques d'Egypte étaient bien eondamnés, parce qu'ils Tétaient par la Synagogue qui avait i de Dieu Tautorité nécessaire pour cela. Elle traita de la sorte rËglise naissante ; elle regarda les Chrétiens t des Samaritains et des païens ; et en effet ils eurent cela de commun avec les païens et les Samaritains, d'être condunaései excommuniés par les Juifs. Il est vrai qu'il y avait crtte différence que les Chrétiens n'acceptaient pas Texcom- ■ttoîeation, et qu'ils persistaient à vouloir prendre part au coite que les Juifs rendaient àDieu ; mais c'est en quoi cette excommunication leur était plus pénible : les païens et les Simarîtains s'en moquaient; et elle affligeait les Chrétiens.

Il arriva de là que l'Eglise naissante commença à porter certains traits de ressemblance avec tes sectes maudites. Ainsi, elle porta, comme J<:sus-Christ, l'apparence du péché; mais comme lui elle était innocente, comme lui elle était iDJostemenl excommuniée.

Or, comme Jésus-Christ a sauvé les pécheurs en prenant sur lui les apparences du péché, il arriva aussi quelque diosede semblable dans cette Eglise privilégiée, dontl'ignominie est devenue l'occasion du salut des Gentils ; et voici de quelle sorte s'est opéré ce mystère.

L'Église de Jérusalem eut de commun avec les Samari- Uinsetles païens d'être excommuniée par la Synagogue. La Synagogue, au contraire, ^continuait à porter avec beau-

96 SECOND SYBIBOLE. ^

coup de faste les marques extérieures qui l'avaient fait re» ' connaître jusque-là pour la société favorisée de Dieu ; mais ' avec cet extérieur avantageux, elle devint plus criminellB ^ que les païens mêmes, tant par sa propre corruption, que par ' la persécution qu'elle faisait aux justes. ^

On vit donc du côté de la Synagogue, les apparences de la f^ piété et de la justice avec la réalité du péché monté à sûll -' comble ; et de la part de TÉglise, au contraire, les aj^pë*. i rences du péché avec la piété la plus pure et rinnocenoe la > plus parfaite. Or, Dieu qui ne juge point selon les appa-p ^ rences, mais qui sonde les cœurs et les reins, commençai ) détester la Synagogue et à la haïr d'une haine parfaite, ^ et il ne conserva d affection que pour son Église. Cette pa^ ' tite troupe de Chrétiens méprisée par les hommes, condam^ < née par les successeurs de Moïse, sans appui dans le monde, sans avantage et sans éclat extérieur, attim seule les regarda du Père des pauvres et du protecteur des humbles, et devint l'objet unique de ses miséricordes.

Mais la grâce ne devait pas demeurer renfermée dans cette petite Église, il fallait qu'elle se multipliât et se répan* dit sur une grande quantité d'hommes. Or tous les hommes étaient ou Juifs ou Gentils, ou séparés de la Synagogue ou renfermés dans son sein. Dieu fit un choix entre ces deux genres d'hommes ; abandonnant la Synagogue, il se détermina en faveur de ceux avec qui la Synagogue avait voulu confondre l'Église. La Synagogue traitait les Chrétiens comme des Gentils ; et Dieu fit passer sur les Gentils la bénédiction dont les Chrétiens de Jérusalem étaient comblés: et cette bénédiction s'éloigna de la Synagogue, parce que la Synagogue faisait tous ses efforts pour rejeter les Chrétiens de son sein. // a rejeté In bénédiction , et elle sé/oif/nerr/ de/ffi(Ps. CVIII, iO).

LES ÉPOUSES FIBÈI^ES ET LES INnDÈLES. 97

L*Église se trouvait entre la Synagogue et les Gentils, au milieu de ces deux peuples; elle seule avait la justice, elle senle avait Tamitié de Dieu. Les Gentils étaient ennemis de Dieu et le paraissaient encore. Les Juifs étaient ennemis de DieOy mais ils passaient encore pour le peuple de Dieu ; et à proportion qu^ils en conservaient les apparences, ils faiaient porter à TËglise Tapparence d^une secte infidèle, poisipi'ils condamnaient l'Église. Ainsi TËglise excommuaiée avec les Gentils, par ceux qui semblaient être le peuple de Dieu, portait avec eux Tapparence du péché. Les Juifs, ta contraire, n'ayant plus que l'apparence du peuple de Ueo^ et étant devenus plus ennemis de Dieu que les Gentils, la grâbce et la vérité, dont l'Eglise était pleine, passèrent sur les Gentils avec lesquels l'Église commençait d'avoir on rapport extérieur, et s'éloignèrent des Juifs qui se distinguaient de jour en jour de l'Église, et qui, par leurs dispo- Btions intérieures, lui étaient plus opposés que les Gentils.

C'est ce que l'on peut rendre plus sensible par le symbole des trois femmes. Les Juifs sont ime vraie adultère, mais qui se conserve en possession (jusqu'à ce que Dieu l'ait JDgéej d'être regardée comme une épouse fidèle; elle a la rtalité du pécbé, et Tapparence de l'innocence. L'Église de Jérosaleai est une Suzanne injustement accusée ; elle est Traimeni innocente, mais ses accusateurs lui font porter les apparences du péché. Et les Gentils, avant leur vocation, sont une prostituée reconnue pour telle ; ainsi ils ont tout à la fois la réalité et l'apparence du péché ; c'est une Samaritaine qui avoue son péché.

Si Ton compare ces trois femmes ensemble, on reconnaîtra que les deux premières sont entièrement opposées, puisque l'une est pécheresse et passe pour innocente, et que Tautre est innocente et passe pour pécheresse ; au lieu que

la seconde et la dernière ont cela de commun qu^elles passent Pune et l'autre pour pécheresses. D'ailleurs, la première avec la fausse apparence d'innocence est plus pécheresse que la troisième^ et par conséquent plus éloignée de ■ l'innocence de la seconde. "

Les choses ainsi disposées, quel est donc le jugement que Dieu a exercé entre ces femmes? Il a préféré la tn>i8ième à la première; il a réprouvé la première qui était faussement juste et doublement pécheresse, et il a réuni la troisième avec la seconde ; et en les réunissant, il les a délivrées tonteé deux, l'une de son opprobre et l'autre de son péché. Il a fait voir d'une manière éclatante que la seconde était vraiment juste et faussement accusée, en la rendant féconde ; et il ft communiqué la justice et l'innocence à la troisième, afin qu'elle devienne en tout semblable à la seconde.

Ainsi, par une application particulière des mérites de Jésus-Christ, l'opprobre de l'Église de Jérusalem a sauvé les Gentils. La justice de cette Eglise a été communiquée aux Gentils. La conversion des Gentils est devenue tout à la fois leur propre gloire, et celle de TÉglise qui les a convertis. Les Gentils, réunis aux Chrétiens de Jérusalem pour adorer Jésus-Christ, ont été reconnus pv>ur le peuple de Dieu d'une manière plus authentique que les Juifs ne l'avaient jamais été. Au contraire, les Juifs incrédules ont été reconnus par toute la terre pour une secte d'apostats et pour une race maudite ; et l'opprobre dont ils avaient injustement couvert l'Église naissante, en la mett&nt au rang des Gentils, est retombé sur eux.

CfresTes rigoureuses que rÉglise de Jérusalem a essuyées. Elle a bu les eaux amères : la Synagogue les a bues aussi. Quelle a été sur cela la différence.

Telle a doDC été la proportion que Dieu a mise entre ses

œnrres. Les Juifs, enflés d^une fausse justice, ont été recon-

publiquement pécheurs ; et Ton a vu, dans la conver-

et la justification des Grentils coupables, les fruits des

komiliations d'une Église innocente. Mais si le succès a été

plein de gloire pour l'Église de Jérusalem, l'épreuve par

laquelle elle a passé n'en a pas été moins pénible. Elle a

porté la peine et l'ignominie du péché; elle a été traitée

comme une secte perfide, et elle a essuyé toutes sortes d'in-

nltes et de persécutions; c'est ainsi qu'elle a ressenti aussi

de son c6té l'amertume des eaux d'épreuve. Cela était ainsi

réglé dans les desseins de Dieu. Cette Église ayant une

«ûon particulière avec Jésus-Christ, il fallait aussi qu'elle

eût une part singulière à ses souffrances et à son ignominie :

Farrèt en était écrit dans les saintes Écritures. Jérémie s'est

attaché à nous en développer le mystère. 11 en a parlé

comme s'il eût vu de ses yeux l'Église de Jérusalem et la

Synagogue disputant l'une contre l'autre, et appliquées

toutes deux à l'épreuve des eaux amères. Les circonstances

du temps où il vivait, sa situation particulière, lui ont

donné lieu de se regarder comme la figure des premiers

fidèles tirés d'entre les Juifs, et de se transformer en leur

personne.

Seigneur, dit-il, en leur nom, non moins qu'au sien

ch. XV, V. 15), vous qui connaissez le fond de mon âme,

Muvenez-vous de moij venez à moi..., n'entreprenez pas

100 SFXOND SYMBOLE.

ma défense avec tant de patience et de lenteur; vous savez que c'est pour vous que je souffre des opprobres, J^ai trouvé vosparoleSj et je m'en suis nourri, et votre parole est deve^ nue la joie et les délices de mon cœur. Il semble, par ce dernier trait, que la parole du Seigneur était bien éloignée de faire sur le Prophète un effet semblable à celui des eaux amères. Cependant voici ce qu'il ajoute : Pourquoi ma douleur est-elle devenue continuelle^ pourquoi ma plaie esi^ elle désespérée et refuse-t-elle de se guérir ? Il ajoute : Elle est à mon égard comme une eau trompeuse^ à laquelle on ne peut se fier. Ce qui veut dire à la lettre ; les douleurs que j'éprouve ressemblent à celles que font ressentir les eaux amères aux épouses infidèles.

Il se présente aussitôt comme étant en butte à tous les traits des Juifs perfides, et comme ne pouvant soutenir leurs attaques que par un effet d'une protection particulière de Dieu. Je vous rendrai à F égard de ce peuple, lui dit le Seigneur, comme wn m wr d airain et inébranlable; ils vous feront la guerre^ et ils n^ auront sur vous aucun avantage^ parce que je suis avec vous pour vous sauver et pour vous délivrer. Je vous dégagerai des mains des méchants, et je vous préserverai de la puissance des forts.

Ces puissants et ces forts étaient ses propres concitoyens, et particulièrement les prêtres injustes et intéressés, dont Dieu séparait de plus en plus la cause de Jérémie : Dieu voulait qu'il se regardât parmi eux comme un étranger et comme un homme qui ne devait plus avoir de liens avec des gens prêts à périr. C'était la situation des Chrétiens au milieu de Jérusalem. C'est pourquoi Dieu lui défend, au chapitre suivant, d'épouser une femme et de s'établir parmi ce peuple. Il veut qu'il ne prenne part ni à leurs sujets d'affliction, ni à leurs sujets de joie, et il lui interdit, à plu-

LES ÉPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. iOl

seors reprises, de prier pour ce peuple. Vous donc, Jérémie, n entreprenez point d'intercéder pour ce peuple, ni de me conjurer et de me prier pour eux, et ne vous opposez paini à moi {Jérémie, VII, 16).

C'était an mystère qu'il fallait que Tauteur du Psaume CVin eût bien pénétré, puisque bien loin d'y lire des prières en faveur des Juifs apostats, nous n'y lisons que des imprécations contre eux : Que sa prière même lui soit imputée i péché.

Jérémie lui-même est obligé de demander justice contre au. Que ceux qui me persécutent y dit-il à Dieu, soient confondus j et que je ne sois point confondu moi-même; ^' ils soient dans Pépouvante^ et que je ne sois point épouvanté. Faites venir sur eux un jour de malheurs ^ et brisezkspar les divers maux dont vous les frapperez {Jérémie^ ÎVn, i8). Ces paroles ne sont-elles pas dictées pour le jour où ces deux femmes devaient s'accuser mutuellement défaut Dieu?

Aussi Jérémie, qui nous a déjà avertis qu'il ressentait les douleurs des eaux amères, ne cesse-t-il de demander que Dieu, par un jugement éclatant, fasse voir qu'il lui appartient de sonder les cœurs et les reins. C'est le caractère que Dieu faisait sensiblement éclater dans le jugement qui discernait la femme adultère de la femme innocente. Le camr de tous les hommes est corrompu^ c'est Jérémie qui parle lïVII, 9), il est impénétrable ; qui pourra le connaître? Cest moi qui suis le Seigneur ^ qui sonde les coeurs j et qui éprouve les reins; qui rends à chacun selon sa voie^ et selon U fruit de ses pensées et de ses œuvres. C'est pourquoi le Prophète parle ainsi à Dieu : Et vousj Seigneur des armées, ^ jugez selon F équité y et qui sondez les reins et les cœurs y fûtes-moi voir la vengeance que vous devez prendre d'eux y

parce que j'ai remis entre vos mains la justice de ma ( {Jér., XI, 20),

Ayant un tel juge, il ne doutait point d'être viotorieu parce qu'il regardait son juge comme son défenseoTy teln qu'il est marqué dans le dernier verset du Psaume GVIll Le Seigneur est avec moi^ dit Jérémie (ch. XX, v. 11] comme un guerrier invincible : c^ est pourquoi, ceux qui m persécutent tomberont f et ils n'auront aucun pouvoir cantr moi. Ils seront couverts de confusion, parce qu'ils n*€M pas compris quel est cet opprobre éternel qui ne ieffoùety jamais.

A cet opprobre, le Seigneur joint la coupe d'amertan et la dispersion de la nation, ce qui renferme les plus gnilid traits de la punition des Juifs. Je m^eti vais, dit le Seignmu nourrir ce peuple d'absinthe ; je lui donnerai à boire à Feau de fiel. Je les disperserai parmi les nations qui ieu sont inconnueSj comme elles Font été à leurs pères; et je k poursuivrai avec l'épée jusquà ce quHls soient entièremien détruits [Jérémie^ IX, lo, 16).

Voilà donc une coupe de fiel et d'absinthe, une eau auM amère que le fiel, préparée pour les Juifs apostats. Il y ei a aussi une pour Jésus-Christ et pour son Église : Ils nCom donné du fiel pour ma nourriture, et dans ma soif ils nCon présenté du vinaigre à boire (Ps.y LXVIII, 2ft; S, Maiih. XXVII, 48).

Nous avons vu que Jérémie ressentait les douleurs de eaux amères : c'est que les deux femmes les ont bues, àim que nous l'avons déjà expliqué ; et Jérémie a eu soin d remarquer sur cela la différence essentielle qu'il y a entr la vraie adultère et l'épouse faussement accusée. Pour oett dernière, l'épreuve n'a été que passagère : Chantez de cantiques au Seigneur, dit Jérémie parlant au nom de cetfa

LES ÉPOUSES nokLES ET LES INFIDÈLES/ 103

^poose, louez le Seigneur^ parce qu'il a délivré lame du pauvre de la main des méchants [Jér.y XX^ 13). Mais pour fâatre, son jugement a été suivi d'une malédiction éter* neUe : c'est ce que Jérémie demande en entrant dans les ntiments du Psaume GYIU : Mais vous^ Seigneur, vous mmaissez tous les desseins de mort qu'ils ont formés contre moL Ne leur pardonnez point leur iniquité^ et que leur pkkéne s'efface jamais de devant vos yeux; qu'ils tombent tout dun coup en votre présence^ et traitez-les selon votre mtérité au temps de votre fureur (Jér.^ XYIII, 23).

On peut considérer les versets qui précèdent ces dernières piroles, et les comparer au Psaume CYIII, pour se connincre de plus en plus que Jérémie ne fait qu'étendre ce (pd est contenu dans ce Psaume. Mais il n'en faut pas séparer le Psaume LXVIII, dont le sujet est à peu près le même. Co deux Psaumes peuvent être regardés comme deux repoètes présentées au souverain Juge au nom de Jésus-Christ dda rÉglisede Jérusalem contre la Synagogue.

Le Psaume LXVIII renferme, contre les Juifs, des imprécations semblables à celles du Psaume CYIII. On y trouve ies versets répétés dans les mêmes termes, et on y lit ceriiiDes malédictions exprimées plus clairement : Faites fiils ajoutent iniquité sur viiquitéy et qu'ils n^entrent pmnt clans votre justice. Qu'ils soient effacés du livre des ticants, et qu'ils ne soient point écrits avec les justes.

C'est oe que dit Jérémie d'une manière un peu différente : Seigneur^ qui êtes l'attente dlsraël^ tous ceux qui vous abandonnent seront confondus ; ceux qui se retirent de vous seront écrits sur la terre, parce qu'ils ont abandonné le 5eijneur qui est la source des eaux vives [Jér. , XVII, 1 3) . Et au premier verset du même ch. : Le péché de Juda est écrit avec une plume de fer et une pointe de diamant; il est gravé sur

la table de leur cœur, et sur les coins de leurs autels. Le Prophète oppose la manière dont le péché des Juifs est écrit à celle dont est écrit leur nom. Leur nom est écrit sor la poussière; le moindre souffle dissipera cette poussière, el leur nom sera effacé; mais leur péché ne le sera pas, parce qu'il sera écrit sur le diamant avec une pointe de fer ; c^està-dire que l'on ne se souviendra plus d'eux que pour les punir^ et qu'ils seront couverts^ comme il a déjà été marqué, d*un opprobre éternel. Tel sera l'effet des eaux amères sur ceux qui auront abandonné la source des eaux vives.

Les eaux amères figurent particulièrement la parole de Dieu contenue dans les saintes Écritures.

Le passage tiré du XV' chapitre de Jérémie^ que nous avons rapporté, confirme dans la pensée que les eaux amèree figurent particulièrement les saintes Écritures ; car après avoir dit à Dieu qu'il avait trouvé ses paroles et qu'il les avait dévorées, il ajoute qu'il avait ressenti les douleurs des eaux amères ; mais il rapporte que ces divines paroles lui avaient paru d'abord très-douces ; J^ai trouvé vos pa^ rôles j je les ai dévorées^ et votre parole est devenue la joie et les délices de mon âme (v. 16). Ces choses paraissent se contredire, mais il est très-facile d'en apercevoir la liaison.

L'Écriture sainte ne devient, à l'égard des justes, une eau amère, que lorsqu'ils sont mis à des épreuves qu'elle leur prédit. Or ces épreuves sont passagères, et deviennent pour eux la source d'une grande gloire. Ces épreuves mêmes ne sont pas sans consolation , puisque les justes sont consolés à mesure qu'ils sont avertis que ce ne sont que des épreuves. Lors donc qu'eu méditant la parole de Dieu, ils

LES ÉPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. i05

dëooavrent les voies de Dieu et qu'ils apprennent ses desleiiis qui se terminent pour eux à des bénédictions éter- •elles, ils sont remplis de consolation et de joie ; ils ne penrent assez admirer l'ordre et la proportion que Dieu ■et dans ses œuvres, et ils sont pénétrés de reconnaissance de ce qa^'û lui plaît de leur en découvrir. C'est alors que la ptiole de Dieu leur parait douce ; mais ils en sentent l'amertuine lorsqu'ils éprouvent l'oppression, les calomnies et les persécations qui leur avaient été annoncées.

