CHAPITRE V
U Italie négligée par les empereurs j abandonnée par les papes. — Le comte Ugolin à Pise, les Blancs et les Noirs à Florence^ la clôture du grand -conseil à V^enise. — Expédition en Italie de V empereur Henri VII. — i283i3i3.
Jusqu'à présent nous avons trouvé les événemens dont nous entreprenons la narration enchaînés les uns aux autres dans un intérêt qui était senti par toute l'Italie j et en cherchant à tracer l'histoire simultanée de plus de deux cents petits Etats , nous avons pu rattacher leurs fréquentes révolutions aux efforts des Italiens pour maintenir l'équilibre entre les droits de l'Empire , ceux de l'Eglise , et ceux de chaque cité. Dans la période où nous entrons désormais , la politique se complique, l'intérêt se dissémine, et il devient beaucoup plus difficile de saisir et de suivre une idée dominante au milieu des révolutions auxquelles l'Italie fut en proie. Cette différence provient surtout de ce qu'il n'existait plus, en dehors des républiques italiennes, de potentat tel qu'on avait vu les rois de Naples,
l68 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
CHAP. V. les empereurs et les papes, qui réussît à acquérir l'entière domination d'une faction,, et à diriger ainsi vers un seul but les efforts opposés de tous les peuples de la péninsule.
îaS3 îSdq. Charles d'Anjou, le premier roi français des Deux-Siciles , ne survécut que trois ans aux Vêpres siciliennes. Il mourut âgé de soixantecinq ans, le 7 janvier 1285. A cette époque son fils Charles II était prisonnier des Siciliens : il fut remis en liberté en 1288, en conséquence d'un traité par lequel il reconnaissait la séparation et l'indépendance des deux royaumes de Naples et de Sicile : le premier restait aux Guelfes et à la maison d'Anjou, le second aux Gibelins et à la maison d'Aragon. Le pape Nicolas IV, il est vrai, par l'influence duquel ce traité avait été conclu, le cassa, délia Charles II du serment qu'il avait prêté , et l'autorisa à recommencer la guerre. Cette guerre remplit sans éclat le règne de Charles II, qui dura vingtquatre ans. Ce prince avait plus de douceur que son père, mais plus de mollesse j il n'eut ni le caractère de Charles I*"^, qui excitait la haine, ni les talens de ce prince , qui conquéraient l'admiration ou le respect; il se dit toujours le protecteur du parti guelfe , il cessa d'être son champion, et la cour de Rome ou les républiques guelfes n'allèrent plus chercher à Naples des conseils , une direction ou un appui. Il
mourut le 5 mai i3og, et son second fils Robert chap. v. lui succéda. lass-.Sog.
Pendant cette même période l'influence des empereurs, comme protecteurs du parti gibelin, fut à peu près nulle sur l'Italie. Rodolphe de Hapsburg , qui régna avec gloire en Allemagne , de 1273 à 1291, ne passa jamais les Alpes pour se faire reconnaître comme roi des Lombards ou comme empereur. Après lui, Adolphe de Nassau, et ensuite Albert d'Autriche, l'un assassiné en 1298, l'autre en i3o8, restèrent également étrangers à l'Italie. Aussi le parti gibelin n'y était-il plus entretenu ou dirigé par les empereurs , mais il se maintenait par ses propres forces , par l'attachement de la noblesse au nom impérial , et plus encore par l'intérêt propre des capitaines. Ceux-ci, en effet, élevés à la sei- ' gneurie par le choix du peuple , ou de leur faction , fondaient pour eux-mêmes , au nom de l'Empire , une souveraineté , que les Italiens n'hésitaient point à qualifier de tyrannie.
La troisième puissance enfin, celle des papes, qui jusqu'alors avait dirigé la politique de l'Italie , cessa, à la même époque, de suivre un système uniforme , et par conséquent de donner aux factions une impulsion puissante. Martin IV, dont la vie finit deux mois après celle de Charles I", se conduisit toujours comme sa créature; il le seconda dans sa haine, dans son désir de
CDAF. V. vengeance contre les Siciliens , dans ses efforts 1283- iSog. pQyj^ recouvrer la domination de l'Italie. Mais Honorius IV, qui régna après lui, de 1286 à 1287, parut n'avoir d'autre pensée que celle d'agrandir la noble maison des Savelli de Rome , dont il était issu lui-même. Après lui, Nicolas IV, de 1288 à 1292, ne mit pas moins de zèle à rendre puissante la noble maison des " Colonnaj peu d'années auparavant Nicolas llï avait fait servir le souverain pontificat à la grandeur des Orsini. Ce sont à peu près les premiers exemples du népotisme des papes, qui commençaient à peine à se sentir souverains. Il éleva ces trois grandes familles romaines au-dessus de toutes leurs anciennes rivales ; presque tous les châteaux du patrimoine de saint Pierre et de la campagne de Rome devinrent leur propriété. Les Colonna, les Orsini et les Savelli, pour soutenir leurs dépenses, firent bientôt métier de se louer, avec une compagnie de gendarmes, au service de quiconque voulait les employer à la guerre; et les paysans leurs vassaux, séduits par l'esprit d'aventure et l'espoir du butin, abandonnèrent l'agriculture pour s'enrôler dans la troupe de leurs seigneurs. La vie désordonnée de ceux-ci fut cause que les deux provinces les plus rapprochées de Rome furent bientôt les plus mal cultivées et les plus désertes de l'Italie, encore que les trésors de toutes les parties de
l'Europe affluassent dans la capitale de la reli- chap. v. gion. Après Nicolas IV, un pauvre ermite, "«a-iSog humble , timide , ignorant , borné , fut élevé , en 1294, sur la chaire de saint Pierre, sous le nom de Célestin V. Ce fut l'effet d'un accès d'enthousiasme religieux qui saisit le collège des cardinaux, quoique ce corps ne se fût jamais montré encore disposé à consulter une foi aveugle de préférence à la politique. Célestin V, il est vrai, ne put se maintenir que peu de mois sur le trône ; toutes ses pieuses vertus ne suffirent point pour faire excuser son incapacité;, et le cardinal Benoît Caïetan , qui lui persuada d'abdiquer, fut nommé pape à sa place , sous le nom de Boniface VHI. Celui-ci était un homme habile , intrigant , peu scrupuleux , qui aurait pu relever le pouvoir du Saint-Siège , déchu durant les derniers pontificats , si la violence de ses passions , son orgueil effréné , ses transports de colère , n'avaient sans cesse traversé sa politique. Il voulut d'abord augmenter la puissance des Guelfes avec l'aide de la maison de France; il s'engagea ensuite dans une violente querelle avec la famille Colonna, qu'il excommunia, et qu'il voulut exterminer. Tout à coup il se brouilla avec Philippe-le-Bel , roi de France, qu'il traita avec autant de hauteur que le dernier de ses vassaux; mais celui-ci le fit arrêter et outrager dans son palais d'Anagai, le 7 sep-
CHAP. V. tembre i3o3, et cinq semaines après Boniface
ia&3ri3o9. jjiQm-ut de rage et d'humiliation.
