‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute; (volume 3)Chapitre 13 sur 17 · CHAP · texte numérisé non relu

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Mantoue , appartenant au même parti , avait *3i3 liag. ^j.^ assassiné le i4 août iSaS par les Gonzaga, qui vengeaient ainsi l'offense faite à la femme de l'un d'eux , et qui en même temps s'emparèrent de la souveraineté de Mantoue, demeurée dans leur famille jusqu'au dix-huitième siècle. De tous les princes qui avaient accueilli Louis de Bavière en Italie , le marquis d'Esté avait seul conservé son pouvoir sur Ferrare; encore s'étonnait-on de voir ce seigneur, guelfe de naissance, forcé, par les intrigues du légat du pape, à s'associer aux Gibelins.

i33o-i3î8. Le parti gibelin, qui avait paru si redoutable par l'habileté des capitaines qui le dirigeaient , était absolument désorganisé j les peuples lombards n'accordaient plus de confiance aux chefs qui leur restaient ; ils avaient oublié la liberté , ils n'osaient plus y prétendre , mais ils soupiraient avec ardeur après un prince qui fiit en état de les défendre , qui leur fit espérer de la paix , de la modération et de la bonne foi. Ils n'en voyaient point de tel en Italie. Tout à coup l'Allemagne leur en offrit un. A la fin de l'année i33o , Jean, roi de Bohême , fils de Henri VII, vint à Trente. Le souvenir de son père était devenu plus cher aux Italiens , par la comparaison de sa conduite avec celle de son successeur, et Jean était fait pour rehausser encore cette prédilection. Il ne pouvait supporter

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la barbarie de la Bohême, et il habitait de pré- chap. vi. férence ou son comté de Luxembourg ou Paris. ^^^°'' Là, il s'était formé par la lecture qu'on lui faisait des romans de chevalerie français , et il aspirait à la gloire d'être un parfait chevalier. Il réunissait tout ce qui pouvait séduire les peuples à la première vue : une belle figure, de la vaillance, de l'adresse dans tous les exercices du corps , de l'éloquence, de la prévenance. Sa conduite en France et en Allemagne avait paru généreuse* Il s'y était montré tour à tour guerrier et pacificateur, mais jamais il n'y avait rien prétendu pour lui-même; il n'avait paru désirer que le bien général ou la gloire de servir son pays. Les Italiens , à juste titre , dégoûtés de tous leurs princes , offrirent avec empressement de se mettre sous sa protection. La ville de Brescia lui envoya des députés à Trente pour lui déférer la souveraineté ; il vint en prendre possession le 3i décembre i33o, et presque aussitôt après, Bergame, Crémone, Pavie, Verceil et Novarre, se donnèrent aussi à lui. Azzo Visconti luimême , fils de Galéaz, qui, en 1828, avait racheté Milan des mains de Louis de Bavière, ne put résister à l'impatience de ses sujets; il céda nominativement la seigneurie à Jean de Bohême, et ne s'intitula plus que son vicaire. Bientôt Parme , Modène , Reggio , et enfin Lucques , suivirent cet exemple. Dans toutes ces villes le

CHAP. VI. roi Jean rappelait indifféremment les exilés i33o-i33$. guelfes ou gibelins; il rétablissait la paix, et il faisait goûter les prémices d*un bon gouverne - . ment.

Mais les Florentins, qui le voyaient arriver jusqu'à leurs frontières, satisfaits de leur constitution , attachés à leur liberté , ne pouvaient partager cet engouement pour un prince étranger, gibelin, et fils de ce Henri VII qu'ils avaient toujours combattu. Ils savaient que, quels que fussent les talens ou les vertus d'un prince ab- . solu, son gouvernement dégénérait toujours en tyrannie; que, s'il n'était pas corrompu luimême par le pouvoir, ses successeurs ne manqueraient pas de l'être. De nombreux exemples, de leur temps , en Italie , leur montraient assez la dégénération rapide des races princières, et la pitié profonde que méritent les peuples gouvernés par les fils d'un grand homme. Ils sentaient de même vivement que c'étaient les constitutions municipales , démocratiques , indépendantes des cités d'Italie, et l'émulation constante entre elles , qui leur avaient donné cette grande supériorité sur tout le reste de l'Europe» Ils voyaient bien que, malgré sa division, l'Italie n'avait alors rien à craindre des ultramontains pour son indépendance; tandis qu'elle avait tout à craindre pour sa liberté , comme pour sa civilisation ^ si elle laissait grandir démesurément

