CHAPITRE X
Came de Médicis chef de la république de Florence.— Mort du dernier ^isconti. — Efforts des Milanais pour recouvrer leur liberté ; ils
. sont asservis par François Sforza. — Conjur- -rathon dy Etienne Porcari à Rome. — i43l — i454.
c*a* x. La fermentation parmi les classes inférieures du peuple , qui avait été marquée à Florence par le triomphe momentané des Gompi , s'était calmée. Les hommes auxquels un travail journalier était nécessaire pour leur subsistance , les artisans, les manufacturiers avaient renoncé à. parvenir eux-mêmes aux premiers emplois de la république. Us sentaient que l'égalité politique n'excluait point une certaine subordination; ils reconnaissaient la puissance des capitaux qui les faisaient vivre, celle de l'intelligence qui trouvait des débouchés pour les produits de leur industrie , et ils étaient disposés à obéir aux riches marchands qui les employaient. Accoutumés par les habitudes de la vie privée.àse confier dans les lumières de ces chefs , pour les intérêts qui leur importaient le* plus, et qui occupaient le plus constamment leur pensée , ils les regardaient
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comme plus capables encore de décider des ques- citions politiques sur lesquelles le peuple se passionne quelquefois , mais ne réfléchit guère. C'est de loin en loin seulement /que la société, même dans les États les plus libres, est remuée tout entière par des idées abstraites , qui font souvent une impression d'autant plus forte.qu'on en comprend moins la portée : l'expérience vient ensuite détromper d'une attente exagérée et déraisonnable. Ainsi des notions fausses sur l'égalité firent d'abord demander aux Florentins que chaque citoyen eût une part égale au commandement. Après qu'ils eurent éprouvé les violences et les* dilapidations causées par l'aûarchie des Ciompi , ils oublièrent trop le& avantages de la vraie égalité. Ils ne cherchèrent pçint assez à procurer à tous une égale protection , une égale justice, à réveiller dans tous un intérêt pour. la chose publique, qui excitât le développement de leurs diverses facultés. La flamme qu'un amour exagéré de l'égalité avait allumée en 1378, avait consumé les matériaux qui devaient la nourrir; et cinquante ans plus tard le peuple florentin ne montrait plus de jalousie envers ceux que leur condition désignait comme faits pour le gouverner.
Les idées générales ne peuvent exercer une action durable que sur les esprits capables de les entendre. Que la liberté soit pour tous, mais
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que le pouvoir demeure k ceux qui comprennent son but; à ceux qui savent démêler les moyens de l'atteindre; à ceux qui sont trop fiers pour reconnaître des maîtres , et trop généreux pour Vouloir des sujets; à ceux qui désirant le progrès intellectuel et le bien-être matériel de tous leurs semblables, donneront tout leur temps, toute leur pensée à rechercher l'un et l'autre ; à ceux , enfin , qui jouissent des avantages d'une éducation libérale , et n'ont l'esprit ni aigri par des jalousies, ni rétréci par des préjugés, ni troublé par des craintes chimériques. Que tous les autres cependant participent aussi h la puissance publique, il le' faut , pour les préserver de l'oppression ; il le faut plus encore pour élever leur esprit et leur âme au-dessus des intérêts matériels , pour les accoutumer à sortir quelquefois de leur égoïsme , pour leur faire atteindre quelquefois aussi aux hautes questions morales ; mais qu'ils participent à cette puissance publique comme simples citoyens, non comme magistrats.