Pendant que la puissance des rois de Naples, des empereurs et des papes, était comme suspendue en Italie , les innombrables petits Etats qui s'étaient élevés à une indépendance presque absolue , éprouvèrent des révolutions fréquentes, qui provenaient la plupart de causes intérieures et indépendantes les unes des autres. Nous pouvons tout au plus indiquer brièvement celles de quelques républiques plus illustres, plus influentes sur le reste de l'Italie. Mais avant d'entrer ainsi dans les murs des principales cités , il est juste de jeter un coup d^œil général sur la contrée , d'autant plus que les commotions violentes qu'elle éprouvait , pourraient nous en donner une fausse idée : cet aspect était celui d'une grande prospérité , et qui contrastait d'autant plus avec l'état du reste de l'Europe, que * partout ailleurs on ne trouvait que misère et barbarie. Les campagnes libres, celles qu'on désignait par le nom de contado de chaque cité, étaient cultivées par une race de paysans actifs, industrieux , que le travail avait enrichis , et qui ne craignaient point de laisser voir leur aisance, dans leurs habillemens, dans leurs attelages et les instrumens de leur culture : les propriétaires habitans des villes leur avançaient les capitaux, ils partageaient avec eu^ les récoltes et payaient
seuls les impôts fonciers. Ils avaient entrepris chap. v. les immenses travaux qui ont donné tant de fer- ^^^^■^^°9tilité au sol italien, en diguant les rivières pour préserver les plaines de leurs inondations, ou en dérivant des grands fleuves les canaux d'irrigation. Le napiglio grande de Milan, qui répand les eaux du Tésin sur la plus belle partie de la Lombardie, fut commencé en 1179, repris en 1267, et terminé peu d'années après. Des hommes qui savaient réfléchir et appliquer aux arts les fruits de leurs études, pratiquaient déjà cette agriculture savante de la Lombardie et de la Toscane , qui a servi de modèle aux autres nations* et encore aujourd'hui, après cinq siècles , on peut en général distinguer les districts autrefois libres , et toujours cultivés avec art , de ceux, toujours à demi sauvages, qui étaient demeurés sujets des seigneurs féodaux.
Les villes entourées d'épaisses murailles terrassées et soutenues de tours, étaient pour la plupart pavées de larges dalles de pierre, tandis que les habitans de Paris ne pouvaient sortir de leurs maisons sans marcher dans la fange. Des ponts de pierre, d'une architecture élégante et hardie, étaient jetés sur les rivières; des aqueducs amenaient une eau pure aux fontaines. Les palais des podestats et de la seigneurie unissaient la force à la majesté. Le palais vieux , le plus digne d'admiration des palais de Florence, fut
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CHAP. V. fondé en 1298; la loggia, dans la même ville, 1283-1309. l'église de Santa Croce, celle de Santa Maria del Fiore , avec son dôme tant admiré par Michel Ange, furent commencés par l'architecte Arnolfo, disciple de Nicolas de Pise, entre 1284 et i3oo. Les prodiges de ce premier des beaux arts se multipliaient en Italie ; la pureté du goût , la hardiesse, la grandeur, frappaient les yeux dans tous les monuraens publics, et jusque dans les maisons privées ,, tandis que les princes et les seigneurs en France, en Angleterre et en Allemagne , ne semblaient se proposer , en élevant leurs châteaux, que de se défendre et de s'isoler. La sculpture en marbre et en bronze suivit de près les progrès de l'architecture. En iSoo, André de Pise, fils de l'architecte Nicolas , coula les admirables portes de bronze du baptistère de Florence. En même temps Cimabue et Giotto renouvelaient la peinture, Casella la musique, et le Dante donnait à l'Italie le divin poëme que les générations suivantes n'ont j amais égalé; l'histoire était écrite avec bonne foi , avec une recherche scrupuleuse de la vérité , avec une naïveté pleine de grâce , par Jean Yillani et son école; l'étude des mœurs et de la philosophie commençait, et l'Italie , ennoblie par la liberté , rendait la lumière aux nations jusqu'alors plongées dans les ténèbres.
Les arts utiles à la vie, et les arts de luxe.
n'avaient pas été cultivés avec moins de succès chaf, v. que les beaux-arts : dans chaque rue, des ma- i^ss-iSog. gasins , des boutiques , étalaient des richesses que l'Italie seule ou la Flandre savaient alors produire, avec leurs milliers de manufacturiers; elles excitaient l'étonnement et la cupidité de l'aventurier français ou allemand qui venait servir en Italie , et qui n'avait d'autre marchandise que son sang à donner en échange de ces étoffes ou des armes d'une excellente trempe qu'il convoitait. Des marchands toscans et lombards parcouraient cependant les régions barbares de l'ouest pour y porter ces mêmes produits de leur industrie ; attirés par les franchises des foires de Champagne et de celles de Lyon , ils venaient y étaler leurs marchandises , ils venaient aussi prêter à intérêt leurs capitaux , aux nobles toujours obérés, au risque de se voir tout à coup arrêtés par les ordres du roi de France , leurs biens confisqués, leurs personnes menacées, par un brigandage déguisé sous le prétexte de réprimer l'usure. L'industrie, l'application d'un capital surabondant , celle de la mécanique et des sciences , à la production de la richesse , assuraient aux manufacturiers italiens une sorte de monopole dans toute l'Europe : eux seuls offraient à vendre ce que tous les riches désiraient acheter , et malgré les avanies que leur faisaient éprouver les rois barbares, malgré les pertes que
cHAp. V. leur causaient leurs propres révolutions , leur i283-i3o9, richesse se reformait rapidement , parce que le salaire des ouvriers , l'intérêt du capital et le profit du commerce étaient simultanément élevés, tandis que chacun gagnant beaucoup dépensait peu; car les mœurs étaient encore simples , le luxe dans les classes inférieures était inconnu , et l'avenir n'était point dévoré par des dettes accumulées.
