‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute; (volume 3)Chapitre 9 sur 17 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Progrès des cités vers V indépendance depuis la paix de Constance jusqu'à la mort de Frédéric II. — Lutte acharnée entre les Guelfes et les Gibelins. — Premiers chefs de partis qui deviennent les tyrans de leur patrie. — 11 83-

La généreuse résistance des Lombards , pendant une guerre de trente ans , avait conquis sur les empereurs , pour toutes les cités du royaume d'Italie , la liberté politique. Le droit de n'obéir qu'à leurs propres lois , de se gouverner par leurs propres magistrats, de contracter des alliances, de faire la paix ou la guerre, d'administrer enfin leurs propres finances, sous la seule réserve d'une redevance fixe au trésor impérial, avait été plus particulièrement assuré par la paix de Constance aux cités de la ligue lombarde , confédérées pour la défense de leur liberté ; mais les Allemands avaient bien compris qu'ils ne pouvaient pas refuser à leurs alliés des privilèges que leurs ennemis avaient conquis par les armes. Les libertés stipulées par la paix de Constance avaient été rendues communes à toutes les villes , et celles qui se distin-

guaient le plus par leur dévouement au parti ^hap. m. gibelin furent souvent aussi les plus zélées pour " '"^°' l'établissement et le maintien de tous les droits du peuple. Les cités ne se regardaient cependant point comme indépendantes j elles s'hono-raient toujours du titre de membres de l'empire. Elles savaient qu'elles devaient concourir à sa défense comme au maintien de la paix intérieur • seulement elles n'y prenaient part que de leur libre choix, et en conséquence de leurs délibérations. Elles étaient en quelque sorte confédérées avec l'empereur ; celui-ci agissait sur elles par la persuasion plus que par des ordres, en chef de parti plutôt qu'en monarque; et comme c'était aussi à peu près de la même manière qu'il traitait avec les princes de l'empire , ces ménagemens pour l'opinion de tous lui inspiraient moins de répugnance. C'est une circonstance hautement honorable pour la maison de Hohenstaufïen , qui continua de régner soixante-sept ans encore après la paix de Constance, que dans ce long espace de temps elle ne chercha jamais à l'enfreindre ; elle admit avec bonne foi toutes les conséquences des concessions qu'elle avait faites, et elle pardonna l'usage de cette liberté , que le vulgaire des rois regarde toujours comme une usurpation des sujets sur les droits de la couronne.

Cependant la lutte ne tarda pas à s'engager de

CHAP. ui. nouveau entre les empereurs et la plus grande SI83-II90. partie des villes ; elle ne fut pas soutenue avec moins de dévouement et par moins de sacrifices; elle ne causa pas moins de calamités pendant sa durée, et ne fut pas couronnée, à la fin, par des résultats moins heureux. Mais les cités ne s y engagèrent pas, comme dans la précédente, pour leur intérêt propre et immédiat ; elles secondèrent plutôt la politique du Saint-Siège, qui avait pour but l'indépendance de l'Eglise et de l'Italie, et qui ne cessa de combattre, pour y parvenir, jusqu'à l'extinction de la maison de Hohenstauffen.

Frédéric I" survécut sept ans à la paix de Constance. Durant cette période, il visita l'Italie avec son fils Henri VI; il séjourna quelque temps à Milan , où il fut accueilli avec respect , et il témoigna aux habitans de cette ville une confiance et une bienveillance qui lui gagnèrent tous les cœurs. Au lieu de chercher à intimider la Lombardie, ou à intriguer pour y regagner son ancien pouvoir, il n'était occupé que du mariage de son fils Henri YI, qu'il avait fait couronner comme roi de Germanie , avec Constance , dernière héritière des rois normands , qui avaient conquis les Deux-Siciles. L'union de cette couronne avec celles de Germanie et de Lombardie aurait réduit le pape à n'être plus que le premier évêque de ses Etats ; elle aurait

désarmé les deux puissances auxiliaires qui chap. m. avaient secondé contre l'empereur la ligue loni- " '"^°* barde. Mais autant elle flattait l'ambition de Frédéric , autant elle alarmait l'Eglise ; et le travail pour empêcher cette union ou pour la dissoudre suscita toutes les guerres de la période que comprend ce chapitre. Frédéric Barberousse n'en vit pas le commencement. Lorsque la nouvelle de la prise de Jérusalem par Saladin , le 2 octobre 1187, consterna l'Europe, Frédéric n'écouta que son enthousiasme religieux et chevaleresque j il se mit à la tête de la troisième croisade , qu'il conduisit par terre dans l'Orient , et il mourut, le 10 juin 1190, frappé d'apoplexie par la froideur des eaux du petit fleuve Salef , qu'il passait à gué, dans l'Asie-Mineure.

Henri VI portait depuis cinq ans les deux 1190-1197. couronnes de Germanie et d'Italie , lorsqu'il apprit en Allemagne , où il était avec sa femme, la mort de Guillaume II , roi des Deux-Siciles , auquel celle - ci devait succéder , et peu de mois après celle de son père Frédéric. Il s'achemina vers l'Italie méridionale ; mais un bâtard de la race des rois normands, Tancrède, fut opposé par les Siciliens à Henri VI , et défendit quelque temps avec succès contre lui l'indépendance de ces provinces. Il mourut en iig4 , et Henri VI , qui était rentré en conquérant dans ce royaume, où il se fit détester par sa

CHAP. m. cruauté , y mourut de son côté subitement le II83-II97, 28 septembre 1197. Il ne laissait de son mariage avec Constance qu'un fils à peine âgé de quatre ans , Frédéric II , qui perdit sa mère l'année d'après, et qui, par la protection du pape , fut reconnu , tout enfant qu'il était , pour roi des Deux- Siciles ; mais pendant plusieurs années encore il fut écarté du trône impérial et de celui de Lombardie.

Depuis la paix de Constance jusqu'à la mort de Henri VI , les cités libres de l'Italie n'eurent , pendant quinze ans , aucune lutte à soutenir contre les empereurs; mais, durant le même espace de temps , leui' repos et leur liberté furent constamment compromis par les prétentions de la noblesse. La grandeur croissante des cités , et la décadence du pouvoir impérial , avaient laissé la noblesse d'Italie dans Une situation ambigite ; elle n'avait en quelque sorte plus de patrie , et elle ne devait plus chercher sa protection qu'en elle-même ; car les empereurs, en abandonnant leur pouvoir sur les villes, n'avaient pas songé à donner une organisation aux gentilshommes dispersés dans les châteaux. Toutes les familles des ducs italiens et presque toutes celles des marquis et des comtes étaient éteintes; celles qui restaient avaient perdu toute juridiction sur leurs inférieurs : aucune dépendance féodale n'était respectée , aucun vassal ne

se rendait plus à la cour baroniale pour former chap. m. le tribunal de son seigneur. Les frontières du "^^-"97royaume lombard étaient nommées des marches, d'après un mot allemand adopté dans la plupart des langues d'Europe , et les ducs de ces frontières étaient nommés des marquis ; mais la famille des puissans marquis de Toscane était éteinte, aussi-bien que les familles des marquis d'Ancône, de Fermo, de Camerino, et celles des marquis d'Ivrée ou de ceux des marches véronaise et trévisane. Il restait cependant sur ces mêmes frontières quelques familles qui portaient le même titre , et qui avaient recueilli quelques débris de ces anciens et puissans marquisats 5 tels étaient les marquis d'Esté, dans la marche véronaise , les marquis de Montferrat , et les marquis Palavicino et Malaspina dans la marche d'Ivrée ; mais ils n'étaient point reconnus comme les supérieurs ou les seigneurs des comtes et des barons. Aussi n'y avait -il plus d'organisation que celle qu'établissait l'esprit departi. La noblesse n'était pas unie par l'enchaînement hiérarchique du système féodal , mais par les affections ou les haines des Guelfes et des Gibelins. En général, les familles les plus puissantes dans la noblesse , celles dont les châteaux étaient assez forts, les terres assez étendues , les vassaux assez nombreux pour qu'elles pussent se défendre par elles-mêmes, n'avaient

