‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute;Chapitre 29 sur 31 · CHAP. XV · texte numérisé non relu

CHAP. XV

dait retentir les cris et les ïatfientàtions de ces «527; 'malheureux qu'on exposait à la torture j et cet . çtat épouvantable de brigandage et de souffrance ge se prolongea pas seulement quelques jours, il dufa plus de neuf mois. Ce ne fut que le 17 février 1 528 que le prince d'Orange, un des seigneurs français qui avaient accompagné Bourbon dans sa rébellion , parvint à faire sortir de Rome les restes de cette armée. Après les premiers jours , il est vrai , les Allemands' retinrent l'épée dans le fourreau pour se plonger dans l'ivrognerie et la plus brutale débauche ; mais , jusqu'à la fin de leur séjour à Rome , les Espagnols , infatigables- dans leur froide barbarie, continuèrent à inventer de nouveaux tour mens peur arracher de nouvelles rançons aux malheureux tombés entre, leurs mains. Au milieu de toutes ces horreurs, la peste, suite inévitable de tant de souffrances et morales et physiques, en se déclarant dans Rome , ne fit point lâcher prise au soldat.

La lutte entre les Italiens , faiblement secondés par les Français , et les généraux de Charles- Quint, se prolongea encore plus de deux ans depuis la prise de Rome; mais elle ne fit qu'ajouter aux souffrances et à la désolation de l'Italie , et détruire dans toutes ses provinces les derniers restes de sa prospérité. Henri VIII s'était allié, le 18 août i5a7, à, François Ier, par le traité

d'Amiens, dans le but , à ce qu'annonçaient les chap. xv. deux souverains, de rendre au pape sa liberté. l52?- # Dans le même mois, une puissante armée française , commandée par Lautrec , entra en Italie par T Alexandrin. Elle surprit Pavie le 1er octobre, et pilla pendant huit jours cette grande ville sbvec un acharnement par lequel elle prétendait venger la défaite que François Ier avait éprouvée devant ses murs. Après ce succès, Lautrec, au lieu d'achever la conquête de la Jjpmbardie , se dirigea vers le midi ; il renouvela l'alliance de la France avec le duc de Ferrare, dont le fils épousa une fille de Louis XII, sœur de la reine de France ; il s'assura l'amitié de 1# république florentine, qui avait profité de la détresse et de la captivité du pape pour recouvrer sa liberté , le 17 mai précédent , et pour rétablir son gouvernement dans l'état où il existait en i5i2. Le pape ayant appris que Lautrec était arrivé à Orviéto , s'échappa , le 9 décembre , du château Saint- Ange , et vint se réfugier au camp français. L'Espagnol Alarcon l'avait gardé six mois captif, avec treize cardinaux , dans cette forteresse , et ne s'était point relâché de sa sévérité malgré la peste qui s'y était déclarée; mais, après avoir déjà reçu quatre cent mille ducats pour la rançon du pape , au lieu de le mettre en liberté le lendemain , comme il s'y était engagé , il est probable

cbap. xv. qu'il le laissa s'évader, de peur que ses propres l5a7> soldats ne l'arrêtassent, pour le rançonner de

nouveau.

i5a8. Lautrec passa le Tronto avec toute son armée, le 10 février i5a8, et entra dans les Abruzzes. Les brigands que Chartes-Quint nommait ses soldats , mais qu'il ne payait point , ne montraient de même aucune disposition à obéir à leur chef. Cantonnés à Milan , à Rome et dans les principales villes de l'Italie , ils partageaient leur temps entre les débauches et les supplices qu'ils infligeaient à leurs hôtes. Leurs chefs ne pouvaient réussir à les retirer de ces villes et k les mener à l'ennemi. D'autre part le peuple , dans l'excès de sa souffrance , courait au-devant de tout changement, et accueillait Lautrec comme un libérateur. Celui-ci aurait eu probablement un plein succès , si François Ier , à cette époque même , n'avait supprimé l'envoi mensuel d'argent qu'il lui avait promis. Attachant son orgueil royal à aea prodigalités, ce monarque avait bientôt épuisé ses finances pour ses plaisirs et ses fêtes , et son manque d'ordre attirait sur lui tous ses revers. De son côté Lautrec, quoiqu'il eût plusieurs des qualités d'un bon général, était dur, orgueilleux, obstiné ; il s'attachait à faire toujours le contraire # de ce qui lui était conseillé; il prétendait, à la guerre , arracher les Français à leur caractère