La république de Pise avait été des premières à faire connaître au monde les richesses et la puissance qu'un petit peuple pouvait acquérir à l'aide du commerce et de la liberté : elle avait étonné les rivages de la Méditerranée par le nombre des vaisseaux et des galères qui avaient vogué sous son pavillon, par les secours qu'elle avait donnés aux croisés , par la crainte qu'elle avait inspirée à Constantinople , et par les conquêtes de la Sardaigne et des Baléares. La première , elle avait introduit en Toscane les arts qui ennoblissent la richesse; son dôme, son baptistère, sa Tour penchée et son Camposanto, que le voyageur embrasse d'un seul regard , mais qu'il ne se lasse pas d'admirer, avaient été construits successivement de l'an io63 à la fin du douzième siècle. Ces chefs-d'œuvre avaient échauffé ie génie des Pisans , et la plupart des grands architectes du treizième siècle furent élèves de Nicolas de Pise. Mais le mo-
ment était venu où cette glorieuse république chap. v. devait pencher vers sa ruine. Une profonde ^^^^-^^^^^ jalousie, qui datait déjà de la conquête de la Sardaigne, avait fréquemment mis aux prises, depuis deux siècles, les république,£ de Pise et de Gênes; une nouvelle guerre commença entre elles en 1282. On a peine à comprendre comment deux simples cités pouvaient suffire à mettre en mer les flottes prodigieuses avec lesquelles Pise et Gênes se combattirent. En 1282, Ginicel Sismondi cojnmandait trente galères pisanes , dont il perdit , le 9 septembre, la moitié par la tempête; en 1283, Rocco Sismondi en commandait soixante-quatre; en 1284, Guido Jaccia en commandait vingt - quatre , lorsqu'il éprouva une défaite complète. La même année, les Pisans appelèrent un amiral de Yenise , Albert Morosini, et ils lui confièrent cent trois galères; mais quelques efforts qu'ils fissent, les Génois leur opposaient chaque fois une flotte supérieure à la leur. Cette fois, toute la population virile des deux républiques semblait rassemblée sur leurs vaisseaux ; ils se rencontrèrent , le 6 août 1284, devant cette même île de la Méloria, illustrée quarante -trois ans auparavant par la victoire des Pisans sur les mêmes ennemis. La valeur fut la même ; mais la fortune avait changé , et un effroyable désastre elFaça le souvenir d'une antique victoire. Tan- I. 12
CHAP. V. dis que les deux flottes , égales à peu près en ia83-i3o9. forces, étaient aux prises, un renfort de trente galères génoises, poussées par un vent impétueux , vint frapper en flanc les Pisans • sept de leurs galères furent à l'instant coulées à fond , vingt-huit furent prises , cinq mille citoyens périrent dans le combat, onze mille furent emmenés prisonniers à Gênes ; et comme ils aimèrent mieux mourir dans la captivité que de consentir à ce que leur république les rachetât en abandonnant aux Génois la possession de la Sardaigne , cette perte excessive ruina la puissance maritime des Pisans. La même expérience de la mer, le même esprit d'entreprise , ne furent point transmis à la génération suivante : les pêcheurs de tout le littoral quittèrent les galères pisanes pour celles de Gênes , les vaisseaux diminuèrent en nombre , et Pise ne prétendit plus à être que la troisième puissance maritime de ritahe.
Dans le temps même où cette république était épuisée par un si horrible revers , elle fut encore attaquée par la ligue des Guelfes de Toscane ; et un citoyen puissant , auquel elle s'était confiée , la trahit pour l'asservir. Ugoliu était comte de la Ghérardesca, contrée montùeuse, située le long de la mer, entre Livourne et Piombino ; il était Gibelin d'origine , mais il avait marié sa sœur à Jean de Gallura , chef
des Guelfes de Pise et de Sardaigne. Dès-lors il chap. v. avait opposé avec adresse les Guelfes aux Gi- i^ss-iSog. belins ; et quoique plusieurs l'accusassent d'avoir décidé la perte de la bataille de la Méloria , d'autres le regardaient comme l'homme le plus habile, le plus puissant par ses alliances, le plus propre à réconcilier Pise avec la ligue guelfe. Dans le danger que courait leur république , les Pisans crurent avoir besoin d'un dictateur; ils nommèrent Ugolin pour dix ans capitaine-général de Pise. Le nouveau seigneur, en effet, obtint la paix de la ligue guelfe , mais après avoir fait ouvrir par ses créatures tous les châteaux du territoire pisan aux Lucquois ou aux Florentins. C'était la condition de son traité avec eux; mais il n'osait l'avouer publiquement. Il chercha dès-lors à s'affermir dans la tj^rannie, en dépouillant de leur pouvoir tous les magistrats républicains , et en intimidant l'archevêque Roger des Ubaldini, qui tenait avec lui le premier rang dans la cité ; le neveu de celui-ci s'étant opposé à lui avec quelque fierté, il le tua de sa main. Bientôt ses violences et sevS exactions le rendirent également odieux à tous les partis; mais il trouvait l'art de faire croire aux uns qu'il avait l'appui des autres. A plusieurs reprises il avait passé des Guelfes aux Gibelins. Dans l'été de 1288, les premiers étaient exilés ; mais comme il crut avoir besoin d'eux pour dompter la fierté
l8o HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
CHAP. V. qu'il trouvait dans les Gualandi , Sismondi et 1283-1809. Lanfranchi, chefs des Gibelins , il chargea son fils d'introduire de nouveau les Guelfes dans la ville. Son projet fut découvert et prévenu j de ' toutes parts les Gibelins appelèrent le peuple aux armes et à la liberté. Ugolin fut assiégé , le i" juillet 1288, dans le palais de la Seigneurie. Comme les insurgés ne purent vaincre autrement la résistance obstinée qu'il leur opposait avec ses fils et ses partisans , ils mirent le feu au palais j et , y ayant pénétré au milieu des flammes, ils entraînèrent le comte Ugolin, avec deux de ses fils et deux de ses petits-fils, dans la Tour aux Sept-Chemins. La clef en fut remise à l'archevêque, en qui l'on s'attendait à trouver la vigilance d'un ennemi , mais aussi la. charité d'un prêtre ; celui-ci , au bout de peu de mois, la jeta dans la rivière, et le malheureux comte périt, au milieu de ses enfans, dans ces angoisses de la faim et de l'amour paternel et filial , auxquelles le poème du Dante , la peinture et la sculpture , ont donné tant de célébrité. La victoire sur le comte Ugolin avait été remportée par les plus ardens d'entre les Gibelinsj elle redoubla l'enthousiasme et l'audace de ce parti, et elle le détermina bientôt à recommencer la guerre contre les Guelfes de Toscane. Quelque danger que l'ambition de son dernier capitaine-général eût fait courir à la république, elle
croyait toujours, lorsqu'elle était engagée dans chap. v, une guerre hasardeuse , que le pouvoir d'un ï^ss-iSog, seul sur ses soldats , ses milices , ses finances et ses tribunaux , était nécessaire à sa défense , et il lui semblait que le terrible châtiment qu'elle venait d'infliger à un tyran empêcherait tout autre d'entrer dans la même voie. Elle nomma capitaine le comte Guido de Montefeltro, qui avait acquis une grande réputation en défendant Forli contre les Français de Charles d'Anjou, et elle n'eut point à se repentir de ce choix ; elle recouvra de vive force tous les châteaux qu'LJgolin avait livrés aux Florentins et aux Lucquois. La milice pisane , que Montefeltro avait armée d'arbalètes , et accoutumée à les manier avec précision, devint la terreur de la Toscane , et les Guelfes de Florence et de Lucques furent contens, en 1298 , d'accepter la paix.
