‹ Histoire de la Religion représentée dans l'Écriture Sainte sous divers symbolesChapitre 37 sur 42 · HUITIÈME 8T1U0LB · texte numérisé non relu

HUITIÈME 8T1U0LB

étrangers , mais ils flattaient les passions des hommes et leur déguisaient la vérité ; ils lem* prêchaient des maximes trompeusesi et s^élevaient contre les véritables prophètes. C'est ce qu'on voit surtout à Pégard de Jérémie. Une des choses qui leur étaient le plus ordinaire. Vêtait d^annoncer des prospérités lorsque Dieu menaçait des plus grands malheurs. A les entendrCi toutes choses étaient dans le plus heureux état du monde, et cependant tout était près de périr ; ils s'écriaient : la paix, la paix, et il n'y avait point de paix. Un de leurs artifices était d'intéresser la Religion dans les faussetés qu'ils avançaient pour rassurer les hommes. Ils s'appuyaient, à l'exemple des véritables prophètes, sur les promesses, mais ils les interprétaient mal; ce qu'ils soutenaient y être renfermé^ n'y était point renfermé en eifet. Jérusalem, si on les en croyait, ne devait point être prise, le siège devait être levé, le temple ne pouvait être détruit, etc. Dire le contraire, c'était, disaient-ils, attaquer la vérité de la Religion. Les vrais prophètes voyaient, de leur part, tout autre chose dans les promesses. Non-seulement tous ces malheurs leur paraissaient compatibles avec la vérité de la Religion, mais ils les croyaient comme étant prédits dans le Deutéronome et dans d'autres endroits de rÉcriture; et quant à la perpétuité de la Religion, ils envisageaient des ressources plus grandes, plus sublimes, plus dignes de Dieu, mais aussi plus éloignées. S'il y avait quelque consolation présente, ordinairement elle n'était que pour le petit nombre, et consistait presque toute dans la foi. L'événement faisait voir, conformément à la règle qui est à la fin du XVIII* eh. du Deutéronome, qui de ces deux sortes de prophètes étaient les véritables.

Les prêtres et les docteurs du temps de Jésus-Christ ressemblaient à ces faux prophètes d'autrefois. Ils croyaient

Tétat du peuple de Dieu florissant et heureux, pendant que Jésos-Christ en prédisait la ruine totale qui devait arriver dans un temps très-court, et lorsque saint Jean, Jésus-Christ et les Apôtres y voyaient l'iniquité montée à son comble. Il est aisé de pousser plus loin ce parallèle. Par exemple, aucm des changements connus des Apôtres, arrivés ou à arriver pendant le premier siècle de l'Église, ne paraissait possible aux Juifs. Tous ces changements étaient incompatibles avec les idées qu'ils s'étaient faites de la Religion et des promesses : ruine du temple, abrogation des cérémonies l^alesy changement de culte, de sacrements, etc., translation de la Religion et du sacerdoce des Juifs aux Gentils, etc.

Les adversaires de Jésus-Christ ressemblaient donc aux faux prophètes des siècles plus reculés, en ce qu'ils parlaient au nom du vrai Dieu et recevaient les mêmes Écritures et les alléguaient en preuve ; mais par-dessus cela, ils avaient un sacerdoce, une autorité légitime. En celaBalaam avait été leur figure. Il est vrai qu'il y avait encore un trait que Balaam ne remplissait pas ; c'est que son sacerdoce était reconnu parmi les nations étrangères, les Moabites, les Madianites, mais il n'était pas prêtre dans Israël. Ce trait qui manque à Ralaam est suppléé par Aaron dans le temps qu'il se met à la tète des adorateurs du veau d'or ; sans perdre sa qualité de chef du peuple de Dieu et de prêtre du peuple d'Israël, il devient le ministre du démon. C'est ce qui arriva àCalphe et aux autres grands-prêtres qui le suivirent. Us étaient successeurs d' Aaron, et conservèrent encore, au moins en partie, leur autorité jusqu'à la ruine de Jérusalem, après avoir condamné le Messie et être devenus chefs de l'apostasie dans Israël.

Le grand-prêtre, les princes des prêtres, les scribes et les

phari^ens étaient donc tout à la fois, chacun selon la mesure et la proportion qui lui convenait, des pythons, parce qu'ils étaient les interprètes du démon ; des faux prophètes qui annonçaient les visions de leur cœur ; des Aarons qui réunissaient la qualité de chefs de ralliance^ qu'ils avaient reçue de Dieu, avec celle de chefs de l'apostasie; des Balaams qui annonçaient de grandes vérités avec un cœur plein de séduction et de corruption, et qui bénissaient, malgré eux, le peuple chrétien par les oracles de Dieu contenus dans les livres des vrais prophètes dont ils étaient les dépositaires* Or, il est visible qu'on ne peut trop s'étonner sur un noiélange si surprenant de qualités qu'on aurait crues incompatibles.

Cela n'était pas seulement figuré, cela était prédit. Michée annonça la ruine de Jérusalem (c'est dans le sens principal celle qui arriva dans le temps de Yespasien) et l'établissement de l'Église (ch. IV, v. 1) : Dans les derniers tempSy In novissimo dierum, la montagne sur laquelle se bâtira la maison du Seigneur sera fondée sur le haut des monts et s'élève7'a au-dessus des collines; les peuples y accourront, etc. Or, immédiatement auparavant, le Prophète dépeint l'état où seraient alors les conducteurs du peuple juif : Vous naureZjdii-ily ch. 111, v. G^pour vision qu une nuit sombre y et pour révélation que des ténèbres. Le soleil sera sans lumière à f égard de ces prophètes qui séduisent mon peuple. Qui seducunt poplllm meuai, et le jour deviendra pour eux une obscurité profonde. Ceicx qui ont des visions seront confus^ ceux qui se mêlent de deviner l'avenir seront couverts de honte. Et au verset 1 1 : Leurs princes rendent des arrêts pour des présents^ leurs prêtres enseigtient pour Fintérêtj leurs prophètes devinent pour de Pargent ; c'est-à-dire que ce sont des Balaams. Or, à cet esprit d'ava-

riee, ils réunissent une fausse confiance dans la protection de Dieu et dans la Religion dont ils sont en possession. Après cela, continue le prophète, ih se reposent sur le Seigneur y en disant : Le Seigneur n^ est-il pas au milieu de nous? Nous serons à couvert de tous maux. (Test pour cela mhm, ajoute Miehée, que vous serez cause que Sion sera lahourée comme un champ.

Ui adversaires de iétoa-Christ font servir Tautorilé doRi il sont reTétns I ^mfX la 9éd^ctiall, Aax preuves solides par lesquelles iésus-Chriu prouvait sa mission, ils opposent le jugement qu'ils prononcent en qualité itt juges établis de Dieu ; ils entraînent la multitude du peuple et étendent de tomes parts la séduction. Coml>at de serpent contre serpent, de faux sa|«f contre de vrais iMiges.

Plus on considère Thistoire du peuple de Dieu et plus on y trouve de proportions, soit entre le bien et le mal, soit, pienant le bien et le mal séparément, entre les différentes oîrcoDstances qui établissent chacun des deux et entre les différentes parties qui le composent. Nous avons vu que les séducteurs, du temps de Jésus-Gbrist, avaient l'autorité légitime et qu'ils étaient les organes du démon. Cela parait inoompatible, et néanmoins cela s'accordait. Nous verrons, dans la suite, les avantages que Dieu [en a tirés. Faisons auparavant quelques réflexions sur l'union de choses si opposées.

Bien loin que l'autorité dont les séducteurs étaient revè* tpa mit un obstacle au ministère qu'ils prêtaient au mensonge, o'était de là, au contraire^ que la séduction tirait sa force. Les scribes, les pharisiens et les docteurs de la loi étaient plus croy€|bles que des païens et des Samaritains; les

prêtres et les princes des prêtres plus croyables que de gens du peuple; le grand-prêtre plus croyable que ] gouverneur romain^ qu'Hérode et tous les princes de i maison.

Les titres de leur autorité étaient contenus dans UÉcri ture. S^il se trouve^ est-il dit, Deutéronome, XWll, 8, tm a/faire embrouillée y où il soit difficile de juger... s'il y i un partage d opinions entre les premiers juges ^ allez m lieu que le Seigneur votre Dieu aura choisi^ et adressez-vmk aux prêtres de la race de Lévij et à celui qui aura été éta bit en ce temps^là le juge du peuple : vous les consultera et ils vous découvriront la vérité du jugement que t>M devez en porter. Vous ferez tout ce qu'auront dit ceux qu président au lieu que le Seigneur aura choisi^ et tout c qu'ils vous auront enseigné selon la loi; et vous suivre leurs avis sans vous détourner ni à droite ni d gauche Mais celui qui^ s'* enflant cT orgueil, ne voudra point obéir m commatuiement du pontife qui en ce temps-là sera lemin»^ tredu Seigneur votre Dieu, ni à l'arrêt du juge y sera puni ék mort y et vous ôterez le mal du milieu d Israël. Et il est dit que cela doit servir d'exemple à tout le peuple.

Ce passage de TÉcriture et autres semblables attachaient donc au grand-prêtre, à l'ordre sacerdotal et aux juges une grande autorité, et leur conciliaient la croyance du peuple; et cette croyance, jusqu'à un certain degré, était d'obligition. Ils enseignaient beaucoup de vérités. Que s'ils venaient enfin à proposer au peuple une voie d'égarement, ils se servaient de l'autorité attachée à leur dignité et du témoignage qu'ils continuaient de rendre à ces autres vérités, pour faire croire que cette mauvaise voie était la bonne voie.

Voici, par exemple, le langage que l'on pouvait tenir par

rapport à la question du Messie. Ces hommes, pouvait-on dire en parlant des prêtres qui vivaient alors, sont les chefs du peuple de Dieu, que Dieu lui a donnés. Ce ne sont ni des idolâtres, ni des schismatiques, ni des particuliers choisie au hasard parmi le peuple ; ce sont les descendants d'AalODy ils sont revêtus de sa dignité. Ceux-là sont des docteurs appliqués de longue main à Pétude de la loi de Dieu ; ees autres (les pharisiens) sont des hommes remplis de zèle pour la pureté de la Religion, pour la doctrine de Timmortalité de T&me contre les sadducéens; tous, prêtres et docteurs, enseignent les vérités quMl faut croire, qu^il y a un Dieu, qu'il a parlé à Moïse, que les écrits de^ Prophètes sont des écrits divins, etc. Ce sont eux-mêmes qui annoncent que le Messie doit venir ; ils savent le lieu de sa naissance ; ils montrent les endroits de l'Écriture où il est parlé de lui ; ils sont d'ailleurs établis de Dieu pour nous fixer dans les questions sur lesquelles il se forme un partage ; comment donc ne les croirions-nous pas, pour savoir si tel ou tel est le Messie?

Nonobstant un discours si spécieux, ces mêmes hommes étaient les organes du démon dans leur opposition à Jésus- Christ et à sa doctrine ; mais on ne peut [désavouer que le choix que le démon avait fait d'eux pour un tel ministère ne fût le choix le plus adroit qu'il était possible de faire alors. Le grand-prêtre du vrai Dieu était plus propre que tout autre homme à se faire croire, lorsqu'il disait que Jésus de Nazareth n'était pas le Messie et qu'il ne fallait pas l'écouter : il en était ainsi, à proportion, des autres prêtres, des docteurs, etc. En s'y prenant de la sorte, le diable avait alors à Jérusalem une école bien mieux affermie que du temps d'Isaïe lorsqu'il parlait par des magiciens. On en peut juger par les effets que produisit sur

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le peuple juif la séduction qui fut mise en œuVre au temps du Messie.

Plus on considérera ces choses de près et plus ota recoii"' paîtra que le diable porta alors la finesse à son coosble. Jamais le piège n^avuit été mieux préparé, et, Si c'est le oarao^ tère du serpent d'être le plus fin de tous les animaux : Or le serpent était le plus fin de tous les eniimaux qtie le Sei-^ gneur Dieu avait formés sur la terre (Gen., III, 1)^ on peut dire que jamais le serpent n'avait été plus serpent qu'ii le fut alors. Mais la Sagesse de Dieu est au-dessus de la fin^m du serpent. La Sagesse en personne fut introduite au m*^ lieu du peuple de Dieu pour combattre contre le diable, et elle voulut bien se dépouiller de sa force et des marques de sa gloire, afin qu'il y eût une espèce d'égalité dans le combat. Ce fut un combat où la finesse eut plus de part que la force ; un combat, on le peut dire en suivant l'Écriture, de serpent contre serpent ; un combat, dont eelui d'Amail 3t de Mardochée n'avait été qu'une ombre, et n'avait représenté que quelques traits ; un combat qui remplit bien mieux les images tracées dans le songe de Mardochée. Voyez ce songe, EstheVy XI, 6 : On y voit paraître deux grands dragons prêts à combattre l'un contre Pautre. Toutes les nations s* émurent aux cris quHls jetèrent, et elles se disposèrent à combattre contre la nation des justes, etc. Jésus-Chrisi employa, pour prouver sa mission, des preuves convaincantes par leur nature, mais qui eurent au* près de la nation des Juifs en corps le sort qu'avaient eu led preuves employées par Moïse auprès de Pharaon et des Egyptiens ; celles de Moïse ne convertirent point les Égyptiens ; au contraire, les moyens de séduction employés par les ministres du serpent réussirent. Jésus-Christ a rempli ce qui était figuré par les signes que Moïse employa pour

prouver sa mission. Ce n'est pas ici le lieu de le faire voir en détail. Il a réellement changé Teau en vin et même le vin eo mog, et il a fait en grand, et en diverses manières, tout œ qoî était figuré par le changement de Teau en sang.

Les princes des prêtres avaient en main l'autorité de Dieuy cette autorité dont la verge d'Aaron était le symbole. Jésus-Christ possédait l'autorité de Dieu d'une manière bien mpérieure. La verge d'Aaron, dans son usage légitime^ n'aurait dû servir qu'à faire adorer celle du Messie. L'autorité dufgrand-prétre et c^lle de tout son conseil aurait dû être employée à faire reconnaître Jésus-Christ. Mais le ooDtraire arriva. On vit verge contre verge, la verge du grand-prêtre contre celle de Jésus-Christ; et comme ce combat fut un combat de finesse, ces différentes verges se changèrent en serpents. (Voilà à peu près le songe de Mardocliée.)La verge de Jésus-Christ dévora celles des prêtreS| eonune celle de Moïse dévora celles des enchanteurs d'Ég^Tpte. Cela s'est accompli même visiblement. Qu'est deve» aae Tautorité de la Synagogue, en comparaison de celle de l'Église chrétienne dont les pasteurs sont revêtus depuis tant de siècles?

Mais les verges converties en serpents et dévorées par la verge aussi changée en serpent et qui demeure victorieuse, ne forment qu'une image abrégée d'un événement qui ne s'accomplit pas dans un instant. Avant que la victoire ait été consommée, le combat a été long. Nous avons vu que c'est Jésus-Christ lui-même qui a donné à ses adversaires le nom de serpents (S. Matth., XXIII, 33). Il a daigné aussi nous apprendre qu'il avait été représenté par le serpent d'airain [S. Jean^ III, 14), c'est-à-dire que, s'il avait la finesse du serpent, il n'en avait pas le venin. C'est pourquoi il a voulu que ses disciples ressemblasscut aussi par le

même endroit au serpent : il leur ordonna d'être prudents comme des serpents^ et simples comme des colombes [S. Matth.f X, 16). Voilà donc, en suivant les propres expressions de rÉcriture, un combat de serpents contre serpents, et, pour mieux dire, toute la Religion représentée sous le symbole des serpents. Les serpents venimeux appartiennent à la fausse sagesse : la vraie sagesse est représentée sous Timage de la prudence du serpent, réunie avec la simplicité de la colombe.

Dans ce combat de serpent contre serpent, Jésus-Christ employa les preuves décisives de la vérité de sa mission» les miracles, les anciennes prophéties, les prophéties qu'il fit lui-même ; et, à mesure que les années s'écoulaient» Taccomplissement de ces dernières prophéties. Les chefs de la Synagogue, de leur côté, opposaient à Jésus-Christ l'Écriture entendue à leur manière, leur autorité si solidement affermie et par une succession de tant de siècles : Nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais pour celui-ci, nous ne savons d'où il est [S. Jean, JX, 29). Lequel parti est le plus croyable, disaient une infinité de gens, ou de nouveaux venus qu'on ne connaît point, sans appui, sans considération, sans nom dans le monde, un amas de paysans de Galilée, etc. ; ou bien, les chefs de la Synagogue en corps revêtus d'une autorité établie depuis quinze siècles, prouvée par les miracles faits à la sortie de l'Egypte, autorité reconnue par des millions de Juifs, par les princes même des nations étrangères, et en un sens véritable, par les empereurs romains et par les successeurs d'Alexandre; et ils pouvaient ajouter encore avec vérité, autorité reconnue par ces Chrétiens-là même que les chefs de la Synagogue condamnent? Il est certain que ces sortes de raisonnements sont de nature à faire une extrême impression sur

les hommes, et une impression d'autant plus grande, qu'ils portent davantage les caractères de sagesse. Le peuple se laisse aisément entraîner par le premier venu ; mais les hommes sensés cherchent à s'attacher aux choses qui leur paraissent bien affermies, qui ont des fondements stables, des preuves reconnues dans les grands tribunaux. On ne peut pas même disconvenir qu'en cela ils n'aient ordinairement raison. Et c'est ce qui porta si loin la séduction au temps de Jésus-Christ. Y a-t-ii un seul des magistrats ou des pharisiens qui ait cru en lui? Car pour cette populace qui ne sait ce que c'est que la loi, ce sont des gens maudits [S. Jean, YII^ 48, 49) ; et ceux qui tenaient ces discours, entraînaient même la plus grande partie de la populace.

Molfee et Aaron formèrent miraculeusement des gre- Bouilles; les enchanteurs de Pharaon en formèrent aussi [Exode, YUI, 7) : Les magiciens firent aussi la même chose par leurs enchantements, et ils firent venir des grenouilles sur la terre (t Egypte. Les chefs de la Synagogue firent quelque chose de semblable à ce qui est prédit dans VApo^ eafypse pour d'autres lieux et d'autres temps. Je vis^ dit saint Jean, ch. XVI, v. 13, sortir de la guetile du dragon, de celle de la Mte^ et de la bouche du faux prophète, trois esprits impurs semblables à des grenouilles. Ce sont des esprits de' démons^ qui font des prodiges, et qui vont vers les rois de toute la terre pour les assembler au combat du grand jour du Dieu tout^puissant. Nous disons donc qu'il s'accomplit quelque chose de semblable au milieu de la Judée. Le dragon, c'est le diable. La bète, c'est l'amas de tous les Juifs qui étaient animés de l'esprit du dragon, tous ceux à qui convenait la parole de Jésus-Christ (S. Jean, ch. VIII, V. 44) : Vous êtes les enfants du diable^ et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Gaïphe et ses

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successeurs étaient, de leur temps, le faux prophète par excellence, (]ui animait la bêle, lui donnait du corps, la faisait parler, devenait comme le centre de l'apostasie et de la conspiration contk*e Jéisus-Ghrist. Il sortit de là des esprits semblables à des grenouilles, lorsqu'ils envoyèrent, dans tout l'empire romain et parmi les nations voisines, des émissaires pour décrier Jésus-Christ et ses disciples, et pour animer de toutes parts les puissances contre eux et les porter à leur déclarer la guerre.

Par rapport au peuple juif en particulier, les princes de^ prêtres et les docteurs de la loi les séduisirent; ils empêchèrent^ par leurs enchantements, que le peuple ne crût aux miracles de Jésus-Christ et de ses Apêtres ; en sorte que Ton pouvait dire de ce peuple : Ils n'avaient poini cru tous les autres prodiges à cause de leurs magiciens (Sag,^ oh« XYin, v. 1 3) . La véritable sagesse eut son tour, tnème sur la terre, lorsque les malheurs sensibles, prédits par Jésus-Christ, vinrent envelopper la nation. (Test alors que toutes les illusions de l'art des magiciens devinrent inu-tiles, et que cette sagesse dont ils faisaient gloire fut convaiîècue honteusement de fausseté. Car au lieu qu'ils fai^ saicnt profession de bannir le trouble et la crainte de rdme dans sa langueur, ils languissaient eux-mêmes ridi-culement dans Fépouvante dont ils étaient tout remplis [Sag.y XVII, 7, 8). On peut comparer cet endroit du livre de la Sagesse avec la fin du VIII* chapitre à'Isaîe.

Ainsi l'on voit que l'auteur du livre de la Sagesse regarde les magiciens d'Egypte comme de prétendus sages. En effet, l'Écriture parle ailleurs des sages de l'Egypte, comme de gens à qui Dieu déclai^e la guerre, et qui voudraient, par la force de leur sagesse, se défendre contre lui.

Les adversaires de Jésus-Christ, au milieu de la Syoagogne, étaient de faux sages qui furent confondus dans leur sagesse ; et Jésus-Christ leur opposa de vrais sages en la personne de ses Apôtres et de ses disciples. Dans Tendroît même où Jésus-Christ les appelle serpents et race de vtpares^ il leur dit {S. Matth., XXIII, 34) : Je vais vous envoyer des prophètes, aies sages et des docteurs. Et dans Saint LuCf ch. Xly V. 49 : La Sagesse de Dieu a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, et ils tueront les uns et persécuteront les autres.

LiaiMo étrofte nlre le démon ei les chefs de la S? inigogue qui rejeUent Jésos-Cbrisl. Combal eotre lu vraie et la Taus^e sagesse. Slratagëme de b Sagesse divine de cboisir ce qui éiaii le moins sage selon le monde.

Les chefis de la Synagogue étaient des serpents et de faux sages. Uune et Pautre de ces qualités leur convenaient, parce qu'ils étaient animés de Tesprii du démon. Leur dépendance de cet esprit de ténèbres était si grande, quUl y a des endroits de rÉcriture que Ton peut également interpréter, ou de ces hommes, ou des démons qui les re* muaient. Tel est Tendroit de la P* Épitre aux Corinthiens^ ch. Il» V. 8, où saint Paul dit que nul des pritu^es de ce mande ria connu la sagesse qu'il prêchait, puisque s'ils Feussent connue^ ils 71 eussent Jamais crucifié le Seigneur et le Roi de gloire. Ces princes de ce monde sont les démous ou les chefs de la Synagogue, ou plutôt ce sont les uns et les autres.

Il en est ainsi de la parole de Jésus-Christ dans le sermon après la Cène [S. Jean^ XI V^ 30) : Le prince de ce

monde va venir, quoiqu'il n'y ait rien en moi qui lui appartienne; c*est-à-dire, il ne trouvera rien en moi qu'il puisse légitimementcondamner. Au chapitre Xlly verset 31 : Cest maintenant^ dit Jésus-Christ^ que le mùnde va être jugé {ce qui s'entend singulièrement du jugement qui allait être rendu contre les JuiCs] ; c^est maintenant que le prince du monde va être chassé dehors. £t au ch. XYI, v. 8^ il dit qu'une des trois choses sur lesquelles le Saint-Esprit convaincra le monde, ce sera touchant le jugement, et cela parce que le prince du monde était déjà jugé (verset 11) : De judicio autem, quia princeps hujus mundi jam judi^ catus est.

Que Ton y fasse attention, et Ton connaîtra, à mesure que Ton s'attachera à chercher dans ces passages un sens précis, qu'il faut de deux choses Tune, ou que ce soit le chef de la Synagogue qui vient juger Jésus-Christ et qui est jugé lui-même, ou bien le diable qui s'est emparé de ce même chef de la Synagogue, qui le remue, qui par sa bouche prononce la sentence de condamnation contre Jésus- Christ, et qui est à son tour jugé et condamné. Jamjudicatus esly dit Jésus-Christ, parce qu'un événement qui allait s'accomplir cette nuit-là même, ou plutôt qui était déjà accompli par les résolutions prises dans le conseil des Juifs, devait être regardé comme une chose faite. On voit combien la cause du diable et celle des Juifs étaient étroitement liées^ par ces autres paroles que prononça Jésus- Christ lorsqu'on le vint prendre dans le jardin des Oliviers (S. Luc, XXII, 53) : C'est maintenant votre heure et la puissance des ténèbres.

Saint Paul nous fait envisager dans la condamnation de Jésus-Christ un conflit de la sagesse de Dieu et de la fausse sagesse des hommes. La parole de la croix y dit-il, est une

folie pour ceux qui se perdent... C'est pourquoi il est écrit : h détruirai la sagesse des sages , et f abolirai la science des savants (/. Corinth., I, 18). Or, Ton voit par les paroles suivantes que cela ne regardait pas moins la fausse ngesse des Jni& que celle des Gentils. Que sont devenus les sages ? C'est TApôtre qui continue de rapporter les paroles des Prophètes. Que sont devenus les docteurs de la loi ? Que sont devenus ceux qui font de si grandes recher^ ehesT TJbi conquisitor hujus sjeojli ? Us n'ont point reconnu ^e Jésus de Nasareth fût le Messie ; -ils n'ont pu croire que la pierre rejetëe par les architectes fût la principale pierre de l'angle. Jésus-^Christ crucifié^ conclut saint Paul, ni un scandale aux Juifs^ et une folie aux Gentils; mais il est la force de Dieu et la sagesse de Dieu à ceux qui sont appelés^ soit Juifs ou Gentils; parce que ce qui parait en Dieu une folie est plus sage que la sagesse de tous les hoimmeSj etc.

Or, dans ce combat entre la sagesse de Dieu et la sagesse des hommes, saint Paul fait remarquer que, parmi ceux pie Dieu avait appelés à la foiy il y en avait peu de sages selon la chair ^ peu de puissants^ etc... Et il a soin d'observer que c'est là un des stratagèmes de la vraie sagesse : Dieu^ àiirily a choisi les moiiis sages selon le monde^ QuiE stulta sunt mdndi, pour confondre les sages... afin que nul homme ne se glorifie devant lui... et que celui qui se glorifie^ ne s^ glorifie que dans le Seigneur.

190 Hintikinr SYMBOLE.

Messie reconnu par le peltt nombre. Le grand nombre csl aveuglé et séduit fMir le serpent. Dont miracuTeux dans le« disciple du Messie. Choses figurées ps^r le <)çiq de obMser les démons «t de prendre des aarpeals faat. en é^re endommagé. Sûreté que Ton trouvait dans TÉgU^ contre It séduction. Lumière dans les Âpôlres qui leur faisait discerner tous les caractères opposés qui se trouvaient tout à la fois réimis dans les chefs d« la Sjntgogo^ et dans les iniff de leur tempe.

On a vu dans l'économie de l'œuvre du Messie un renveiv sèment total de Tordre, au moins en apparence. Jésus^hrist dit lui-même {S. Jean, IX^ 39) : Je suis f>enu dans ce monde paiêT exercer un jugement j afin que ceux qui ne voient point voient^ et que ceux qui voient deviennent aveugles. Et, pour nous restreindre aux traits qui ont plus de rapport à notre sujet, on a vu les criminels assis en qualité déjuges, rinnocence condamnée, les ministres du vrai Dieu servir d'instruments au démon, l'esprit de mensonge condamner la vérité même, les séducteurs donner au Fils de Dieu le nom de séducteur. On a vu ceux qui étaient assis sur la chaire de Moïse, rejeter celui que Moïse çivaii annoncé; ceux qui honoraient les Prophètes, crucifier celui que les Prophètes avaient prédit.

Mais ce n'était pas alors une chose reconnue des hommes que celui qui était traité de la sorte fût le Messie, le Fils de Dieu, la vérité môme : Seigneur ^ quia cru à la parole qu'il a entendue de nous^ et à qui le bras du Seigneur at'il été révélé ? (5\ Jean^ XII, 38.) Et ce n'était pas non plus une chose avouée, que les chefs de la Synagogue fussent des injustes, des aveugleS;, des apostats, des instruments de Satan. Il était besoin d'une sagesse divine pour démêler la vérité au milieu d'une telle confusion. Aussi se

DIVINATIOM... PROPHÈTES, ETC. I9l

fit-il alors un partage, non pas au milieu des païens, mais •a milieu des Israélites. Les enfants du diable suivirent le parti de leur père, et la sagesse fut justifiée par ses enfants. Dîea forma au milieu de son peuple de vrais sages, et ces ▼mis sages opposèrent aux tromperies des faux sages des peeuves décisives de la vérité. Ces preuves étaient les dons micaenleiiZy la sublimité de la doctrine, raecomplissement des prophéties, la présence de FBsprit de Dieu rendue sensible par la sainteté éminente des nouveaipc disciples.

Fsr rapport aux dons miraculeux, nous avons une re^ maïqoe à Isire qui est de notre spjet. C'est que non-seulement œs dons prouvaient, en ce qu'ils étaient miraculeux, mais da plus ils étaient figuratifs. La résiu^rection des corps, par exemple, figurait celle des âmes. La guérison des aveugles figurait que les âmes étaient éclairées; et ainsi du Les démons chi^ssés du corps des possédés étaient I image des victoires plus importantes que les disciples de Jésos-Chriçt remportaient sur le démon, lorsqu'il était ehaisé des cœurs par l'esprit de sainteté. La parabole du fort armé ^t une preuve convaincante que les possessions oorporelles sont une figure de la possession de l'àme dont le démon devient le maître par le péché; et aussi, que la délivrance de l'une est la figure de la délivrance de l'autre. On voit quel vaste champ cette vérité ouvrirait, si nous entreprenions de la suivre dans les histoires particulières de possessions rapportées dans le Nouveau Testament ; ce serait la matière d'un symbole particulier.

8i la possession des corps était figure de celte de l'àme, nous trouvons dans l'Évangile une autre figure propre à exprimer l'une et l'autre, c'est celle des animaux venimeux. Jésus-Christ s'en sert, dans le passage que nous allons rapporter, pour marquer le pouvoir qu'il accordait à ses dis-

192 HUinfeMB STMBOLE.

ciples de chasser des corps le malin esprit; mais il les avertit en même temps d^élever leurs pensées à un ordre de choses supérieur aux possessions corporelles et au pouvoir miraculeux d^en délivrer, c^est-à-dire à Tordre du salut. Ce furent les soixante et douze disciples qui donnèrent lieu au discours de Jésus-Christ [S. Lttc, X, 17) : lis s'en revinrent vers lui pleins de joie^ lui disant : Seiffnetir^ les démons mêmes nous sont assujettis par la vertu de votre nom. Il leur répondit : Je voyais Satan tomber du del comme un éclair. Cette parole fait souvenir des endroits de rÉcriture, où Satan parait dans le ciel combattant contre les Anges en faisant tomber des étoiles en terre. C^est ce même Satan qui est appelé l'ancien serpent y et ses ministres sont d^autres serpents [Apoc. , XII , 4, 9). C'est pourquoi Jésus-Christ ajoute : Vous voyez que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions^ et toute la puissance de F ennemi; et rien ne pourra vous nuire. Néanmoins, ne mettez point votre joie en ce que les esprits impurs vous sont soumis (c'était donc d'esprits que Jésus-Christ avait parlé sous le nom de serpents et de scorpions); mais réjotiissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans le ciel.

On voit donc que ce discours présente Tidée de trois ordres de choses différents : l^' Les bêtes venimeuses ; 2° les esprits impurs figurés par ces bêtes venimeuses, le mal qu'ils peuvent faire aux hommes en les tourmentant contre leur volonté, et la puissance de les réprimer ; 3* la vie étemelle et ce qui appartient à cet ordre, sous lequel sont compris les vices dans lesquels le démon fait tomber tous les hommes, le courage pour y résister, la victoire siu» le démon, qui conduit à la vie éternelle.

La puissance sur les bêtes venimeuses est le symbole de

lapaissance sur le démon par rapport au second ordre, sous lequel sont renfermées les possessions corporelles. Jésus-Christ se sert ici de ce symbole, de sorte que Ton voit bien qu'il donne à ses disciples le pouvoir de commander aux serpents et aux scorpions invisibles; mais Ton ne serait pas certain, si Ton n'avait que ce seul passage, qu'il leur eût aussi donné le pouvoir sur les serpents et les scorpions visibles et matériels.

Mais par un nouveau degré, la puissance sur les serpents visibles, et la puissance sur les serpents invisibles pour les empêcher de nuire aux corps des hommes, sont la figure d'une puissance d'un troisième ordre et bien plus excellente; puissance dont l'objet est de résister aux impressions que les serpents spirituels font sur les âmes, soit en se préservant soi-même, soit en préservant l'àme des antres du péché. Voilà ce que Jésus-Christ voulait que ses disciples estimassent; et c'est pour cela qu'après avoir parlé de ce qui regardait les deux premiers ordres, il passe au troisième en disant : Réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans le ciel. Et comme l'on aurait pu croire que c'était aux sages et aux prudents de la terre, mais particulièrement aux sages de la Synagogue, qu'il appartenait de vaincre le démon, de démêler ses artifices, d'être assez clairvoyants pour reconnaître le Messie et son œuvre, Jésus-Christ déclare qu'il n'en est pas ainsi. En cette même heure, est-il dit, Jésus tressaillit de joie par un mouvement du Saint-Esprit^ et dit ces paroles : Je vous rends gloire^ inon Père, Seigneur du ciel et de la terre j de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents j et que vous les avez révélées aux simples et aux petits: cela est ainsij mon Père, parce que vous Pavez ainsi voulu. Ce que Jésus-Christ rapporte aussitôt à la connaissance du T. II. 43

Fils, que Dieu seul communique à qui il lui plaît (verset 22). Ainsi ces sages et ces prudents n'ont pas été assez clairvoyants pour reconnaître le mystère du salut. Le serpent a été plus fin qu'eux, et les ayant trompés, il a p^valu contre eux. Mais les simples, dont Dieu a ouvert les yeux, ont échappé à ses artifices et Vont vaincu, parce que la sagesse de Dieu leur a été communiquée. Ces simples et ces petits étaient du nombre de ceux dont les noms étaient écrits dans le ciel, c'est pourquoi ils ne sont pas seulen^ent demeurés victorieux des serpents matériels et des scorpions, ou des démons pour les chasser des corps ; mais étant élevés au-dessus de ces deux ordres, ils ont vaincu Satan et ont été supérieurs à ses i^rtifices dans l'ordre même du salut.

Parmi les choses que Jésus-Christ dit à ses disciples en montant au ciel, nous lisons ces paroles dans Saini MarCj oh. XVI, V. 17 : Ces miracles accompagneront ceux qui auront cru; ils chasseront les démons en mon nom; ils parkront de nouvelles langues; ils prendront les serpents avec la mainy et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il fie leur fera point de inal. Avant que Jésus-Christ eût formé son Eglise et qu il reùt fortifiée par son Esprit, les hommes, ceux-là mômes qui vivaient au milieu du peuple de Dieu, étaient continuellement exposes à la séduction. Nous avons vu que la Synagogue était toute remplie de serpents, d'enchanteurs, d'interprètes du démon. Or, qui pouvait se conserver sain et sauf au milieu de tels dangers? Jésus- Christ vint en délivrer les hommes.

On voyait alors au milieu du peuple de Dieu Taccomplissement de ce qui est dit dans Amos, ch. V, v. 19. Celui qui fuyait devant le lion rencontrait en son chemin un ours; et s'il était assez prompt pour Téviter et se sauver

DIVINATION... PROt»RÈTBdy ETC. 195

dtns la maison, en entrant et s'appnyant sur la muraille, il en sortait nn serpent qui le mordait lorsquMl s^ attendait le moins. Ainsi, si quelqu^un était assez heureux pour érîter les crimes grossiers, sMl faisait ses efforts pour se retirer de Finiquité, sUl cherebait un lieu de refuge, s^il pensait i sMnstruire de la Religion, à lire rÉcriture, il trooTait un saddncéen qui le séduisait. SMl évitait le piège grossier du saddncéen, il n^échappait pas à celui du pharisiefli beaucoup plus adroitement préparé. L'aurait*il pensé, qne ce pharisien sur qui il s^appuyait pour se dé^ fendre du saddncéen, lui allait communiquer un venin plus dangereux que Terreur monstrueuse de ce même saddncéen? Après avoir échappé au lion^ il était exposé aux traits du serpent. On pouvait donc dire à tout homme qui demeurait alors en Jndée, ce que Dieu disait à Ézéchie), en parlant des Jniis avec qui ce prophète avait à vivre : Ceux qtti sont avec vous sont des incrédules et des rebelles^ vous habitez au milieu des scorpions [Ézéchiel, II, 6).

On sait de quelle manière Jésus-Christ conduisit son peuple et le prémunit, soit par la forme extérieure qn^il lui donna, soit par la communication de son Esprit^ contre cette multitude de serpents, de scorpions et de vipères avec qui il habitait. Il avait été prédit que le Messie opérerait cette merveille ; c'est dans le XP chapitre à^Isaïe. Ponr entendre ce chapitre, il faut savoir qu'il a divers sens, et quMl se rapporte non-seulement au dernier avènement de Jésus-Christ, mais encore au premier. Ainsi, Fimpie dont la destruction y est annoncée, n'est pas seulement le dernier antechrist, mais c'est encore l'impie du temps du Messie, devant qni le Messie comparut, et par qui il fut condamné. Or, pendant qu'il déclarait Jésus-Christ coupable de blas^ phèqie et digne de mort, Jésus-Christ, comme Sagesse

196 RUITIÈBfE SYMBOLE.

éternelle, le condamnait in visiblement ; il lui annonça même sa condamnation par les paroles terribles qu'il prononça alors en sa présence.

Après le verset où il est parlé de la destruction de Timpicy suit une description de la formation de l'Église, où se lisent ces paroles, v. 8 : V enfant qui sera encore à la mamelle se jouera sur le trou de Paspic^ et celui qui aura été sevré portera sa main dans la caverne du basilic. Ces bêtes venimeuses ne nuiront point et ne tueront point sur toute ma montagne sainte, parce que la terre est remplie de la connaissance du Seigneur^ comme la mer des eaux dont elle est couverte. Cette montagne sainte, c'estrÉglisc : parlons encore plus précisément, c'est la communion extérieure de rÉglise, où Ton commença d'entrer par le Baptême. L'enfant nouvellement né, c'est celui qui venait de recevoir le Baptême. Dans les premières années, la communion extérieure de l'Église se trouva renfermée dans l'enceinte de la Synagogue, en sorte qu'elle en était comme enveloppée. Quiconque était seulement juif n'avait point de communion avec l'Église dans tout ce qui était propre à l'Église. Mais les membres de l'Église communiquaient avec la Synagogue dans le culte qu'elle rendait à Dieu. Les Chrétiens étaient sans cesse mêlés avec les Juifs dans les choses mêmes qui regardaient la Religion. A la vérité, le juif n'assistait pas avec le chrétien à la célébration de l'Eucharistie ; mais le chrétien allait au temple de Jérusalem avec le juif ; et ainsi du reste.

Les Chrétiens auraient donc été sans cesse exposés à être séduits par les Juifs qui les surpassaient en nombre, en considération, en crédit, en dignité. Mais la profession qu'ils avaient faite par le Baptême de croire en Jésus-Christ était pour eux un excellent préservatif. Ils savaient qu'ils

oe devaient plus écouter les Juifs dans tout ce qu'ils leur pouvaient dire de contraire à Jésus-Christ et à sa doctrine. Non-seulement ils étaient à couvert contre ceux qui auraient voulu les porter à renoncer à Jésus-Christ, mais encore ils étaient à couvert, par la doctrine de Jésus-Christ qu'ils entendaient prêcher, du levain des pharisiens et des saddacéens ; c'est-à-dire de toutes leurs fausses maximes. C'est ainsi que Taspic et le basilic ne nuisaient point sur la montagne sainte, parce que la connaissance du Seigneur y était répandue.

Mais tout le terrain qui environnait VÉglise, c'est-à-dire tous ceux qui étaient uniquement juifs de religion, et non pas chrétiens, étaient dans la sécheresse, livrés en proie aux bétes venimeuses dont la morsure les empoisonnait. Il n'y avait pour eux qu'une ressource, c'était de jeter les yeux sur le véritable serpent d'airain, et de demander à être admis au nombre des disciples de Jésus-Christ. C'est ce qui arrivait à plusieurs, lorsqu'ils étaient assez heureux pour que Dieu leur ouvrit les oreilles du cœur, pour les rendre dociles à la parole des Apôtres.

On voit bien qu'afin de suivre ce discours sous le même symbole, il faut ajouter, pour représenter ceux qui demeuraient dans leur endurcissement, qu'ils étaient semblables à des serpents qui se bouchent l'oreille pour ne point entendre la voix de l'enchanteur. C'est aussi ce qui est dit dans le Psaume LVII, 4 : Leur venin est semblable au venin du serpent; ils bouchent leurs oreilles comme F aspic qui demeure sourd et qui n'entend point la voix de Fenchanteur, de celui qui emploie avec habileté ses enchantements.