Le nombre des républiques avait tellement diminué en Italie , que les classes inférieures du peuple couraient beaucoup plus de risque d'être corrompues par les exemples de la servilité, que par la vue des excès de la démagogie. Dans le royaume de Naples , dans la Romagne et laLombardie , ces classes demeuraient sans protection , ex posées, aux outrages des soldats et pressurées
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par le fisc. Cependant, à la réserve des désordres chap. x. dont elles souffraient par le passage des compagnies d'aventure , le fardeau qu'elles devaient porter était assujetti à des régies, et réparti également ; elles ne connaissaient point ces vexations, personnelles, cette oppression domestique que la noblesse exerçait sur la roture dans le reste de l'Europe. Aussi , malgré des calamités fréquentes et une grande diminution de l'énergie reproductive , l'Italie , qui avait cesdé d'être libre , n'avait pas cessé de prospérer. Les champs , en Lombardie surtout, étaient encore soumis à une culture riche et savante ; les villes étaient encore animées par l'activité <le nombreuses manufactures. Après le royaume de Naples et le duché de Milan , la république de Venise formait par sa puissance le troisième État de l'Italie. Le peuple qu'elle gouvernait était privé , presque autant que celui de Milan, de tout pouvoir politique. Stes suffrages n'étaient jamais demandés , ni sa voix entendue , et il ne songeait pas même à juger son gouvernement. Mais le sénat, beaucoup plus sage dans son administration que les tyrans lombards, ne laissait jamais supporter aux sujets d'autres charges que celles qu'il imposait luimême, et celles-là étaient toujours modérées, toujours distribuées avec égalité et un esprit de justice. Tout ce que le Vénitien payait à l'Etat était employé scrupuleusement et avec écono-
chap. x. mie à la défense commune ou à l'ornement de la patrie. Le gouvernement ne coûtait rien au peuple , qui suivait lui-même avec orgueil , dans les ouvrages publics , l'emploi de ses deniers. Les provinces de terre-ferme étaient soigneusement garanties des vexations des gens de guerre , et, .autant que possible j des invasions des ennemis. La ville de Venise , depuis l'époque de sa fondation, n'avait jamais été envahie et n'avait vu le Rialto souillé par la présence d'armées étrangères ou par la domination, même passagère, d'un tyran. Les richesses du commerce et de l'industrie, protégées par une sécurité si constante, s'étaient accrues par-delà tout ce qu'on avait remarqué ailleurs. Les provinces de terreferme, oubliant toute prétention à l'indépendance, se trouvaient heureuses lorsqu'elles se comparaient à leurs voisins. Les paysans surtout étaient prêts à donner leur vie pour Saint-Marc , c'est ainsi qu'ils appelaient l'État. Les seules possessions de la république qui eussent des motifs de se plaindre étaient celles du Levant : les marchands Vénitiens y avaient sacrifié l'industrie commune à l'esprit étroit du monopole.
La république de Florence était , par son importance et ses richesses , le quatrième Etat de l'Italie. Plus généreuse que Venise, elle s'était plus souvent compromise par des guerres qui l'avaient exposée à des invasions fréquentes.
Motus prudente dans son administration inté- chap. x. rièure, elle avait souvent éprouvé les convul-rions des factions, et quelquefois même celles d'une tyrannie de courte durée 5 mais , en ré*vanche^ les Florentins devaient à la nature c|e leur gouvernement un degré d'énergie, d'activité et d'intelligence qui les mettait, en état de réparer beaucoup plus vite leurs pertes* Liés Florentins avaient dans leur ville des manufactures renommées par tout l'Occident, surtout celle des étoffes de laine, qui occupait plus de bras que toutes les autres > celle des étoffes de soie , et celle des brocarts d'or. En même temps, leurs négocians étaient les plus grands capitalistes de l'Europe; leurs comptoirs étaient répandus dans toutes les places de commerce du tpondfc , et leurs fonds souvent mis , à gros intérêts , au service de tous les princes. Les campagnes florentines étaient enrichies par ^agriculture la plufs industrieuse, celle de toutes qui concentrait, sur un espace donné , le plus*, de travaux* et le plus de capitaux. Les citoyens, soumis eu$~ mêmes à des impôts onéreux , avaient toujours traité leurs sujets des campagnes avec plus de ménagemens, et surtout cherché à maintenir entre eux une équitable égalité dans la répartition des impositions. C'est dans ce but qu'en i429 ils inventèrent le cadastre, ou recensement et description detousles fonds, avec estimation de
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cHAr. x. leur valeur, pour servir de base à des impositions ^toujours proportionnelles. Les sujets des Florentins auraient dû se trouver au moins aussi heureux que ceux des Vénitiens , mais le souvenir de la liberté et de l'indépendance était plus récent dans Ipur mémoire : aussi Pise , Fistoïa , Arezzo, Volterra, et* même des villes et des bourgades moins importantes , firent, à plusieurs reprises , des efforts pour recouvrer leur liberté ; aucune ne pouvait encore se résigner à demeurer sujette. Dans la même enceinte de la Toscane , Lucques , qui ne perdit plus sa liberté depuis l'expulsion de Paul Guinigi jusqu'à nos jours, et Sienne, qui se maintint libre jusqu'en i555, semblaient, inviter les autres villes à se gouverner aussi en républiques indépendantes. Dans l'une et l'autre cependant , la fermentation démocratique qui avait agité tous les États libres, durant la dernière moitié du quatorzième siècle, s'était apaisée, et le gouvernement était retourné aux mains de ceux qui s'étaient rendus propres à l'exercer par leur éducation et leurs lumières.