fl

EN ITÀI/Ig, 225

national , et les plier a la lenteur et à la régu- chap. xv. larité. Il perdit un temps précieux dans l5a8, la Pouille, où il prit et saccagea Melphi, le 23 mars, avec une fureur digne des Espagnols ses adversaires , et il ne parut devant Naples que le icr mai. Le prince d'Orange venait de &'y enfermer avec l'armée qui avait pris Rome, mais dont la plus grande partie avait été emportée par une effrayante mortalité, conséquence et punition de ses vices et de ses crimes. Au lieu de l'attaquer avec vigueur , Lautrec , malgré les représentations de tous ses officiers, s'obstinait à réduire Naples par le blocus , exposant ainsi son armée aux influences d'un climat meurtrier. La flotte impériale fut détruite , le 28 mai , dans le golfe de Salerne, par celle de Filippino Doria, qui était alors à la solde de France. Les habitans de Naples éprouvèrent bientôt de cruelles pri*vations, et la maladie fit parmi eux de grands ravages. Mais un mal non moins funeste éclata en même temps dans le camp français. Les soldats , sous un ciel brûlant , entourés d'eaux corrompues , condamnés à tous les genres de privations , harcelés par la cavalerie légère de l'ennemi , infiniment supérieure à la leur , succombaient les uns après les autres aux fièvres pestilentielles. Au milieu de juin, on avait compté vingt-cinq mille hommes dans le camp français; mais le 2 août il n'en restait pas quatre mille en ir. 15

cuap. xv. état de faire leur service. A. cette époque toutes i5a8. j€s source3 turent desséchées, et les troupes commencèrent à souffrir de la faim et de la soif. Lautrec, qui, tout malade qu'il était, avait jusqu'alors soutenu l'armée par son courage et son obstination invincible , mourut dans la nuit du i5 au 16 août; presque tous les autres chefs avaient également péri ; le marquis de Saluées , à qui le commandement de l'armée fut dévolu , sentit la nécessité de la retraite , et ne sachant comment l'assurer en présence de forces supérieures , il essaya de la dérober aux Impériaux , au milieu d'un orage terrible, dans la nuit du 29 août; mais, bientôt poursuivi et atteint à Averse , il fut forcé à capituler le 3o août. Tous les dépôts et les hôpitaux de l'armée à Capoue furent en même temps livrés aux Espagnols; tous ces malades, tous ces prisonniers se trouvant entassés dans les écuries royales de la Madeleine , la contagion acquit parmi eux de nouvelles forces. Les Espagnols le voyaient , et ils attendaient avec une féroce indifférence que tous les Français fussent morts. Ils périrent en effet presque tous, et de cette brillante armée, à peine quelques valétudinaires revirent la France,

Durant la même campagne, une autre armée française , - conduite par François de Bourbon , comte de Saint-Paul, était entrée en Lowbardie; en même temps Henri, duc de Brunswick,

y avait amené une armée allemande. Celle-ci, chap. tv. ne trouvant plus rien à piller, annonça que sa l5a8, mission était de punir une nation rebelle ; et elle passa au fil de l'épée tous les habitans des villages qu'elle traversa. Milan était en proie à la peste et à la famine; mais ces fléaux étaient aggravés encore par la cupidité et le féroce sang-froid d'Antonio de Leyva, qui y commandait toujours la garnison espagnole : celui-ci, s'emparant de tous les vivres qu'on apportait de la campagne, ne les revendait aux habitans que pour trois ou quatre fois leur valeur. Gênes était demeurée soumise aux Français , et n'était guère moins opprimée par eux ; aucune de ses institutions républicaines n'était plus respectée. Un habile marin illustrait encore néanmoins cette ville. André Doria s'était formé une flotte sur laquelle il avait appelé tous les esprits aventureux de la Ligurie. Son neveu Filippino, qui venait de , remporter une victoire sur les Impériaux , était son lieutenant ; mais les Doria r pour prix de leurs services, demandaient que la* liberté fût rendue à leur patrie; n'ayant pu l'obtenir des Français, ils passèrent, le 3o juin, au service des Impériaux, et, munis des promesses de Charles-Quint, ils se présentèrent le 12 septembre devant Gênes , soulevèrent leurs compatriotes, et contraignirent les Français .à évacuer la ville. Le ai octobre , ils se rendirent aussi maîtres de Savonne, et, peu de jours après, du

228 HISTOIRE DE IiA LIBERTÉ

chap. xv. Castelletlo. Alors Doria proclama la république, 1 **8- et rétablit la liberté à Gênes, au moment où toute liberté finissait en Italie. L'hiver se passa dans la souffrance et l'inaction. L'année suivante, Antonio de Leyva surprit à Landriano , le 21 i5a9. juin i5ag, le comte de Saint-Paul, et le fit prisonnier avec les principaux officiers de l'armée française : tout le reste se dispersa ou retourna en France. Ce fut le dernier fait d'armes de cette terrible guerre.