Tandis que les Pisans s'habituaient au pouvoir d'un seul, les Florentins s'attachaient toujours plus aux formes , même les plus démocratiques, de la liberté; ils remplacèrent en 1282 les Anziani , qu'ils avaient mis d'abord à la tête de leur gouvernement , par les prieurs des arts , dont le nom et l'office se sont conservés non seulement jusqu'à la fin de leur république, mais même jusqu'à nos jours. Les corps des métiers, qu'ils qualifiaient du nom ô'aHs, étaient distingués chez eux en majeurs , ou plus nobles , et en
iSa HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
CHAP. V. mineurs ; ils voulurent d'abord n'admettre que i233-i3o9. ^j.Qig (3es arts majeurs au gouvernement, ensuite six ; et le collège des six prieurs des arts , toujours assemblé, vivant ensemble pendant deux mois au palais public , formait la seigneurie, qui représentait la république. Dix ans plus tard, les Florentins complétèrent cette seigneurie en lui donnant pour chef le gonfalonier de justice , élu de même pour deux mois , parmi les représentans des arts , des manufactures et du commerce. Lorsque celui-ci déployait son gonfalon , ou l'étendard de l'Etat, tous les citoyens étaient obligés de le suivre pour prêter main-forte à la justice. L'arrogance des nobles, leurs querelles , et le trouble où ils jetaient les citoyens paisibles par leurs batailles dans les rues , avaient aigri en 1292 toute la population. Giano délia Bella, noble lui-même, mais qui partageait les passions et le ressentiment du peuple, proposa d'adopter contre eux une forme plus sommaire de justice pour les forcer enfin au repos , et d'en confier l'exécution au gonfalonier, qu'il fit instituer à cet effet. Les Guelfes étaient depuis si long-temps à la tête de la république, que leurs familles nobles, qui avaient extrêmement accru leur richesse , se mettaient au-dessus de toutes les lois. Giano voulut que leur noblesse même fût un titre d'exclusion et un commencement de peine : un édit rigoureux portant le nom d'ordonnance de
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justice désigna d'abord trente-sept familles guelfes ghap. v. de Florence, qu'il déclara nobles et grandes , et »='S^-'^''9qu'il exclut à ce titre pour Jamais de la seigneurie , leur refusant la faculté de renoncer à leur noblesse, pour s'égaler aux autres citoyens. Lorsque ces familles troublaient la paix publique par des batailles et des assassinats , une instruction sommaire, ou même la rumeur populaire, devait sulBre au gonfalonier pour les attaquer à la tête des milices, raser leurs maisons, et les livrer au podestat pour les punir ensuite selon leurs délits- si d'autres familles commettaient les mêmes désordres, si elles troublaient l'État par leurs guerres privées et leur violence, la seigneurie était autorisée à les anoblir de même en punition de leurs crimes , pour les soumettre à la même juridiction sommaire. Une organisation semblable fut donnée, sous des noms divers, à Sienne, à Pistoia, à Lucques. Dans toutes les républiques de Toscane, et dans la plupart de celles de Lombardie , la noblesse se fit exclure par sa turbulence de toutes les magistratures; et dans plus d'une un registre des nobles fut ouvert, comme à Florence, pour y inscrire, en punition de leurs crimes, ceux qui excitaient des troubles par leurs violences.
Quelque rigoureuses que fussent ces précautions , elles ne suffirent point pour contenir dans la soumission aux lois un ordre d'hommes qui
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GiiAp. V. se croyait fait pour la domination , et qui nié- 1283-1 309. pj-jsait ies bourgeois auxquels il était associé. Ces mêmes gentilshommes , à qui l'on refusait toute participation aux pouvoirs de la république, et presque la protection et l'égalité de ses lois, n'étaient pas plus tôt rentrés dans leurs châteaux des montagnes , qu'ils s'y croyaient souverains, et qu'ils exerçaient sur leurs vassaux une domination absolue. La partie la plus riante et la mieux boisée des Apennins était une dépendance de la république de Pistoia 5 ce district assez vaste, confinant avec le Lucquois, le Modenois, le Bolonais et le Florentin, est désigné emphatiquement par le nom de la Montagne. Presque tous les châteaux dont cette montagne était couverte appartenaient à la famille des Cancellieri ou à celle des Panciatichi , deux des plus puissantes en armes comme en richesses de toute l'Italie. La première était Guelfe , la seconde Gibeline ; et comme les Guelfes dominaient alors en Toscane , ils avaient fait exiler les Panciatichi de Pistoia. Les Cancellieri en avaient profité pour étendre encore leur puissance par des achats de terres , des conquêtes et des alliances : dans leur famille seule ils comptaient cent cavaliers armés de toutes armes. Cette famille , il est vrai , se partageait en deux branches , dont la parenté était assez éloignée j on les désignait par ies surnoms de la
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Blanche et la Noire. Une querelle entre deux ^hap, v. Cancellieri, l'un blanc, l'autre noir, fut soutenue ^^ ^ °^' par les deux branches de la famille , avec la férocité et la perfidie qu'on reprochait alors aux nobles Pistoïois. Les mutilations , les assassinats et les combats à outrance se succédèrent si fréquemment de 1296 à i3oo, qu'enfin toute la Toscane en fut alarmée. Les Florentins , qui voulaient pacifier Pistoia , en firent exiler tous les Cancellieri ; mais ils les appelèrent en même temps dans leurs murs pour les réconcilier. Toutefois cette puissante famille, alliée à toute la noblesse guelfe de Toscane , au lieu d'oublier ses propres injures , réussit à entraîner ses hôtes dans sa querelle. Il y avait déjà, pour d'autres causes , de la fermentation à Florence. Corso Donati exerçait une grande influence sur les familles anciennes qui avaient dirigé de tout temps le parti guelfe. Vieri des Cerclii était le chef de celles qui, comme la sienne, s'étaient élevées tout récemment à la richesse et au pouvoir. Celles-ci reprochaient aux autres de ne point laisser dans l'oubli la vieille haine des Guelfes et des Gibelins , de continuer à troubler la république pour des factions qui n'avaient plus de motifs, et ils demandaient qu'à des proscriptions surannées on substituât des lois égales pour tous. Les Cancellieri noirs firent alliance avec Corso Donati , les anciens nobles et les
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CHAP. V. Guelfes ardens j les blancs au contraire , avec 1283-1309. y{qy[ (Jes Cerchi , les nouveaux parvenus , les Guelfes modérés , et plus tard avec les Gibelins et les Panciatichi. Dans ce dernier parti se rangèrent le Dante , l'historien Dino Compagni , le père de Pétrarque, et tous ceux qui commençaient à s'illustrer à Florence dans les lettres.