CHAP. m. écouté que des ambitions de cour, et s'étaient 1183-1197. attachées au parti gibelin. Les familles, au contraire , qui ne possédaient que des châteaux de peu de résistance, sur des collines peu escarpées ou dans les plaines j celles qui se trouvaient rapprochées des grandes villes, et trop faibles pour entrer en lutte avec elles, avaient demandé le droit de cité dans ces villes. Elles les avaient servies dans la guerre de la ligue lombarde; elles avaient eu , dès cette époque , la part principale à leur gouvernement , et elles s'étaient trouvées par-là engagées dans le parti guelfe. Dans toutes les plaines de Lombardie, on ne trouvait plus de nobles indépendans, plus de nobles qui ne fussent pas devenus citoyens do quelque république ; mais chaque chaîne de montagnes était hérissée de châteaux où se maintenait indépendante une noblesse qui aimait mieux obéir à l'empereur qu'à des bourgeois. Cependant ces mêmes châtelains , tantôt attirés par la richesse et les plaisirs des villes, tantôt désireux d'influer sur les déterminations des ^ répubhques puissantes , et de les rattacher à l'empereur, demandèrent le droit de cité quand ils espérèrent qu'il leur ouvrirait l'accès au gouvernement; et comme la guerre était leur seul métier, ils étaient souvent accueillis avec faveur par des républiques qui avaient besoin de capitaines. Ainsi , la famille gibeline des Vis-

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conti , dont les fiefs s'étendaient entre les Alpes chap. m. et le lac Majeur, s'associa plus tard à la repu- " *"^'° blique de Milan. La maison d'Esté, alliée aux Guelfes de Saxe et de Bavière et dévouée aux papes, possédait une partie des châteaux bâtis sur la riante chaîne des monts Euganéens ; elle s'associa à la république de Ferrare. La chaîne parallèle qui sert de base aux Alpes tyroliennes était couronnée par les châteaux de Ezzel ou Eccelino de Romano, dont la famille enrichie par les empereurs, et toute dévouée au parti gibelin , s'attacha aux républiques de Vérone et de Vicence. De même dans les Apennins , sur le versant septentrional , étaient les châteaux-forts des nobles gibelins qui excitèrent des révolutions dans les républiques de Plaisance , de Parme , de Reggio et de Modène ; sur le versant méridional , les châteaux d'autres Gibelins qui furent tour à tour citoyens ou ennemis des républiques d'Arezzo , de Florence, de Pistoia , de Lucques; plus bas, dans les vallées des affluens du Pô, ou dans le val d'Arno supérieur, étaient les châteaux des Guelfes qui s'étaient fait citoyens des mêmes républiques.

Plus le lien social s'affaiblissait dans le royaume de Lombardie , et plus les nobles montraient d'empressement à s'associer ainsi aux cités. Leurs richesses et leur éducation militaire les faisaient bientôt après porter aux magistratures

CHAP. III. de leurs nouvelles patries par les suffrages de ï '83-1 197. jg^jj^g concitoyens. Mais s'ils y déployaient plus de talent pour la guerre ou pour la politique , ils y montraient bien moins que les bourgeois de subordination ou de soumission aux lois : leurs haines étaient plus violentes, et ils se faisaient gloire de les conserver comme un héritage de famille. Accoutumés à décider tout dans leurs châteaux avec l'épée , ils portaient cette même habitude dans les cités. Ils n'avaient point voulu renoncer à la sauvage indépendance de leurs anciens forts en venant habiter les villes : leurs maisons étaient devenues des forteresses ; d'épaisses murailles , des fenêtres étroites et hautes, une porte massive de chêne , toute garnie de barres de fer, leur permettaient d'y repousser plus d'un assaut : si la première enceinte était forcée , une haute tour carrée leur servait encore de refuge. De ces palais de la noblesse, on voyait souvent sortir des bandes forcenées pour piller ou poignarder des citoyens traités en ennemis. Des chaînes étaient préparées pour tendre au travers des rues , et former en un instant des barricades , derrière lesquelles on voyait se ranger plusieurs centaines de combattans ; le bourgeois paisible , indifférent à ces querelles , ne savait jamais si la paix qu'il voyait régner ne serait pas changée en peu d'heures en une guerre universelle. Le pouvoir des con-

suis parut insuffisant pour réprimer ces passions chap. m. ardentes : toutes les villes se crurent obligées "^^"97d'adopter l'institution des podestats , qu'elles avaient reçue de Frédéric Barberousse. Leur usage était donc de faire choisir chaque année, par leur conseil de credenza, un chevalier étranger, homme de guerre, qu'elles appelaient d'une des cités leurs confédérées ; ce chevalier, qu'on nommait podestat , se faisait accompagner par deux ou trois docteurs en loi civile et criminelle, qui dépendaient de lui, et qui agissaient sous lui comme juges. Le podestat recevait en même temps le commandement des milices et le pouvoir du glaive, ou celui de prononcer et de faire exécuter tous les jugemens criminels. A la fin de l'année il devait rendre compte pardevant des commissaires du peuple qu'on nommait syndicateurs , de la manière dont il avait exercé ses fonctions , et il demeurait, pendant un certain nombre de jours , justiciable de ces commissaires. Les villes avaient cru que ce juge étranger resterait impartial au milieu de leurs factions \ mais le podestat échappait rarement lui-même aux haines profondes entre les Guelfes et les Gibelins ; d'ailleurs il lui fallait une main de fer pour maintenir l'ordre entre des nobles turbulens et haineux; aussi son pouvoir était presque sans bornes , et les républiques aimaient mieux encore se résigner à son

CHAP. ui. autorité tyrannique qu'à l'anarchie. Cependant, "83-1197. g^ Ijj violence des factions, et la sévérité de la justice qui en était la conséquence , avaient inspiré aux bourgeois une haine universelle contre les nobles. C'étaient eux seuls qu'ils accusaient d'avoir introduit tant de troubles dans leurs murs ; et , avant la fin du douzième siècle, on vit tour à tour toutes les cités lombardes se soulever contre la noblesse , l'exclure de toutes les fonctions publiques , la chasser même de la ville : Brescia , Padoue et Modène furent des premières à donner cet exemple ; puis , au bout de peu de mois , les affections privées l'emportaient sur les ressentimens publics , et les nobles étaient rappelés.