Quels étaient donc ces enchanteurs, sinon les Apôtres et les prédicateurs de l'Évangile? L'Écriture représente en

quelquB endrcHt le danger que coureat ceux qui £oat ] métier d'enchanter les serpents^ parce qu'il peut arrifi qu'ils en soient piqués. Mais les disciples de Jésus-Chfl allaient sans crainte attaquer les scorpions et les serpeûl Saint Etienne confondait les Juifs de diverses synagogoii ils avaient la ruse et le venin du serpent^ mais %l$ ne pm valent résister à la sagesse et à f Esprit qui parlait en i {ActeSy \Iy 10). On peut dire que les Apôtres allèM attaquer les serpents jusque dans leur fort, lorsqa'i comparurent devant le conseil, devant le grand-prètn \ tous les sénateurs du peuple d'Israël, et qu'ils leur pai lèrent avec tant d'assurance de la résurrection de Jésq Christ, du don de la rémission des péchés, et de l'effusiill du Saint-Esprit.

Tous ceux qui composaient ce conseil étaient animés d| l'esprit de l'ancien serpent, lequel, selon la parole de JâW{ Christ, est homicide dés le commencement {S. /Mqj YIII, 44). Aussi les Apôtres furent-ils fouettés et emprii sonnés, et saint Etienne qui comparut devant le même coiseil fut lapidé. L'historien sacré a remarqué que ceoi devant qui il parlait s écrièrent tous d'une voix et se bo» chèrent les oreilles [Actes, ch.YlI,v.S6), comme l'aspic di Psaume LYII. L'on trouvera dans ce Psaume plusieuil autres traits qui achèvent de les dépeindre. Ainsi codilp mença-t-on à voir accomplir la parole de Jésus-Christ ao Juifs : Je vais vous envoyer des prophètes, des sages et éê docteurs, et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres^ vous en fouetterez d'autres daris vos synagogues^ et vM les persécuterez de ville en ville [S. Matth,^ XXIII, 34). Car tel devait ùtre le combat entre la Sagesse et sa rivab, que les combattants de la Sagesse fussent temporellemcD^ vaincus, afin de triompher éternellement.

La riUlte de la Sagesse, c'est-à-dire Tesprit de folie él d^égairement qui animait les Juifs, ne ise bornait pas à ôter (a vie du corpâ aux disciples de Jésus-Christ ; elle aurait voulu leur enlever celle de Tàme, et les traitait en effet eomme des aj^ostats, comme des gens révoltés contre Tautoritë légitime. On les excomtnuniait; on les chassait des synagogues, selon la prédiction de Jésus-Christ {S. Jean, XYI, 2)^ et on croyait en les faisant mourir faire un sa* crifice & Dieu. Il fallait que l'adresse du diable fût biéfa girande, d'avoir persuadé aux hommes que Jésus-Christ et siâ disciples fussent les ennemis de Dieu, et d'avoir ainsi tourné contre Dieu même le zèle qu'ils avaient pour la Religion du vrai Dieu.

De l'autre côté, on a lieu de considérer avec admiration hlMgesse dont étaient remplis les disciples de Jésus-Christ: Ils démêlaient dans leurs adversaires tous les caractères qUë noua aVonà distingués; ils rendaient à chacun de ces caftictëres ce tjui lui convenait ; ils évitaient toutesles extré^ mités où l'esprit humain se serait porté. Ils ne rompaient point de communion avec la Synagogue, ni avec ses chefs ; mais la liaison qu'ils conservaient avec eu^ n'affaiblissait en rien l'horreur qu'ils avaient du crime commis par eux eh livrant à la mort le Messie. Lorsque les Apôtres comparaissent devant leurs tribunaux, ils ne se répandent point en invectives, mai» ils leur soutiennent que Jésus-Christ, qu'ils ont rejeté, esiie Messie. Ils ne disent point qu'ils ne reconnaissent en eux aucune autorité, mais ils leur soutiennent qu'iV vaut mieux obéir à Dieu qui! aux hommes [Actes, IV, 19). Enfin, les discours des disciples du Messie ne sont pas moins assaisonnés de discrétion que de force. Il fallait avoir les yeux de l'âme bien éclairés pour apercevoir, comme saint Paul, dans le chef des adversaires du

Messie, le prince du peuple quMl était encore défendu de maudire [ActeSy XXIII, 5), et pour reconnaître^ comme faisaient tous les Apôtres, dans ces mêmes hommes, la qualité de sacrificateurs légitimes du vrai Dieu jointe avec tous ces traits si noirs qui sont tracés dans TLvangile. En effet, nous voyons, par la lecture du livre des ActeSy Tidée que les Apôtres avaient des prêtres selon la loi qui vivaient de leur temps ; et, nonobstant une telle idée, ils ne laissaient pas d^aller au temple et d'assister aux sacrifices offerts de leurs mains. Or, c^est sur cela que nous disons qu'il faut être éclairé d'une sagesse divine pour porter tout à la fois des jugements si différents, et cela sans que l'un de ces jugements fasse rien perdre à l'autre de sa force. Car il eût été bien plus aisé de rompre entièrement et en toutes manières avec les Juifs ; et c'est à quoi l'esprit humain n'aurait pas manqué de se porter; ou bien, s'il avait conservé avec eux quelque liaison par rapport à la Religion, il se serait affaibli dans l'idée qu^l avait du Messie, ou dans l'estime pour sa doctrine.

Esprit de Dieu parmi les Juifs opposé U Tespril de séduclion qui s*emparait de la nation. Effusion abondante de TEsprit de Dieu le jour de la Peotecôie. Dons prophétiques dans les disciples du Messie, opposés 4 Taveuglemenl dont le peuple juif et ses chefs étaient frappés.

Il faut avoir présent à l'esprit la comparaison de l'état du peuple juif avec celui de Saiil; lorsque l'esprit malin s'emparait peu à peu de ce prince, l'Esprit de Dieu, au contraire, se reposa sur David, et on en vit de jour en jour les effets : Depuis ce temps-là, P Esprit du Seiyiwur fut toujours en David (/. Rois, XYl, 13). C'est ainsi que Dieu

opposa son Esprit au malin esprit qui s'emparait du peuple juif.

n fut dit de Jean-Baptiste qu'il serait rempli du Saint- Esprit dès le ventre de sa mère (S. Luc, I, 15). Siméon avait été instruit par le Saint-Esprit [Ibid,, II, 26). Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit lorsqu'elle reçut la salutation delà sainte Vierge, etZacharie lorsqu'il prononça son cantique [Ibid., 1, 41, 67). Jésus-Christ, qui avait déjà la plénitude du Saint-Esprit, le reçut néanmoins sensi* blement le jour de son Baptême [Ibid.j III, 22).

Voici de quelle manière sa mission est annoncée au ch. LXIdVsflfte, V. 1 : L'Esprit du Seigneur s'est reposé mr moi, parce que le Seigneur m'a rempli de son onc^ tiofij etc. Après sa résurrection, il souffla sur ses disciples et leur dit : Recevez le Saint-Esprit^ etc. (5.yean,XX, 22). Pendant tout le temps que Jésus-Christ et ses disciples ont été parmi les Juifs, on reconnaît que la présence de l'Esprit de Dieu a tempéré les impressions de l'esprit malin sur les Juifs, de la même sorte que l'esprit malin était réprimé dans Saûl, soit par les sons de la harpe de David, soit par ses discours pleins de douceur et de sagesse.

Cela commença d'une manière plus remarquable, dès la prédication de saint Jean; mais la grande effusion du Saint-Esprit était réservée pour le jour de la Pentecôte. Dieu avait dit, parlant de David, qu'iV s^était cherché un homme selon son coeur (/. Roisy XIII, 14) ; et on peut dire, avec une entière vérité, que, le jour de la Pentecôte, Dieu se forma une société selon son cœur. Or, dans ce qui fut donné ce jour-là, il y a deux sortes de dons à distinguer, les dons essentiels, et d'autres dons qui servent d'ornements aux premiers. Les dons essentiels sont les vertus qui rendent agréable à Dieu, et qui sont toutes renfermées dans la

202 âmttÈM» sYifBbLE.

charité : nous en parlerons dans la place qoenobs réservons pour cela. Les autres dons sont les dons miraculeux qai rendaient sensible la préâence du Sàint-fispHt. Yôict de quelle sorte Joël en parle, ch. 11^ v. 28 : Aprèi cela je répandrai mon Esprit sur toute chair; vos fils et vos fiiies prophétiseront; vos vieillards seront instruits par fcfes songeSy et vos jeunes gens auront des visions. Alors je f^ pandrai aussi mon Esprit sur mes serviteurs et sur mes servantes.

On peut se souvenir des signet sensibles qui aceompagnèrent l'effusion du Saint-Esprit; les langue^ de feu, le souffle impétueux, l'ébranlettient de la maison (Actes^ ch. II, V. 2; Ibid., ich. IV, V. 31). Jamais on n'avait vu tant de marques réunie^ de la présence d'un esprit invisible.

C'est ici qu'il est bOn de mettre en opposition les effets du malin esprit sbr les Juifs, avec ceux de TEsprit de Dieu sur les disciples du Messie. Nous avons déjà vu la description de Fétat des Juifs tracée de la main du prophète Michée (ch. III, v. 6) ; le soleil destitué de sa lumièrte, le jour changé en ténèbres, la nuit au lieu de visions^ et pour révélation des ténèbres : Et tenebrœ vobis pro divinatioiie ; plus de réponse de la part de Dieu; etc. Mais quel est alors l'état dfes disciples du Seigneur? Michée, parlant en leur nom, va nous l'apprendre : Mais pour moi j'ai été rempli de la force, de la justice et de la vertu de P Esprit du Seigneur, pour annoncer à Jacob son crime, et à Israël son iniquité [\. 8).

Réunissons la prophétie d'Osée sur l'état des Juifs à celle de Michée [Osée, IV, 6 et suiv.) : Mon peuple s'est trouvé sans parole, parce quil a été destitué de science. Comme vous avez rejeté la science, je vous rejetterai aussi j et je ne souffrirai plus que vous exerciez les fonctions de mon

mceréot^, etc... Le prêtre sera comme le peuple.. . Lafor^ nieaiion, le vin et l'enivrement leur ont fait perdre le $tnâ. Mon peuple a consulté un moixeau de boisy et soh hàton ta conduit. (Valable croit que c'est ici une comparaison tirée des aveugles qui cherchent leUr chemin avec leur bâton.) Car Fesprit de fornication les a trompés, et ils se tant prostitués en quittant leur Dieu. La multitude des Juifs qui rejetaient le Messie devenait, selon le langage de rÉcriture^ une prostituée ; ils étaient dans un enivrement funeste ; pendant que les Apôtres étaient saintement enivrés du Saint-Esprit, et que rÉglise, comme une épouse fidèle^ était animée de Tesprit de fidélité, selon la promesse contenue au II* ch. à^OséCy v. 19 : Je vous rendrai mon épouse par une alliance de justice et de jugement... Je vous rendrai mon épouse par une inviolable fidélité^ et vous saurez que c^est moi qui suis le Seigneur.

ARTICLE XIII

^n ie llttielligenee de TÉcriture communîqoé par le Meâsîe Si èes disciples. Ib Toteiit dans FÉcriture des vérités que les Juifs ne voyaient point. Ces derniers aveuglés abusent de l'Écriture sainte et la fbnt servir à justifier teur opposition pour le Christianisme.

Entre les dons que Jésus-Christ répandit sur son Église, celui de Fintelligence des saintes Écritures mérite une attention spéciale. Jésus-Christ accoutumait ])e\i à peu ses disciples aux énigmes dont FÉcriture est composée^ par les paraboles qu^il proposait sans cesse et qu'il leur expliquait ensuite, non pas en public, mais lorsque le peuple était retiré. Jésus-Christ était le vrai Salomon; il avait, comme Salomon^ la science des énigmes. Il était tout à la fois

l'Agneau et le lion de la tribu deJuda, le rejeton de David; il obtinty par sa victoire^ le pouvoir d ouvrir le livre et Wen rompre les sceaux [ApoCy V, 5). Le jour même de sa résurrection, il expliqua les secrets de FÉcriture aux deux disciples qui allaient à Emmaûs : Commençant^ est-il dit [S. LuCy XXIV, 27), par Moïsey et continuant par tous les Prophètes, il leur expliquait ce qui avait été dit de lui dans toutes les Écritures. Et dans l'apparition qu'il fit devant tous les Apôtres, il leur parla ainsi : Ce que vous voyez est r accomplissement de ce que Je vous avais dit lorsque fé^ tais encore avec vouSy qu'il fallait que tout ce gui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les Prophètes et dans les PsaumeSj fût accompli. En même tempSy ajoute rÉvangéliste, il leur ouvrit Pesprit, afin qu'ils entendissent les Écritures [Ibid.y v. 44, 45).

Voilà le don qui ouvrit à l'Église une nouvelle source d'eau vive, et une source intarissable; don diamétralement opposé à l'esprit d'aveuglement dont les Juifs furent frappés, selon la parole du Psaume LXVIII, 28 : Que leurs yeux soient tellement obscurcis quHls ne voient point. Le livre de l'Écriture demeura pour eux un livre scellé, selon la prophétie d'Isaïe,ch. XXIX, V. 10 : Le Seigneur va répandre sur vous un esprit cT assoupissement; il vous fermera les yeux, il couvrira d'un voile vos prophètes et vos princes qui voient des visions. Et toutes les visions des vrais prophètes vous seront comme les paroles d'un livre fermé avec des sveauXy qu'on donnera à un homme qui sait lire^ en lui disant : Lisez ce livre; et il répoiulra : Je ne le puis ^ parce qu'il est fermé. Et on donnei^a le livre à un homme qui ne sait pas lire^ et on lui dira : Lisez; et il répondra : Je ne sais pas lire. Les Juifs furent ainsi traités, pendant que le sens du livre était ouvert pour les Chrétiens, selon la

parole da VIII* ch., v. 16 : Tefiez ma loi scellée et comme cachetée parmi mes disciples. Et au même ch. XXIX, v. 18 : En ce temps'là les sourds entendront les paroles de ce livre, et les yeux des aveugles sortant de leur nuit passeront des ténèbres à la lumière.

Cependant il ne faut pas croire que toute sorte d^iutelligence, sans distinction, fut ôtée aux Juifs par rapport à l'Écriture. Le Prophète a même soin de marquer deux degrés : les uns savent lire, et ils liraient si le livre n'était scellé; les autres ne savent pas même lire, et ils ne liraient pis quand le livre serait ouvert, fl y avait aussi différents degrés d'aveuglement parmi les Juifs. Les sadducéens, par exemple, en avaient un double degré. Les pharisiens, au «mtrairey savaient ce qui était inconnu aux sadducéens, mais le livre n'en demeurait pas moins scellé pour eux. Ils eonnaissaient certaines vérités, certains caractères généraux da Messie ; mais ces connaissances demeuraient pleinement inutiles entre leurs mains, comme de savoir lire demeure inutile à celui à qui on présente un livre fermé qu'il ne peut ouvrir*

Qn'aurait-il donc fallu à ces hommes? Il leur aurait fallu ajouter aux vérités qu'ils connaissaient celles qui leur manquaient. C'est ce qui arriva aux disciples du Messie ; le Saint-Esprit leur ouvrit les yeux pour apercevoir dans l'Écriture ces dernières vérités nécessaires pour rendre utiles les premières. Les pharisiens, au contraire, les docteurs de la loi, les sages de Jérusalem, s'attachèrent à combattre ces vérités du dernier genre ; ils se remplirent des erreurs opposées. Ainsi il arriva qu'au lieu que l'on entendait la voix du Saint-Esprit qui interprétait lui-même, par la bouche des disciples du Messie, les paroles qu'il avait dictées aux Prophètes , on n'entendait sortir de la

206 KinriÈMB symbole.

bouche de ceux-là que de fausses interprétations des Livres saints quMIs faisaient servir à condamner les Chrétiens. C'était une voix de python qui sortait de leur bouche, selon l'expression qui se trouve au commencement de ce même ch. XXIX à^ haïe y dont on peut maintenant sentir le rapport avec le ch. VIII où il est si fortement défendu d*écou- 1er les pythons.

Isaïe adresse la parole kAriely c^est le nom qu'il donne à la ville de David, c'est-à-dire à Jérusalem. Elle sera, dit-il, assiégée et environnée de toutes parts d'ouvrages et de tranchées pour la tenir serrée. AlorSy ajoute Isale, parlant à Jérusalem sous le nom d'Ariel, vous serez humiliée, vous parlerez comme de dessous la terre^ et vos paroles en sortie ront à peine /?owr se faire entendre. Votre voix sortant de la terre sera semblable à celle d'une pythonisse, et vous ne pousserez qxHun son faible et obscur : Et de humo eloquiux TuuM MussTTABiT [Isaic, XXIX, 4).

Je sais les difficultés qu'il peut y avoir dans Tînlerprétation de cet endroit par rapport au sens immédiat qui regardait les événements temporels du temps d'isaïe. On peut prendre cettedescription dansun sens favorable, c'est-à-dire non pour exprimer une disposition criminelle, mais uniquement pour représenter l'état d'humiliation où se trouva Jérusalem lorsqu'elle fut assiégée par Sennachérib. Cela donnerait lieu à une application toute contraire de cette prophétie ; et nous pourrons, en effet, proposer dans sa place cette application, afin de laisser au lecteur le choix sur cet endroit que l'on trouvera d'autant plus difficile qu'on l'examinera avec plus d'attention. Mais ce qui restera pour certain, c'est qu'Isaïe voyant en esprit la ville sainte, la ville de David, au milieu de laquelle était Ariel (c'est le nom de l'autel des holocaustes), c'est-à-dire voyant la ville

sainte oomme renfermant le culte de Dieu, la voyant étroitement assiégée et réduite à une extrémité étrange, il Va Toe en même temps sous Vidée d'une pythonisse qui prononce ses réponses d'une voix mystérieuse : Eloquiuim tuum

MCSSITJkBlT.

Reprenons encore pour un instant le parallèle des prélies et des docteurs juifs avec les disciples de Jésus-Christ, ptr rapport à ^intelligence des anciennes Écritures. Il y avait de certaines vérités communes renfermées dans TÉcritoBBy qai étaient aperçues des uns et des autres; la différoice roulait sur ce qui allait au deU. Sur de certains |NÙit8y les Chrétiens découvraient ce que ne voyaient point les Juifs; ils étaient plus clairvoyants qu'eux. Sur d'autres irtides ou soutenait, de part et d'autre, des propositions contradictoires. Exemple ^e propositions du dernier genre: «voir, si le Messie pouvait être rejeté par le prince des préties et par le conseil de la nation? s'il se pouvait faire qu'il ne fût reconnu que par le plus petit nombre ? si la nation des hùb en corps pouvait être réprouvée ? s'il y avait un i^ou* Tcau culte extérieur à attendre? si l'ancien culte serait abrogé? si le temple serait détruit? Sur ces questions et lolres semblables les Chrétiens prenaient un parti, et les bûb en prenaient un contraire, et l'Écriture était alléguée de part et d'autre en preuve ; mais Içs Chrétiens connaissaîeni sur toutes ces choses le véritable sens de VÉcriturc.

QSy comme il y avait alors peu de Chrétiens, ce véritable sens était im secret d'un prix inestimable, renfermé alors entre peu de personnes : Signa legem in discipulis meis [kiney VIII, 16) ; et ailleurs : Et hrachium Domini cui retelaium est? [jfsaïe^ LUI, i.) £t cependant les Chrétiens Usaient voir, par l'Écriture môme, que le sens qu'ils lui ittribuaieiit était le véritable ; de la même manière que celui

qui a trouvé le vrai sens d'une énigme le fait voir en montrant que le sens quHl donne est simple, naturel et suivi, et quMl est le seul auquel répondent toutes les parties de Ténigme. Ils faisaient voir dans l'Écriture une infinité de beautés dans des endroits où les Juifs n'apercevaient rien. Ds développaient le plan de Dieu, comment il avait voulu que Ton ne parvint à la gloire que par les souffrances, et que cette Voie fût tracée par le Messie même. Ils rendaient raison de la loi donnée par Moïse ; ils en expliquaient Tusage et la nature. Ils donnaient de grandes idé^s de la véritable justice et en marquaient avec précision l'origine, qui n'était autre que le Saint-Esprit communiqué aux hommes selon les décrets de Dieu.

Ainsi rÉcriture était entre les mains des disciples de Jésus-Christ comme un héritage qui leur appartenait et qui avait été mis pour eux eu réserve. On reconnaissait, par l'intelligence qu'ils en avaient, qu'elle avait été faite pour eux. Aussi s'en nourrissaient-ils sans cesse, selon l'expression employée par Moïse à l'égard de Josué [Josuéy I, 8) : Que le livre de cette loi ne s* éloigne point de votre bouche. L'ignorance du sens véritable de rÉcriture et des secrets qui y étaient renfermés fut cause que les prêtres de la race d'Aaron furent rejetés [OséCy IV, 6) : Comme vous avez 7'ejeté la science y je vous rejetterai aussi, et je ne sou f-frirai point que vous exerciez les fonctions de mon sacer^ doce; et comme vous avez oublié la loi de votre Dieu, j^oublierai aussi vos enfants. Ceux, au contraire, à qui le ministère chrétien fut confié reçurent rintelligence de l'Écriture et en furent établis les interprètes. Le diacre Philippe en fit la fonction auprès de l'eunuque de la reine d'Ethiopie et lui ouvrit la source d'eau vive en lui expliquant le LIIP chapitre çYIsaïc. Ainsi Dieu opposait les vrais

interprètes des Livres saints aux interprètes aveugles et ignorants, les vrais sages aux faux sages, les vrais prophètes aax faux prophètes, les organes du Saint-Esprit à ceux qui étaient devenus les ministres de Tesprit de mensonge ; enfin les chefis et les prêtres d'une nouvelle hiérarchie, aux Balaams et aux chefs de Tapostasie.

Deox grands objets prédils dans les livres de TAncien Testament, révélés aux disciples du Messie; le premier, la subsiilution de]*Église chrétieune 9i la Synagogue; le second, la substitution des Gentils aux Juifs. Ce dernier événemeot ressource imprévue pour TËglise. Dieu y trace des traits admirables de sa sagesse. Saint Paul en a été instruit d*une manière spéciale.

L'Écriture est le livre des secrets de Dieu ; il fut confié avec le sacerdoce nouveau aux Apôtres, pour être transmis i leurs disciples et à leurs successeurs. Le sacerdoce lévitique en avait |été dépositaire jusqu'à la venue du Messie. Jésus-Christ a mérité par son sang d'en ouvrir les sceaux ; sa morty sa résurrection, les circonstances de sa vie en sont an grand dénoûment. En transmettant à son Eglise le livre des Écritures, Jésus-Christ y a joint rintelligcnce par rapport aux vérités essentielles et qui conduisent au salut ; en sorte que l'Église est devenue dépositaire de ce divin Livre d'une manière très-supérieure à celle dont la Synagogue l'avait été. C'est pourquoi, si nous avons regardé le peuple d'Israël comme un peuple instruit de Dieu et élevé par là au-dessus de tous les peuples de la terre, et les prêtres de la race d'Aaron comme un ordre de prophètes subsistant, il est aisé de concevoir combien ces titres conviennent avec plus de justesse au peuple et au sacerdoce chrétiens.

âlO HUITIÈME SYMBOLE.

Or, pour entrer dans quelque détail des secrets renfermés dans rÉcriture qui lurent révélés à TEglise chrétienne dans les premiers temps, il faut considérer quMl se fit alors deux grands changements qui se suivirent de très-près. Le premier fut la substitution de TEglise chrétienne à la Sy* nagogue; et le second, la substitution d'une nation à une autre, des Gentils aux Juifs. L'Eglise fut instruite sur ces deux grands objets, mais cela se fit avec quelque différence. Le premier regarde rétablissement du culte chrétien, le Baptême, TËucharistie, tous les sacrements, les mystères de Jésus^Christ et généralement tout ce qui distingue PÉglise chrétienne de la Synagogue. Ce sont ces clioses qui font le sujet de VÉpître aux Hébreux. On voit qu'elles subsisteraient toutes quand l'Eglise n'aurait jamais été composée que de Juifs de nation, c'est-à-dire de descendants d^ Abraham selon la chair qui seraient devenus Chrétiens. Au contraire, elles n'auraient pas lieu si les Juifs ayant abandonDé leur Religion, les Gentils l'avaient embrassée en leur place, sans changement et telle qu'ils la professaient avant la venue de Jésus-Christ, avec la circoncision, les cérémonies légales, les sacrifices d'animaux et le reste. L'Eglise chrétienne fut instruite sur ce premier objet dès sa naissance ; elle le fut pleinement au plus tard le jour de la Pentecôte, et Ton sent bien que cette instruction lui est essentielle.

Le second objet regarde Tintioduclion des Gentils dans le Christianisme pour prendre la place des Juifs qui refusèrent de se faire Chrétiens. Cette substitution d'un peuple à l'autre nous est représentée dans TEcriture comme un grand mystère, comme un événement que l'esprit humain n'aurait jamais pu prévoir et qui, quoique prédit, aurait de la peine à être cru, même de ceux qui le verraient de leurs propres yeux, c'est-à-dire que cet événement était écrit

dans les Livres saints, mais les hommes ne l'y voyaient pas. Ofl avait besoin, par rapport à cet article, d'une lumière particulière de Dieu pour apercevoir ce que Ton avait sous les yeux.

Cependant les Juifs se confirmant de jour en jour dans Idir opposition au Christianisme, la conversion des Gentils élwt devenue une ressource nécessaire à l'Église. Elle avait besoin de ce secours pour se soutenir, se perpétuer, s'étendre, repousser les objections que lui faisaient les Juifs ennemis du Christianisme. Et comme l'oppression des nou* ▼eaox Chrétiens croissait de jour en jour à Jérusalem et dans toute la Judée, le besoin du secours devenait aussi plus pressant. Ainsi ce fut une nouvelle pleine de consolation pour led Chrétiens, lorsqu'on leur annonça le mystère de la conversion des Gentils et qu'on leur en développa les drconstances. Saint Pierre et saint Paul en furent les prindpaux dépositaires, et en leur réunissant Corneille et Ananie, on aura ceux qui par l'histoire des Actes paraissent avour été choisis de Dieu pour être instruits les premiers de cette grande merveille. Saint Paul, aussi bien qu'Ananîe, la sut dès le moment de sa conversion et avant la conversion de Corneille. Dieu faisait sentir le prix d'un tel secret en le communiquant d'abord avec tant de réserve. Que l'on considère la conduite de Dieu en ce point, et l'on ne pourra s'empêcher d'en être saisi d'étonnemcnt.

Celui qui venait de persécuter les Chrétiens est le premier qui est instruit de la nouvelle de leur délivrance ; d'autres l'apprennent après lui. Le dessein de Dieu dans la conversion des Gentils et le secours qu'il ménageait par là à son Église se développent peu à peu. Dieu découvrant luimême par degrés à ses serviteurs le grand ouvrage qu'il allait faire en leur faveur et pour la gloire de son nom.

L'Église est consolée et affermie par la manifestation du plan de Dieu, pendant que le serpent persuade aux imts que cette même Église va s'anéantir. Il la leur représente comme un édifice qui ne peut se soutenir. Si c'était l'ouvrage du Messie, on le reconnaîtrait par le progrès qu'elle ferait. Or, comment en pourrait-elle faire, puisque ceux qui devraient naturellement y entrer, c'est-à-dire les Juifs, s'en éloignent de plus en plus? Toute espérance de s'étendre et de se multiplier lui est donc fermée. Voilà ce que l'esprit de ténèbres mettait devant les yeux de ceux qu'il voulait séduire. Hé ! combien n'y en eut-il pas auprès de qui il réussit I

Ceux qui se sont laissé persuader, disaient tous ces geoslày que Jésus de Nazareth est le Messie ne forment tous ensemble qu'une poignée d'hommes sans crédit et sans appui dans le monde. Et l'Esprit de Dieu qui découvre les choses cachées répondait : Bientôt une troupe innombrable se joindra à cette poignée d'hommes. Le serpent disait : Les synagogues entières, les gardiens du temple, les princes des prêtres, les juges du peuple rejettent Jésus de Nazareth ; la multitude des Juifs fait la même chose dans tous les lieux où ils habitent. L'Esprit de Dieu répondait: Une multitude d'hommes de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, sont tout prêts à le reconnaître et à l'adorer. Le serpent disait, et en cela il disait la vérité : Les villes de Juda, et Jérusalem qui est à la tête, se sont déclarées contre lui et ne reviendront point sur leurs pas. Et l'Esprit de Dieu répondait : Les villes et les provinces de l'empire romain, et même des royaumes et des peuples qui ne sont pas soumis à cet empire, deviendront ses disciples. Le serpent disait : Un Messie qui n'est pas reconnu par son propre peuple, parla race d'Abraham, ne peut être

le véritable Messie. Et l'Esprit de Dieu répondait : Celui-là sera reconnu pour le Messie, qui sera la lumière des nations et qui soumettra au Dieu d'Abraham la multitude des peuples. Le serpent disait : Celui qui a été condamné par les prêtres de la race d'Aaron, excommunié, séparé du peuple de Dieu, crucifié entre des voleurs ne peut être le Saint de Dieu, le Sauveur du peuple, etc. Et l'Esprit de Dieu répondait : Celui-là sera reconnu pour le Fils de Dieu, qui détruira le règne du démon, qui apprendra aux nations de la terre à reconnaître le Dieu qui les a créées, à mener une vie sainte et innocente, à pratiquer le Décalogue que les Juifs ont violé, et qui sera enfin adoré par les rois de la terre, et, entre autres, par les successeurs de l'empereur Tibère dont l'aatorité a servi à le faire crucifier.

n serait aisé de suivre très-loin ce parallèle d'objections et de réponses qui résultaient de l'endurcissement des Juib d'une part, et de l'autre, du mystère de la vocation des Gentils qui découvre tant de proportions merveilleuses dans l'ouvrage de Dieu. L'histoire de Balaam peut servir à en faire remarquer un trait important. Ce prophète, d'un caractère si surprenant, avait été placé de la main de Dieu avec les peuples qui le révéraient, pour bénir malgré lui le peuple d'Israël à son entrée dans la terre promise, pour prononcer les prophéties que Dieu lui mit dans la bouche qui annonçaient la grandeur de ce même peuple. Or, ces prophéties avaient d'autant plus de force dans sa bouche, qu'il était l'ennemi déclaré de ce peuple à qui elles étaient favorables. Balaam n'était point un témoin suspect de la gloire d'Israël ; on n'était pas tenté de l'accuser d'avoir controuvé ses prophéties pour leur plaire ; il n'y avait que la force de la vérité et l'ordre exprès de Dieu qui eût pu les lui arracher. Il avait donc de ce c6té-là un caractère de

2i4 HUITIÈME SYMBOLE.

crédibilité, lequel ne pouvait se trouver dans Moïse dont les intérêts étaient trop liés avec ceux du peuple d'Israôl. C'est pourquoi on ne saurait trop adn^irer la sagesse de Dieu qui charge Moïse dVnnoncer tous les malheurs qui devaient un jour tomber sur le peuple dlsraâl, malheurs dont nous lisons la description dans certains chapitres du DeutéronomeyQi en particulier dans le Cantique .4 «/^i/e cœli qnœ loquor [Dent, y XXXIl) ; pendant qu'il fait annopcer par Balaam toutes les merveilles que nous lisons dans sa prophétie en faveur de ce peuple.

C'est une image de la conduite que Dieu a tenue à la naissance de l'Église chrétienne. Les Juifs, le grand-prôtre à la tête, se sont trouvés à son introduction dans le monde. A peine cette Eglise a-t-elle paru, qu'elle s'est trouvée presque toute composée de Gentils, étrangers par rapport aux Juifs. Les Juifs ont eu les Chrétiens en aversion à double titre, parce qu'ils étaient Chrétiens, et parce qu'ils étaient Gentils. Les chefs des Juifs sont devenus des Balaams par leur malice et leur envie démesurée de nuire aux Chrétiens; et néanmoins c'est dans leur bouche et dans leurs mains que se sont trouvés les Livres saints, c'est-à-dire les oracles qui annonçaient la gloire de TKglise, la conversion des Gentils et leur substitution à la place des Juifs. On sait les avantages que les Pères de l'Eglise ont tirés de là pour fermer la bouche aux ennemis du Christianisme qui voulaient infirmer la vérité des anciennes prophéties, on disant qu'elles avaient été faites après coup et à plaisir pour favoriser les Chrétiens.

Saint Paul envisageait toujours le mystère de la vocation des Gentils avec un étonnement nouveau, et n'en pouvait parler sans s'écrier d'admiration : Mystère cachéy dit-il aux Co/ossienSy ch. I, v. 20, dans tous les siècles el tous lesâfjes qui nous ont précédés, et quiy maintenant ^ a été découiert

de Dieu à ses saints^ auxquels il a voulu faire connaître quelles sont les richesses de la gloire de ce mystère dans les Gentils, qui n^est autre chose que le Christ reçu de vous^ et devenu Pespérance de votre gloire. Et aux Éphésiens^ cfa. m, V. 2 : Vous aurez appris sans doute de quelle ma^» niére Dieu irCa donné la grâce de Tapostolat pour Texercâr envers vous; m' ayant découvert par révélatiofi ce secret et ce mystère^ dont je vous ai déjà écrit en peu de paroles ; où vous pouve:^ reconnaitrCy par la lecture que vous en ferez, quelle est Pintelligence que fai du mystèi^e du Christ (oç qu'il ne faut pas entendre du mystère de Jésus-Christ en général , mais, comme TApôtre va l'expliquer lui-même, du mystère de Jésus-Christ donné aux Gentils et reçu par eux) ; mystère qui n'a point été découvert aux enfants des hommes dans les autres temps ^ comme il est révélé inaintenant par le Saint-Esprit à ses saints Apôtres et aux Prophètes (qui vivaient[lorsque saint Paul écrivait et du nombre desquels il était) ; mystère qui consiste en ce que les Gentils sont appelés au même héritage que les Juifs, qu'ails sont les membres du même corps et qu'ils participent à la même promesse de Dieu en Jésus-Christ par l'Evangile y dont fai été fait le ministre, etc. A quoi l'Apôtre ajoute : J*ai donc reçUj moi qui suis le plus petit d'entre tous les saints, cette grâce d'annoncer aux Gentils les richesses ineompréhen^ nbles de Jésus-Christ y et d'éclairer tous les hommes [Q^e^si-k-dire cette multitude de nations qui étaient si éloignées de Dieu et semblaient n'avoir point de part avec Israël), en leur découvrant combien est cnhnirablc l^ économie du mystère (surtout par rapport à la vocation des Gentils) caché avant tous les siècles en Dieu qui a créé toutes choses; afin que les principautés et les j^uissaiices qui sont dans les deux connussent par [Église la sagesse de Dieu si merveilleuse

dans les ordres différents de sa conduite, selon le dessein étemel qvHl a accompli en Jésus-Christ notre Seigneur, La sagesse de Dieu merveilleusement variée qui se montre sous plusieurs faces ; expression fondée sur toutes les proportions et les traits de sagesse qui paraissent dans le mystère de la substilution des Gentils aux Juifs. Saint Paul regarde comme un don de Tordre de ceux qui constituaient les ProphèteSy la révélation que Dieu avait faite à son Église de ces merveilles capables de causer de Vadmiration aux anges mêmes.

Vocation des Gentils. Conversion de saint Paul figurée dans Thistoire de Saûl. Révélation du mystère de U vocation des Gentils par rintelligenoe des saintes Écritures qui Tannonçaient. Ce mystère devient un sujet de scandale pour les Juifs. Histoire du prophète Elisée qui prophétise au soa d'une harpe et délivre une nombreuse armée réduite à reztrémité.

Pendant que les Juifs s'enfonçaient de plus en plus dans leurs ténèbres, qu'ils ignoraient avec les princes de ce monde (/. Corinth,, II, 7j la sagesse de Dieu renfermée dans le mystère cachcy qu'ils se confirmaient dans la fausse idée qu'ils s'étaient formée du plan de Dieu sur son peuple et sur le monde entier ; Dieu révélait ce plan aux Prophètes et aux Apôtres, apprenant aux princes de son Eglise des secrets qui faisaient la joie des principautés et des puissances qui sont dans les cieux.

Il faut se souvenir ici des rapports de l'histoire de Saûl dans ses commencements avec celle de saint Paul qui portait d'abord le môme nom et était, ainsi que Saûl, de la tribu de Benjamin. La révélation faite à Saûl des desseins de Dieu sur lui pour la délivrance de son peuple est Timagc

de la révélation faite à saint Paul. La révélation faite à Samuel par rapport à Satll est Tirnage de celle qui fut faite à Ananie par rapport à saint Paul et à Tœuvre à laquelle Kea le destinait. Ananie fit en cette importante occasion la ioDclion de Voyant, comme l'avait fait Samuel; et comme loi, il fut surnaturellement instruit des secrets de Dieu: Autrefois dans Israël tous ceux qui allaient consulter Dieu itntredisaient : Venez, allons au Voyant ; car celui qui $ appelle aujourd'hui Prophète, s'appelait alors le Voyant [I. RoiSj IX, 9). Saûl lui fut envoyé : Levez^vous, et entrez dans la ville; on vous dira là ce qu'il faut que vous fassiez [Actes, IX, 7). Pareillement, Satll avait été envoyé à Samuel.

Parmi les signes que Samuel donna à Saûl, il lui dit qu'il allât à un lieu qu'il lui désigna sous le nom de montagne de Dieu, où il y avait une garnison de Philistins. Lorsque Saûl arriva en ce lieu, il fut rencontré, conformément à la parole de Samuel, par une troupe de prophètes accompagnés de toutes sortes d'instruments de musique, avec des lyres j des tambourSy des flûtes et des harpes qxjHon portait devant eux, et ces prophètes prophétisaient. L'Esprit de Dieu se saisit aussitôt de Saûl, et il prophétisa au milieu d'eux ; ce qui causa une grande surprise à ceux qui Tavaient connu avant ce jour-L^, et donna lieu pour la première fois au proverbe : Saûl est-il aussi prophète? (/. Rois^ ch.Xy V. 5, et suiv.) A cette surprise répond celle que Ton eut lorsque l'on vitSaul devenu chrétien et prédicateur du Christianisme; et encore celle que l'on eut, lorsque l'on vit descendre le Saint-Esprit sur Corneille et sur sa famille, qui étaient les prémices des Gentils : Dieu a donc aussi fait part aux Gentils^ dirent les Chrétiens de Jérusalem, du don de la pénitence qui mène à la vie ! {Actes, XI, 18.) Et au

218 HUITliMS SYMBOtE.

ch. X, V. 4S : Les fidèles circoncis qui étaient venus ave Pierre furent frappés (Tétonnemenif de voir que la gràe du Saint-Esprit se répandait aussi sur les Gentils.

La montagne de Dieu à laquelle saint Paul fut envoy après sa conversion, c'est TËglise naissante qui avait et formée sur la montagne de Sion. C'est 1& qu'il trouva cett troupe d* Apôtres et de disciples remplis du Saint-Esprit Etecce cuneusprop/wtarum obvius ei (/. Rois, X, 10); FEs prit de Dieu se saisit de lui, et devenant subitement riu d'entre eux, il prophétisa avec eux : Et insiluit super eufi Spiritus Vominiy et prophetavit in medio eorum. C'est o qui est marqué dans le PsaumehXWllj 37, où Ton voit le princes se réunir avec les chœurs des chantres et aveo le jeunes filles qui jouaient des instruments : fjà se trouvé à jeune Benjamin. La Vulgate porte : Ibi Benjamin adolm centulus, in mentis excessu. L'hébreu : Ibi Benjamin pea vulus dominons eis. Nous avons déjà remarqué que sui Paul, aussi bien que SuUl, était de la tribu de BenjamÎD.

Il ne faut pas manquer d'observer que ces prophète que rencontra Saûl, prophétisaient au son des instrumeni de musique qui les précédaient. On aperçoit tout d'un cou combien cela a de rapport avec l'histoire de David qi chassait le malin esprit par les sons de sa harpe ; et To vientde voir que le Psaume Exsurgat représente les Apôtw au milieu des instruments de musique. Il est bon de se ra[ peler aussi ces belles images de M Apocalypse ^ où l'on vo ceux que T Agneau a délivrés, tenant entre leurs mains d< harpes de DieUy et chantant le cantique de Moïse et i fAf/neau [Apocali/psCy XV, 2). Ces images représenten en général, les serviteurs de Jésus-Christ, qui, dans le ri vissement de leur esprit^ chantent ses louanges et annoi cent ses merveilles. Mais cela suppose une application pai

ticulière par rapport à saint Paul qui a été singulièrement destiné pour ToBuvre de la conversion des Gentils.