(Test ainsi que les Apôtres et les premiers fidèles apprenaient avec une grande joie ce que Dieu avait fait écrire dans les livres de l'ancien Testament, soit de la vocation des Gentils, soit de la punition des Juifs incrédules, soit de leur propre délivrance, soit même des persécutions par lesquelles ils devaient passer. Ils dévoraient alors ces saints fivres, ils s'en nourrissaient, et ils étaient dans leur boudie plus doux que le miel{Ps.j CXVIIl, 103). Mais le moment des persécutions venait, et c'était alors le temps de Famertame.

Voilà ce qui est marqué dans le X* chapitre de l'Apocalypse où l'Ange dit à saint Jean : Prenez ce livre ^ et le dévorez : il vous causera de F amertume dans le ventre lorsque vous le digérerez, c'est-à-dire lorsque vous éprouverez les tribulations qu'il vous annonce ; mais dans votre bouche Usera doux comme du mee/, lorsque vous le mangerez, que tous le ruminerez et que vous méditerez les choses qu'il contient.

On trouve la même chose dans Ézéchiel^ ch. II et III : /eus cette vision, dit-il ; une main s avança vers moi, elle tenait un livre roulé; elle étendit devant moi ce livre qui était écrit dedans et dehors, et Ion y avait écrit des plaintes lugubresj des cantiques et des malédictions. Ensuite le Sei-

gneur lui dit de manger ce livre. Je le mangeai ^ continue* t'ïlf»et il devint doux à ma bouche comme le miel. Il reçut en même temps Tordre d^aller prêcher aux enfants d'Israël, et le Seigneur lui déclara que leur cœur était endurci, quHlg n^écouteraient point ses paroles, et qu'il éprouverait de leur part une contradiction qu'il n'aurait pas éprouvée de 1& part des peuples étrangers. Ce livre avait été doux à sa bouche, mais il ne fut pas longtemps sans en ressentir l'amertume : Je m'en allai plein d^ amertume et mon e^rit rempli d'indignation {Ézéch.y III, 14).

Il est bon de remettre en abrégé sous les yeux oe qui a été expliqué jusqu'ici.

La Synagogue, ayant à sa télé le grand-prétre et le diable à sa gauche, accuse Jésus-Christ et 1* Eglise naissante, et est accusée par eile.

L*Ëglise de Jérusalem, ayant k si lAte Jésus-Christ et b sa droite Di«« le Père, accuse la Synagogue, «i asi accusée par elle.

Dieu prononce sur les accusations réciproques.

Les Juifs sont réprouvés, détruits, dispersés, chassés comme Agar, répudiés comme Vasthi pour avoir méprisé son mari et refusé de venir au magnifique festin préparé par As-

L*Église de Jérusalem est justifiée par la conversion des Gentils être»* géra introduits daos la salle du tetîa des noces, au refus de ceux qui j avaient été appelés les premiers. lit sont figurés par la Samaritaine, par réponse étrangère que choisît Samson, par Rfbecca que Ton amène à Isaac d*un pays étranger, et qui a'é* tant pas fille d*Âbraham par sa naissance, le devient par alliance arec son fils.

SECONDE PARTIE Concernant le rappel des Joifo.

On reprend dès ion principe Tusage de l'Ecriture de donner à une sodété ou ^ un assemblage d*hommes, les noms d'épouse fidèle et de prosdtuée.

La méthode d^employer le symbole des femmes est d*un grand usage dans l'Écriture : non-seulement elle Ta appliquée à divers peuples et à diverses sociétés d'hommes, mais elle Ta étendue jusqu'à la Sagesse elle-même qu'elle a représentée sous l'image d'une femme, comme on peut le remarquer principalement dans les neuf premiers chapitres des Proverbes. Elle lui a opposé en môme temps une rivale qui n'est autre que l'erreur et la folie, qui se sert de toutes sortes d^artifioes pour s'attirer les hommes et pour les détoanier de la Sagesse, jusqu'à employer souvent des discours approchants de ceux de la Sagesse. La Sagesse, de son côté, appelle les hommes et les exhorte à ne pas se laisser séduire par sa rivale ; en sorte que ces chapitres sont remplis des combats que ces deux personnages figurés se livrent l'un à l'autre.

I SECOM» SYMBOLE.

Décrire ces combats, c^est nous faire la peinture de ce qui!''*' passe au milieu du genre humain depuis le commenoe^-^ ent du monde jusqu'à la fin ; car depuis le temps à'XdawF —t.- ^ i Sagesse n'a cessé de travailler à se faire des partisans; *f^ O^^ ^

a folie, c'est-à-dire l'esprit qui est opposé à la Sagesse, nflÉH^* ^ '^^ j 3essé de séduire les hommes et d'en envelopper le plus qa^uoc^ ^

lui a été possible dans ses filets. x>i

Mais la Sagesse, aussi bien que son ennemie, se sont servîeiiipi-^^*^ ^ des hommes pour exécuter leurs desseins : chacune acom-aiièr^-'^ muniqué aux siens son caractère, et les a ensuite employés dbitiii^ ^^ pour en engager d'autres. Elles ont même eu chd^unf^ ikmcf*^^'^ selon le temps et les lieux, des sociétés qui leur ont été dé»:ittam^^^^ vouées et qui leur ont appartenu ; et ces sociétés se saall^ip^\j^l^'^^ acquis des noms proportionnés à la maltresse qu'elles ser- pvu^iecr'^^^ valent. Celles qui ont été attachées à la Sagesse ont porU^^^iQ,^ ^i^^ le nom d'épouse ; et celles qui ont appartenu à son ennemie^ ^ti^c^-y ont mérité le nom de prostituée; et s'il est arrivé cpi^uM ifTi;.jQ^^ ^ société destinée d'abord à servir la première de cesdeai ij^^y •- ^ €maltresses, se soit livrée ensuite à l'autre, ce changemenk^i,^ ^^i# s'exprime en disant qu'au lieu d'épouse, elle est devenue .^.. > \ june prostituée et une adultère. ^^^ ;>ii-'5

Ces noms d'opprobre et de malédiction ont été appliques v* ; , ^^ -. i à chaque peuple et à chaque société, à proportion que Tes- „. | ^^ ^ prit d'erreur s'en est emparé et que le diable s'en est servi ^ ' ,,

pour combattre la vérité et pour séduire les hommes. C'est ^^ 7 ^^ sur ce fondement que TÉcriture, lorsqu'elle considère lït ^ -^ ^ Synagogue dans le temps qu'elle a rejeté Jésus-Christ, loi ^ x^ ^ donne absolument et sans réserve le nom de prostituée et . .^"^ . -^ d'adultère, parce qu'elle était alorsentièrement livrée à l'es- ,^ ' ' ^ prit d'erreur ; au lieu que l'Église ne peut jamais mériter ce nom, parce qu'elle ne sera jamais abandonnée de l'Esprit

de sagesse et de vérité. '^ ^^ ij

LES ÉPOUSES FIDÈLES ET IJBS INnDÈLES. 109

Mais ce qui ne peut convenir en aucune sorte à TEglise fû sera toujours Tépouse fidèle, sans jamais porter Topprohre de la répudiation, est arrivé très-souvent, soit à de lombreoses sociétés d'hommes qui avaient d'abord été àÊBS son sein, soit à des nations entières qui avaient joui Al même avantage. La multitude des Ariens, rassemblée de chrétiens corrompus, formait une société qui méritait à joiie titre le nom de prostituée. L'assemblée des Donatistes en était une autre , celle desNovatiens une troisième. Cbacmie de ces sociétés avait fait divorce avec son légitime époux, et tâchait de corrompre et d'attirer à elle tous ceux qui tombaient sous sa main. A chacune d'elles convenait, tekm sa mesure, la peinture du VU'' chapitre des Proverbes, T. 10 : Je vois venir au-devant du jeune homme insensé cette femme parée comme une cour tisane ^ adroite à surprendre lésâmes, causeuse et coureuse, inquiète, dont les pieds n'ont poini cT arrêt, et qui ne peut demeurer dans la maison; mais gui tend ses pièges au dehors j ou dafis les places psÊbliçues, ou dans un coin de rue. Elle prend ce jeune homme et le baise; et le caressant avec un visage effronté, elle lui dit : Je m* étais obligée à offrir des victimes pour me rendre le ciel favorable, et je me suis acquittée aujourdhuide mes vœux, etc. Elle invitait le jeune homme qu'elle ▼calait séduii'e à venir prendre part à ses sacrifices, au culte qu'elle prétendait rendre à Dieu. Après l'avoir séduit, elle en faisait une victime de la colère de Dieu, comme on le peut voir dans les derniers versets de ce chapitre.

Toutes les sociétés séparées de l'Eglise portent encore aujourd'hui le même caractère. L'Eglise grecque, autrefois â florissante, est une grande prostituée qui tient enlacés dans ses filets tous ceux qu'elle empêche d'entrer dans Vanité de l'Eglise. La secte des Nestoriens et celle des

no SECOND SYMBOLE. '

Jacobites, plus envieillies dans leur prostitution, font cha-^ > cune dans leur étendue le même personnage, aussi bien que > toutes les nouvelles sectes qui depuis deux cents ans se scmt t élevées en Occident. i

Les dix Tribus enveloppées dans le schisme de Jéroboam i et asservies au culte des veaux d^or, formaient, de lenr temps, une prostituée, et Ton voit que l'Écriture leur en ! donne le nom en mille endroits. En effet, si on les opposa i dans ce point de leur égarement et de leur schisme à la tribu i de Juda qui demeura toujours attachée au temple, cette der> : nière passera pour l'épouse fidèle, et celles-là seront recon- : nues pour l'épouse adultère.

Dans tous ces exemples, j'ai choisi exprès des sociétés entièrement séparées du peuple de Dieu, afin que l'imagiiia* tion ne soit point embarassée par le mélange d'idées diffé* rentes, en sorte qu'en considérant ces synagogues de Satan, il ne se présente d'abord à la vue que le schisme, l'errear et l'esprit d'égarement qui les possédait tout entières.

Mais les Écrivains sacrés ont encore fait une application plus particulière de leur méthode ; car venant à considérer que, dans le même peuple, il pouvait y avoir des esclaves du démon mêlés avec les saints serviteurs de Dieu, des hommes séduits en diverses manières mêlés avec des hommes fidèles, ils se sont souvent portés à parler séparément des uns et des autres. C'est ainsi que réunissant sous une seule vue tous les méchants qui étaient répandus parmi un peuple, ils ont découvert une prostituée au milieu d'un peuple qu'ils reconnaissaient d'ailleurs pour être le peuple de Dieu. Semblables à celui qui, envisageant un champ mêlé d'ivraie et de bon grain, ferait dans de certains moments abstraction du bon grain , pour ne parler que de l'ivraie seule qu'il réunirait dans un seul tout par la vue de son esprit et par

ijes ÉPorsRs nr>*LEs et les ixFinfeLES. m

Je tour qu'il donnerait à son discours : et il aurait d'autant plus de fondement d'user de ce langage , que l'ivraie se senit davantage multipliée, que les diverses tiges de cette méchante herbe auraient ensemble plus de rapport, et qu'il y anrait pins de raisons d'en considérer d'une seule vue la toteUté.

Cest ce qu'on ne peut désavouer qu'Ëzéchiel n'ait fait, par exemple, dans l'endroit où il parle à^Oolla et à^Ooliba fdi. XXIII). n déclare lui-même que par Tune il entend Samarie, et par l'autre Jérusalem, dont il ne faut pas séparer la tribu de Juda. Que dit-il donc de ces deux femmes? II n'attribue pas moins à l'une qu'à l'autre le titre de prostituée et d'adultère. Croyait-il donc que la condition de ees deux peuples fût égale en toutes choses? Pensait-il qu'il CUlait les regarder l'une et l'autre de même œil? Prétendait-il que l'on se séparât de Jérusalem et que Ton rompit avec les Juifs, comme on aurait dû rompre avec les adorateurs du Teau d'or ? Non, sans doute. II aurait eu horreur d^une telle impiété. Il soutient cependant qu*Oolibaj qui refwésentait Jérusalem, avait surpassé par sa malice celle à^Ooila qui représentait Samarie. D'où peut venir un tel langage, et comment peut-on l'accorder avec le respect que le Prophète conservait pour la Synagogue à laquelle il demeurait uni ?

Il n'y a pas d'autre voie d'accorder ces contradictions apparentes que celle qui vient d'être ouverte. Ézécbiel fainit abstraction de ce que la Synagogue avait alors de bon et de respectable, et de toutes les prérogatives dont elle Jouissait encore/ pour n'envisager que l'amas de crimes et de superstitions qui s'y était répandu comme l'ivraie ; il oubliait, dans ce^moment, le peu de justes et de fidèles observateurs de la loi que Dieu s'était réservés, et tournait

toute son attention vers la multitude des méchants. C'est donc cette multitude de méchants qu'il appelle une adultère, et non pas la Synagogue qui les contenait dans son sein. Et c'est ce qui explique comment il se pouvait ùifû que la prostituée de Jérusalem fût plus corrompue que celle de Samarie ; car il n'y a nulle difficulté à concevoir que la. multitude de méchants, mêlée parmi le peuple de Dieu, surpassait en malice et en corruption les sectes universellement réprouvées de Dieu. Les méchantes herbes qui croissent dans un champ, où il y a d'ailleurs de bon grain, peuvent être d'une nature plus maligne que toutes celles qui naissent dans des champs abandonnés et d'où nul bon grain ne sort ; et personne ne sera étonné d'entendre dire que de mauvais catholiques, qui vivent dans le sein de l'Eglise, soient plus méchants non-seulement que des hérétiques et des schismatiques, mais môme que des mahométans.

Je remarquerai en passant que c'est par ce principe qu'il faut expliquer certaines expressions de saint Jérôme qui se lisent dans son Commentaire sur Sophonie, par lesquelles il semble appliquer ùl l'Eglise des malédictions et des invectives terribles contenues dans ce prophète. Saint Jérôme n'a point prétendu par là déroger ni à la sainteté, ni à la perpétuité de l'Eglise; mais envisageant la troupe des méchants qui devait un jour se multiplier étrangement dans l'I^^glisc, il a avancé que c'était d'eux que le prophète avait parlé. Ce n'est donc pas proprement de l'Église qui est toujours sainte et bénie, mais des méchants contenus dans l'h^glise qu'il faut entendre ces expressions^ comme on en trouve des preuves dans ce môme livre de saint Jérôme.

L'on voit maintenant qu'il faut distinguer l'ivraie mêlée avec le bon grain, dans le champ du père de famille, d'avec

les champs abanâonnés et qui ne produisent plus autre diose que de rivme. En un mot, il faut autrement regarder k maltHade des méchants qui sont dans TÉglise^ et autre- Beat les sociétés qui sont retranchées de l'Église. On peut doBDer des noms de malédiction à ces deux sortes d'hommes ; on peat appeler l'universalité des méchants qui vivent dans k sein de l'Église une prostituée^ une Babylone, comme on appelle les sociétés schismatiques ; mais pourvu que l'on n'oublie pas la différence de leur situation, et que l'on se donne bien de garde de faire tomber sur l'Église en génélal œ qui ne convient qu'à son ivraie.

Ifiirgiir sar la différente situation des sectes adultères, soit avant, loil depuis qu'elles sont ouvertement séparées de rËgnse,

Cette réflexion supposée, il est bon de remarquer que les sociétés séparées de l'Église ne sont pas devenues tout d'un eoopce qu'elles sont aujourd'hui. Leur séparation n'a pas été marquée dès le premier jour. Le mystère d'iniquité, qui s*est consommé parmi elles le jour qu'elles ont été entièrement retranchées de l'Église, ne s'est pas formé en un instant. Quand on se restreindrait au point précis qui a fourni le sojet de la division, il a fallu quelque étendue de temps, soit pour que le parti contraire à l'Église se formât, soit poor que l'Église le condamnât. Le Nestorianisme qui est une des hérésies qui a été le plus promptement condamnée, n'a pas laissé d'agiter l'Église deux ou trois ans avant sa dernière condamnation par le Concile général d'Éphèse.

Or, ce que je veux dire sur cela, c'est que le Nestorianisme, qui est aujourd'hui reconnu par toute l'Église pour une

secte adultère, était déjà tel avant le Concile d'Éphèse, aux

yeux de Dieu et des fidèles instruits de Tégarement de ceux qui en étaient les parlisans. Mais cela n'était pas encore dé* claré si authenliquement, et les Nestoriens étaient plut mêlés avec les Catholiques et conservaient encore, pour la plupart, la communion extérieure avec rÉglise. Ce sont donc deux situations très-différentes où cette malheureuse secte s'est trouvée.

Il est arrivé la même chose de toutes les autres. Il faut remarquer sur cela que jamais ces espèces de prostitaées n'ont élé plus dangereuses, que lorsqu'elles se sont trouvées dans le premier état; car alors, ne portcmt point encore sur le front les marques de réprobation, leur commerce avec les Catholiques leur fournissait beaucoup plus d'occasions et de prétextes de les séduire. Jamais elles n'ont proposé avec plus de succès leurs discours trompeurs, et jamais les enfants delà sagesse n'eurent plus besoin d'être prémunis par les avis du Sage [Prov., V, 2 et suiv.) : Ne vous laissez point aller aux artifices de la femme. Car les lèvres de la prostituée sont comme le rayon cCoii coule le mielj et son gosier est plus doux que r huile ; mais la fin en est amère co7nme C absinthe, et perçante comme une épée à deux tran-chants. Ses pieds descendent dans la mort, ses pas s'enfoncent jusqu'aux enfers... Éloignez délie votre voie.., de peur que les étrangers ne s'enrichissent de vos biens et que vos travaux ne passent en la maison d^un autre, et que vous ne soupiriez enfin. . . en disant : Pourquoi ai-je détesté la discipline f et pourquoi mon cœur ne s' est-il point rendu aux remontrances qu'on m'a faites? Pourquoi nai-je point écouté la voix de ceux qui m^ enseignaient (la voix de ceux qui m'enseignaient l'ancienne doctrine, celle des vrais docteurs de l'Église), ni prêté roreilkà mes maîtres! Tai été presque plongé dans^ toutes sortes de maux au milieu de

LES ÉPOrSES FinÈLES ET LES INFIDÈLES. Ho

[Église et de rassemblée. II continue à donner les mêmes avis sous on autre symbole : Buvez de Peau de votre citerne et des ruisseaux de votre fontaine.,, que les étrangers n'y aietU point départ. Nous avons vu Jérémie accuser ceux qui composent la société adultère d'avoir péché contre cet avis : Seigneur^ ceux qui se retirent de vous seront écrits sur la terrcj parce qtiils ont abandonné le Seigneur qui est la source des eaux vives [Jérémie, XVII, 13).

L'erreur a donc deux temps, l'un où elle est bannie entièrement de PÉglise par un anathème notifié à tous les catholiques ; et l'autre où elle sMnsinue dans l'Église comme Fivraie dans le champ. Le démon suscite de faux docteurs pour la répandre, et on lui laisse plus ou moins de temps pour faire ses progrès, selon que les pasteurs sont plus ou moins vigilants, plus ou moins zélés. C'est sans doute un des plus grands fléaux dont le peuple de Dieu puisse être affligé, et Dieu ne le permet que pour punir la négligence des hommes qui n'ont pas assez profilé de la vérité lorsqu'elle n'était pas combattue.