En effet , de part et d'autre on désirait ardemment I9 paix , on négociait , et chaque potentat cherchait a tromper ses alliés pour obtenir de ses adversaires de meilleures conditions. Marguerite d'Autriche , sœur du père de Pempereur , et Louise de Savoie , mère du roi de France, s'étaient réunies à Cambrai, et, dans des conférences où elles n'admettaient aucun témoin , elles préparaient ce qu'on appela le traité des dames. Clément VII en même temps avait un nonce à Barcelonne qui négociait avec l'empereur. Celui-ci était impatient d'arranger les affaires d'Italie pour passer en Allemagne ; car, d'une part, Soliman avait envahi l'Autriche , et il se présenta le i3 septembre soûs les , murs de Vienne ; d'autre part , la réforme de Luther occasionnait, dans tout le nord de l'Europe, une fermentation croissante. Le 20 juin 1629, Charles-Quint signa à Barcelonne, avec le pape , un traité d'alliance perpétuelle , par

lequel il s'engageait à sacrifier la république flo- CHAP- xv rentine à ses vengeances , et à mettre au service x *9' de Clément VII , pour les accomplir , tous les brigands qui jusqu'alors avaient dévasté l'Italie. La souveraineté de Florence devait demeurer au bâtard Alexandre de Médicis , qui épouserait une fille naturelle de Charles -Quint. Le 5 août suivant, Louise et Marguerite signèrent le traité de Cambrai , par lequel la France abandonnait , sans aucune réserve, tous. ses alliés d'Italie aux caprices de Charles-Quint , tandis que celui-ci renonçait à la Bourgogne , et rendait à François ses deux fils qu'il atfait retenus en otage. Charles-Quint était arrivé à Gênes le 12 août sur la flotte d'André Doria. Il était attendu par le pape à Bologne , où il fit son entrée le 5 novembre. Il y appela tous les princes de l'Italie ou leurs députés , et il les traita avec plus de modération que ceux-ci ne l'espéraient après le honteux abandon de la France. Comme il reconnut que la santé de François Sforza, duc de Milan , était dans un état de délabrement qui ne lui promettait que peu d'années de vie , il lui accorda la restitution de son duché moyennant un paiement de neuf cent mille ducats que Sforza devait effectuer en différens termes. Us n'étaient pas tous échus , lorsque ce prince mourut, le 24 octobre i535, sans postérité , et ses Etats échurent à l'empereur. Le 23 décembre i52g, Charles-Quint accorda la paix aux

23o mSTOIRE DE LA LIBERTÉ

chap. xv. Vénitiens , qui lui rendirent seulement quelle. qUeg p]aces Je la Pouille , et restituèrent Ravenne et Cervia au pape. Le 20 mars i53o, Àlfonse d'Esté signa aussi son traité , par lequel il «'en remettait à l'arbitrage de Pempereur pour ses différends avec le pape. Charles- Quint ne prononça cet arbitrage qu'au bout d'une année. Il confirma a Alfonse la possession de Modène , Reggio et Rubbiéra , comme ficffe de l'Empire , et il lui fit donner par l'Église l'investiture de Ferrare. Le a5 mars i53o, un diplôme de l'empereur érigea le marquisat de Mantoue en duché , en faveur de Frédéric de Gonzaga. Le duc de Savoie et le marquis de Montferrat, jusqu'alors protégés par la France , vinrent à Bologne pour se ranger sous la protection de l'empereur ; le duc d'Urbin , A la recommandation des Vénitiens , obtint de lui des promesses de bienveillance ; les républiques de Gênes , de Sienne et de Lucques eurent la permission de végéter sous la protection impériale j et Charles- Quint ayant reçu du pape à Bologne , le 22 février et le 24 mars, les deux couronnes du royaume des Lombards et àe l'Empire, partit pour l'Allemagne au commencement d'avril , afin de n'être pas témoin de l'odieuse exécution à laquelle il avait consenti que ses troupes fussent employées contre Florence.

Page 1