Boniface VIII essaya de réconcilier les deux partis qui , sous le nom de Blancs et de Noirs , commençaient à diviser toute la Toscane j mais violent et emporté lui-même, il était peu fait pour mettre la paix entre des hommes impétueux. Bientôt il épousa avec zèle la cause des noirs , celle de l'aristocratie et des Guelfes plus ardens. Il avait appelé en Italie Charles de Valois , frère de Philippe-le-Bel , pour le mettre à la tête d'une expédition qu'il méditait contre la Sicile. Il le chargea de pacifier la Toscane à son passage , en lui donnant à entendre qu'il lui serait facile, dans des Etats si riches, de se faire payer son intervention. La république florentine n'osa point refuser la médiation de Charles de Valois ; elle était accoutumée à regarder la maison de France comme protectrice de l'Eglise et du parti guelfe : elle limita cependant d'une manière précise l'autorité qu'elle lui accordait avant de le recevoir dans la ville avec huit cents gendarmes qu'il commandait. Mais les princes français ne savaient alors ni comprendre ni res-
pecter la liberté des bourgeois ; ils étaient inca- chap. v. pables de se faire une idée des droits réciproques ^283-1309. qu'ils avaient à ménager. Charles , ne tenant aucun compte des engagemens qu'il avait pris , eut bientôt fait une alliance intime avec les Noirs qu'il reconnut pour le parti le plus aristocratique et le plus violent dans ses haines. Lorsqu'il fut convenu de sa part dans le butin , il lâcha la bride à leurs passions , du 5 au 11 novembre i3oi , et leur permit de piller et de brûler les maisons de leurs ennemis , de tuer ceux qui leur étaient le plus odieux , d'enlever aux familles riches des héritières qu'ils faisaient épouser par leurs fils, de faire prononcer enfin par un podestat qu'il leur avait amené, des sentences d'exil et des amendes contre toutes les plus illustres familles du parti blanc. Les gendarmes français et les Guelfes de Romagne, que Charles avait introduits dans la ville, prêtaient la main à toutes ces violences. Ce fut alors que le Dante et Petracco dell' Ancisa , père de Pétrarque, furent exilés de leur patrie avec plusieurs centaines d'autres. Enfin Charles quitta Florence le 4 avril i3o2. Il en emporta des richesses immenses, et tous ses gendarmes étaient chargés d'or et d'étofîes précieuses ; mais la malédiction des Toscans sembla le suivre dans son expédition de Sicile , oii il n'obtint aucun succès. Benoît XI, successeur de Boniface, essaya
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CHAP, V. vainement , pendant son court pontificat , de i283-i3o9. réconcilier les Noirs avec les Blancs dans les villes de Toscane, et d'y faire rappeler les derniers. Il mourut empoisonné le 4 juillet i3o4 j quelques-uns accusèrent de ce crime Philippele-Bel, qui du moins en recueillit tout le profit. Ce roi réussit à faire élire , par supercherie , un pape français, Clément V, qu'il retint dès-lors toujours en France , pour le rendre plus souple et plus disposé à suivre ses volontés : il y appela le collège des cardinaux , qu'il recruta de Français ; en sorte' que les successeurs de Clément furent Français aussi. Ce fut le commencement de la longue retraite , ou , comme les Italiens l'appellent , du long exil des papes à Avignon, qui ne se termina qu'en 1877 : encore recommença-t-il bientôt avec le . long schisme d'Occident. Cet exil favorisa l'indépendance de Rome et des cités de l'Etat de l'Eglise j en même temps il rendit la cour pontificale à peu près étrangère à ce parti guelfe qu'elle avait souvent secondé d'une manière si indécente.
Tandis que la noblesse , dans presque toutes les cités d'Italie ;, avait excité contre elle, par sa turbulence , le ressentiment de toutes les classes de l'État , et que , refusant d'obéir aux lois , bravant les tribunaux , méprisant la paix publique , elle s'était fait exclure non seulement des magistratures , mais des garanties commu-
îies les plus chères aux citoyens d'un État libre ; cdap. v. la noblesse de Venise , grandissant dans l'État , "83-i3o9. se soumettant aux lois , mais les façonnant à son avantage , oubliant les individus , les familles, pour ne s'occuper que de ses intérêts de corps , arrivait , par des usurpations insensibles , à la souveraineté de cette ancienne république. Cette noblesse de Venise , qui se montrait si docile aux lois , si patiente , si adroite , était la plus ancienne de l'Europe; elle avait hérité des honneurs de l'empire romain ; elle seule avait conservé , du cinquième au onzième siècle , selon l'usage romain , ses noms de famille , usage qui, dans tout le reste de l'Europe, avait été abandonné. Comme la noblesse des autres cités d'Italie , elle dut savoir tour à tour se conduire en souveraine dans ses fiefs, en sujette dans la cité : car, après la conquête de l'empire grec, les Vénitiens distribuèrent à leurs gentilshommes plusieurs îles de l'Archipel, dont ceux-ci conservèrent la souveraineté , avec les titres de duchés et de comtés , depuis que les Grecs eurent recouvré Constantinople. Mais les nobles Vénitiens n'avaient point et ne pouvaient avoir de châteaux forts daus les vastes plaines qui entourent Venise ; ils n'avaient point de vassaux dévoués et toujours prêts à embrasser leurs querelles, point de retraites pour se dérober à l'action des lois. Ils obéirent ; ils reconnurent
CHAP. V. les tribunaux , ils se conduisirent en citoyens , i283-i3o9. g^ bientôt ils devinrent ainsi maîtres de l'Etat. Ce fut par des empiétemens lents et déguisés avec art que la noblesse de Venise réussit à se substituer à la cité 5 et à s'emparer de la souveraineté de la république. Pendant les premiers temps, les doges furent des princes électifs , qui ne rencontraient de limites à leur pouvoir que dans les assemblées de tout le, peuple. En 1082 seulement on obligea le doge à consulter un conseil , formé des citoyens les plus illustres qu'il désignait luimême. De là, leur vint le nom qu'on leur donna de Prégadi conviés. Le grand conseil fut formé seulement cent quarante ans plus tard , en 1172, et fut dès-lors le vrai souverain de la république. On le composa de quatre cent quatre-vingts membres, nommés annuellement, le dernier jour de septembre , par douze tribuns ou grands électeurs, dont deux étaient choisis par chacune des six sections de 1 a république. Ceux-ci ne devaient pas désigner plus de quatre membres dans la même famille. On pouvait réélire chaque année les mêmes conseillers; et comme il est dans l'esprit des corps de tendre toujours à l'aristocratie, les mêmes étaient en effet habituellement réélus , ou, quand ils mouraient, les enfans prenaient la place de leurs pères. Le grand conseil ne s'attribua point le pouvoir judiciaire , mais il ne voulut pas non plus le laisser aux doges j il donna le
premier exemple de la création d'un corps de chap. v. juges nombreux, indépendant, inamovible , tel ^^ss-iSog. à peu près que furent plus tard les parlemens de France. Il créa , en 1 1 79 , la quarantie criminelle, qu'on nomma aussi la vieille quarantie, pour la distinguer de deux autres corps de quarante juges , qui furent créés plus tard. En 1229 , le grand conseil donna une organisation plus complète au gouvernement qui était tiré de son sein. Il était composé du doge, des six conseillers à robes rouges, qui ne restaient que huit mois en charge , et qui , avec le doge , formaient la seigneurie ; enfin , du conseil des prégadi , formé de soixante membres , renouvelés chaque année. En entrant en charge , le doge dut prêter un serment détaillé, qui garantissait toutes les libertés publiques : à sa mort, une commission d'enquête était nommée pour reconnaître s'il n'avait point excédé ses droits , et pour faire rendre compte à ses héritiers. En 1249, enfin, le conseil souverain ayant renoncé à faire luimême l'élection du doge, elle fut confiée par lui à une commission tirée au sort dans tout le conseil. Cette commission en nommait une autre , que le sort réduisait des trois quarts ; celle-ci en nommait une troisième , et, par les opérations alternatives du sort et de l'élection, une dernière comnùssio^i était formée de quarante-un membres, qui ne pouvaient faire l'é-