D^où l'on voit que ces sectes adultères ne se forment point sans avoir eu leurs principes dans la corruption des mœurs des Chrétiens, corruption qui est une autre espèce de prostitution commencée de plus haut.

Il est bon de remettre sous les yeux, comme dans un tableau abrégé, cet enchaînement de péchés, tel qu'il s'est réellement accompli; et afin de mieux entendre ce que rÉcriture sainte nous en dit, j'en considérerai premièreoient quelques traits dans la Synagogue.

H 6 SFXOND SYMBOLE.

ARTICLE m.

On reprend soccinclemeDt toute Tbistoire du peuple de Dieu, sous rimage des épouses fidèles et des infidèles, ^l Ton commence par rhistoire de la Synagogue, que Ton conduit jusqu'à sa condamnation. •

La Synagogue était l'épouse de Dieu en figure. On pouvait la regarder comme une épouse unique, lorsque les douze tribus étaient parfaitement unies; mais la distinction ne fut pas longtemps à se former entre la tribu de Juda et les autres tribus. C'est ce qui donne lieu à Ézéchiel de les repré^ senter sous l'image de deux femmes^ Oolla et Oolibay quMl regarde comme deux sœurs. Cependant jusqu'au moment du schisme, ces deux femmes n^eh formaient encore qu'une seule. Les péchés de Salomon et ceux de tout le peuple attirèrent le schisme, et Oolla^ qui représentait les dixTribus, devint une prostituée déclarée. Ainsi Ooliboy qui représentait la Judée, perdit sa sœur ; et la Synagogue se resserra dans le royaume de Juda et dans le petit nombre de particuliers des autres tribus qui avaient la fidélité de venir adorer à Jérusalem.

Le temps de la manifestation de la colère de Dieu arriva pour Oolla y elle fut jugée selon la parole d'Ézéchiel (XXIII, 45), comme on juge les adultères. Le royaume des dix Tribus fut détruit, avec Samarie qui en était la capitale ; leur faux culte fut anéanti, et tout le peuple fut emmené captif et dispersé dans l'empire des Assyriens.

Cependant il se formait à Jérusalem une autre prostituée. L'idolâtrie qui était le comble des autres crimes y faisait tous les jours de nouveaux progrès, et Ooliba ne profita point de l'exemple de Samarie, sa sœur, dont elle avait vu

le ch&timeDt. Sa sœur Ooliba, après F avoir vuepwiie de la sort€y a porté encore plus loin qû*elle la fureur de sa passioti [Ibid.y V. 11).

Cette nouvelle prostitaée n'était pas proprement la Synagogue^ mais elle était au milieu d'elle. La Synagogue fut presque inondée par un déluge d^iniquité, mais elle ne fut pas submergée. Elle ne cessa point d'être le peuple de Dieu, en la manière dont elle Tétait depuis son établissement. On la mit dans le creuset pour lui faire perdre sa rouille; la captivité de Babylone servit à la purifier de Tidolàtrie. C'est pourquoi, si Ton est attentif à ne pas confondre ces idées, et queroo continue de considérer Tidolàtrie comme une prostitution, on dira avec vérité que la Synagogue fût alors diseemée de la prostituée. La prostituée périt, la Synagogue fût rétablie. Les Juifs conservèrent, depuis leur retour, one aussi grande opposition pour Tidolàtrie grossière, qu'ils y avaient eu de pente auparavant. La Synagogue fut donc purifiée, mais elle ne fut pas répudiée, comme il est arrivé au temps du Messie. ^ .

Depuis le retour de Babylone, quelques sectes particulières se détachèrent, mais elles ne purent empêcher que la Synagogue ne se multipliât extrêmement. Cependant le mystère d'iniquité, qui devait la faire périr, s'avançait de jour en jour ; il se formait dans son sein une prostituée plus dangereuse que. celle. qui avait attiré la captivité de Babylooe^ On peu^ voir dans TLvangile à quel excès le péché et les abus étaient montés au temps de Jésus-Christ. L'esprit d'intérêt, d'orgueil et d'hypocrisie, s'était répandu de toutes parts; chaque coQc^tion était corrompue; l'opposition à la ÎQstice et à Ib^ vérité était montée à son comble. C'est ce qui fonnait cette race adultère, dont parle Jésus-Christ [S. Matth,, XII, 39] ;, c'était là cette dernière prostituée

dont le sort n'était pas d'être détachée de la Synagogue, comme la première, mais de se confondre enfin avec la Synagogue et de l'entraîner dans une ruine commune.

Dieu commença alors à former le peuple nouveau, en distinguant peu à peu ses vraies brebis, d'un troupeau qui s'avançait de plus en plus dans les voies de l'égarement, et en leur donnant d'autres pasteurs, parce que les anciens pasteurs étaient devenus des loups. On peut lire dans Za^ charicy ch. XI, ce qui est dit de ces mauvais pasteurs, et du petit troupeau qui fut délivré de leurs mains. C'est à la tête de ces brebis destinées à la boucherie que Jésus-Christ vint se mettre, selon l'ordre qu'il reçut de son Père : Pais* sez ces brebis qui étaient destinées à la boucherie. C'est à ces brebis qui sont appelées, au v. 7, les pauvres du troupeaUy que Dieu manifesta ses desseins ; c'étaient les premiers disciples de Jésus-Christ qui formèrent les commencements de l'Église.

Cette Église était une nouvelle épouse, qui se distinguait de jour en jour de la Synagogue. A mesure que la séparation s'avançait, Fesprit immonde ^ dont parle Zacharie (XIII, 2), prenait plus d'empire sur la Synagogue. Elle devenait une prostituée, parce que tous ses membres, l'un après l'autre, se livraient aune prostitution criminelle, selon qu'il avait été prédit par Osée (IV, 9) : Le prêtre sera comme le peuple... Ils sont tombés dans la fornication^ et ils ne se sont point mis e7i peine de s'en retirer , parce qiCils ont abandonné le Seigneur et nont pas gardé sa loi. La fornicatioUj le vin et F enivrement leur ont fait perdre le sens. Et ch. Ylf, V. 4 : Ils sont tous des adultères, semblables à un four où Pon a déjà mis le feu. Je ne fais qu'indiquer ces endroits, où il est aisé de voir que le Prophète parle d'un adultère métaphorique et figuré. Il ne serait pas difficile

L£S ÉPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. il9

de démontrer même qu^un des principaux sens quMl avait en Tue était Tapostasie où devaient tomber les Juifs au temps da ^Aessie, c'est-à-dire le sens que nous lui donnons ici. Il y avait donc alors parmi les Juifs une épouse fidèle et une adaltère, le troupeau des disciples de Jésus-Cbrist et les Joifii qui refusaient de le reconnaître, la Synagogue et rÉglise naissante.

Mais jusqu'à quel point ces deux épouses furent-elles d'abord mêlées Tune avec l'autre ? Jésus-Christ, qui était ▼eno pour paître les pauvres du troupeaUy leur apprenait à respecter encore les anciens pasteurs, quoiqu'ils fussent de- Tenos des loups; il envoyait les lépreux qu'il avait guéris 9e montrer aux prêtres ; et il apprenait à distinguer, dans les successeurs de Moïse, ce qu'il y avait encore de bon et de respectable dans leur ministère, d'avec ce qu'il y avait de condamnable dans leur conduite ; il voulait donc que l'on distinguât jusqu'à ce jour la Synagogue de la prostitaée qu'elle portait dans son sein. Elles ne furent entièrement confondues l'une avec l'autre, que dans le temps que la Synagogue et tout son peuple furent jugés selon la règle prescrite pour juger les adultères. En attendant ce jugement, l'épouse fidèle continuait d'être mêlée avec la prostitnée qui déployait tous ses artifices pour séduire les Juifs et pour les détourner d'embrasser le Christianisme.

Nous avons représenté, au commencement de cet écrit, les accusations mutuelles de ces deux femmes, et la forme du jugement que Dieu exerça à leur égard. La Synagogue avec tous ses enfants a été condamnée. L'Église victorieuse a reçu dans son sein les Gentils ; et les Gentils convertis n'ont cessé d'accuser les Juifs et de leur reprocher le crime qui les a fait répudier.

On considère Thistoire deTÉglise sons les mêmes idées : Ton remarque qn*il se forme une prostituée dans son sein ; mais comme TËglia^. ne peut périr, cette prostituée aura des bornes dans ses progrès. Diea lui opposera des justes; et le combat qui se Tonnera dans le . sein de PÊglisei cnfre les justes et les méchants, donnera lien aa rappel des Juifs.

L'Église est Tépouse par excellence. On peut distinguer plusieurs épouses particulières, selon que l'on considère les diverses parties qui composent TÉglise, mais elles se réunissent toutes pour former une épouse qui n'est autre que l'Église. Elle ne peut périr dans son tout ; elle sera jusqu'à la fin du monde une grande société visible à toute la terre; mais comme elle a ses accroissements , elle éprouve aussi des pertes au dehors et des affaiblissements au dedans. U peut se formerune prostituée dans son sein, c'est-à-dire une multitude de pécheurs qui, par les liaisons qu'ils auront entre eux, donneront lieu de les regarder comme faisant ensemble un tout ; et il peut se détacher d'elle des sectes qui deviennent ses ennemies et qui lui enlèvent une partie de ses membres. C'est ce qui est arrivé dès les premiers siècles, par la séparation de toutes les sectes qui sont tombées dans le schisme.

L'Église a eu aussi une Oolla, comme la Synagogue avait eu la sienne. L'Église grecque s'est laissée entraîner dans le schisme ; et l'Église latine, pour nous servir de l'expression d'Ézéchiel, a vu tomber sa sœur à ses côtés. Après cette énorme perte, l'Église catholique s'est vue presque réduite à la seule communion latine. Ëile a fait depuis ce temps divers progrès extérieurs ; elle a essuyé aussi de nouvelles

LES iPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. 121

peries par les schismes da Nord^ sur lesquels ce n'est pas ici le lieu de parler.

Mais ]es plus grands maux de l'Église sont les affaiblissements intérieurs, parla multiplication des abus, le refroidissement de la charité, et le progrès des maux que Jésus- Chnst a marqué lorsqu'il a dit qu'à peine il trouverait de la toi lorsqu'il viendrait sur la terre (5. Lwc,XVIIl, 8). A mesure que la vérité s'obscurcira et que les abus croîtront, la prostituée se formera. Mais ce qui est arrivé à l'égard de la Synagogue n'arrivera point à l'égard dé l'Église. La prostitsée ne se confondra point avec l'Église; elle sera dans rÉglise^ elle lui fera la guerre dans son propre sein, mais dksera toujours distinguée de l'Église, comme les pécheurs eo sont distingués. Car, pour répondre en un mot à toutes lesdifficoltés que l'on pourrait former sur cela, il n'y a qu'à faire réflexion sur la multitude des pécheurs qui, vivant dans le sein de l'Église, ne laissent pas d'être les enfants du diable. Tout le monde est instruit de la manière dont cela i'aoeorde avec les prérogatives de l'Église. Or la prostituée dont je parle n'est pas différente de l'amas de ces pécheurs, i qui Ton donne avec plus de fondement le nom de prostifaiée A mesure que leur grand nombre leur procure plus de ficilité de se liguer ensemble pour attaquer l'Église dans la personne de ses plus fidèles enfants.

lise forme alors un combat dans le sein de l'Église. Elle éprouve la même chose que Rebecca qui sentait ses enfants Intter dans son sein. Rebecca demanda à Dieu ce que pouvait signifier une chose si extraordinaire : il lui fut répondu qu'elle portait deux peuples dans son sein [Genèse, XXV) ; elle portait les prémices de ces deux peuples dans la personne de ceux qui en devaient être les pères. Il en arrivera de mémo à l'Église, lorsque le temps où elle doit enfanter les

Juifs à Jésus-Christ approchera. C'est alors qu*elle ressentiv| i avec un étonnement et une inquiétude qui croîtront de joitf. en jour une guerre intestine ; ses entrailles seront déchirées^ etia parole de Rebecca lui reviendra dans la mémoire iSiss^ (selon l'hébreu], qtnd hoc ego? Si je devais éprouver quetque chose de si extraordinaire et de si funeste, pourqi|Q|. fallait-il que je devinsse féconde? ou plutôt : A quoi se ter^,, minera ce que j'éprouve ? Quid hoc ego?

Les deux partis dont la guerre causera tant d'alannef|i ne sont pas seulement deux enfants renfermés dans le seid d'une même mère, c'est-à-dire dans une même communio^ visible ; on peut aussi les considérer sous l'image de deqx, femmes qui s'accusent mutuellement. On verra renouvelflii les accusations dont il est parlé dans le Psaume CYIII. Un^ï de ces femmes sera la société des méchants, et l'autre la société des serviteurs de Dieu persécutés par eux ; c'est-â-dîrç que l'une sera une femme de mauvaise vie, et l'autre un^ Suzanne injustement accusée qui n'aura d'autres armes pour se défendre que la justice de sa cause et la prière. Cependant l'une et l'autre prendront Dieu à témoin de leur innocence et prétendront se justifier devant lui. C'est pourquoi il faudra que l'épreuve qui discerne les adultères des épouses fidèles soit mise de nouveau en usage. Suzanne sera justifiée, mais ce ne sera qu'après avoir bu les eaux amères ; la prostituée les boira, et elles agiront sur elle selon toute leur efficacité.

Or, comme dans le premier jugement, la conversion des Gentils qui étaient une prostituée, servit à confondre la Synagogue et à justifier l'Église de Jérusalem qui était alors la Suzanne accusée, il en sera de même dans le nouveau jugement ; la société des injustes sera confondue, et la société fidèle sera justifiée, sans qu'il soit besoin d'autre chose

fK de la conversion des Juifs qui se réuniront à ces derlins, qui les justifieront des calomnies dont on lesnoircira^ et qui appuieront en même temps leurs plaintes et leurs aocnsations contre les injustes.

Toot se terminera donc encore une fois par Thistoire de feob femmes. Une femme également hypocrite et coupable pmltra d'abord devant Dieu avec une autre femme qui ne fera pas moins humiliée qu^elIe sera fidèle. Elles demanderont toutes deux justice à Dieu ; mais l'une la demandera tfee aatant de présomption et d^arrogance , que l'autre la demandera avec instance et humilité; et Dieu, pour leur ndre justice à toutes les deux^ appellera les Juifs, cette iKÎeiine adultère condamnée et oubliée depuis si longtemps.

Or, comme l'Église de Jérusalem, afin d'être plus propre àmevoir les Gentils, commença à porter, quoique très-injislement, quelque chose de leur opprobre ; de même aussi h nouvelle Suzanne, avant d'être consolée parla conversoode Tancienne adultère, sera injustement regardée par a rivale du même œil dont on regarde justement Tancicnne adultère, et elle essuiera, de la pari de cette rivale, des mépris et des traitements qui ne seraient dus qu'à une vraie adoltère.

Suzanne portera donc de plus en plus l'opprobre de l'infidélité, et elle deviendra d'autant plus agréable à Dieu qui est le protecteur des innocents calomniés et des pauvres ^souffrent l'oppression. Elle lui adresserais paroles du Psaume LXVIII, et lui dira : Soyez attentif sur mon âme «I iélivrez'la; tirez-moi de cet état pour humilier mes miemis. Vous connaissez les opprobres dont ils m'ont

^harfjéy la confusion et la honte dont je suis couvert. Tous

emx qui me persécutent sont exposés à vos yeux : mon cœur

en état de se venger de ses ennemis et de rendre avec ju lice à ceux qui demeureront opiniâtrement dans le parti i la prostituée, une partie des mauvais traitements qn'ibl auront fait souffrir avec tant d'injustice dans la peraon de ses plus chers enfants.

Voyons quelques-uns des endroits où rÉcriture noas représenté un changement si surprenant.

Isaïe développe la manière dont se fera la conversion dei Jnif!>, marquani qu*elle sera précédée de grands malheurs et de gr. obbcurcissemeots. 11 marque aussi que Dieu se oonserrera, dntcmps-lù, des serviteurs Gdèles qu'il soutiendra oonire les tent^' les plus dangereuses.

Le premier endroit de TÉcriture auquel je m'a sera le cinquanti(>mc chapitre d'Isale et le suivai tirai d'abord, pour écarter tout ce qui pourrait 4 confusion, que ces chapitres ont un premier ^. accompli à la formation de TÉglise, comme

saint Matthieu (XXVI, 67), et par saint Paul (/<

.le laisserai ce premier sens pour ne m'attacl L'intelligence de ce second sens, qui est une grande ouverture pour mieux cntenu car, qu'il y ait un second sens, c'est ce trer par diverses expressions qui se tn pitres, dont la force n'a pas été ép»

accomplissemenl, comme il parait assi..

- jii, de son

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< nsateurs des Juil's

\ CM u version des Juifs,

kâ J^ifs Vont mérité

I li: aveugles et pécbciu's.

L ldtlgue^L* et d'aveugle-

t'-urs des Juifs, que parle

. premi<ircs trompettes de

(uregé. tk>mme si Dieu disait

comment cela se fera-t-il ? Par Falternative marquée dans ' le ch. XI de VÉpitre aux Romains, sous Pimage des brAn- ^ ches étrangères et des branches naturelles. Isaïe exprimé •? ici cette alternative sous le symbole d'un procès criminel ^ qui se juge : Je jugerai, dit le Seigneur, ceux gui vot& « avaient jugéej et je sauverai vos enfants (Ibid.). Le tenij^ •» dont saint Paul a menacé les branches étrangères snbstt^ i tuées à la place des Juifs arrivera. Ces branches étrangères >; avaient jugé les Juifs, elles seront jugées à leur tour; et lôft « Juifs sortis de ces branches naturelles, anciennement retrait^ k chées, seront sauvés. La femme autrefois convaincue d'adol* ; tère verra juger, dans la personne de ses descendants, i ceux qui ont été autrefois ses accusateurs, et elle sera justifiée.

Par quelle puissance se fera un si étrange changement? Il faudra que Dieu déploie la force de son bras : Ma main, demande-t-il, s"* est-elle raccourcie? Est-elle devenue plus petite? OM bien : N^ai-je plus le pouvoir de vous racheter, ni la force de vous délivrer? C'est une grande chose d'amollir des cœurs aussi durs que le sont ceux des Juifs ; or c'est ce que Dieu fera lorsque le temps de les délivrer de leur captivité sera venu.

Mais puisqu'il s'agit de toucher des cœurs durs et d'éclairer des esprits aveugles, d'où vient donc que Dieu parle de choses entièrement différentes? Car voici ce qu'il ajoute immédiatement après les paroles que nous venons de rapporter : Au seul bruit de mes menaces y je tarirai les eaux de la mer, je mettrai les fictives à sec ; les poissons ^ rC ayant plus d*eau, pourriront et mourront de soif, ^envelopperai les deux de ténèbres, et je les couvrirai comme d'un sac (Isaîc, L, 2, 3). Quel rapport ces images si funestes ontelles avec la délivrance des Juifs? Ne semble-t-il pas qu'il

£aUait parler au contraire de faire couler des fleuves d'eau vive, et de faire briller une nouvelle lumière pour tirer ce peuple de ses profondes ténèbres? Bien loin donc que Ton perçoive de la liaison dans le discours du Prophète, on serait tenté de croire qu'il change subitement d'objet, et qa^il prend plaisir à nous transporter, sans liaison, de son premier objet à des idées tout opposées.