A Florence , le parti démocratique , dirigé par les Alberti, les Ricci et les Médici, avait été écarté du pouvoir, en i38i , par une conséquence de l'abus que lès Ciompi leurs associés avaient fait de leur victoire ; dès-lors les Àlbizzi leurs rivaux, gouvernèrent la république peu-
dant cinquante-trois ans, de i38i à i434? avec chap. x. un bonheur et un éclat jusqu'alors sans exemple. Jamais le triomphe d'une faction aristocratique ne mérita une place plus brillante dans l'histoire. Celle-ci sut se maintenir par l'ascen-?dant de ses talens et de ses vertus , sans restreindre jamais les droits du reste des citoyens , sans abuser d'une prépondérance qui était toute dans l'opinion. Ce fut l'époque la plus prospère de la république; celle durant laquelle son opulence acquit les plus grands développemens ; celle où les arts , lès sciences , la littérature , adoptèrent Tlorence comme une patrie nouvelle ; celle aussi où naquirent et se formèrent tous ces grands hommes , dont les Médicis ', leurs contemporains , ont recueilli la gloire , sans avoir eu de part à leur éducation ; celle enfin où la république suivit le plus constamment la politique la plus généreuse , et où ^ se considérant comme gardienne de la liberté de l'Italie , elle mit tour, à tour obstacle à l'ambition de Jean Galéaz Yisconti , de Ladislas , roi de Naples , et de Philippe-Marie , duc de Milan. Thomas des Albizzi , et ensuite Nicolas d'Uzzano , avaient été les chefs de cette aristocratie dans ces temps de gloire et de sagesse. Après eux vint Renaud , fils de Thomas des Albizzi ; il oublia davantage qu'il n'était qu'un simple citoyen ; il se montra plus impétueux ,
chap.x. plus arrogant, plus jaloux, plus impatient de toute opposition ', et il perdit la prééminence que sa famille avait si long-temps maintenue. 1433. Renaud des Albizzi voyait avec inquiétude s'élever dans la personne de Côme , fils de Jean de Médici , un rival qui relevait le parti autrefois vainqueur de ses ancêtres. Cet homme jouissait à Florence d'une popularité héréditaire , parce qu'il descendait de l'tm des démagogues qui , en 1378 , avaient pris la défense des arts mineurs contre l'aristocratie ; en même temps , par ses immenses richesses, qui l'égalaient aux plus grands princes d'Italie, il excitait l'envie de cette aristocratie elle-même. Quoique les Albizzi vissent avec défiance les familles de leurs rivaux parvenir à la magistrature suprême , ils n'avaient pu en fermer L'accès à Jean de Médici , qui fut gonfalonier en 14a 1- Son fils Côme, né en i38(), fut prieur en 1416; il était chef d'une maison de commerce qui avait des comptoirs dans toutes les grandes villes de l'Europe et du Levant ; mais en même temps il cultivait les lettres avec ardeur ; son palais, l'un des plus somptueux de Florence, était le rendez- vous de tous les artistes , de tous les poètes , de tous les sa vans, de ceux entre autres qui, à cette époque , introduisirent la philosophie platonicienne en Italie : l'opulence de CÔme de Médici était sans cesse au service de ses amis; il y avait
à Florence peu de citoyens pauvres auxquels chap. x. il n'eût pas ouvert sa bourse. ï433*
Corne de Médici ne semblait pas songer à faire revivre les doctrines soutenues par ses ancêtres, sur les droits des moindres citoyens à entrer dans la magistrature. Il n'énonçait point des opinions démocratiques, encore qu'il cri-^ tiquât sévèrement le gouvernement et ses mesures, depuis que Renaud des Albizzi le dirigeait. Il aurait voulu lui voir adopter d'autres alliances , une autre politique ; il prétendait1 que , depuis la mort de Nicolas "d'Uzzano , en 1417, la sûreté de l'Etat avait été compromise par des guerres imprudentes , et les finances dilapidées par les friponneries des commissaires, surtout dans l'expédition contre Lucques. Cette opposition constante et ces accusations avaient tellement provoquera haine.de "Renaud des Albizzi , dont le caractère était violent et impétueux, qu'il résolut enfin de poursuivre Cômè de Médici comme un ennemi de l'Etat. Le sort ayant amené, au mois de septembre i433 , une seigneurie composée des créatures les plus dévouées aux Albizzi , Bernard Guadagni , qui la présidait comme gonfalonier , somma, le 7 septembre , Côine de Médicis de venir au palais y rendre compte de sa conduite, et, dès son arrivée , il l'y retint prisonnier daus la tour de l'horloge j aussitôt après il appela le peuple au
