‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute; (volume 3)Chapitre 7 sur 17 · CHAI · texte numérisé non relu

CHAI

ville; ils ne purent empêcher deux cents Milanais d'y entrer pour prendre part à sa défense. Soixante-deux jours ces braves gens soutinrent les attaques de l'armée formidable que les milices de Pavie et des autres villes gibelines étaient encore venues grossir : enfin , le manque d'eau les contraignit à se rendre. Frédéric leur permit de se retirer à Milan , avec le peu d'effets qu'ils pourraient emporter sur leur dos : tout le reste fut abandonné au pillage des soldats , et leurs maisons devinrent la proie des flammes. Les Milanais accueillirent avec respect ces martyrs de la liberté : chaque maison opulente se chargea de donner l'hospitalité à quelques Tortonais. Frédéric, pendant ce temps, faisait imposer sur sa tête , dans le temple de Pavie , la couronne de fer des rois lombards ; après quoi , il se mit en route pour Rome , afin d'y recevoir aussi la couronne d'or de l'empire.

Mais les Allemands qui accompagnaient l'empereur dans son expédition , après avoir montré beaucoup d'ardeur pour entreprendre ce voyage lointain, se lassaient bientôt d'être si long-temps hors de leur patrie 5 la licence accordée à leurs pillages et à leurs débauches , ne leur paraissait plas un dédommagement suffisant pour les ennuis de la marche et les dangers de la guerre. Ils pressaient l'empereur d'avancer vers Rome, et d'éviter de se prendre de querelle avec les grandes

villes, encore que presque toutes se refusassent chap. h. à le recevoir dans leurs murs , et se contentassent de lui préparer des vivres et des logemens dans leurs faubourgs. L'impossibilité de maintenir la discipline dans une armée cupide, qui voyait pour la première fois les richesses inconnues du commerce et des arts étalées à ses yeux , et d'éviter les quereWes entre deux peuples qui n'entendaient pas la langue l'un de l'autre , justifiait cette précaution; Frédéric passa ainsi auprès de Plaisance , de Parme , de Bologne , de Florence. Il ne fut pas même reçu dans Rome; ses troupes occupèrent seulement ce qu'on nommait la cité Léonine , ou le faubourg bâti autour du Vatican, et c'est là qu'il fut couronné par le pape Adrien IV; tandis que les Allemands étaient obligés de repousser les Romains, qui cherchaient à s'avancer par le pont Saint- Ange, et par le bourg qui communique avecTrastevère, pour troubler la cérémonie. Dès le lendemain Frédéric s'éioisna de Rome, et conduisit son armée dans les montagnes, pour éviter les ardeurs de l'été. Les bourgeois de Spoleto ne lui ayant pas fourni assez promptement les vivres dont il avait besoin, il attaqua leur ville , la prit et la brûla : cependant la maladie commençait à éclaircir les rangs de ses soldats , d'autres désertaient pour s'embarquer à Ancône. Frédéric, avec une armée affaiblie, pressait sa marche pour rentrer en Allemagne

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cHAp. n. par les vallées du Tyrol. Les citoyens de Vérone, "*^' qui ne voulaient pas recevoir les Allemands dans leurs murs , avaient construit pour lui un pont de bateaux sur l'Adige. Il le passa à la hâte , et à peine avait-il atteint l'autre bord , que d'énormes pièces de bois livrées au courant impétueux du Fleuve, vinrent frapper contre le pont et le rompirent. Frédéric ne douta point que les Lombards ne lui eussent préparé un piège , et ne se fussent flattés d'abattre le pont, pendant qu'il passerait; mais il n'était plus assez fort pour en tirer vengeance.