Or, il y a deux observations à faire sur la manière dont saint Paul a été instruit du plan de Dieu dans la conversion des Gentils : la première, c'est que Dieu a voulu que les anciennesEcritures servissent d'instrument pour l'instruire ; la seconde, c'est que le dessein de Dieu lui fut d'abord confié comme un secret. C'est ainsi que Samuel recommanda premièrement le secret àSaûI ; c'est pourquoi ce nouveau prince ayant rencontré son oncle, lui dit bien que les ànesses de ion père étaient retrouvées, mais il garda un mystérieux silence sur le choix que Dieu avait fait de lui pour être le chef et le libérateur d'Israël : De sermone antem regni non indicavit et, quem loctUus ftierat ei Samuel (/. Rois, X, 16). Saint Paul ne commença pas non plus par publier ce que Dieu lui découvrait de ses desseins sur la délivrance de rÉgUse par la conversion des Gentils, qui n'étaient pas encore entrés dans l'Église, mais qui, dans très-peu d'années, allaient former le corps de l'Eglise. On voit [aussi, par la manière dont saint Pierre rendit compte de sa conduite à l'égard de Corneille, avec combien de ménagement ce mystère devait être annoncé même aux Chrétiens.

A l'égard de la première observation, nous en trouvons la preuve dans l'usage que fait saint Paul des anciennes Écritures, soit dans ses discours, soit dans ses EpUres, pour prouver et expliquer ce mystère de la vocation des Gentils. On en voit un exemple, i?om., XV, 9. Après avoir remarqué que Jésus-Christ a été lui-même le ministre de l'Evangile à l'égard des Juifs circoncis, afin de remplir la vérité des promesses faites à ceux dont les Juifs étaient les enfants selon la chair, il ajoute que les Gentils doivent glorifier Dieu de la miséricorde qu^il leur a faite^ selon qxiil est écrit :

Cest pour cette raison, Seigneur^ que je publierai vos louanges parmi les nations^ et que je chanterai des cantiques à la gloire de votre nom. Il est encore écrit : Réjouissez-vous, nationsy avec son peuple. Et ailleurs : Nations^ louez toutes le Seigneur; peuples, glorifiez-le tous. Ces citations sont toutes tirées ou des Psaumes, ou du Cantique de Moïse : Audite^ cœli, etc. Ces Psaumes et ce Cantique, aussi bien que les écrits des Prophètes et tous les livres de rÉcriture , étaient les instruments de musique au son desquels prophétisaient les Apôtres, et saint Paul en particulier. Ils avaient reçu de Dieu le don dMntelligence qui leur faisait découvrir les mystères qui y étaient renfermés.

Saint Paul, dans le IX* chapitre de VÉpître aux Romains^ propose une règle qui donne lieu d'entendre et d'expliquer toute l'Écriture de la conversion des Gentils. C'est qu'en effet c'est un des sens que l'Esprit de Dieu a eu en vue en dictant les livres de l'Écriture ; il est fondé sur ce que les Gentils devenant Chrétiens , deviennent en même temps risaac, le Jacob, l'Israël selon l'esprit. On voit tout d'un coup de quelle étendue est cette règle. Les Pères de l'Église en ont fait un très-grand usage, comme cela était convenable ; ils étaient Gentils, ils parlaient à des Gentils et ils vivaient dans les temps destinés aux Gentils. Ces temps sont appelés dansTÉcriture : Te?7ipora gentium [S .Luc, XXly2i).

Selon la règle de saint Paul (mais sans préjudice de l'autre règle qu'il établit à son tour au chapitre XI), les anciennes prophéties, les Psaumes et les Cantiques étaient destinés pour célébrer, si l'on peut se servir de cette expression, la fête des Gentils devenus Chrétiens, la fête de l'insertion des branches étrangères sur l'olivier franc. C'est pour cela qu'il est dit au roi de Tyr(J?zecA., XXVIII, IH) :

Lefi imtruments de musique les plus excellents ont été préparés pour le jour auquel vous avez été créé... Je vous ai établi sur la montagne sainte. C'est, en langage figuré, la moDtagoe où fut envoyé Saûl par Samuel ; et, en langage simple, c'est celle où saint Paul fut conduit. C'est pourquoi il est dit à ce même personnage mystérieux, désigné sous le nom du roi de Typ : Vous étiez plein de sagesse et parfait en beauté. Vous avez été dans les délices du paradis de Dieu (v. 12). Ce qui signifie dans la vérité : Vous avez été dans rÉglise de Jésus-Christ, la Sagesse incréée. (Il faut se souvenir du XXIV* ch. de V Ecclésiastique.) Mais le serpent s'est glissé dans le paradis de délices; et le reste, où nous reviendrons en son temps.

Saint Paul et les premiers ministres de la conversion des Gentils prophétisaient donc au son de ces instruments de musique [et ante eos psalterium et tympanum^ et tibiam^ et eiiharam, ipsosque prophe tantes), lorsqu'ils expliquaient, sous la direction de TEsprit de Dieu, les secrets cachés dans les livres de TEcriture touchant ce grand ouvrage de la main de Dieu, ouvrage qui fut tout à la fois la consolation de l'Église et l'humiliation du peuple ennemi.

Que l'on compare encore une fois l'état de l'Eglise de Jérusalem avec celui de la nation des Juifs en corps qui avaient rejeté le Messie ; que l'on reconnaisse à quelle extrémité l'Église paraissait réduite, lorsqu'on ne voyait point encore les Gentils se convertir et que l'on voyait tous les jours diminuer l'espérance que l'Évangile fit de grands progrès parmi les Juifs ; enfin, qu'on se souvienne que le désir de la conversion des peuples est exprimé par la faim et la soif, comme on le voit dans le IV* ch. de Saint Jean où est rapportée riiisloire de la Samaritaine, et l'on reconnaîtra que l'extrémité où se trouva réduite l'armée dont il

222 HUTTiftME SYMBOLE.

est parlé au IV' livre des Rois^ eh. III, v. 9, est Fimage c celle où se trouva alors l'Église.

Cette armée était commandée par les rois d'Israël, c Judaet d'Édom. Ils avaient marché pendant sept jours, < outre la fatigue de la marche ils ne trouvaient point d'eai ni pour leur armée, ni pour les animaux qui suivaient ! camp. Le Seigyieur^ s'écria le roi d'Israël en jetant c grands soupirs, a-t-il donc réuni trois rois afin de l livrer entre les mains de Moab ! Moab était le peuple à qi ils avaient déclaré la guerre parce que son roi avait rcfoî de payer le tribut ordinaire de cent mille agneaux et t cent mille béliers avec leur toison. Alors Josaphaf, roi < Juda, demanda : N'y a-t-il point ici de prophète du Se gneur^ afin que nous adressions par lui nos prières i Seigneur ? Un des serviteurs du roi d'Israël répond qu'Elisée était dans le camp. La parole du Seigneur résî< en lui, répliqua Josaphat : Est aptid eum sermo Domh Les rois allèrent donc trouver Elisée, et lui exposèrent l'éi où ils étaient réduits. Elisée, après avoir marqué son i dignation contre le roi d'IsraOl et déclaré qu'il n'avî d'égard que pour Josaphat, roi de Juda, demanda qu'on 1 amenât un joueur d'instrument.

Dans l'application que nous faisons de cette histoire, i présentons-nous des hommes touchés du péril où était Religion, affligés de voir tarir les sources par lesquell l'Eglise aurait dû se perpétuer, demandant si c'était do le dessein de Dieu de la laisser anéantir, s'il voulait qu'e! succombât sous les efforts du peuple révolté, figuré par roi de Moab qui refusait le tribut des agneaux que l'on a rait dû attendre de lui? Dans cette extrémité, ceux qui ma quent de foi poussent de vains gémissements, comme roi d'IsraOl ; ceux qui ont de la foi, comme Josaphat, c

recoors à Dieu. Elisée est consulté comme riut^rppète du Seigneur; il se fie en Dieu, mais il connall le moyen dont Dieu se servira pour apprendre à son peuple sa délivrance : Mais maintenant faites - moi venir un joueur de harpe. C^esUàHlire : Consultons ces anciens Cantiques qtie Dieu a dkiéfl, où Dieu a fait écrire les secrets de êa miséricorde pour tout les temps ; rendons-nous attentifs au son delà harpe def celai qui est appelé le chantre célèbre d'Israël : E^ffius psaltes Israël {IL Hois^ XXIII, 4) ; voyons si nous M trouverons point dans ses paroles prophétiques le remède à nos maux.

C'est à la lettre ce que faisait saint Paul, comme nous Pavons vu. Nous Vavons entendu citer les paroles du Cantique de Moïse et des Psaumes de David^ et prophétiser au son àt ces paroles. Ce sont, disait-il, ces merveilles annoncées il y a tant de siècles qui s^accomplissent de nos jours potir combler de joie le peuple de Dieu. L'Église trouva dans la eonversîon des Gentils une victoire éclatante sur la Synagogue, un secours dans son besoin pressant, un nouveau dénoAment de FÉcriture, et elle but avec une nouvelle joie dans ces sources sacrées. ^

Au son que formait le joueur de harpe, la main du Sei^ gneur fut sur Elisée, et il dit : Voici ce que dit le Seigneur : Faites plusieurs fosses le long du lit de ce torrent; car voici ee que dit le Seigneur : Vous ne verrez ni vent, ni pluie, et le lit de ce torrent sera rempli d'eau, et vous boirez, vous, vas serviteurs et vos bêtes [I V, Rois, 111,1 5). Était-il croyable qu'un torrent desséché se iroùvô-t subitement rempli d'eau, sans qu'on aperçût ni pluie^ ni orage? Était- il possible que l'Église, réduite à un si petit nombre, se multipliât subitement? que des Gentils qui voyaient depuis tant d'années des Juifs parmi eux^ et qui ne pensaient pas même à em-

brasser leur Religion, se convertissent tout à coup ? C'est néanmoins ce qui arriva; les Prophètes l'avaient dit, les sons de la harpe l'avaient annoncé.

Et ceciy continue Elisée, n'est encore qu* une petite partie de ce que le Seigneur veut faire pour vous; métis de plus il livrera Moab entre vos mains... Vous boucherez toutes les fontaines, etc. Le bruit de la harpe annonce plus d'une merveille ; les sons qu'elle rend sont la joie du peuple de Dieu et la confusion de ses ennemis. Que l'Esprit de Dieu se joigne à ces sons, et il coulera des torrents dans la terre déserte; et la terre qui était arrosée d'eau, tombera dans la sécheresse, toutes les fontaines du peuple ennemi seront bouchées. Et universos fontes aquarumobturaverunt(y. 25), tous les champs fertiles seront couverts de pierres.

Lorsque l'Évangile commença à être prêché aux Gentils, les Juifs regardèrent cette conduite de la part des Chrétiens comme une ressource de désespérés. Ils avaient dit pendant que Jésus-Christ était sur la terre, en parlant de sa personne [S, Jean, YIll, 22) : N' est-ce point qu il se tuera luimê?ne ? Et au ch. VII, v. 35 : Où ira-t-il donCy que nous ne pouri'ons le trouver ? Ira-t-il vers les Gentils qui sont dis^ perses par tout le inonde, et instruira-t-il les Gentils ? Or, rÉvangélisle rapporte immédiatement après, que Jésus- Christ se tenant debout, criait à haute voix : Si quelqu^un a soif, qiCil vienne à moi et qu'ail boive. Si qtœlqu'un croit en 7noi, il sortira de son cœur des fleuves d'eau vive (v. 37). Ces fleuves d'eau vive coulèrent donc pour les Gentils lorsqu'ils crurent en Jésus-Christ; et cet événement fut un sujet de chute et de scandale pour les Juifs qui se confirmèrent dans leur incrédulité, concluant que Jésus-Christ n'était pas le Messie promis à Israël, puisque ses disciples prêchaient aux Gentils, lit Ton peut juger combien l'impres-

sion de cette objection fut augmentée, lorsque les Gentils forent dispensés de la circoncision et de Tobservation de la loi cérémoniale.

Or, nous voyons quelque cbose de semblable dans Thistoire de la délivrance annoncée par Elisée (v. 20) : Le lendemain matin, mr F heure qv!on a coutume d'offrir le uierificey les eaux vinrent tout dun coup le long du chemin tÉdùm, et la terre fut remplie deaux. . .Les Moabites $^ étant levés dés le point du jour^ dès que les rayons du soleil brillèrent sur les eauXy elles leur parurent rouges comme du sançj et ilss^entre-dirent : C'est Fépée qui a répandu tant de sang. Les rois se sont battus Vun contre V autre ^ et ils se sont entre-tués. Moabites^ marchez comme à une victoire ctx\àm^ pour enlever les dépouilles. Cette fausse conjecture coûta cher aux Moabites ; la défaite de leurs advei*saires ijMissement présumée se tourna en une véritable défaite pour eux ; ils furent taillés en pièces, et tous les maux annonces par Elisée fondirent sur eux; leurs villes furent détruites, les arbres fruitiers coupés, les champs fertiles couverts de pierres, et toutes les fontaines bouchées.

ARTICLE XYl.

Il jsière et secret avec lequel le Christianisme s*est formé et les Gentils ont éié introduits dans TËglise, figuré en plusieurs endroits de rAncien Teslanent. La réprobation des Juifs figurée dans Thisloire de Nabuchodono* aor déchu de sa grandeur. Interprétation du songe qu*aTait eu ce prince, 6gure de rinterprélalion de TËcriture par rapport au sort du peuple juif.

D'après la remarque que nous avons faite de l'ouverture donnée par saint Paul, pour expliquer l'Écriture par rapport à l'introduction et à la longue demeure des Gentils T. II. 45

226 UUITIÈME SYMBOLE.

dans rËgliso^, on comprend que^ si Ton voulait suivre cette ouverture dans toute son étendue, il faudrait faire passer en revue toutes les prophéties et toutes les histoires de l'Ancien Testament. Mais ce serait visiblement nous écarter du but de cet écrit. Nous ne devons parler de la vocation des Gentils, non plus que des autres événements concernant la Religion et la conduite de Dieu sur les hommes, qu^autant qu^il s'y trouve quelque chose de caché, de my&* térieux, et qui, dans le temps de Texécutioni a été révélé aux uns^ ignoré et contredit des autres ; et qu^autant qu'il a été besoin d^ètre aidé de la sagesse pour en découvrir la vérité, et pour échapper aux pièges de la séduction.

On comprend même que nous ne pouvons embrasser dans cet écrit tout ce qui se trouverait renfermé sous cette dernière idée, elle nous mènerait trop loin. Il suffit donc de choisir entre certains traits capitaux, ou plus g^éraux^ ceux oùTesprit de divination bon ou mauvais est plus sensiblement marqué. C^est ce qui nous a déterminé à expliquer dans quelque détail, comme nous venons de le faire, l'histoire de la prophétie d^ÉUsée où la divination des choses cachées est révélée par la circonstance que nous avons vue, d'être attachée à une chose sensible, telle qu'est le son d'un instrument de musique. Mais nous devons au moins faire souvenir, en passant, des histoires de l'Ancien Testament où les événements les plus importants du Christianisme sont représentés comme des événements imprévus, cachés, qui se sont d'abord opérés dans le secret.

C'est ainsi que l'on trouve clans la manière dont le patriarche Joseph a été conduit de Dieu par des songes, une vive image de la manière dont Joseph l'époux de la sainte

1 V(»yei ci-dessuSf page 220«

DIVINATION... PROPHÈTBSy ETC. SâT

Vierge Ta été. Samuel alla secrètement sacrer David^ et lé choix que Dieu avait fait de ce prince fut d^abord un mystère renfermé entre très-peu de personnes. Lorsque Jacob supplanta Ésaû, tout se passa d'une manière mystérieuse; Ésaû ne découvrit tout ce qui se faisait que lorsqu'il ne fat plus temps d'y apporter remède. Saint Paul a fait Ini^mènte l'application de cette histoire à la supplantation des Juiis par les Gentils. £lle représente aussi la substitution de TÉglise à la Synagogue ; car nous avons distinguëy pour plus de justesse, ces deux événements Ton de raatre, ci-dessus, Article XIY^ Or, Tun et Tautrese sont opérés avec mystère, et les confidents de Dieu en Ont été instruits les premiers. On en voit un exemple bien sensible dans le vieillard Siméou et dans Zacharie père de saint Jean.

Ces sortes d'histoires vérifient la parole de VEccléêias^ iique (eh. XI, v. 4} : // n'y a que le Très-Haut dont le$ ouvrages soient adtmrables et diynes de gloire; et ils sont caché» et inconnus aux hommes. C'est pourquoi il convenait à notre dessein de les indiquer. Mais nous devons nous arrêter plus longtemps sur l'histoire suivante, parce que, outre l'événement dont elle était la figure, elle l'était en* oorede la manière surnaturelle dont cet événement devait Aire connu, ou pour mieux dire, deviné, s'il nous est per-* mis d'user de ce terme. Nous voulons parler de l'histoire que Nabuchodonosor raconte lui-même, au chapitre lY de Dmdel: Moi Nabuchodonosor étant en paix dans ma mai* son, et plein de gloire dans mon palais^ fai vu un songe qui nia effrayé; et étant dam mon lit^ mes pensas et les itnagei qui se présentaient à mon imagination m^ épouvantèrent.

< Yojez page 209.

Entrons tout d'un coup dans Texplication de ce que cette bîstoire figure.

Nabuchodonosor, qui est un grand arbre, comme on le verra dans la suite, est aussi le peuple d^srael dans Tétendue de sa durée; mais il faut le considérer dans le siècle de la venue du Messie ; il était alors, à en juger par l'extérieur, dans une grande gloire, et ses branches s'étaient étendues plus loin que jamais. Ce songe qui l'épouvantait sans qu'il en pénétrât le sens, c'était les anciennes prophéties qui lui annonçaient ses malheurs futurs ; pour peu que l'on fit attention à ces prophéties, on voyait bien qu'elles contenaient des choses surprenantes et même capables d'alarmer : Et visiones capitis mei conturbavertmt me.

(Test pourquoi je publiai une ordonnance, pour faire venir devant moi tous les sages de Bahyloney afin qu'ils me donnasseiit [explication de mon songe. Le peuple juif était devenu une Sodome, une Egypte en esprit, une race de Chanaan, une Babylone. Ces sages de Babylone, ces devins dont il va être parlé, sont Tamas de ceux qui étudiaient l'Lcriture, qui s'appliquaient à la science de la Religion, qui recherchaient le sens des prophéties.

Alors les devins, les MageSy les Chaldéens et les augures étant venus devant înoiy je leur racontai mon songe, et ils ne purent me [expliquer , La multitude des docteurs juifs ne comprenait point le plan de Dieu, ce plan ou ce mystère dont saint Paul dit [Éphés.y III, S) qu'eV n'avait point été découvert aux enfants des hommes dans les autres tempSy comme .il rétait dans le temps qu'il écrivait aux Ëphésiens, c'est-à-dire vingt-neuf ans après la résurrection de Jésus-Christ. Ils ne concevaient point, disons-nous, le plan de Dieu sur les Juifs et les Gentils; comme on voit.

aa contraire, que l'auteur de V Ecclésiastique le concevait oettement lorsqu'il écrivait son XXXVl* chapitre, et comme l'entendait le vieillard Siméon lorsqu'il composa son Ganiiqae« Or, Ton comprend quel dénoùment c'était, tant par rapporta l'Ecriture que par rapport à une infinité de choses qui se faisaient remarquer dans l'état du peuple et qui arrivaient de .jour en jour, que d'entrer dans ce plan ; et q[aelle confusion, au contraire, devait régner dans l'esprit de ceux qui n'y entraient pas ; ce trouble devenait d'autant plus grand, que l'on s'appliquait à considérer plus à fond l'état de la Religion et du peuple : Et cogitationes meœ in $trato meOj et visiones capitis mei conturbaverunt me.

Enfifij Daniel notre collègue parut devant nous^ lui à (pdf ai donné le nom de Balthazar, qui est le nom de mon DieUy et qui a dans lui-même P esprit des dietix saints. Je bd racontai mon songe ^ et je lui dis : etc. Daniel, c'est saint Paul lui-même, ce sont les saints Apdtres et les saints Prophètes, à qui saint Paul dit que le plan de Dieu dans la vocation des Gentils avait été révélé d'une manière si parlaite au temps qu'il parlait, et qui n'avait point été découvert de la même sorte dans les autres temps aux enfants des hoQunes.

Voici donc de quelle manière Nabuchodonosor parla à Daniel : Balthazar^ prince des devins^ comme je sais que vous avez dans vous T esprit des diexAx saints, et qu'il v!y a point de secret que vou^ ne puissiez pénétrer, dites-moi ce que j'ai vu en songe ^ et donnez-m^ en P explication. Voici ce qui vfia été représenté en vision lorsque j^étais dans moîi lit : Il me semblait que je voyais au milieu de la terre un arbre qui était excessivement haut. Cet arbre, c'est le peuple juif, la Synagogue; c'est l'olivier de saint Paul, lorsqu'il n'y avait encore dessus que les branches naturelles; c'est

le grand cèdre du Liban dont parle Ézéchlel, ch. XXXI, y. 9^ et dont ce prophète proposait les malheurs à un autre arbre ënigmatique; c'est Tarbre produit par le grain de sénevé^ en prenant Abraham, ou plutôt son petit-fils Jacob, pour le grain de sénevé.

C'était un arbre grand et fort, dont la hauteur allait jusqu^au ciel; en effet, y avait-il une nation sur la terre, qui approchât de Dieu d'aussi près que le peuple juif? Nbc

EST ALIA NATIO TAM GRANDIS, ctc. {Deut.^ IV, 7);*«/ Çui pa^

raissait s* étendre jusqu^aux extrémités du monde. C'est ce qui est dit souvent du peuple juif depuis sa dispersion, et depuis que ses colonies s'étaient répandues en tant d'endroits : Vous avez affermi ses racines, et elle a rempli la terre. Son ombre a couvert les montagnes, et ses branches les cèdres de Dieu. Elle a étendu ses 'branches Jusqu'à la mer j et ses rejetons jusqiû au fleuve (Ps. LXXIX).

Ses feuilles étaient très-belles, et il était chargé de fruits capables de nourrir toutes choses; les bêtes privées et les bêtes sauvages habitaient dessous; les oiseaux du ciel demeu7*aient sur ses branches^ et tout ce qui avait vie y trouvait de quoi se 7îottrrir. S'il y avait quelque chose A craindre pour notre interprétation, c'est que ces expressions ne parussent, par leur magnificence, au-dessus de la Synagogue. Si on en désire une explication détaillée, on peut aisément la former sur le modèle de celle que Ton donne à la parabole du grain de sénevé, où l'on trouve des expressions à peu près semblables.

J^eus cette vision étant sitr mon lit. A lors celui qui veille et qui est saint descendit dn ciel, et criant (F une voix forte il dit : Abattez l'arbre par le pied. Voilà l'ordre exprimé dans Jérémicy ch. XI, v. KJ, en ces termes : Au bruit de sa parole (du Seigneur), un grand feu s est mis dans cet arbre

(an olivier), et toutes ies branches ont été brûlées. Le Seigneur des armées qui vous avait planté dans sa terre, a prononcé f arrêt contre vous. Saint Jean-Baptiste avait entendu prononcer cet ordre, lorsqu'il publiait que la cognée était déjà i la racine de Tarbre [S.Matth.y III, 10). Coupez les branches de Tarbre, poursuit la voix qui se fait entendre à NabuàïodonosoVy faites-eît tomber les feuilles, et répandez-en les fruits; que lesbitesqui étaient dessous s'enfuient, et que les 9i$eaux s'envolent de dessus ses branches. C'est ici le décret . delà réprobation des Juifs, de la désolation entière de toute h nation ; en un mot, l'arrêt prononcé contre les branches natarelles, dont il est parlé au ch. XI de VÉpître aux Komains.

Mais saint Paul annonce, dans ce même chapitre, que la race des Juifs est conservée pour être rétablie un jour; voyons donc si nous trouverons quelque chose de semblable dans le songe. Voici la suite des paroles que Nabuchod(mosor entendit :

Laissez-en néanmoins en terre la tige avec ses racines; qu'eèle soit liée avec des chaînes de fer et d*airain parmi ies herbes des champs. Les Juifs étaient le troupeau dh Seigneur qu'il avait rassemblé dans son bercail. Après leur réprobation, ils ont été renvoyés parmi les bêtes sauvages dont personne ne semble prendre soin; ils sont demeurés depuis ce temps-là dans les chaînes d'une dure captivité; aussi la voix ajoute-t-elle : Qu^elle soit liée (cette tige) avec des chaînes de fer et d airain parmi les herbes des champs, qxCelle soit mouillée de la rosée du ciel, et qttelle paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de la terre. Voilà qui parait surprenant ; cet arbre, celte tige est donc en même temps un animal vivant; il y a plus, c'est un homme : Qu'on lui ôte son cœur d^ homme, et qu'on hii

donne un cœur de bête, et que sept temps se passent sur elle. Si on veut voir, au contraire, une bète à qui on donne un cœup d^bomme, on la trouvera, Daniel^ ch. VII, v. 4. Les sept temps qui doivent se passer sur ce tronc d'arbre^ cette bète, ou cet bomme changé en bète, ce sont tous les siècles déterminés dans le conseil de Dieu pour la durée de la réprobation des Juifs.

C'est ce qui a été ordonné par ceux qui veillent y c^est-àdire par les anges sous les ordres de Dieu; c^est la parole et la demande des saints^ jv^qxjià ce que les vivants connais'^ sent que c'est le Très-Haut qui a la domination sur les royaumes des hommes^ qui les donne à qui il lui plait^ et qui établit roi, quand il veut y le dernier d entre les hommes. Pour expliquer ceci, nous n'avons qu'à rapporter les paroles qui font la conclusion du XVII' chapitre dHÉzéchiel: Et tous les arbres de cette terre sauront que c^est moi qui suis le Seigneur, qui ai humilié le grand arbre, et qui ai élevé r arbre bas et faible, qui ai séché P arbre vertj et qui ai fait reverdir l'arbre sec. Ou, pour s'expliquer encore plus clairement, c'est ici la conclusion desaint Paul,/lom., III, 19 : Et ainsi il faut que toute bouche demeure muettCy et que tout le monde reconnaisse qu'il a mérité d'être condamné de Dieu : ou bien autrement, qu'il soit reconnu qu'aucune branche ne subsiste, ou n'est entée sur l'olivier, que par une volonté libre et une miséricorde de Dieu toute gratuit

Voilà le songe que fai eu, moi Nabuchodonosor roi. Hâtez-vous donc, Balthazar,de m^ en donner r explication. Les prophéties qui annonçaient ces grandes choses n'étaient point conservées dans l'obscurité ; c'était la nation en corps qui les conservait, c'était l'autorité publique qui en était gardienne. Ce n'était pas un particulier qui proposait le

soùgey c'était le roi ; Moi Nabuchodonosor roi. Le songe loi appartenait; mais qui était capable de Texpliquer? Car tous les sages de mon royaume^ poursuit le roi, rHont pu me rinierpréter; mais pour vous, vous le pouvez^ parce que Fesprit des dieux saints est en vous.

Alors Daniel f surnomme Balthazar, commença à penser m lui-même sans rien dire pendant près d'une heure ^ et les pensées qui lui venaient lui jetaient le trouble datis Ces^ prit. Que Ton se souvienne ici de la retenue avec laquelle le mystère de la réprobation des Juifs fut annoncé; que Ton considère en particulier la conduite de saint Paul sur cet article, et que l'on y ajoute la douleur que lui causait ce fâcheux événement : Je suis saisi, dit-il, Rom,^ IX, i, iune tristesse profonde, et mon cœur est pressé sans cesse tune douleur violente.

Mais le roi prenant la parole lui dit : Balthazar^ que ce songe et f interprétation que vous avez à lui donner ne vous troublent point. Balthazar lui répondit : Seigneur, que le songe retourne sur ceux qui vous haïssenty et son interprétation sur vos ennemis. Saint Paul aurait voulu lui-même être anatbème pour le peuple dont il annonçait la chute sous le symbole des branches coupées.

Vous avez rw, poursuit Daniel, un arbre qui était trèsgrand et très- fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, qui semblait s'étendre sur toute la terre. Ses branches étaient très-belles^ il était cliargé de fruits, et tous y trouvaient de quoi se nourrir. [Le Seigneur vous avait établi, est-il dit dans Jérémie^ XI, 16, comme un olivier fertile y très-beau à la vue, et cliargé de fruits,) Les bêtes de la campagne habitaient dessous, et les oiseaux du ciel se retiraient sur ses branches. Cet arbre^ o roiy c'est vous-même (et le roi et l'arbre, disons-nous, c'est le peuple juif). C'est vous^

234 HUITIÈME STMBOLB.

même qui êtes devenu si grand et si puissant ; car votre grandeur s*est accrue et élevée jusqu'au ciel^ votre puts^ sance s^est étendue jusqu^ aux extrémités du monde.

Et après avoir répété la sentence prononcée contre Tàr^ bre : Voici, dit Daniel, F interprétation de h sentence du Très-Haut y qui a été prononcée contre le roi mon seigneur. Vous serez chassé de la compagnie des hommes, et vous liabiterez avec les animaux et les bêtes sauvages; vous man^ gérez du foin comme tin bœuf. Ceci rappelle le souvenip de la sentence portée contre Adam^ qui fat chassé du paradis terrestre et couvert de peaux de bètes. Il avait écouté la voix du serpent qui lui avait dit : Vous deviendrez semblable à Dieu ; et il devint semblable aux bètes. On peut se souvenir du rapport qu'il y a entre Fhistoire d*Adam et celle du peuple juif^ qui avait été placé à son tour dans le paradis terrestre, et qui en fut chassé par sa réprobation.

Vous serez trempé de la rosée du ciel; sept temps sepas^ seront sur vous, jusqu^à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut tient sous sa domination les royaumes des hommes, et quHl les donne à qui il lui plaît. Ainsi parle Daniel à Nabuchodonosor. Ainsi saint Paul appliquait aux Juifs les traits dé l'Ecriture qui annonçaient leur chute, mais il avait soin en même temps de marquer que leurs malheurs auraient un terme : Que si eux-mêmes, dit-il, ?ie demeurent pas dans leur incrédulité, ils seront de nouveau entés sur leur tige, puisque Dieu est tout-puissant jjour les enter encore [Hom., XI, 2li). En effet, annonçant la réprobation des Juifs sous l'image des branches coupées, il marque expressément qu'il y avait une racine subsistante : Ce n^est pas vous, dit-il aux Gentils, qui portez la racine, mais c est la racine qui vous porte [Ibid,, v. 18). Et saint Jean-Baptiste aperçoit, conformément aux idées de Daniel,

k cognée à la racine de rarl)re, mais il ne parle pas de creuser pour enlever jusqu'à la racine.

Quant à ce qui a été commandéy qxCon réservât la tige de t arbre avec ses racines, continue Daniel, ce h vous marque que votre royaume vous demeurera, après que, vous aurez reconnu que toute puissance vient du ciel. Disons pareillement : Quant à ce que TApôtre a déclaré, qne la racine sabsistait après que les branches avaient été coupées, cela marque que les Juifs seront rétablis dans leur premier état, c'est-A-dire entés de nouveau sur l'arbre, après qu'ils auront reconnu que le don de la justice, qui des hommes fait ies pré tres-r ois j Regale sacerdotum (/. Pierre, II, 9), vient de Dieu.

Daniel donna ensuite au roi le conseil de racheter ses péchés par Taumône. Il y eut pareillement une ressource ouverte pour ceux d'entre les Juifs qui n'endurcirent point leurs entrailles pour les Chrétiens, et qui, ayant eu peureux de la commisération, furent assoz heureux pour obtenir la grâce de les écouler et de les croire.

On lit, dans le reste du chapitre, l'exécution de la sentence qui arriva douze mois après que Daniel eût donné Pînterprétation du songe. Nabuchodonosor fut frappé dans le moment qu*il s'élevait d'orgueil à la vue de sa propre grandeur; il fut changé en bêle, et toule la prophétie s'aci^mplit; et après qu'il fut rétabli, il rendit gloire au Roi du ciel, en publiant yî/e foutes ses œuvres sont fondées dans la vérité, que toutes ses voies sont pleines de justice, et qu^ il peut humilier les su pertes: Ivr grai>îkntes ix siterbia

POTEST IIUMIL1ARE.

ARTICLE XVll.

Juifs livrés de plus en plus au démon. Explication de Miistoire des pourceaux qui se précipitent dans la mer par l'iropulsion des démons.

L'histoire que nous venons d'expliquer n'est pas la seule où les Juifs, dans leur état de réprobation, sont représentés sous Timage des bètes. Il n'y avait point d'animal dont ils eussent plus d'borreur que du pourceau ; c'est néanmoins sous cette horrible image qu'ils sont représentés dans l'histoire d'un ou de deux possédés, racontée par trois Évangélistes. Ces possédés, dont ils nous font une description affreuse, étaient l'image des Gentils idolâtres, livrés à toutes sortes de passions. Jésus-Christ, en les convertissant par le ministère de ses disciples, a chassé le démon de leurs âmes. Or, ce démon s'appelait légion^ parce qu'ils étaient en effet possédés par une multitude de démons : Quia intraverant dœmonia multa in eum {S. Luc jWlU, 30). Ces démons demandèrent avec instance à Jésus-Christ qu'il ne les envoyât pas hors de ce pays-là (selon S. Marc y V, 10), et qu'il ne leur commandât pas de s'en aller dans Tabime. C'est-à-dire que les démons, à mesure qu'on les chassait du cœur des peuples qui se convertissaient au Christianisme, demandaient qu'il leur fût accordé de demeurer sur la terre et d'exercer leur puissance sur d'autres hommes.

Or, il y avait non loin de là un troupeau de pourceaux qui paissaient , et ils demandèrent qu'il leur fût permis d'y entrer, disant : Si vous nous chassez (Ticiy envoyez-nous dans ce troupeau. Leur demande leur fut accordée. A ussitôt tous ces pourceaux allèrent avec impétuosité se précipiter dans la mer. C'est ainsi que la nation des Juifs fut livrée au démon pour la posséder d'une manière plus particulière

qu'il n'avait pu faire jusque-là. Nous avons même dans leur histoire un événement qui a une ressemblance sensible avec ce trait des pourceaux précipités : c'est ce qui leur arriva en Crète au temps de Théodose le Jeune, sous la conduite d'un faux prophète qui prit le nom de Moïse; il persuada à une très-grande multitude de Juifs de se précipiter dans la mer [Paul. Aquileg. Diac. Hist., 1. XIII ; Bibl. M. Patr. t. xiii, p. 267). Au reste, ce jugement exercé par la puissance de JésQS-Christ et par le ministère du démon, ne convertit point les gens du pays, non plus que la délivrance des possédés ; toute la conséquence qu'ils en tirèrent fut de prier Jésos-Christ de se retirer de leur pays. On peut consulter saint HilaJre sur cet endroit de l'Évangile.

Quelque véritable qu'il soit que les Juifs furent abandonnés au démon, en sorte qu'il lui fut accordé sur cette nation un nouveau degré de puissance qu'il n'a pas cessé d'exercer depuis son entière réprobation jusqu'aujourd'hui, il est vrai^ néanmoins, que les chefs de cette nation ont été confondus, et avec eux le démon qui les faisait parler. C'est ce qu'il est aisé d'entendre par la comparaison de l'état où était cette nation avant la prise de Jérusalem, et de celui où elle est entrée depuis. Le sacerdoce selon l'ordre d'Aaron qui jouissait d'un grand éclat extérieur l'a perdu depuis la ruine du temple, ou plutôt, depuis cette époque, ce sacerdoce est entièrement anéanti, parce que les prêtres n'ayant plus de temple n'ont plus de fonctions à exercer, et que la distinction de la tribu de Lévi ne s'est pas même conservée. On ne voit plus ni de grands-prêtres, ni Tordre des princes des prêtres, non plus que tout le reste de tout ce qui l'accompagnait, et qui paraissait à Jérusalem avec éclat au temps du Messie et pendant la durée des trente-huit années qui se sont écoulées après sa Passion.

Donc, si ces hommes élaieut, dans Tordre spirituel, des devins et des ciiclianieurs, des chefs de l'idolâtrie (non d'une idolâtrie grossière, mais d'une idolâtrie spirituelle}, leur destruction se trouvera prédite dans le même prophète qui avait annoncé leur corruption, je veux dire le prophète Michée : Je minerai les villes de votre pays ^e^\rï\ dit ch.V, V. 1 1 ,e/y> détruirai tous vos remparts; /arracherai d'entre vos mains tout ce qui servait àvos sortilèges^ et il n'y aura plus de devins parmi vous. J^ exterminerai du milieu de vous vos idoles et vos statues, et vous n^ adorerez plus les ouvrafjes de vus 9?iains.

Au reste, nous dirons ici, ce que nous supposons toiyourSi qu'en donnant un sens à un passage de rÉcriture, nous ne prétendons pas exclure d'autres sens qui se trouveront aussi lui convenir légitimement. Cet avertissement aura lieu pareillement pour le passage suivant que nous tirons de Zacharie, ch. XIII, v. 2 : En ce jour- là^ dit le Seigneur des armées^ f abolirai de la terre les noms des idoles^ et il n'en sera plus de mémoire ; j'exterminerai de la terre les faux prophètes et l'esprit impur. On peut se souvenir de tout ce que nous avons dit de la troupe des méchants dont l'esprit impur s'était cniparé parmi hs Juil's, et de ceux qui remplissaient le personnage de faux prophètes au milieu de cette nation.

ARTICLE XVIII

Hndroil de Zacharii' où il esl d'abord purlé des faux prophètes, et dans la sulU' il o.si parlé des persécutions que le Messie éprouverait.

Le passage de Zacliarie que nous venons de citer nous conduit à un des plus difficiles endroits qui puissent se rencontrer dans les Uvrcîs des Prophètes. Voici cet endroit dans

son éteodue que nous tâchons de représenter fidèlement. Nous reprenons les dernières paroles du verset 2 : fexierrainerai de la terre les faux prophètes et t esprit impur.

Verset 3. Si quelqu'un entreprend encore de prophétiser^ sonpére et sa mère^ qui lui auront donné la vie^ lui diront : Vous mourreZj parce que vous vous êtes servi du nom du Seigneur pour débiter des mensonges. Et son père et sa mère^ ^i lui auront donné la vie, le perceront eux-mêmes pour avoir ainsi prophétisé.

V. 4. En cejour^là, chacun de ces prophètes qui auront inventé des prophéties sera confondu par sa propre vision; ris ne se couvriront plus de sacs pour donner de F autorité à leurs tnetisongea.

y. 5. Mais chacun d'eux dira ; Je ne suis point prophète^ ni /Us <ile prophète ; je suis un homme qui laboure la terre ^ et qui me suis employé à ce travail dès ma jeunesse, à f exemple dAdam.

V. 6. Alors on lui dira : D'où viennent ces plaies que vous avez au milieu des mains? Et il répondra : J'ai été percé de ces plaies dans la maison de ceux qui m'aimaient,

V. 7. O épéel réveille-toi^ viens contre mon pasteur, contre Dwinnie qui se tient toujours attaché à moi, dit le Seigneur des armées; frappe le pasteur ^ et les brebis seront dispersées; et j'étendrai ma main sur les petits.

Tel est le passage de Zacharie. Ce qui en fait la difficulté, c'est qu'il est d'abord parlé des faux prophètes, et néanmoins c'est très-certainement du Messie qu'il est parlé à la fin de ce passage. Or, entre deux idées si opposées, on n'aperçoit point la transition qui conduit de l'une à l'autre. Il arrive même une chose à ceux qui considèrent ce passage, c'est que^ s'ils fixent d'abord leur attention sur le verset 1, où il est paiié du Messie, et qu'ensuite ils lisent en remon-

tant les versets antérieurs, ils sont portés à les entendre ausi du Messie. Au contraire, s'ils portent d'abord leur attentio: au verset 2, où il est indubitablement parlé des faux pro phètes, ils sont portés, à mesure qu'ils avancent, à entendr des faux prophètes les versets suivants jusqu'au septième En so]*te qu'après avoir envisagé ce passage en ces den; manières, on demeure en suspens pour savoir à laqudl des deux impressions on doit s'en tenir, et à qui on doi appliquer les versets qui sont entre le 2* et le 7', savoir 8 c'est aux faux prophètes, ou bien au Messie et à ceux qu lui ressemblent.