Mais le style de l'Écriture est plus suivi que nous ne le pensons. Nous en trouvons ici un exemple capable de frap« per. Sonvenons-nous seulement de la parole du chapitre précédent, déjà rapportée : Je jugerai ceux qui vous avaient jugée. Lorsque la nation des Juifs a été jugée, elle l'a été parce qu'elle le méritait; et elle le méritait, parce qu'elle était dans l'aveuglement et dans la mort du péché. Les Gentils devenus non-seulement ses accusateurs, mais ses juges. Font donc jugée avec justice. Or, ils doivent être jugés à leur tour; et les enfants des Juifs ne seront sauvés que lorsque ceux qui ont jugé autrefois leur nation serout jugés^ selon cette parole: Je jugerai ceux qui vous avaient jugée y et je sauverai vos enfants.

Mais si les anciens et les légitimes accusateurs des Juifs doivent être jugés dans le temps de la conversion des Juifs, ils le mériteront donc alors comme les Juifs l'ont mérité dans leur temps ; ils deviendront donc aveugles et pécheurs. Or c'est justement de cet état de langueur et d'aveuglement où tomberont les accusateurs des Juifs, que parle baie ; ce sont les plaies des six premières trompettes de l'Apocalypse qu'il prédit en abrégé. Comme si Dieu disait aux Juifs : C*est sans doute un grand ouvrage que celui de ▼otre conversion, grand en lui-même et terrible dans ses préparatifs; car vous ne devez rentrer dans TEglise qu'après qu'elle aura fait d'étranges pertes. Le changement des

130 SECoîcn symbole;

eaux en sang, la mort des poissons, robscurcitsement des cieuxy ne sont que les images des malheurs qui prétëderoat votre dëlivrance spirituelle, comme les fléaux de TÉgypIa précédèrent votre délivrance temporelle et chamelle. Mais ne craignez rien, aucun des événements qui doivent prëoé?> der votre conversion, et ouvrir le chemin pour votre retour^ ne manquera de s'accomplir. Les plaies marquées anivor» ront chacune dans leur temps : Au bruit de ma voix j^ tarirai les eaux de la mer, je mettrai les fleuves à sec, etCb Et dans le dernier verset du chapitre précédent : Je ferai manger à vos ennemis leur propre chair Je les enivrefùida leur propre sang comme dun vin fwuveau; et toute ehmit saura que c^est moi qui suis le Seigneur qui vous sauve, et que le puissant Dieu de Jacob est votre rédempteur.

Quels événements I Quelle magnificence et quels ter* ribles jugements! Cependant Isale nous apprend que tout cela ne se fait que pour sauver une adultère condamnée depuis longtemps et livrée au démon comme sa proie. C'est ce qui fait la liaison de son discours, qui par là devient tout à fait suivi.

Il nous apprend en même temps à regarder les malheurs de l'Église par un côté tout différent de celui par lequel on les envisage d'ordinaire ; car nous n'y voyons rien qui ne nous afflige et ne nous accable. Ceux à qui il reste assez de lumière pour s'apercevoir des atteintes que reçoit la vérité, et assez de zèle pour être touchés de la corruption qui s'a^croit de plus en plus, reconnaissent, à la vérité, que les eaux se changent en sang et que le ciel se couvre de ténèbres, mais en cela ils ne voient rien que de désolant. Le Prophète, au contraire, instruit de la liaison que Dieu a mise entre ses œuvres, y trouve l'espérance du renouvellement de l'Église. Plus nos maux ressemblent à ceux de l'Egypte^ plus il croit

LES ÉPOrSRSi FTDftLES ET LES INHOÈLES. !3|

proche, d'une part, la délivrance du peuple de Dieu, qui est rÉglise, par la conquête qu'elle fera des Juifs ; et de Tantre, la délivrance des Juifs par leur réunion à rÉglisé.

D console par cette vue, et les élus déjà en possession de la justice, et ceux qui vont bientôt en être mis en posses- SMMi ; les uns parce qu'ils reçoivent un grand secours, les antres parce qu'ils seront eux-mêmes ce secours ; ceux-ci parce qu'ils seront délivrés de la captivité du démon, ceux* Ift parce qu'ils seront délivrés de l'extrémité de la tentation^ eetix-ci parce qu'ils entreront dans l'Église, ceux-là parce qaMls verront le renouvellement de l'Église. Les uns res- Kmbletont à une Suzanne délivrée, et les autres à une épouse adultère qui reçoit sa grâce de la main de Dieu qui efface ses péchés.

Le Prophète demande, dans le chapitre suivant, l'accomplissement de ces merveilles ; mais tout occupé de la Randeuf des difBcultés qui sont à surmonter, il s'adresse directement à la puissance du Seigneur [Isaïey LI, 9) : Éle^ vez^rous, ô bras du Seigneur, élevez-vous; rrrmez^vous de force ; élevez-vous comme vous avez fait aux siècles pas^ .tA, et dans les premiers temps. N'est-ce pas vous qui avez frappé le superbe Pharaon^ qui avez blessé le dragon d'une plaie mortelle? N^est-ce pas vous qui avez séché la mer et ta profondeur de t abîme, qui avez fait U7X chemin au fond de ses eaux pour g faire passer ceux dont vous étiez le libérelieur? C^est ainsi que ceux qui auront été rachetés par le Seigneur retourneront. (Ces paroles et les suivantes regardent particulièrement les Juifs nouvellement convertis.) Ils viendront à Sion chantant ses louanges ; ils seront comblés et couronnés d'une étemelle allégresse, ils seront dans la joie et dans le ravissement.

Les paroles du 7* verset, au contraire^ conviennent mieux

à eemx qui yerront, ou qui attendront la conversion de Juifs dont ils seront distingués. Écoutez-^moi, vous gui coiç naissez lajmiice, vous mon peuple ^ qui avez ma loi g^^ vée dans vos cœurs : Ne craignez point l^opprçiàre.^fff hommes, n^ appréhendez point leurs blasphèmes. £t.au .^^ sellSuCW moi, c'est moi-mème gui vou^ consolerai. Qf iies^oùspour avoir peur (fun homme mgriely iun àçnfg^ gui séchera comme P herbe? Quoi, vous avez oublié le,,^fn gneur gui vous a créé y gui a étendu les deux et fondé l terre, et vous avez tremblé sans cesse devant la fureur d'u ennemi gui vous affligeait et gui était près de vous perdre Où est maintenant la furie de votre persécuteur? Celui qt vient ouvrir les prisons arrivera bientôt; il ne laisser^ point mourir ses serviteurs dans la fosse (Fon suit Thébr^u] et le pain ne leur manguera pas. ., , ,

On voit deux choses par ces dernières paroles : laprje mière, <ja^i\ restera des justes ; la seconde, qu'ils serpp réduits à une étrange extrémité. Leur état nous est reprië sente ici oomme celui de Daniel dans la fosse, exposé à.;^i danger égal de périr, et par les rigueurs de la faim, et pi^ la rage des lions. Ils diront alors avec le LXYIIP PsauniQ Ponr moiy Seigneur, je votis offre ma prière en vous disant Voici le temps, 6 mon Dieu, de faire éclater votre f)ot\^ Exaucez-^moi selon la grandeur de votre miséricorde, ^ selon la vérité des promesses gue vous ni avez faites de 9% sauver. Metirez-moi du milieu de cette boue, afin gue je i^j demeure point enfoticé; délivrez-moi de ceux gui me haj^ sent, et du fond des eaux. Que la tempête ne me submeru point; gue je ne sois point enseveli dans cet abîme; et gut F ouverture dupuits où je suis tombé ne soit point fermée sw * moi. Et avec le Psaume XXXI Y, v. 20 : Quand jetterez vous les yeux sur moi, Seignetir? Délivrez mon âme de li

mlignité de mes ennemis; délivres de la fureur de ces liofts mon âme qui est seule et sans protection.

On Toit assez, par ces passages^ qu'il s'agit délions métaphoriques, et que la fosse et l'abîme dont il est parlé tien-^ oent plus do langage figuré que du langage simple ; c'est-à-iire, en un mot, que l'on verra s'accomplir à l'égard des josfes ce que figure la terrible épreuve par laquelle passa DuiicL

ARTICLE Vr.

Uu&îère dont Diea éclairera les justes au milieu des ténèbres qui précéderont la conversion des Juifs.

PaisquMI restera des justes, il restera donc aussi de la lumière. Ainsi l'obscurcissement prédit au ch, L, v. 3 : /e«relapperai les cieux de ténèbresy ne sera pas sans exception, etc^est ce qu'il faut expliquer. Une longue suite de malknrs précède la conversion des Juifs, mais l'Eglise est toujoars soutenue et consolée au milieu de ces malheurs. A mesure qoMls deviennent plus terribles, elle a besoin d'une consolation plus singulière. C'est pourquoi lorsque les me- D«es d'Isale commenceront à s'accomplir dans leur étentae, iJ y aura de certaines bénédictions proportionnées iV ces temps-là. Les eaux se changeront en sang, mais il coulera Béanmoins des ruisseaux d'une eau pure. Les poissons mourront ; la pèche évangélique, soit au dedans, soit au dehors de l'ÉgUse, semblera infnictueuse ; mais quelques prâsons réservés par une providence particulière, comme celai qui se présenta au jeune Tobie, ne laisseront pas de fournir aux pécheurs des ressources inespérées. Les cieux se couvriront de ténèbres, les étoiles tomberont, mais il en demeurera d'inébranlables, comme il est exprimé dans le

i34 SECOND SYMBÛIiE.

cantique de Débora : Les étoiles demeurant dam leur ran§ ont combattu [Juges^ V, 20).

Toutes ces expressions figurées marquent les justes qui seront réservés, instruits et affermis par la main de Dieu, selon la parole du Psaume : Heureux est F homme que vota avez vous-même instruit. Seigneur^ et à qui vous avez enseigné votre loi; afin que vous lui procuriez de la doui^ ceur dans les jours mauvais, jusqu^à ce qu'on ait creusé wm fosse au pécheur [Ps., XCIII, 12). La troupe de ces justes conunencera à former cette femme opposée à la prostituée. G^est dans la personne de ces justes qulsale se transforme, ou pour dire quelque chose de plus précis, dans la personne de ceux d'entre eux dont la fonction est de soutenir les antres ; car dès qu'il a parlé de Tobscurcissement du âel, il ajoute : Le Seigneur m'a donnéune langue savante, afin fue je sache parler dans le temps nécessaire à ceux qui seront abattais. Il me prendra et me touchera F oreille tous le$ matinSy afin que je l'écoute comme un maître (Isate^ L, 4)^

Mais parmi les instructions qu'il donnera à ces justes réservés, Dieu leur apprendra combien ils doivent souffirîr pour son nom^ car ils doivent boire les eaux amèrea. C'est pourquoi le Prophète continue : Le Seigneur mon Dieu m'a ouvert l'oreille, et je ne lui ai point contredity je ne mé suis point retiré en arrière. J^ai abandonné mon corps 4 ceux qui me frappaient y et mes joues à ceux qui m^arra^ chaient le poil de la barbe. Je n'ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d'injures et de crachats.

Je sais que c^s dernières paroles conviennent à la lettre à Jésus-Christ. Mais'j'ai déjàaverti que c'était dans un second sens que je les considérais, et j'ai appris de saint Paul, par l'application qu'il fait des versets suivants dans le ch. YIII de YÉpitre aux Romains, que le Saint-Esprit ne s'est pas

LES ÉPOUSES FU>iLEI» ET hUH INFIDÈLES. 135

teUement borné en^cet eodroit au Chef des élus, qu'il n'ait ea aussi en vue ses membres.

Usie introdait devant Diai 1«8 justes, qui demandent justice contre leurs accusateurs.

Dana le verset qui suit immédiatement, Isale commence à m dépeindre lui-même, et ceux dont il représente la perfonne, sous les caractères exprimés dans le Psaume CYIII, c^esl*À-dîre avec des traits qui conviennent à l'épouse fausiuent aconaée. Elle va donc paraître, cette femme inno- •wle, oomme étant sous les yeux de son juge, et elle va eanfbndre ses accusateurs, parce que Dieu lui-même prend la défense.

Le Seigneur mon Dieu (c'est elle qui parle par la bouche dPbaie, eh. L, v. 7) est mon protecteur, c'est pourquoi je a'flî point été confondu. J^ai présenté mon visage comme urne pierre trés-dure, et je sais que je ne rougirai points Cêhn qui me justifie est auprès de moi. (Voilà ce qui est ■ifqué dans le dernier verset du Psaume CYIII.) Qui est teJui qui se déclarera contre moi ? A lions ensemble devant le juge (ou plutôt : demeurons debout l'un et l'autre devant le juge, jusqu'à ce qu'il ait décidé entre nous). Qui est mon adversaire? QuHl s approche et paraisse devant moi. Le Seigneur mon Dieu me soutient de son secours, qui entre* prendra de me condamner ?

Cet adversaire, cette partie criminelle dont on vient de parler comme d'une seule personne, est cependant un assemblage d'hommes. C'est pourquoi celui qui se défend ajouie, en s'assurant du succès de sa cuuse : Je les vois déjà pourrir tous comme un vêtement, ils seroîit mangés des ttrs. De là vient que dans le chapitre suivant, verset 7,

Dieu parle ainsi à l'épouse fidèle, aux justes accusés : Écou^ tez^moij vom qui connaissez la justice, vous mon peuple^ qui avez ma loi gravée dans vos cœurs. On reconnaît à ce trait que ces paroles ne s'adressent pas aux méchants, ik»^ pas même à ceux qui sont dans TÉgUse. Ne craignez pm\ r opprobre des hommes, n'appréhendez pas leurs blasphèmes^ Car ils seront mangés des vers comme un vêtement, ils seront consumés par la pourriture comme la laine ; mais le salut que je donnerai sera éternel y et ma justice subsisterm^^ dans In suite de tous les siècles.

C'est dans cet endroit que le Prophète s'adresse au bra» du Seigneur pour lui demander, comme nous l'avons déjà remarqué, qu'il opère la conversion des Juifs, c'est-à-dire que pour consoler une Suzanne accusée par les hommei^ on demande à Dieu qu'il rappelle l'ancienne adultère, afin qu'elle vienne prendre la place de ceux qui se dissiperont comme un vêtement mangé des vers.

Ces hommes, comparés à un vêtement qui s'en va en morceaux, portent donc un double caractère ; le premier, d'être les accusateurs de la troupe des justes réservés ; le second , d'être les rivaux des Juifs. Pour s'exprimer en termes figurés, ils sont la prostituée ennemie de Suzanne; l'ancienne adultère vient les supplanter ; et par ce rappel de l'ancienne adultère, Suzanne est comblée de gloire et la prostituée couverte de confusion, comme autrefois l'Ëgliie de Jérusalem fut hautement justifiée et les Juifs confondus par la conversion des Gentils.

ARTICLE VIII

Trois personnages irès-neuement dislingués pur IsaFe, dans le jugemeat qui doil être rendu devant Dieu.

Isale qui avait déjà marqué raltcruative entre les Juifs

dh prostîtaée en disant : Je jugerai ceux qtn vous avaient jwgity l'exprime de nouveau par ces paroles qui s'adressent à h race d^\farahain lÉcoutez maintenant, pauvre enivrée, wmk (Tune ivresse (Tune autre espèce que celle qui est causée par le vin. Voici ce que dit votre Domifiateur, votre Seifmeur et votre Dieu, qui combattra pour san peuple : Je tais cous ôter de la main cette coupe d'assoupissement, cette coupe où vous avez bu le vin de mon indignation jus* qft'à la lie; vous rien boirez plus à P avenir. Mais je la vtettrai dans la main de ceux qui vous ont humiliée, qui emt dit à votre âme : Prosterne-toi, afin que nous passions; r avez rendu votre corps comme une terre que l'on foule

c pieds, et comme le chemin des passants {IsaiCy LI, 21 etfluiv.).

Ce diacoors signifie que les Juifs qui, jusqu'au jour de lonr conversion, auront ressenti les effets que produisent les etox amères dans une nation trouvée coupable , cesseront min de boire ces funestes eaux, et cpie leurs rivaux les boirait à leur tour. C'est nous dire bien nettement que les Jûis ne se convertiront que lorsque le jugement de la femme adultère se renouvellera. Il faut qu'il se trouve alors une société adultère sur laquelle la colère de Dieu se dédiaif^e, afin que dans le moment que les Juifs seront absous, k ooope de la colère de Dieu passe de leurs mains dans edks de cette nouvelle adultère.

Cette alternative si bien marquée nous fiait reconnaître qu'il doit se trouver trois personnages au jugement dont parle Isale au ch. L, v. 8 : Allons ensemble devant le juge. Qui est mon adversaire ? qu'il s^approche, etc. Un accusateur injuste, c'est un premier personnage; un innocent bjustement accusé, c'est le second ; et enfin un troisième, c'est l'ancienne adultère, coupable à la vérité, mais moins

138 SECOND 8YNBÛLE. s:TUlb«AiÀi

coupable que la troupe des accusateurs iDJustes, et par M^^ séquent plus propre à être réunie à la troupe des itUio)^'^'^^ ceots calomniés, et par eux à TÉglise. ' ' '^«ncMao ^

ARTICLE IX. ^^^rJM

En quoi consiste toute la force et toute la sagesse du jugement que Dwi rendra entre ces trois personnages qui comparaîtront devant loi. - ^'"^'^

Il est aisé de reconnaître par tout ce qui a été dit, ^cliMApgsg'Jg toute la force du jugement qui doit être rendu ne consista qu'à réunir le troisième personnage au second, et à réduiro le premier dans le malheureux état où était le troisièiiie« liOrsquele jugement commence, le troisième personnagt^tndt^-^-f est coupable, et le second est accusé de Têtre quoiqu'il ioi|4*itb^ ^^- -=* innocent.Le premier personnage, au contraire, est coupable '^'i r ^-^* et soutient orgueilleusement que lui seul est innooenU Qu'arrive-t-il? L'innocence du second est communiquée iaa k^iE^jÊ^-» troisième. Par là, l'innocence deTun et de l'autre est teà&iti ^^^ nue ; l'opprobra du second et du troisième passe sur le piéi ^^.^j mier, qui se trouve couvert de la confusion qu'il méritàifV i,s ^=^ et le jugement est terminé avec une sagesse merveilleosei^'

Selon ce plan, les Juifs se convertiront lorsque dètt 1^^ chosesseront arrivées; Tune, lorsque les méchants, ligtiék' dans l'Église contre les justes, formeront un assembh^ d'hommes plus corrompus que les Juifs ; l'autre, lors^n les humiliations des justes seront montées au point de mdriter d'une part leur propre consolation, et de l'autre la c6ii<p version d'un peuple endurci.

Avant la conversion des Juifs, leur cause est extrême^ ment différente de celle des justes ; et la merveille de leur conversion consistera en ce que de ces deux causes il ne s*6b fera plus qu'une. Les justes acquerront d'abord des carao-

LES ÉPOUSES FlDÈ£t£â ET UL^ INFIDÈLES. 13d

téres ^térieurs de ressemblance c^vec les Juifs par la conjimnatiffn qu'ib essuieront; et le moment arrivera enfin aoqoel ceux qui avaient commencé à porter entre eux cette ressemblance extérieure se ressembleront en tout. Ce sont des élus qui se réuniront et qui seront également invin* dbles. Alors, des Juifs et de TÉglise se formera un seul (enple ; et les paroles des justes seront aussi celles des Juifs, |uoe que les Juifs deviendront justes et ne pourront plus Hnt confondus en la présence de DieUt

ûinMlpIiis seQsible l'écoDomie qui s^obsônredâDteet impomot juge- ■eotpar rbistoire de la feoime adultère de rËvangile, qui représenle le personnage que les Juifs feront dans ce jugement.

