‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute; (volume 3)Chapitre 6 sur 17 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Frédéric Barberousse veut restreindre les libertés des villes d'Italie , leur résistance. — Ligue lombarde. — Trêve de V^enise. — Paix de Constance qui fixe leurs droits.

CHAP. 11. Lorsque les bourgeois des villes s'étaient as- 1IOO-II52. sociés pour leur défense commune, leur premier besoin avait été de se soustraire au brigandage des armées barbares qui envahissaient leur pays , et les traitaient en ennemis j le second , de se m.ettre également en défense contre le brigandage d'autres barbares qui se disaient leurs maîtres. Bientôt leurs efforts réunis avaient garanti leur sécurité ; en peu d'années ils s'étaient trouvés riches , ils étaient devenus puissans; et ces mêmes hommes que les empereurs, les prélats , les nobles , considéraient toujours comme des serfs affranchis , s'étaient aperçus qu'il n'y avait plus guère en Italie d'autre force publique que la leur. Leur confiance en euxmêmes s'était accrue avec leur puissance , et le désir de la domination avait succédé à celui de l'indépendance. Les villes qui avaient accumulé plus de richesses , celles qui rassemblaient dans leurs murs une population plus nombreuse , ten-

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tôrent, dès la première moitié du douzième f^HAr. u. siècle, de s'assurer par les armes l'obéissance des villes voisines qui ne leur paraissaient pas assez fortes pour lutter contre elles. Ces grandes cités, il est vrai, ne prétendaient pas dépouiller les petites de leur liberté, mais elles voulaient les astreindre à contracter avec elles une alliance perpétuelle pour partager leur bonne et leur mauvaise fortune , et à faire toujours marcher leurs milices sous l'étendard de la cité dominante.

La longue guerre des investitures entre les empereurs de la maison de Franconie et les papes , avait donné le premier essor à cette ambition. Comme il s'agissait d'intérêts généraux , d'une action à exercer au loin , de dangers communs à tout un parti , les villes avaient senti la nécessité des alliances et d'une correspondance active , qui s'étendit presque d'une extrémité à l'autre de l'Italie. Les petites villes avaient bientôt reconnu que cette politique générale était au-dessus de leur portée , et les grandes , où le commerce et la richesse avaient accumulé plus de lumières ; les grandes , qui recevaient seules des communications de l'empereur ou du pape , s'étaient placées naturellement à la tête de la ligue formée dans leur province, ou pour l'Empire ou pour l'Église. Ces deux ligues n'étaient point encore désignées en Itahe par les noms

de Guelfes et de Gibelins , noms qui furent , en Allemagne , le cri de guerre des deux partis à la bataille de Winsberg, le 21 décembre ii40) et qui auparavant y désignaient déjà , le premier , les ducs de Saxe et de Bavière dévoués aux papes; le second, les empereurs franconiens. Mais quoique ces deux noms , qui semblèrent depuis devenir exclusivement italiens , n'eussent pas encore été prononcés en Italie , l'affection héréditaire pour les deux partis partageait déjà les esprits depuis un siècle ; l'intérêt de la faction devenait pour chacun celui d'une seconde patrie , qu'il servait souvent avec non moins d'héroïsme et de dévouement que sa cité. Deux grandes villes dans la plaine de Lombardie l'emportaient sur toutes les autres en puissance et en richesse : Milan , qui dirigeait le plus habituellement le parti de l'Eglise, et Pavie, qui dirigeait le parti impérial. L'une et l'autre ville paraît cependant avoir changé de parti durant les règnes de Lothaire III et de Conrad II , qui , de l'an 1126 à l'an 1 162 , mirent en opposition les deux maisons des Guelfes et des Gibelins d'Allemagne. Milan , dans cette première moitié du douzième siècle , ayant éprouvé de la résistance de la part des deux villes de Lodi et de Como, rasa la première, en dispersa les habitans dans des villages ouverts, et força la seconde à abattre ses fortifications. Crémone

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et Novarre s'attachaient de préférence au parti «hap. ie. de Pavie; Tortone, Crème, Bergame et Brescia, Plaisance et Parme , à celui de Milan. Entre les villes du Piémont, celle de Turin paraissait se placer au premier rang ; elle disputait, en même temps le pouvoir aux comtes de Savoie , qui se disaient vicaires impériaux dans cette contrée. Le Montferrat avait toujours ses marquis ; ils étaient du petit nombre des grands feudataires qui avaient survécu aux guerres civiles ; mais les villes de la province ne leur obéissaient pas , et celle d'Asti était plus puissante qu'eux. La famille au contraire des marquis véronais , qui , du temps des rois lombards , devait défendre la frontière contre les Allemands , s'était éteinte , et les grandes villes de Vérone , Padoue , Vicence, Trévise et Mantoue se maintenaient libres , à peu près égales en puissance l'une à l'autre. Bologne tenait le premier rang entre les villes au midi du Pô , et elle se faisait redouter également de Modène et Reggio , d'une part ; de l'autre , de Ferrare , Ravenne, Imola, Faenza, Forli et Rimini. La Toscane , qui avait eu aussi de puissans marquis, avait vu leur famille s'éteindre dans la comtesse Mathilde , la contemporaine et l'amie de Grégoire VIL Dès-lors Florence s'était élevée en puissance; elle avait détruit Fiésolé, et sans dominer sur les villes voisines de Pistoia ,