une des principautés absolues qui s'étaient formées dans son sein. Les Florentins ne prétendaient pas rendre la liberté malgré eux aux peuples qui n'avaient plus assez d'élévation d'âme pour la désirer, ni assez d'énergie pour la défendre ; mais ils se firent une noble politique de s'opposer aux usurpations et aux conquêtes de quiconque prétendait dominer en Italie , et , s'ils ne pouvaient conserver à chaque cité son indépendance, de maintenir du moins, à travers les changemens que le temps amenait, l'équilibre entre les puissances; de telle sorte que le respect pour les droits de tous fût garanti par l'alliance de ceux qui ne demandaient qu'à être libres , et à conserver la liberté d' autrui. Ce système de la balance de l'Italie, inventé par les hommes d'Etat florentins , fut , pendant le quatorzième et la plus grande partie du quinzième siècle, la règle fondamentale de leur conduite.

Pour s'opposer à la grandeur menaçante du roi de Bohême, les Florentins ne trouvaient plus des forces suffisantes dans le parti guelfe. Le roi Robert de Naples était devenu vieux j il manquait d'énergie et ses soldats de bravoure. La république de Bologne , autrefois si riche et si puissante, perdait sa vigueur sous le gouvernement du légat Bertrand du Poiet. Celles de Pérouse et de Sienne n'avaient , par ellesmêmes , que peu de ressources j encore leur

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23o HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

CHAP. VI. jalousie de Florence les empêchait d'en user i33o-i338. libi-enient ; il ne restait plus de cités libres en Lombardie. Toutes celles qui, dans l'Etat de l'Eglise , avaient , durant le siècle précédent , été animées de tant de vie , étaient tombées , et languissaient soîis le joug de quelque petit tyran, qui se déclarait aussitôt pour le parti gibelin. Les Florentins sentirent la nécessité de faire taire leurs haines héréditaires et leurs antiques répugnances , en s' alliant aux Gibelins lombards contre le roi de Bohême , sous la condition qu'en partageant entre eux les dépouilles de celui-ci , ils empêcheraient qu'un seul ne s'agrandît plus que les autres, et maintiendraient entre eux l'équilibre, pour que, après leurs conquêtes , l'Italie ne courût point le danger d'être asservie par le plus fort. Le traité d'alliance contre le roi de Bohême, et de partage des Etats qu'il venait d'acquérir en Italie , fut signé au mois de septembre i332. Crémone devait passer à Visconti, Parme à Mastino delà Scala , neveu et successeur de Can Grande , Beggio à Gonzaga, Modène aux marquis d'Esté, et Lucques aux Florentins. Mais le roi Jean n'opposa point à cette ligue la résistance qu'on avait attendue de sa bravoure et de ses talens. Inconstant par caractère , s'ennuyant de tout , courant toujours après des nouveautés, ne songeant qu'à briller dans les cours et les tournois,

il regarda bientôt toutes ces petites principautés chap. vi. italiennes, dont il avait déjà perdu quelques i33o-i338. unes , comme trop bourgeoises. Il vendit chacune des villes, qu'il avait reçues d'elles-mêmes, à quelque gentilhomme qui voulait s'en faire seigneur, et il repartit pour Paris, le i5 octo- •

bre i333, laissant l'Italie dans une plus grande confusion encore que lorsqu'il y était entré. Les Gibelins lombards, confédérés des Florentins, réussirent cependant, avant la fin de l'été de i335, à se mettre en possession des villes délaissées par le roi Jean , qui devaient leur tomber en partage ; celle de Lucques seule , qui devait revenir aux Florentins , était défendue contre eux par une soldatesque allemande qui en avait fait le centre de ses brigandages, et qui la tyrannisait barbarement. Mastino de la Scala offrit aux Florentins de traiter pour eux avec les capitaines qui commandaient alors à Lucques ; il se fit livrer, en effet , cette ville le 20 décembre i335 ; mais, dès qu'il en fut maître, il se flatta qu'elle lui donnerait le moyen d'asservir le reste de la Toscane; et, au lieu de la livrer aux Florentins comme il s'y était engagé , il tenta de renouveler contre eux une ligue gibeline, avec les Pisans et tous les gentilshommes indépendans des Apennins.