L'empereur était enfin retourné en Allemagne avec ses soldats barbares. Partout oii il avait passé , il avait porté le ravage et la désolation ; la ligne sur laquelle il avait traversé le Milanais était marquée par l'incendie : les bourgs de Rosate, de Trécale, de Galiate; les villes de Chiéri, d'Asti, de Tortone, de Spolète, avaient été brûlés par lui. Mais à côté de ces preuves de barbarie , il en avait donné d'impuissance ; il n'avait point osé assiéger les cités plus fortes et plus populeuses , et celles-ci s'applaudissaient de lui avoir fermé leurs portes , et d'avoir refusé d'obéir. Une seule campagne avait suffi pour ruiner une des plus formidables armées que l'Allemagne eût vomies sur l'Italie; et l'exemple des anciens temps faisait croire qu'il se passerait long-temps avant que l'empereur pût mettre de

nouveau les Allemands en mouvement. Les Mi- chap.h. lanais se félicitaient d'avoir sauvé leur liberté "^^' par leur courage et leur patriotisme : leur trésor était vide , mais le zèle des citoyens opulens , qui ne connaissaient d'autre luxe que de servir la patrie, l'eut bientôt rempli. Ces mêmes hommes qui trouvaient de grandes richesses, pour les offrir à leur république, se contentaient pour eux-mêmes de pain noir, et d'un manteau d'étofîe commune. Sur l'ordre des consuls de Milan, ils partirent pour aller travailler de leurs mains, avec tous leurs concitoj'^ens , à relever les murailles et les maisons de Tortone , de Rosate , de Trécale , de Galiate , et des autres lieux qui avaient souffert pour la liberté de tous. Ils attaquèrent ensuite Pavie, Crémone et Novarre, qui avaient embrassé le parti de l'empereur, et ils les forcèrent de se soumettre à des conditions humiliantes , tandis qu'ils resserrèrent leur alliance avec les villes de Brescia et de Plaisance, qui s'étaient déclarées pour la liberté.

Mais Frédéric avait plus de pouvoir sur l'Allemagne que n'en avait eu aucun de ses prédécesseurs : on l'y regardait comme le restaurateur des droits de l'empire et de la nation allemande , on lui savait gré de ramener l'Italie, de ce qu'on nommait un état d'anarchie et de révolte , à l'ordre et à l'obéissance ; ses feudataires accoururent donc avec empressement sous ses dra-

cjiAP. II. peaux j lorsqu'il les y appela aux fêtes de Pen- ^'^^- tecôte de ii58, pour soumettre l'Italie. Les bataillons allemands entrèrent en Lombardie par tous les passages des Alpes à la fois. En passant près de Brescia ils inspirèrent à cette \i\\e tant de terreur, qu'elle renonça à l'alliance des Milanais 5 et paya une grosse somme d'argent pour sa rançon. Les Milanais au contraire s'étaient préparés à la résistance; ils avaient coupé ou fortifié tous les ponts de l' Adda , se flattant que cette rivière suffirait pour arrêter l'empereur. Mais un corps de cavalerie allemande se jeta hardiment à la nage dans le torrent , et gagna le bord opposé; il se rendit alors maître du pont de Cassano , et toute l'armée entra dans le territoire milanais. Frédéric suivant le cours de l'Adda, choisit à quatre milles de distance des ruines du vieux Lodi , un emplacement oii il ordonna aux Lodésans de rebâtir leur ville, qui devait lui répondre à l'avenir du passage de F Adda. Il y appela aussi les milices de Pavie, de Crémone, et des autres villes lombardes que leur jalousie de Milan attachait à la faction gibeline , et après leur réunion seulement , il vint le 8 août II 58 tracer son camp devant Milan. Toutefois ses machines de guerre ne lui suffisaient point pour abattre les murs d'une si grande et si forte ville ; il essaya plutôt de l'affamer. Il s'empara des greniers, il brûla les meules de

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blé , il faucha les récoltes d'automne , et il an- chap. h. nonça qu'il ne s'éloignerait point que les Milanais ne fussent rentrés dans le devoir. Cependant les nobles en petit nombre qui avaient conservé leur indépendance en Lombardie , s'étaient rendus au camp de l'empereur; l'un d'eux, le comte deBlandrate , qui avait précédemment donné des preuves de son attachement à la ville de Milan , offrit sa médiation ; elle fut acceptée , et il obtint en effet des termes avantageux pour les Milanais. Ceux-ci s'engagèrent à payer à Frédéric 9000 marcs d'argent comme tribut , à lui restituer les droits régaliens, et à rendre leur indépendance aux villes de Como et de Lodi; mais d'autre part ils étaient dispensés d'ouvrir leurs portes à son armée , ils conservaient le droit d'élire leurs consuls, et ils comprenaient dans leur pacification les Tortonais et les Crémasques leurs alliés. Ce traité fut signé le 7 septembre ii58.