H97-1216. La mort de Henri VI fut suivie de guerres générales dans tout l'empire ; elles donnèrent un nouveau degré d'activité aux passions de la noblesse italienne , et un nouvel acharnement aux deux partis. Les deux factions avaient, en Allemagne , porté simultanément à l'empire les deux chefs des maisons gibeline et guelfe. Philippe I" , duc de Souabe , frère de Henri VI , avait été nommé roi des Romains par les Gibelins , et Othon IV, fils de Henri-le-Lion , duc de Bavière et de Saxe, avait été nommé par les Guelfes. Leurs combats se prolongèrent en Allemagne jusqu'au 22 juin 1208, que Philippe fut assassiné par un ennemi privé. Les

Allemands , fatigués de onze années de guerres chap. m. civiles , se réunirent alors sous le sceptre de son "a?"^^^^. rival Othon IV, qu'ils couronnèrent de nouveau. Celui-ci passa l'année suivante en Italie, pour recevoir aussi des mains du pape la couronne d'or de l'Empire. Mais, quoique Othon IV fût l'héritier légitime des Guelfes de Bavière , si long-temps chefs de l'opposition aux prérogatives impériales, une fois qu'il porta lui-même la couronne il voulut se mettre en possession de ces prérogatives ; alors chacun de ses droits luifut contesté , chacune de ses actions fut contrôlée par le pape ; bientôt il y eut entre eux inimitié déclarée, et le pontife, plutôt que de consentir à aucun accommodement , ou de rien rabattre de son orgueil , suscita contre l'empereur guelfe, l'héritier de la maison gibeline, le jeune Frédéric II , petit-fils de Frédéric I", à peine âgé de dix-huit ans, et qui jusqu'alors avait , sous sa tutèle , régné seulement sur les Deux-Siciles. Frédéric II , excité et secondé par le pape, traversa hardiment, en 1212, la Lombardie , et se rendit à Aix-la-Chapelle , où les Gibelins allemands l'attendaient, et le couronnèrent comme roi de Germanie et des Romains. Othon IV était, de son côté , retourné en , Allemagne ; ii était reconnu par la Saxe , et la guerre civile entre les deux chefs de l'Empire continua jusqu'au 19 mai 1218 qu'Othon IV I. ■ 7

CHAP. III. mourut , sans que l'un ou l'autre essayât de dé- I '97- '21 6. pQyiiigj, sQj^ rival de ses possessions héréditaires. Ce fut cette guerre civile qui fit abandonner les noms de parti de l'Empire ou de l'Eglise , pour y substituer exclusivement ceux de Gibelin ou de Guelfe. En effet , chaque famille noble et chaque cité parut consulter uniquement ses affections héréditaires pour se ranger sous l'un ou ■ sous l'autre étendard , et non ses principes poUtiques. Les Guelfes se mirent en opposition avec le pape pour repousser son candidat gibelin , et Milan , Plaisance , Brescia , bravèrent même pour le combattre les excommunications ; tandis qu'au contraire les Gibelins de Pavie , de Crémone et de la Marche s'armèrent avec zèle contre un empereur qui était issu d'un sang guelfe.

Pendant toute cette période , tandis que la minorité de Frédéric II laissait aux cités d'Italie tant de temps pour affermir leur indépendance et se constituer en vraies républiques, le personnage le plus influent, le plus proéminent dans l'histoire, fut le pape Innocent III, qui régna de 1197 à 1216. Il était noble Romain, comte de Signa, et âgé seulement de Sy ans, lorsqu'il s'assit sur la chaire de saint Pierre. Il y avait été porté par sa réputation de sainteté et de savoirdigne successeur de Grégoire VU , il releva comme lui la monarchie des papes , mais il parut

y travailler avec un fanatisme plus religieux et <^hap. m. un orgueil moins humain j tous ses efforts ten- "s^-iai • dirent bien plus à affermir le pouvoir de l'Eglise et celui de la religion que le sien propre. De même qu'Alexandre III , il ne refusa point de s'allier au mouvement de liberté des peuples , pourvu que cette liberté s'arrêtât avec crainte devant l'autorité de l'Eglise , et ne se permît aucun examen de la croyance. Il fonda les deux ordres mendians des Franciscains et des Dominicains , champions nouveaux de l'Eglise , qui furent chargés de contenir l'activité des esprits , de combattre les lumières croissantes , et d'extirper les hérésies. Il confia aux Dominicains les pouvoirs terribles de l'inquisition, qu'il institua j il les chargea de découvrir et de poursuivre jusqu'à leur supplice, les réformateurs nouveaux qui , sous le nom de Patérins , se multipliaient en Italie. Il souleva les fanatiques de France, pour exterminer dans l'Albigeois les mêmes réformateurs , et détruire non seulement les hérétiques, mais tout ce qui, dans la population du Languedoc, avait quelque richesse ou quelque indépendance : il adressa aux rois de l'Europe ses remontrances ou ses ordres , avec une hauteur digne de Grégoire YII , mais en fixant son attention sur la discipline et le maintien des mœurs , bien plus que sur l'accroissement de son autorité temporelle. Enfin il remporta sur l'église

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CHAP. m, d'Orient un triomphe qu'il n'^avait pas cherché, 1197-121(3. jj,j^jy dont il sut profiter, en soumettant à son autorité, et rattachant à l'église latine, le patriarche de Constantinople , jusqu'alors son rival et son antagoniste.

En effet, au commencement de son pontificat (1198) une croisade avait été préchée en France par Foulques de Neuilly. Les croisés , résolus de se rendre par mer à la Terre-Sainte, empruntèrent les vaisseaux de la république de Venise , et se trouvant trop pauvres ensuite pour payer le fret dont ils étaient convenus, ils offrirent leurs services militaires au lieu d'argent 3 après avoir soumis Zara, qui s'était révolté contre la république , ils se laissèrent entraîner devant Constantinople ; de concert avec le vieux André Dandolo, doge de Venise, ils prirent d'assaut , le 1 2 avril 1 204 , la capitale del' empire grec; ils nommèrent un Français, Baudoin comte de Flandre, pour être empereur de Constantinople, et sous lui un patriarche latin; ils nommèrent un Italien , le marquis de Montferrat , pour être roi de Thessalonique; enfin, après avoir cédé un quart de l'empire à Baudoin , ils partagèrent le reste avec les Vénitiens. Le doge joignit dès lors à ses titres de duc de Venise et de Dalmatie, celui de seigneur d'un quart et dejni de l'empire romain ; toutefois les conquêtes de la république se bornèrent réellement à l'île de Candie , à quel-

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ques autres îles, à l'Achaïe et à la Morée. Ces chap. m. possessions d'outre-mer détournèrent pour long- "97-1216. temps la république de Venise de touEe participation aux affaires d'Italie.

Pendant qu'Innocent III faisait redouter son pouvoir aux parties les plus éloignées de la chrétienté, il laissait sous ses yeux se constituer à Rome une république, dont il respectait la liberté , et sur laquelle il ne s'arrogeait aucune souveraineté. Les treize quartiers de Rome nommaient chacun annuellement quatre représentans ou caporioni ; leur réunion formait le sénat de la république, qui, avec le concours du peuple, exerçait la souveraineté. Cependant le pouvoir judiciaire lui avait été refusé j ce pouvoir appartenait dans Rome, comme dans les autres t-épubliques italiennes, à un chef étranger, militaire, choisi pour une année , assisté déjuges civils dépendans de lui : seulement ce magistrat portait le nom de sénateur, au lieu de celui de podestat. L'histoire nous a conservé le serment qu'on fît prêter au premier de ces sénateurs, nommé en 1207. Il s'engageait à garantir au pape sa sûreté , sa liberté , ainsi qu'à ses frères les cardinaux ; mais il ne lui promettait aucune obéissance.