Les Florentins, forcés de se défendre contre l'allié ({ui les trahissait , après qu'ils avaient con-

CHAP, VI, tribué à sa grandeur, recherchèrent l'alliance i33o-r338. j^gg Vénitiens, qui, de leur côté, avaient à se plaindre de Mastino. Le traité entre les deux républiques fut signé le 21 juin i336j la guerre à laquelle les Florentins contribuèrent libéralement de leurs trésors, ne se fit qu'en Lombardie j elle fut heureuse : Padoue fut enlevée à Mastino de la Scala le 3 août i337 ; et comme cette ville ne paraissait plus prétendre à la liberté, elle fut donnée en seigneurie à la maison de Carrare, qui était guelfe. Les Vénitiens s'emparèrent de Trévise , de Castel Franco et de Cénéda ; c'était la première acquisition qu'ils faisaient hors de leurs lagunes , et leur premier établissement sur la terre -ferme, qui devait mêler désormais leurs intérêts avec ceux du reste de l'Italie. Mais dans ce moment leur ambition n'allait pas plus loin : satisfaits eux-mêmes, et sacrifiant leurs alliés , ils firent la paix avec Mastino de la Scala, le 18 décembre i338, sans l'obliger à livrer aux Florentins la ville de Lucques, objet de la guerre, pour laquelle la république avait contracté une dette de 4^05000 florins.

Les Florentins, trahis successivement par tous leurs alliés , voyaient augmenter chaque jour les dangers de leur situation : le parti guelfe perdait l'un après l'autre tous ses soutiens- le roi Robert, âgé de soixante- quinze ans, n'avait plus

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aucune vigueur ; le pape Jean XXII était mort à Avignon le 4 décembre i334. Son successeur, Benoît XII, Français comme lui, n'entendait point la politique d'Italie , et n'y prenait aucun intérêt. Peu de mois auparavant, le 17 mars i334, le cardinal Bertrand du Poiet avait été chassé de Bologne par le peuple, et cet ambitieux légat, n'étant plus soutenu par le pape son père, avait disparu de la scène politique. Mais les Bolonais ne conservèrent pas long-temps la liberté qu'ils avaient recouvrée : un de leurs concitoyens, Taddéo des Pépoli, l'homme le plus riche de toute l'Italie , séduisit la garde allemande qu'ils entretenaient , et , avec son aide, s'empara, le 28 août i337, de la souveraineté de Bologne, après quoi il fit alliance avec les Gibelins. Le nombre des villes libres, sur l'appui ou au moins sur la sympathie desquelles les Florentins pouvaient compter, diminuait sans cesse. Les Génois , depuis le commencement du siècle , consumaient leurs forces dans des combats intestins entre leurs grandes familles guelfes et gibelines : tant qu'ils furent libres cependant, les Florentins, sans alliance avec eux , les regardaient comme des amis. Mais la longueur des guerres civiles avait dé- 1339- 1 343. goûté le peuple de la forme de son gouvernement : il se souleva le 23 septembre i339, et le renversa ; il remplaça la seigneurie par un

CHAP, VI. chef unique , Simon Boccanègra , auquel il déi339-i343. £^^,^ jg ^j|.j^g ^^ doge. On pouvait craindre qu'il ne se fût donné ainsi un tyran; néanmoins le premier doge de Gênes se trouva un ami de la liberté; et le peuple génois, ayant nommé un doge à l'exemple des Vénitiens, ne tarda pas à les imiter aussi , en cherchant à combiner le pouvoir d'un seul avec la liberté. Sur ces entrefaites, Mastino de la Scala se laissa enlever, par un gentilhomme parmesan, la ville de Parme : comme dès-lors il ne communiquait plus avec celle de Lucques , il offrit de la vendre aux Florentins. Le marché fut conclu au mois d'août i34i; mais il parut aux Pisans être le signal de leur propre servitude , parce qu'il rompait toute communication entre eux et les Gibelins de Lombardie. Ayant fait avancer aussitôt leurs milices dans l'Etat lucquois , pour empêcher les Florentins de prendre possession de la ville , ils les vainquirent dans une grande bataille sous ses murs, le 2 octobre i34i, et le 6 juillet suivant ils prirent eux-mêmes possession de Lucques.