ctiap. x. parlement au son de la grosse cloche. Les Floï433. rentins avaient conservé , dès les premiers temps .de leur république , l'usage de ces parlemens , où toute la population rassemblée sur la place publique , sans que les assistans fussent appelés à prouver qu'ils étaient citoyens , et sans qu'aucune garantie fût assurée aux faibles contre les menaces des hommes violens , votait par acclamation sur ce qui lui était proposé par la seigneurie. En vertu de la souveraineté du peuple , le parlement était regardé comme supérieur à toutes les lois, à la constitution ellemême et à la justice. Il était supposé se ressaisir de tous les pouvoirs , et s'élever au-dessus de toutes les règles , lorsqu'il était averti de quelque grand danger national qui justifiait des mesures révolutionnaires ; mais l'expérience avait prouvé que le parlement sanctionnait toujours toutes les révolutions, et que la souveraineté du peuple prêtait son nom à toutes les tyrannies. Comme cette assemblée ne pouvait point délibérer, on lui demandait seulement de transmettre son pouvoir à une balie ou commission , qu'elle investissait de tous les droits qu'avait le peuple florentin lui-même. Renaud des Àlbizzi présenta les noms de ceux qu'il voulait faire entrer dans la balie ; ils étaient au nombre de deux cents. Le parlement les approuva par acclamation. Alors la balie se fit
livrer les bourses d'où Ton tirait au sort lç.nom chap. x. des magistrats ; elle en exclut qui elle voulut , ,433# y fit entrer des noms nouveaux , et condamna à l'exil Côine de Médicis avec ses principaux amis. Albizzi avait compté que Côme serait envoyé au supplice ; il accusa Bernard Guadagni d'avoir reçu de l'argent de son ennemi pour Fé- ' pargner, et il regarda comme une défaite la vengeance incomplète qu'il venait de faire infliger.
L'événement justifia ses craintes : précisément un an plus tard , au mois de septembre i4^4 > \ç l&tsort amena une nouvelle seigneurie, présidée par Nicolas Donati , qui se trouvja toute favorable à Côme de Médicis. En effet la balie, malgré sa partialité, n'avait pas osé exclure des emplois les hommes éminens qui étaient attachés à ce grand citoyen. Donati, à son tour, cita au palais Renaud des Albizzi et ses amis, qui, au lieu d'obéir, essayèrent de se défendre ; mais ce même peuple , qui avait voté pour eux au dernier parlement, loin de prendre les armes sur leur appel , se rendit à un nouveau parlement que convoqua Donati; il y montra la même docilité ; il approuva de même par ses acclamations une autre balie que lui présenta le Gonfalonier; et celle-ci ne fut pas plus tôt constituée , qu'elle rappela Côme de Médicis avec tous ses amis, et qu'elle exila Renaud des Albizzi et tous les siens.
Albizzi alla chercher un asile auprès de Phiil. 4
chap. i. HpperJMarie, duc de Milan, auquel il avait fait la 1 434-1447 • guerre tant qu'i} avait été à la tête de la république. Mettant alors en oubli le danger pour la liberté cju'il n'avait cessé de signaler dans l'agrandissement de la maison Visconti , et croyant , comme tous les exilés, que sa patrie ne pourrait jamais ' s'accoutumer à son exil , qu'elle se soulèverait tout entière dès qu'il s'en rapprocherait , il pressa Philippe-Marie de recommencer la guerre contre Florence. Cette guerre éclata en effet de nouveau la même année. Nicolas Piccinino , successeur de Braccio , que le duc de Milan avait rçiis à la tête de ses armées , pénétra en Toscane à plusieurs reprises, sans que la présence de Renaud des Albizzi, qui l'accompagnait, y fit naître jamais aucun mouvement. François Sforza fut opposé par les Florentins à Piccinino; ce grand général était lié à Corne de Médicis d'une amitié intime, et dans ses besoins il avait souvent eu recours à la bourse du riche banquier. Déjà il travaillait à s'élever du rang de condottiere à celui de souverain ; il s'était fait céder la marche d'Àncône, par le pape Eugène IY, en i44^, pour prix de ce qu'il l'avait servi contre le reste de ses , sujets , et il se proposait , en se faisant craindre
de Philippe-Marie, d'amener celui-ci à lui accorder en mariage sa fille unique , mais illégitime , qui lui apporterait pour dot au moins quelques débris du duché de Milan.