Frédéric , il est vrai , en accordant une capitulation honorable à des sujets qu'il faisait rentrer dans le devoir, ne pensait pas renoncer aux droits de son empire ; il comptait s'être réservé implicitement l'autorité législative de la diète de son royaume d'Italie. Les Milanais, au contraire, regardaient leur traité comme définitif, et ils furent très étonnés et très indignés lorsque Frédéric ayant assemblé , à la Saint-Martin suivante, les plaids du royaume à Roncaglia,

cnAP. II. lit adopter par cette diète une constitution qui "^*'- bouleversait leurs droits les plus chers ; elle enlevait , en efFet, aux consuls des villes la fonction d'administrer la justice , pour la déférer à un juge unique, étranger, choisi par l'empereur, et qui prit le nom de podestat ; elle fixait l'étendue des droits régaliens, réservés à l'empereur dans chaque ville, en leur donnant bien plus d'importance que ne l'entendaient les Milanais lorsqu'ils les avaient, abandonnés; elle enlevait aux villes , de même qu'à tous les autres membres de l'empire , le droit de guerre privée ; elle changeait, enfin , la circonscription du territoire des cités , et en particulier elle enlevait aux Milanais la petite ville de Monza et les comtés de Séprio et de la Martesana , que ceux-ci regardaient comme leur propriété. De justes motifs avaient fait considérer à l'empereur et à la diète ces innovations comme nécessaires pour la paix et la prospérité publique ; mais les Milanais n'y virent qu'une violation perfide du traité qu'ils venaient de conclure. Quand le podestat de l'empereur se présenta pour prendre possession de son tribunal , ils le chassèrent honteusement ; , ils coururent aux armes , et ils s'efforcèrent de nouveau de se rendre maîtres de tous les passages de l'Adda , pour se défendre derrière cette barrière. Frédéric, de son côté, au printemps nSg. de l'année 1169 , î^ssembla une nouvelle diète

du royaume d'Italie à Bologne , et il y mit les chap. h. Milanais au ban de l'empire. ""^^"

L'empereur n'essaya point , cependant , encore de réduire les Milanais par un siège en règle j son armée n'était pas assez nombreuse pour investir entièrement une aussi grande ville 5 et ses machines de guerre étaient insuffisantes pour renverser d'aussi fortes murailles; mais il annonça qu'il emploierait toute la puissance dont il disposait comme monarque de l'Italie et de l'Allemagne, afin de ruiner cette ville rebelle. Bientôt, en effet, les Milanais le virent fiiucher leurs blés , moissonner leurs récoltes d'automne , détruire leurs ceps de vigne , couper ou écorcer tous les arbres qui couvraient leurs campagnes , et rompre leurs canaux d'irrigation ; mais les généreux citoyens de cette république nouvelle ne se laissèrent point décourager par la supériorité d'un tel ennemi ou par l'issue inévitable d'un tel combat. Ils voyaient bien qu'ils devaient périr ; mais, pour l'honneur et la liberté de l'Italie, ils étaient résolus de laisser un grand exemple à leurs compatriotes et aux générations à venir.

Les Crémasques étaient demeurés fidèles aux Milanais dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Le siège de Crème présentait cependant à l'empereur moins de difficultés que celui de Milan ; la ville était peu étendue , et pouvait I. 5