Le peuple de Florence attribua cette suite de revers à l'incapacité des magistrats : le fardeau des impôts, celui des dettes dont la république s'était chargée , la jalousie qu'excitaient de riches marchands, qui , malgré les formes toutes démocratiques de la constitution , gouvernaient de fait l'Etat, tous ces motifs ent^^etenaient un

mécontentement qui prit bientôt les couleurs les chap. vi. plus sombres. Le peuple qu'on regardait en Italie i339-i343. comme républicain par excellence , celui qui devait toute sa grandeur à la liberté , à laquelle il avait fait en retour de si immenses sacrifices , le peuple qui poussait à l'excès son amour de l'égalité, et sa jalousie de toute distinction, se montra tout à coup fatigué de sa souveraineté; il demanda un maître ; il consentit à se soumettre au pouvoir d'un seul , pour humilier et punir ceux qui lui paraissaient si grands que les lois de la république ne les atteignaient plus. A cette époque un seigneur français , mais né en Grèce , Gaulthier de Brienne, duc d'Athènes, se trouvait à Florence , où il avait passé pour se rendre de France à Naples. Le duché d'Athènes, demeuré dans sa famille après la conquête de Constantinople, avait été enlevé à son père en i3i2 ; il ne lui restait que celui de Leccé , dans le royaume de Naples. Il avait été, en 1826, Heutenant du duc de Calabre à Florence , et il s'y était alors distingué par sa valeur et son habileté. Ce fut pour lui que les Florentins, après leur déroute devant Lucques , prirent un subit enthousiasjjie. Ils s'écrièrent que jamais tant de revers ne les auraient atteints, si le duc d'Athènes avait été à la tête de leur armée; et, le 1" août i342, ils lui firent déférer, par la seigneurie, le titre de capitaine de justice, et le connnandement de leurs soldats.

cjiAP. VI. Le duc d'Athènes était de cette race dégéné - I 39-1343, ^^g jgg Francs établis dans le Levant, que l'on désignait dans l'Occident par le nom àç^ pullaniy pour indiquer leur petite taille, leur faiblesse apparente, et souvent leur lâcheté. A cette conformation physique ils joignaient un amour effréné des plaisirs, la ruse, la perfidie, les habitudes du despotisme , le mépris de la vie , les vices enfin que le commerce avec les Orientaux devait communiquer à des barbares plus disposés à se corrompre qu'à s'élever. Le duc d'Athènes venait d'être nommé président des tribunaux, et commandant des forces d'une république ; c'était plus de pouvoir qu'il ne convenait d'en donner à un tel homme , mais ce n'était pas assez pour son ambition ; il voulait être souverain absolu. Déjà il aspirait à se faire un duché de la Toscane; il traitait avec les villes sujettes ou alliées des Florentins , pour qu'elles se donnassent à lui , au lieu de demeurer à la république. Avec une rapidité de conception et un talent pour l'intrigue, qu'il semblait avoir acquis en Grèce, il démêla en peu de jours toutes les l vues secrètes, toutes les passions jalouses des partis qui se divisaient la république. Il comprit que la haute bourgeoisie qui avait eu le plus de part au gouvernement , avait excité aussi contre elle le plus de haine. Elle était l'objet du ressentiment de l'ancienne noblesse , qu'elle avait

exclue de tous les emplois; de la jalousie des chap. vi. petits bourgeois, placés immédiatement au- »339-i343. dessous d'elle; de l'envie et de la colère de la populace, qui se prétendait foulée par les impôts. Le duc d'Athènes n'hésita point à la sacrifier à toutes ces passions : il fit trancher la tête aux uns, il ruina les autres par des amendes. Il fit venir de France et de Naples des gendarmes plus propres encore à l'intrigue qu'aux combats 5 il leur ordonna de se répandre parmi le peuple, de l'entraîner dans les tavernes, de l'y tenir dans une ivresse continuelle 5 de célébrer en même temps la vaillance et la libéralité du duc d'Athènes; d'annoncer que , s'il était maître absolu , il ferait vivre tous les plus pauvres dans la joie et dans l'abondance. Après avoir ainsi excité la fermentation du peuple, il le convoqua en parlement, pour le 8 septembre , sur la place publique. Les agitateurs , entraînant la plus basse classe , le proclamèrent seigneur souverain de Florence à vie, forcèrent ensuite le palais public, en chassèrent le gonfalonier et les prieurs, et l'y installèrent.