Au commencement du pontificat d'Innocent III , des généraux allemands auxquels Henri VI avait donné les titres de duc de Spolète et de marquis d'Ancône, tenaient dans la

CHAP. m. crainte et la dépendance ces provinces plus voi- 1J97-1216. gijjgg ^ç, Rome. Innocent III y envoya deux légats pour y ranimer l'esprit de- liberté ; par leur entremise les villes de ces deux provinces, bâties pour la plupart dans les montagnes , et qui n'avaient pu parvenir à beaucoup d'opulence ou de population, secouèrent le joug allemand, et s'allièrent au petit nombre de celles qui, dès la période précédente, étaient entrées dans la ligue lombarde. Deux ligues guelfes furent formées sous la protection du pape : l'une, dans la marche, comprit les cités d'Ancône, Fermo, Osimo, Camerino , Fano , Jési , Sinigallia et Pesaro j l'autre , dans le duché , comprit celles de Spoleto, Rieti, Assise, Foligno, Nocera, Perugia, Agobbio, Todi , et Città di Castello. Ces ligues, quoiqu' animées d'un esprit tout républicain, en accoutumant les villes de ces deux provinces à regarder le pape comme leur protecteur , les amenèrent plus tard à se ranger sans résistance sous la souveraineté de l'Eglise.

D'autres légats du pape Innocent III s'étaient rendus en même temps en Toscane , et ils avaient convoqué à San Ginasio , au pied de la montagne de San Miniato , la diète des villes de cette contrée. Ces diètes provinciales s'assemblaient fréquemment; jusqu'alors, elles avaient été présidées par l'officier de l'empereur, en mémoire duquel le château où il résidait se nomme encore

San Miniato al Tedesco. Elles réglaient les dif- chap. m. férends qui survenaient entre les cités, elles "y-'^*^avaient réussi à épargner à laToscane des guerres civiles entre les Guelfes et les Gibelins. La ville de Pise, qui avait été comblée de faveurs par les souverains de la maison de Holienstauffen, et qui avait obtenu d'eux que sa domination fût étendue sur soixante-quatre châteaux ou bourgades fortifiées du littoral de Toscane , et sur les îles de Corse, d'Elbe, de Capraja et de Pianosa, déclara qu'elle demeurerait fidèle au parti gibelin , et ses consuls se retirèrent de la diète convoquée à San Ginasioj mais ceux des cités de Florence, de Sienne, d'Arezzo, de Pistoia, de Lucques , acceptèrent la protection des deux légats du pape, et se promirent une assistance mutuelle pour la défense de leur liberté. Dans ces villes, de nombreuses familles nobles, les unes guelfes, les autres gibelines, avaient demandé les droits de cité; les magistrats avaient réussi jusqu'alors à les maintenir en paix, et l'un des objets de la ligue était de conserver cette paix. Mais en i2i5, un gentilhomme guelfe, du val d'Arno supérieur, un Buondelmonte, qui s'était fait recevoir citoyen de Florence, demanda en mariage une jeune fille de la maison gibeline des Amidei, qui lui fut promise. Conmie la noce se préparait, une noble dame de la maison Donati fit entrer Buondelmonte, qui passait devant sa

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cHAP. m. porte, dans la salle des femmes, et arrachant le Î197-1216. ^Q-jg ^Q g^ giie^ qui était d'une rare beauté : ccYoilà, lui dit- elle, Tépouse que je t'avais (c réservée ; elle est guelfe comme toi , tandis que (( tu vas chercher une compagne dans la maison « des ennemis de ton église et de ta race, jj Buondelmonte, ébloui, enflammé d'amour, accepta à l'instant la main qui lui était offerte. Mais les Amidei regardèrent son inconstance comme un sanglant affront : toutes les familles nobles et gibelines de Florence, au nombre de vingt-quatre ^ convinrent qu'il devait le payer de sa vie. Buondelmonte fut attaqué le matin de Pâques, comme il venait de traverser à cheval le pont Vieux , et tué au pied de la statue de Mars , qui y était encore debout. Quarante-deux familles guelfes se réunirent, et jurèrent de le venger. En effet, le sang paya le sang , et chaque jour de nouveaux meurtres et de nouvelles batailles alarmèrent . Florence. Pendant trente-trois ans les partis demeurèrent en présence dans l'enceinte de la même ville, et quoique souvent réconciliés , à chaque incident nouveau ils couraient aux armes pour venger leurs vieilles injures.

1216-1233. La mort d'Innocent III, et, deux ans après y celle d'Othon IV, rompirent l'alliance peu naturelle d'un pape avec l'héritier de la famille gibeline. Les Milanais, frappés d'interdit en 1216 par Innocent III , pour avoir coiiibattu Fré-

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déric II , n'en persistèrent pas moins à faire la chap. m. guerre à ses partisans , assurés que le nouveau pape Honorius III ne tarderait pas à leur en savoir gré. Ils refusèrent de laisser Frédéric prendre la couronne de fer du royaume des Lombards, qu'ils conservaient à Monza, et ils contractèrent une alliance avec le comte Thomas de Savoie , et les villes de Crème , Plaisance , Lodi , Verceil , Novarre , Tortone , Como et Alexandrie , pour chasser les Gibelins de Lombardie : cependant ils furent défaits par ceux-ci, le 6 juin 1218, devant Ghibello, dans une grande bataille livrée aux milices de Crémone, Parme , Reggio et Modène. Ce revers calma pour quelque temps leur ardeur belliqueuse ; dans chaque ville les bourgeois accusèrent les nobles de les avoir entraînés à la guerre , pour des haines de famille et des intérêts étrangers à la cité : à Milan, à Plaisance , à Crémone , à Modène, il y eut des combats entre la noblesse et le peuple : des lois furent proposées pour partager entre eux , dans des proportions diverses, les magistratures publiques; et les Milanais finirent, en 1221, par chasser tous les nobles de leur ville.

Le jeune Frédéric , rentré en Italie, après avoir eu quelques différends avec Honorius III , reçut de lui , le 22 novembre 1220, la couronne de l'Empire; il s'occupa cnsuife à rétablir l'ordre

ciiAp. m. dans son royaume des Deux-Siciles , où , pendant sa minorité , les papes avaient encouragé une insubordination universelle. Né dans la marche d'Ancône, à Jési, en décembre 1194? il était Italien, de langage, comme d'affections et de caractère. La langue italienne, parlée à sa cour, s'éleva, pour la première fois, au-dessus des patois en usage dans tout le reste de l'Italie, où l'on ne les regardait que comme une corruption du latin. Il s'exprimait avec élégance dans cette langue , qui , de son temps , fut désignée par le nom de lingua cortigiana / il encouragea les premiers poètes qui l'employèrent à sa cour, et il fit des vers lui-même. Il aimait les lettres , il favorisait les études , il fondait des collèges et des universités , et il avançait les hommes distingués ; il parlait avec une égale facilité le latin, l'italien, l'allemand, le français, le grec et l'arabe. Il avait dans l'esprit la souplesse et la finesse des hommes du midi , un grand don de plaire, du goût pour la philosophie, avec beaucoup d'indépendance d'opinions, et un penchant pour l'incrédulité • d'où vient qu'il est accusé d'avoir écrit contre les trois révélations , de Moïse , de Jésus-Christ et de Mahomet, un livre intitulé : De tribus impostoribus , livre que personne n'a vu, et qui peutêtre n'a jamais existé. Son manque de foi dans le caractère sacré de l'Eslise romaine et dans la