C'est ce que nous voyons dans ce discours d'isaïe qui mapaialt devant son juge pour répondre à ses accusateurs. Leoomoienoement de ce discours ne convient qu'aux inuottftts accusés ; et la fin convient également aux Juifs cou- (ihles qui se convertiront, et aux justes auxquels ils se ttaniront. Nous avons déjà considéré ce discours dans la iMiche des innocents accusés injustement ; considérons-le Dûntenaot dans celle des Juifs, qui ne demeurent victo* lieux devant le souverain Juge que parce qu'ils reçoivent pftceau milieu de la contestation et pendant que le procès se termine.

Selon ridée que nous présente IsaXe dans ce même chapitre les Juifs sont l'épouse répudiée à cause de ses péchés, qui reçoit grâce sans que personne puisse y mettce obstacle. Cesi précisément le personnage que fait la femme adultère

de rtv^ngile. Elle représente donc les Juifs d'une fnanière

très-juste ; c^est pourquoi nous n'avons qu'à lui appliquer ^ le discours d'Isale. Je me borne à la dernière partie. " ^ '^

Imaginons-nous donc que c'est la femme adultère qui '* parle^ en présence de Jésus-Christ qui est son juge et qoA *' devient son défenseur : Le Seigneur mon Dieu est monprd^ ^ tecteur; c* est pourquoi je n ai point été confondu. TaijM- * sente mon visage comme une pierre très-dure^ et je sais ^/M * je ne rougirai point. Celui qui me justifie est auprès M -'J moi (cela était vrai à la lettre) ; qui est celui qui se déctaref^ 2 contre moi? Démettrons debout devant notre juge. Qui eài ^' 7non adversaire ? quHl s'approche et paraisse devant m6i. 5 Le Seigneur mon Dieu me soutient de son secours ; qui entre- « prendra de me condamner? [Isaîe, L, 7 et suiv.). Ces paroles « paraissent faites exprès pour marquer l'embarras où se trou- z vèrentles accusateurs de la femme adultère. Ils deman- i daient sa condamnation, et pas un n'osa soutenir la pré- ^ scncc du juge jusqu'à la fin ; c'est pourquoi elle leur insulte j en les appelant elle-même devant le juge. Ils se retirèrent i tous, les uns après les autres, parce que Jésus-Christ les dis- 1 sipa. C'est alors qu'elle cherche ses accusateurs, et il ne s'en trouve plus : Qui entreprendra de me condamner ? Cela répond à la parole de Jésus-Christ : Femme y où sont vos accusateurs ? Personne ne vous a-t-il condamnée ? Et à cette antre adressée aux accusateurs : Que celui d! entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre [S. Jean, VIII, 7). Elle comprend qu'elle n'est pas délivrée par sa propre innocence, mais par la miséricorde de son juge : Le Seigneur mon Dieu me soutient de son secours, qui entreprendra de me condamner ?

Mais quoique le jugement de la femme adultère fût un jugement de miséricorde, néanmoins il ne laisse pas d*ètrc accompagné de beaucoup de justice. S'il s'était trouvé un

LES ÉPOrSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. 441

seul des accusateurs qui n'eût point eu de péché, elle aiu^ait été lapidée. Jésus-Christ est le juge, mais il ne veut point coodamner sans accusateur; et ceux qui portaient leur (copre péché n'étaient pas propres à demander Justice contre le péché d'autrui.

Les Juifs sont cette femme adultère. Aujourd'hui leur péché n'est plus douteux ; celui de cette femme ne l'était pas non plus, elle ne pouvait le nier. Les Juifs ont eu des accusateurs dans la personne des Gentils convertis, depuis le moment de leur réprobation jusqu'aujourd'hui ; et tant qu'ils en auront, ils ne pourront être justifiés parce qu'ils sont criminels et que, de leur part, il ne manquera pas d'y iToir matière àlacondamnation. Jésus-Christ qui est devenu leur juge, fut autrefois accusé et condamné par eux ; il ne eesuca de prononcer contre eux, tant qu'il se trouvera des accusateurs dignes d'être écoutés ; ils ne recevront donc gtAce, ainsi que la femme adultère, que lorsque les accusateurs manqueront.

Or, c'est ce qui arrivera un jour. Les accusateurs de la lèmme adultère se retirèrent les uns après les autres, parce qu'ils sentaient leur conscience chargée de péchés. Les accusateurs des Juifs se dissiperont aussi peu à peu, comme un vêtement rongé des vers qui insensiblement s'en va par morceaux jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Les branches étrangères, selon la menace de saint Paul, ne seront plus dignes d'occuper la place des branches naturelles.

n peut naître ici une difficulté qui a besoin d'être éclaircie ; car, puisque les Juifs ne doivent être rappelés que lorsqu^il n'y aura plus d'accusateurs dignes d'être écoutés, il semblerait donc qu'au moment de leur rappel il ne devrait plus se trouver de justes sur la terre.

Four résoudre cette difficulté, il n'y a qu'à exphquer la

manière dont ce mystère s^opérera. Il lant donc MLVà&Ç ^ premièrement, que les vrais accnsateurs des Jnifs ant fèàk '* de Dien sont les justes. Yoici comment : Nons avons ¥tl fi f manière terrible dont l'Église de Jérusalem, ayant JééUlL * Christ à sa tète, les accuse dans le Psaume GVIII ; non dttè * ces premiers saints eussent cette pensée distincte dans iW- *< prit, mais parce que leur situation, les persécutions tà'fSk "* injustices qu'ils essuyaient de la part des Juifs, étaient tUM accusation subsistante contre les Juift. Or les GeniiU 6d| i pris fait et cause de l'Église de Jérusalem, et ils sont dehMN i nus, par rapport aux Juifs, ce que FÉglise de JérnsatoA ^ était à leur égard. A mesure que les Chrétiens se tont liliit^ i tipliés, les accusateurs des Juifs, au sens qui vient d'èM « expliqué, se sont donc répandus par toute la tente. De l4 i vient cette antipathie des deux peuples, si souvent réptë^ \ sentée dans l'Écriture, qui a été détruite entre les Jilift Ml i les Gentils devenus Chrétiens, niais qui a subsisté entre M Chrétiens et les Juifs endurcis.

Chaque chrétien reproche aux Juifs leur perfidie, et peut être regardé comme leur accusateur. Or, Dieu n'a pas égard aux chrétiens qui ne le sont que de nom, mais aux vrlâà disciples de Jésus-Christ, c'est-à-dire aux justes. IVoù fl s'ensuit qu'à mesure que le nombre des justes diminné parmi les Chrétiens, le nombre des accusateurs des Jutfi diminue aussi. Que le corps extérieur de l'Église s'étende donc de plus en plus, ce n'est pas ce qui doit effrayer léS Juifs^ car leur retour approche à mesure que Tesprit de piété s'affaiblit au milieu de ce grand corps.

Mais il y a encore une autre manière de diminuer le nombre des accusateurs des Juifs, c'est de faire en sorte qiiè les justes qui restent ne portent plus le caractère d'accusa* teurs. Or, comme nous l'avons remarqué, les Chrétiens de

LES l^.POrSES FTTlftLKS ET LES INFIDÈLES. 143

Jérusalem étaient acousateurs des Juil's à cause de leur ■tnatioD ; car il était de leur intérêt que les JuiCs fussent éétrailSy afin que la persécution qu'ils souffraient de leur put eût des bornes. Donc, au contfnire, le moyen que les Juiis n'aient plus d'accusateurs parmi les Chrétiens^ c'est fse les justes commencent à se trouver dans une telle ■teiatîon qu'il soit de leur intérêt que les Juifs se conver-

En UD aioty les Juifs n'auront plus d'accusateurs dignes d*Atre écoutés devant Dieu^lorsque leur conversion sera aussi mn iimirr et aussi désirable aux justes qui resteront parmi ks Chrétiens, que la conversion des Gentils fut nécessaire et désirable aux Chrétiens de Jérusalem.

NoD-seulement les Juifs n'auront plus alors d'accusateurs ; il y a plus, ils auront autant d'intercesseurs qu'il y aura de iules sur la terre; de même que les Gentils commencèrent i avoir autant d'intercesseurs qu'il y avait de justes dans rÉriîse naissante, c'est-à-dire autant qu'il y avait de justes dus tout le monde»

Cet intérêt que les justes auront alors à la conversion des Joiis sera fondé sur mille motifs différents : les uns tirés de k glûiie de Dieu, du danger où serait sans cela la vérité, et de la ocMiservation de l'Église qui sera violemment attaquée plus au dedans qu'au dehors ; les autres tirés de leur personnel, du poids et de la longueur de la persécution, et de Textrémité de la tentation où ils seront exposéSé Un intérêt si pressant et si légitime sera un nouveau motif qui facilitera la réunion de la cause des Juifs avec celle des jaslesy et pour parler figurément, de la cause de la femme idoltère avec celle de Suxanne.

Cependant Jésus-Christ, plus attentif alors à ce qui se passera dans son Église que les hommes ne se l'imagineront^

écrira Tarrèt de condamnation contre les accusateurs de^ : justes. Les malédictions prononcées contre eux par 1m i Prophètes s'accompliront ; ils boiront de nouveau les pnom \ amëres^ conune les Juifs les ont bues dans leur temps, 0| i leurs noms seront écrits sur la poussière : Becedentes a i€f \ in terra scribentur (Jér.y XYII, 13). C^est ce que £ait iésa^ \ Christ lorsquMl est près d^absoudre la femme adultère : il 80 .] parait pas faire attention à ce qui se passe, il détourne aei j regards, il se courbe pour écrire sur la poussière ; il as relève pour la seconde fois^ et tous les ennemis de la femme adultère sont dissipés, et elle reçoit la rémission inespérés de son péché.

Saint Jérôme explique à peu près de la même sorte oette action que fit Jésus-Christ d'écrire sur la poussière : a Jésus- « Christ, se baissant, écrivait avec son doigt sur la terre lei « péchés de ceux qui accusaient la fenmie adultère et mèmi ce les péchés de tous les hommes, ainsi que le Prophète a « dit : Ceux qui se retirent de vous seront écrits sur le « terre. » [Dialog, adv. Pelag.y libll, c. 6.)

Mais il parait plus juste, en suivant le même passage de Jérémie que saint Jérôme cite, de dire que ce sont les noms et non pas les péchés des accusateurs qui sont écrits sur la poussière ; Jérémie ayant dit, au contraire, que leurs péchés étaient écrits dans leurs cœurs et sur les cornes de leurs autels avec une plume de fer et une pointe de diamant, pour marquer qu'ils ne s'effaceraient point; au lieu que leurs noms sont écrits sur la poussière, pour marquer que leur personne périrait, selon la parole du Psaume I, v. 5 : Le» impies sont comme la poussière que le vent emporte de des* sus la face de la terre, C est pourquoi les impies ne pourront subsister au jour du jugement y ni les pécheurs dans Passem^ blée des justes.

LES iPOUSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. itë

Revenons A la double manière dont les Juifis cesseront d'aYfHT des aocvisateurs dignes d^ètre écoutés au tribunal de Jfc|i»€hrisA. Premièrement, le nombre des justes diminuera ^ jour en jour. Secondement, les justes qui resteront, bien kin d'être un obstacle pour le retour des Juifs, deviendront, fÊt ienr sHoation, un motif pour bâter leur rappel ; mais eette geoonde chose ne se fera que lorsque la première sera kia avancée. Il faudra que les justes en soient réduit» à réiat où Lotfa était dans Sodome, à l'état décrit par Isale, cb. UX, T. 15 : Celui qui s'est retiré du mal, a été exposé m proie. D &udra que la peinture faite par saint Augustin, sur le Psaume YII, des malheurs et des obscurcissements de rÉgHse, reçoive son accomplissement. C'est alors que Lath commencera à être regardé comme un étranger, et c'est ^lÊT là qu'il méritera d'être la tige d'un nouveau peuple ; ou flntôt les justes, qui seront le Loth de ces jours-là, deviendront étrangers au milieu de leur propre peuple ; Je suis détenu comme un étranger à mes frères, et comme un inconnu aux enfants de ma mère [Ps.^ LXVIII, M).

C'est œ que nous marque Isaïe qui nous parle d'obscurcissement, lorsqu'il est question de rappeler l'ancienne adultère : J^ envelopperai les cieux de ténèbres [Isaîe^ L, 3). Au milieu de ces ténèbres, dont les accusateurs des justes seront iveuglés comme les habitants de Sodome, il se conservera me lumière pure qui servira, dans la main de Dieu, d'instrument et de préparatif pour rétablir de nouveau les cieux dans toute leur splendeur. Tai mis mes paroles dans votre kûuche, est-il dit à Jésus-Christ dans le chapitre suivant JLI, 16), et je vous ai couvert de f ombre de ma main, afin fue vous plantiez les cietêx, que vous fondiez la terre et que tous disiez d Sion : Vous êtes mon peuple. Réveillez^vous, réveillez-vous; levez-vous, Jérusalem, qui avez bu de la

U6 SECOND SYVBÛLR.

main du Seigneur le calice de sa çolèré; qui a%ex iu ce calice dasso¥pissAn\aiU jmquau fond, et qui en avez pm jusqtCà la lie. ••{»

Le même plan exprimé dans rÉcriture sous quantité d*aatres symbole.

On peut remarqueF que rÉcriture suit toujours le méraè plan sous différents symboles. Quand le peuple de Dieu esfc comparé à un ciel semé d'asti*e8, s'il est couvert de ténèbres^ quelques étoiles sont réservées; et c'est à ce peu d^étoîlès que sont réunis tous les Juifs qui se convertissent et qui rendent au ciel de TËglise un si grand éclat, qu'Isalè ' ni fait pas difficulté de dire que les cieux seront plantés dé nouveau, exprimant par une comparaison si magnifique ce qu'il représente immédiatement après sous Pimage d*une femme qui cesse de boire dans la coupe de la colère de Dieu.

Pour peu que l'on prenne la peine de suivre et de rassembler ces idées, on trouvera la femme que l'Apocalypse nous montre revêtue du soleil et ayant une couronne d'un nombre complet d'étoiles ; pendant que l'on voit d'un autre côté sa rivale, la grande Babylone, qui présente à boire du > m de sa prostitution dans une coupe d'or, et qui est ellemême enivrée à son tour du vin de la colère de Dieu par les sept coupes que les sept anges répandent sur elle. Que l'on se souvienne que dans l'endroit même d'Isale, que nous examinons, la coupe de la colère de Dieu passe de la main de la femme réconciliée dans la main de sa rivale qui, devant et après, est appelée Babylone. Or cette femme céconciliée est, selon Isaïe, un nouveau ciel comme nous venons de le voir«

LES ÉPOUSES lODàUS ST LIS INFIDÈLES. I47

Ibb ce n'^t pas seulement dans les cemparaisans tirées des plus grands objets, mais aussi dans celles qui sont prises des symboles les plus vils que Ton peut suivre le plan de rÉcriture. Car, si les impies comparés à un ciel obscurci ou i une mer desséchée sont aussi comparés à un vêtement rongé des vers, qui ne voit, en suivant cette dernière corn? paiaisoii, oombîen petit paraîtra le symbole qui représen-? tefm les justes réservés pour être le lien des deux peuples. Le peaple juif converti paraîtra nécessairement alors comme ■9 vêtement renouvelé. De là vient l'expression du Pvnme CI, qui, longtemps avant Isale, prédit tout à la fois k ecu^venion des Juifs sous les symboles d'un vêtement et d'an ciel renouvelés : Les deux sont les ouvrages de vos mums, dit-il à Jésus-Christ. Ils périront; mais vous sub^ mieM dans toute Péternité; ils vieilliront tous comme un vêtement. Vous les changerez comme un habit dont on se timvre, et ils seront en e/fet changés, fit po^r marquef? llmmobilité de Jésu&-Christ et de son Église au milieu de teas oes changements, il ajoute : Mais pour vous, vous êtes temjours le même, et vos années ne passeront point. Les enfants de vos serviteurs auront une demeure permanente^ et leur race sera stable éternellement.

La trois pen»QDoages qui paraiirooi au jugement qui ^ecompagsera i^ conversion des Juifs, figurés en divers endroits de TËcriture. Le premier représenté par la femme de Samson, le second par Estber CI par Mafdochée^ et le troisième par Thamar.

Ke perdons pas de vue les trois personnages ou les trois objets que pous avons distingués par rapport à la converflOD dei Juife ; le premier, des ehrétiens eorrompus qui se

troaveront alors; le second, des justes qai seront réservés et préparés exprès pour servir à ee grand ouvrage ; leiAyi* sième, des Juifs eux-mêmes oubliés depuis longtemps et qui rentreront enfin en grâce.

Le premier de ces trois personnages nous est représebté parFépouse phîlistinedeSamson. Lorsque Samson la oiioi«sity c^ était un temps favorable pour elle ; et dans cette oip» constance elle représente la vooation des Gentils acconipa* gnée dé tant de bénédictions. Mais elle parait ensuite dans des circonstances extrêmement différentes, puisqu'elle > se voit réduite à la dernière extrémité et qu^elle n'évite d'ètro brAlée que par la découverte du secret de Samson qu'elle obtient à force d'impori unités. Par le moyen de œ secret ellediffèresonsupplice; mais elle nele diffère paspourloeg^ temps, car elle est enfin brûlée, elle et la maison de son ipère [Juges, XIYetXY). Or, c'est dans ces oirconstantee que je dis qu'elle représente les malheurs dont saint Paul menace les branches étrangères en cas qu'elles imitent la perfidie des Juife. Il faut donc, avant le moment où la philistine sera brûlée, qu'il se passe bien des choses, car V<Ai-^ vier ne peut pas demeurer dépouillé de branches»

Le troisième personnage, savoir celui des Juifs qui ren^ trent en gr&ce, est représenté par Thamar délivrée inopinément dans le moment qu'elle allait être brûlée, par la découverte d'un secret auquel on ne s'attendait pas [Ge^ nèse, XXXYIII). Elle était près d'aller au supplice, ainsi que la femme adultère ; elles sont délivrées l'une et l'autre sans le mériter ; elles figurent l'une et l'autre le même objet.