c«AP. V. lection du doge que par une majorité de vingtî283-i3o9. pjjjq suffrages. Seulement, vers la fin du treizième siècle, le peuple de Venise s'aperçut qu'il était resté en dehors de la république , et que le doge n'était plus qu'un serviteur du grand conseil , revêtu d'une vaine pompe et privé . de puissance réelle. En 1289, le peuple essaya d'élire lui-même le doge ; le grand conseil força d'éloigner celui qu'avaient désigné les suffrages populaires, et lui substitua Pierre Gradenigo, le chef du parti aristocratique. Celui-ci entreprit d'exclure le peuple de toute participation à l'élection du grand conseil, comme il n'avait déjà plusaucunepartàFélectiondudoge.Ilreprésenta ' au grand conseil qu'il était notoire que, depuis un siècle , les mêmes personnes ouïes mêmes familles étaient in variablementréélues chaque année 5 que les douze tribuns , chargés de faire une élection annuelle, se contentaient d'examiner si, parmi les anciens membres, il y en avait quelqu'un qui eût mérité d'être exclu du conseil souverain , et qu'ils confirmaient tous les autres; que, puisque l'élection se trouvait réduite à la condam-^ nation de quelques individus , il était plus naturel de s'en remettre, pour cette condamnation, à la prudence et à l'équité du même tribunal auquel tous les citoyens confiaient déjà leur honneur et leur fortune , plutôt que de le faire dépendre du jugement arbitraire de douze indi-
vidus que l'intrigue avait souvent nommés. En chap. v. conséquence, il proposa, non plus l'élection, ^^'^'^-^^og. mais l'épuration du grand conseil par la quarantie criminelle. Le décret qu'il fit porter, le 28 février 1297, est fameux dans l'histoire vénitienne, sous le nom de Clôture du grand conseil {Serrata del maggior consiglio). Il a légalement fondé cette aristocratie héréditaire, si prudente, si jalouse, si ambitieuse, que l'Europe a vue avec étonnement , immuable dans ses principes , inébranlable dans son pouvoir; unissant quelques unes des pratiques les plus odieuses du despotisme au nom de liberté; soupçonneuse et perfide dans sa politique , sanguinaire dans ses vengeances , mais indulgente pour les peuples conquis ; somptueuse pour tous les services publics, économe dans l'administration des deniers de l'Etat, équitable et impartiale dans ses tribunaux, sachant faire prospérer les arts, l'agriculture et le commerce; aimée enfin des sujets qui obéissaient , tandis qu'elle faisait trembler les nobles qui partageaient le pouvoir. L'aristocratie vénitienne acheva de se constituer, en i3ii,- par la création du conseil des Dix. Malgré son nom, ce conseil était composé de seize membres et du doge. Dix conseillers, revêtus de robes noires, étaient élus annuellement dans les mois d'août et de septembre , par le grand conseil ; et des six conseillers rouges de la seigneurie , trois ï. - r 3 3
CHAP. V. entraient en charge tous les quatre mois. Le 1283-1309. conseil des dix , chargé de veiller à la sûreté de l'Etat , avec un pouvoir supérieur aux lois , avait spécialement la commission de surveiller les nobles et de punir tous leurs délits contre la république. Il n'était astreint à aucune règle pour le faire ; et , à leur égard , il était dépositaire de la souveraineté du grand conseil , ou plutôt d'une puissance sans borne ; puissance qu'aucun peuple ne doit confier à aucun gouvernement. Quelques autres décrets complétèrent le système de la clôture du grand conseil. Ils interdirent à la quarantie d'y introduire des hommes nouveaux y ils mirent sous ses yeux , en i3i5, un registre, le livre d'or, où tous les descendans de ceux qui avaient siégé au grand conseil étaient inscrits : ils supprimèrent, en i3i9, toute Hmitation de nombre 5 et dès-lors il suffisait, à Venise, de prouver qu'on était issu d'un conseiller et qu'on avait vingt-cinq ans , pour être de droit membre du grand conseil. i3o9-iSi3. Le 26 novembre i3o8, la diète d'Allemagne nomma , pour succéder à Albert d'Autriche , Henri VII de Luxembourg , et l'élection de ce nouvel empereur ramena tout à coup l'Italie à la lutte pour son indépendance qu'elle avait soutenue contre les deux Frédéric. Depuis la mort du second , il y avait cinquante-huit ans que l'Italie n'avait plus vu d'empereurs. Rodolphe
de Hapsburg , Adolphe de Nassau et Albert chap. v. d'Autriche, avaient eu trop affaire en Allemagne ^^og-i^is. pour s'occuper de cette région toujours agitée, où ils ne pouvaient exiger d'obéissance que les armes à la main. Henri VII était un prince brave , intelligent , équitable j mais il était peu riche et peu puissant : il réussit à assurer à son fils la couronne de Bohème par un mariage, et il excita ainsi quelque jalousie parmi les Allemands. Aussi crut-il que , pour éviter toute querelle dans l'Empire, il lui convenait de s'en éloigner et de flatter l'amour -propre national par une expédition en Italie.
Henri VII , Belge lui-même , n'était guère puissant qu'en Belgique et dans les provinces limitrophes de la France. Du Luxembourg, il se rendit , par le comté de Bourgogne , à Lausanne, où il reçut, dans l'été de i3io, les ambassadeurs des Etats italiens qui venaient lui promettre l'obéissance. Il entra en Piémont vers la fin de septembre , par le mont Cénis , accompagné de deux mille cavaliers seulement , la plupart Belges, Francs-Comtois ou Savoyards. Cette troupe aurait été bien insuffisante pour soumettre l'Italie par la force ; mais Henri VII y arrivait comme représentant du droit , de l'ordre, et, jusqu'à un certain point, même de la liberté. Le résultat de la violence des factions , et ensuite de leur épuisement , avait été de sou-
GHAP. V. mettre la Lombardie presque entière à de petits î3o9-i3i3. tyrans. Chaque ville avait son seigneur. Tantôt c'était le chef de la faction ou guelfe ou gibeline, qui avait la dernière obtenu la victoire , et à qui ses partisans, pour se maintenir eux-mêmes, attribuaient un pouvoir dictatorial; tantôt c'était un noble du voisinage qui , secondé par une bande de ses vassaux , avait inspiré la terreur, et que le peuple respectait, parce qu'il faisait obéir les gentilshommes turbulens qui ne se soumettaient jamais aux lois ; tantôt enfin c'était un capitaine de gendarmes étrangers , appelé par les conseils au service de la république , mais auquel le titre de seigneur avait été déféré en même temps. Partout le nom de la liberté , le cri des Italiens , popolo ! popolo ! se faisait fréquemment entendre • mais c'était seulement pour renverser les pouvoirs existans , et leur en substituer d'autres tout aussi arbitraires. Aucune de ces tyrannies, en effet, n'avait de longue durée j mais presque aucune cité ne jouissait plus de la vraie liberté. Les violences de la noblesse et celles des factions avaient produit un si ardent désir de tranquillité , que tout ce que les citoyens demandaient aux seigneurs ou aux magistrats , c'était d'être forts et de se faire craindre, de punir promptement et sévèrement quiconque troublerait l'ordre. Toutes les villes s'étaient soumises à une justice