sainteté des papes est moins problématique ; il chap, m, se défiait d'eux, et il mettait toute son adresse ^^^6^^^^' à se défendre contre leurs entreprises. Honorius III , qui voulait l'engager à recouvrer, des mains des Sarrasins , la Terre -Sainte , lui fit épouser, en 1228, Yolande de Lusignan, héritière du royaume de Jérusalem. Après quoi, lui et son successeur, Grégoire IX , le pressèrent de passer en Palestine. Une maladie l'arrêta , en 1227, comme il allait partir, et le pape le frappa d'excommunication pour le punir de ce retard ; il le poursuivit de ses anathèmes lorsque Frédéric se rendit , l'année suivante , à la Terre- Sainte , et il témoigna ensuite son indignation de ce qu'en 1229 ce prince avait recouvré, par un traité, Jérusalem des mains du soudan d'Egypte, au lieu d'exterminer, par le glaive, les infidèles, et de prolonger plusieurs années son séjour en Orient.

Pendant ce temps, le parti guelfe s'était relevé en Lombardie. Les républiques de Milan , Bologne, Plaisance, Vérone, Brescia, Faenza, Mantoue , Verceil , Lodi , Bergame , Turin , Alexandrie, Viccnce , Padoue et Trévise, rassemblèrent leuus consuls, dans une diète, à San Zenone, dans le Mantouan , le 2 mars 12265 elles renouvelèrent, pour vingt- cinq ans, l'ancienne ligue lombarde , et elles s'engagèrent à défendre, de concert, leur liberté et l'indépcn-

CHAP. m. dance de la cour de Rome. Elles envoyèrent , trois ans plus tard, des secours à Grégoire IX , lorsque celui-ci fut attaqué par Frédéric II , de retour de la Terre-Sainte, et elles furent comprises, en 3 23o , dans le traité de paix entre le pape et l'empereur.

Cependant le pape, qui s'était défendu avec les armes des Lombards , leur fit payer cher la faveur qu'il leur montrait en les nommant à l'empereur comme ses alliés ; il ne consentit à protéger leur liberté civile qu'autant qu'ils lui sacrifieraient leur liberté de conscience. Le même esprit de réformation qui avait animé les Albigeois, s'était répandu dans toute l'Europe. Un grand nombre de fidèles , rebutés des vices et de la corruption du clergé , ou révoltés de la violence que l'Eglise faisait à leur raison, se vouaient à la vie contemplative , renonçaient aux plaisirs et à l'ambition , et cherchaient une nouvelle voie vers le salut, par l'alliance de la foi avec la raison. Ils se faisaient nommer cathariy ou purifiés ; paterini, ou résignés à souffrir. Jusqu'alors les villes libres n'avaient point permis , aux tribunaux d'inquisition institués par Innocent III , de les poursuivre jusque dans leurs murs. Mais Grégoire IX déclara qu'il ne pouvait reconnaître des alliés du saint -siège dans des républicains si indulgens pour les ennemis de la foi : en même temps, il leur envoya

i2iO-!233.

les moines doininicains les plus éloquens , pour chap. su. fanatiser les esprits. Léon de Pérego , qu'il fit ensuite archevêque de Milan , n'eut que trop de succès dans cette ville , où il réussit à faire brûler un grand nombre de paterins : Saint Pierre Martyr, et frère Roland, de Crémone, obtinrent les mêmes triomphes dans les autres villes de Lombardie : frère Jean , de Yicence , eut pour provinces les villes de la Marche, où les hérétiques étaient en plus grand nombre encore qu'en Lombardie , et comptaient dans leurs rangs quelques uns des plus grands seigneurs de la contrée, entre autres Eccelino II, de Romano. Frère Jean s'annonça comme venant prêcher, non la persécution, mais la paix. Après s'être fait entendre successivement dans chaque ville, il réussit, le 28 août i233, à rassembler, dans la plaine de Paquara, la population presque entière de sept villes de la Marche, et il les exhorta d'une manière si entraînante à la paix , qu'elles déposèrent tous leurs ressentimens , les ennemis s'embrassèrent et se pardonnèrent; et tous, avec des larmes de joie et d'attendrissemenL , célébrèrent l'homme de Dieu qui était animé d'une charité si vive. Celui-ci cependant avait fait arrêter soixante caihari, dans la seule ville de Vérone ; et les ayant condanmés lui-même , il les fit brûler en sa présence , sur la place publique , pour terminer

CHAP. III. cette fête de réconciliation. Il se fit ensuite don- 1216-1233. j^gj. ^Q pleins pouvoirs par les villes de Vicence

et de Padoue , pour y agir de même.

1234-1250. Ce fat peu de temps après la paix de Paquara que Frédéric II , croyant avoir suffisamment établi son pouvoir dans l'Italie méridionale, songea à ramener la Lombardie sous son obéissance. Il ne j)r étendait point lui disputer les droits garantis par son aïeul dans le traité de Constance ; mais il voulait que les cités restassent ce qu'elles devaient être, d'après ce traité, des membres de l'Empire, non des ennemies de l'empereur. Il s'était donné une milice sur laquelle il n'avait plus à craindre l'influence des moines et du pape : il avait transporté , des montagnes de Sicile, dans la ville de Luceria de la Capitanate, et dans celle de Nocera du Principato , deux fortes colonies de Sarrasins, qui pouvaient lui fournir jusqu'à trente mille soldats musulmans, étrangers, par leur croyance et par leur langue, à toutes les intrigues de Rome. Il avait, dans la marche véronaise, un homme doué de grands talens militaires , ambitieux , intrépide , et qui lui était absolument dévoué , Ecc^elino III de Romano, déjà puissant parles grands fiefs que celuici possédait dans les montagnes , et par le nombre de ses soldats ; mais Frédéric cherchait à le rendre plus puissant encore , en le mettant , dans toutes les villes, à la tête du parti gibelin. Eccelino, né

EN ITALIE. ill

le 4 avril 1194? était précisément du même âge que Frédéric II. Le pape l'avait fait sommer d'arrêter son propre père , qu'il voulait livrer, comme patérin, au tribunal de l'inquisition. Mais Eccelino , quoiqu'il ne connût ni la vertu , ni la pitié , ni les remords , n'était pourtant pas assez dépravé pour coumiettre un tel crime.

Comme Frédéric était sur le point d'attaquer au midi les Guelfes de Lombardie avec ses Sarrasins, en même temps qu'Eccelino les attaquerait au levant , il apprit que Henri son fils, qu'il avait, dès l'année 1220, fait nommer, malgré son extrême jeunesse, roi de Germanie, s'était laissé séduire par les Guelfes et les agens du pape, pour prendre parti contre lui. Les Milanais lui avaient envoyé, en 1234, des députés, pour lui ofïrir la couronne de fer qu'ils avaient refusée à Frédéric II. Celui-ci courut en Allemagne : il força son fils à venir à Worms se jeter à ses pieds et lui demander grâce j il lui ôta la couronne , et le relégua dans la Fouille , où Henri mourut peu d'années après. Il lui fallut consacrer deux années à mettre ordre à ses affaires d'Allemagne ; il revint ensuite en Italie par les vallées de Trente, et il arriva, le i6 août 1236, à Yérone , avec trois mille chevaux allemands. Un sénat de quatre - vingts niembi-es, gentilshommes et gibelins, gouvernait alors cette république. Frédéric, par son adresse

CIIAP. Ilf.