Or, ce n'est pas par hasard qu'une difficulté de cette na ture se trouve dans le texte de Zacharie, L'Esprit de Diei a voulu exprimer par là l'obscurité qui régnerait au temp du Messie, par rapport à une infinité de personnes qui n( démêleraient pas ce qu'il faudrait penser de lui. Lorsqui Jésus-Christ et saint Jean-Baptiste ont paru, il y avait long temps que Ton ne voyait plus de véritables prophètes parm les Juifs. S'il y avait des hommes inspirés de Dieu, conim< les Machabées et Jésus tils de Sirach, ils n'avaient pas ce extérieur remarquable et extraordinaire que l'on avait vi dans les anciens prophètes. [Ils ne se couvriront plus di sacs,) Cela faisait qu'on était en garde, parmi les Juifs, contre ce qui avait Tair extraordinaire; on était d'autant pluî en garde que Ton avait plus d'esprit, plus de savoir et d'éducation; en un mol, ceux qui pouvaient être regarder comme des gens sages parmi la nation étaient tout autrement disposés au temps du Messie, qu'on ne l'était pai exemple au temps de Sédécias où l'on était accoutumé i voir des prophètes, vrais et faux, avec un appareil qu: annonçait qu'ils se donnaient pour prophètes.

Lorsque Jésus-Christ parut, il fut traité comme un fam

[Hropbète, Seductor illey lui qui était le Prophète par excellence, aDDoncé sous cette qualité dans le Deutéronome. Calphe, ao contraire, sans porter d'autres caractères que ceux d*une mission ordinaire, était un faux prophète ; et il en faut dire autant de ceux qui lui ressemblaient.

Développons ceci à Tégard du Messie. Ses mains furent percées dans la maison de ceux qui faisaient profession d'aimer et de désirer le Messie. C'était cette même nation qui lui avait donné la naissance et la vie, qui lui dit : Vtms mourrez^ parce que vous vous êtes servi du nom du Seigneur four débiter des mensonges. Le pasteur, c'est-à-dire le Mesne, fut frappé et les brebis furent dispersées; et le reste, qui le peut découvrir en méditant les derniers chapitres de Zaeharie.

A regard de Galphe, il était réellement prophète et koL prophète, mais sous un extérieur et avec des carac* tares bien différents des faux prophètes d'autrefois; car étant plein du malin esprit, cela n'empêcha pas que le Saint-Esprit ne s'emparât de lui, pour lui faire prononcer un oracle dont apparemment il n'entendait pas lui-même le sens : Mais étant grand-prêtre cette année-tà^ ilprophé" Usa que Jésus devait mourir pour la nation des Juifs (S. Jean, XI, 51). C'est ainsi qu'il arriva A Satll de prophétiser, depuis même que Dieu l'eut rejeté.

£t c'est ici que nous ne pouvons assez admirer combien la conduite de Dieu est cachée et ses voies impénétrables à ceux à qui il ne les découvre pas ; puisque celui qui était véritablement son fils fut pris pour un faux prophète, et, comme tel, condamné à mort ; et que souvent les œuvres miraculeuses qu'il faisait furent regardées comme des prestiges, comme des œuvres opérées par la puissance du diable, en sorte que les Juifs lui disaient nettement qu'il T. II. 46

242 HUITIÈME SYMBOLB.

était possédé du démon ; et les chefs de la Synagoguei au contraire, revêtus du mluislèi^e ordinaire, étaient vraiment les organes du démon, et sans avoir l'appareil des faui prophètes des temps plus reculés, ils en avaient la malice, et leurs leçons étaient plus pernicieuses au peuple que ne FavaiËnt été celles de cé6 anciens prophètesi puisqu'il était bieii plus funeste de croire ce que Calphe et les princes dos prêtres disaient de Jésuâ-Christ et de ses disciples» que de croire, au temps d' Achaz, que ce prinee reviendrait victorieux dé la guerre qu'il entreprenait ; ou bien^ au temps de Jénémie, que Jérusalem ne tomberait pas eûtre Ids n^ns de ceux qui l'assiégeaient.

Nous avertirons ici que l'espèce de confusion affeetéei qui parait dans l'endroit du prophète Zacharie dont BoilS Venons de parlerv rappelle le souvenir d'ud endroit d'IftaXe dont il a été question ci-dessus^ Article XUl ^ ; o'éat le cemmencementdu éh . XXIX^ où Jérusalem^ sous te nom d* Ariel^ eit comparée à une pythonisseï Ce qu'il y à de oonlmiin entre ces detix endroits, c'est que, comme dans celui de Zacharie il y a des versets dont il est difficile de déterminer s'ils s'entendent des prophètes approuvés de Dieu ou des faux prophètes; pareillement, il est difficile de fixer si la comparaison de la pylhonissc est prise en benne cm en mauvaise part dans l'endroit d'Isaïe.

Ruine de) luifs prédite par les Chrétieiis. Esprit de pro|Slié(ie parmi les premiers Clirétiens. Simon le magicien et Bar-Jésu adversaires que saint Pierre et saint Paul renconlrent.

Nous avons rapporté, Article II, §2*, la règle donnée

* Voyez page 206. — « Voyez page 127.

dans le XYIIl*" chapitre du Deutéro7wmey pour discerner^ entre les prophètes qui parleraient au nom du Seigneur, les vrais prophètes d'avec les faux. Cette règle consiste à juger par réyénement. Celui-là doit être tenu pour faux prophète, qui a prédit une chose qui n^arrive point; au contraire, si la chose arrive comme elle est prédite, c'est un Yrai prophète. Or, Jésus-Christ a voulu joindre cette preuve à toutes les autres qui assuraient la vérité de sa mission; Il a fait quantité de prophéties qui ont été acoofai-^ plies. Mais entre ces prophéties, il y en a peu de plus remarquables et de plus importantes que la prédiction de lA raine du temple, de la ville de Jérusalem et de la nàtioii des Juifs, que l'on peut voir au long dans l'Evangile.

Nous lisons dans M. Fleury, qui l'a pris de LactaUce, livre U de sdn histoire, que saintPierre et saint Paul étaiit à Rome peu de temps avant leur mort, ils y préch^rent^ entre autres choses, comme ils l'avaient appris de Jésuë* Christ, que les Juifs allaient être punis ; que, dans peu de temps, Dieu leur enverrait un roi qui les soumettrait à main armée, ruinerait leurs villes, et les réduirait à une telle famine qu'ils se mangeraient les uns les autres ; que ceux qui resteraient seraient captifs de leurs ennemis, etc^ Ces prédictions, que saint Pierre et saint Paul faisaient à Rome, demeurèrent par écrit. On peut peser ici la diffé*^ rence qu'il y avait entre de telles prédictions manifestée^ aux Chrétiens, et divers pressentiments que les Jui6 avaient de jour en jour de teur ruine future. Cette diffé-^ rence est semblable à celle qui se trouvait entre les prédic^ tions faites à David de la chute de Saûl, et l'avertissement que Satil en reçut lui-même la veille de sa mort par Id canal de la pythonisse.

Ce trait que nous venons de rapporter n'était pas néces-

244 HUITIÈME SVMBOr.C.

saire pour établir que saint Pierre et saint Paul, aussi bien que les autres Apôtres fussent remplis de Tesprit de prophétie; on en trouve des preuves évidentes dans leurs Épitres. On voit, par les Actes des Apôtres^ que plusieurs avaient le don de prophétie, entre autres Agabus et les quatre filles du diacre Philippe (ActeSy XI, 28; XXf, 9, 10). L'on se souvient de ce que saint Paul dit des dons miraculeux, parmi lesquels il compte celui de prophétie. Enfin, V Apocalypse, écrite par Tapôtre saint Jean, est une récapitulation, une concorde et un renouvellement de toutes les anciennes prophéties qui devaient s'accomplir de nou* veau, depuis le temps auquel saint Jean écrivait jusqu'à la fin du monde.

Si l'esprit de prophétie a habité sensiblement dans les Apôtres et les disciples, ils ont eu, d'une autre part, des magiciens à combattre. C'est ce que l'on voit particulièrement à l'égard de saint Pierre et de saint Paul, dans la personne de Simon le magicien et de Bar-Jésu. Saûnt Pierre trouva le premier à Samarie ; il y avait exercé la magie et séduit le peuple par ses enchantetnentSj se disant être qx^l^ que chose de grand ; de sorte que tous le suivaient depuis le plus petit jusqu'au plus grand, et disaient: Celui^iest la grande vertu de Dieu [ActeSy VIII, 9). Bar-Jésu était un juif, faux prophète et magicien, que saint Paul trouva en Chypre chez le proconsul Sergius Paulus ; il se nommait aussi ÉlymaSy et l'auteur du livre des Actes remarque que ce nom signifie magicien . Il résistait à saint Paul et à saint Barnabe, s'efforçant d'empêcher le proconsul d'embrasser la foi; mais saint Paul le frappa d'aveuglement [Actes, ch. XIU, V. 6).

Il faut raisonner de la victoire des Apôtres sur de tels hommes, comme des victoires sensibles qu'ils remportaient

sur le démon en le chassant du corps des possédés et le forçant d'obéir à leurs ordres. Ces choses sont des figures des victoires plus importantes sur le démon, la séduction et le péché. Or, le tout avait été figuré par la victoire de Moïse sur les enchanteurs d'Egypte, et autres traits sem- Uables de l'histoire de l'Ancien Testament; et ce qui arrivait aux Apôtres était, de nouveau, figure d'autres événements futurs.

PItD de Dieu, en faisant prophétiser longtemps avant Fexécution les grands éTénements de la Religion, proposé par Isaîe. Ce plan prouve la vérité de la Religion.

Extrait des chapitres d*lsale, depuis le XL1« jusqu*au XLVIH*.

Ce n'est pas seulement quelque point particulier de la Religion, quelque important qu'il puisse être, c'est la Religion dans son entier qui se trouve prouvée par le moyen des prophéties, et par l'économie avec laquelle elles ont été dispensées. C'est ce qui est traité en divers chapitres d'Isale, depuis le XLI*.

Qu^ils vienjientj ces faux dieux ou leurs interprëtes,dit le Seigneur à Isaïe (ch. XLI^ v. 22), qu'ils nous prédisent cequidoit arriver à l'avenir. Et ce qui est digne d'attention, c'est qu'on leur fait le même défi sur le passé; ce qui marque qu'il s'agit d'un plan suivi, dont toutes les parties se répondent, et qui comprend le passé aussi bien que l'avenir. Qu ils nous fassent savoir les choses passées ; et nous les écouterons avec attention de cœur et d'esprit, et nous apprendrons d*eux quel doit être leur dernier état. Décou-

6 HUITlfcHE SYMBOLE.

*eZ'noi/s ce qui doit arriver à Pavenir, et nous reconnai"

*onsqne vous êtes dieux (Éloiiih). Fit an ch. XLin, v. 9 ;

^ue toutes les nations s amassent j et que tous les peuples se

assemblent. Qui de vous a jamais annoncé ces événements?

CH<i a préditf ou plutôt, qui nous fera savoir ce qui est

arrivé autrefois? Qu^ ils produisent leurs iAnoinSy qu'ils

vérifient leurs prophéties, et alors on les écoutera^ ei on leur

dira : Vous dites vrai.

Au contraire, Dieu produit de son côté ses témoins : Vous êtes mes témoins, dit le Seigneur, vous et mon servie teur que j'ai choisi; afin que vous sachiez, que votis croyiez et que vous compreniez que c'est moi-même qui suis ;qu il n^y appoint eu de Dieu formé avant moi^ et qu^il n^y eti aura point après moi. C'est moi, c'est moi qui suis Jéhovah, et hors moi il n'y a point de Sauveur. Et quelques versets après : C est moi qui ai formé ce peuple pour moi-même, et il publiera mes louanfjcs (v. 2i).

Au chapitre XLIY, verset 7 : Qui est semblable à moi? Qu'il rappelle tout le passé; qu'il explique par ordre^ dés le commencement du monde, ce que j^ ai fait pour rétablis-sèment du peuple antique : quHl leur prédise les choses futures, et ce qui doit arriver. Xe craignez point, ne vous épouvantez point : je votts ai fait savoir dès le commence^ ment et je vous ai annoncé iM^. que vous voyez maintenant : vous êtes témoins de ce que je dis: Vos estis testes mei. Y a-t'il quelque autre Dieu que moi, et un Créateur que je 7ie connaisse pas?

Et au verset 2i\. le Prophrte exprime avec une nouvelle force ce coml)al «pil rsl enfrc la sapressc de Dieu qui sait tout, et Irs niinislros d<^ l;i séduction el de la folie : Cest utoiqui fais voir /ff fausseté f/rs prodiges de la magie (éth(»tii baiuum\ qui rends inscnsrs rp\ix qui se mêlent de deviner

btfl». -i * "■ \\i \

DIVINATION... FROFHÈTBS, ETC. 24*?

(kosbhim) ; ^ui renverse P esprit des sages, et çui convaincs de fohe leur vaine science. C^est moi qui rends stables les païï^oles de mon serviteur^ et qui accomplis les oracles de^ \ envoyés ; qui dis à Jérusalem : Vous sereif habitée; et villes de iuda : Vous serez rebâtieSy et je repeuplerai vas diserts.

Aa chapitre XLY^ v. 18, Djau fait observer, que ce n^est; point en vain et pour n'être point exécutées quMl a fait de^ promesses à son peuple; que ce n'est pas non plus dans uq lieu cac^é, nais qu'il a fait publier ses prophéties long^ temps avant qu'elles s'exécutassent : Je rCai point parlé é»^ secret, ni dans quelque coin obscur de la terre ; ce n'esti point en vain que f ai dit à la race de Jacob : Recherchez-^. ttèoi ; quoiqu'il soit vrai que la race de Jacob a été longtemps sans rechercher le Seigneur, mais le Seigneur sf^vait le temps auquel sa parole produirait son fruit. Au contraivfi (▼. 20)9 ceuxrlà ne savent rien (des cho^s futures^ et ne peuvent rendre raison ni des passées, ni des présentes), qm éUvent en honneur une sculpture de bois, et qui adresn seni kurs prières à un Dieu qui ne peut sauver. Enseignez^ leSy ameneZ'leSy et prenez conseil tous ensemble. Qui a atii nonce ces événementsdès le commencements Qui les api*édits dés les premiers temps? N^est-ce pas moi qui suis JÉuovA^y ei il n'y a point cT autre Dieu (Élohim) que moi y le Dieu jusie^ et il rCy en a point if autre qui sauve que moi. Les quatre versets suivants prédisent, avec une force et une netteté extraordinaire, une conversion des hommes à QiaUy également merveilleuse dans sa perfection et son étendue.

Ne nous lassons point d*en tendre répéter par le Prophète la même vérité, puisqu'en la répétant il y ajoute toujours de nouveaux traits. Le chapitre XLYI contient^ comice les autres, un plaidoyer en faveur du vrai Dieu, contre oeux

qui lui en disputent le titre (verset 9) : Rappelez dans votre mémoire ce qui s^ est passé dans les siècles les plus reculés; reconnaissez que je suis DieUy qu'il n!y a point dCautre Dieu que moiy et qu'il 7i*y en a point de semblable à moi, CPest moi qui annonce dès le commencement ce qui doit arriver dans les temps futurs les plus reculés (àchàrith), qui prédis les choses longtemps avant qu'elles soient faites, qui dis : Toutes mes résolutions seront immuables, et toutes mes volontés s'exécuteront... Ecoutez-moiy coeurs endurcisj vous qui êtes éloignés de la justice. JTat fait ap^ ptocher ma justice, et elle ne s'éloignera point, elle ne retardera point, et mon salut ne différera point. Rétablirai le salut dans Sion^ et ma gloire dans Israël.

On voit dans tous ces chapitres où le Prophète prend en main la cause du vrai Dieu, qu'il la défend tout & la fois, et contre les faux dieux, et contre les hommes qui leur étaient attachés. Au chapitre XLYII, il nous fait envisager ceux qui sont du parti des faux dieux comme formant une assemblée, un corps, une puissance redoutable ; en un mot, il nous les représente sous l'image de Babylone et de tout Tempire des Chaldéens. Sous cette forme, ils se promettaient une éternelle durée. Mais voici ce que Dieu dit (v. S): 0 fille des Chaldéens, vous ne serez plus appelée à r avenir la dominatrice des royaumes... Vous avez dit : Je serai éternellement reine. Vous n'avez point fait de réflexion sur la prédiction qui a été faite de votre ruine : Non posuiSTi h.ï:c super cor tutm ; vous ne vous êtes point représente ce qui devait vous arriver dans les temps postérieurs (acharithah). Ecoutez donc maiiUenant, vous qui vivez dans les délices, vous qui demeurez dans une pleine assu^ rancCy qui dites en votre cœur : Moi, et après moi point d!* autre : Ego, et non pr.f.ter me ultra; je ne deviendrai

point veuvCj et je ne saurai ce que c'est que la stérilité. Cependant ces deux maux viendront fondre tout dun emp sur vous en un même temps, la stérilité et la viduité; i0U8 ces malheurs vous accableront, à cause de la multitude de vas etu^hantementSj et de F extrême dureté de vos enchanteurs. Vous vous êtes tenue assurée dans votre ma-' lice, et vous avez dit : // n'y a personne qui me voie. Cest wtre sagesse (que l'on remarque bien cette expression) et votre science même qui vous a séduite. Vous avez dit dans votre ccBur: Moiy et après moi point d'autre.

Le mal vous attaquera en un jour que vous ignorez : vous vous trouverez surprise dune affliction dont vous ne paurrezvous défendre; et une misère que vous n^ avez jamais prévue viendra tout dun coup fondre sur vous. Venez avec vos enchanteurs, et avec tous vos secrets de magie^ Êuxquels vous vous êtes appliquée avec tant de travail dès votre jeunesse j pour voir si vous en tiret*ez quelque avantoge et si vous en deviendrez plus forte. Vous avez été accablée de lassitude au milieu de vos conseils et de vos consultations. Que ces augures qui étudient le ciel^ qui emtemplent les astres^ et qui comptent les mois pour en tirer les prédictions de ce qui vous doit arriver, viennent maintenant et qu'ils vous sauvent.

Jérémie entremêle les mêmes idées dans la prédiction qu'il fait contre Babylone, cb. L. Ce sera en faveur des enfants de Juda, lorsque Dieu voudra les délivrer, que Babylone sera détruite : Leur Rédempteur est fort^ son nom est (Jéhovah) le Seigneur des armées; il prendra en les jugeant la défense de leur cause... Lépée est tirée contre les Chaldéens, dit le Seigneur, contre les habitants de Ba^ hglonej contre ses princes, et contre ses sages. Vépée est tirée contre ses devins (c'est ainsi que lisent la Yulgate et

2S0 HUITIÈMB STM80LB.

les Septante, Phébreu po^te mendàces) çni paraiironÉ des^ insensée ; Pépée est tirée contre ses braves fui eeroni saisis de crainte (v. 34 et suivants).

Au chapitre XL VIII, IsaXe continue d^nûster sur I^uh cienneté des prophéties qui avaient prévenu d'un très-long temps les événements, et il en tire, ainsi que dans les oba» pitres précédents, ses inductions. Nous aurons bientôt lien d'y revepir.

Pf^m^iiMr. leps qui Hk nrésci^te d^iis 1^ P^^^0<^ ^'\^^i çaippor4é4 au pifar

fjrapbe précédent^ tend à prouver la vérité df la R«ligion des Juifs el a divînité du Dieu dîsraël, conlre les idoles de la terre de Ghaoaan el des Babyloniens.

Plus on approfondira les chiipitres à^Isate dent poua venons de flaire desextraits, et plus on se eon vaincra qae ce Prophète a eu en vue les mystères du Christianisme; mais on ne peut pas non plus désavouer qu41 n'eût devant les yeux des événements temporels peu éloignés de son temps, qui lui servaient d'emblèmes. Donnons donc d^abord une légère idée de ce premier sens, qui d^ailleurs est en luimôme très-important.

Celui-H est le Dieu véritable, qui connaît les choses futures, qui dispose des événements ; qui est capable d'expliquer les choses passées , d'en découvrir les proportions, d'expliquer nettement les rapports qu'elles ont avec les futures, et de rendre raison des unes et des autres par rapport à un plan général. Rien n'est plus propre à montrer qu'il est le maître de tout, qu'il a tout ordonné et que c'est lui qui met tout à exécution. Il n'y a personne plus propre à rendre raison d'un ouvrage que l'ouvrier ; personne plus

êEk ëtat d'eirpliquer à quoi tendent les portions de l'onvrage qui sont déjà exécutées, et de déclarer celles qui restent h Aline, que ce mAme ouvrier.

Or, telle est, dit Isale^ la situation de Jéhotah, le Dieu d^isnél, par rapport à tout ce qui regarde non-seulement son peuple, mai3 encore tous les autres (il s-agissait, dans le sens que nous suivons, des peuples avec qui le peuple de Dieu avait quelque chose à démêler, et spécialement des Babyloniens) ; et nul autre que lé Dieu d'Israël ne pouvait reBdte raison de toutes ces choses. Ni les dieux que les Babyloniens adoraient, ni ceux que les Juifs entraînés A. l-idolâtrie associaient ou préféraient au Dieu dlsrael, ne pouvaient rien de semblable ; donc ils n'étaient pas des dieux, et le Dieu d'Israël était le seul Dieu véritable. r En effet, Dieu annonçait, dès le temps d'Isale, la capti- ^té de Babylone qui ne devait arriver que cent cinquante ans itprès; il i^nnonçait le retour des captifs qui devait arriver soixante-^ix années plus tard; Gyrus, par qui cette oeuvre devait s'opérer, était nommé. Or, ni les faux dieux, ni leurs adorateurs ne pouvaient rien prédire de ces choses ; et rimpuissance était égale, soit par rapport aux dieux de Babylone, soit par rapport à ceux que les Juifs apostats adoraient en Judée. Les pythons que Manassès consulta à Jéru$£|lea^ ne lui découyriirenl poipt ce qye le yériiable Dieu (Jéhovah) avait appris et continuait d'apprendre à ses Prophètes. Lzéchiel, Daniel et leurs semblables, apprenaient du Pieu d'Israël à Babylone, ce que tous les sfiges et les devins de Chaldée ne pouvaient savoir.

Ce n'était pas seulement par rapport à l'avenir que les Prophètes du vrai Dieu et ceux qui les écoutaient étaient instruits; de pli^s, ils rendaient raison des événements passés. Ils expliquaient, par exemple, la proportion qu'il y

252 HUITIÈME BYMBOLB.

avait entre la captivité et la délivrance de l'Egypte, d^onc part; et de l'autre^ la captivité et la délivrance de Babylone. Us rendaient raison de la promulgation de la loi de Dieu faite par Moïse dans le désert, de rintroduotion dans la terre de Ghanaan, des divers châtiments que k peuple d'Israël avait éprouvés à mesure qu'il avait été infidèle , et le reste qu'on peut voir dans les Prophètes , danfl Baruch, par exemple, qui rappelle tout le plan de Dieu, el qui observe que ce plan avait été tracé selon son étendue dans les livres de Moïse. Or, ceux qui étaient ainsi attentifs à suivre la tradition des Prophètes étaient les témoins de Dieu ; et coomie ce qu'ils disaient était conforme à la vérité des événements, ils étaient reconnus pour des témoins fidèles, et le Dieu dont ils annonçaient la gloire pour le Dieu véritable : Ko5 testes meiy et ego Deus (/5ai«,XLIII,12). Au contraire, on défiait les faux dieux de produire rien de semblable : Quils produisent leurs témoins^ quHls vérifient leurs prophéties^ et alors on les écoutera^ et on leur dira : Vous dites vrai [Ibid., v. 9).

Ku voilà assez par rapport à ce premier sens.

Second sens que Ton peut envisager dans les mêmes passages d^Isaîe, tend à prouver la vérité de la Religion chrétienne en général.

La controverse contre les faux dieux des Babyloniens et de la Palestine est l'image d'une controverse d'un autre ordre, où il s'agit de prouver le Christianisme, non-seulement contre les adorateurs des idoles, mais contre les Juifs même fidèles à n'adorer qu'un seul Dieu, et autres semblables.

DIVINATION... PROPHÈTEâ, ETC. 253

C'est sans doute une des plus grandes preuves de la Religion, devoir qu'elle ait été annoncée dans tous ses grands événementslongtemps avant leur accomplissement. L'Église est une nouvelle Jérusalem, un peuple d'Israël selon Tesprit. Les nations qui sont entrées dans l'Église ont été délivrées d'une captivité plus réelle et plus funeste que celle des Juifis à Babylone. Le Libérateur des Chrétiens e^t bien ntre, non-seulement que Cyrus, mais que Zorobabel, que lésus fils de Josédec, et que tous les autres que Dieu suscita pour ramener son peuple en Judée et y rétablir son eolte.

Ces choses ont été prédites bien des siècles avant qu'elles faeeomplissent. Gela ne s'est pas fait en secret et dans quelffo» coin obscur de la terre, mais à la vue d'un grand peuple qui est demeuré dépositaire des prophéties à mesure qu'elles 9t faisaient. On sait dans quel détail sont entrés les Prophètes, sur la venue du Messie, sur les caractères de sa personne, les circonstances de sa vie, la nature de son œuvre, sa grandeur, son étendue , les contradictions que cette œuvre devait éprouver et dont elle devait triompher, la ocmversion des nations, l'endurcissement des Juifs et le châtiment qui le devait suivre. Or, il n'y avait que Dieu seul qui pût prévoir toutes ces choses; et la religion qui est annoncée de la sorte ne peut être que la véritable. Ce caractère distingue la Religion chrétienne de toutes les autres ; nulle autre n'a pu le lui dérober; nul imposteur n*a pu disposer^ pendant une longue suite jde siècles avant lui, une multitude d'avant-coureurs qui venaient, à la suite les uns des autres , annoncer sa venue et préparer le monde à le recevoir.

La force d'une telle preuve est connue ; les apologistes de la Religion chrétienne ont eu soin de la mettre dans son

et comme le fondateur d'une société visible qu'on appell l'Église y qui fait une profession extérieure de Tadorei mais, de plus, on le regarde comme le Dieu incamé pou faire observer sa loi par les hommes, en la mettant dan leur cœur, et en tournant leurs volontés et les déterminant aimer cette loi et à la pratiquer; comme un Dieu qui délivi du péché, en faisant qu'on baisse le péché ; comme un Légic lateur d'un ordre nouveau, qui donne à ses peuples d'aime ce qu'il commande, et de désirer ce qu'il promet. C'est aini que l'Église nous fait envisager Dieu, lorsqu'elle nous me cette prière dans la bouche : a Accordez à votre peuple 1 « grâce d'aimer ce que vous commandez, et de désirer c (c que vous promettez; afin qu'au milieu de l'instabilité de « choses du monde, nos cœurs demeurent fixés vers le term « où se trouve le véritable bonheur. »

Lorsque l'on commence à considérer Jésus-Christ de cetl sorte, la Religion tout entière prend une nouvelle face elle parait fondée sur un nouveau plan ; et la seule propo sition de ce plan en devient une puissante preuve à qui sai l'entendre. C'est ainsi que Dieu montra la Religion à Mois* lorsqu'il lui fit confidence de son secret sur le mont Sinal J'enverrai le Messie, qui leur donnera le cœur qui leur es nécessaire pour accomplir ma loi. Voilà le Législateur, h Médiateur, le Sauveur qui leur est nécessaire, F Ange d r alliance si désiré de vous [Malachic, III, 1). S'ils ne h comprennent pas encore, c'est qu'ils sont aveugles, et leu; besoin parle pour eux. En effet, donnez aux hommes toute: les richesses imaginables, donnez-leur même tous les bieni qui ont rapport à la Religion, ou qui en font partie, si vouî ne leur donnez pas le cœur qui accomplit la loi, vous ne leui donnez rien. Cela revient à ce que dit saint Paul : Si Je n^a jyffs la charité y je ne suis rien (/. Cor. y XIII, 2).

Ainsi fut proposée la Religion, non pas seulement à Jérusalem au temps de Jésus de Nazareth, mais sur le mont Sinal, au temps de la sortie de TÉgypte, dès le temps que se ibrmaît Tancienne alliance. Ces choses furent dites nettement et précisément à Moïse, mais elles furent voilées pour le peuple. Moïse les comprit, il les mit par écrit, il les confia au peuple d'Israël pour être gardées en forme de dépôt publie. Approchez-vous de moi^ est-il dit, Isaîe, XL VIII, 46, et écoutez ceci : Dès le commencement ^ je n^ai point parlé en secret : fêtais présent lorsque la prophétie a été faite; et maintenant fai été envoyé par le Seigneur (Jéhovah), et par son Esprit.

Moïse comprit ces choses, mais le peuple, qui en fut dépositaire, ne les comprit pas. Isaie^ même ch., v. 3 : /e vous ai annoncé dès lors les premières choses (les premières parties de mon plan); elles sortirent de ma bouche y et je vous les fis entendre [ô vous qui portez le nom d'Israël, v. i)\ je les ai subitement mises à exécutiouy et elles ont eu leur accom-plissement. Je savais dès lors que vous êtes dur, que votre eou est comme une barre de fer^ el que vous avez un front d*airain. Je n'ignorais pas que vous étiez de ce caractère, puisque je l'ai fait écrire dès ce temps-là dans le livre du Detitéronome. J'y ait fait écrire de plus que vous porteriez longtemps ce même caractère, et qu'un jour viendrait que je vous i-endrais jaloux d'un peuple qui ne méritait pas d'être appelé mon peuple, et que je ferais qu'une nation insensée deviendrait l'objet de votre envie {Deut.y XXXII, 21); c'est- 4*dire que j^appellerais les Gentils à votre place, et que je lear accorderais le don de me servir.

J'y ai fait écrire encore {Deut.^ ch. XXX), qu'après que vous auriez éprouvé toutes les malédictions que je vous avais annoncées, vous reviendriez à moi avec vos enfants et vous T. II. 47

258 JIUITIÈME SYMBOÏJR.

m'ob^.ÎA'iezdû ;^)!at.y€ft^e eœiir et de^ioute votre kme, 4 sorte que vovs* accompliriez alors. la loi qiie.*VQii$(ii'aiirH pas accomplie jusqiie-}à. J'aicaractérîsé oei|iettreuK tem] en disant -qu'alors je circoncirais votre ocetur-el, le omar4 vos^enrants^ofin^Uje vousjfa'aijnBfisi»i]e<tofit/votré eQB|^< de toute votre. &me^ et que vous eiissleBiJa.-ifie.Talfyoïil qç^Bilors je détournerais i^es . malédictions Ide ' dessosi vi tétesy et les lrans|>ort6rais sur la tète de» peuple» qui lai raient vos adversail^es, vos coneurrents, vos rivaux»-.

Je vous ai, àis-ja^ annoncé ces choses. a^^QHi qxMles arr vasseni; je vous m fait entendre. la voix qui fes-prommçai de peur quCj dans le temps de r événement ^ Vfius ne tim siez à dire : Ce sont mes idoles qui les ont faites; ce sont mt images taillées et jetées en fonie qui en oni ainsi dispai [Isaîe, XLYIIIy 6). Il laut se souvenir ici que Ton fait d libre arbitre un Dieu» lorsqu'on luiattribua le^roitde d^ cider dans le royaume de la justice. On^ Dieu a déclarée donnant sa loi, quand et par qui elle serait et ne serait pc accomplie, aûn que, daus le temps de Paccomplissemen tout prétexte fût 6té aux hommes de dire : Ce n'est pas Diei mais le libre arbitre qui en à ainsi décidé.

Il y a encore quelque cbose de plus. Lorsque Dieu a fis< ainsi tracer sou plan par la langue et la plume de Moïse (< Ton voit bien qu'il en faut dire autant à proportion de autres Prophètes), ce plan n'a pas été compris ; et il ne l'a p8 été^ parce que Dieu n'a pas voulu qu'il le fi\t alors. Il l'a fa mettre par écrit do la manière qui était nécessaire pour prc duire cet effet : Votfs avez entetulu toutes ces choses, remai quez-le bien, t?iais les avez-vous annoncées? Je vous ai fax entendre dès lors des choses ?iouvelles, et qui étaient mise en réserve pour être accomplies en leur temps^ et vous n les avez pas comprises. Elles sont créées et opérées mainte

DlVINATIOir;..' PMPHÈTESy ETC. SB9

fianty et non pin dès lors (c'est-à-dire dans le temp$ que je les annonçais), iltes tintaient point avctnt ce jour, et Jioug n'amespas' àtâ dire qif elles fussent y àififi que v&us ievenied pas dire : Je savùis imites ces choses (\\ 6 ei 7). ' Que Von y' prenne donc garde. Le peuple d'Israël avait Mtenda ïe pladid^ Di«u, «t ne l'avait pad enWndu ; -if Tavtit^nteàdttdesbpéillesdu corps, et non de celles de 1%- -telliigienci : Vous fie les avez point entendues ni'conmses^ poursuit baie, et vôtre oreille ne fut point ouverte alors; carfai sii ceiiainement que vous seriez un précaricatetir ; fest pourquoi^ dis le sein de votre mère^ vous avez reçu -^pour surnom éi vous avez été appelé violateur de In loi

'A te discodrSy le Prophète ajoute encore deux choses : Putie, que si Israël avait accompli la loi, la pàik de ce peuple sisraitâevenue comme un fleuve, et sa justice comme les •fl(^ de la mer;' sa race aurait été bénie, et le nom de sa lace n'aurait point éléeflacé de devant les yeax du Seigneur (v. 48 et 19); c'est-à-dire que Dieu aurait fuit avec ce peuple une 'alliance qui l'aurait comblé de biens; mais tous ces biens dépendaient d'une condition qui n'a pas eu lieu. La seconde chose qfue' le Prophète ajoute, ce sont des pi-omes- ^ses ab^Iues et qui ne dépendent plus d'aucune condition qui puisse en empocher l'exécution (v. H) ; C'est pour moi-- 'même que fouirai, c^ est pour moi-même ^ afin que mon nom *«tf soii^poirit blasphéméy et je n'abandonnerai point ma gloire à un mitre. Et au t. 20 : Sortez de Babylone, fuyez iè Chaldée; c'est-à-dire, sortez de la captivité du péché, ■pour entrer dans la justice. A nnoncez cette nouvelle^ et'pu^ bitez- la jusqu'aux extrémités du monde. Dites: Le Seigneur a racheté Jacob son serviteur.

260 HUITIÈUE SYMBOLE.

Avant de revenir aux chapitres dlsaïe qui précèdent le XLYIII*, on Ciil u exposé d'un double plan sur la Religion : l'un, celui de TEsprii de vériU Tauire, celui des Juifs qui voulaient établir leur propre justice.

On reconnaît donc par les traits que nous venons de rap porter du chapitre XLVIII à^Isaie, que le Prophète âppli que lui-même distinctement, tout ce qu'il avait dit dans le chapitres précédents, au plan de Dieu dans la distributioi de Tancienne et de la nouvelle alliance, et spécialement le extraits que nous en avons rapportés dans le § 1*'. Il es parlé, dans ces chapitres, de la délivrance d'un certain peu pie, de rabaissement d'un autre; des dieux prétendus qu disputaient au vrai Dieu le pouvoir de décider du sort de peuples. On voit des partisans de Tune et de l'autre cause on produit, die part et d'autre, des témoins ; mais les uns son reconnus pour véritables, et les autres sont convaincus d< mensonge, et la cause du vrai Dieu, après de longues cbti' testations, demeure pour toujours victorieuse. Mais ce choses sont ordinairement voilées sons le nom des Chai* déens, des Babyloniens, des idoles grossières qu'ils ada raient, des devins qu'ils consultaient, et sous l'image de h captivité et de la délivrance des Juifs annoncées longtempi auparavant par les prophètes du Dieu d'Israël.

Or, afin de faire entendre plus nettement le sens impor tant, caché sous le voile du sens charnel et grossier, il es bon de rappeler ici en peu de mots les vérités qui doiven servir de principes.

La vérité qui est la base de tout a déjà été touchée ai paragraphe 4. Le vrai salut de l'homme consiste à ôtn délivré de réternelle misère, pour être conduit à l'éter nelle félicité. Or, c'est par la justice, par l'accomplissemen

de la loi, quMl évite l'une et parvient à Tautre. Donc, le vrai salut, la vraie délivrance de Tbomme , consiste à éire délivré dii péché et conduit à l'observation de la loi.

De là suivent, par forme de corollaire, deux vérités : Tune, que celui-là sera le vrai Sauveur de l'homme (et Ton peut ajouter avec justesse^ non-seulement son Sauveur, nais son Dieu), de qui lui viendra cet accomplissement de la loi décisif de son éternité.

L'autre, vérité, c'est qu^il n'y a point de secrets, point de connaissances si importantes à l'homme que celles qui concernent cette matière. L'homme parviendra-t-il à l'ac* oomplissement de la loi? N'y parviendra-t-il pas? Comment y parviendra-t-il ? Qui sera celui qui en décidera? Qu'en &-t-iI, en effet, décidé? Nous a-t-il fait connaître quelque chose de ce qu'il a décidé? Qu'est-ce qu'il en a fait connaître, et à qui? Il est évident que la révélation de ces choses est tout autrement importante que celle des secrets de la nature les plus cachés, ou des révolutions passées ou futures des États et des Empires. Il vaut mieux être instruit sur la source où se puisent la sagesse et la vertu, que de savoir en ^el endroit de la terre se trouve lamine d'or la plus abondante. Il est plus important de connaître qui sont les peuples qui possèdent et qui posséderont la justice, que de savoir ceux qui feront la conquête du monde.

Or, la connaissance de c^s choses, qui ont un rapport immédiat aux vrais besoins de l'homme, est d'autant plus précieuse qu'elle n'est pas commune à tous. Il se trouve même que plus une telle connaissance est exacte, précise, particulière, propre à mener au but, soit celui qui la posaède, soit les autres par son canal, et plus elle est rare. Cest de là qu'il est arrivé que l'Ecriture nous a souvent représenté les divers degrés de cette connaissance sous

262 lIUmÈHE STBCBOIA. èf'\''

ridée d?une espèce de .divination^ dontiDéealaU' part aux hommes selon qu'il lui plaît,, Qr^ tousin'ayant pa&craça la véritable coonaksanoe-par. la pact^ctpalioftî^J!!E9pni:^t vérité, plusieum ont euireGonPsià fespiit^de menséiçgife^ et ont mis à la place de la vraie scienéè le&refFenrs qu!ih en ontrecues« La prétendué.déoouverte qu'ils <u;it.faâteifl« ces-opinions trompeuses lenr a tenu lieu* de-diiÔBaiÎDniy-iel cela d'autant plus» qu'ils pnt attribué ià;le«irs découverts des caractères plus sublimes, soit Ida [c6té de l-ifl{qportuioe des ohoses qu'ils ont ci^uisaivoir; sQât;pai;rapporiè(11ôrignip de leurs prétendues ôonnaîasancèsi Car les ions ont prétendii les tenir de Dieu étides; anbieiiaesfÉQrituresvd'aiatires, de** puis le Christianisme, ont soateou :qu'il& lesiavaient itirées de l'ÂDcien et du Nouveau Tesiamen t^' que: c'était. la doc^ trine de Jésus-Christ et des Apôtres^çi-plasieursontdifaqlu c'était la doctrine quhis' avaient, reôfe de l'Église^: et ^t conséquent dn Saint-Esprit qiii ensei^e^'Église. £n sorte qu'il y a eu, par rapport. au»: matières limplorlaaies.îdbal nous parlons, divination contre. divination^ divination vér ritable contre la faujsse divination, et fausse, divination eoiii tre la véritable. -i ... i

L'Espritd«fvéritéaforiBé son plan., et l'esprit «de: mensonge lui a opposé le'sien.Dieu aparlé, et le serpent a parlé à son tour. Le serpent a eu des disciples, .Dieu >en a- eu ; t%\ les disciples de 'deux écoles si.'étrangieaiEent différentes i^at été mis aux4nainsies.uns> contre les antres. Représentons en abrégé les deux plansi •.; • '■;:■ : ^ •.. >■

Voici celui de l'Esprit de vérité; Dieu donne la connais^ sance do sa loi à qui il lui plait ; il en est ainsi> len^général, de la connaistonce-de la.véritékiMaisila'oonDaisBancedei.k loi ne suffit point; il'faut,oùtreôelay'UaoooinpIis6Qmeutdela loi. Or, Dieu seul donne Tacoomplissement de laloi^ parce

DlTINATIOCfJt^ PROPHÈTES, ETC. 263

que loiflfididoBséileiodeun aiAec lequel on racoomplit, et flui9 kqaeli ctti aieVacoomplit jamais. Par ; conséqueot c'est Dietf qqr.'Aiscdnxe cèox qoi-acoomplissent de oeax qui n'ac* complisMnt pus j r e^ il le «fait avec une souveraine puissance eCiinp soirreraitte: lîfaertév « : ' ^7 -

'•IILIiH'af plffiâ&dDODerauxliiifs la^connûssance de laloi, ]^.leÉÉimstâre*fde Moïse.; et aux ChréiMQs; par Jésus- Ghrisfr^ la jgvkot > qui lait accomplii' la loi . il aiiaiûl éïréié dnases-dessbiM : l^qn'il ei^'erraille Messie quintee siècles apiè9 Molsé^ â^ qu'alors il répandrait abondamment sa giAce' pleine d ■efficace sar le petit nombre de Juifs qu'il se réabrYemit, étsorla> multitude des Gentils;' 3^ que lesiliiis seraient réfKPOUvés; i'^^qu'apràs une longue satte dé siècles, iljlés ajjpelleraitdei BOUTéaii et répaâdràit' sur eia ôette aépié g#àce ; et le ife^te:

"ifl eutre!:dbns be'plan/ et c'«st'!un -ouTrageidÎTin^ de donner le oœtir ^i obsenre la loi [ùA voit bibn que nous ^Ibns^'Ia^toîimoralé); ouvrage* non moins divin que de créer'lè'eiel/elblcietotie^.cfest'ponr'cela qu'il. fallait que le Menie likliDièu'y' parte que son céraotèré essentiel est de donner ce cœur.