sommaire, et elles la préféraient k l'anarchie, chap. v. encore que le seigneur en abusât souvent pour i3o9-i3ic satisfaire ses passions brutales , ou pour accumuler un trésor qui deviendrait sa ressource dans l'exil auquel il devait toujours s'attendre. Tous les seigneurs de la Lombardie et du Piémont vinrent se présenter à Henri VII , les uns à Turin, les autres à Asti. Il les reçut avec bienveillance , mais il leur déclara qu'il voulait rétablir, dans toutes les villes de l'Empire , l'ordre légal , celui qu'avait fixé la paix de Constance j qu'il voulait entre autres nommer, dans chacune, des vicaires impériaux qui gouverneraient de concert avec les magistrats municipaux. Philippone de Langusco à Pavie , Simon de Golobiano à Verceil , Guillaume Brusato à Novarre , Antonio Fisiraga à Lodi , obéirent à cette intimation , et déposèrent le pouvoir souverain. En même temps, Henri faisait partout rappeler les exilés sans distinction de parti. A Como, il fit rappeler les Gibelins, à Brescia les Guelfes, à Mantoue les Gibelins, à Plaisance les Guelfes. Cependant il ne fit point rentrer les Guelfes à Vérone , ville puissante , dont il ne s'approcha pas, et où dominait Cau Grande délia Scala, le plus habile des capitaines gibelins de l'Italie, le meilleur guerrier, le meilleur politique et celui dont l'empereur sentait le plus qu'il devait ménager les services et l'af-
ig8 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ
CHAP. V. fection. La riche et populeuse ville de Milan i3o9-i3i3. ^gij-iandait à son tour à être traitée avec égards et avec adresse. L'archevêque Othon Visconti y avait conservé, dans un âge fort avancé, l'autorité principale, jusqu'à sa mort survenue en 1296. Long-temps auparavant, il avait fait déférer le titre de capitaine du peuple à son neveu Matthieu Visconti ; il avait accoutumé les Milanais à le regarder comme son lieutenant et son successeur, et Matthieu gouverna, en effet, après lui, de 1296 à i3o2, avec un pouvoir presque absolu. En même temps, il s'était fait nommer seigneur par plusieurs autres villes de la Lombardie , et il avait affermi sa famille par de puissantes alliances. Mais Yisconti ne sut ménager ni les restes d'orgueil national et d'amour de la liberté qui subsistaient encore parmi ses sujets, ni la jalousie des autres princes de la Lombardie. Une ligue, pour faire dominer dans cette province le parti guelfe , se forma par les soins d'Alberto Scotto , seigneur de Plaisance , et de Ghiberto deCorreggio, seigneur de Parme; elle força les Visconti à sortir, en i3o2, de Milan, et elle y installa , en leur place , Guido délia Torre et sa famille, qui en avaient été expulsés depuis vingt-cinq ans.
Lorsque Henri VU se présenta devant Milan , Guido délia Torre dominait avec les Guelfes dans cette ville , Matteo Visconti avec les Gibe-
lins en étaient exilés. Henri VII exigea que chai-, v. ceux-ci fussent rappelés. Il se fit couronner ^^og-iSio dans la basilique de Saint - Ambroise , le 6 janvier i3i 1 , de la couronne de fer de Lombardie, et il demanda ensuite à la ville un don gratuit de cent mille florins pour payer son armée. Jusqu'alors les Italiens n'avaient vu dans le monarque qu'un pacificateur juste et impartial 3 mais quand il commença à demander de l'argent, tous les partis se réunirent contre lui. Une violente sédition à Milan , força les délia Torre et les Guelfes à sortir de la ville , et rendit le pouvoir absolu à Matthieu Visconti et aux Gibelins. D'autre part, dans le reste de la Lombardie , tous les Guelfes se soulevèrent et prirent les armes contre l'empereur. Crème, Crémone, Lodi , Brescia et Como , se révoltèrent en même temps. Henri VII consuma la plus grande partie de l'été à faire le siège de Brescia , qu'il força enfin à capituler à la fin de septembre i3ii. Il lui accorda des conditions équitables , pressé qu'il fut de passer en Toscane; mais quoique la Lombardie parût soumise à son autorité , il y laissait plus de germes de mécontentement et de discorde qu'il n'en avait trouvé en y entrant un an au- . paravant.
Henri VII arriva le 21 octobre i3ii à Gènes, avec sa petite armée ; cette puissante république entretenait alors à Saint - Jean - d'Acre , à Péra
CHAP. V. vis-à-vis de Constantinople , et à CaiFa dans la i3o9-i3i:i. jj-,gj, Noire, des colonies marchandes et militaires , qui savaient s'attirer le respect par leur valeur 5 en même temps qu'elles faisaient le commerce le plus riche de la Méditerranée. Plusieurs lies de l'Archipel , entre autres celle de Chio , avaient passé en souveraineté à des familles génoises. Les palais de Gênes, déjà surnommée la superbe f causaient l'admiration des voyageurs. La sanglante rivalité de cette république avec celle de Pise avait fini par assurer à la première l'empire de la mer Tyrrhénienne. Dès-lors il ne restait sur mer de rivaux aux Génois que les Vénitiens , et une rencontre accidentelle de leurs flottes dans les mers de Chypre avait allumé , en 1293, entre ces deux peuples, une guerre effroyable, qui pendant sept ans ensanglanta la Méditerranée et détruisit d'immenses richesses. En 1298, l'amiral génois Lamba Doria atteignit l'amiral vénitien André Dandolo , à Corzola ou Corcyre-la-Noire , au fond du golfe Adriatique ; il lui brûla soixante-six galères , en prit dix-huit qu'il conduisit à Gênes avec sept mille prisonniers, et n'en laissa échapper que douze. Les Vénitiens, humiliés, demandèrent et obtinrent la paix l'année suivante. Les Génois, vainqueurs tour à tour des Pisans et des Vénitiens , passaient pour les plus braves , les plus entreprenans et les plus heureux des marins italiens. Le gouverne-
ment de leur cité était absolument démocrati- chap. v, que, mais les deux chaînes de montagnes qui ^'°9-i3i3. s'étendent de Gênes l'une vers la Provence, l'autre vers la Toscane , et qu'on nomme d'un nom italien les Rivières de Gênes , parce que leur pied forme le rivage de la mer , étaient couvertes des châteaux de la noblesse ligurienne. Tous les paysans dépendaient d'elle, et étaient toujours prêts à se battre pour les nobles leurs seigneurs. Quatre familles s'élevaient par leur puissance et leur richesse au-dessus de tout le reste de la noblesse génoise : les Doria et les Spinola étaient Gibelins , les Grimaldi et les Fieschi étaient Guelfes. Ces nobles, acharnés les uns contre les autres par des haines héréditaires , avaient troublé l'Etat par tant de violences , que le peuple avait adopté contre eux la politique des républiques de Toscane, et les avait exclus de toutes les magistratures. Mais d'autre part , ils avaient quelquefois rendu de si grands services , ils avaient surtout produit de si grands hommes de mer, que lorsque la patrie était en danger le peuple choisissait presque toujours son amiral dans quelqu'une de ces familles illustres. Souvent séduit par la gloire de ces chefs , il avait ensuite versé son sang pour leur querelle, mais souvent aussi, fatigué des alarmes continuelles qu'excitaient les nobles, il avait recouru à l'étranger pour les courber sous la loi commune. Le
CHAP. V. peuple de Gênes éprouvait ce ressentiment coni3o9-i3i3. |.j,g jg^ noblesse ligurienne, quand Henri Vil arriva à Gênes en i3ii ; et pour la forcer à observer une paix qu'elle troublait sans cesse, il déféra pour vingt ans à ce monarque une autorité absolue sur la république. Mais lorsque Henri supprima le podestat , puis l'abbé ou le défenseur du peuple , lorsque ensuite il demanda à la ville un don gratuit de 60,000 florins, les Génois reconnurent qu'il ne suffisait pas, pour qu'un gouvernement leur convînt , qu'il réprimât les discordes civiles, il fallait aussi qu'il protégeât des droits qui ne leur étaient pas moins précieux que la paix. Une fermentation intérieure, toujours plus menaçante, se fit sentir, et Henri VII s'estima heureux de quitter Gênes le 16 février i3i2 , sur une flotte pisane qui le transporta en Toscane, avec environ quinze cents gendarmes.