CHAP. ni. à manier les esprits, parvint à leur faire nommer i.*34-i25o. £ccelino capitaine du peuple. C'était lui déférer en même temps le commandement des milices et le pouvoir judiciaire ; et dans l'état d'excitation où se trouvaient les partis, bien plus occupés du triomphe de leur faction que de leur liberté , c'était lui donner presque le pouvoir souverain. Frédéric , obligé de retourner en Allemagne , laissa, sous les ordres d'Eccelino, un corps de soldats allemands et un autre de Sarrasins , avec lesquels cet habile capitaine se rendit maître , la même année , de Vicence , qu'il pilla barbarement , et , l'année suivante , de Padoue. Cette dernière ville était la plus puissante des cités de la province, celle où la forme du gouvernement était le plus démocratique , et où les Guelfes avaient toujours exercé le plus d'influence. Aussi Eccelino, pour assurer l'obéissance de cette ville, jugea-t-il nécessaire de demander des otages aux familles riches et influentes, de faire observer les mécontens par ses espions, de les punir par des supplices, et de redoubler sans cesse de sévérité , à mesure qu'il excitait plus de haine.

La même année ia37, Frédéric II , de retour, s'approcha de Mantoue ; et , inspirant ainsi du courage au parti gibelin , il le fit triompher des Guelfes, qui jusqu'alors avaient dominé dans cette ville j il y fut rejoint par dix mille Sarrasins qu'il avait appelés de la Fouille , et il

EN ITALIE. Il3

s'avança ensuite dans le Crémonais pour y com- chap. m. battre l'armée des confédérés guelfes , que les "^'" consuls de Milan commandaient. Ceux-ci ne connaissaient d'autre art à la guerre que la bravoure qu'ils déployaient dans le combat. Frédéric était un capitaine plus habile : tantôt menaçant l'État de Brescia, tantôt rentrant dans celui de Crémone, il attira les Milanais au-delà de l'Oglio, et il réussit enfin, lorsqu'ils croyaient la campagne finie, à se placer à Cortenuova, près de Crème, entre eux et leur patrie. Les Guelfes, quoique coupés, acceptèrent avec courage la bataille le 27 novembre 1287, et disputèrent long-temps la victoire ; leur défaite n'en fut que plus sanglante : elle leur coûta la perte de leur carroccio , et dix mille hommes tués ou prisonniers. Les fuyards, pendant la nuit, suivirent le cours de l'Oglio pour rentrer dans les montagnes du Bergamasquej ils seraient néanmoins tous tombés entre les mains des Gibelins , si Pagan délia Torre, seigneur de Valsassina et gentilhomme guelfe , n'était accouru au-devant d'eux, ne leur avait ouvert des défilés que commandaient ses forteresses , et ne les avait ainsi ramenés en sûreté à Milan. Les citoyens de cette ville n'oublièrent jamais un service aussi important , et ils contractèrent avec la maison délia Torre une alliance qui fut, plus tard , dangereuse pour leur liberté.

ciiAP. m.

Il4 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

La défaite des Guelfes à Cortenuova effraya les villes lombardes; la plupart se détachèrent des Milanais; et Frédéric, entrant l'année suivante en Piémont, fit prévaloir le parti gibelin dans les cités de Turin, Asti, Novarre, Alexandrie, et dans plusieurs autres. La constitution n'était pas changée, lorsque la prépondérance dans les conseils passait d'une faction à l'autre ; toutefois, c'était surtout parmi la noblesse que l'empereur comptait ses partisans , tandis que le peuple était dévoué à l'Eglise ; aussi le triomphe de l'aristocratie accompagnait le plus souvent celui du parti gibelin. Quatre cités , Milan , Brescia , Plaisance et Bologne , se trouvèrent à la fin de l'année seules opposées à la puissance impériale ; et Frédéric vint mettre le siège devant Brescia, pour forcer également ces quatre villes à lui céder. Mais les Bressans ne craignirent point de faire tète à l'orage; ils soutinrent pendant soixante-huit jours toutes les attaques de l'empereur; ils rendirent vains tous ses efforts , et ils le forcèrent enfin à lever le siège avec une armée affaiblie et découragée.

Pendant ce temps, Grégoire IX redoublait d'efforts pour sauver le parti guelfe de sa ruine ; il voyait avec effroi un empereur maître des Deux-Siciles et de l'Allemagne , sur le point de dompter toute résistance dans la haute Italie; il sentait qu'avec ses soldats musulmans, qui

traversaient à toute heure l'Etat de Rome , ce '^^*^* "'• monarque échappait à l'influence de l'Eglise , et qu'il ne montrerait bientôt plus d'égards pour une religion qu'il était accusé de ne pas croire. Grégoire s'adressa aux deux républiques maritimes de Venise et de Gènes, qui le plus souvent, tout occupées de leur commerce et de leurs conquêtes dans le Levant , prenaient peu de part à la politique de l'Italie; il leur représenta que la liberté des mers leur serait bientôt enlevée , si elles ne faisaient pas quelques efforts pour sauver en Lornbardie les champions de l'Egh'se et de la liberté , et il obtint en effet qu'elles contracteraient une alliance avec les quatre cités qui avaient survécu seules à la ligue lombarde. Enfin, il fulmina, au commencement de l'année 1289, contre Frédéric II, une 1239. nouvelle sentence d'excommunication; celle-ci produisit plus d'effet que Grégoire n'avait osé l'espérer. Un assez grand nombre de gentilshommes guelfes d'origine s'étaient laissés rattacher^, par les faveurs de la cour, au parti impérial ; ils s'aperçurent que, depuis l'anathème du pape , ils étaient devenus plus suspects à l'empereur. Le marquis d'Esté et le comte de Saint- Boniface furent même avertis que leur tête était menacée ; ils s'échappèrent du camp impérial : tous les autres gentilshommes guelfes suivirent leur exemple , et les villes guelfes y

Il6 HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

ïAP. 111. gagnèrent des chefs habitués aux armes et faiiii-

^"^' Harisés avec la haute poHtique.

Grégoire IX crut alors qu'il donnerait plus de poids encore aux anathèmes dont il frappait l'empereur, s'il les faisait sanctionner par un concile; il convoqua à Rome tous les prélats de la chrétienté pour l'année 1241. Frédéric, qui dès l'automne de 1289 était venu s'établir à Pise, s'y occupa d'empêcher le concile qu'il redoutait. Tandis que les deux autres républiques maritimes s'étaient déclarées pour les Guelfes, Pise était toute gibeline ; le peuple était enthousiaste de l'empereur , et parmi les nobles il n'y avait qu'un petit nombre de gentilshommes, propriétaires de fiefs en Sardaigne, et dirigés par les Visconti de Gallura, qui se fussent rattachés aux Guelfes. Les Pisans, excités encore par leur jalousie contre les Génois , promirent à Frédéric qu'ils braveraient pour lui toutes les foudres de l'Église, et qu'ils sauraient bien em-

1241. pêcher l'assemblée du concile. En effet , un grand nombre de prélats français s'étant embarqués à Nice sur des galères génoises, pour se rendre à Ostie , Ugolin Buzzachérino de' Sismondi, amiral des Pisans, alla les attendre avec une flotte puissante devant la Méloria ; il les attaqua le 3 mai 1241 , leur coula à fond trois vaisseaux, leur en prit dix-neuf, et amena dans Pise tous les prélats français qui se rendaient au concile.

ciiAP. m.