Nous disons que c'est: là le caractère essentiel' du Messie. Bl'oela éstrtellenientt-iiTai^rqoe il le Dieu dnoarné ne donnait pas ce *cœuiiauai'bbmnies;il ne serafit pas |)rop(rement lai'MesÉiB';^ «Inlei^'laisseraâti dans ' la néeesâité de chercher aSl€BBriiini''Si|intfear; Cer qoi; est évident/ 1< puisque nereeevant pas l'accomplissement de la Ici H la' pratique de kffnrerio (de Ja(éiaîii< du Dieu iUcanné^i il faudrait qu'ils l'ftUàssbntiehapoiiei '.ailleurs, fin as oas^' ou ils y- parviendraient^ oui ils: n'y puctiendraienl pas. S'ils n'y parveoaiatatrtpaB^ilstojBberaieotdsHis la condamnation étemelle «i noiseinKenU point »uvu$..: S'ils' y parvenaient^ celui-là

264 HUITIÈME STMBOLB.

serait leur sauveur, avec plus de vérité que tout autre, qui leur aurait fourni une chose si excellente et seule décisive.

Concluons donc : i* qu'il fallait que le Messie fût Dieu, parce que le bienfait que les hommes avaient à recevoir de' lui était un ouvrage divin ; S"" que si étant Dieu il ne leur avait pas communiqué un tel bienfait, il n'aurait pas rempli les fonctions de Messie à leur égard. Ainsi, ou il les aurait laissés sans Messie, ou bien il en aurait laissé la foncti<m • à d'autres.

Comme on ne peut être trop clair sur une matière si capitale, disons la même chose en d'autres termes. La gràoé ' efficace par elle-même était nécessaire aux hommes. La principale fonction du Messie, c'est de la leur distribuer. Dieu avait réglé le temps de cette distribution, déterminé les particuliers et les peuples sur qui elle devait se faire, et nul ne pouvait suppléer au défaut d'un tel secours. La grâce efficace par elle-même est tout à la fois le bien et leremède essentiel ; avec elle, tous les biens viennent infailliblement à l'homme; tout lui manque, au contraire, lorsqu'elle lui manque, et il tombe dans l'abime de tous les maux.

Tel est le plan que Dieu communiqua à Moïse ; il est grand, il est simple, il est digne de Dieu. Dieu ordonna à Moïse de l'écrire, muis il le fit écrire de manière qu'il en résultât deux effets : l'un, que ce plan ne fût entendu que lorsqu'il lui plairait, et par ceux qu'il lui plairait ; l'autre, que lorsque l'explication en serait donnée» on ne pût révoquer en doute qu'il n'eût été effectivement écrit dès le commencement.

Nous devons maintenant parler du plan que l'esprit de mensonge a opposé à celui qui vient d'être représenté.

I BIVINATIOIC... PROPHÈTES, ETC. 265

/ Nous ne dirons rieit d'un premier ordre de séducteurs ,

c'est-à-dire des philosophes qui ont prétendu découvrir par

la force de la raison tous les devoirs de l'homme. Venons

donc tout d'un coup au peuple à qui Dieu donna le Déca-

lo^ue par le ministère de Moïse.

Le serpent qui avait parlé au premier homme dans le pa« radis terrestre continua de faire entendre sa voix dans le désert où les IsraéUtes campaient, dans le temps que la loi de Dieu leur fut proposée. Il leur persuada qu'ils trouveraient en eux-mêmes tout ce qui leur était nécessaire pour accomplir cette loi. Delà vint l'assurance avec laquelle ils promirent de l'accomplir, sans faire la moindre réflexion qn^illeuraurait fallu, pour tenir leur promesse, un cœur qu'ils n'avaient pas : Quis det^ et erit illis cor ? {Deut.j V,29.)

On sait combien l'égarement sur un article de cette importance fit de progrès, surtout au temps du Messie. Les pharisiens, les plus éclairés d'entre les Juifs, rejetaient la justice qui vient de Dieu, pour établir leur propre justice. Renchérissant donc sur leurs ancêtres, ils combattaient expressément ce que ceux-là n'avaient pas aperçu, c'est-àdire le don de Dieu qui forme les justes. Ils aimaient mieux mettre leur confiance dans le libre arbitre que dans le Dieu vivant, pour obtenir la justice. Ainsi, ils faisaient du libre arbitre un Dieu, puisqu'ils lui attribuaient la force de produire un ouvrage divin , et ils opposaient cette nouvelle divinité au Dieu véritable, puisqu'ils soutenaient que le Diea véritable ne faisait pas ce que faisait le Ubre arbitre.

Après cela, si à l'occasion du partage et de la distinction qui est entre les hommes par rapport au péché et à la justice on formait quelque question, que l'on demandât, par exemple, pourquoi tel homme est obéissant à la loi plutôt

266 • mUTIÀME .SSUBÙKEd / / - / .

queitel autre? poun{ftMM< «Ai pàuplio>>ef(^u9.fldàl6. que Tautre? ils ne- poa^atent répondre aùbce ohose^iea-^e tenant à leur plan, sinon que le libre: atUire ea avait ^lâoîdéaimi;' et si Ton formait de ipareiiUesi questions par jffi{qM)rt' à VaTB^ nir^ qu^il en serait ce qu'il .plairtît au libre arbittffe d'eac décider î. • •...'..■: -ii .ioi> m •'..-"•{ !!

Cette première erreur était matitireUeiikentràivié. d'une seconde. Les pharisiens! et les doicteilrsdem'liii^fpel«uaflii' que la justice. pouvait venirt du libre >8rbitre,Li prenaient l'ouvrage du libre arbitre "pour ia justice içiômé^.^Bn-efiét^' le librearbitre pouvait produire^ette sorbe. deijnsticeiqnef saint Paul appelle la justice de laioi*;: JustitSa qum ex hfe est {RonUj X^ ^). ;:il n'avait pas besoini pour cela: de ^.gràce qui. changé le coeur* ^Maia une tellei justice :ért&«8se^iei' l'Écriture la compare à tout oe qu'il.y' a de plas: infect» Cependant les ladorateursj idu;. libre* arbiire. prenaient o^tte. fausse. justice, qui eMleferme des effonts du libvearbitDe? laissé à lui-même^ pour la justice véritable et:fie 'flattaient;^ ^ par son moyen, de parvenir à la vie éternelle. Ainsi la méprise sur rorigine de la justice, entraînait après soi la méprise sur la nature de la justice. D'où il arrivait deux choses : l'une, que souvent les Juifs se croyaient justes quoiqu'ils fussent souillés aux yeux de Dieu ;rautre, qu'ils se croyaient toujours maîtres de se donner la justice, ne pensant 'point, sur cet article, être dans la dépendance de qui que ce soiti • . - . ■ ■ . : -i', ! ' ■; ■ "î '■ !• :> v>\\\ .; î

On voit ' faien-qu^me telle- manière de penser ne pouTart' manquer d'embrasser dans l'étendue de son: objet les raoes qui les avaient précédés. Attribuant la déoisibnt^iu Hbre arbitre^! et d'ailleurs ayant ui^e basse iâéé de la jtisticey comment auraient-ils pu croire <pie^ depuis Mdse jusqu'à leur temps^ ia justice eût été aussi liare que saint Paul, les

PÈAumtBÀi le» I^tlphètep le font booDaltr^? Or, si la= j iHk

tiea> cVsUàMlîve là fidélité à prpitîquer la Iqî, était comr

mane «vent le Messie >' cèoeabien était-il ,naturel dépenser

qaa4ce D*étaq[t.*pa8 ppur donner aux hommes oette fidélité

qae le IfesUe dei^âît- venir, 'Vabàb pour toute autre oho^e? .

Il résultait donc de tout cela, quMls ne pouvaient seforn-^ mcv du Messie et de ses fonetions qo'une idée entièrement différente d^ celle queles Livres saints, entendus dans learsensvéril^ble, en -donnaient. Et lorsque n<ms disons eeci,. nduB entendons parler, jQon des Juifsentièrement grossiers' qniifi'attendaienCida Messie que les biens de ce mondey mais de -€e^x-là même ^ui croyaient que' sem mitiistèreavait cappdrtft la vie éternelle; car ik le regardaient comme le:rémaiiérateur de i^ justice qu'il il^aurait pas donnée, e\* cdknitae un législateur pbis parfait que Mptse et qui durait' pDopo$é!la(-loi<)eDiieti avec une nouvelle tkrté, mais nui* lendeàt^comme le disftibutèur de la justice par le don d'an- '-ooaveaul •-!!.'.!.■ . ■ • •• ■■■ • •- •'

-i'*"- i' ' J ' »'• î ! ? ': : 's ' i ' ' î ' ' i 'i* ' ■ ' ! ' ? I' rî ■'«■'«• r ÂpplicatioD des. chapitres Vil et VIII d*Isajfe^ non plus seulement à la '*' nèl%îûÉ cfirélièiiné en général, mafs en la consi<)&rant parrêndroit

■ yar'le^tuel etlecist irtcoîiAue aux Pèlagrens. Précepte «lu Deutét6s> ç^ecru|i|i le. M<ï^sje, ei)TÎ6a{|é deUméme sorifl« . . • ^

Vn plan si différent du premier, dont nous avons fait Teipos^ nr pouvi^it matt^nerdréMitejr.i/nç'guerretJsnlre'liBs défen6eQt^<i\eTun«et4e Tautre. C'^stoe qu'ioa a vii^ ençfféti^. eptM JiSsi:i9*<U»riât et ses di^>^l^s,4>iite.party et'de Taûtre^le8.4detjsutfS die lAlOi et la nation des Jui&.Dn Voit les mb^ tiffrlto fette ^ueiT^ tie^4ei9fienit exprimés en divers endroits d0PÉva«]sile>;et spécialement dandl-J^plIre dé saint Paul

268 HUITIÈ;|tfE SYBfBOLB.

aux Romains. C'est cette guerre qu'Isale a décrite par esprit de prophétie en plusieurs endroits, mais surtout dans les chapitres dont nous avons rapporté les eïtrails. £lle est aussi figurée dans les YIP et YIIP chapitres. Mous avons déjà traité de ces deux chapitres, mais nous l'avons fait d'une manière plus générale, et sans pénétrer jusqu'aux vérités dont il s'agit maintenant et que les Pélagiens ne connaissent point.

Nous avons envisagé Isale et ses disciples [Ecce ego et pueri niei, quos dédit mihi Dominus, etc.,) comme l'image du parti de Jésus-Christ; et tous les ennemis qu'il avait à combattre, comme l'image du [)arti opposé à Jésus-Christ. Voilà qui est général, et les Pélagiens s'en accommoderaient. Âjoutons-y maintenant, que Jésus-Christ n'est autre que le distributeur de la justice par une grâce efficace^ que c'est sous ce caractère qu'il était reconnu par ses disciples, et sous ce même caractère qu'il était méconnu et attaqué par les Juifs. Dès lors le siège de Jérusalem, le danger où semblait être la Religion et les promesses, figureront les efforts que faisaient les ennemis de la piété pour la détruire, et la difficulté qu'il y avait à acquérir ou à conserver une justice véritable. Les alarmes communes aux deux partis figureront les réflexions faites des deux côtés sur la corruption des mœurs, l'extinction de l'esprit de piété et la difficulté de la ranimer.

Dans ces tristes circonstances il se fait un partage au milieu de Jérusalem. Ou entend, d'un côté, des voix qui disent d'abord : Jérusalem sera prise, etc. ; ensuite elles disent : Il faut s'adresser à Théglathphalasar pour en obtenir du secours. Du côté d'Isale on dit : Il ne faut attendre du secours que de Dieu, avoir confiance qu'il est avec nous, quia Etnmanuel ; et être très-certains que s'il est avec nous, nous

serons invincibles. Yoilà Fimage du partage qui se fait au inilieu du peuple de Dieu, au temps de Jésus-Christ. Dans le parti qui lui est opposé, les uns se laissent aller au déoonragement et sont tentés d'abandonner le soin de leur salut; les autres disent : Ce n^est point à Dieu, mais au libre arbitre qu'il faut avoir recours, c'est sur ses efforts qu'il &ut appuyer sa confiance, c'est de là que nous viendra le salut. Dans le parti de Jésus-Christ, au contraire, on dit : Dieu seul peut faire cesser le règne du péché ; lui seul peut donner la justice ; c'est lui qui nous tirera des ténèbres et de l'ombre de la mort, et qui, nous communiquant la vraie science du salut, dirigera nos pas dans la voie de la paix.

Au temps d'Isaïe la multitude ne l'écoute point, parce qu'il n'annonce aucune ressource du côté des hommes, et qu'il veut qu'on renferme toutes ses espérances en Dieu. baie n'a qu'un seul mot qui fait toute sa consolation et sa force : Quta Emmanuel : Parce que Dieu est avec nous. Au temps de Jésus-Christ, les Juifs ne veulent point le reconnaître, parce qu'il déclare fausse lajustice des pharisiens et annonce uniquement la justice que Dieu donne. Ceux qui le reçoivent, au contraire, attendent et reçoivent de lui le pouvoir d'être faits enfants de Dieu ; non pas un pouvoir dont l'usage serait équivoque, mais un pouvoir joint à Facte. Ils voient en lui, non pas seulement un Dieu incarné, mais un Dieu distributeur de la vertu et des bonnes œuvres. Lors donc qu'à l'imitation d'Isaïe ils prennent pour cri de gaerre, quia Emmanuel, ils ne considèrent pas seulement que la nature divine et la nature humaine sont jointes en unité de personne, mais encore que le Dieu incarné est avec chacun d'eux, dirigeant leurs pas dans la voie de la paix.

Au tempç d'Isaley la multîtade crie qâ'il 'fatit consulter les pythons, lés Sévins, les morts àidisàe'ilui 90111 êshs les tombeauzy pour être instruit do ce tpsif at^ivera etée ce qu'on? doit faire pour, échapper ^vtK màttiefdrB "dont on est menacé. Et Isale répond que cbaqfv^ pettfplê cbniMiIte son I>ieu, mais qa'ile^t insensé .de xKMwAitter^ les ibôrta 'sur les affaires des vivants^ qu'Israël' ne «doit pas cionsullèr les dieux étrangers et les esprits de dérobn-, pm5t{UB oéla est défendu par la loi et 'que Dieu a promis de 'l'instruire par ses Prophètes, qu'il leur en^àvait en>r<}yé un eu sa personne, et il les renvoyait à la loi de DieM, adlegem màgis et ad testimonium^ pour y trouver la lum'ière qui leurëtait nécessaire pour se conduire, une source d^espéranees-' solides^ et la promesse d'une délivrance certaine.: Telle -était la source où il les conviait' d'aller ^se désaltérer, et qu'il comparait à la fontaine de Siloé. ' r . j .: '

Faisons l'application de ces traits au temips da Jésus- Christ. Les adversaires de Jésus^Christ, du caractère de ceux que saint Paul combat, faisaient du libre arbitre un Dieu; ils renvoyaient à ce faux dieu tous ceux qui avaient de rinquiélude sur l'affaire de leur salut. Ils travaillaient avec application à transporter la confiance des hommes, du vrai Dieu à l'idole qu'ils s'étaient formée. Ainsi, de ministres du vrai Dieu qu'ils étaient par leur état, ils se faisaient les ministres et les interprètes de Tidole du libre arbitre. Jésus- Christ a comparé dans TEvangile la justice pharisaïque à un sépulcre blanchi au dehors^ mais rcmpli.au dedans d'ossements de morts (iS. Matth.y XXIII, 27); et c'était en cette -espèce de justice qu'ils apprenaient aux hommes à mettre leur. confiance. C^est ainsi qu'ils remplissaient, daus l'ordre spirituel, le personnage que faisaient, dans Tordre sensible, ceux qui au temps d'Isaïe disaient aux habitants de Jérusa-

DIVINAÏION^.. FROPlIÈTESy ETC. 271

km. : Gonmttet^ lef.niagieien» et les devim-qni parlent tout tas daMi^ur$ ^ncJkénUefnent» {Istiïe^^lll^l^)-; ou plutôt Hb étaient euinmèa^b^ les .devins ^\l\ constrltaient ridolè qae 'FoD oppowt: fta ^vpai Die«y , et quiportaient ieé autres à j|Bottreteur4y)nfiwoe. ... i .: I

. Ceiixrlà, Qtt QO(Dïlcaîi^> qui étaient éclairés de- Dieu^^ renïVegfftknl à. la loi: et au témoignage. On allait consulter lé iJkutérpnçmdy et Yqu y trouvait que le caractère dn Messie lemi de* donner le. eœur nébessaire pour accomplir là loi. Gaa'était donc pas du libre arbitre quUl fallait l'attendre. Eiaa lieu que les pharisiens et les docteurs de la loi^ com- ?parant Jësns de Nazareth avec l'idée qu'ils s'étaient formée dta^Messte^ oonciluaient qu'il ne pouvait l'être ; ceux^^y au eontraire; reconnaissant en lui les- caractères essentiels que l*Écritore avait attribués au Messie, se soumettaient à lui de la plénitude de leur cœut*.

; Oit, plus on approfondira l'endroit du Deutéronome qui contient la protnesse expressef du Messie^ et plus on y déeoovrira de lumière ; plus aussi on reconnaîtra en même tempe qu'il fallait être conduit par Tesprit de sagesf e pour apercevoir ces cho^s qui demeuraient cachées à tant d'autnes. Car, pour nous borner à ce qui est plus particulièrement de notre sujet, jetons les yeux encore une fois sur Tordre donné d'écouter le Messie, qui suit immédiatement la défense d'écouter ceux qui parlent au nom des faux dieux, et nous reconnaîtrons la liaison intime qui est entre oes deux préceptes. Et afin de le mieux entendre, démêlons ée que pourrait apercevoir ici un Pélagien, ou un homme qui ne ferait attention qu'aux seules vérités reçues par les Pélagiens, d'avec ce qui s'y trouve au delà. Supposons même qnè le Pélagien reconnaisse dans la défense d'écouter les devins, les pythons, etc., celle d'écouter les docteurs qui.

272 HUITIÈME SYHBOLB.

animés de Tesprit de mensoDge, combattirent Jésiis^hrist; cela^ dis-je, supposé, qu'aperçoit le'PélBgîèii dans H controverse qui est entre Jésus'-Christ et lés Juifs, etqu^àpérçoit-if dans les deux préceptes du Beutéronome ?

Il voit les Juifs, d'une part, qui disent que Jésnâ de Nazareth n^est pas le Messie/ l'Envoyé de Dieu, le Fils de Dieu; et de l'autre, Jésu&'Ghriftt qui accuse lesJaifè'de parler par l'esprit du diable, lorsqu'ils nient qn'rl ^it le Messie; et il voit dans le Deut&onamele précepte- d'écouter Jésus-Christ, et de ne pas écouter ses adversaires. Or,' nous convenons que cela est compris dans les paroles du Deutéronome, et nous avons nous-méme travaillé à l'établir; mais nous disons qu'il y a quelque chose de plub, et quelque chose de très-important.

En effet, on comprend qu'il est très-possible de contester à quelqu'un la possession d'une certaine c(ualité et d'un certain titre, sans contester la nature du titre même. On peut soutenir, par exemple, qu'un certain homme ii'est pas roi, sans attaquer les prérogatives qui conviennent au roi en général. Ainsi il serait aisé d'imaginer des hommes qui refuseraient de reconnaître Jésus de Nazareth pour le Messie, et qui seraient d'ailleurs bien instruits des prérogatives que renferme la qualité de Messie. Mais c'est ce que n'ont pas fait les adversaires de Jésus-Christ ; car ils ne se sont pas contentés de lui contester la qualité de Messie, ils ont été plus loin, et ont méconnu le caractère essentiel du Messie ; ou plutôt, la vraie source de leur opiniâtreté à refuser à Jésus-Christ le titre de Messie était l'idée qu'ils avaient du Messie en général ; ils avaient des fonctions du Messie la même idée que les Pélagiens.

Comme nous l'avons déjà remai^qué, le caractère essentiel du Messie c'est de donner aux hommes d'accomplir

leurs devoirs. Or, les. adversaires de Jésus-Christ ne pouvaient supporter que l'on, donnât une telle idée du Messie. Hb contestaient donc deux choses : l'une, que Jésus de Nazareth fût le Messie^; l'autre, que le Messie fût distributeur du don d'accomplir, ses devoirs. Jésus-Christ, au contraire, et eeox qui avaient été instruits dans son école, soutenaient tout à la fois ces deux choses et faisaient servir l'une à établir l'autre.

De plus, il suivait de la doctrine enseignée dans l'école de Jésus-Christ, que ses adversaires étaient idolâtres par rapport à l'ordre des choses spirituelles, puisqu'ils ne contestaient au Messie le droit de donner l'accomplissement des devoirs que parce qu'ils l'ôtaient à Dieu même pour le transporter au libre arbitre. Ils étaient donc idolâtres par l'endroit même par lequel ils s'opposaient au Messie. Car il ne faut pas lesconsidérer comme des interprètes de l'esprit de mensonge, qui auraient été le consulter sur quelque objet étranger; mais il faut remarquer qu'une seule et même réponse, qu'ils recevaient du serpent, leur disait tout à la fois que le libre arbitre avait la prérogative divine de donner en premier la justice, et que ni Dieu, ni le Messie ne la pouvaient donner en premier; qu'ainsi Jésus de Nazareth, qui se donnait pour le distributeur de la justice, ne pouvait être écouté. Ainsi, par une leçon unique reçue du serpent, ils étûent fixés tout à la fois sur la manière dont ils devaient penser de Dieu, du Messie et du libre arbitre de rhomme.

La même liaison se trouve dans les instructions que l'on leoevaitdansl'écolede Jésus-Christ; car si l'on considère avec des yeux éclairés ces trois articles : 1^ si Jésus de Nanreth est le Messie ; 2^* quel est le caractère essentiel du Messie ; 3*. quelle est sa doctrine, c'est-à-dire quels sont les

liieu, sans conmEiire -oien'queueen sa jon^uoii,:» des hommes ; qn peut de môme être ÎDairait cte8-.£( du Messie & regard des bommefty sans Aire jBiirtruitedc trine. Je saurai/ par exçmplè'^.que le Miessîf. vîeQdf les vivants et les àiorts ; il ne suit pas, de 1 j» inéee^sa que je connaisse les dogmesqu'il eliseigim, et le^pi de morale dont il recomtnande là.- praiiqii€f«:MiMSs| instruit de la portion de la Religion :qui eSt dnoonii Pélagiens, alors je trouverai enti'e les- trois ^iCids^ ses une liaison très-éftroite. Voici comment. . '

Un des points capitauxde laidoctriné duiMeissiei fi Dieu e6t le maître de dotinor à qui il lui plail l^cm vean^ la justice, le don d^âoconipliMa' loi (oar tous eea sont synonymes). On pout*rait même dire «qu'il ii'y« doctrine aucun point qui lui soit iplus propre qiW' • Or/cepoirit est inééparablemeni uni av^g rattiole i termine le camctj&ré essentiel du Messie ; oasiç teà/b sentiel' du Messie^ c'est de donner lè cœUrtiouvefta, deux chàseift nnb fois odnnnes débouvrAieniiqu^ J( Nazareth' 'était' lé Mes^e> puisqu'il avait lè earàol sentiél du Messie et la doctrine propre au Messie. Il doctrine [Nroj^re àt^'Messie, puisqu'il enseignait ^qv

DIVIICinn01f.«« FBOPHÈTES, ETC. 275

tel dop.- U cnhoaiiawitJe oanactire «essentiel du Messie; é WMiPÎfartaiiit aiur liommes cpinme rûT.6tade tce caractère, (rFatiiibnaît ^potHiveoMoi; j et dl esl le seul homme qui, jmiimjffàdrlepmflààk est, sefle 8oitatlj!ibaé.>C(uamenf donc |faanH-âîi> pa& noowDia' ^ouD le (Messie ?. r: I : ll^ "ifat ' boa ' âel&ite- sentir U 'forôe.do (Ce; Baisonnement. kftle'monde^ieoDçoiA qaè leiMessie, étant l-atiente et la rfoonie ^'kommes, devait connaltve.iparfailiemelit ce SLIdlaitaux àonlmea et le leur donner.' Or,, personne n'a iû-eonnu qctei&ae-Glirist.caiqaMrfaJleitaux hommeSy |inMmieaiitii94pieJiésus*Gh]i6lnfa dit.>i C'cstimoi qai |r4oi|nettli>eet:@b)6i'qaÎJ|ieuffiestdi nëoessaire; jfi suis aui poQr-'cela;i>Bn. ^iSat^ quel est le> rcaî besoin des miM»? Quelle estj 1&. chose, aveoiaquell» ; ils. ont . tout, et M*)aqtteUe4oot leurtnanquef.Nous ra,von&déjà dit plus nt, c'est le caurjUMiveau^ le don d'accomplir la loi. Or, •tsoêqae Jéêu^JChristii enseigné (soîjt» par lui-même dans l?aB£^itey etaui^out danf 5£n/i&Jcanyâoit.par ses Apôtres, aottont par saint Paul)i plus 'Clairement et plus énergiwneBt qu'on pe i%tvait jamais £ait, et il a dit qu'il était •aipoorfloniierqecœpr nouveau. C'est qe qu'il a exprimé ùùp infinité de manières, l'appelan.t le pain de vie, l'eau i-rejaiUit jusqu'à la vie- éternelle» l'esprit, ia guérison, délivrance d&'l'esclavage, la paix, la vie,, la parole de f^eto* NQn-eeulement il a déclaré qu'il distribuerait ce 9i maisil l'a bu effet d^tril)ué 9idonc il est le Messie» Bonclùon» enèoDe qi\'il y a une étroite liaison eûtre ces fibohçses dl'-nne^iecai^aatàre essenlieldu Messie; l'autre, i^ocfarin^ dans-ce qu'elle a de capital. et de propre au Mie; et la troisième^ que Jésus de Nazareth soit le

Od i^ut donc regarder comme une leçon unique l'instruc-

tion que Von recevait sur ces trois points dans Técole de Jésus-Christ. En effet, on les trouvera souvent mêlés et confondus ensemble, soit dans saint Paul, soit dans PÉvangile ; et l'on peut dire avec vérité, que saint Paul et rÉypoigile ne comptent pour rien de reconnaître Jésus-Çbrist, et même de le reconnaître pour Fils de Dieu, si on ne le reconnaît en même temps pour distributeur de la justice.

Mais cette leçon si féconde dans sa simplicité, qui apprenait tout à la fois qui était le Messie, quel était son caractère et quel était le terme de toute sa doctrine, apprenait en même temps ce quMl fallait penser des adversaires du Messie ; car ils le combattaient parce qu'ils voulaient établir leur propre justice et ne pas se soumettre à celle qui vient de Dieu; en sachant donc ce que c'était que le Messie, on savait ce qu'ils étaient. Le Messie était un adorateur parfait de Dieu, en ce qu'il établissait la, justice qui vient de lui ; pour eux, ils étaient les adorateurs du libre arbitre, en ce qu'ils établissaient la justice qui vient du libre arbitjre. Or, c'était le serpent qui leur inspirait de tels sentiments; ils étaient donc disciples du serpent. Ils étaient de nouveaux Adams à qui rancien serpent avait persuadé qu'ils seraient semblables à Dieu; il leur avait dit : Vous serez comme des dieux ; et ils l'avaient cru.

On voit, par tout ce qui vient d'être dit, qu'il était in^possible d'imaginer deux écoles plus opposées que celles, de Jésus-Christ et de ses adversaires, et cela sur des points plus importants et où la doctrine, dp. part et d'autre, fût plus liée. C'était, d'une part, l'école /dei la Sagesse par excellence; et de l'autre, l'école du diable aussi par expellence. On peut se souvenir ici du chapitre VIJI de Set^nt JemXy et de ce que nous avons rapporté Article Y *• Oia y

t Voyez cird^sus^ pages .464 eH 6^.. ,,' -l . i

décoiimra'uili nouveau degré de tumiëre en y joignant les rués qdk Houk siiivôbs ici ; ce qui sera d'autant plus facile à faire qU'é Jésus-Clîrist parle très-fortement, dans ce chajib^j des vérit^À èè la grtice.

Ob'diÀdl dan'âi'ëcole de Jésus-Christ: Dieu est Dieu dans Fordre de la justice'; il est' le maître de donner le cœur nouveau ; b'ést peut le dohner qu'il a envoyé lé lAessie. On disait dans récole dû père du mensonge : Dieu n'est point Dieu dans le^tnondië de la justice, c'est le libre arbitre à qui eCT'cahictère'&p'pàrtieiit; donc on ne doit point attendre un Messie qui doiine le cœur nouveau ; d'où Ton concluait qu'il ne fallait {^as reconnaître Jésus de Nazareth pour le Messie. flansTécole du Messie, au contraire, on reconnaissait que 1^ adVersaii*es d6 Jésûs-Christ qui, sûr un tel fondement, Ul rejetaient, étaient en cela même idolâtres d'une idolâtrie ^irftuelle, prédicateurs de cette même idolâtrie et disciples dà'aèrpetit. ■< ^ ^

' Ceci est £(i import&iit qil'il est bon de travailler à Téclaireir de plus en plus; proposons donc encore les raisonnemèàis suivants' :

Celui-là est le Messie qui possède en riialtre la doctrine exèelleiite et rare du Mésàie.

Cette doctrine consiste à savoir ce que c'est en effet que lérlklessie, quelles ^on( ses' fonctions essentielles. .'Or, JésUs-CbVîst èi^plique ce que c*est que le Messie, etpiârle dé ^ès fbhiitiôûs plus excelleinment que tout autre.

Ddhc Jésus-Clltist pôssècle en înaitre là doctrine du Mes- ^; dénc 11 est lë^ 'Messie.' ' ^

-"ile^diâ^én'pileîiiiér'iréù, que si un pareil raisonnement appliqué à ioùte àUt'rë êharge, à toute autre dignité, a quelque chose de concluant, il a une force singulière lorsqu'il 8*agit de la dignité de Messie.' En Voi6t- la Iràison. Il n'en

est pas de cette dignité sublime coinme de beancoil^ d'antres qui consistent dans tine autorité 's6aVent sëpaf^e de la sagesse. La qualité de Messie suppdse une sôuvét^lBé J9àgesse ; et les fonctions du Mèssiè envers les'bômihes soM si excellentes que c'est, en un sens, le cbiîiMèldëla i^éss^'âe les bien connaître. Jésus-Christ lès connaif par lifie'lBa^ gesse dont il' est la souifce et quMl tient dé âon'^èfe ; ses ministres tiennent de lui cette connaissance dans lé dègté qu'elle leur est départie, et ils p»ossèdeiii'd*aiitànf pldsdignement cette qualité de ministre dé Jésus-Cttrist, ^u'ilf ont cette connaissance dans un plus haut degré. .'

En effet, la fonction du Messie est dé cointntiniquer la sagesse aux hommes, en la faisant passer dix lieu où elle ï^ side dans le cœur dé chaque homme qui là reçoit. Il faut donc que le M'éssie sache le lieu où réside la èagô^^ -è'ésfà-dire qu'il faut qu'il sache la solution de là qtiesfion' pYt^ posée dans le XXVIII* chapitre de Job y verset 12 i 0& trùUh vera-t-on la sagesse? et quel est le lieu deTintélli^céTbty Jésus- Christ a connu en maître la source de la sagesse; il a su que c'était à lui à puiser dans cette source, et à distribuer aux hommes cette eau qui rejaillit jusqu'à la Vie éternelle [S. Jeariy IV, 14). /(? siiis, dit-il ailleurs, la voie, la vérité et la vie [S^Jcan^ XIV, G). Donc il est le Messie.

C'est là l'objet de la science qui lui est propre. En effet, il y a une infinité d'articles dans la Religion qui &e sont point propres et particuliers au Messie, comme le sont ceux dont nous parlons ; par exemple, qu'il y a un Dieu, que l'âme est immortelle, que le Décalogoe doit être accom^i. Parmi ces articles, les uns ont été connus des philosophes Gentils, les autres avaient été accordés aux Juifë; nous pourrions joindre ici tous les articles qui sont accordés aux Pélagiens. Or, nous disons que nul de ces 'articles n'est

DiyiNATIOK«..« PROPHETES, ETC. 279

robjet.niopip,,de.di4 3ciexu^dtt. Messie, oomme il lui«st piopce4^.jMm>ûr,;, 1"; qù^ré^ideja. sagesse; ¥ le secret de la aiçtfU^jdai^.l|9iecBtfr.de9 .hommes (^'' de savoir que c^esi là

fSQ|arm>eqt>,J^qtipQdu]^es3Î9. - .

^t,cefg[UÎ lait-sentir la sublimité de cette doctriqe, c^est qoUl.^éyjldeat^ ji^uûe.pairt, qut'il n'y eu a point de plus int^resttffte poiit i'bomme; «çt de Vautre, quMl n'y en a poialf der plus glorieuse pour iDieu.< Ilr.A'y en apoipt de plo^iiitérc^swQte.pour Thomme, car elle lui montre la voie ^senlfi iaèueau:salut, et qui y mène infailliblement. Il n'y en a point. derplus glorieuse pour Dieu^ car elle établit fioa.cèçn/edaii8 l'ordre de la justice; elle fait voir que Dieu eslDiea, et qu?il n'y apgint d'autre Dieu que lui. Or^ n'est-il pt^clvr que L'on ne peut rien enseigner de plus grand que dentelles .vérités? Gçônbien estriL digne du j^ils,de Dieu, jc^pendn siur. la- terre pour le bien des hommes^ dé leur dire. : I#^8uisiy^nu you» appreiKlrC' quei là ^royaumà de la jqitice étante un monade plus réel que celui que vous voyez de^xoa yeu:iy .Rieu seul y règne, et qu'étant le Fil3 de Dieu, m^ qeoLjedyifsti^îbtue.le^irkhesseç.depa iioyaume? . .Plus on fera de réflexions sur ces çboses, et mieux on se «navaincraqWis'iiy^a des.ch^rges et des dignités qui ont iim.iS9rtaine.dqctcine qui, leur est propre^ il n'y en a au- •euie .qui ait un rapport aussi intime avect la doctrine qui Jû.estrprppre^ que la doctripe du JkL^ie en a avec la qualité df^Me^ie^ Car, oa. doit compreadire, par ce qqi vient •dr'ètrj^tdî^ qu'il est vrai, dans un sejos, qÛQ< pelui^à est le JImm qui possède la^dodtrinetdu l4i^sio2.(K)aim'e.il e^t vrai •^le.J/e gfajidobjet.de la.doctrine.du^Meosie^c'est.de con- .naître la:nature des fonctions du. Messie. . « ,

Hlon^^ayons déjà averti .que si le Messie possède cette doo* drinç jen.maltre> iL la communique à ^s disciples. Or, si

280 miITIÈME SYMBOLE.

nulle doctrine n'est aussi {>ropne au Messie que cellef-là, il faut dire quMl n'y a par' conséquent aucune doctrine dont la participation fasse porter à" plus juste titi^ le 'nom de disciple du Messie, et cela en quelque temps et en quelque pays que ce soit. *

Cela prouve eu' même temps qu^ln'y a, et ne peut y avoir d'école plus opposée à Celle dé'Jésus-Ghristy fût^He au milieu de la communion extérieure de l'Église catUôlique, que celle où l'on enseigne une doctrine' contraire; et que personne ne pèlit porter à plus juste titre te nom d'Antéchrist que les docteurs de cette école. D'où Ton pourrait conclure qu'il faudra que le dernier Antéchrist participe à ce caractère d'une manière bien raffinée, pour mériter que ce nom lui sent appiboprié aussi spécialement qu'il le sera.

Résumons en deux mots ce qui vient d'être dit :

La fonction essentielle du Messie est de donner aux hommes la grâcce efficace par elle-même, de leur donner le don ^ de la conversion et de la' persévérance.

Nulle doctrine n'est aussi proprement la doctrine du Messie, que de connaître que les fonctions propres du Messie sont celles qui viennent d'être proposées.

Nulle dignité ne renferme dans son essence d'avoir une doctrine qui lui soit propre, autant que la dignité de Messie ; car il n'y a point de dignité dont il soit aussi vrai de dire, que c'est la même chose de posséder cette dignité et de posséder en maître la doctrine propre à cette dignité.

Entre tous les hommes, aucun n'a posisédé la doctrine propre au Messie, comme Jésus de Niazareth l'a possédée. En effet, il fallait être Dieu pour la posséder en la manière dont il ï'a possédée et dont il la possède.

Donc nulle école n'est plus diamétralement opposée au Messie et n'est plus proprement l'école du serpent, que

celle où Von .enseigne que ce n'est ni Pieu, ni le Messie, jQQais le libre arbitre qpié qui. décide de la convei^ion, de la persévérance (Qt du salut. ,

j^evenons maintenant à Tendroit qui nous a engagé à cette discussion. Or, dison.<;-nous, voilà, sur quoi on trouvai! daois ]fi yDeut^\onome une instruction précise dans le double rprécQpte d'écouter et de ne pas écouter; d'écouter le B|essie..et de ne pas écouler les interprètes du malin •oq^rit. Nqus supplions ici qu'on réunisse. le Y^ ch. du Deutéroiwme avec le XYIIP ; et même que Ton ait présent toutcQ;qijii est deyeloppé dans le V^ Mémoire sur les deux Alliatices. Le Deutéronome disait donc : Le caractère du Jlesaie sera de donner aux hommes le cœur nouveau; en leur donnant le cœur nouveau, i} fera passer dans leur cœur la parole de Dieu qui sera dans sa bouche ; ijl fera 'i(oir par.là que Dieu est Dieu dans, l'ordre ■ de la j^stice. .tD aura des.adversaires qui diront qu'il n'appartient pas à Dieu de donner le cœur nouveau ; en transportant cette prérogative au libre, arbitre , ils en feront une idqle, et .feront voir ,qu'ili$ sont Ips enfants ^u diable et qu'ils parlent d'après lui. ]!dais pour vous, i^e les écoutez point : >Ju,autem^à Domino Deo tua aliter ijistitutuf es {Deutéro^ ..jioiwtf,. XVIII, U). .

... ^ii^^^l^^piï^^P^^d'^^^^ret^ene pas écoutei; sont in- ; timeipeii^ un^. Op n^ pouvait bie^ accomplir l'un sans accomplir, llautre. Car, l"" pour bien accomplir le précepte n 4'écputei; lej^essie, il fallait le recevoir comme le di^tribu- '{ tcur^n coBUi^f nouveau; op ne.ppuvait do^c pas écouter .ce^ qil^y ^t^bli^sajf t leur pr^pprQ justice;, qe voulaient point d'un Messie qui donnM le cœur,nQuy^au ; 2*" en accomplis- ADtlç précepte de. pe pas écouter les ininistres de l'esprit de piensonge, çn n'écoutât pas peux.qyi disaient : Le libre

282 HUltlËICB SYMBOLE.

arbitre est 'un Dieu; il tient en m«iiA le6 iAéh àé la vie éternelle; et on était prêt A éooutetle-Pils'â« Didu-qurpromet^ tait^ de la part dé soti Père, de donner la ^e étemelle en donnant lis coêtA^nottVeati*^^ - - '' ^*' »• »i rn.,,!'.