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II. Arrezzo , San Miniato , Volterra , ou , sur les iioo-ir52. pi^g lointaines, Lucques, Cortona, Perugia et Sienne, elle était considérée comme dirigeant la ligue de Toscane , d'autant que Pise , à la même époque , tournait toute son attention sur ses expéditions d'outre -mer. La famille des ducs de Spolète s'était aussi éteinte , et les villes de rOmbrie s'étaient remises en liberté ; mais leur situation dans les montagnes ne leur permettait pas de s'élever à une grande puissance. Rome enfin avait donné l'essor au même sentiment d'indépendance. Un moine éloquent , disciple d'Abailard , et qui s'était fait connaître dan« toute l'Europe, y avait prêché , en iiSg, une double réforme dans l'ordre religieux et dans l'ordre politique. On le nommait Arnaud de Brescia ; il avait parlé aux Romains de l'antique liberté qui était leur droit, comme des abus qui défiguraient l'Eglise. Chassé d'Italie par le pape Innocent II et le concile de Latran, il se réfugia en Helvétie, et fit adopter une constitution libérale à la ville de Zurich 5 mais il fut rappelé à Rome en 11 4^ , et il y fit de nouveau entendre le nom de république romaine , de sénat romain et de comices du peuple. Le pape flétrissait ses opinions du nom ^hérésies des politiques ^ et Arnaud de Brescia ayant été livré , en 1 155 , à Adrien IV par l'empereur, fut brûlé vif devant la porte du château Saint-Ange : mais ses

enseignemens lui survécurent, et l'amour de la chap. n. liberté ne périt point à Rome avec lui. Dans "°*'*" l'Italie méridionale , enfin , l'esprit de liberté avait été étouffé par les conquêtes des Normands , et la ville d' Aquila conservait seule dans les Abruzzes quelques prérogatives républicaines.

Tel était l'état de l'Italie, lorsque la diète de uSa. Germanie, assemblée à Francfort, déféra la couronne, en ii52, à Frédéric Barberousse , duc de Souabe, de la maison de Hohenstauffen. Ce prince , neveu de Conrad III , auquel il succédait , était dans la vigueur de l'âge ; il était allié aux deux maisons guelfe et gibeline , qui s'étaient disputé l'empire, et il était regardé, à bon droit, par les Allemands, comme le plus distingué de leurs chefs,. Il n'était pas seulement brave; il connaissait l'art de la guerre, autant du moins qu'on pouvait l'entendre dans cet âge barbare ; il savait se faire aimer des soldats, tout en les soumettant au frein d'une discipline que d'autres ne songeaient pas même à établir ; il aimait la justice , il respectait sa parole , il abhorrait les cruautés gratuites , encore que l'effusion du sang humain n'eût rien de révoltant pour un prince du moyen âge : mais les prérogatives de sa couronne lui paraissaient un droit sacré , que , par orgueil , par conscience même , il voulait conserver et accroître. Les Italiens lui

CHAP. II. paraissaient en état de révolte contre le trône ^^^^' impérial et contre la nation allemande ; il croyait que son premier devoir était de les réduire a l'obéissance. ii54 En effet, au mois d'octobre ii54, Frédéric

Barberousse entra en Italie par la vallée de Trente , à la tête d'une puissante armée allemande. Il se proposait, non seulement d'y recevoir les couronnes de l'Italie et de l'Empire , mais de ramener à l'obéissance ceux de ses sujets qui semblaient oublier ce qu'ils devaient à leur souverain, de punir, en particulier, les Milanais de leur arrogance, de faire droit aux plaintes que les citoyens de Pavie et de Crémone avaient portées contre eux , de les forcer enfin à rendre aux villes de Lodi et de Como , qu'ils avaient démantelées, tous les droits dont ils jouissaient euxmêmes. Lorsqu'il arriva à Roncaglia , où il tint la diète du royaume d'Italie, il y fut assailli par les plaintes des évêques et des grands contre les villes r à leur tour les consuls de Pavie , de Crémone , de Como et de Lodi accusèrent les Milanais, qui furent défendus par ceux de Crème , de Brescia , de Plaisance, d'Asti et de Tortone. Avant de prononcer sur les différends qui lui étaient soumis, Frédéric annonça qu'il voulait juger, par ses yeux , de l'état du pays , et qu'il allait visiter le Piémont et le Montferrat. Il traversa le territoire milanais pour se rendre à Novarre, et il

ordonna aux consuls de Milan de lui faire trou- chap. h. ver des vivres sur sa route. Les villes reconnaissaient qu'elles devaient aux empereurs , à leur passage j les redevances désignées par les mots féodaux àefoderum , parata et mansionaticurriy le fourrage, la table et le logement. Cependant les Allemands , retardés dans leur marche par une pluie abondante et continuelle , mettaient deux jours à atteindre l'étape 011 les Milanais avaient cru que l'armée allemande arriverait dès le premier jour; en conséquence les vivres manquèrent, et les Allemands s'en vengèrent sur les malheureux habitans du pays qu'ils traversaient : ils pillèrent , ils brûlèrent les villages 011 ils n'avaient pas trouvé des rations suffisantes. Frédéric se montra bienveillant pour les villes de Novarre et de Turin ; mais celles de Chieri et d'Asti lui avaient été dénoncées comme animées des mêmes sentimens que les Milanais : les habitans s'enfuirent à son approche , et il pilla et brûla leurs maisons , qu'il trouva vides. Arrivé ensuite devant Tortone, il ii55. intima l'ordre aux habitans de renoncer à l'alliance qu'ils avaient contractée avec les Milanais. Mais, comptant sur la force de la ville haute, où les habitans s'étaient enfermés , tandis que Frédéric logeait dans la ville basse , ils eurent le courage de s'y refuser. Le i3 février ii55, les Allemands commencèrent le siège de cette

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