Il ne sera pas inutile de rapporter ici les paroles de saint Cyrille d'Alexandrie (tirées du Liv. VI des Glaphyres) sur l'histoire de Juda et de Thamar. Prenant Thamar pour la

ignre de la Syoagogne, ou plutôt de la race charnelle d'Abraham qui est jusqu'aujourd'hui sous la malédiction^ mais qui A son tour aura part A la bénédicti(Hi : a Dieu n'a

< pas permis, dit-il, que le nouveau peuple fût retenu entre € les bras de la Synagogue des Juife, et il n'a pas voulu fl qu'il eût une postérité par elle, de peur qu'il ne périt

< aussi luiHOftéme; car la Loi produit la coltre, {Rom.^ « I¥, 15), et persMuie n'est justifié par elle... Car U colère c Aviné ayant comme consumé ceux de la race d'Israël à c cause de leur- conduite impie envers Jésus-Christ, et de c kur intolérable insolence, ceux qui avaient embrassé la c ibiea Jésus-Christ furent délivrés, étant comme arrachés I à ia fureur d'une béte féroce et comme retirés des liens € nèmes qui les retenaient déjà exposés au supplice ; car c lesrestes ont été sauvés, selon les Écritures [Rom.^ IX, 27). f C'est ainsi, en effet, que Dieu parle en quelque endroit I par laToiz de son Prophète : Comme si un berger arra- I ekait de la gueule du lion les deux cuisses^ ou le bout de € toreilie de sa brebis; c'est ainsi que seront sauvés les e/i-

< fanis d'Israël {A moSj m, 12) . » Peut^n exprimer plus distinctement tout ce qui a été établi dans la première partie de cet écrit, de la réprobation des Juifs, de l'oppression où ils retinrent l'Église naissante, et de la délivrance de cette Église?

Saint Cyrille continue à établir les mêmes vérités en marquât les Juifs par le nom de Thamar. « Or, que ceux qui « ont embrassé la foi en Jésus-Christ et qui ont été arrat chés du milieu de la multitude de ceux qui ont péri, • rejettent tout commerce avec Thamar; c'est-à-dire qu'ils « ne fructifient point par la voie de la Loi ; c'est ce que nous c apprend saint Paul qui parle ainsi de lu gloire qui se tire « de la Loi : Ce fjue je regardais comme un gain^ je Ip

15d SECOND STlilHIliE;

« regarde maintenant comme une perte à eattse de /ésuê^ a Christ; car il ne désirait point tme justice qui lui fût « proprCy c est-ft-dire celte qtti vient dé la Loi; mais lâ « justice qui naît de la foi en Jésus-Christ [Philip., III, filet 9).

c( Le jeune Sélom ne peut donc s'unir avec Thamar » (sàitlt Cyrille prend Sélom ou Séla poiu* la figure du peuple chrétien) ; « c'est pourquoi Thamar demeure veuve^ et elle (c demeure une longue durée de temps dans cet état. » (G^est ainsi qu'Osée représente la nation des Juifs qui attend sa couTersion, ch. III.) «Car Dieu ne permettant plus que la « Synagogue des Juifs portftt du fruit, elle fut nommée et K devint en effet comme une Teuve sans enfants et sans « mari, c'est-à-dire privée de son époux spirituel; ca^ « Jésus-Christ dit en quelque endroit : Elle n^ est point « mon épouse, et je ne suis point son mari [Osée, II, 2). Il (C n'aura donc plus été question d'elle en aucune manière <t depuis ce temps-là? Dieu ne s'en sera plus mis en peine? u Ne vous imaginez pas cela ; car, hien qu'elle ait été con- « damnée pour avoir mis le comble à l'impiété ; néanmoins « Dieu, par la miséricorde qui lui est naturelle, aura pitié <( d'elle dans les derniers temps, et elle aussi portera des « fruits marqués au sceau de Jésus-Christ. »

Saint Cyrille explique ensuite diverses circonstances de cette histoire qu'il applique à la conversion des Juifs. Enfin il conclut ainsi : ce Thamar est sauvée, quoique la sentence <c de mort eût été prononcée contre elle et qu'elle eût été ti destinée aux plus cruels châtiments, car elle avait été « condamnée comme une prostituée. Or elle est sauvée en « montt*ant la verge, l'anneau et le bracelet qu'elle avait « reçus, et en déclarant ouvertement qu'elle était grosse de a Juda et que le fruit qu'elle portait était de lui. C'est ainsi

LES ÉPOUSES rWÈLËS BT LES INFIDÈLES. 161

c que Jésus-GhHst déliTrera dans son temps la Synagogue, t elle qui était destinée au supplice , mais qui lui présen- « iera alors les symboles de son union aveo loi^ et qui monc (rera clairement que le fruit qu'elle porte est de lui. Car < voici comme s'expriment encore ailleurs ceux qui ont c emfanusé la foi en Jésus-Christ : Par votre crainte, Seit ^aeur, nous avons conçu ; nous avons été-comme e^v tra- € ttnly et nous avons enfanté fesprit du salut {Jsaïe, t XXVIy 18, selon les Septante). )»

?jaijit Cyrille termine son discours par l'explication de la fipoie des deux jumeaux qui naquirent de Thamar. Le prenier qui est né^ représente les Gentils ; et le second dont le bns avait paru d'abord, mais qui ne vint au. monde qu'afKsson frëre^ représente les Juifs. Cette seule figure devrait kire comprendre combien doit être grand l'événement: de k eoBversion des Juifs, puisque le symbole qui la repréisate n'est pas moindre que celui qui représente la conversea des Gentils qui a rempli tant de sièoleS| cotnme lious le voyons aujourd'hui.

J^avertirai ici que^ selon le plan que nous suivons dans kmte l'étendue de cet écrit^ le mystère dé la grossesse de d«iix jumeaux doit s'accomplir deux fois, quoique avec des différences. Dans le temps de la venue de Jésus-Christ et it la formation de l'Église, la nation des Juifs s'est trouvée crosse de deux peuples comme Thamar ; et dans le temps de la conversion des Juifs, Tl^lise sera grosse de deux peuples comme Rebecca \ On ne peut comparer l'Eglise avec Thamar, parce que Thamar est très-criminelle, et que rÉglise est toujours sainte ; néanmoins on verra alors parmi les Chrétiens des désordres doutriucestc même n'est que la fime.

* Votez ci-desstti,. page 121.

iS2 SECOND SYMBOLE.

Le second personnage qui est entre les deux autres, persécuté par le premier et délivré par le troisième, est représenté en plusieurs endroits de l'Écriture. Mais une des figures qui le représente avec plus d'étendue, c'est celle d'Esther, dont la personne ne doit pas être considérée séparément de Mardochée. C'est ce qu'il faut expliquer dans quelque détail.

ARTICLE XIII

On entre dans one explication plus particnlière de Thisioire d^Esther.

Le grand festin d'Assuérus signifie la même chose que les noces de la parabole de FÉvangile. La reine Yasthi, qui refuse d'y venir, représente sous un seul personnage tans ' les conviés qui refusèrent de venir aux noces ; elle repré» sente la Synagogue qui refuse de venir au festin préparé par Jésus-Christ. Sur son refus on tient conseil, et il est arrêté, de l'avis des sept sages, qu'elle sera répudiée pour servir d'exemple à toute la terre. Il est ordonné par un écrit irréfragable que la reine Vasthi ne se présentera plus cfevant le roi, mais qu^une autre prendra sa couro7ine, qui en sera plus digne quelle. C'est ainsi que la race d'Abraham s'est trouvée bannie de la présence de Dieu, et que le royaume de Dieu a été transféré à une autre nation plus propre à en rendre les fruits. Voilà ce qui s'est passé dans le premier siècle de l'Église.

Vasthi est donc l'épouse du troisième chapitre d'Osée, qui demeure si longtemps sans son époux. Mais après bien des siècles vient le moment marqué par ce Prophète : Et après cela, dit-il, les enfants d^ Israël reviendront, et ils chercheront le Seigneur leur Dieu et David leur roi : et dans le derniers jours ils recevront avec utie frayeur

LES iPOUSES FiBÈLES £T LES INFIDÈLES. 1S3

wfeciueuse le Seigneur et les grâces qu'il leur doit faire lQ$ée, m, 5).

Si Vasihi représente cette épouse d'Osée, il doit donc laûr on temps où celui qui l'a répudiée se souviendra d'elle, et ee sera le temps où toutes choses commenceront à se prépuer pour le salut des Juifs. Or nous avons vu que cette préparation se doit faire par deux sortes d'événements d'im ^ore très-différent. Premièrement, par de grandes ténèbres et une grande corruption qui contribueront à former la prostitua qui doit donner lieu au rappel des Juifs ; c'est ce qa'Isale nous a annoncé. Secondement, par un surcroît de gfiœs qui sera accordé à un petit nombre de justes que Dieu iwtîfiera pour soutenir les attaques de la prostituée. C'est usa ce qu'Isale a marqué ; et c'est ce qui nous est figuré par fe dimx d'Esther, car on ne pensa à l'aller chercher que lorsque la colère du roi et de l'époux méprisé fut adoucie, et lorsqu'il se ressouvint de l'épouse qu'il avait répudiée.

Lorsque la colère du roi Assuérus fut adoucie, est-il dit, U$e ressouvint de Vasthiy et de ce qu'elle avait fait, et de ce fielle avait souffert [Esther, II, 1). Il semblerait, par ce TCTset, que Ton aurait pensé à rappeler Vasthi ; mais l'on Toit, par la suite, que tout se termine à donner Esther pour épouse à Assuérus. C'est ce qui a jeté les interprètes dans rembarras qui les a portés à détourner le sens de l'hébreu, nais les Septante et la Polyglotte de Yatable ne l'entoident point autrement que la Yulgate : Cum quievisset ira régis.

Ce qui parait moins juste en cet endroit par rapport à la lettre de l'histoire, l'est parfaitement par rapport aux événements que l'histoire figure. Car si Yasthi, répudiée par ui décret irréfragable, figure les Juifs rejetés, qu'y a-t-il de plus naturel que de voir paraître un nouveau personnage,

dont toute la faveur se termine à délivrer les Juifs conduB*». < nés à périr? ^ù^>•

Yastbi d^une part, et les Juifs qui habitaient réai|âf%^ d'Assuérlis de Tautre» figurent donc le même objeti CMtti i petite portion particulière du peuple juif figilrait, aiiâii^ bien que Yasthi, toute la nation des Juifs. Le déorei :df|%i répudiation de Yasthi répond au décret qui condamnait toi^i les Juifs à périr. L'un et l'autre décrets étaient égaleniAiil^ i irrévocables de leur nature [Esther, I, 19 et YIII, 8)« L*||9| , et l'autre représentent le décret de réprobation pconoMO^^; dans le conseil de Dieu contre la nation des Juifs; Esthqff\ le fait révoquer lorsqu'on s^y attend le moins^ et voilà poqr^ quoi elle parait lo^squ6 la colère d'Assuérus contre Yait|iy est adoucie. < "inl

Aussi Esther est-elle cette petite fontaine qui s'q qui devient un fleuve, qui se répand en une grande aboalk, dance d'eaux, et qui se change ensuite en une lumière et ué^ soleil (^sMerj XI, 10). ;..;

Nous retrouvons dans ces paroles les plus grandes imagM employées par Isaïe. Le Prophète annonce l'obscurcisten ment des cieux, le dessèchement de la mer et des fleuveei (eh. L, V. 2); au milieu de ces malheurs, quelques justes s6> serves et spécialement instruits; enfin tout se termine par de nouveaux cieux (ch. LI, v. 16) et par un renouvellement admirable de lumière, marqué au ch. XXX, v. 26^ et ex^ primé dans le verset précédent par des ruisseaux d'éaut vives qui coulent sur les montagnes. 1 1 . i

Cela est-il différent de ce que nous lisons dans le litpe d'Esther, ch. XI, où le superbe Aman et l'humble Marde^ chée paraissent pour se livrer un combat? Mardochée vit paraître deux grands dragojis prêts à combattre Vvn contre raiitre. Toutes les nations, est-il dit, s'émifrent aux cris

Kâ«.

f/ibjeièfmt^ et elles s» disposèrent à cofnbattre contre la mtim desJfMeSi Ce jour fut un jour de ténèbres, de périls, i^ffHetinm, d*angoisses et d*une ffrahde épouvnntp sur la fme. (C'est ce jour que l'épouse fidèle boit les eaux amèm. La nation des justes fut saisie de trouble, rrpprcken" knt les maux qu'on lui avait préparés et se disposant à h mort. Ils poussèrent leurs cris vers Dieu; et au bruit it tes cris j une petite fontaine devint un grand fleuve, et refondit une grande abondance deaux, La lumière parut ^ H le soleil se leva; ceux qui étaient dans P humiliation fwrmt élevés^ et ils dévoréretit ceux qtn étaient dans F éclat. Esther représente donc le second personnage, du moins qnnt à une des principales parties ; elle en porte les plus grands caractères. Elle est préparée de loin par une dispoâlion particulière et secrète de la providence, sans savoir eII^-^lèale à quoi Dieu la destine ; car il fallait qu'elle Tigno- ^ 1 Tll, afin que son courage fût mis à l'épreuve, et que sa

1 f^a en parût avec plus d'éclat.

^# Sa cause est donc liée de longue main dans les desseins jv àt Dieu avec celle des Juifs ; mais cela est universellement m ignoré^ car personne ne sait qu'elle est de leur nation^ et f die ne sait point elle-même la liaison qui est entre son sort et le sort de tout ce peuple. C'est ce caractère qui est marqué par le nouveau nom qui lui fut donné, car elle s'appelait d'abord Édissa; Esllicr signifie cachée. Elle était cachée à tous, et ne se connaissait elle-même qu'imparfaitement. Elle ne sauve les Juifs qu'on se jetant dans un danger pareil aa leur. Le danger de mort où ils étaient paraissait inévitable, et elle s'expose à la mort en se présentant devant le roi. Tirai trouver le roi, dit-elle, contre la loi qui le défrndy ^f %frn.^ y rtre appelée, en m abandonnant au péril et à la mort Esther, IV, 16).

La voie dont Dieu se sert ici poar délivrer les luilii IbI| admirable. Ils étaient condamnés à la mort, et leur ^béMAiî trice ne se met en état de les délivrer que par une déniaGrfll4 qui laBoumet à une loi qui la condamne à la mort 41^ n^oblient même la gr&oe des Juifis qu'en se oonlondaiittetîl eux; c'est pourquoi elle demande grAee pour «a pMfl|( personne, en demandant gr&ce pour eux : 0 Bai, ^^SinSÊtl^ si fat trouvé grâce devant vos yeuXy je vous conjitrê^^ m^ accorder j s* il vous plaît, ma propre vie et celle éé^iriétii peuple pour lequel f implore votre clémence. Var mMI avons été livrés moi et mon petiplCy pour être foulés'^àÊM pieds, pour être égorgés et exterminés. Et plût «i</MM| qu^on nous vendit au moins, hommes et femmes^ comme \ esclaves; ce mal serait supportable, et je me tairais.. me contentant de gémir. Mais maintetiant nous a^ûm^ià ennemi dont la cruauté retombe sur le roi même {Estkèfi^ VU, 3). ^«^^

Avant qu'Esther eût confessé qu'elle était de la race 4li Juifs, tout le monde l'ignorait. Les Juifs auraient péri,- Mil qu'elle eût couru aucun danger ; l'arrêt se serait exécuM^ sans que l'on eût pensé à eh étendre sur elle les effets. MaiJ dès que son secret est découvert, les Juifs ne peuvent phiM périr sans qu'elle périsse elle-même. Nous avons été livret^ dit-elle, moi et mon peuple^ pour être égorgés et exté^ minés. - • •

II y a donc trois temps à distinguer par rapport à Esther, Le premier, où il ne tient qu'à elle de demeurer en repM sans se mêler de l'affaire des Juirs. Le second, où elles^ejDpose à la mort en se présentant devant Assuérus sans être appelée ; elle court dans ce moment un grand danger' I cause des Juifs, mais le danger qu'elle court n'est pas précisément le même que celui des Juifs. Dès qu'elle a

LES IpOUSES nBÈLES ET LES INFIDÈLES. 157

|. fiât qo^eile est de leur race, sa cause se confoud si pleit tvec la leur qu'il n'y a plus rien qui les distingue ; [#^cÉl le ttoiaième et le dernier temps qui est à considérer. |{bl unique peu à peu la suite de l'œuvre de Dieu se ^et que des choses qui paraissaient d'abord n'avoir I nppoft se réunissent.

[nllBsaime l'apercevait la liaison entre l'élévation d' Elsther I destinée des Juifs; cependant Dieu en avait mis une ^dansses desseins, que le salut d'Ësther et celui des étaient inséparables. Mardochée le soupçonna par . Qnisait, lui dit-il lorsqu'il l'engagea à intercéder lia imISf qui sait si ce n'est point pour cela même que isvti été élevée à la dignité royale^ afin S être en état rdêns un temps comme celui-ci? (Esther, IV, 14). nt fit voir que la chose était ainsi. C'est pour- Mil f avait une proportion réciproque entre la protec* 1^ Diea accordait aux Juifs, et celle qu'il accordait à t; et Esther ne reçut de Dieu par avance tant de ^^eparoe qu'elle était destinée à être la libéra- W des Juifs. Les miséricordes que Dieu voulait faire aux jfeiii se ridaient par anticipation sur Esther.

'■'w le troisième temps, Assuérus ne révoqua son édit

j •rtwlesJuiUs, que parce qu'il sut qu'Esther était juive ; et

le second temps , c'est-à-dire lorsqu'Esther se pré-

*** devant Assuérus sans être appelée, ce ne fut pas

^^favenr des Juifs qu'en faveur d'Esther que Dieu

J™8*awbitement le cœur d' Assuérus, et le fit passer de

™^ et de la sévérité à la douceur et à la clémence.

** est ainsi qu'il y aura une proportion réciproque entre

wnieps justes, réservés pour servir d'occasion au salut

•^,etentre les Juifs mômes. Les uns et les autres sont

^ct Dieu mettra une étroite liaison entre le salut

(B8 SECOND STUBOLK.

des uns et des autres. Ces justes appartiendront ^u^ luifa d'une manière spéciale. Dieu le saura dès le conuQanMhi ment, mais les hommes l'ignoreront. A mesure qu9 Ji| temps s'avanceront, ce qui était caché se développemi 4^ cause des uns et des autres s'unira peu à peu jusqa-4 A^ qu'elle se confonde, comme nous avons remarqué qu'il flil arrivé autrefois à l'Église de Jérusalem et aUx (SentU^i |I viendra un moment qui répondra à celui où Ësther cocMiil déjà le danger de la mort pour le$ Juifs, quoique non W9f$ll^ avec les Juifs ; et enfin il en viendra un autre où les dM| causes seront tellement mêlées que l'on ne pouff|?a ploi lipi distinguer. Ces deux causes ou plutôt l'unique cause^ ^M<É posée des deux, sera sans doute victorieuse ; mais à quilllii extrémité les élus ne seront-ils pas réduits auparavant! Qff en peut juger par ces paroles d'Esther qui précèdent imnfctt diatement le moment de la victoire : Ei plût à Dieu fitf ton nous vendit au moins, hommes et femmes^ commà des esclaves; ce inal serait supportable^ et je me tairai$ 41 me contentant de gémir. Mais maintenant nous avons Mtt ennemi dont la cruauté retombe sur le roi même.

Ceci nous fait faire une nouvelle réflexion sur le mystèii de la conversion des Juifs; c'est que ce ne seront pas seulement les Juifs avec les justes de ce temps-là qui y seront intéressés. Si Ësther avait péri avec tous ceux qui couraîeÉl le danger de la mort, la gloire d'Âssuérus en aurait (M ternie. C'est ainsi que la gloire de Jésus-Christ était jntfa ressée à la délivrance de la femme adultère, et elle le 9Mâ^ par bien des endroits, à la conversion des Juifs, mais prÎQg cipalement à cause de ses promesses, soit à l'égard des Jaib» soit à l'égard de l'Église qui se trouvera réduite à une tellfl extrémité que la conversion des Juifs sera nécessaire alon pour la soutenir, car elle sera attaquée par des ennemis tela

LES ÉPOUSES FIDftLES ET LES INFID^XKS. 139

fiïsther les dépeint dans sa prière : Maintenant, dit-elle ifiiea, iis ne se contentent pas de ?ious opprimer par une èirt$ervitîêde; mais attribuant la force de leurs bras à la jmnnce de leurs idoles, ils veulent renverser vos pro^ metufj exterminer votre héritage, fermer la bouche de mtx fui vous louent j et éteindre la gloire de votre temple Hàv^re autel (Esther,XÏV, 8).