C'en était fait de la liberté de l'Italie, si le duc d'Athènes eût réussi à s'affermir dans la tyrannie qu'il venait de fonder. Toutes les autres républiques semblaient plongées dans une mortelle léthargie ; le pouvoir d'un seul avait envahi toutes les plus fières, toutes les plus opulentes

cHAP. VI. cités , toutes celles qui , dans les temps anté- 1 339-1 343. j.jguj.s^ avaient montré le plus d'horreur pour le despotisme; et comme le reste de l'Europe n'était point encore prêt à profiter de l'exemple et des enseignemens que lui avait déjà donnés l'Italie 5 l'asservissement de Florence , la cessation de toute liberté dans la cité qui donnait l'impulsion à l'esprit d'enquête, à la philosophie, à la politique, à l'éloquence, à la poésie et aux beaux-arts, aurait arrêté, peut-être pour des siècles, la civilisation du monde entier. Gaulthier d'Athènes réunissait toutes les qualités que Machiavel, cent soixante ans plus tard, signalait comme nécessaires au prince qui fonde une tyrannie. Courageux, dissimulé, patient^ clairvoyant, perfide, il ne connaissait ni les ménagemens ni la pitié; il n'était lié par aucune affection ou aucun principe; aussi rechercha- 1- il l'alliance des tyrans gibelins de Romagne et de Lombardie, qu'il avait jusqu'alors combattus, comme vassal du roi Robert. Ceux-ci, de leur côté, s'unirent avec joie au tyran qui les délivrait de l'exemple, contagieux pour leurs sujets, de la liberté et du bonheur de Florence. Il n'avait plus d'ennemis au- dehors, et ses bourreaux le délivraient promptement de ses plus dangereux ennemis au-dedans.

Heureusement Florence n'était pas mûre pour la servitude. Dix mois suffirent au duc d'Athènes

pour en tirer quatre cent mille florins d'or, qu'il chap. vi. fît passer en France ou à Naples; mais dix mois ^339-1343, suffirent aussi pour détromper tous les partis qui avaient pris confiance en lui , pour les réunir tous dans une haine commune , dans une égale détermination de renverser la tyrannie. Trois conjurations s'ourdirent en même temps à l'insu l'une de l'autre ; bientôt presque tous les citoyens de Florence s'y trouvèrent compris. Le^duc d'Athènes , sans les connaître , sut les déjouer à plusieurs reprises, par les précautions tous les jours plus rigoureuses qu'il prenait poui? sa sûreté. Sa défiance s'accroissait avec sa tyrannie, et il questionnait par la torture tous ceux sur lesquels s'arrêtaient ses soupçons. C'est ainsi qu'il fut amené à faire saisir Baldinaccio des Adimari, qui était en effet le chef de l'une des conspirations. La fermentation universelle qu'excita cette arrestation fit comprendre au duc qu'il était sur la voie d'une découverte. Il n'éclata pas néanmoins : il demanda des renforts à tous ses alliés; et seulement, lorsqu'il les sut en chemin , il fit convoquer, pour le 26 juillet, trois cents des citoyens les plus distingués , qu'il déclara vouloir consulter sur les affaires de la république ; l'ordre était donné cependant au palais de les égorger dès qu'ils y seraient entrés. Mais de son côté le peuple était prêt. Dans chacun

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ciiAp. VI. de ces palais massifs de Florence, les citoyens 1339-1343. g'^faiejjt silencieusement rassemblés; ils y arri^ vaient un à un, sans bruit, inaperçus. Les gendarmes du duc occupaient les rues, où chacun paraissait ne songer qu'à ses affaires ; aucuii mouvement, aucun trouble apparent n'annonçait une explosion, lorsque tout-à-coup le cri aux armes! partit de la place du Marché- Vieux, et fut répété jusqu'à la porte Saint-Pierre : à l'instant, de toutes les fenêtres , de tous les toits, les pierres et les tuiles préparées pleuvent sur les gendarmes du duc; tous les palais s'ouvrent, et vomissent des hommes armés qui tendent des chaînes et dressent des barricades : le cri popolo, pojpolo, lïbertàl retentit d'une extrémité à l'autre de Florence. Bientôt les gendarmes, surpris, dispersés, accablés de pierres, sont désarmés, et les chaînes relevées , les troupes de citoyens se réunissent, et marchent sur le Palais- Yieux, où le duc se défendait avec quatre cents soldats ultramontains. Gaulthier aurait pu tenir longtemps dans cette épaisse forteresse s'il y avait eu assez de vivres ; mais la faim le força de recourir à la médiation de l'évêque de Florence. Le 3 août il capitula ; l'évêque le cacha jusqu'au 6, pour le soustraire à la fureur du peuple, et le fit ensuite partir de nuit , avec ses gendarmes, auxquels le duc d'Athènes devait leur

solde. Arrivé à Venise, il se déroba à ses com- chap. vi. pagnons d'infortune pour se dispenser de les ^239-1343. payer, et, sur un petit bâtiment, il se fit transporter dans le royaume de Naples , où ses trésors avaient été envoyés par avance.

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