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être investie de toutes parts ; elle était aussi plus "^^' accessible aux machines de guerre, quoique entourée d'une double muraille et d'un fossé plein d'eau. Les Crémonais commencèrent le siège le 4 juillet; et le lo, Frédéric en vint prendre le commandement. Quatre cents Milanais étaient venus s'enfermer dans la ville pour partager les combats et les dangers de leurs alliés. L'empereur, qui voyait en eux des sujets révoltés, voulut les effrayer par des supplices. Après la dernière pacification, Milan et Crème lui avaient donné des otages ; il en fit pendre plusieurs en face des murs ; d'autres étaient des enfans appartenant aux familles les plus distinguées, il les fit attacher à une tour mouvante qu'il voulait faire approcher des murailles de Crème , de manière que les assiégés ne pussent la repousser sans blesser ou tuer leurs propres enfans. Un cri de désespoir retentit sur toute la muraille de Crème ; les pères de ces malheureux suppliaient leurs concitoyens de les tuer eux-mêmes , pour qu'ils ne vissent pas l'agonie de leurs enfans. Ils criaient en même temps à ceux-ci de ne point craindre de donner leur vie pour la patrie. Le combat ne cessa point en effet , et la tour mouvante fut repoussée après que neuf otages , qui la couvraient de leur corps , eurent été tués. Six mois entiers les Crémasques arrêtèrent toutes les forces de l'empereur : la famine opéra.

enfin ce que la violence n'avait pu faire. Le chap. h. 26 janvier 1160, ils capitulèrent, abandonnant 1160. toutes leurs richesses au pillage et leur ville à l'incendie- mais les habitans, hâves, défaits, et se soutenant à peine, eurent la permission de se retirer à Milan.

Le siège de Crème avait épuisé la patience de l'armée allemande. Dans ce siècle les soldats n'étaient point accoutumés à de si longues expéditions 5 quand ils avaient accompli leur service féodal , ils se croyaient le droit de retourner dans leur patrie. La plupart repartaient en effet; mais Frédéric, avec une constance inébranlable , déclara qu'il demeurerait à la tête des seuls Italiens des villes gibelines , pour faire la guerre aux Milanais. En effet, prenant le commandement des milices de Pavie , de Crémone et de Novarre , il continua une année entière ses attaques , dans le seul but de détruire toutes les récoltes , et de ne permettre l'entrée d'aucune provision dans Milan. Au mois de juin 1 161 , il vit cependant arri- 1 161. ver à son aide une nouvelle armée allemande ; ses compatriotes avaient éprouvé quelque honte de ce que leur monarque était demeuré seul au milieu d'un peuple étranger, et qu'ils accusaient de rébellion et de perfidie. Ils revinrent avec une animosité redoublée, qui se manifesta bientôt par des actes de férocité : toutes les fois qu'ils surprenaient quelques paysans lombards por-

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tant des vivres à Milan , ils les faisaient périr ^^'- dans les supplices. Les riches citoyens avaient aidé la république à faire de grands approvisionnemens, mais ces amas étaient en partie épuisés, lorsqu'un incendie accidentel consuma le reste. Alors la faim triompha du courage et de l'amour de la liberté. Trois ans entiers les Milanais avaient soutenu cette lutte inégale , depuis qu'ils avaient été mis au ban de l'empire; mais ils furent enfin contraints de se rendre à discrétion , au com- 1C2. mencement de mars 11 62. Ils livrèrent, avec un profond désespoir leurs drapeaux et toutes leurs armes, et ils attendirent les ordres de l'empereur. Celui-ci , quoique dur et hautain , n'était cependant pas féroce 5 jamais il ne punit par des supplices les ennemis ou les rebelles qu'il avait vaincus. Il laissa passer près d'un mois avant de prononcer ses dernières volontés sur les Milanais, peut-être pour augmenter l'anxiété des citoyens, peut-être aussi pour calmer sa propre colère; il finit par la décharger sur les murailles et les êtres inanimés , tandis qu'il pardonnait aux hommes. Il ordonna que la ville fût complètement évacuée , qu'il n'y restât pas un seul être vivant; et le 26 mars il y appela les milices des cités gibelines et rivales, en leur donnant l'ordre d'en raser les maisons aussi-bien que les murailles , et de ne pas y laisser pierre sur pierre. Les habitans les plus pauvres de Milan, ceux