Cne telle prière nons met devant les yeux les cîrconteeesqui feront que la conversion des Juifs ne iK)urra plus éln reculée. Non-seulement les justes seront menacés AuM dnre servitude, mais ils seront près d'être anéantis. L*OB verra alors les jours dont il est parlé dans l'Évangile : (fm ii le Seigneur n'avait abrégé ces jourSy nul homme émtrait été sauvé; mais il les a abrégés à cause des élusquHl êîkmsis (S. Marc, XJII, 20). Car, avant que Dieu se soit léelaré, la tentation sera si grande, si subtile et si sédui- Mto, que les élus mêmes seraient séduits s'il était pos- ■Ue.

C'est pourquoi Dieu lui-même, qui ne peut laisser périr les élus, y sera intéressé en leur faveur; mais il le sera enà cause de sa propre gloire. On lui disputera sa puis- , on transportera à d'autres le droit de décider du salut des lK>mmes ; on attaquera ses {uromesses en plus d'une ■amère. Non-seulement on entreprendra de lui ravir les élas, qui sont les vrais eniants de la promesse ; mais l'on ssottendra même que le salut n'est point la suite infailiîhtr de la promesse gratuite faite à Abraham, mais le elKiix du libre arbitre ills veulent renverser vos promesses. AÎM on enlèvera à Dieu la louange la plus parfaite qui pvisse loi être donnée, qui consiste à confesser qu'il n'est pss Hioins le maître de la justice que des choses temporelles, et que les mérites des honmies ne sont pas moins ses dons

que les biens du corps : Ils veulent fetnier la bouche de. ceux qui vous louent, et éteindre la gloire de votre temple. et de votre autel. C'est pourquoi les justes auront alors plotf de fondement que jamais de dire à Dieu : Seigneur, n^aban^^ donnez pas votre sceptre à ceux qui ne sont rien, de peuti qu'ils ne se rient de iiotre ruine ; mais faites retomber gyth eux leurs mauvais desseins, et perdez celui qui a commefÊcit à nous faire ressentir les effets de sa cruauté. Seigneur, sou^* venez-vous de nous ; montrez-vous à nous dans le temps dm: notre affliction^ et donnez-nous de la fermeté et de fass^m rancCf ô Seigneur y roi des dieux et de toute puissance qui etêi, dans le monde [Esther, XIV, dd, 12). l .

Tels sont les sentiments dont ceux qui sont figurés pi^f^ Esther et Mardochée seront remplis, lorsqu'ils ne serool^ encore que comme une petite fontaine à laquelle peu dir; gens vont se désaltérer ; mais ils deviendront en peu di^ temps un grand fleuve et une lumière qui éclairera toal^ l'univers. Or ils n'acquerront ce dernier caractère que paR la réunion des Juifs; caria liaison que ces justes ont devant Dieu avec les Juifs élus est si grande, qu'ils sont souvent considérés comme ne faisant qu'un seul tout avec eux ; àpea près comme on peut regarder la personne de saint Paul et les Gentils convertis, comme faisant un personnage unique et appartenant à une même œuvre, commencée dans saint Paul par sa conversion miraculeuse, et continuée par l'éta» blissement de toutes les Églises des Gentils. De la même sorte, on petit considérer tout l'ouvrage de la conversion des Juifs comme une même œuvre, commencée dans lea justes spécialement destinés pour y servir, et continuée dans les Juifs mêmes au moment de leur conversion.

C'est afin de rendre cette liaison plus sensible que les mêmes hommes ont été choisis quelquefois pour représen*

ierce grand ouvrage dans ses deux parties, l'Ëcriture suinnt en cela sa méthode de faire plus d'attention à l'unité fone œavre qu'à la diversité des personnes qui y pren- KBt Ghacnne quelque part.

On en voit un exemple dans la personne des frères de Jo- «ph. Tout le monde convient que dans le moment qu'ils neonnaisseni Joseph, ils figurent les Juifs dont les yeux s'oavrentpour reconnaître Jésus-Christ; le voile tombe dans ee moment, et ils retrouvent leur Sauveur et leur frère qu'ils avaient vendu : Jésus-Cbrist oublie leur péché, etn'u ptos pour eux que des entrailles de miséricorde. Mais jusqu'à ce moment les Juifs seront les objets de sa colère, également hSs et haïssables ; comment seraient-ils donc représentés |ir les frères de Joseph, comblés déjà de tant de faveurs, iftnt l'instant décisif où il se manifeste à eux? Comment, if^je, seraient-ils représentés par des hommes si pleins de cndeoT et de droiture, par des hommes nourris au milieu it la famine par la libéralité de Joseph, recevant de sa ■un, non en espérance, mais actuellement le pain de vie ; |ir des hommes religieux, sincères, compatissants, respectieux pour les puissances qui les traitent avec le plus de ngoeur, prêts à se livrer pour la délivrance les uns des antres; en un mot, également aimés et dignes de l'être? Les frères de Joseph, dans des circonstances si favorables, peavent-ils donc représenter les Juifs perfides? Non, sans doate. Cependant, s'ils ne commencent à représenter les Juifs fiooveriîs qu'au momentde la reconnaissance réciproque, que leprésentent-ils avant ce moment, si ce n'est des hommes qui Rttembleront par avance aux Juifs convertis, dont la ciiuse ei les intérêts deviendront communs, et dont le personnage lora un rapport très-étroit avec celui des Juifs, mais pour qai cette conversion, à mesure qu'ils l'apprendront, ne sera

ni moins surprenante ni moins consolante que pour les JuiE mêmes *?

Dès que Ton a fixé le personnage que représentent Esthei et Mardochée, il est aisé de voir à quel autre personnage appartiennent Aman, sa famille et les milliers d'hommes qo périrent lorsque les Juifs furent délivrés. On ne peutreooa naître dans cet assemblage d'hommes maudits d'autre pep sonnage que celui de la prostituée qui est condamnée, ei même temps que le peuple qui était destiné à périr ei délivré : Suzanne est justifiée et l'ancienne adultère rappe lée ; et c'est alors que le mystère de la prédestination s*«o complit sur deux grands peuples.

Voici comme s'exprime sur celaMardochée [Esther,H^ 8) IjCS peuples qui s^ assemblèrent sont ceux qui ont tâché d^êM terminer le nom des Juifs. Mon peuple est Israël qui cri alors au Seigneur, et le Seigneur sauva son peuple; il nom délivra de tous nos maux; il fit des miracles et de grand prodiges parmi les nations; et il ordonna quil y eût cfetA sortSy l'un du peuple de Dieu, et F autre de toutes les né tions. (C'est ici que l'on voit une image magnifique de 1 prédestination.) Et ce double sort vint paraître devant DU au jour marqué dès ce temps-là à toutes les nations. (0 bien selon le p^rec : Ce double sort vint paraître devas^ Dieu pour P heure, le temps et le Jour du jugement qui <k vait s'exercer au milieu de toutes les nations.) Le Seigne% se ressouvint de son peuple^ et il eut compassion de $0 héritage. Ces deux sorts, dans l'histoire d'Esther, sentie soi des .Tuifs, et celui des soixante et quinze milliers d'homoM qui périrent à leur place. Dans la chose figurée, c'est le S(K de la prostituée et de l'ancienne adultère.

1 Voyez VErplication de l'histoire di Joseph, imprimée en 4728.

LES ÉPOrSEB FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. 163

Cmids traits de la conduite de Dieu que TLlsloire d^Esther donoe lieu de remarquer.

L'histoire d*Esther nous représente le mystère de la coulersion des Juifs dans un grand tableau. C'est un vaste empire qui sert de thé&tre à cette histoire. Assuérus avec toate sa magnificence représente le festin des noces de Jésus-Christ où les Juifs furent invités. Cependant le festin de Jé$a»-Christ n'eut rien de l'éclat extérieur du festin fAssuérus; les grandeurs spirituelles qui ne sont visibles qu'aux yeux de la foi en firent tout le prix. Il en sera de néme de l'accomplissement du reste de l'histoire : ce fi'elle représente ne sera bien rempli que par des événeneiits d'un ordre fort élevé au-dessus de ceux que nous bons dans le livre d'Esther, mais moins capables de frapper les sens. C'est pourquoi ceux qui en voudront juger par ' ks sens seront hors d'état d'en reconnaître les rapports; semblables aux hommes charnels qui vivaient dans le temps de l'établissement de l'Ëglise, et qui n'ont pu reconnaître dans la simplicité du christianisme naissant la réaUté de ce ipi était figuré par le festin préparé par un grand roi pour eélébrer les noces de son fils.

11 ne faut plus attendre pour le peuple de Dieu une victoire qui se termine à le délivrer d'une mort temporelle. Les temps sont changés, l'esprit de la nouvelle alliance est différent de celui de l'ancienne. C'est pourquoi un événement qui retracerait littéralement celui que nous représente Whvre d'Esther affligerait le cœur des vrais chrétiens qui, pour me servir d'un exemple sensible , ne compteront junais au nombre des victoires du christianisme ce que la

16i SECOND SYMBOLE.

France vil arriver sous le règne de Charles IX A la journée de la Saint-Barthélémy.

Mais le livre d'Esther, sous Técorce d'événements char* nels et assortis au temps de rAncien Testament, n^a pas laissé de nous dépeindre les plus grands traits de la con* duite de Dieu qui ont éclaté et qui éclateront dans le goa« vernement des choses spirituelles.

Deux caractères de la conduite de Dieu s'y font sentir plus particulièrement. L'un est de faire réussir ses desseins par des voies impénétrables; l'autre de faire régner dans ses œuvres une proportion admirable. Par l'un, Dieu surprend les hommes ; et par l'autre, il leur fait admirer sa jus^ tice qui rend aux hommes avec une proportion admirable^ lorsque le moment en est venu, ce qui leur est dû selon leurs œuvres.

Le peuple juif, du temps d'Âssuérus, était digne d^être honoré, et il était réduit à la dernière humiliation. Leurs ennemis, au contraire, étaient dignes de mort, et ils étaient dans la gloire. Mardochée paraissait couvert d'un sac, et la potence où il devait être attaché était déjà dressée. Aman, au contraire, était au comble de l'élévation. C'était le temps pour ceux qui voyaient ces choses de se conformer à l'avis du Sage : Ne méprisez point un homme juste quoiqu'il sait pauvre, et ne révérez point un pécheur quoiquHl soit riche [Ecclésiastique y X, 26). Mais, qui était assez pourvu de sagesse pour se dire à soi-même ce que nous lisons dans le chapitre suivant (XI, o, 6) : Beaucoup de tyrans ont été sur le trône^ et tel a porté le diadème, auquel o?i ?i aurait jamais pensé. Beaucoup de puissants princes ont été entière-ment ruinés, et ceux qui étaient dans la gloire ont été livrés entre les mains des autres,

f.ette révolution était près d'arriver, et personne n'y

LES» ÉKOUSES FIDÈI.ES ET L£S INFIDÈLES. J65

pensait. La perte des Juifs paraissait inévitable, et personne ne prévoyait d'où pourrait venir leur salut. Dieu avait roda que l'origine d'Eslher fût eachée par un secret inviohble, pour fermer toute entrée aux conjectures que Ton aonit pu faire; comme s'il avait été jaloux d'ôter aux kommes la connaissance de son œuvre. C'est ce que VEcclé" mtique exprime dans le même endroit par ces termes : Il n'y a que le Très-Haut dont les ouvrages soient admirables H dignes de gloire^ et ils sont cachés et inconnus aux kmmes (Eccli., XI, 4). Qui pourrait donc pénétrer un secret dont Dieu lui-même envie la connaissance aux hommes?

Mais quelle juste proportion dans les jugements que Dieu ^ff eierce! L'arrêt de mort prononcé sur les Juifs retomba sur m k tète de leurs ennemis. Les Juifs sacrifièrent Aman de m leors propres mains. Tous les honneui*s qu'Aman avait die* ■ Us pour lui-même furent rendus à Mardochée. Aman fut i attaché à la même potence qu'il avait fait dresser pour Mar- I dochée. La surprise fut égale dans l'un et dans Tautre, à la f Tue d'un si prodigieux changement. Celui que l'on avait vu trois jours auparavant dans le sac et dans la cendre, nonseulement fut conduit en triomphe au milieu de la capitale de l'empire, mais de {>lus on le vit sortir du palais et d'auprès du roi, portant des habits royaux, ayant un manteau de pourpre et une couronne d'or sur la tête ; et le sceau du roi, dont Aman était le dépositaire et dont il avait scellé Tédit de mort contre les Juifs, passa entre les mains de ce même Mardochée qui s'en servit pour sceller Tédit de grâce. Toute la ville de Suse fut transportée de joie; et quant mix JuifSy il leur se^nhla quune nouvelle lumière se levait ner eux, à cause de cet honneur ^ dp ces congrotuhttionSy et de ces réjouissances publiques. Parmi toutes tes nations^ les

du fort armé, coDime le dit expressément Isale (XLIX^ Si, et Ly 1). Mais il en vient un plus fort qui lie le fort armé, qui s^empare de sa maison et qui le relègue dans le déflert de la haute Egypte {Tobie, VIII, 3), c'est-à-dire dans oet lieux secs et arides, dont il est parlé dans rÉvangile(4S. Lue, XI, 24). Sara est délivrée de la servitude du démon et de* vient féconde : le jeune Tobie et toute sa famille sont comblés de consolations et de biens. Des bénédictions si extra» ordinaires étaient attachées à une telle alliance. Avant cela, Sara était couverte d'opprobre, elle était plongée dans Famertume, aussi bien que le vieux Tobie et toute sa famille: en se réunissant, ils trouvent des deux côtés la guérison de tous leurs maux. Aussi le nom de l'ange Raphaël qui leur procure un si grand bien signifie-t-il, dans la langue origi-' nale, médecine du Seigneur, Élie qui viendra pour conirertir les Juifs, guérira P autel du Seigneur ^ selon l'expression de l'Écriture (///. Rois^ XVIII, 30) ; et selon la promesse précise de Jésus-Christ, il rétablira toutes choses [S.Mare^ IX, 11).

Dès que le personnage de Sara est fixé, il est aisé de comprendre ce que représente toute la famille de Tobie. On y voit, sous trois personnes différentes^ le caractère de trois sortes d'hommes fidèles, mais fidèles en divers degrés, qui composeront l'assemblage de ceux que Dieu aura spécialement réservés pour préparer les voies à la conversion des Juifs. Le poisson que le jeune Tobie rencontra l'effraya d'abord ; mais l'Ange lui en découvrit le secret, et toutes sortes de biens sortirent de ce poisson : Tobie avait eu peur qu'il ne le dévorât, et il leur servit de nourriture ; son foie et son cœur réduits en cendres eurent la force de chasser le démon, et tout le succès de l'alliance qui se devait faire avec Sara dépendait de là ; son fiel même, tout amer qu'il était,

ndit la vue an vieux Tobie. Ainsi Ton vit de nouveau, enbrmément à Ténigme de Samson, la nourriture sortir ^ celai qui dévore, la douceur d^une nouvelle alliance sortir des cendres d'un cœur réduit en poudre, et la clarté de kTae de Famertume du fiel.

Rtopilolaiion des diverses figures qui viennent d*èlre expliquées.

JI est temps de ranger dans une table les diverses figures

fui viennent d'être expliquées par rapport à la conversion

as JniCs.

L'Église, après avoir perdu les diverses portions que le

idiûine et Thérésie ont séparées de sa communion, cette

^lise^ dis-je, plus étendue que jamais, si l'on a égard à la

eommanion extérieure, mais éprouvant de grands affaiblis-

flements intérieurs, parce que ?'ivraie se sera extrêmement

mollipliée, renfermera dans son sein :

Use grande mulliiude d'hommes tmwfompm^ dont Tassemblage peut cire regardé comme une prostituée et mmt B^bylone spirituelle : alors FéfBBH philisUne de Samson sera réà vue étrange eitrémilé; les aau auront à leur tête des Aman ^i attaqueront les justes avec vio-

Wt9Cfm

Des justes exposés aux perséculious des méchants, accusés même dans les tribunaux ecclésiastiques, chargés de calomnies, et réduits à la dernière extrémité ; figurés par Mar^ docbée et par Esiher, par toute la famille de Tobie.

L^Église sera en péril ; et parce qu'elle ne peut périr.

Diea fera éclater sa puissance et prononcera un jugemant, et le secret du Seigneur sera découvert.

Les méchants seront confondus , comme le furent Aman et tous les ennemis des Juifs. Le supplice de la Pliilistine, après avoir été différé peu de temps, s*exécutera. Enfin quantité de vieilles branches de Folivier sécheront, tandis que les nouvelles seront entées h leur place et recevront la sève en abondance.

Le mystère de Ja conversion 4ii- Juifs s*accomplira ; ils serort rèuii| aux justes qui gémissaient sons le poids de Toppression. Sara Sera miN avec le jeune Tobie et avec sa famiBe. Estber et Mardocliée seront délitrés avec les Juifs. Thamar que ToDOon* duisait au supplice sera délivrée e« vertu des gages qu*elle avait reçu.

Yoici la mémo table sous d^autres symboles

Obscurcissement dans le soleil, la lune et les étoiles. Chute de quantité d*étoiles. Eaux qui se changent en sang, et qui causent la mort d*une grande quantité de poissons.

Étoiles réservées. Lumière pÊtê \ qui éclaire les cœurs droits. Ruii^ 1 seaux d*eaux vives qui ne laisseal pM de couler. Petite fonuine d'nao ••■ pure.

Jour d'afflictions, d'angoisses, de périls, de ténèbres et d^ne grande épouvante. La nation des justes appréhendant les maux qui lui étaient préparés, Dieu parle, deux sorts viennent paraître devant lui.

Le temps, le jour et Theure du ju« gement qui devait s*exercer parmi toutes les nations arrive. C^est alors que coulent des fleuves de sang d'une manière plus funeste. Le soleil devient noir fîomme im sac, comme il est marqué dans l'Apocalypse (VI, 1 2).

Les cieux sont changés comme un vêlement.

La petite fontaine devient ua grand fleuve, répand une grande aboudaMt d*eaux. La lumière parait. Le ■olail se lève, il devient sept fois plus la* mineux qu*auparavanl, comme il Mi dit dans Isaïe (XXX, 26]. 11 se retrouve un nombre complet d*éioilee.

Jésus-Christ fonde de nouveau Ice cieux : Vous les changerez, et Us wront en effet changes {Fs., Cl, 28).

ARTICLE XVll.

lie de 11 oondoite de Dieu eipliquée par Isife. Lorsque le péché fsl BOBlé è tou oonble parmi uo peuple. Dieu s*arine de sa justice poar paoïr les médiants, et se revêt de sa miséricorde pour délivrer enix qo^il s*est réservés.