Henri VII , lors de son entrée en Italie , s'était montré impartial entre les Guelfes et les Gibelins. Il avait été élu par l'influence du pape- il était accompagné par des cardinaux légats qui devaient le couronner à Rome ; il ne se défiait ni de Robert , fils de Charles II , alors roi de Naples , ni des villes guelfes; il n'avait point d'affection héréditaire pour les Gibelins , partisans zélés d'une famille depuis long-temps éteinte. Aussi avait-il cherché à tenir la balance égale entre les
EN ITALIE. 2o3
deux partis , et à les réconcilier partout où il chap. v, avait été admis. Mais déjà l'expéneace lui avait ^^og-iSiS. appris que le nom d'empereur élu avait une influence magique sur les Italiens, pour exciter l'amour et le dévouement des Gibelins , comme la haine et la terreur des Guelfes. C'était au nom du parti guelfe que la résistance avait commencé contre lui l'année précédente en Lombardie , et que la révolte y éclatait de toutes parts depuis qu'il avait quitté cette contrée. Robert , roi deNaples , qui se croyait le champion du parti guelfe , lui témoignait déjà une défiance ouverte , et la république de Florence, qui dirigeait réellement ce parti par sa prudence et son habileté , sa richesse et son courage , s'armait pour lui résister , refusait audience à ses ambassadeurs , soulevait tous les Guelfes d'Italie, et se faisait mettre par lui au ban de l'Empire. D'autre part, la république de Pise dont l'affection pour le parti gibelin était liée à toutes les espérances comme à tous les souvenirs de gloire, mettait à le servir un dévouement , un zèle et une générosité , qu'il n'avait encore trouvés nulle part. Les Pisans lui avaient envoyé à Lausanne un présent de 60,000 florins, pour l'aider à passer en Italie; ils payèrent les dettes qu'il avait contractées à Gênes , ils lui firent un nouveau don quand il entra dans leur ville , enfin ils mirent à son service trente galères et six cents arbalétriers pour
2o4 HISTOIRE DE EA LIBERTÉ
CHAP. V. l'accompagner à Rome, où Henri YII reçut la i3o9-i3i3. couronne d'or de l'Empire, le 29 juin i3i2, dans l'église de Saint-Jean-de-Latran , des mains des légats du pape. Pendant cette cérémonie, les Romains qui avaient pris les armes contre lui, et qui avaient reçu dans leurs murs une garnison napolitaine, tinrent leurs portes fermées, et ne laissèrent pénétrer aucun de ses soldats dans leur ville.
Le couronnement de leur empereur à Rome était le terme du service des Allemands. Ils prenaient ensuite peu d'intérêt à ce qui pouvait se faire dans cette contrée; la plupart étaient empressés de repartir , et Henri VII se trouva en effet abandonné à Tivoli, où il passa l'été, par presque tous ses soldats ultramontains. Il y serait demeuré dans un grand danger si les Napolitains du roi Robert avaient eu plus d'audace. En automne , les Gibelins et les Blancs de l'Italie centrale se réunirent autour de lui, et formèrent une armée assez redoutable , avec laquelle il vint menacer Florence, le 19 septembre i3i2. Les Florentins , accoutumés à laisser le soin de leur défense aux mercenaires qu'ils trouvaient toujours prêts à trafiquer de leur valeur, faisaient peu d'estime du courage militaire qu'ils voyaient si commun parmi des hommes qu'ils méprisaient. D'un autre côté , personne ne poussait plus loin qu'eux le courage civil et la con-
EN ITALIE. 2o5
stance dans les revers. Bientôt leur année fut chap. v. de beaucoup supérieure en nombre à celle de ^^°^~^' ^ Henri VII ; on les vit alors suivre avec un calme parfait leur commerce et leurs négociations , comme s'il était déjà reparti pour -l'Allemagne; mais ils ne voulurent jamais livrer de bataille pour le faire sortir de leur territoire. Ils aimèrent mieux souffrir patiemment ses ravages , lasser son impétuosité, épuiser ses finances, et attendre qu'il prît de lui-même le parti de la retraite. En effet, Henri YII voyant qu'il ne pouvait obtenir sur eux aucun avantage, sortit de leur territoire le 6 janvier i3i3. Après avoir donné quelques mois de repos à ses soldats, il prit au printemps suivant le commandement des milices de Pise , et il fit à leur tête la guerre aux Lucquois. En même temps il sollicitait l'archevêque de Trêves, son frère , de lui amener des renforts d'Allemagne. En effet, celui-ci arriva au mois de juillet avec une nouvelle armée, et le 5 août i3i3 Henri YII partit de Pise à la tête de deux mille cinq cents cavaliers ultramontains , de quinze cents italiens , et d'un nombre proportionné de gens de pied. 11 se mit en marche par la route de Rome , averti que le roi Robert , appelé par la république florentine, s'avançait avec toutes les forces du parti guelfe pour le combattre. Les Napolitains, dont la réputation militaire avait toujours été en déclinant, n'inspi •
2o6 HISTOIRE DE LA LIBERTE
CHAP. V. raient que peu de crainte aux Allemands , et i3o9-i3i3. p^obert n'avait qu'un petit nombre de gendarmes français, pour donner du courage à son armée. Mais les prêtres et les moines s'échaufFant pour la défense de l'ancien parti guelfe et de l'indépendance de l'Eglise, le secondaient de leurs vœux, et le bruit courut bientôt qu'ils l'avaient servi à leur manière. L'empereur avait suivi la route de San Miniato à Castel Fiorentino j arrivé à Bonconvento , à douze milles au-delà de Rome, pour la fête de saint Barthélémy, le 24 aoûti3i3, il y reçut la communion des mains d'un moine dominicain, et il mourut peu d'heures après. On prétendit que le moine avait mêlé du suc de napel à la coupe consacrée; d'autres cependant assuraient que Henri était déjà atteint d'un mal qu'il dissimulait , qu'un charbon s'était manifesté au-dessous de son genou , et qu'un bain froid qu'il prit pour calmer l'irritation brûlante qu'il éprouvait, causa cette mort si soudaine.