La république les fit charger de chaînes d'argent, et les retint prisonniers dans le chapitre de la cathédrale. Grégoire IX , confondu de ce revers, n'y survécut que peu de mois ; il mourut le 21 août 1241 ', et le collège des cardinaux , réduit à un très petit nombre de membres , passa près de deux ans avant de pouvoir s'accorder pour un nouveau choix. Enfin, le 24 juin 1242 , Sini- 1243. bald de' Fieschi de Gênes, qui prit le nom d'Innocent IV, fut porté sur la chaire de saint Pierre ; sa famille , puissante à Gènes et dans les montagnes de la Ligurie , était de plus alliée à d'autres familles nobles qui possédaient des châteaux sur le revers septentrional des Apennins , et qui , à raison de cette position , exerçaient un grand crédit dans les cités voisines de Plaisance , de Parme , de Reggio et de Modène. L'élévation d'un Fiesque au trône pontifical rendit du courage au parti guelfe dans toutes ces villes.

Frédéric II essaya vainement de se réconcilier avec l'Eglise en recourant au nouveau pape. Innocent IV était déterminé à ne plus voir en lui qu'un adversaire de la religion , un ennemi du pouvoir pontifical, un chef de barbares qui appelait tour à tour les Allemands et les Sarrasins pour tyranniser Fltalie. Il resserra son alliance avec les villes de la ligue lombarde, et il leur promit de faire condamner et déposer l'empereur par un concile œcuménique , ainsi

CHAP, m. que son prédécesseur avait voulu le faire. Mais ^^^^- au lieu de convoquer ce concile en Italie, il choisit pour cette assemblée la ville de Lyon, dont une moitié appartenait alors à l'Empire, et l'autre au royaume de France. Il voulait s'y mettre , avec les prélats appelés par lui , sous la protection de Saint-Louis, qui régnait alors. Il se rendit par mer de Rome à Gênes , échappant à la flotte pisane qui le veillait pour intercepter son passage. Il échauffa par ses exhortations les Guelfes de Gênes, et des villes de Lombardie et de Piémont qu'il visita , et , arrivé à Lyon , il y ouvrit, le 28 juin i2/^5 , dans le couvent de Saint-Just, le concile de l'Eglise universelle. Il trouva les évêques de France, d'Angleterre et d'Allemagne , empressés d'adopter ses vues j en sorte qu'il obtint d'eux, à leur troisième session, le 17 juillet, qu'ils prononceraient une sentence de condamnation contre Frédéric II. Le concile déclara que , pour ses crimes et iniquités , Dieu l'avait rejeté , et ne souffrirait plus qu'il fût ou empereur ou roi. En conséquence, le pape et le concile déliaient ses sujets de leur serment de fidélité, leur interdisaient, sous peine d'excommunication, de lui obéir, à quelque titre que ce fût , et invitaient les électeurs de l'Empire à nommer un autre empereur, tandis que le pape, de son côté, se réservait de nommer un autre roi de Sicile.

Frédéric II opposa d'abord toute la vigueur

de son caractère à la sentence d'excoimuuni- cha?. m. cation prononcée contre lui par le concile : il se fit apporter ses joyaux ; et mettant sur sa tête la couronne d'or de l'empire , il déclara devant une assemblée nombreuse qu'il saurait la défendre et continuer de la porter. Mais malgré l'enthousiasme que ressentait pour lui le parti gibelin, malgré le dévouement de ses amis, malgré les progrès des opinions philosophiques que lui-même avait encouragées , l'homme que l'Eglise venait de condamner se voyait sans cesse sur le point d'être abandonné ou trahi. Les moines mendians se répandaient en tous lieux pour ourdir des conspirations contre luij ils profitaient des terreurs qu'inspirait la maladie ou l'âge pour faire rentrer, disaient-ils, les pécheurs dans la voie du salut , et leur demander de racheter leurs égareinens passés en délivrant l'Eglise de Dieu de son plus dangereux ennemi. Quelquefois des insurrections éclataient dans l'une ou l'autre Sicile; plus souvent l'empereur découvrait parmi ses courtisans des complots pour le faire périr par le fer ou le poison. Son secrétaire intime , son ami Pierre des Vignes , qu'il avait tiré de la misère, et auquel il avait confié ses affaires les plus importantes , prêta lui-même l'oreille aux conseils des religieux , et promit d'empoisonner son maître. De son côté, Frédéric devint défiant et cruel : ses soup-

CHAP. m, çons poursuivaient ses amis les plus fidèles, et "^^' les supplices qu'il ordonnait devançaient quelquefois les preuves. Il avait confié la Germanie à son fils Conrad; il laissait sans partage à Eccelino le gouvernement de la marche véronaise ; mais cet homme féroce faisait retomber sur l'empereur la haine qu'il méritait lui-même par ses crimes. Après avoir enfermé ses ennemis dans des cachots affreux , où il les faisait souvent périr dans les tortures, ou bien où il les laissait mourir de faim , il sentait que tous leurs parens étaient aussi devenus ses ennemis , il les faisait arrêter à leur tour; et plus il avait frappé de victimes , plus il était conduit à en frapper d'autres. Les citoyens de Milan, de Mantoue, de Bergame , de Brescia, apprenaient chaque jour de nouveaux actes de férocité commis par Eccelino à Padoue , à Vicence , à Vérone , et ils en concevaient plus d'horreur pour le parti gibelin, de même qu'une résolution plus ferme pour repousser Frédéric II. Celui-ci ne songeait point alors à les attaquer. Il s'était établi à Turin pendant le concile de Lyon , et il était entré en négociations avec Saint-Louis, pour que ce roi le réconciliât avec l'Eglise , à laquelle il offrait en signe de sa soumission d'aller avec lui combattre les Infidèles à la Terre Sainte.