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que leur étroite fortune , ou leurs travaux agricoles et industriels fixaient au sol, furent ré- "*'* partis entre quatre bourgades ouvertes , bâties à deux milles au moins de distance des murs de leur ancienne patrie. Les autres allèrent chercher l'hospitalité dans les villes voisines d'Italie , même dans celles qui avaient montré le plus d'attachement à l'empereur. Leurs souffrances , l'étendue de leurs sacrifices, le souvenir de leur valeur, et l'exemple de leurs généreux sentimens , firent , dans toutes les villes où ils furent reçus, des prosélytes à la cause de la liberté. D'un autre côté les délégués de l'empereur , cai lui-même était relourné en Allemagne, les podestats qu'il avait établis dans chaque ville , faisaient éprouver aux Lombards qui avaient com battu pour lui , la honte et le regret d'avoir alïermi par leurs propres efforts le joug sur leurs j)ropres têtes. Tous les privilèges de la nation furent violés 3 la justice était sacrifiée à l'intérêt de parti 3 les redevances exigées par le fisc , sans cesse accrues, s'étaient sextuplées : à peine le tiers des récoltes demeurait aux cultivateurs. Tous les Italiens souffraient, tous étaient humiliés : la tyrannie avait atteint aussi les consciences. A la mort du pape Adrien IV, en septembre 1169, les cardinaux s'étaient partagés entre deux candidats , l'un Siennois, l'autre Romain, qui tous deux avaient été déclarés élus , parleur

yo HISTOIRE DE LA LIBERTE

GHAp. n. faction. Le premier avait pris le nom d'Alexan- "^^" dre III , le second de Victor III. Frédéric s'était déclaré pour celui-ci , qui avait paru empressé de lui sacrifier les libertés et l'indépendance de l'Eglise : l'autre avait été obligé de se réfugier en France; toutefois la chrétienté presque entière n'avait pas tardé à se déclarer pour lui. Tandis qu'un concile assemblé à Pavie en 1160 par Frédéric l'avait condamné , un autre concile assemblé à Beauvais , condamnait Victor, et le frappait d'anathême. Frédéric à son tour fut atteint par les excommunications , et Alexandre III , pour se fortifier contre la puissance de l'empereur , commença à rechercher la faveur des peuples , et à embrasser la défense des libertés de l'Itahe. ii63. Dans l'année 11 63 Frédéric rentra en Italie,

accompagné, non par une armée, mais par un cortège brillant de gentilshommes allemands. Il ne croyait pas , dans un royaume désormais soumis, avoir besoin de forces plus imposantes; d'ailleurs il pouvait toujours disposer des milices des cités gibelines, et en effet, il fit raser par elles cette année les murailles de Tortone. Il se dirigea ensuite vers Rome, pour y appuyer de son crédit son pontife schismatique. Mais pendant ce temps les villes de Vérone , Vicence , Padoue et Trévise, les plus puissantes de la marche véronaise , réunirent leurs consuls en ^ un congrès , pour aviser aux moyens de faire

cesser une tyrannie dont elles se sentaient acca- chap. h. blées. Depuis la ruine de Milan, toute la Lom- "^^' bardie était traitée comme vaincue : la marche véronaise ne voulut pas l'être sans avoir combattu. Les consuls de ces quatre villes s'engagèrent par serment au nom de leurs cités , à se soutenir réciproquement dans l'entreprise de revendiquer leurs droits antiques , et de réduire les prérogatives impériales au point où elles étaient fixées sous le règne de Henri IV. Frédéric , averti de cette association , revint en hâte dans l'Italie septentrionale pour la combattre. Il assembla les milices de Pavie , de Crémone , de Novarre , de Lodi et de Como , et il voulut les conduire dans la marche véronaise ; mais il s'aperçut bientôt que l'esprit de liberté avait fait des progrès dans les villes gibelines comme dans les villes guelfes , que les milices qu'il commandait se plaignaient des vexations de ses podestats , autant que celles qu'il voulait combattre, et qu'elles étaient peu disposées à affronter la mort pour river les fers de leur patrie. Obligé de reculer devant ceux qu'il nommait des sujets révoltés, il renonça bientôt à une lutte qui l'humiliait, et il repassa en Allemagne pour y lever une armée plus obéissante. D'autres intérêts plus pressans 1163-1166. ne lui permirent point de s'en occuper jusqu'à l'automne de 1166. Fendant cet intervalle cependant, son anti-pape Victor III mourut, et

CHAP. ir. le successeur qu'il lui fit donner, fut, plus encore ii63-ii66. que Yictor, repoussé par l'Eglise. D'autre part Alexandre III était revenu de France à Rome ; il avait contracté alliance avec Guillaume , le roi normand des Deux - Siciles , et il avait armé toute l'Italie méridionale contre l'autorité des empereurs.