Tbutôeci fait voir K^ue le' &euiéfi>mmë n^iv^iiissait^^ seulement en 'générât d'ééotiter le Mëssie^'knaîs'qn'll'd^n» naitde^ ouvert urès pour Ici connaître et ponrTMdnnadtrè ceux, à' qui iltie faudrait pas donner te iH)nfijûid6; Voua avons entamé cepoint ci-dessns/Article YP ; mAis ce qui vient d'être expliqué ajoute' à ce quënous'efa-avons-dîti Xe caractère du Mefisié est marqué datis lé Deuiéronomé} c^est lui qui doit donner le ^c<BU]^ nouVeau/^Bonc je' dois-eroue celui qui donn& ce coeur nouveau ; donc 'je ne doîs pa^éooiH ter ceux qui n'attendent point un tel Messie; encore nioûis ceux qui prennent prétexté de rejeter Jésus de NacaretU de ce qu'il se manifeste sôus ce caracUdre; je ne dois pas* ies écouter, puisqu'ils se font une raison 'décisive de- i*ejefer lé Messie, dëf la chose même que la loi m'a' donnée pour là marque à laqueïïe je le 'reconnaîtrais. Cela est péremptoire.

La liaison qui est entre les deux préceptes d'écouter et de rie pas écouter parait par le texte même du DeutérO' nome, ch. XVI II, v. 14' : Ces nations dont vous atlez pas-' séder le pays écoutent les augures et les devins; mais patir i>ouSy vous avez été instruits autrement par le Seigneur votre Dieu, Le Seigneur vous suscitera ttn Prophète eomime moi, de votre nation et d^entrè vos frères ; c'est lui que vous écbuîei'ez, selon la demande quevou^ fîtes au 'Sei^fwtir votre Dieu prés du mont fforeb. On voit que Moïse Àiet une'oppositioii entre ce^ qu'il faut faire et ce' qu'il ne faut pas faire,

entre' Israël ôt les nations élrangères,' entre eélix â içùi elles

' Voyex pages 165 el suivantes. . - .

DIVINATIONMi* PRCg?H&TE3, ETC. 283

avaieni xeoours dans kms ttf^spui^ et celui j^ .quji. Israôl 4oit avoir. vrefouf8«.Cei Batianés ont recours A .^ea /sources étran* gères.; f)iourvQiis^,ivo.tre]>teiivpus. 'Suffit. Qr^ ce nîest po9 seulement pour les choses de moindre valeur qu'il .vous suffît, mais i pour les plus grandes et les plus importantes. Geia'eët paa seulement; pour les biens temporels, ou pour (Moair la conoftii^oce de. vos devoirs, . ou .poiir tout autres bieO'âoBt.la.Téufisjie dépend d'^ne^ itoi^ditiqu ; d'est, pardeaaa» ioût cela, ^p'ouf^ un bien dont on n'abuse ppiot quand on Ta reçu, c'est^ànlire le cœur nouveau. Attendez donc de mtreDieu ce cœur nouveau. Laisse? les natiotB(s. étrangères s'adveaser à. leui» idoles,, à leurs Cstux diaux>. ,aut espcits ijui leatoonipent; qu'elles en attendent,; s!il leur plaît. ainsi/ toBs lesbiena qui leiir sont nécessaires^ et parmi ces biens qmll^ffie. cht>se. même, de seioblable au,<€caur .nouveau; po«Dmu4, itoua avez appris à tout attendre de votre Di^u, et votrc^ atteste /ne sera pas: vaine, car il vous enverra un Heesie» qui voua idonnera, ce I cœur que. voua ne pouvez youii donnent voiisrmème^ et que les nations ôtran^res att^iir èront:en vain 4^. l'idole du libre arbitre» . : . De^^là, ilrésulte que l'avis d'Isale qni|renyoiei(ch. YUI^ V. 20) ji.lalQi.eft'att témoignage, ad l^gem tMgi9 et. ad tes-iimoniHm^ renferme une ressource; admirable pour tous les temps, et spécialement ^pour les temps de trouble et de divôsioui vtel. qu^tldt le siècle oùJe.Sleasie est venu.. En eAet) cet avis était si bien proportionna^ pour ce t«mps, qu'il jcondc^isait A. reconnaître le Messie et ^ se défendre de €91^, qoif voajJaienheni (^tourner;. et Jé3ii«^Cbrist n'i^ iait ankre^ cbppe^ jânoi^ )d>f)pliq»er .lai^pf^rpl^. d'Jsale, ,lorsqa!il 4iaait lui-iu^me ^^u:^:. Juila {Sp /floi^ .Yi^ 39)} qo»> lea Éori-» tores, qu'ils lisaient avec tant de soin, rendaient témoii;nage de lui ; c'est pourquoi il ajoutait quo.ceiuc.quirefii*

284 HurriÈHE stmbole.

saient de croire en lui auraient un accusateur en la personne de Moïse : Car si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que c'est de moi qu'il a écrit.

Âpplièation des chapitres d'Isaïe, depuis le XU' jusqu'au XLV11% aux mêmes objets iiuxquels Tiennent d*êti*e appliqués, dans le paragraphe précédent, leà chapitres VII et VIII dumème Prophète.

Après rapplicatioii plus particulière que nous venons défaire des chapitres VII et VIII dlsale, il nous reste à faire la même chose par rapport aux chapitrés XLI et suivants du même prophète. C'est ce que nous ^hérons de faire de la manière la plus abrégée qu'il nous' sera possible.

Il convient au vrai Dieu d'instruire l'honimey non pas seulement sur les choses peu importantes, qui ne régardent que la vie présente et qui ne sont point décisives de son bonheur, mais beaucoup plus sur les choses qui ont rapport au salut éternel et qui en décident. Or, le Dieu qu'annonce Isaïe^ et que les disciples du Messie reconnaissent, l'a fait. Il a connu le plan véritable par rapport à la distribution de la justice qui décide du sàlut ; il a dicté ce plan à Moïse longtemps avant l'exécution ; il l'a exécuté et l'exécutera en son temps ; donc, il est le Dieu véi^ilable. Les adversaires d'Isaïe, au contraire, sont dans l'impuissance de rien faire de semblable ; donc, ils sont indignes d'être écoutés^ eux et leurs dieux ; donc, ces dieux sont de faux dieux ; donc, les devins qUi sont parmi eux ne sont que des enchanteurs, ei les sages des ihsensés.

On voit que pour découvrir ce sens dans Isaïe, il n'y a autre chose à faire qu'à prendre ses expressions dans leur

étendue et à s'abstenir d'y donner des bornes qu'il n'y met point. Qu^ils nous prédisent y dit le Prophète [Isaîe, XLI, V. 22), ce qui doit arriver à l' avenir ^ et qu'ils nous fassent savoir les choses passées. Entendez ce défi des choses yraiment intéressantes pour Thomme, et dès lors le sens le plus profond d'Isale est dévoilé ; la dispute se trouve ^rouler sur les questions de la grâce et sur celles que l'on prétend souvent faire passer pour les plus subtiles. Ces paroles signifieront :,Que Qos adversaires fassent Tbistoire du genre humain, par rapport à la justice et au péché ; que par .rapport à ravenir^^ ils nous disent quand, il y au^pa sur la terre des justes en un certain nombre; et, pa^i* rapport an passé, qu'ils nous expliquent s'il y a eu des justes^,, ci le nombre en a.. été petit ou grand, en quels pays ils qjA habité^ pourquoi il y en a eu plus ou moins en certaii^s lieux et en certains temps. , . ,

Si vous acceptez le défi^ poursuit. Isale, et que,vqus,l,e remplissiez, Eipus ^ççoni^aitron;s qvie vous êtes des, dieux, et DQPf yous ^n croirons sur l'avenir, l^ais en décquvraijit rjiiistoirç 4^ passëi et d^ l'avei^ir, faites voir aussi que vous décidez des événements : Faites du bien, o\i du mal. si vous pouvez; qu'il ^paraiçsct qpe c'est cett^ puissance que vops çppQ^z au Dieu qu.9 je prèçb^, qui disçeroLe les hoi;ni][i|^, qoi^éçiâe s'ils serppt bon;. ou mauvais^. et ^n quel teipp^ ^ten qiiel^p^y^ ^^^M seropt^ Mai;5 ^i vous,, ni vos ,diqux i^e j^j^s nen, de s^i^blpble; si^.yçus^.Qe pouvez QxpliqvL^r QQmment.il ^$t arrivé .<pie, la, piultituf}^^ des hpn^m^s.^^^jyt portée au jQ[ial,4?.a^ çi^lcppi^^nteineqt si.^iénér^; i^.jvçj^s o'AV|çz.cpi,9 dp^ ij4.ées copi^as^s sur Ja, nature: de la ju^tioe,^ sur 9a perfection, sur sa^ splfdit^; si vou^ ne pqu;(ff^ ^f^e fli'iLyieadf!^,de9,te][nps plus b^ureux, pu l'p^ vqi^r^.frefli^yi^ir rinnpç^^ce pa^ l^s ^omflu^; ^i, yous.fl^ Pftuj^^? jifee

quelles seront les nations dhez lesquelles se fera cet heureux changement ; si tous n^aVeie tien à nous tthnoncer par rapport au tem'ps et aux ci^coMlafiieesdansflesquëts il arrivera, nous en conclurons que vous avez pour paiHage raveugtement et ^impuissance (VJ 26) ï^lH^its'ii ri^y ë per^ sonne pafTni vous gui annonce et ^f^tVrffeeTàvèufr, ei il n'y àpèr^otkhe' qui vàUè ait Jamais )à>iit dit'e iih seul mot. Il n*en est pas ainsi' du Dieu d'Kràél'. Isàlë prédit, an chapitre suivant, les merveilles q\ie le Messie devait opérer dans le' royaume de la justîcé^ (chi'XÈII, v. (f)"i':Je vous ai établi pour être le récôntfiliatéUr du peuple ei là lumière des nations; pour ouvrit^ les yéu± désabenylesi pour tirer des fers ceux gin étaient enchaînés^ eipoti^* faire sortir de pri^ son ceux qui' étaient asiisdaris lerténèhres. Et an vef^tS : Je suis Jéhovah, c'est Id le noni qui i/n' est propire : je ne'don^ nerai point ma gloire à un autrcy'ni la toUànjfé qtii m^est due aux idoles. Mes premières p^édièUoAsf' ont été aecom-' plies. J'avais dit' que lé peuple dlsradl setrait longtemps prévaricateur : Dès le sein de votre mèrcyje vous ai appelé le violateur de ma loi (ch. XLVIII, v. 8) ; cela s'est vérifié par l'événement. Je fats encore de nouvelles prédictions, et je vous découvre favenir^ avant qu'ail arrive. Le reste de ce chapitre XLII contient des prédictions sur l'endorcissement des Juifs, sur leur réprobation et sur la conversion du peuple éhi. Verset 16 : Je conduirai les aveugles dans une voie qui leur était inconnue ^ &tje les ferai marcher d&ns des sentiers qu'ils avaient ignorés;- je ferai que les ténèbres, devant euXy se changeront en lumière, et que les chemins tortus seront redressés. XoiXài ce que l'idole du libre afbitre n'a point la force de faire. G'est pourquoi (v. 17) : Ceux qui mettent leur confiance dans les idoles retourneront en arrièi^e, ils seront mis en déroute, tV^ seront couverts de

DlYINATIOIf... PROPHÈTE^, ETC. 267

canfusiof^ Ifux guiidifent çL^es images de fonte : .,Kpp iies /ip#,^^ietfff.;,,Cy'egit:r^-4«e, ce\xj, qui. meUwt \^\iv çppfiance dapei q^Uç j\isti(^ qi^e VApCiiro af^p^Ue la pr^opre /WWW^* .ij»> j \ .vj. - 1' .' ■ , ]' 1,1 i. . ■ ... . t, ,-.!..,

jEty fti|^c}i. 2^II> .y. 9. : Qif4fi toutes .les, fifitiom, s'arofl^ *««^f i*AiP4«/^W If^fiÇf^s sqrqssemàlent., Qi{id^^vQu?.fl J0mm$, anéantie Çfi^,iv4^ements, iwûX par.^appprt.au ^^sè^ qae ;pw!rapfK>rt à V^v/egiii? .Qù.^pnt J|es pl^iJpsopbi^Sy. les dii<^plf^. 4^ Ift. raison l^ums^ilie^ les Jujifs p.virepae;)!;. J,ui& qui .«ieAV proposé, .QQ ,pla^, sen^blia^^ à. ,celiU , ^w Dfiut/érçr nome;. une ^oi^çton^ô et npa ^ofîQinplje pendit upe Iqpgue laite 4;aiiQées ; .1^ dop du. cœur, upui^^au, qui devî^il la fair^ «OQompUfy.JtniQ.edJL réserve pour des raqes.lutures; un ^e&- 8iedifti:ibut^ur.4o.çe doo; au teoipjs djii^ Me3sie, ce don ac* €oidé à des wUpns qui devaient faire la jalqu/sie dUsraél; braêl çonyerJti.À son tour^ parce quei ce.doaJui $era enfin ioeordë, .etc.,?SileâhQpames ont fait quelque cboçe de sen^r Ufble^ qu'ils |iroâaji^iKt leurs témoins : Deiit, testes fiorum^ jmtificmturX'f.^^)*

Au oontr^i^e, Diieu prpjdoit de son côté.^es tén;^oins : premièrement, Moïse et le3 livres quUl a écrits ; ^en second Ueu^ les Propbètes de race enraçe \ troisièmepient, le Messie et ses discipleR.; Vom Uesnm témoim, dillç Spigneur^ VP^^fit num^^ervifeur guçfai çfioisi ; témoins de.cç que Djieft epnoDçait en chaque siècle, tép)qinsdes 9)erveil)es qu'il op^f^j^t de leur temps^ témoins de celles qu'il annonçait pour l'ayeliîr..EMmple : Saint Paul, ^^ i^on temps, ^ été témoin des SDeryeillea^ que Dieu découvrait (en développant c^ quiayait été.C9/ché d^9S 1^8 aoçiepA^is l^crijtures ;. téi^oin. dçs prédictions conçemajit l'i^yenir> telles qu'il l.es a consignées d^ns Je cb. XI ^^VÉpUre çux Romains; témoin. de Topération puiwante de. Dieu sur Inij qui l'avait cbangé en uq autre

homme et lui avait donné un cœur nouveau; témoin, avec ceux qu'il avait convertis à l'Évangile, des merveilles que Dieu avait opérées en eux.

Les mêmes choses se trouvent rappelées encore plus en détail au chapitre XLIV; c'est là qu'il commence à être parlé des devins. Verset 23 : C'est moij dit le Seigneur, qui fais voir la fausseté des prodiges de la magie; c'est-àdire, selon le sens que nous suivons, qui fais voirie faux de la justice qui est l'ouvrage du libre 8a*bitre agissant par ses propres forces ; qui rends insensés les devins^ qui renverse Pesprit des sages et qui convaincs de folie leur science. C'est-à-dire, en suivant le sens que saint Paul donne laimême à ces sortes d'endroits, c'est moi qui sauve ceux qu'il me plait, en leur donnant la justice par la foi que je leur inspire en Jésus-Christ crucifié ; et qui f&ds voir que ceux qui recherchent la justice par les efforts de leur raison et de leur libre arbitre non aidé d'un secours efficace n'y parviennent point. C'est ainsi qu* Israël qui recherchait la jus* tice ne l'a point trouvée^ mais que ceux qui ont été choisis de Dieu l'ont trouvée^ et les autres ont été endurcis et aveuglés [Rom. y XI, 7). Ces derniers ont écouté la voix du serpent, ils ont cru savoir le bien et le mal, ils se sont flattés de posséder l'art de la divination pour parvenir au fruit de vie qui n'est autre que la justice, c'est-à-dire l'accomplissement du Décalogue ; et leur folie, ainsi que celle d'Adam, a été manifestée.

Mais, dit saint Paul, ceux qui ont été choisis de Dieu ont trouvé la justice : Electio autem consecuta est. C'est ce qui est marqué clairement, quoique en termes figurés, dans les paroles qui suivent dans Isaîe (XLIV, 26) ; C'est moi qui rends stables les paroles de mon serviteur, et qui accomplis les oracles de mes e?ivoyés; qui dis à Jérusalem :

DIVINATION... PROPIitTES, ETC. 289

Voiis serez habitée ; et aux villes de Juda : Vous serez rebdiieSy et je repeuplerai vos déserts.

Au chapitre XLV, Dieu insiste sur la qualité de Sauveur. Or, pour reconnaître à qui elle convient. Dieu établit cette marque : Celui-là est sauveur qui sauve ; et celui-là ne Test pas qui ne sauve point. Or, le libre arbitre ne sauve personne ; et ceux que Dieu sauve sont sauvés. Donc, Dieu esiDîeu, et le litre arbitre n'est qu'une idole par rapport à ceux qui mettent en lui leur confiance pour le salut. Verset 20 : Ceuai'là sont plongés dans P ignorance... qui invoquent un Dieu qui ne sauve point... C'est moi qui suis Jéhovah, et il n'y a point d* autre Dieu que moi. Je suis le Dieujustey et personne né vous sauvera que moi. Ce que nous continuons toujours d'entendre du salut que Dieu donne, en donnant d'accomplir sa loi. La raison en est, que quiconque accomplit la loi de Dieu est sauvé, et quiconque ne l'accomplit pas périt. C'est pourquoi le Prophète ajoute, en parlant de ceux qui seront sauvés (v, 24) : Chacun deux dira : Ma justice et ma force viennent du Seigneur. . . Toute la race d* Israël sera justifiée par le Seigneur, et elle se glorifiera en lui.

C'est par cet aveu que s'accomplit le verset précédent : T ai juré par moi-même ; cette parole do justice est sortie de ma bouche, et elle ne sera point vaine : Que tout genou fléchira devant 7noi, et que toute langue jurera par mon nom. Or, cet hommage parfait qui sera rendu à Dieu, nous venons de voir en quoi il consiste : Chacun dira : Ma justice et ma force viennent du Seigneur y etc.

Au peuple sauvé, le Prophète oppose, selon l'usage de l'Écriture, un autre peuple. qui en est le concurrent et l'ennemi. Or, puisque le caractère du peuple sauvé est d'être les témoins de Dieu dans le procès qu'il soutient contre T. u. 19

i90 iniTIÈME SYMBOLE.

ceux qui lui disputent «a puissance et sa gloire, puisque chacun d'eux publie que sa justice et sa force viennent du Seigneur, il est manifeste que l'autre peuple doit être dans des sentiments contraires. Il doit dire : Ma justice et ma force sont dans un autre que Jéhovaii; c'esl-à-dire je trouve ailleurs que dans le Seigneur la force de devenir juste, la force de pratiquer la justice. Ce peuple cherchera une louange qui lui soit propre, et il ne ressemblera point à Israël élu qui ne cherchera de justice et de louange que dans le Seigneur.

Dieu répète sans cesse dans ces chapitres à^Isaïe : Je suis Jéuovau, je suis Dieu, et il rCy en a point d'autre. Et ce peuple, s'appropriant le langage de Dieu, dira : Moi, et après moi point (Vautre. C'est-à-dire (appliquant toujours ces paroles à l'acquisition et <\ la conservation de la justice) c'est moi, et non pas Dieu, qui agis en premier; si Dieu prête ses secours, il reste toujours à demander si je donnerai mon consentement ou non ; mais lorsqu'on en est venu à cette dernière question, il n'en reste plus d'autre ; je domine sur tous les secours de Dieu, mais il n'y a personne qui décide au-dessus de moi : Moi, et après moi point d'autre. Un tel peuple s'élève des idoles qu'il oppose au vrai Dieu, et ces idoles sont le libre arbitre. Il y met sa confiance, pendant que le peuple élu la met au Dieu vivant. Il écoule le ser[)ent (jui lui dit : V^os yeux seront ouverts^ et vous serez comme des dieux [Gejièse, III, ;>).

Il faut observer qu'il y a une double manière d'envisager un peuple ; car on le peut faire collectivement, ou distributivement; c'est-îl-dire qu'on peut considérer ce qui convient à chaque particulier en lui-même, ou ce qui convient au peuple eu conunua et en tant qu'il fait corps. Il y a des temps où les adorateurs du libre arbitre ne mar-

chent qu'un à un ; il y en a d'autres où ils se réunissent et forment un corps. Pour les représenter en ce dernier état il faut employer Tirnage d'une ville et d'une nation; et aJops ce qu'on en dit peut avoir une double application, selon que les choses conviennent à chaque particulier, et selon qu'elles conviennent à la multitude en tant que réunie. Si chaque particulier qui transporte au libre arbitre rhionneur qui n'est dû qu'à Dieu est un idolâtre,, dans Tordre spirituel, et un disciple du serpent, la troupe de CCS mêmes hommes est, dans le môme sens, une nation idolâtre. Et comme il ne manquera pas de s'en trouver de plus télés et de plus attachés à l'erreur les uns que les autres, on conçoit qu'il y en aura qui mériteront, prétérablement aux autres, les titres de devins, d'enchanteurs et autres semblables.

Isale s'est conformé à ce langage dans les chapitres XLVI et XLVII. Pour représenter les <ulversaires du vrai Dieu, en tant que réunis et confédérés, il a pris pour symbole la nation des Chaldéens et la ville de Babylone, et il a annoncé sous cette image leur orgueil et leur humiliation, leur égarement et leur chute, opposant sans cesse les caractères au vrai Dieu aux idoles révérées parmi le peuple ennemi. Voici, par exemple, un des caraclères (jue Dieu s'attribue {ch. XLVI, V. 1 0) : Toutes mes resolutions seront immuables^ et toutes mes volontés s'exécuteront. On sait combien ce discours est contraire aux préjugés pélagiens qui font dépendre toutes les volontés de Dieu sur le salut des hommes du consentement du hbre arbitre.

Considérons donc, sous le nom des Chaldéens et des Babyloniens, des Chaldéens et des Babyloniens spirituels; c'est-à-dire un assemblage d'hommes (pii disputent à Dieu, dans le royaume de la justice, ce que les Babyloniens lui

disputaient dans l'ordre des choses matérielles et sensibles. Ils se sont flattés de parvenir à la justice, mais ils n'y sont point parvenus (ch. XLVI, v. 12) : Ecoutez-mot, cœurs endurcis, vous qui êtes éloignés de la justice. Leur ignominie sera révélée ; voyez le verset 3 du ch. XLVII. Et au verset 8 : Babylone a dit en son cœur : Moi, et après moi point d* autre (paroles qui conviennent à la Babylone spirituelle en général, et à chacun de ceux qui ]a composent en particulier) ; je ne deviendrai point veuve, et je ne saurai point ce que c'est que la stérilité.

Cependant ces deux maux viendront fondre tout dun coup sur vous en un même temps, la stérilité et la viduité; tous ces malheurs vous accableront à cause de la multitude de vos enchantements, et de l'extrême dureté de vos enchanteurs. Voilà ces pythons, ces devins dont il est parlé au ch. XVIII du Deutéronome et au VHP ch. d^/saïe, et qu'il est défendu d'écouter. C'est en eux, comme on va le voir, que Babylone a mis sa confiance.

Vous vous êtes tenue assurée dans votre malice, et vous avez dit : Il /i* y a personne qui me voie. C'est votre sagesse et votre science même qui vous a séduite, iC'est-î\-dire, dans le sens que nous suivons, la science même de la loi de Dieu, mais séparée des dons qui en auraient fait faire un bon usage.) Cnc misère que ?'of(s navez point prévue viendra fondre sur vous suintement, ]^enez avec vos enchanteurs et arec tous vos secrets de magie, auxquels vous voifs êtes appliquée avec tant de travail dès votre jeunesse, jjour voir si vous en tirerez quelque avantage, et si vous en deviendrez plus forte.

C'était dans le Dieu d'Israël et non pas dans les secrets de magie qu'il fallait mettre sa confiance. Il fallait dire avec l'Israël élu : Ma justice et ma force viemient du Sei-

DIVINATION... riiopiiKiEs, i:tc. 293

gneur. En disant au contraire : C'est dans mon libre arbitre que je trouverai ma force, ma justice, ma ressource, Jérusalem est devenue Babylone, et elle a mis sa confiance dans les secrets de magie : Venez avec vos enchanteurs^ et avec tous vos secrets de ntayiej auxquels vous cous êtes appliquée avec tant de travail dès votre jeunesse, 11 faut observer que les mêmes hommes n'ont pas toujours été Babyloniens, mais Babylone a toujours été Babylone. C'est pourqucû on lui dit qu'elle s'est appliquée dès sa jeunesse avec de grands efforts à ses opérations magiques : Vous avez été accablée de lassitude au milieu de vos conseils et de vos consultations. Que ces auyures qui étudient le ciel, etc.

Le sens que nous venons de donner se trouve éclairci et confirmé dans le chapitre suivant ; c'est le XLYIIP dont nous avons représenté les principaux endroits ci-dessus, §4*. Plus on considérera ce sens, plus on reconnailra qu'il est suivi, qu'il est lié avec tout le livre d'Isaïe, et spécialement avec tout le contenu des vingt-six derniers chapitreSy depuis le quarantième jusqu'à la fin. Personne ne disconvient que le Prophète, dans ces chapitres, n'ait eu principalement en vue le royaume de la justice. Nous ne demandons qu'une seule chose, c'est qu'on n'interrompe point arbitrairement et sans raison le fil de son discours, et ces chapitres s'expliqueront d'eux-mêmes comme nous les avons expliqués. Or, si notre explication est juste, il est démontré que les défenseurs de la propre justice combattue par saint Paul sont représentés sous l'image de devins et d'enchanteurs; et ces chapitres se trouveront étroitement liés, quant au sens spirituel, aux chapitres VII et YIII dVsflie, et à tant d'autres endroits de l'Ecriture que nous avons déjà rapportés.

* Voyez pa^es 237 et suivaule>.

Oeux objets ik distinguer : la connaissance de la docirioe delà grâce; Tusage de cette doctrine, qui est tel qu il nVsl jamais séparé de la vraie piété. Ce dernier objet esi IV flet de' la communication de la sage&se dans le degré le plus excellent et le plus nécessaire à Tbomme. Tous les pécheurs aniuiés de Tesprit du diab'e.

Afin de répandre la clarté autant qu'il est possible sur la matière qui vient d'être traitée, il est à propos de distinguer encore deux i Jées. Ce sont deux choses de connaître la doctrine de la grâce et d'y conformer son cœur. Par l'une, on rend hommage par l'esprit à la toute-puissance de Dieu dans le royaume de la justice ; par l'autre^ on lui rend l'hommage du cœur. Lorsque l'on ignore la doctrine de la grâce, on connaît au plus le Dieu des Pélagiens. Lorsqu'on sait la doctrine de la grâce, on connaît le Dieu de saint Paul. Mais lorsque l'on règle les sentiments de son cœur sur cette doctrine, on marche par la voie de la foi et non pas par celle de hi loi, et Ton est sauvé par le Dieu de saint Paul.

Or, ce n'est pas seulement pour discerner entre les défenseurs et les adversaires de la vraie doctrine de la grâce que l'Écriture emploie les images et les traits dont nous l'avons vue se servir; elle en fait encore une application plus particulière par rapport â ceux qui règlent, et à ceux qui ne règlent pas les sentiments de leur cœur sur cette vraie doctrine de la grâce.

Ceci nous ouvrirait une carrière d'une grande étendue et donnerait lieu de reprendre la plupart des endroits de l'Écriture que nous avons touchés, et d'en ajouter une infinité d'autres, pour en faire l'application au sens dont nous

parlons maintenant, qui regarde la piété en elle-même, immédiatement et sans aucun voile. Mais nous nous contentons (le proposer seulement quelques ouvertures que chacun pourra suivre:

Régler les sentiments de son cœur sur la doctrine de la grâce, c'est marcher par la voie de la foi que saint Paul oppose à la voie de la loi. Un des caractères de la voie de la foi, c'est que personne n'y marche si ce n'est ceux que Dieu y fait marcher. Le diable en détourne tous les autres; car, ou il les empêche de penser à leur salut, ou s'ils y pensent, il leur persuade de marcher par la voie de la loi. (Remarquez que je dis qu'il leur persuade de marcher, et non pas seulement qu'il convainc leur esprit que cette voie est bonne.] 11 faut donc, au contraire, être instruit spécialement de Dieu, je ne dis plus pour connaître ce que c'est que la voie de la foi et qu'elle est la seule véritable, mais je dis pour marcher par la voie de la foi. C'est là la science des saints, dont il est parlé au livre de la Sagesse, ch. X, V. 10 : La Sagesse lui a fait voir le royaume de Dieu y et lui a donné la science des saints. C'est cette instruction dont parle Jésus-Christ lorsqu'il dit [S. Jean, YI, 4o) : // est écrit dans les Prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu (Isaïe, LFV, 13) ; et tous ceux qui recevront celte instruction viendront à Jésus-Christ.

C'est cette instruction qui apprend à mettre en pratique cette autre parole de Jésus-Christ (S, Jean^ XI, 23) : Celui qui croit en iiioi^quaiul il serait înort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra januiis. Cette sentence est extrêmement propre à rendre sensible la distinction que noas avons faite des deux degrés d'instruction que l'on peut recevoir de Dieu. Car, pour bien entendre cette senience, il fau^^être instruit à loiid de la doctrine de la grâce,

296 IILITIKME SYMBOLE.

et c'est un premier degré d'instruction ; mais pour la mettre en pratique, il en faut un autre. Or, il est évident que ce second degré d'instruction est le plus excellent secret que l'homme puisse jamais désirer de savoir ; puisque quiconque sera possesseur de ce secret obtiendra la vie et ne la perdra jamais ; celui-là mangera le fruit de l'arbre de vie, et cela dans le sens le plus parfait.

A l'égard du premier degré d'instruction, il vient de Dieu ; mais on peut le recevoir par l'entremise deshommes, et c'est ce qui arrive ordinairement. Mais pour le second degré, on le reçoit immédiatement de Dieu : Erunt omnes DOciBiLEs Dei [S. Jean, y \, 45). Et Jérémie (XXXI, 34): Chacun deux 7Î'aura plus besoin d'enseigner son prochain et son frère en disant : Connaissez le Seigneur; parce que tous me connaîtront j depuis le plus petit jusquau plus grand. En sorte que si l'on mesurait la qualité de prophète sur l'importance des choses que Dieu découvre et sur la circonstance d'être instruit immédiatement de Dieu, il n'y aurait personne à qui le titre de prophète convint plus parfaitement qu'à ceux à qui ce degré d'instruction est communiqué, C'est-à-dire aux justes et aux élus.

Ce sont eux qui accomplissent, dans le sens le plus étroit, le précepte d'Isaïe : Ad /egcni magis et ad testinionium ; car ils ont recours à la loi do Dieu ; ils ne cherchent point d'antres ressources dans leurs maux ; ils apprennent de celte loi que c'est Dieu même qui hi leur fera pratiquer; et s'adressant à lui de la iminière dont il le faut, ils reçoivent de lui ce don ineifable par lequel il place lui-même celte loi dans leur cœur. Ainsi s'accomplit parfaitement dans chacun d'eux ce q'ii était figuré par l'arche d'alliance, où Ton voyait la loi de Dieu renfermée dans un coffre d'or. Ils ne sont donc pas seulement le pontife qui se présente de-

vanl l'arche pour consulter le Seigneur, et à qui le Seigneur répond, mais chacun d'eux est cette arche même où la loi repose ; et chacun peut dire en s'unissant à Jésus- Christ, aux sentiments et à la disposition de qui il participe : DeUS meus, VOLUI, et LEGEM TUAM in MEDIU CORDIS MEI

(ft. XXXIX, H).

C'est ce qui est prédit au III" ch. de Jérémie^ v. 14 : Revenez enfants rebelles^ dit le Seigneur y parce que je veux que vous soyez à moi. N't/ ei\tH qu'Hun de vous dans une ville j et deux dans une nation, je vous en tirei^ai; je vous introduirai dans Sion... On ne dira plus, Faixhe de r alliance du Seigneur; elle ne reviendra plus dans r esprit ; on ne s'en souviendra pluSy on ne la visitera plus^ on ne la regardera plus. On sait que l'arche était le trône de Dieu. Les paroles de Jérémie veulent-elles dire que Dieu n'aurait plusde trône parmi son peuple ? Ecoutons la suite : En ce temps- là, Jérusalem sera appelée le trône de Dieu. C'est ce que nous avons dit, que chaque citoyen de Jérusalem serait une arche vivante. C'est ce que Jérémie a exprimé en d'autres termes lorsqu'il a dit, que Dieu écrirait sa loi dans le cœur des enfants de la nouvelle alliance [Jér., XXXI, 33), en sorte que leur cœur tiendrait lieu des tables de pierre où la loi était écrite et qui étaient conservées dans Tarche.

L'expression d'Isaïe, ch. VIII, v. 16, Signa legem in discipulis meiSy revient à la même vérité lorsqu'on la prend dans le sens le plus parfait. La loi de Dieu est renfermée dans le cœur de chaque juste, elle y est scellée, et elle n'est point ailleurs. (On voit bien que nous n'excluons pas ceux qui participent en quelque degré à la justice ; ce que nous disons des justes leur convient dans le même degré.) Et l'Ecriture nous apprend par (juel moyen la loi de Dieu passe ainsi dans le cœur des justes. Dieu l'a mise, première-

ment, dans la bouche du Messie [Deutér., XVIII, 18) : Et ponam verba mea i?i ore ejtis; et le Messie la transmet dans le cœur de ses disciples, selon ce que dit Jésus-Christ (5. Jeaîiy XYII, 8) : Je leur ni donné les paroles que vous m*avez données. Et cela ne s'enlend pas d'une simple instruction, telle (prelle se fait par la bouche du corps, mais d'une instruction intérieure, efficace et suivie dereffeti/e leur ai donné les paroles que vous m^avez données, et ils les ont reçues.

Ainsi il n'y a rien de plus divin que cette instruction. C'est le Saint-Espril qui l'opère; c'est luiqui écrit la loi de Dieu dans les cœurs : C'est r Esprit de vérité, que le inonde ne peut recevoir^ parce quil ne le voit point et quUl ne le connaît point . Mais pour vous, dit Jésus-Christ à ses Apôtres, et en leur personne à tous ceux qui étaient élus pour être justes, vous le connaîtrez, pa?'ce qu'il demeurera avec voifs et qu'il sera en vous [S, Jean, XIV, 17). Lorsque ce don est seul, il parait peu et ne frappe pas les sens, cependant il est au-dessus de tous les autres dons. La faveur que reçoit un prophète, lorsipie Dieu lui découvre les choses les plus cachées et 1«3S secrets de Tavenir les plus importants, n'est qu'une onibre en comparaison de ce don qui seul conduit au salut, mais (jui y conduit infailliblement. Voici ce que dit saint Augustin sur ce verset de saint Jean : « Le Sdint-Kspril ne se voit donc que d'une manière spiri- <( tuelle et invisible ; et nous ne pouvons le connaître s'il « n'est en nous, comme ce n'tst qu'en nous-mêmes que « nous voyons noire conscience... Il est vrai que le Saintce Esprit existe indépendamment de nous, car il est donné « afin qu'il soit aussi en nous; mais s'il n'est en nous, « nous ne pouvons ni le voir, ni le connaître comme il veut « être vu et connu. » {Traité 74, sur S. JeaUy iv o.)

Or, si les justes ont leur esprit qui leur est propre, qui les anime, qui les instruit, qui les remue, le monde a aussi le sien. Celui qui commet le péché^ dit saint Jean (/. Jeariy 111,8), est du diable^ parce que le diable pèche dès lecommen^ cetnent. Voilà esprit couUe esprit ; TEspiil de Dieu et Tesprit du diable. Ces deux esprits partagent tous les hommes. (Test en cela, dit encore le môme Ai)ôtre (v. 10), que l'on connaît ceux qui sont enfants de Dieu, et ceux qui sont enfants du diable. Tout homme qui ne fait pas des œuvres de justice j 71 est point de Dieu ; il est donc du diable.

El voilà le point où les deux esprits sont le plus directement opposés ; savoir, par rapport au péché et à la justice. Voilà où le combat est le phis animé, le plus durable, le plus universel. Tous les autres combats entre les deux esprits, se rapportent à celui-ci et en sont l'image. Que le malin esprit saisisse quelqu'un, que le véritable esprit de prophétie en saisisse un autre ; c'est une image sensible de ce qui se passe entre deux hommes dont l'un fait une bonne œuvre et l'autre un péché. On voit d'un coup d'œil quelle ouverture cela donne pour expliquer une infinité de traits historiques et autres de FLcriture dans ce sens qui est moral, mais qui, pour être moral n'en est ni moins réel, ni moins théologique, ni moins accompagné de circonstances mystérieuses.

Ce n'est pas seulement à l'égard de chaque particulier que ce sens a lieu, c'est-à-dire à l'égard de chaque juste et de chaque pécheur pris un à un ; mais c'est aussi par rapport au peuple de Dieu en corps. Car, comme Dieu forme des justes au milieu du peuple qui est extérieurement son peuple, il en a parlé dans les Écritures, et il a distingué des temps où il formerait des justes en plus grand nombre, et d'autres temps où les justes seraient plus rares. Or, il a

souvent caché sous diverses figures ce qu'il a dit de ces justes.

Divers dons de la Sagesse ; divers degrés selon lesquels elle se communique aux hommes. Proporlion entre ces divers degrés; les uns figures des autres.

Il arrive très-souvent dans rÉcriture que Dieu, parlant de la communication de son Esprit et de l'effusion de sa sagesse sur les hommes, mêle des dons qui ne sont que comme un ornement avec les dons essentiels, des dons extérieurs et sensibles avec le don de la piété; et il faut être attentif à démùler ces choses. Entre ces dons, les uns sont le signe, la figure et souvent la preuve de la présence des autres ; les uns sont Tenveloppe, les autres la pierre pré* cieuse.

On peut voir une ample énumération de ces dons dans le VIP chapitre de ht Sagesse, C'est Dieu mêmCy est-il dit (verset 17), qui nia donné la vraie connaissance de ce qui est, qui ni a fait savoir la disposition du mondey les vertus (les éléments, le conunencementy la fin et le milieu des temps, les chaiigeynents que causent Féloignement et le retour du soleil (pour peu que Ton ait d'usage du style de rÉcriture, on peut aisément transporter ces images à quelque chose de plus spirituel, et apercevoir d'autres dons sous ces premiers dons), la vicissitude des saisons^ les révolutions des annéesy les dispositions des étoiles y la nature des animaux, les instincts des ôêtes, la force des vents. Ces derniers objets ont avec quelques-unes des visions de Daniel des rapports qui frappent l'imagination. L'auteur de la Sagesse continue son énumération : Les pensées des

ho7nmeSy la variété des plantes et les vertus des racines. J'ai appris tout ce qui était caché et qui n^ avait point encore été découvert j parce que la Sagesse même qui a tout créé me r a enseigné , ^i après une autre énuméralion des attributs de la Sagesse, le Sage passe aux dons sanctifiants de la Sagesse (v. 27) : Elle se répand ^ dit- il, de siècle en siècle (selon le texte grec) dans les âmes saintes j et elle forme les amis de Dieu et les prophètes.

Est-ce donc que la Sagesse instruit tous les justes de toutes les choses dont le Sage vient de parler ? Non sans doute ; mais c'est la même Sagesse incréée qui distribue des dons différents et qui les réunit quelquefois dans les mêmes personnes. Ce sont des dons de différents ordres, et d'une distance infinie dans leur nature et dans leur valeur, mais ils vienneqt du même principe. La Sagesse les distribue tous avec la même libéralité, la même gratuité, la même indépendance. Elle fait un saint et un ami de Dieu quand il lui plalt, comme elle fait un physicien, un astronome et un philosophe.

Op, il y a un ordre et une proportion entre ces dons. Le don de la piété est au-dessus de tous. Entre les autres dons, les uns approchent de plus près que les autres du don de la piété. Ce sont différents écoulements de la Sagesse incréée; c'est pourquoi chacun de ces dons est appelé du nom de Sagesse dans l'Ecriture, en telle sorte néanmoins, que ce nom est spécialement appliqué à la justice et à la piété, qui parmi les dons dont les intelligences créées sont susceptibles, sont \bl Sagesse par excellence.

Dans l'énuméralion des dons de la Sagesse que nous venons d'entendre, le Sage rapproche des dons de deux ordres très-éloignés et semble passer, sans milieu, de l'un à l'autre de ces deux ordres ; savoir, des connaissances qui ont pour

302 1IU1TIÈ31E SYMBOIaË.

objet le monde corporel, à la piété. Mais on n'a qu'à suivre roiiverliire que nous venons de donner en passant, et la gradation se trouvera complète. Le Sage parle à la lettre de la connaissance des astres, des plantes, des vents et des animaux. Or, Daniel a vu sous ces images les révolutioDs des empires. Que Ton rappelle le souvenir des quatre bêtes, des quatre vents qui combattaient les uns contre les autres sur une vaste mer ; de la bèlo dont il est parlé au cbapitre suivant de Daniel, qui combattait contre les étoiles; du grand arbre du songe de Nabuchodonosor, etc. [Daniel, ch. VII, VIII et IV). L'histoire de la révolution des empires est proprement l'histoire des passions des hommes. Le Sage passe du monde purement corporel à un nouvel objet en ajoutant au reste les pensées des hommes : Natures animaliiim, et iras bestiariinij vim ventorum^ et cogitationes hominum. Il semble même qu'au lieu de vim ventoriirriy on pourrait traduire vim spiritnum, car le motgrec (TTVEuuLtxTOJv) cst coniuiun au soulfle matériel et aux esprits intelligents.