1247- La révolte de Parme, le 16 juin 1247, força

Frédéric II à reprendre les armes qu'il voulait

déposer. C'étaient les amis, les parens du pape chap. m. Innocent IV, les gentilshommes guelfes des mai- *^''''" sons de Correggio , Lupi et Rossi , qui avaient réussi à rentrer dans la ville de Parme d'oii ils étaient exilés, et à en chasser leurs adversaires. Frédéric , à tout prix , voulait reprendre Parme ; il fit venir de la Pouille une bande nombreuse de Sarrasins, commandée par un de ses fils naturels , Frédéric , auquel il faisait porter le titre de roi d'Antioche ; il rassembla les Gibelins lombards sous les ordres d'un autre de ses fils naturels , Hans ou Hensius , qu'il nommait roi de Sardaigne, et qu'il avait fait vicaire impérial en Lombardie. Eccelino arriva de la marche véronaise avec les milices de Padoue, Vicence et Vérone , et les soldats qu'il avait formés dans ses fiefs héréditaires. Mais, d'autre part, tous les Guelfes de Lombardie s'empressèrent d'envoyer des secours à la ville qui venait de se dévouer pour eux. Les Milanais donnèrent l'exemple ; les milices de Mantoue , de Plaisance , de Ferrare , les suivirent ; les Guelfes exilés de Reggio, de Modène , ou d'autres villes gibelines , vinrent aussi s'enfermer à Parme , croyant déjà servir leur patrie en combattant pour leur faction. Frédéric voulait faire pendre en face des murs les otages parmesans que cette ville lui avait donnés avant sa révolte ; mais les milices de Pavie , qui servaient dans son camp ,

èHAp, III. s'y opposèrent : elles déclarèrent que c'était avec "'^7- les épées des soldats gibelins, non avec celles des bourreaux , qu'elles voulaient affermir le 1248. trône de l'empereur. Le siège ne faisait que peu de progrès , l'hiver avait commencé 5 toutefois , Frédéric persistait dans son attaque ; il déclarait vouloir raser Parme , et transporter ceux des habitans qu'il épargnerait dans son camp fortifié , dont il ferait une ville nouvelle qu'il nommerait Vittoria. Mais ce camp , dont il s'était éloigné le 18 février 1248 pour chasser à l'oiseau , fut surpris en son absence par l'armée guelfe sortie de Parme ; tous ses équipages furent pillés , ses soldats furent dispersés , et l'empereur eut l'humiliation de lever le siège.

Avant cette époque , il avait renvoyé en Toscane son fils le roi d'Antioche avec seize cents chevaux allemands, pour s'assurer l'obéissance de la ville de Florence , où , depuis le meurtre de Buondelmonte , les Guelfes et les Gibelins , toujours en présence, n'avaient cessé de lutter les uns contre les autres. Il n'y avait presque jamais de rassemblement, de fête, de cérémonie publique, où quelque offense donnée par l'un ou l'autre parti ne les fit courir tous deux aux armes ; aussitôt les chaînes étaient tendues au travers des rues , les barricades formées, et dans chaque quartier, autour de chaque maison noble , les voisins , ceux qui s'étaient donné les plus

fréquentes causes de haine , combattaient en chap. m. même temps dans dix lieux à la fois : cependant la république était supposée pencher pour le parti guelfe -, et les Gibelins florentins , dans leurs rapports avec les autres peuples , n'avaient jamais cherché à se séparer de leurs compatriotes , ou à se mettre en opposition avec leurs magistrats. Frédéric , craignant que Florence ne lui échappât tout-à-fait, écrivit aux Uberti, chefs de la faction gibeline , de réunir dans leur palais secrètement tout leur parti, d'attaquer ensuite tous ensemble chacun des postes des Guelfes , en même temps que son fils le roi d'Antioche se présenterait aux portes , et de chasser ainsi leurs adversaires de la ville. Ce plan fut exécuté dans la nuit de la Chandeleur de 1248. Les barricades des Guelfes furent forcées dans chaque quartier , parce qu'ils s'y défendaient par petites bandes contre tout le parti contraire. Maîtres de la ville, les Gibelins donnèrent l'ordre à tous les Guelfes d'en sortir ; ils firent ensuite démolir les trente -six palais d'autant de familles les plus illustres de ce parti, et, intimidant les autres villes de Toscane , ils les contraignirent à suivre leur exemple , et à se déclarer toutes pour l'empereur.

Frédéric II , après l'échec qu'il avait reçu à Parme , retourna dans son royaume des Deux- Siciles , et laissa à son fils Hensius , qui s'établit

CHAP. ni. à Modène, la conduite de la guerre en Lom- 1248. bardie. Cependant le pape avait envoyé un cardinal légat , Octavien des Ubaldini , aux villes guelfes , pour les engager à suivre leur victoire , et à punii" le parti impérial de ce qu'il appelait sa révolte contre l'Eglise. La puissante ville de Bologne, déjà illustrée par son université , supérieure à ses voisines par sa richesse , sa population , et le zèle qu'excitait un gouvernement tout démocratique , se chargea de faire triompher le parti guelfe dans toute la région cispadane ; elle attaqua d'abord la Romagne , et força les villes d'Imola , Faenza , Forli et Cervia à chasser les Gibelins de leurs murs , et à se déclarer pour l'Eglise; elle tourna ensuite ses armes contre Modène. La cavalerie modenoise, pénétrant un jour par surprise dans Bologne , avait enlevé à une fontaine publique un seau que l'on conserve encore comme un glorieux trophée dans le clocher de Modène. La guerre qui suivit a fourni à Tassoni le sujet de son poè'me héroï-comique de la Secchia rapita. La vengeance des Bolonais n'eut cependant rien de burlesque ; après plusieurs combats acharnés , les deux armées s'étaient rencontrées enfin à îa49. Fossalta, le 26 mai 1249, pour se livrer une bataille générale. Philippe Ugoni de Brescia , qui était cette année podestat de Bologne , commandait l'armée guelfe à laquelle étaient réunis

des détachemens de milice de toutes les villes chap. m. de la ligue lombarde. Les Gibelins étaient con- "'*^' duits par le roi Hensius ; chaque armée comptait de quinze à vingt mille combattans. La bataille fut longue et sanglante , mais elle se termina par la défaite complète des Gibelins. Le roi Hensius tomba lui-même entre les mains des vainqueurs ; il fut aussitôt conduit à Bologne , et enfermé au palais du podestat. Le sénat de Bologne repoussa toute offre de rançon , toute intercession en sa faveur ; il pourvut d'une manière splendide à son entretien , mais il le retint captif pendant le reste de sa vie, qui dura encore vingt-deux ans.

Ce dernier échec acheva d'accabler ]?rédéric IL II y avait déjà trente ans qu'il luttait contre l'Eglise et le parti guelfe; les forces de son corps 5 comme son énergie morale , s'étaient usées dans de si longs combats. Sa vie était empoi- 1249-1250. sonnée à la fois par les trahisons de ceux qu'il avait crus ses amis, par les malheurs de ses partisans, par ceux qui l'avaient frappé dans sa famille même. Il voyait décliner son pouvoir en Italie , tandis que la couronne de Germanie était disputée à son fils Conrad par des concurrens que favorisait l'Église. Lui-même paraissait être troublé par les excommunications des papes, et commencer à craindre l'enfer dont on ne cessait de le menacer. Il implora de nouveau l'as-

CHAP. iii. sistaiice et la médiation de Saint-Louis de France , 1249-I2JO. q^- ^j.^^|. £^lQJ.g jj^jjg Yile de Chypre 5 il pourvut

généreusement aux besoins de l'armée croisée que ce roi commandait , il sollicitait la permission d'aller le joindre, il offrait de s'engager à ne point revenir de la Terre-Sainte , sans s'être soumis aux expiations les plus humbles que l'Eglise voudrait lui imposer. Il avait inspiré à Saint- Louis de l'intérêt et de la reconnaissance , et en attendant l'effet de ses bons offices , il parut ne s'occuper plus que de l'administration de son royaume des Deux-Siciles , où il avait rétabli un ordre et une prospérité qu'on ne voyait nulle part ailleurs en Europe, lorsqu'il fut atteint, au château de. Florentino dans la Capitanate , où il avait fixé sa demeure , d'une dysenterie dont il mourut le i3 décembre 1260, à l'âge de cinquante-six ans.

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