11 66. Lorsqu'au mois d'octobre 1166 Frédéric descendit des montagnes des Grisons pour entrer en Italie par le territoire de Brescia, il conduisit immédiatement son armée jusqu'à Lodi , sans lui permettre aucune hostilité sur la route. Il assembla vers la fin de novembre , à Lodi , une diète du royaume d'Italie , et il y promit aux Lombards de réprimer les abus de pouvoir de ses podestats , et de respecter leurs justes libertés. Il voulait séparer leur cause de celle du pape et du roi de Sicile, et il conduisit son armée dans la moyenne Italie , pour donner plus de poids à ses négociations.

1167. Jusqu'alors les villes de la Romagne et de la Toscane n'avaient fait entendre que peu de plaintes , ou n'avaient manifesté que peu de zèle pour la défense de leurs privilèges. Il crut, en s'établissant au milieu d'elles , pouvoir ranimer leur loyauté , et les déterminer à grossir l'armée qu'il voulait conduire contre Rome : mais il put bientôt reconnaître qu'un même esprit de liberté fermentait dans cette contrée comme

dans les autres ; il se fit donc donner trente cnAP. n. otages par Bologne , il assiégea Ancône , et " '" n'ayant pu s'en rendre maître , il conduisit , au mois de juillet 1167, son armée devant Rome.

Les villes de la marche véronaise l'ayant vu passer outre, sans oser les attaquer, en prirent plus de confiance en elles-mêmes. Au commencement d'avril , elles assemblèrent une nouvelle diète, au couvent de Pontida, entre Milan et Bergame. Les consuls de Crémone, de Bergame, de Brescia, de Mantoue et de Ferrare , s'y rendirent et se joignirent à ceux de la marche : on y vit avec joie les Gibelins se réunir aux Guelfes pour la défense de la liberté commune , et les Crémonais , qui avaient contribué à la ruine de Milan , seconder les députés des bourgades milanaises , qui demandaient avec instance , aux villes confédérées, de les aider à rebâtir leur cité. La confédération prit le nom de ligae lombarde : les consuls jurèrent , et tous leurs concitoyens qu'ils représentaient répétèrent ensuite le même serment, que tous les Lombards s'assisteraient réciproquement pour le recouvrement de leur liberté ; qu'ils resteraient unis , pendant vingt ans, pour sa défense ; qu'ils s'aideraient enfin à réparer, en commun , les dommages que l'un des membres de la ligue éprouverait pour cette cause sacrée. Etendant même au passé ce contrat de garantie mutuelle, la ligue résolut de rebâtir

CHAP. II. Milan. Les milices de Bergame, Brescia , Cré- "^^' mone, Mantoue, Vérone et Trévise, amvèrentj le 27 avril 1167, sur le lieu que couvraient les ruines de cette grande ville : elles se distribuèrent l'entreprise de relever l'enceinte de ses murs : tous les Milanais des quatre bourgades , tous ceux qui s'étaient réfugiés dans des villes lointaines , accoururent pour prendre part à ce pieux ouvrage , et en peu de semaines la ville renaissante fut mise à l'abri des insultes de ses ennemis. Peu après , les habitans de Lodi furent contraints , par les armes , à prêter aussi serment à la ligue , tandis que les villes de Venise, Plaisance, Parme, Modène et Bologne s'y associèrent volontairement et avec joie.

Pendant ce temps, Frédéric était arrivé en vue de Rome. Les Romains avaient osé l'attendre en rase campagne ; il les avait défaits , et leur avait tué beaucoup de monde. Il s'était rendu maître de la cité Léonine , et les Romains se défendant encore dans le Vatican , il les en avait chassés en mettant le feu à l'église attenante de Sainte-Marie. Alexandre, effrayé, s'était alors enfui par le Tibre , et les Romains , après sa retraite, avaient prêté serment de fidélité à l'empereur, sans recevoir cependant son armée dans leurs murs. Mais bientôt les chaleurs étouffantes de la campagne de Rome et la fièvre commencèrent à venger les Italiens : dès les

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