Mais la révolution des empires est, î\ son tour, l'image d'événemcnis d'un autre or^he, c'est-à-dire des changements qui arrivent par rap[K)rl î\ la Religion. Telle sera donc à peu pr^s la gradation qu'il faudra concevoir : en premier lieu, les révolutions des astres, les changements qui arrivent aux arbres et autres objets semblables, figureront les changements qui arrivent dans les établissements purement humains; la violence des vents figurera celle des passions, ( t ainsi du reste. Par un second degré, toutes ces choses figureront les événements qui regardent Thistoire du peuple de Dieu. On pourra placer dans un troisième degré ce (jui a|)[)artient A un certain fond de la Religion moins connu, et qui se peut distinguer de ce qui frappe les

yeux des hommes les moins instrnils. Or, î\ ces divers degrés répondent autant de dilfcrenls degrés de connaissance, et parconsétjuent autant de différents degrés de sagesse; et la piété, qui n'est autre que la vraie justice, viendra au degré le plus sublime couronner tout le reste.

Cette gradation, fondée sur la nature même des choses, est observée dans toute TEcrituro. Donnons encore un exemple. Plaçons d'abord, au premier degré, la sagesse que Dieu communiquai lîéseléel et à Ooliab poiu* fabriquer les pièces du tabernacle [Exode, XXXI), et lï lliram pour travailler aux ouvrages du temple de Salomon. C'est de lui qu'il est dit (///. Rois, VJI, 14) : // trovaillait en bronze^ et il était rempli de sagesse, d'intelligence et de science pour faire toutes sortes cCouvrages de bronze. Au second degré viendra la sagesse nécessaire pour bien gouverner le peuple juif, telle que Salomou la possédait éminemment. Au troisième, celle ([ui convient au gouvernement extérieur dcTEglise. xV un quatrième rang, celle qui a un rapport plus immédiat A la conduite des âmes. Enlin, au degré le plus excellent, la sagesse, qui n'est autre que la piété, par laquelle l'homme devient lui-môme un vase d'honneur digne d'être placé dans le temple spirituel.

On peut maintenant reconnaître que nous avons suivi une gradation à peu près semblable dans les divers paragraphes de ce XX" Article, et c'est principalement par rapport aux huit chapitres iVIsaïe qui suivent le XL'de ce prophète que nous l'avons fait. Nous avons remarqué d'abord l'usage que l'on pouvait faire des raisonnements contenus dans ces chapitres pour prouver la Religion des Juifs contre les Dabylonienset les Juifs idolàties; secondement, pour prouver la Religion chrétienne contre les adversaires qui la combattent à visage découvert, tels que les Maho-

métans, les Juifs, etc. ; troisièmement, nous avons suivi le Prophète dans ses preuves de la Religion chrétienne, non plus dans cette première généralité, mais en regardant la Religion comme diamétralement opposée au pélagianisme ; et c'est là que les raisonnements du Prophète se sont développés dans toute leur force.

Il y a môme une chose à observer par rapport à ces trois sens que nous avons successivement envisagés dans ces chapitres d'Isaïe, c'est qu'il n'y a proprement que le premier et le troisième qui forment, chacun dans son genre, un sens complet. Le second n'est qu'un démembrement du troisième, et ne se soutient point lorsqu'il est seul; c'est-à-dire que si l'on s'en tenait à ce second sens sans y réunir le troisième, on sentirait à chaque moment que les raisonnements seraient imparfaits; ce qui se dirait par rapport à l'ordre spirituel n'aurait pas la même étendue que ce qui aurait été dit par rapport à l'ordre corporel ; en un mot, on n'aurait qu'une interprétation tronquée, et qui en réclamerait une autre à chaque chapitre et souvent à chaque verset.

Enfin nous avons fait observer que, par rapport au troisième sens, il y avait encore deux idées d distinguer ; savoir, la connaissance de la doctrine de la grâce, et cette doctrine mise en pratique de telle sorte que l'on parvienne en effet à la piété qui opère le salut. Ce que nous avons dit, au paragraphe 8, touchant ces deux idées, suffit pour démêler dans le troisième sens qui se trouve expliqué au paragraphe 7, pour dénièh^r, dis-je, ce qui convient à la piété formée par la grâce, et à la doctrine de la grâce à laquelle Dieu veut que son peuple rende témoignage. Pousser cela plus loin, ce serait entreprendre un nouvel écrit différent de celui-ci.

DIVINATION. r. PROPHÈTES, ETC. 305

Il devait arrÎTer que la profession extérieure du Christianisme fAt sooTent séparée de Pesprit de sainteté. On en Toit un exemple frappant dans la personne de Judas. Sa trahison révélée dans la dernière Cène de Jésas- Christ ; antres mystères qui y sont révélés. Joseph devine par Feutremise des symboles du pain et du vin.

Ce qui vient d'être traité nous a mis sous les yeux la distinction de trois grands objets que Ton peut envisager Tun après l'autre dans le Christianisme : l"" la portion du Christianisme reçue sans répugnance par les Pélagiens ; 2"" les vérités que les Pélagiens refusent de reconnaître, c'est-àdire les vérités de la grâce efficace par elle-même (car les Pélagiens n'ont aucune répugnance pour toute gr&ce dépendante dans son usage du libre arbitre) ; 3"" la piété même qui est l'effet de la grâce efficace. Ces trois choses sont faites l'une pour l'autre et ont été très-unies au commencement, mais elles se sont divisées peu à peu. Car, quoiqu'il y ait un certain terme jusqu*où la division ne puisse aller, néanmoins elle peut être très-grande ; et, d'un autre cêté, elle peut être parfaite par rapport à certains hommes, comme on l'a vu dans les Pélagiens. En effet, on conçoit aisément que le premier des trois objets peut être entièrement séparé des deux autres. On peut sans piété véritable et sans connaître les vérités de la gvhce faire profession du Christianisme, et même tenir à l'Église catholique par les liens d'une même communion.

Et en se bornant maintenant à comparer le premier objet avec le troisième^ Tcxpérience n'a que trop appris que le premier pouvait être séparé du troisième. Dieu a permis que nous en ayons eu un exemple, dès l'origine du Chris-

tianisme, dans la personne de Judas que Ton peut regarder comme le premier de tous les mauvais chrétiens. Or, la réprobation de Judas fut révélée prophétiquement dans la dernière Cène de Jésus-Cbrist, et non pas seulement ce qui concernait Judas, mais encore le triple renoncement de saint Pierre, le scandale que les Apôtres devaient prendre de Jésus-Christ et leur désertion : Le temps va venir y et il est déjà venUy que vous serez dispersés chacun de votre côté, et que vous me laisserez seul (5. JeaUy XVI, 32). Et S. Matth,y XXVI, 31 : Je vous serai à tous cette nuit une occasion de scandale. Il est remarquable que Jésus-Christ fait cette prophétie en expliquant un endroit du prophète Zacharie (XIII, 7), comme il en avait expliqué un autre des Psaumes par rapport à Judas [Ps. XL, JO). On sait aussi la distinction que Jésus-Christ mit entre les Apôtres, par rapport à la révélation du secret qui concernait Judas, ayant manifesté ce secret plus distinctement à saint Jean qu'aux autres, par le morceau qu'il donna au traître : Aussitôt j dit l'Écriture [S. Jean, XIII, 27), Satan entra en lui. Ainsi Jésus-Christ découvrit à ses disciples les œuvres de Satan avant qu'elles s'accomplissent.

On n'ignore pas que, outre les événements qui se passaient alors, on a toujours cru qu'il y avait d'autres événements figurés, chacun ayant fait des applications plus ou moins générales, selon qu'il a porté ses vues plus ou moins loin. C'est, par exemple, une chose très-commune de regarder Judas comme la figure des chrétiens réprouvés.

Dans le discours qui fut une suite et comme une extension de la Cène [S, Jcr/7i, eh. XIV et suivants), Jésus-Christ révéla à ses Apôtres diverses choses cachées qui avaient rapport à l'état de rÉglise dans son entier, qu'il leur enverrait le Saint-Esprit, qu'ils seraient exposés à toutes

DIVINATION... PBOPHfeTES, Kir. H07

sortes de persëcuiîons, qu'on les chasserait des synagogues, que le prince du monde allait venir et qu'il était déjà jugé. n ajouta des vérités de la dernière importance touchant le Irait et Tapplication de son sacrifice. Il partagea le genre humain en deux classes par ces paroles qui se lisent au ÏVn* ch. de Saint Jeariy v. \) : Je ne jjfûe point pour le monde^ mais pour ceux que vous nî'avez donnés, parce qu^ils sont a vous.

Jésus- Christ connaissait Tapplication qu'il devait faire de lOD sang dans toute la suite des siècles, et par h\ il était informé du sort de tous les hommes. C'est ce qui était figuré par la eoupe de Joseph. Il n'y avait personne qui égalât ee patriarche dans la science de deviner : Ignorez-vous fH^il n^y a personne qui m'égale dans la science de deviner ksehoses cachées? [Genèse, Xf JV, 13.) Et il se servait de sa coupe pour deviner : />/ coupe, dit son intendant, est celle dans laquelle mon seigneur boit, et dont il se sert pour deviner [Gen.y XLIV, S).

Nous avons dans l'histoire de Joseph une aulre figure du discernement qui se fait des hommes, et de la manifestation de ce discernement par l'Eucharistie. En réunissant le SODge des deux olfieiers de Pharaon, du grand panetior et du grand échanson (G/?w., XL , on trouve les deux symboles employés dans la consccralion de TEucharistie ; or Joseph, par la considération des deux songes et la comparaison des circonstances , prédit à l'un sa ruine et A Pautre sa délivrance.

L'esprit peut rapprocher ici d\uiti*es traits de l'Écriture dont nous parlerons dans la suite : Daniel, qui parait deviner par la vertu des vases sacrés que Ton profanait au festin de Balthazar [Daniel, ch. V, ; IJalaam, qui devine en Tertu des sept béliers et des sept veaux qu'il offrait sur les

308 Hurn&MlË stiibole.

sept autels [Nombres^ ch. XXIII] ; T Agneau de V Apocalypse à sept yeux et à sept cornes, qui parait comme une victime égorgée, et qui est digne d'ouvrir le livre et d'en lever les sceaux, parce qu'il a été mis à mort [Apocalypsej ch. V).

ARTICLE XXII

ËTéDemeDts qui regardent le peuple chrétien annoncés d'ane tutnière mystérieuse. La séduction de Terreur et du péché représentée tooi le symbole des enchantements et de la divination . Hbtoires de Baliain et de Jézabel employées pour cet effet par les Apôtres. Ces désordres, res* serrés dans des bornes plus étroites, deviennent ensuite plus généraux.

Si les grands événements de l'histoire de l'Église ont été figurés par ceux de la Synagogue , il est manifeste que la manière mystérieuse dont ceux-ci ont été annoncés aura aussi rapport aux événements qui appartiennent à l'histoire de l'Église. Exemple : le chapitre XXIII èHÉzéchiel^ où il est parlé d'Oolla et d'Ooliba^ aura son application aux mau* vais chrétiens. Le jugement de Salomon entre les deux mères (///. RoiSj ch. III) n'aura pas seulement rapport à la division des royaumes d'Israël et de Juda, mais encore aux divisions arrivées entre les Chrétiens. La sagesse avec laquelle Salomon pénétra la vérité et la mit dans un si grand jour, dans une cause qui paraissait d'abord si embrouillée, figurera la sagesse avec laquelle les Pères de TÉglise ont traité la cause des schismes , et discerné dans chaque contestation la vraie mère, c'est-à-dire la vraie Église, d'avec celle qui ne Tétait pas. Mais cette sagesse aura particulièrement lieu dans la division de l'Église grecque d'avec l'Eglise latine.

Les malheurs de l'Église grecque, ses variations , son dernier schisme, seront écrits dans Thistoire du prophète sans nom qui vint de .Tuda à Béthel et qui annonça le sort

de Tautel schismatique que Jéroboam avait élevé [11 L Rois, ch. XTII), aussi bien que dans les prédictions du prophète Ahias, et surtout dans la réponse qu'il fit à la femme de Jéroboam qui venait le consulter sur la santé de son fils; il reconnut la reine d'Israël sous des babils empruntés : Pourquoi feignez-vous être une autre que vous nétes ? lui dit-il, et il lui prédit tous les malheurs qui devaient fondre sar la maison de Jéroboam et même sur tout le royauma des dix Tribus dont il annonça la dispersion (///. Rois^

ch. xrv).

Nous avons vu, Article II, § 3 *, que Ton s'était laissé aller non-seulement dans Israël, mais encore dans Juda, à consulter les devins, les augures, les pythons ; ils avaient dressé des autels à l'armée du ciel, c'est-à-dire aux astres, violant en cela les ordonnances de la loi^ et imitant l'exemple des nations dont la terre leur avait été donnée. Gela s'est accompli parmi les Chrétiens dans un sens plus ou moins étroit, selon qu'ils ont eu la lâcheté de consulter l'esprit du monde, de laisser régner parmi eux l'esprit et les maximes du démon.

Quant au culte rendu aux astres, l'on voit aussi qu'il était commun aux Babyloniens par le ch. XLYII d^Isaîe, v. 13 : Que ces augures qui étudient le ciel, qui contemplent les astreSy et qui comptetit les mois pour eii tirer les prédictions qu'ils veulent vous donner de Cavenir^ viennent maintenant et qu^ils vous sauvent. Cela signifie, parmi les Chrétiens, l'égarement où ils tombent lorsque, mettant Dieu en oubli, ils transfèrent à ceux qui leur ont été donnés pour les éclairer et pour être parmi eux comme des astres, le degré de confiance et les hommages qui ne sont dus qu'à

^ Voyez ci-dessus, |)ages 133, 134.

310 UUniÈMK SYMBOLE.

Dieu. Il est de notre sujet de remarquer qu'il y a une connaissance des astres, et non-seulement des astres mais des temps, qui est un don de la sagesse. Nous en avons vu une première preuve dans le livre de la Sagesse^ ch. VII, v. 17 : Dieu m'a donné de savoir le commencement, la fin et le milieu des temps , les changements que causent P éloigne" ment et le retour du soleil, la vicissitude des saisons, les révolutions des annéeSy les dispositions des étoiles.

Il y a donc un bon et un mauvais usage à faire de la connaissance des astres et des météores. Les augures de Babylone en faisaient un mauvais usage, et en tiraient de fausses inductions. Daniel, qui voyait en esprit tomber les étoiles^ en tirait des instructions salutaires.

Jérémie reprochait aux Juifs de son temps deux choses : l'une, d'avoir rendu aux astres un culte profane; et l'autre, de n'avoir pas su discerner le temps du jugement du Seigneur. C'est au chapitre VIII, où il dit que les ossements des rois de Juda^ de ses princes, des prêtres, des prophètes et des habitants de Jérusalem seront jetés hors de leurs sépulcres; et on les exposera au soleil y à la lune et d toute la milice du ciel qu'ils ont aimés, qiiils ont honorés, qu'ils ont recherchés et qui/s ont adorés. Et au verset 7, après avoir dit qu'ils se laissaient emporter comme un cheval fougueux, sans faire aucune réflexion sur leur égarement, il parle ainsi : Le milan comiait dans le ciel quand son temps est venu, La tourterelle^ V hirondelle et la cigogne savent discerner la saison de leur passage ; 7nais mo7i peuple n'a point connu le temps du jugement du Seigneur. Comment dites-vous : Nous sommes sages, et nous sommes les dépositaires de la loi de Dieu ? La plume des docteurs de la loi est vraiment une plume d^erreur, et elle rHa écrit que le mensonge.

Tons les astres du ciel qui sont donnés à Thomme pour réclairer, le conduire, lui faire distinguer les temps, Bravaient servi qu'à les égarer, et ils étaient devenus plus stapides que les oiseaux qui savent reoonnuitre les temp^. La loi dé Dieu était avec eux : Lex Domini nobiscum est, disaient-ils; et nonobstant, poursuit Jérémie, les sages sont confus^ ils sont épouvantés, ils ne peuvent échapper j parce (j}iils ont rejeté la parole du Seigneur et qu'ils n'ont plus aucune sagesse. On peut avoir avec soi la source de la vraie sagesse, qui est la loi de Dieu, et n'y pas puiser.

Au verset 10, le Prophète leur attribue les caractères de Balaani : Depuis le plus petit jusqu'au plus grandy tous ^étudient à satisfaire leur avarice; et depuis le prophète jusqu^ au prêtre, toutes leurs actions ne sont que mensonge. Q n'est pas difficile de faire l'application des paroles suivantes aux mœurs des chrétiens dans les siècles d'affaiblissement : Et ils entreprenaient à leur confusion de guérir les blessures de la fille de mon peuple ^ en disant : La paix, la paixp lorsqu'il n'y avait point de paix.

Les images touchées par Jérémie rappellent deux traits de l'histoire de l'Evangile. Le premier regarde les Mages qui reconnurent un aussi grand secret que la venue du Messie, à la vue de l'étoile qui se montra à eux dans rOrient. L'autre est le discours de Jésus-Christ adressé aux pharisiens et aux sadducéens, selon Saint Matthieu, et au peuple, selon Saint Luc. Ceux-là demandaient un prodige dans le ciel, pour leur servir de preuve que Jésus- Christ était envoyé de Dieu; mais il leur répondit : Le soir vous dites: Il fera beau^ parce que le ciel est rouge; et le matin vous dites: Nous aurons aujourd'hui de l'orage, parce que le ciel est sombre et rougedtre. Hypocrites, vous savez bien cojmaître ce que présagent les différentes appa^

reticesdu ciely et vous ne savez point reconnaître les signes des temps {S. Mattk., ch. XVI, v. 2). Et en S. Luc (ch. XII, V. 54), il disait au peuple : Lorsque vous voyez un nuage se former du côté du couchant, vous dites aussitôt qu'il pleuvra, et il pleut en effet ; et quand vous voyez souffler le vent du midiy vous dites qu'ail fera chaud, et le chaud ne manque pas d arriver. Hypocrites que vous êtes, vous savez bien reco7inaître ce que présagent les différentes apparences de la terre et du ciel, comment donc ne reconnaissez-vous point le temps où nous sommes ?

11 parait que Notre-Seigneur suit la même pensée^ lorsqu'il ajoute la parabole de l'adversaire qui entraîne devant le juge celui contre qui il demande justice [Ibid.y v. 58). Les termes qui forment la transition en sont une preuve (Tt Sèxai (icpUauTôiv où xpivsTe t^ 8(>caiov, V. 57), et il semble qu*il faut les traduire ainsi : Pourquoi îi'avez-vous point aussi de discernement pour reconnaître ce qui est juste^ par l'exemple de ce qui se passe parmi vous : et non pas, pour reconnaître de vous-mêmes; ce qui affaiblit la force de l'induction que le Sauveur veut tirer de cette parabole de l'adversaire. On doit faire aussi attention aux paroles qui précèdent immédiatement le reproche de ne pas discerner les temps. Jésus-Christ applique formellement à son temps les caractères marqués au \'1I° chapitre de Michée, verset 6. Enfin, si Ton pèse toute la suite de cet endroit de Saint Luc, que l'on remarque les liaisons qui en unissent les différentes parties, qu'après cela on le compare avec celui de Saint Matthieu, et avec l'endroit du VIII* chapitre de Jérémie; on verra que Dieu veut que les hommes s'attachent à reconnaître la circonstance du temps où ils vivent. Que s'ils avaient eu moins d'indifférence pour leur salut au temps où parut Jésus-Christ, ils auraient reconnu qu'il était

DIVINATION... PROPUÈTES, ETC. 313

le Messie ; ils auraient découvert que la colère de Dieu était allamée contre le peuple, que les temps prédits par JVlichée étaient venus, que les désordres que ce prophète avait vus Iorsqa*il était sur la terre n'étaient que l'ombre et la ligure de ceux qu'on voyait; qu'il fallait se hâter de prévenir la colère de Dieu, pendant que Ton était encore en chemin et qu'il restait quelques moments avant que d'être livré entre les mains du juge inflexible. On verra qu'il en était ainsi à proportion au temps de Jérémie, et que c'était même une figure de l'état où les choses devaient se trouver au temps du Messie.

C'était aussi une figure qui devait avoir son application pendant la durée du Christianisme. Jérémie renvoie les Juifs à Pécole des oiseaux destitués de raison ; on en pourrait quelquefois dire autant aux Chrétiens. Ces choses ont leur application en chaque siècle ; il n'y a de différence que dans le degré de justesse et de précision, et ce degré de justesse se mesure par la réunion de tous les caractères qui concourent à remplir l'image tracée par un prophète, et par le degré selon lequel chaque caractère en particulier se trouve rempli.

Nous ne pouvons point douter que la figure de Balaam, et celle de Jézabel ne se retracent à diverses reprises, plus ou moins grossièrement, parmi les Chrétiens. Saint Pierre, dans sa seconde Épltre, et saint Jude prédisent nettement qu'il y aura des Balaams. Parmi les avis donnés aux sept ëvèques, au commencement de V Apocalypse^ Jésus-Christ reproche à celui de Pergame qu'il y avait parmi eux des hommes qui tenaient la doctrine de Balaam, lequel enseignait à Balac à mettre des pierres d'achoppement devant les enfants d'Israël, etc. [Apocalypse ^ II, 14). Nous avons transcrit plus haut divers traits du prophète Michée, qui

314 HUITIÈME SYMDOLE.

annonce un temps auquel les prêtres et les prophètes porteront les caractères de Balaam. Quelque certain qu'il soit que cela se rapporte au siècle auquel le Messie est venu, cela n'empêche nullement que, selon d'autres sens prévus par le Saint-Esprit, cela ne se rapporte encore à d'autres temps.

Nous ajouterons ici un trait de ce Prophète dont nous n'avons pas encore fait mention ; il est tiré du chapitre II, V. H . Le voici, selon l'hébreu (d'après Vatable) qui est dans cet endroit très-différent de la Vulgate : Si quispiam qui ambulet per viam venti et falsitatem mentittis fuerit : Stillabo (id est prophetabo) tibipro vino aut sicera; iserit stillans populo huic. C'est-à-dire : Que si un homme â l'esprit vainet aux paroles trompeuses leur débite ses iwensongeSy disant : Je vous prophétiserai, à condition que vous me donjierez du vin ou d^ autres liqueurs; cest lui qui sera le vrai prophète aux yeux de ce peuple. Cela marque le temps auquel le peuple aime à être trompé, et auquel il se choisit des docteurs pleins de cet esprit d'ivresse, dont il est si souvent parlé dans l'Ecriture. On peut se souvenir du passage d'Once (IV, o) : Vos faux prophètes périront avec vous; et verset il : La fornication^ le vin et l enivrement leur ont fait perdre le sens.

Après les plus grandes louanges que Jésus-Christ donne à l'évêque de Thyatire [Apocalypse, II, 18), il ajoute : Mais f ai quelque chose à vous reprocher, c^estque vous permettez que Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse^ séduise mes serviteurs, et leur enseiyne à se corrompre par la fornication, et à manyer de ce qui est sacrifié aux idoles. Je lui ai donné du temps pour faire pénitence de son impudicité, et elle ne Va point voulu faire. Mais je vais la réduire au lit, en la frappant de maladies, et accabler de maux et dafflic--

iions ceux qui commettent adultère avec elle^ sHls ne font pénitence de leurs mauvaises œuvres. Je ferai mourir ses enfants d'une mort précipitée, et toutes les Églises recon-naîtront que je suis celui qui sonde les reins et les coeurs.

Nous ferons deux réflexions sur ce passage. La première, que les péchés grossiers, dont il y est parlé, figuraient quelque autre chose même par rapport à ce temps-là. Et il est inutile d^examiner ici si ceux qui étaient en liaison avec cette malheureuse Jézabel commettaient en effet ces crimes grossiers de la manière dont ils sont exprimés; il nous suffit de savoir que, sans exclure le sens naturel de ces expressions, elles marquent la séduction. C^est ce qui parait par les paroles qui suivent : Mais quant à vous et aux autres qui sont à Thyatire, qui ne suivez point cette doctrine^ et ne connaissez point les profoîideurs de Satan, qxiils appellent une profonde science, ye ne mettrai point de yiouvelle charge sur vous.

Ainsi l'on voit qu'il y avait à Thyatire un partage entre les Chrétiens mêmes; il y avait une Jézabel, et il y avait une Lydie. Car il faut se souvenir que cette marchande de pourpre qui fut convertie à Philippes était de Thyatire. Le Seigneur^ est-il dit [ActeSy XYI, 14), lui ouvrit le cœur^pour entendre ce que Paul disait. Elle reçut saint Paul avec ceux qui raccompagnaient dans sa maison ; et lorsque saint Paul etSilas furent sortis de la prison où ils avaient été mis à l'occasion de la pythonisse dont ils avaient chassé le malin esprit, ils allèrent chez Lydie, où ils virent et consolèrent les frères avant que de quitter la ville de Philippes (Ibid., v. 40).

Celle qui est désignée sous le nom de Jézabel débitait la doctrine du démon, sous le nom d'une profonde science. Elle trouvait des Chrétiens qui Técoutaient et suivaient sa

doctrine. Il y en avait aussi qui ne prenaient aucune part à cette doctrine, et qui ne connaissaient point ces profondeurs de Satan. Le seul défaut de l'évéque était de laisser enseigner cette propbétesse de Satan. Saint Paul avait fermé la bouche à la pythonisse de la ville de Philippes, quoiqu'elle ne dit rien que de véritable. Jésus-Christ oppose à cesprofondeurs de Satan la vertu par laquelle il sonde les reins et les cœurs : il porte tout à la fois son jugement et sur la doctrine trompeuse de cette Jézabel, et sur la doctrine de ceux qui s'en sont conservés purs^ et sur la négligence de révoque de Thyatire.

La seconde réflexion que nous ferons, c'est que l'avertissement de Jésus-Christ à Tévêque de Thyatire et aux sept évéques en général ne regarde pas uniquement leur temps; c'est-à-dire qu'il devait y avoir dans les siècles futurs, et cela sans doute à plusieurs reprises et sous diverses formes, des Jézabels, une doctrine qui leur serait propre, et des profondeurs de Satan ; et il fallait prémunir les élus des divers âges contre ces dangers.

Le prophète Michée fait des allusions à l'histoire de Jézabel, aussi bien qu'à celle de Balaam; et si l'on y regarde attentivement, on reconnaîtra que l'endroit de VApoca^ IfjpsCj que nous venons de rapporter, fait allusion à celui de Michée. Rappelons premièrement le souvenir d'une parole qui se trouve au IV® livre des lioiSy ch. IX, v. 22. Joram, fils de Jézabel, voyant veni?* Jéhu, lui dit : Peut-on espérer la paix? Jéhu répondit : Quelle peut être cette paix, pendant que les fornications de Jézabel votre 7nère et ses enchantements régnent encore en tant de manières? Dans le moment Jéhu perça Joiam ; et poursuivant son chemin il vint au palais où il trouva Jézabel, et après avoir lue le lils, il fit précipiter la mère.

A regard du prophète Michée, ce n^est point seulement une reine comme Jézabel, c'est une nation à laquelle il adresse la parole. J'arracherai, dit le Seigneur [Michécy V, 11), d entre vos mains tout ce^qui servait à vos sortilèges^ et il n'y aura plus de devhis parmi vous. Texterminerai du milieu de vous vos idoles, etc. Et au chapitre suivant, ▼• 12, en parlant d'une certaine ville dont le nom n'est pas exprimé : Ses habitants usent de mensonges^ et leur langue est dans leur bouche comme un instrument de tromperie. Et moi (selon Thébreu) je vous ai aussi réduit dans la lan^ gueur, je vous ai frappé de maladie (c'est l'expression de ï Apocalypse); et à cause de vos péchés^ vous serez pénétre et confusion et de maux... Que si vous sauvez quelques-uns de vos enfants, je les livrerai au tranchant de Fépée. . . Vous avez gardé les ordonnances d'Amri (père d'Acliab); vous avez imité en toutes choses la tnaison d A chah,.. c*est pourquoi je vous livrerai à la perdition.

Il y a des temps où ceux qui remplissent le personnage de Jézabel sont en petit nombre ; et il y en a d'autres où ils forment comme un grand peuple. Nous voyons que V Apocalypse attribue à Jézabel des enfants qui sont frappés avec leur mère, ainsi que Jézabel le fut avec Joram. Il y a des temps où Jézabel est extrêmement féconde; tels sont les temps dont parle Isaïe (LVII, 3) : Venez ici , vous autres, enfants d'une devineressCy filii algcratricis, race d^un homme adultère et d'une femme prostituée. Si l'on compare ce chapitre A^ Isaïe avec le XVP chapitre à!Ezé' ehielf on reconnaîtra qu'ils ont beaucoup de ressemblance, aussi bien que le XXIIP où il est parlé d'OoUa et d'Ooliba.

Isaïe donne à l'assemblée des méchants 1q caractère que Jéhu attribue à Jézabel ilV. Rois, IX, 22) : Adhuc fornicationes Jézabel matris tUŒy et veneficia ejus multa vigent.

que je suis demeuré dans le silence. . . Je publierai q votre justicCy et vos oeuvres ne votis serviront de r enchantements de cette devineresse consisteront < moins en partie, à se parer d'une fausse justice ; m qui sonde les reins et les cœurs, et qui rend à chac ses œuvres, dévoilera la fausse justice, il jugera ce bel, il mettra au jour les profondeurs de Satan. vous crierez dans vos mauXy que tous ceux que vi assemblés vous délivrent; le vent les dissipera toui ront emportés au moindre souffle. Or, quel est le c de ceux que Dieu oppose à cette nation adonnée aiu tements ? Le Prophète va nous l'apprendre : Mais i mettent leur confiance en moi auront la terre po tage, et ils posséderont ma montagne sainte.

Dans VApocalypsCy Jésus-Christ fait cette proi celui qui, retenant fidèlement ce qu'il avait, ne s point laissé aller à la séduction de Jézabel, qui n'au part, ni à sa doctrine ni à ses fornications : Je luidt dit Jésus-Christ, j[^Mt55awcc5Mr les nations; il lesgou avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme e d'argile (Apoc, II, 26, 27).

cetix qui ont le cœur contrit et brisé. Car je ne disputerai pas éternellement : Non enimin sempiternum litîgabo. Ainsi Ton voit quMl y avait un .procès entre la devineresse et le Dieu tout-puissant. Dieu était dans une grande colère, raaîs il déclare qu'il Tapaisera, 'et il termine la dispute par les promesses qu'il fait de guérir son peuple , que Ton peut voir dans la suite de ce chapitre à^Isaïe^ et par la déclaration qu'il y joint que l'esprit et les cimes viennent de lui : Je ne disputerai pas étemeUementy et ma colère ne durera pae toujours; parce que f esprit est sorti de moi pour se revêtir du corps (spiritus a facie mea induit) et c'est moi qui ai créé les âmes.

On voit aussi dans Michée, au chapitre qui suit celui dont nous avons tiré les dernières paroles que nous avons citées^ nn procès, non précisément sous la même forme que celai dont parle IsaYe, où Dieu lui-même parait plaider contre la nation adultère , mais un procès entre deux CemmeSy entre deux nations. Or, dans Isale et dans Michée le procès se termine de la même sorte; par le jugement qui intervient, la nation orgueilleuse est confondue, et celle qui était dans rabattement est consolée, guérie et élevée en g^loire {Michée, YII, 8) ; O mon ennemiey ne vous réjouissez point de ce que je suis tombée y je me relèverai... Je porterai le poids de la colère du Seigneur parce que j'ai péché contre lui, jusqu'^à ce qu'il juge ma cause, etc. Et dans IsaiCy LVU, 18 : Xai considéré ses voies, et je F ai guériy etc. Il est aisé de suivre plus loin le parallèle de ces deux endroits.

390 HUlTriEHK STMBOU.

ARTICLE XXIII

lijUère dlnlqulié ; set préludes. Les maimiis devine se MdCiplieraM..Ci qui portent le nom de devins en bonne part deviendroot «tnqidlii rement rires. Les siuterdles de TApoealypse prépereroni lei vois la parfaite formation de la béte à sept têtes» Opémâon el tfdl da dragon appelé anssi Taneten serpent.

Les désordres marqués dans l'Écriture soos rmuige>dfl divination et des enchantements font du progrès eo pi d^ane manière : i* lorsqu'ils se multiplient; S* lovsqm qui est figuré sous ces images s'accomplit plus spiritiial ment et plus dangereusement, en sorte que la figun plus parfaitement remplie et dans un ordre de choses fi sublime ; S"" lorsque ceux qui tolèrent, qui &voriseat oà^ sont eux-mêmes auteurs de ces désordres, occupent di le peuple de Dieu une place plus éminente. Parexemf il y avait une Jéxabel qui tenait son école an milieu < chrétiens à Thyatire; mais Tévéque en était exempt, il é( seulement besoin deTexhorterà agir avec plus de vignei Cet évèque n'était pas un Achab, il en était prodigîeoi ment éloigné, mais il n'avait pas la plénitude du zèle d'Él On comprend que le mal aurait été incomparablement p grand, si cet évèque avait été séduit lui-même et qu'il devenu séducteur.

On peut remarquer dans les expressions des Prophè ces différents accroissements du mal. Seigneur ^ dit /m ch. II, V. 6, vous avez rejeté la maison de Jacob qui votre peuple y parce qu'ils ont été remplis de super stitù comme autrefois ^ qu'ils ont eu des augures comme les P. listins... Leur terre est remplie doret d' argent y et let trésors sont infinis. Leur pays est plein de chevaux, et lei

chariots sont innombrables. Ces ei^pressiops nous marquent un grand éclat extérieur^ mais tel qu^il était dans les dernières années du règne de Salomon qui furent si iQaJheureuses. Leur terre, continue le Prophète, est aussi remplie d'idoles. Et alors, comme les mauvais devins se multiplient. Dieu 6te les bons devins ; cb. 111, v. i etsuiv. : Car le Dominateur y le Seigneur des armées va ùter de Jerusalem et deJuda le couraye et la vigueur, toute la force du pain et toute la force de Peau; tous les gens de coeur et tous les hommes de guerre^ tous les JugeSy les prophètes, les devins {kiseu) et les vieillards; les capitaines de ctn^ quinte hommes, les personnes d'un visage vénérable, ceux qui peuvent donner conseil^ les plus sages d'entre les architectes, les hommes habiles dans fart de deviner, ixtelli- WHTEM iKCANTATioNis ^NEBON LAciiAsi.u^. Je Itur donnerai des enfants pour princes et des efféminés les domineront.

Ce passage fait voir que leb termes de lacijascu et kiseu se prennent quelquefois eu bonne pari, puisque le Prophète donne pour une marque de la colère de Dieu, qu'il les enlèvera du milieu de sou peuple. C'est dans ces tempes que la parole de Dieu e^t rare, comme il e^t dit, /. Rois. \\l, 1 : La parole du Seigneur était alors rare ti précieuse, et Dieu ne se découvrait point clairement. Alors i>'accomplit la sentence des Proverbes XXIX, 18^ : Quand il ny aura plus de prophétie bébieu, dt vision^, le peuple se dissipera. Alors il est extrêmement rare de trouver de> hommes tels que ceiui dout il est parié. Ecclésiastique, XXXMIy 18 : Lame (Cun humrne saint découvre quelquefois mieux la vérité, que àtpl àenlineluà qui ao/tt assises dans un lieu élevé pour contempler tout ce qui se passe.

C'est £iar raccomplis^einent, la coii>ommatiun et la réunion de ces divei*s traib, tracés par TEsprit de Dieu dans

T. II. il

3â2 HUITIÈME SYMBOLE.

les écrits des Prophètes, que se consomme le mystère d'iniquité prédit dans V Apocalypse. Ainsi se forme la grande ville appelée spirituellement Sodome et Egypte ; la béte à sept têtes et à dix cornes ; la prostituée qui est assise sm* cette bête, qui porte écrit sur le front : Mystère^ la grande Babylone, mère des fornications et des abominations de la terre [Apoc.^ XVII) ; le faux prophète, ou la seconde bête, dont il est parlé au chapitre XIII de VApocalypse, qui avait deux cornes semblables à celles de l'Agneau, mais qui parlait comme le dragon.

On peut voir dans les Symboles précédents diverses observations sur la manière dont ce mystère est conduit à son terme, sur les différentes formes qu'il prend successivement; d'où les Prophètes ont pris occasion de le représenter quelquefois sous l'emblème d'Israël, de Juda, de Jérusalem rebelle ; et d'autres fois sous le nom des peuples étrangers, de ridumée, des Philistins, de Tyr, de Babylone, de l'Egypte, de Sodome. On y verra en même temps comment toutes ces choses s'exécutent sans préjudice des promesses faites à l'Eglise, de son indéfeciibilité et de son infaillibilité. Pour rappeler par un seul mot tout ce qui a été dit sur cela, il suffit de dire que tous ces malheurs ne regardent que les branches étrangères, menacées pai saint Paul dans le chapitre XI de VÉpttre auxHomains.

La figure de Jézabel et celle de Balaam seront accomplies en grand lorsque ces choses s'accompHront. Élie esl un des deux Prophètes dont la venue est marquée au chapitre XI de V Apocalypse, La bête qui 7nonte de l'abime^ est-il dit(v. 7), leur fera la guerre, les vaincra et les tuera, H se trouvera des prophètes de Baal à qui Ëlie, de soi; côté, déclarera la guerre ; et il se trouvera une Jézabel qui en prendra la défense. Le second Prophète dont la venue

est annoncée au même endroit de }l Apocalypse ^ et que saint Hilaire croit être Moïse, trouvera des enchanteurs qui lui résisteront, ainsi que Moïse en a trouvé autrefois en Egypte. Alors le mystère d'iniquité aura pris sa forme et sa consistance après de longs préparatifs.

Or, entre ces préparatifs, il y en a qui touchent de plus près que les autres à la consommation de ce mystère et qui en sont le prélude* C'est ainsi que l'on peut regarder tout ce qui est dit de la plaie des sauterelles dans V Apocalypse, Le soleil et l'air furent obscurcis à leur venue ; elles tenaient de la nature des bêles venimeuses ; leur queue élait semblable à celle des scorpions, y ayant un aiguillon ; et il est encore dit que le mal qu'elles font est semblable à celui que fait le scorpion quand il a blessé l'homme [Apoc, ch. IX).

Nous ne nous étendons point sur l'autre plaie annoncée par le son de la sixième trompette ; c'cbt la plaie des Mahométans , figurée par une armée de deux cents millions d'hommes montés sur des chevaux qui avaient des tctes de lion, et ces chevaux avaient des queues semblables à celles des serpents ; ces queues avaient des tètes dont elles blessaient. Ces queues, semblables à des serpents, représentant la séduction du Mahomélisrae, mais qui ne vient qu'après que la tète du lion a passé. l']n eifet, on sait par rhistoire que la séduction du Mahomctisme a été ordinairement précédée par la force des armes qui leur ont soumis les pays immenses où ils se sont établis.

En comparant avec soin les caractères de cette plaie avec celle des sauterelles, on reconnailra que l'une touche de plus près que l'autre le peuple de Dieu. L'une est extérieure, l'autre est interne. Le caractère de l'une est d'attaquer ouvertement et de tuer par le feu, la fumée et le

soufre ; le caractère de Tautro est d'insinuer ua venin caché. L'une fait des ravages prodigieux, mais l'autre est plus pénétrante. Enfin, pour ne pas pousser plus loin ce parallèle, Tarmée des deux cents millions d'hommes tue les corps, les sauterelles ne les tuent pas, elles tuent les &mes.

Le venin des sauterelles, qui produit des effets semblables à celui des scorpions, marque la séduction; et cette plaie, disons-nous, prépare les voies et est le prélude du mystère d'iniquité, représenté au ch. XIII de V Apocalypse, sous l'image de la bète à sept tètes et à dix cornes, que saint Jean voit de nouveau au XVIP chapitre avec la grande prostituée qui est assise dessus. Cette bète a la même forme que le dragon qui est aussi représenté, au chapitre XII, comme ayant sept tètes et dix cornes. Or, il est représenté de la sorte à cause de la bète qu'il anime et à qui il fait part de sa puissance. Une des choses marquées par les sept tètes de la bète (ch. XVII, v. 9), ce sont sept montagnes qui, dans le sens que nous suivons maintenant, sont de grands peuples. Le dragon s'empare donc de ces peuples et les remue à son gré, après leur avoir communiqué peu à peu son venin. Il faut se souvenir aussi de la bète qui monte de la terre (ch. XIII^ v. Jl), qui a deux cornes semblables à celles de l'Agneau, mais qui parle comme le dragon. Cette seconde bète est donc aussi animée de l'esprit du dragon, ou, ce qui est la même chose, elle est empoisonnée de son venin.