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Dans toute la suite de son règnç, Philippe- ciap. x. Marie Visconti fat habituellement en guerre l*s*p,Wavec les deux républiques de Venise et de Florence : il voulut recouvrer sur la première le Bressan et le Bergamasque qu'il avait été obligé de lui céder; il reprit contre 1^ seconde le projet formé par ses ancêtres d'étendre la domination des Visconti sur la Toscane. François Sforza et Barthélémy Coleoni firent preuve de leurs talens au service des deux républiques. Nicolas Piccinino et ses deux fils , François' et Jacques , ne développèrent pas moins d'habileté au service du duc de Milan. Celui-ci cependant perdit presque constamment du terrain par sa défiance de ses propres généraux , par sa versatilité , son goût pour nouer des intrigu^contraires les unes aux autres ; par son empressement à signer la paix presque chaque année , et à recommencer les hostilités peu de semaines après. L'histoire de cette guerre est rendue si confuse par les menées secrètes du duc, qui le plus souvent semblent en opposition avec son intérêt, que nous n'essaierons point de la fixer dans la mémoire. Le 24 octobre 1 44 a > Visconti, en faisant la paix avec les deux républiques, accorda sa fille Blanche en mariage à François Sforza leur général , et lui céda les seigneuries de Crémone et de Pontrémoli. Il semblait ainsi vouloir se réconcilier définitivement avec lui ; mais ce prince
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chap. x. ne pouvait demeurer fixe dans une résolution 7 1434-1447- ni conserver sa confiance à ceux qu'il avait rendus puissans. Il entra bientôt dans des intrigues compliquées pour faire perdre à son gendre toutes ses /seigneuries. La guerre recommença entre lui et les deux républiques , et Sforza fut de nouveau le général que celles-ci mirent à la tête de leurs armées combinées. Il y était encore en i447> lorsque Philippe - Marie , pressé par les Vénitiens, menacé dans les campagnes mêmes de Milan, et craignant de perdre sa souveraineté, implora les secours de son gendre, et lui promit une réconciliation sincère. François Sforza, qui venait de perdre la Marque d' Ancône par suite des menées du duc de Milan , accepta néanmoins ces dernières offres. Il renonça dès-lors à son ancienne alliance avec les Vénitiens et les Florentins ; il se mit en marche , de la Romagne, le 9 août, avec son armée, pour secourir son beau-père ; arrivé à Cotignola , bourgade où son père , pressé par des soldats d'entrer avec eux dans une compagnie d'aventure, avait lancé sa pioche aux branches d'un chêne , et voyant qu'elle y demeurait accrochée , avait accepté ce présage de sa grandeur future, et s'était engagé , il y apprit que le duc de Milan était mort dans sa capitale le i3 août i447*
La guerre de Lombardie s'était sans cesse compliquée par sa liaison avec une autre guerre
qui , dans le même temps , ravageait le royaume cbap. x. de Naples. La reine Jeanne II y était morte le x*34'144' 2 février i435 , trois mois après son fils adoptif Lo^uis III d'Anjou. Far son testament, elle avait substitué à ce prince son frère René , duc de Lorraine ; mais en même temps , Alphonse , roi d'Aragon et de Sicile , qu'elle avait précédemment adopté , et qui s'était avancé jusqu'à Ischia pour surveiller Naples de plus près, prétendait lui succéder en vertu de cette première adoption , comme aussi en vertu des droits anciens de Manfred , dont il héntait par les femmes. Le royaume de Naples se partagea entre les partis d'Aragon et d'Anjou. Les Génois, qui s'étaient rangés volontairement sous la seigneurie du duc de Milan , offrirent leur assistance à la maison d'Anjou , en raison de leur antique haine contre les Catalans et les Arqgonais^ aigrie par des jalousies de ôommerce.^Leur flotte rencontra, ie 5 août i435, celle d'Alphonse, devant l'île de Ponza : elle la défit dans une grande bataille , où Alphonse fut fait prisonnier avec son frère et tous les plus grands seigneurs de son royaume. Tous ces prisonniers furent conduits à Milan , et ils y furent remis en liberté au bout de peu'cle temps, par un acte inattendu- de générosité <fé Philippe -Starie , auquel Alphonse fit serftir con*bien la soumission du royaume de Naples aux Français compromettrait l'indépendance du du-
cha*. x. ché de Milan et de toute lltahe. Visconti con- 1434-1447* tracta une alliance intime avec son prisonnier qu'il délivrait, et il lui promit de l'aider à monter sur le trône de Naples. Mais cette alliance, lui coûta la seigneurie de Gènes; car les Génois, in- - dignes de se voir enlever, par le prince qu'ils s'étaient donné , les fruits de leur victoire , se soulevèrent le 27 décembre i435 , chassèrent de leurs murs la garnison milanaise, et se remirent en liberté. Alphonse , secondé par le duc de Milan, recommença la guerre avec plus d'avantages contre René d'Anjou ;*t le 2 juin i44a> ^ hri enleva la ville même de Naples. Dès-lors il rétablit la paix dans ce royaume , où il se signala par une libéralité qui lui a valu le surnom de Magnanime. Aucun monarque*ne montra plus de zèle pour les lettres, et n'accorda une protection plus constante et «plus ^plairée aux sa vans. Il montra,* par plusieurs actions généreuses, qu'il savait profiter des leçons de l'aptiquité qu'il étudiait avec ardeur et qu'il admirait. Il se fixa au milieu du peuple qu'il avait conquis et dont il avait gagné le cœur, et il ne retourna plus ni en Sicile nijen Aragon , jusqu'à sa mort survenue le '27 juin i458.