On aura pu remarquer par tout ce qui a été dit jusqu'ici, qoeDien attend à faire son oeuvre jusqu'à ce que le peuple an milieu duquel il doit agir soit venu au comble, ou presque au comble de la corruption. Il ne vient visiter Sodome que lorsque le cri de son péché est monté jusqu'à son troue (Genèse, XVIII). Le lévite et son épouse arrivent à Gabaa lorsque les habitants, de celte ville sont vendus au péefaéy et non-seulement ceux de cetle ville, mais ceux de toute la tribu de Benjamin. Ce lévite ne trouve dans Gabaa qu'un étranger qui veuille exercer à son égard l'hospitalité, et toute la ville se rassemble pour opprimer le nouveau venu el celui qui l'avait reçu [Juges, XIX). Ainsi Dieu choisit, pour faire éclater sa vengeance contre les méchants et sa miséricorde envers ses serviteurs, le moment où la malice des uns est devenue excessive et l'innocence des autres exposée aux dernières épreuves.

Dieu visite alors ce peuple tout à la fois avec des desseins de vengeance et de miséricorde; de vengeance contre les pécheurs endurcis, de miséricorde pour les justes opprimés et pour ceux aussi qui doivent être réunis à ces justes. Sodome fut visitée avec un dessein de vengeance contre la multitude des pécheurs, et avec un dessein de miséricorde pour la famille de Loth ; la petite ville de Ségor, épargnée en sa faveur, eut part à cette miséricorde.

Isaïc, dans son LIX* chapitre, nous représente cette con-

diiite de Dieu d'une manière magnifique; car après avoir représenté un déluge de péché qui avait inondé le peuple de Dieu, il y met les derniers traits par ces mots : La vériii • a été renversée dans les places publiques, et Féquité ny. m » trouvé aucune entrée. La vérité a été en oubliy et celuiçtd % s*est retiré du mal a été exposé en proie {Isaîe, LIX, 14, 15). j fjC Seigneur Fa vuy continue-t-il, et ses yeux en ont éié ^ blessés. Dieu voit tout, mais il y a des temps où il laisse agir | les méchants comme sMl ne les apercevait pas ; et il vient , aussi des moment où il fait connaître par des coups' eztra*^ i ordinaires quMl les a en abomination. Il se réveille alon^ selon Texpression du Psaume (LXXYII, 65), comme tm homme fort qui crie en s éveillant après avoir buj comme an Samson qui avait été jusque-là enseveli dans le sommeil et^ dans Tivresse. Le sommeil passe, Tivresse se dissipe, le fort ' et l'invincible se lève, Jésus-Christ considère les entreprises de ses ennemis et se prépare à en faire la vengeance. C'est ce que dépeint ici le Prophète.

Le Seigneur a vu qu'il /l'y avait point d'homme^ et il a été saisi d* étonnement de ce quHl ne se présentait personne. C'est ainsi qu'à Sodome il ne se trouva pas dix justes pour arrêter sa colère allumée contre toute la ville ; et de plus, le juste qui restait éprouva ce que vient de marquer Isale : Celui qui s est retiré du mal a été exposé en proie. Le petit nombre de justes qui restent alors deviennent, comme Loth, l'objet de la persécution des méchants et ne trouvent point de justice : Ses yeux ont été blessés de ce qu'on ne rendait point justice. Les yeux du Seigneur en sont blessés, et il reconnaît qu'il est de l'intérêt de ces justes que les pécheurs périssent, comme il devint de l'intérêt de Loth que Sodome fût détruite.

C'est ainsi que se vérifie à la lettre celte expression : //</

LES ÉPOUSES PtD&LES ET LES INFIDÈLES. 173

^Ë f^f''f '*V avait point (Thommey et il a été saisit d'étotme- ^^m mmt de ce qu'il ne se présentait personne. C'est qu'alors, "^^ /H y a encore des justes au milieu de la nation perverse, ik ne sont plus des intercesseurs recevables en faveur de ffliBÎTersalité du peuple. Leur cause commence à se discer- ' de celle des pécheurs, ce qui est le plus grand malheur qui paisse arriver aux pécheurs. Cependant les pécheurs se liaient eux-mêmes d'avancer ce discernement, en déclarant la ^erre à ceux qui ne cherchent que la paix, en traitant comme des étrangers ceux qui ont un cœur de frère, en tâchant de rompre avec ceux qui ne veulent que l'union et la concorde.

(Test alors que commence à s'accomplir la figure des deux femmes, dont l'une faible et innocente est accusée par l'autre. Cette dernière parle avec hauteur et arrogance, elle qui seule mérite d'être accusée, soit pour ses crimes invétérés, soit à cause de la persécution qu'elle commence de faire aux justes. Les justes sont sans défense et près de périr, comme Lolhy sous les efforts des pécheurs.

Qae fait Dieu dans ce moment ? Il s'arme de sa puissance ; ne trouvant point de secours parmi les hommes, il se sauve lui-même : La force de son bras F a sauvé y et sa projjve jus-tice Fa soutenu. 11 se revêt de ses armes; mais il en prend de deux sortes, les unes pour sauver, car il y a des justes à délivrer ; les autres pour perdre, car il y a une multitude de pécheurs à punir. // se revêt y dit le Prophète, de sa justice comme d'une cuirasse, et il met sur sa tête le casque de Milui. Il se revêt de sa vengeance comme d'un vêtement ; c*est-à*dire que l'on va voir en lui, tout à la fois, un Dieu 5aaveur et un Dieu vengeur; et il se revêt de zèle, ou plutôt de Jalousie, comme dun manteau^ car il va exercer le jusTpment des eaux de jalousie contre une épouse infidèle.

bEa>ND SYMBOLE.

EIl^

li B^arme donc comme pour rendre à chacun ce qui lui dûy pour faire ressentir à ses adversaires sa colère^ po»^ rendre à ses ennemis ce quMls méritent. Il fait admirer ses ennemis sa justice ; et sa miséricorde se répand enso:. comme un fleuve sur le peuple nouveau qui prend la pl^^. de la nation nouvellement convaincue d'adultère. Jusi Dieu était juste et miséricordieux, mais sa justice et sa mî ricorde étaient cachées aux hommes qui ne voient qui dehors. Alors elles commencent à Être visibles, commi sont les vêtements qui se présentent d'abord à la vue que Ton jette les yeux sur celui qui les porte.

On peut voir une description semblable dans le chapitre, qui est si clairement rappelé dans VApoca (ch. XIX). On y voit paraître dans une grande colère qui combat et qui remporte la victoire ; mais au milieu sa colère il n'oublie pas sa miséricorde. Le temps de foo^ la cuve de la colère de Dieu est venu iJe foulerai aux les peuples dam ma fureur^ je les enivrerai de leur dans ma colère ihate, LXIIl, 6); mais Tannée du gi Jubilé vient en même temps. Deux choses si contrairei nor regardent pas les niènies hommes ; Tune regarde la grande ^^^ prostituée, Tautre regarde ou Tépousc nouvellement appelée, ou Tépouse nouvellement réconciliée avec son époux : Car f ai dans mon cœur le jour de ma veuf/eance^ le temps de racheter les miens est venu {Ihid., v. 4).

ARTICLE XVIII

L« m^me plan représenta dans Osée par »od alliance avec Gomer, el par les divers enfunls qui lui naissent.

Tel est le plan de TÉcriture^ qui se fait particulièrement sentir dans les deux s^randes révolutions les plus impoi

LES ÉPUISES FIDÈLES fiT LES INFIDÈLES. l73

Mesqni pninent arriver depuis la chute d'Adam jusqu'au JMT da jugement; Tane de la fondaiioa de l'Église et de la iveaiîoD des Gentils^ l'autre du renouvellement de TKglise et Jb rappel des Juifs. Car si la réprobation des Juifs est deve- WÊÊe ta réconciliation du mofide^ que sera leur rappel, sinon mm retour de la mort à la vie? Et si leur chute a été la riekeœ du monde^ et leur diminution la richesse des Gentils, combien leur plénitude enrichira-^t^lle te monde encore davantage? (Rom. y XI, 15, 12.)

C^est ce plan développé de toute rËcriture qui peut seul expliquer certains traits de la conduite de Dieu, aussi contraires aux vues de l'esprit humain, qu'ils sont en eux- Bèmes remplis de sagesse et dignes de l'Esprit de Dieu. Qei n^aurait cru, par exemple, que Dieu, s'étant préparé ; la nation des JuiCs un peuple pour recevoir le Messie^ lit choisi le temps où ce peuple serait le mieux disposé ' le recevoir? Et qui aurait pu s'imaginer, au contraire, que IKeu aurait choisi précisément le temps où ce peuple serait le plus éloigné de la justice, le temps où la fausse piété des pharisiens, plus odieuse à Dieu que l'ignorance des païens, formerait contre la personne de Jésus- Christ et contre sa doctrine une opposition plus difficile à surmonter que ne l'aurait été l'attachement à l'idohYtrie grossière?

Cependant c'est un tel temps que Dieu choisit, temps où les docteurs des Juifs étaient devenus semblables à des bètes venimeuses qui empoisonnaient les hommes, une race de vipères [S. LuCj III, 7). Ceux qui paraissaient justes étaient des sépulcres blanchis; et cette nation méritait alors que tout le sang des justes, répandu depuis le commencement du monde, retombât sur elle et sur ses enfants. C'était une nation corrompue et adultère, selon l'oracle que Jésus- Christ a prononcé (S. Matth., XYI, 4).

176 SECOND SYMBOLE. s

Ainsi la nation des Juifs était alors, à Texception d*iui ^ petit nombre d'hommes qu'à peine pouvait-on aperceT<Mi/ g une grande prostituée et la plus dangereuse que Ton ett i< jamais vue sur la terre. Un pauvre païen se faisait juif, et<â ^g avait raison sans doute, carie salut devait venir des Juiba| , ne se trouvait pas chez les Samaritains, non plus que chat .^, les idolâtres; et cependant qu'arrivait-il pour Tordinaifi^ de ce nouveau prosélyte? Après quHl Fest devenu, disaîl ^ Jésus-Christ, vous le rendez digne de t enfer deux foispim ^^ que vous {S. Matt/t,, XXIII, 13). -,

Voilà ce que les hommes ne comprenaient point. Jugeant par l'extérieur, ils croyaient que la nation était pleine de justice et de sainteté ; mais elle était dans la vérité, telle qui l'Évangile nous la représente. Jérusalem, par exemple^ quoiqu'elle fût encore la ville sainte, était plus abominaUe , aux yeux de Dieu, si Ton en excepte un petit nombre d*éluS| que Rome païenne et que Babylone ; mais il fallait la 1»-. mière de saint Jean-Baptiste et celle de Jésus-Christ pour le i*econnaltre .

Supposons pour un moment un homme à qui le véritable état de cette nation eût été révélé sans lui découvrir autie chose ; qu'aurait-il pu conjecturer sur cela, sinon que la venue du Messie devait être bien éloignée, puisque le peuple qui devait le recevoir était si méchant? C'est ce qu'il aurait conclu; et il en fallait conclure au contraire que le Messie était tout près de venir. La nation est une prostituée, aurait-il dit, donc ce n'est pas le temps où Dieu viendra habiter au milieu d'elle. Et l'Écriture lui aurait appris, comme nous Talions voir, à dire au contraire : La nation est une prostituée, donc Dieu va envoyer le salut au milieu d'elle, car le salut doit venir chez une prostituée.

Suivons encore cet homme et examinons les conjectures

LES iPOCSES FIDÈLES ET LES INFIDÈLES. 177

fK lai aurait fait faire cette nouvelle découverte. Le salut, k Messie va venir chez cette nation prostituée ; sans doute, lit-il dit, elle va être convertie tout entière. Il se serait ï trompé, car le salut ne devait élre appliqué efficacement qa^à quelques-uns qui devaient être sauvés par misé* rieorde ; et à Tégard du corps de la nation, elle devait rejeter le salut, être rejetée et faire place à une autre épouse qaî devait èlre appelée à sa place : c^est-à-dire, que de Falliance du salut avec une nation prostituée il en naîtrait trois choses : 1^' le salut d'un petit nombre réservé; 2* la léprobation de la multitude du peuple, et 3* la vocation d'an peuple étranger plus nombreux que celui qui serait lejeté.

Cest ce qui est clairement prédit dans les premiers cbapibes d*Osée. Le nom de ce Prophète signifie le saluty et ▼ieat de la même racine que celui de Jéstis, qui signifie SauweÊtr. Dieu ordonne à ce Prophète d'aller prendre pour épouse une prostituée. C'est Jésus-Christ qui descend du ciel pour habiter avec la nation des Juifs, lorsqu'elle est parvenue au comble de la|corruption. C'est ce que signifie le nom que porte Fépouse que prend Osée : elle s'appelle Gomer, nom qui marque la consommation de l'iniquité ; c'est une prostituée qui s'appelle consommation. Que l'on ne s'étonne donc plus de l'ordre donné à Osée de prendre pour épouse une prostituée, puisque la chose figurée par cet ordre est encore plus surprenante. » Le Prophète prenant pour € femme une prostituée était, x> dit saint Cyrille, <( une « figure de Dieu qui s'est, pour ainsi dire, uni à une femme « prostituée et très-impure, c'est-à-dire à la Synagogue des c Juifs, de laquelle il s'est formé un grand nombre d'en- « iants. » {Glaphyres, lib., YI, de Juda et Thamar). Que naitra-V-il donc de cette alliance? Un premier fils qui

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s'appelle Jezrahel. Ce nom est très- mystérieux dans Oiée, ni il signifie germe on race du Seigneur ; c'est un nom de héAé*^ ii[ diôtioUy comme on le voit ch. T, v. 11, et ch. tl, v. 22. Mais ce nom de bénédiction, pour ceux qui le portent, est 6â même temps un présage de la vengeance que Dieu exeroMi- y. contre ceux qui attaqueront le véritable Jezrahel. Je vem^ ^ gérai, dit le Seigneur, le sang de Jezrahel sur la maison dé ^ JéhUy et je ferai cesser le règne de la maison (T Israël {Oséey ^f^ I, 4). G'est-à-dire que le fils d'Osée, nommé Jezrahel, repré* sente la société des justes qui croiront au Messie ; ils seront opprimés par la fraude et par la calomnie, comme le fat Na*^ both dans le champ de Jezrahel ; et Dieu en tirera vengeaooa^^ ^ comme il tira vengeance du sang de Naboth sur la maison d'Achab; et comme il tira aussi vengeance sur la maiaon de Jéhu des injustices que Jéhu avait commises. Ainsi Osée fait allusion au champ de Jezrahel où fut tué Naboth, et oà ; les chiens léchèrent le sang d'Achab^ et il donne le même nom de Jezrahel aux justes figurés, soit par Naboth, soit ]/ par le fils que Gomer venait de lui donner.

Voilà donc le premier fruit de la venue de Jésus-Chriat chez une nation adultère; il en naîtra un Jezrahel^ un germe qui méritera d'éire appelé le germe du Seigneur. Mais qu'en naitra-t-il encore? une fille qui s'appellera /*ornchama, c'est-à-dire Sans-miséricorde, et un fils nommé Lo'ommi, c'est-à-dire Non^mon-peupleXkée explique luimême ce que signifient ces deux enfants; ils représentent le corps des Juifs qui devaient être réprouvés avec la Syna« gogue leur mère. La réprobation des Juifs a été une des suites de la venue du vrai salut parmi eux.

Jezrahel est devenu la lige à laquelle se sont réunis les Gentils convertis. Le Prophète ordonne à Jezrahel de les regarder comme ses frères et de leur dire qu'ils ont obtenu

irioorde et qu'ils sont le peuple de Dieu : Dites à vos (fins (il parle à TÉglise de Jérusalem) : Vous êtes mon ft^ie ; et à vos sœurs : Ruchama, c^est-à-dire : Vous avez nfd miséricorde.

Hais Toici ce qu'il ordonne aux nouveaux Chrétiens de fin i la Synagogue : Faites vos plaintes contre la Syrui" fêfue votre mère; faites vos plaintes, et pour traduire plus BUénlement : Faites un procès à votre mère, parce qu'elle, itU point mon épouse et que je fie suis point son mari. Reftechem^lui ses fornications et ses adultères. Et un verset |Ibi bas : /« n'aurai point pitié de ses enfants, parce que HiuU des enfants de fornication {Osée, II, 1 et suiv.).

Les Juifs incrédules sont donc sortis de la maison de leur fbe comme TenCant prodigue, abandonnés à leur propre enr, parce qu'ils s'étaient flattés qu'ils useraient bien de Inr liberté. Us avaient voulu entrer en compte avec Dieu : Bnneft-DOoSy lui avaient-ils dit, tout ce que nous avons à tfeodre de vous : Donnez-moi ce qui me doit revenir de Mfre bien {S. Luc, XY, 12) ; nous nous chargeons d'en Ure un bon usage, et nous ne vous demandons point cet mge comme un don que nous puissions recevoir de vous. Leur présomption les a séduits ; ils sont tombés dans la bflûne et dans l'indigence où l'on voit languir la femme k III* ch. d'Osée. Ils ont irrité Dieu comme des enfants igrats : Ce sont ses fils et ses filles gui l'ont irrité {Deut., UXU, 19). Et dans le Ps. XVII, 43, 4G : Ces enfants orangers me tnatiqueront de fidélité^ ces enfants étrangers obérant dans la désolation, et ils seront chassés avec hor" rtur des lieux de leur retraite, ■ Tel a été Tétat funeste où les Juifs ont langui jusqu'au- I joard'hui. Mais les enfants d'Israël, dit Osée (111, 5), revien- ^ iront, et ils chercheront le Seigneur leur Dieu, et David

IbO SECONb SYMBOLE.

leur roi; et, dans les derniers jours, ils reéevroni avec une frayeur respectueuse le Seigneur et les grâces quHl leur doit faire.

Cette épouse rejetée si durement avec ses enfants, au commencement du chapitre II à^Osée, sera donc réconciliée avec son époux ; car, quelque terribles que soient les maux qu'elle doit éprouver : Après cela néanmoins j dit le Seigneur ^ je r attirerai doucement à moi, je la mènerai dans la solitude, et je lui parlerai au cceur. Je lui donnerai des vignerom du même lieu..., et elle chantera des cantiques comme aux jours de sa jeunesse^ et comme au temps où elle sortit de rÉgypte. Ce sera alors, dit le Seigneur^ qu'elle rnappel'lera son épouXy et qu'elle ne m^appellera plus Baali (mon maître)^ c*est-à-dire d'un nom qui marque moins rameur que la crainte et la dépendance [Osée, II, 14).

Ces merveilles seront la suite des grands malheurs qui y donneront occasion ; car Tancienne adultère ne sera mp-^ pelée que lorsque le mystère de Talliance d'Osée avec 60^ mer se renouvellera ; c'est-à-dire lorsque Dieu faisant ressentir les effets d'une miséricorde extraordinaire, le salut viendra chez une nouvelle prostituée. Un nouveau Jezrahel paraîtra ; il sera persécuté à son tour ; et pour venger les injustices qui se commettront, Tancienne adultère sera mise à la place de la prostituée qui sera chassée de l'Église ; mais elle ne le sera que lorsque le temps marqué de Dieu pour cette punition sera venu, et lorsque cela se pourra faire sans que l'étendue, la visibilité et la perpétuité de l'Eglise en souffrent.

;Suite.)

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