Le dragon (ch. XII, v. 9) est appelé : Cet ancien serpent, celui qui se nomme le diable et Satan, qui séduit toute la terre habitable \0 ovi; 6 àpyaîo;, ô ïcaXcuuLsvo; AiàôoAo;, xa'i ô ^axava^j ô ir^aviov Tyjv oîxourxÉvr^v à^vTjv). Ses sept tètes et SCS dix

cornes marquent aussi l'assemblage et la plénitude, tant

des vices et des erreurs dont il est le père, que des moyens qu'il met en œuvre pour les persuader el les faire prévaloir parmi les hommes. Il fait la guerre aux saints; il les accuse jour et nuit devant Dieu : les bons anges lui résistent, et il est enfin vaincu, mais après un grand combat. Nous disons donc que les sauterelles, annoncées par le son de la cinquième trompette , sont les avant-coureurs de toutes ces choses et qu'elles ont emprunté leur venin du dragon; en sorte que la parole de l'Ecriture leur convient mieux qu'à aucun autre : Leur vin est un fiel de dragons^ c'est un venin d'aspics qui est incurable (Moïse, dans son Cantique, ûeutér.j XXXII, 33). Elles sortent du puits de l'abîme, et elles sont un instrument choisi que le dragon met en œuvre pour former cette bête à sept têtes qui parait deux ou trois chapitres après. C'est-à-dire que le dragon communique peu à peu son venin aux hommes, dont cette bète doit être composée, par les piqûres de ces sauterelles; et lorsque le venin aura fermenté, qu'il se sera étendu, et que tous ceux qui en doivent recevoir les atteintes les auront ressenties, la bête se trouvera formée. C'est alors que ceux qui auront part à la séduction ne marcheront plus un à un ; ils feront corps; le dragon leur communiquera sa puissance. Alors la bête à deux cornes animera Timage de la bête à sept têtes, laquelle bête à sept têtes est elle-même l'image du dragon.

ARTICLE XXIV

Désordres qui tendent plus immédiatement à la corsommation du mystère d*iniquité. Corruption de la morale appliquée à la conduite des âmes. Pélagianisme renouvelé. Faux docteurs figurés par les faux prophètes Ja temps d'Ézéchiel et de Jén'mie.

On peut voir par le Commentaire de M. Bossuet sur

326 Ill.lTIÈME SYMBOLE.

V Apocalypse, en combien d'endroits des anciens Prophètes il est parlé de ces sauterelles de V Apocalypse. On voit bien que le sens que nous suivons est autre que celui de M. Bossuot; il suffit de dire ici que le sens de M. Bossuet est la figure de celui-ci . Si donc on trouve à propos de consulter les endroits des Prophètes dont il fait mention, il faudra être attentif à les transporter du sens qu'il suit, au sens que nous suivons.

Or, pour nous borner à ce qui regarde notre présent symbole, nous réduisons à deux chefs la séduction et le venin des sauterelles : 1^ la corruption de la morale, 2^ le pélagianisme renouvelé. Il faudra y joindre, comme nous le ferons dans la suite, \m troisième objet, savoir Tesprit de domination introduit dans le gouvernement ecclésiastique, ce qui renferme les fausses prérogatives que la cour de Rome s'est attribuées et que ses flatteurs lui ont accordées avec profusion.

Et î\ l'égard de la corruption de la morale, ou ce qui revient au même, d'une conduite molle et efféminée qui perd les î^nics, il faut avoir présenta l'esprit le chapitre XIII iVÉzvchiel en son entier. En voici quelques traits (v. 3) : Mftiheur at(x proplfèlof^ insensés qui suivent leur pj^opre esprit et (jui ne voient ?'ien. Vos prophètes, ô Israël , ont êtr jtfnmi vous comme les renarth dans les déserts... Ils iù))(t que des visions vfineSy et ils ne prophétisent que le nnnsoit(/e, en disfint : Le Seir/neur a dit ceci, quoique le Seiqnenr /ir les /fit j/fn'nf rnroi/és; et ils persistent à ftssurer ce qu'ils ont dit une fois. Les visions que vous avez eues )ie sont-elles pas vai/tf^s, et les projdiéties que vous publiez ne sont-elles pas pleitu's de 7nenson(je?... Ma main s'appesantira sur les prophètes qui ont des visions vaines, et qui prophétisent le mensonge; ils ne se trouveront point dans

WVl.NAllUN... NlOl'HlVlKS, ETC. 327

[assemblée de mon peuple ; ils ne seront point écrits dans le livre de la maison d^ Israël ; ils n^ entreront point dans la terre d'Israël (c'est-à-dire qu4ls n'auront point de part au renouvellement que Dieu fera par Tinsertion des branches naturelles] ; et vous saurez que c'est tnoi qui suis le Seigneur, îèmo\âr; parce qu'ils ont séduit mon peuple en lui annonçatit la paixj lorsqu'il ?i'y avait point de paix.

Le prophète emploie ici le symbole de la muraille mal enduite, et il parle ensuite des faux prophètes sous l'idée de femmes. On peut se souvenir qu'il est dit des sauterelles de VApocalypsCj qu'elles ont des cheveux de femmes [Apoc, IX, 8). Et vouSyfilsde Phomme^ est-il dit à Ezéchiel, même chapitre, v. 17, tournez le visage contre les filles de votre peuple, qui se mêlent de prophétiser de leur tête et de leur propre cœur, et prophétisez contre elles, et dites : Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu : Malheur à celles qui préparent des coussinets, etc. La séduction de ces fausses prophéties est représentée sous l'image des pièges que les chasseurs tendent aux oiseaux pour les prendre : Vos capi-

TIS ANIMAS VOLANTES (v. 20).

Au ch. XXT, V. 28, Ezéchiel étend aux Ammonites les prophéties qu'il venait de faire contre la terre d'Israël. L^épée reçoit ordre de les frapper, pe7idant que les enfants d^Ammon n'ont que des visions fausses, et que leurs devins ne leur disent que des mensonges.

Au chapitre XXII, le même Prophète revient à la Judée et à Jérusalem, et il parle de la confédération des méchants. Verset 2S : Les prophètes ont conjuré ensemble au milieu (Telle, et ils ont dévoré les âmes comme tin lion qui rugit et ravit sa proie... Ses prêtres ont méprisé ma loi, ils ont violé mon sanctuaire, ils nont point fait de discernement entre les choses saintes et tes jjro fanes... Ses princes étaient

au milieu (Telle comme des loups toujours attentifs à ravit leur proie ^ à rrpandre le sang^ à perdre les âmeSy et à courir après le gain pour satisfaire leur avarice. On peut remafqner combien tous ces traits ont de rapport avec lé caractère de Balaam. Ses prophètes mettaient l'enduit sur la muraille sans y rien mêler qui la rendit ferme : ils avaient des visions vaines y et ils prophétisaient le mensonge en disant : Voici ce que dit le Seigneur notre Dieu, quoique le Sei^ gneur n^etît point parlé.

Ce sont tous ces traits qui concourent à former, au milieu du peuple de Dieu, la prostituée. La liaison en est marquée dans Ézéchiel, qui passe, au chapitre suivant, A la description d'Oolla et d'Ooliba. Il marque en propres termes l'objet qui était immédiatement exprimé par ces deux femmes; c'était Israël et Juda. Mais ces deux peuples étaient eux-mêmes figures. L'état de la Judée, tel qu'il était au temps d'Ézéchiel, était la figure de l'étal de la Synagogue au temps de Jésus-Christ. Des désordres grossiers étaient la figure de désordres plus spirituels. La Synagogue a été, au temps de Jésus-Christ et des Apôtres, une Ooliba corrompue dans l'ordre spirituel. Les branches étrangères, menacées par saint Paul dans VEpitre aux Romains, ont aussi leur Ooliba. Or, il y aura une proportion entre la manière dont cette Ooliba parviendra à l'étal marqué par le Prophète, et la manière dont l'Ooliba de soû temps y était parvenue.

L'état où était tombée Ooliba est marqué en ces termes, ch. XXni, V. il : Quod ciim vidisset soror ejus Ooliba^ plusquam il la insanivit libidine; et fornicationem suam super fornicationem, sororis suœ. Des désordres de plus d'une sorte avaient contribué à la conduire à cet excès de corruption. Les désordres qui sont représentés dans les

passages qui viennent d'être rapportés des chapitres XIII et XXII d'Ezéckiely consistent dans une double illusion. On faisait croire à chaque particulier que son àme était bien avec Dieu, et on en faisait accroire autant à la nation en ^néral, en sorte que Ton faisait passer pour des imposteurs les vrais prophètes, tels qu'Ezéchiel et Jérémie qui annonçaient la prise de Jérusalem et la captivité de Babylone. L^application de ces traits se fait d'elle-même. On comprend que c^est faire la fonction d'un faux prophète et d'un faux devin, de dire à chaque chrétien en particulier, que son âme est en bon état, que sa conscience doit être en repos, lorsqu'il est dans un état que TEvangile condamne ; et qu'il en est de même, lorsque l'on veut faire croire que l'état du peuple de Dieu est heureux et florissant, lorsqu'il gémit sons le poids des maux qui l'accablent. C'est en ces deux manières que Ton annonce la paix lorsqu'il n'y a point de paix {Ézéchiel, XIII, 16) : Ces prophètes d' Israël j qui se mêlaient de prophétiser à Jérusalem, et qui avaient pour elle des visions de paix, lorsqu'il n^y avait point de paix. Mais il y a une autre manière de remplir, dans l'ordre spirituel, l'image des faux devins, c'est en s'atlachant aux opinions pélagiennes : c'est ainsi quor Ton introduit à la lettre dans l'ordre spirituel l'idolâtrie. Ce dernier désordre a d'étroites liaisons avec les premiers désordres dont nous Tenons de parler, puisque le pélagianisme conduit à prendre la fausse justice pour la véritable, ce qui renverse tout dans la conduite des âmes. Nous avons traité assez au long, Article XX, de la méthode de l'Écriture qui emploie l'image de la divination et des devins, pour représenter les erreurs et la conduite de ceux qui mettent le libre arbitre à la place de Dieu, en transportant au libre arbitre le droit de décider en premier dans l'ordre de la justice, qui n'appartient

330 UUniÈMK SYMBOLE.

qu'à Dieu. Cela renferme des idées théologiques qu'il faut avoir présentes à Tesprit.

Eu effet, c'est à ces idées que nous rapportons principalement les caractères d'idolâtrie qu^Ézéchiel attribue à Ooliba, comme ce Prophète rapporte hii-méme à ridolâtrie d'Ooliba le caractère de prostituée qu'il lui donne. Elle est prostituée en ce qu'elle est idolâtre, abandonnant le véritable Dieu qui est son époux, pour s'attacher à des dieux étrangers. Et dans le sens que nous suivons maintenant, Ooliba est idolâtre en ce qu'elle met sa confiance, pour obtenir la justice et le salut, en un autre que dans le Dieu véritable. C'est, comme on le voit, un nouveau point de vue d'où l'on découvrira une nouvelle troupe de devins et d'enchanteurs : ou bien autrement, ceux qui étaient déjà des enchanteurs, en ce qu'ils trompaient les âmes par leurs fausses maximes en fait de morale, seront convaincus de porter ce caractère par un nouvel endroit, savoir par leur dévouement aux opinions pélagiennes. C'est ainsi qu'il se trouvera, que le venin des sauterelles de V Apocalypse aura une double malignité ; il empoisonnera les âmes, non pas seulement en les entraînant clans le péché, mais encore en leur cachant la vraie source de la justice. Les âmes séduites ignoreront quel est le vrai médecin, et prendront la maladie pour la santé.

Si Ton entend dans un sens spirituel le XIV* chapitre de Jérémie^ on y reconnaîtra aisément que la sécheresse qui y est dépeinte sous de si vives couleurs n'est autre chose que la rareté de la grâce, et que toute l'instruction que l'Esprit de Dieu veut que nous retirions de ce chapitre est renfermée dans le dernier verset : Y a-i-il quelqiCun parmi les faux dieux des nations qui fasse pleuvoir, ou sont-ce les deux qui peuvent donner les pluies f lY est-ce pas vous qui

êtes le Seigneur noire Dieu que nous attendons ? car cest vous qui faites toutes ces merveilles. C'est-à-dire que Dieu seul distribue la pluie de la grâce qui fait produire les oeuvres de justice; et que toute autre puissance à qui Ton attribue de produire un tel effet en premier ne peut être qu'un faux dieu.

Si Ton n'entendait, par la pluie dont il est parlé dans cet endroit, autre chose que la pluie matérielle, et par les idoles des nations, que des idoles grossières, ce ne serait pas proprement les faux prophètes du vrai Dieu qu'il faudrait accuser, lorsqu'il serait question d'un tel égarement. Mais lorsqu'on transporte ces choses à l'ordre spirituel, alors les mêmes hommes qui sont ministres du vrai Dieu, et qui soutiennent sa divinité contre les idoles grossières, peuvent être les défenseurs de l'idolâtrie dans l'ordre des choses invisibles. Ils entretiendront sur ce point les hommes dans Terreur, et continueront en même temps à offrir visiblement des sacrifices à Dieu. Ils se glorifieront de l'injure qu'ils font à Dieu: et plus les hommes qu'ils auront séduits seront hardis pour transporter au libre arbitre la gloire qui n'est due qu'à Dieu, plus ces faux docteurs soutiendront que Dieu est satisfait de son peuple, et que le peuple n'a pas à craindre les effets de la colère de Dieu.

Mais voici ce que nous lisons au milieu de ce même chapitre XIV de Jérémie^ verset i 1 : Ne me priez point y dit le Seigneur, de faire grâce à ce peuple. Lorsqu'ils jeûneront, je n'écouterai point leurs prières; et quoiqu'ils m'offrent des holocaustes et des sacrifices^ je ne les recevrai point. Toutes ces pratiques, comme l'on voit, sont directement opposées à l'idolâtrie qui ferait croire que ce sont les dieux des nations qui font tomber la pluie et qui communiquent aux champs la fertilité ; mais elles sont compatibles avec

l'idolâtrie spirituelle qui conteste à Dieu le pouvoir de rendre les âmes fécondes en fruits de justice. Le Seigneur continue : Parce que je veux les exterminer par Pépee, par la famine et par la peste. A lors je dis : Ah! ah ! ah ! Set* gneur mon Dieu, les prophètes leur disent sans cesse : VoUê ne verrez point répéenila guerre, et la famine ne sera point parmi vous (il dépend de vous et non pas de Dieu d'etnpécher cette famine, et après que vous aurez bien usé de votre libre arbitre), le Seigneur vous donnera dans ce lieu une véritable paix. Le Seigneur me répondit : Les prophètes prophétisent faussement en mon nom; je ne les ai point envoyés, je ne leur ai point ordonné de dire ce qu'ails disent, et je ne leur ai point parlé. Les prophéties qn ils vousdébi-tent sont des visions pleines de mensonges; ils parlent en devinant, ils publient les illusions trompeuses et les séductions de leur cœur. Les versets suivants contiennent les menaces que Dieu fait à ces prophètes et à ceux qui croient en eux.

C'est de ces mômes prophètes que parle Jéréuiie au ch. XXVII, v. 9. Vous donc, 71 écoutez point vos prophètes, ni vos devins, ni vos inventeurs de songes, ni vos augures, ni vos mngiciens (Fon reconnaît ici le précepte du Deutéronome et du VHP ch. à' Isn'ie) qui vous disent : Vous ne serez point assujettis au roi de Bahylone; car ils vous prophétisent le mensonge, pour vous envoyer bien loin de votre terre, pour vous en chasser et pour vous faire périr. Et au verset 14: N'écoutez point les paroles des prophètes qui vous disent : Vous ne serez point assujettis au roi de Babylone; car ce qu'ils vous disent nest que mensonge. Je ne les ai point envoijés, dit le Seigneur, et ils prophétisent faussement en mon nom, pour vous chasspr, et pour vous faire périr, vous et vos prophètes qui vous prédisent P avenir. J^ai

DIVINATION... PRUPUÈTES, ETC. 333

aussi parlé aux prêtres et à ce peuple en leur disant : Voici ce que dit le Seigneur : N'écoutez point les paroles de vos prophètes, qui vous font des prédictions et qui vous disent : Jjcs vases de la maison du Seigneur seront bientôt rapportés iie Babylone; car ils vous prophétisent le mensonge.

Dieu propose ici l'épreuve marquée dans le Deutéronome, et employée dans les chapilres à^Isaïe qui suivent le XL*, c'est de voir si ces prophètes pourront accomplir ce qu'ils disent. Et il esl bon de remarquer que cette épreuve e^t proposée de manière qu^on les délie d'e^iécuter ce qu'ils ont promis; en sorte que ce n'est pas seulement une épreuve pour reconnaître ce qu'ils savent de l'avenir (ce qui ne reg^arderait que les lumières de l'entendement), n)ais encore ce qu'ils peuvent sur l'avenir, ce qui a rapport à la puisfiaooe delà volonté. Que s'ils sont vrais prophètes y dit Jérémie, et si la parole de Dieu est en eux, qu'ils s'opposent au Seigneur des années, afin que les vases qui ont été laissés dans la maison du Seigneur , dans la inaison du roi de Juda €i dans Jérusalem, ne soient point transférés en Babylone. £i sur cela, Dieu réitère la prédiction de la translation de tous ces vases, pour y demeurer jusqu'au jour que Dieu avait marqué, c'est-à-dire jusqu'à la fin des soixante-dix ans de captivité.

Il y avait en même temps à Babylone des prophètes semblables, qui séduisaient ceux des Juifs qui étaient déjà en captivité. Jérémie écrivit à ces Juifs pour les prémunir, ch. XXIX, V. 8 : Ne vous laissez point séduire par vos prophètes qui sont au milieu de vom, ni par vos devins; et n'ayez point d'égard aux songes que vous avez songes; parce qu'ils vous prophétisent faussement en mon nom. Dieu oppose à ces fausses prophéties celle du retour de la captivité à la fin des soixante-dix années, et il renouvelle

la prédiction de tous les malheurs qui allaient fondre sur ceux des Juifs qui étaient encore à Jérusalem^ ad fratres vestros, quiyionsunt egressi vobiscum in transmigrationem (v. 16). Les faux prophètes des Juifs qui étaient à Babylone écrivaient, de leur côté, des lettres aux Juifs qui étaient à Jérusalem pour les entretenir dans une fausse sécurité. Tel était Sémeïas Néhélamite, dont Jérémie parle dans ce chapitre XXIX. Il parle aussi de deux autres, savoir, Achab fils de Colias, et Sédécias fils de Maasias, à qui il annonce une mort funeste; parce qu'ils ont agi follement dans Israël j dit le Seigneur (verset 23), quils ont corrompu les femmes de leurs amis, et qu'ils 07it parlé faussement en mon nom, en disant ce que je ne leur avais pas ordonné de dire. C'est moi-même qui suis le juge et le témoin^ dit le Seigneur. Il est bon d'observer que les Hébreux croient que ces deux faux prophètes sont les mômes qui s'efforcèrent de corrompre Suzanne.

Que Ton remarque donc que voilà de faux prophètes du vrai Dieu à Jérusalem, et d'autres k Babylone. Outre ceux-là, l'Ecriture nous parle des prophètes des faux dieux, ou des devins qui étaient à Babylone. L'épée est tirée, dit Jérémie en prédisant la ruine de Babylone, ch. L, v. 3o, contre ses princes et contre ses sages, Lépée est tirée contre ses devins qui paraîtront des insensés. Dans le sens immédiat qui regardait le temps de Jérémie, cette dernière espèce de sages et de devins était essentiellement différente des faux prophètes juifs. Mais dans Tordre spirituel, ks mêmes hommes sont, tout à la lois, faux prophètes de Jérusalem, faux prophèles du vrai Dieu à Babylone, et i)rophètes des faux dieux de Babylone. (les trois caractères peuvent seulement marquer quelques degrés de plus ou de moins, et quelque différence dans ^i situation.

CeDX qui sont représentés sous ces trois formes sont donc, dans Tordre spirituel, les mêmes dont il est parlé au ch. XXIII. C'est par de tels hommes qu'il se forme, au milieu de la Jérusalem spirituelle^ une Babylone en esprit. Lr prophète et le prêtre se sont corrompus, est-il dit, verset Hf et fat trouvé dans ma maison les maux qti*ils ont faiis^ dit le Seigneur. Cest pourquoi^ leur voie sera comme un chemin glissant dans les ténèbres. On les poussera, et ils tomberont. (Voilà les malheurs prédits à la fin du VIII* ch. d'/5af€.) J'ai vu l'extravagance dans les prophètes de Samarie: ils prophétisaient au 7iom de Baal, et ils séduisaient mon peuple d'Israël. J'ai vu les prophètes de Jérusalem semblables à des adultères, fai vu parmi eux la voie du mensonge. (On peut voir dans la dixième Imagiiunre de M. Nicole l'application qu'il fait de ce passage.) Ils ont fortifié les mains des méchants^ pour empêcher que les hommes ne se convertissent du dérèglement de leur vie. Ils sont tous devenus devant mes yeux comme Sodome, et les habitants de Jérusalem comme Gomorrhe. Voilà, en propres termes, ce que nous disons de la formation du mystère d'iniquité. Le sens que nous suivons actuellement a rapport à la grande ville dont il est parlé dans VApocalypsey XI, 8, qui est appelée spirituellement Sodome et Egypte.

Jérémie poursuit : C^est pourquoiy voici ce que le Seigneur des armées dit aux prophètes : Je les nourrirai d'absinthe, et je les abreuverai de fiel, parce que la corruption s^est répandue des prophètes de Jérusalem sur toute la terre. Voici ce que dit le Seigneur des armées : N'' écoutez point les paroles des prophètes qui vous prophétisent et qui vous trompent. Ils pub lient les visio?fs de leur cœur, et non ce quHls ont appris de la bouche du Seigneur. Ils disent à ceugc

336 UUiTlÈllE SYMBQ^B.

qui me blasphèment (hébreu, spernentibus he) : Le Seigneur fa dit, vous aurez la paix; et à tous ceux qui mat" client dans la corruption de leur coeur : Il ne vous arrivera point de mal.

On voit clairement ici que ces prophètes réunissent deui caractères : l"" Ils parlent au nom du vrai Dieu; 2* ils sont dans sa maison (verset 11 ) : J'oi trouvé dam ma maison /« maux qu'ils ont faitSy dit le Seigneur; et ils apprennent i mépriser le Seigneur; ils en font leçon, selon quMl est dil de la maison d^sraël et de Juda, cb. Y, v. 12 : Ils ont renoncé le Seigneur, et ils ont dit: Le Seigneur rCestpoim Dieu : en quoi ils étaient autorisés parles prophètes, comm< on le voit au verset suivant, et dans ce XXIH* chapitre verset 27 : Ils veulent faire que mon peuple oublie mot nom, à cause de leurs songes quHls débitent chacun à leu\ prochain, comme leurs pères ont oublié mon nom à cause d BaaL Ne reconnait-on pas que la doctrine pélagienn^ remplit parfaitement tous les traits exprimés ici par le pro phète? Revenons au verset 18, pour entendre ce que Diei prononce touchant ces prophètes qui promettaient la pai à ceux qui blasphémaient contre le Seigneur.

Mais qui d'entre o.ux a assisté au conseil de Dieu^ in se CRETo Jéiiovj:, qui Va vu, et qui a entendu ce qu^ila dit? L tourbillon de lu colère du Seigneur eu éclater sur la tête dt impies, et la tempête, après avoir rompu la nuée, tomber sur eux (v. lîi). Je n envoyais point ces prophètes, et ilscoti raient d'eux-mêmes : je ne leur parlais point, et ilsprophi tisaient de leur tête (v. 21). S'ils avaient eu part à mon si cret (Si siETissKN r ln secueto mec : a Id est, » dit Vatabh (( si admîssi luissent in locum in quo tracto consilia mea i arcana »), ils auraient fait connaître mes paroles à monpei ple^ etc. (v. 22). fai entendu ce qu'ont dit ces prophètes qt

prophétisent le mensonge en mon nomy en disant : J'ai songé, foi songé {y. 2S).

Ces prophètes trompeurs n'avaient point assisté au secret conseil de Dieu, mais Jérémie y avait été introduit. Il annonçait les jugements de Dieu sur les mauvais pasteurs, et la délivrance future des brebis, ch. XXIIl, v. ^ et 4; eh. XXY, v. 34. Il représentait Dieu comme un lion (DoMiNUs DE ExcELSis RUGiET, /ôirf., V. 30) qui dcvait faire entendre sa voix contre le lieu de sa gloire^ c'est-à-dire contre le temple. C'est pour cela qu'il était l'objet de la haine de ces mêmes pasteurs qui formaient de jour en jour des desseins conlre lui. Pour moi, dit-il, ch. XI, v. 19, pétais comme un agneau plein de douceur y qu^ on porte pour m faire une victime^ et je n^ avais point sti les entreprises qu^ils avaient formées contre moi en disant : Mettons du bois dans son pain, exterminons- le de la terre des vivants, et que son nom soit effacé de la mémoire des hommes.

Il n'y a point de chrétien qui ne reconnaisse la personne de Jésus^Christ dans ces dernières paroles; mais ce n'est pas le sens que nous suivons maintenant. Jérémie a été en son temps la figure de Jésus-Christ ; et il y a eu, et il y aura des temps où les disciples de Jésus-Christ ressembleront, jusqu'à -un certain point, à leur maître par les mômes traits, ou par des traits ressemblants à ceux par lesquels Jérémie l'a figure. Jésus-Christ est appelé dans V Apocalypse (V, S) le lion de la tribu de Judtty en même temps qu'il y parait comme un Agneau immolé, et c'est lui qui rompt les sceaux du livre où sont écrits les secrets de Dieu. Jérémie se compare à un agneau destiné à être immolé; Dieu lui avait révélé ses secrets : fai trouvé, dit-il, vos paroles et je rrCen suis nourri, et votre pa7*ole est devenue la joie et les délices de mon cœur (ch. XV, v. 16). Mais il T. ir. 22

exprime ensuite les épreuves dont cette joie a été suivie, au ch. XXVI, V. 8 : Jérémie ayant dit tout ce que le Seigtieur luiovait ordoîinéde dire à tout le peuple, les prêtres^ les prophètes et tout le peuple se saisirent de lui, en dis€Uit : Il faut qu'il meure. Pourquoi a-t-il prophétisé au nom du Seigneur en disant : Cette maison sera traitée comme Silo^ et cette ville seia détruite sans qu'il reste personne, pour rhabiter ?

Voici ce que nous lisons au ch. XVIII, v. 18 : Ils ont dit : VeneZy formons des desseins contre Jérémie; car nous ne laisserons pas de trouver des prêtres qui nous instruisent de la loi, des sages qui îwus fassent part de leurs conseils^ et des prophètes qui nous annoncent la parole du Seigneur, Venez, perçons-le avec les traits de nos langues y et n'' ayons aucun égard à tous ses discours. Cet endroit exprime la confusion qui régnait alors. Il y avait une guerre intestine dans le centre de ia Religion. Jérémie avait le secret de Dieu: c'était l'accomplisseraent du liga testimonium, signa legem, etc., d'Isaïe. Il était attaqué par les prêtres, par les prophètes, par le peuple. Ces prophètes appuyaient aussi leurs discours du nom de Dieu, quoiqu'il fût faux qu'ils fussent entrés dans le secret de Dieu. On ne disconvenait pas qu'on n'eût besoin de prophètes et de sages, mais on s'assurait qu'on n'en manquerait pas après qu'on se serait défait de Jérémie.

Ce que Jérémie dit de lui-même, qu'il avait trouvé les paroles du Seigneur et qu'il s'en était nourri : Inveni sermoues tuas, et conedi, est exprimé d'une manière encore plus capable de frapper Timagination par rapport à Ézéchiel, ch. III; car une main s'avança vers lui, et elle lui présenta un livre qu'il mangea par ordre de Dieu. Ce livre contenait les secrets de Dieu, qui passèrent ainsi jusque

DIVINATION... PHOPHfeTES, ETC. 339

dans ses entrailles (v, 3) : Venter ttitis comedet, et viscera tua complebuntur volumine isto, l^Lzéchiel trouva aussi une grande résistance dans ceux des Juifs à qui il était envoyé : Ceux à qui je vous envoie, dit le Seigneur, eh. II, v. 4, sont des enfants qui ont un front dur et U7i cœur indomptable... Ceux qui sont avec vous sont des incrédules et des rebelles, et vous habitez au milieu des scorpions (v. 6). Il parait que le symbole des scorpions est pris là dans un sens un peu plus étendu que dans la description des sauterelles de V Apocalypse.

Grande ville appelée spiriiuellenient Sodoine et I\gypte. PropluHie du XIX* chapitre d*lsaïe toucliant F Egypte, entendue de TËgypie spirituelle. Celte Egypte remplie de devins et de pytlions, etc. Ses sages sont Tnppés d*aveag1eraent.

Il £ant se souvenir de la grande ville dont il est parlé dans le chapitre XI de Y Apocalypse, où il est marqué qu'elle est appelée spirituellement Sodome et Egyple. Le chapitre XIX à^Isale contient une prophétie singulière contre rÉgypte. Or, selon un des sens de ce chapitre, c'est rÉgypte spirituelle dont parle V Apocalypse (entendant Y Apocalypse dans le sens dont celui de M. Bossuel n'est que la figure).

Le chapitre XIX à^Isaïe est étroitement lié avec le précédent, dont nous nous contentons de rapporter ici le dernier verset : En ce temps-là un peuple divisé et déchiré, un peuple terrible, le plus terrible de tous, une nation qui attendait et était foulée aux pieds, dont la terre était gâtée et ravagée par r inondation des fleuves, offrira un présent au Dieu des armées, et viendra au lieu oit est invoqué le nom

du Seigneur des armées^ à la montagne de Sion. Ce verset marque la conversion de la nation dont il est parlé an verset 13 de ce même chapitre XI de V Apocalypse; conversion qui suivra la résurrection des deux Prophètes dont les corps demeureront étendus trois jours et demi dans l'Egypte spirituelle. Une voix puissante venant du ciel les appellera, et ils monteront au ciel dans une nuée à la vue de leurs ennemis.

Or voici, dans le chapitre suivant d'/sate, ce qui est pré* dit touchant cette Egypte spirituelle : Prophétie contre l'Egypte. Le Seigneur montera sur un nuage léger^ et il entrera dans FÉgypte^ et les idoles de F Egypte (idoles de l'ordre spirituel) seront ébranlées devant sa face, et le cœur de r Egypte se fondra au milieu (Telle. Ce serait trop nous écarter de notre symbole, de faire la comparaison de cet endroit avec le commencement du LXIV* chapitre : O si vous vouliez ouvrir les deux, etc. Les montagnes fon-draient comme si elles étaient consumées par le feu... afin que votre noin se signalât parmi vos ennemiSj et que les nations tremblassent devant votre face. Lorsque vous ferez éclater vos merveilles^ etc. Revenons au chapitre XIX : Je ferai que les Egyptiens s'*élèvero7it contre les Égyptiens, que le frère co?nbattra contre le frère^ F ami contre Fami^ la ville contre la ville^ et le royaume contre le royaume.

Ces traits rappellent sensiblement le VIP eh. de Michée^ la prophétie d'Azarias au roi Asa, //. Paralip., XV, 3, et par conséquent le eh. XXXI de Jérémie, v. 15, etc. ; et nous avons vu, Article XXll *, que Michée compare ces temps futurs dont il parle, au règne d'Achab, sous lequel parut l^llie. Il dit, ch. V, v. 11, que Dieu détruira les enchante-

* Voyez ci-dessiis, page 317.

DIVINATION... PROPUtTES, KTC. 341

ments : J'arracherai d'entre vos mains tout ce qui servait à vos sortilèges, et iln^y aura plus de devins parmi vous, etc. Et à la fin du ch. VII, il emploie la figure de la sortie d'Egypte : Je ferai voir des merveilles à mon peuple, comme lorsque je vous tirai de FÉgtjpte (v. 15); et verset 19 : Il jettera tous nos péchés au fond de la 7ner. C'est comme si ce Prophète disait : Dans les temps dont je parle, il y aura une nouvelle Egypte, un nouvel Achab, une nouvelle Jézabel avec ses enchantements {IV. Hois, IX, 22) : Adhuc fornicationes Jezahel matris tuœ, et veneficia ejus tnulta vigent. Dieu délivrera son peuple de l'Egypte, et les merveilles opérées par tlie et par Moïse se renouvelleront spirituellement au milieu de la grande ville appelée spirituellement Egypte. Or, c'est au milieu de ces choses qaeMichée prédit une guerre domestique (ch. VII, v. 6) : Le fils traite son père avec outrage; la fille s'élève contre sa mère; la belle-fille contre la belle-mère; H F homme a pour ennemis ceux de sa propre maison. C'est ce qui s'est accompli au temps de la venue duMessie(5. il/a/M.,ch. X, v. 35); et c^est ce qui doit s'accomplir de nouveau lors du second accomplissement de la prophétie de Michée, qui répond au sens que nous envisageons maintenant dans le XIX"" chapitre à'Isate. Voyons-en la suite.

Verset 3 : Vesprit de P Egypte s'anéantira dans ellCy et je rendrai sa prudence inutile; ils consulteront leurs idoleSy letirs devinSj leurs pythons et leurs magiciens. Je livrerai rÉgypte entre les mains de maîtres cruels. Le Prophète emploie ensuite le symbole des eaux et de la pêche. Puis, au verset H : Les princes de Tanis ont perdu le sens, les sages conseillers de Phai^aon ont donné un conseil plein de folie. Comment dites-vous à Pharaon : Je suis le fils des sages f je suis le fils des anciens rois ? Ce trait fait voir que la

prétention de la sagesse que Ton attribuait à Pharaon était fondée sur une ancienne succession. Où sont maintenant vos sages? qu'ils vous annoncent y qù*ils vous prédisent ce que le Seigneur des armées a résolu de faire à l'Egypte.

Il est bon de se souvenir ici de la prophétie^ continuée dans les chapitres XXIX, XXX et XXXI d^Ézéchiel^ contre rÉgypte. Les événements temporels qui servent d^embième à Isale et h, Ëzéchiel sont sans doute différents , mais ils servent à figurer les mômes événements dans Tordre spirituel. Au chapitre XXXI, TÉgypte est un grand arbre qui n'a pas profité de Texemple d'un autre grand arbre qui l'avait précédé et qui avait été coupé. C'est-à-dire que l'Egypte n'est autre chose que l'amas des branches étrangères, à qui saint Paul a fait envisager l'exemple des branches naturelles, et qui n'en a pas profité. L'Egypte, au XIX"" ch. à* haïe j dans le sens que nous suivons actuellement, est la même chose. Au lieu de recourir à la loi et au témoignage^ selon le précepte d'Isaïe et du Deutéronome, elle consulte les devins et les pythons. Elle ne comprend point ce secret dont parle saint Paul [Rom.^ XI, 25) (to [jLuoTT^'piov touto), qul l'auTait empêchée d'être sage à ses propres yeux et d'écouter le serpent qui lui dit : Aperientur oculi vestri. Elle se trompe sur l'origine de la justice d'où vient le salut. Elle se'trompe encore sur le plan des desseins de Dieu. Les conseillers de Pharaon la flattent en lui disant : C'est à vous qu'il appartient de dire : Je suis le fils des sages f je suis le fils des anciens rois.

Mais Isaïe défie ces sages dej)7*édire ce que le Seigneur a résolu de faire en Egypte; il poursuit en ces termes, ver- ' set 13 : Les princes de Tanis sont devenus insensés, lesprin^ ces de Memphis se sont trompés; ils ont séduit l'Egypte, la pierre angulaire de ses tribus. (C'est à dessein que nous

laissons ces dernières paroles, mot à mot, comme elles sont

dans l'hébreu.) Dieu a répandu au milieu (Telle un esprit

iétourdissementj et ils ont fait errer V Egypte dans toutes

5» œuvreSy comme un homme ivre qui ne va qu'en chance-

lant^ et qui rejette ce qu'il a pris. Il rHy aura plus d'entre^

prise au milieu de P Egypte qui réussisse^ et dont on voie le

commencement et la fin (ou bien, qui réussisse entre les

mains, soit des grands, soit des petits). En ce temps-là, les

égyptiens deviendront comme des femmes ; ils s'étonneront^

'ils tremb 1er 071 1 parmi le trouble et l'épouvante à la vue de

da main du Seigneur qu'il lèvera sur eux.

Verset 17 : En ce temps-là^ la terre de Juda (la Bible de Sftcy a traduit : V exemple de la terre de Juda ; mais ce terme ^exemple ne se trouve nulle part) la terre de Juda devien-- ^ra t effroi de ï Egypte, et quiconque s en souviendra tremblera de crainte dans la vue des desseins que le Seigneur des armées a formés contre elle (l'Egypte). Cela semble avoir rapport à l'épithète de terrible donnée à double reprise, au chapitre précédent, à la nation qui viendra olTrir un présent au Seigneur des armées sur la montagne de Sion [Isaïe^ XVIII, 7). Au commencement du XIV* chapitre de VApocalypsCy l'Agneau parait sur la montagne de Sion, à la tète des cent quarante-quatre mille qui avaient son nom, et le nom de son Père écrit sur leurs fronts. On peut voir dans Isaie la suite de cette prophétie, ce qui est dit des cinq villes d'Egypte où Dieu sera connu et où l'on parlera la langue de Chanaan (v. 18), et de la réunion de l'Assyrie, de rÉgypte et d'IsraOl dans le culte du vrai Dieu (v. 24). • Nous devons avertir ici que, quoique nous appliquions la prophétie d'Isaïe touchant Fl^gypte, au même peuple qui est appelé spirituellement Egypte dans le ch. XI de VApocalypsCj cela n'empêche pas qu'il ne puisse y avoir

344 ULITIÈMË SYMBOLE.

quelque différence, même par rapport au sens que nous suivons. Il se peut faire, par exemple, que le ferme d'Egypte ait une plus grande étendue dans cet endroit de V Apocalypse; et que, dans le XIX* ch. à'Isaîe, il ne marque qu'une portion du tout qui est appelé Egypte dans V Apocalypse. Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir ce pointlà. Nous ferons néanmoins encore deux observations qui pourront paraître s'écarter de notre dessein, mais qui servent à éclaircir et à confirmer l'application que nous ve« nous de faire de ce chapitre d^Isaîe.

La première observation, c'est qu'au XV* chapitre de VApocalypsCy saint Jean voit ceux qui étaient demeurés victorieux de la béte, sur le bord d'une mer transparente comme du verre, qui chantaient le cantique de Moïse et le cantique de l'Agneau. Ils chantaient le cantique de Moïse, parce qu'ils avaient été délivrés de l'Egypte spirituelle. En effet, les deux Prophètes qui avaient été mis à mort au milieu de cette Egypte spirituelle avaient été tués par la bêle.

La seconde observation, c'est le rapport d'un passage à^Isaïe qui se trouve enclavé dans les chapitres dont nous avons traité au long ci-dessus. Article XX, avec leXYIIPet le XIX*' ch. de ce même prophète. Nous nous contenlons;de mettre ici sous les yeux ce passage, qui est pris de la fin du XLII* ch. et du commencement du XLllP : Ce peuple (c'est le peuple d'Isra(il) est ruiyié; il est pillée etc. Qui est celui (ïeiitre vous qui écoute ce que je disy qui s'y rende attentif y et qui entende ce qui arriverai Qui a livré Jacob en proicy et Israël entre les mains de ceux qui le pillent ? N'est-ce pas le Seifjneur... qui vous a créé, ô Jacob, et qui vous a forméy ô Israël ? Ne craignez point ^ parce que je vous ai 7*achetéy et que je vous ai appelé par votre nom;

VOUS êtes à moi. Lof*sque vous marcherez au travers des eaux, Je serai avec vouSy et les fleuves ne vous submergeront point : lorsque vous marcherez dans le feu, vous n'^en serez point brûlé et la flamme sera sans ardeur pour vous; parce que je suis le Seigneur votre DieUj le Saint d'Israël, votre Sauveur. JPai livré pour vous j pour votre rançon^ l'Egypte, f Ethiopie et Saba. Depuis que vous êtes devenu considérable et précieux devant mes yeux, et que je vous ai élevé en gloire. Je vous ai aimé, et Je livrerai des hommes pour vouSf et des peuples pour vous racheter la vie; et populos

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