1447-1454. Philippe-Marie Visconti ne laissait, en mourant, pôinWe successeurs légitimes. *L es parens éloignés qui portàiept son nom ne descendaient pas des princes ses ancêtres , qui avaient udhrpé
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la seigneurie , et ils n'avaient point été compris «*£'• *• dans la bulle impériale , qui avait institué \f du- H*lm**fi ché de Milan en faveur de Jean Gale ai. Cette même bulle avait expressément exclu dp^Ja succession les femmes , qui au reste n'avaient jamais hérité d'aucune seigneurie italienne. Aussi Valentine Visconti , sœur du dernier duc , c^ii avait été mariée au duc d'Orléans, et Blanche Visconti * fille naturelle de Philippe-Marie , que François Sforza avait épousée, n'avaient-eBfe aucune sorte de droit pour succéder au dernier, duc. À l'extinction de la ligne des Vis$onti , k laquelle la république de Milan avait déféré, la seigneurie, la souveraineté retournait légitimement k cette même république; et le peuple, en effet, réclama sa restauration. Quatre citoyens illustres, Antoine Trivulzia, Théodore- Bossi, George Lampugnani et Innocent Cotta, soulevèrent leurs compatriotes, le i4 août i447> et avec leur appui reconstituèrent la république milanaise. En même temps, ils çntrèrent en traité avec tous les capitaines d'hommes d'arrhes qui avaient été au service de Philippe-Marie^ et ils les engagèrent tous à se déclarer pour eux. Les plus illustres étaient les deux frères Piccinino , fils de Nicolas, mort le i5 octobre i444 ? Ie8 *ro*s frères San Sévérino , enfans naturels d'une maison princière de Naples ; enfin François Sforza , qui se mit avea sa brillante armée au service de
chap^x. la république , sous condition que celle-ci lui >4i7-i4#. confirmerait la cession de la seigneurie de Créiqone , îjue sa femme lui avait apportée en dot , et y jojp cirait la seigneurie de Brescia ou de Vérone, si Sforza réussissait à enlever l'une ou l'autre de cjes villes aux Vénitiens.
^Une belle occasion s'offrait alors pour rétablir lâ^berté et l'indépendance de l'Italie. Dans la contrée que les ultramontains pouvaient atta- "^ber la première, trois riches et puissantes républiques , à Milan , à Venise et à Florence , pouvaient ^appuyer d'un côté sur les belliqueuses, républiques des Suisses , de l'autre sur les républiques plus faibles de Gênes , de Luc- * ques, de Sienne et de Bologne. Il leur suffisait de s'unir , par une alliance équitable , pour fermer à jamais l'Italie aux barbares qui la menaçaient du côté de la France et de l'Allemagne. Leur opulence, leur nombreuse population, et ce dévouement des États libres qui fait concourir tous les citoyens avec toutes leurs forces à la défense dé la patrie, auraient suffi pour rendre vaine, toute attaque étrangère. Malheureusement les deux hommes d'étatqui se trouvaient à la tête des républiques de Florence et de Venise ne considérèrent qu'un avantage présent ; mais ils n'eurèût pas l'âme assez élevée pour lui préférer la liberté. italienne dans l'avenir, et ils N ne voulurent point admettre la république de