‹ Histoire de la renaissance de la liberté en Italie, de ses progrès, de sa décadence, et de sa chute;Chapitre 7 sur 31 · CHAP. I · texte numérisé non relu

CHAP. I

3â HISTOIRE DE LA LIBERTÉ

prêtre son seul ministre, et le genre humain soumis à ses lois; il voulait que tout le sacerdoce fût mu par une seule volonté, et ne connût qu'une seule passion , celle d'établir le pouvoir du ciel. L'Église tout entière lui paraissait corrompue; il entreprit de la réformer dans son chef, dans ses membres, dans le corps des fidèles qui lui obéissait; il prononça l'anathéme contre toute intervention du pouvoir séculier dans la distribution des dignités de l'Eglise. C'était , disait-il, une simonie, un commerce des dons de l'Esprit-Saint. Le crime était le même , soit que le peuple dans ses assemblées, ou les grands ou les rois , prissent part à l'élection des prélats , soit qu'ils tentassent même de leur conférer, par une investiture, le pouvoir temporel attaché à leurs sièges. Il fit attribuer en iôôc), par le concile de Latran, aux cardinaux , l'élection des papes ; aux chapitres , de concert avec le pape , l'élection de tous les prélats. En même temps, pour détacher le clergé de la société humaine , il proscrivit, il punit avec sévérité le mariage des prêtres , qui avait été jusqu'alors ou permis ou toléré , par quelques conciles provinciaux , surtout en Lombardie. Enfin , concentrant tous les pouvoirs de l'Eglise dans le pape , il enseigna aux prêtres à le considérer comme un être qui ne pouvait errer, qui devenait saint par sa seule élection, qui seul pouvait nommer et déposer

les évêques , assembler , prérider et dissoudre chaf. i. les conciles ; c'était enfin , disait-il , tin dieu sur la terre , maître absolu de tous les princes : ceux-ci devaient baiser ses pieds , et il pouvait les déposer, en déliant leurs sujets de leur serment de fidélité.

Hildebrand accomplit , du moins pour un temps, l'immense révolution qu'il avait entreprise; il changea l'esprit des papes , du clergé , des peuples, et il asservit les rois. Il fit élire, par son influence, les quatre papes qui le précédèrent lui-même sur la chaire de Saint-Pierre, où il monta en 1073, en prenant le nom de Grégoire VII. Lorsqu'il mourut, en io85, les papes qui lui succédèrent suivirent aussi ses maximes, et parurent encore animés de son esprit» Toutefois il éprouva dans le clergé , surtout dans celui de Lombardie , une prodigieuse résistance. Il tourmenta l'Italie et l'Allemagne par une constante guerre civile ; il appela contre Rome les Normands , qui brûlèrent cette ville , et vendirent en esclavage presque tous ses habitans. Il parvint à contraindre son héroïque rival, l'empereur Henri IV i à faire pénitence devant lui dans la cour couverte de neige du château de Canossa ; il le contraignit à y demeurer trois jours et trois nuits en habit de pénitent , les pieds nus et à jeun , pour attendre son absolution. Les successeurs de Grégoire VII 1. 3

chap. i. réussirent à faire révolter contre Henri IY successivement deux de ses fils , qui le déposèrent et le firent mourir de chagrin; mais le second de ces fils dénaturés , dont ces papes avaient embrassé la cause, Henri V, après avoir obtenu la couronne par leur aide, se tourna- à son tour contre eux. Pendant seize ans, il leur fit la guerre pour maintenir l'indépendance de la couronne impériale et le droit des souverains séculiers sur les fiefs attachés aux églises. La fatigue et l'épuisement des peuples forcèrent enfin les deux pouvoirs rivaux à un accord qui ménageait les droits de l'un et de l'autre. Dans la diète de Worms, en 1122, l'empereur abandonna au pape l'investiture des évoques par l'anneau et la croix , tandis qu'il se réserva la transmission des droits régaliens attachés à chaque siège par la concession du sceptre; ce n'étaient là que des cérémonies extérieures. Dans le fait, les peuples furent seuls dépouillés de leurs droits dans le choix de leurs pasteurs ; les souverains conservèrent presque exclusivement la nomination des prélats, chacun dans ses États. La guerre des investitures , qui dura plus de soixante ans, acheva de rompre tous les liens entre les membres divers "du royaume d'Italie. Les guerres civiles ont *du moins cet avantage qu'elles forcent les chefs des peuples à chercher à plaire à leurs sujets, à s'étudier à ga-

gner une affection qui fait toute leur force , et chaf. i. à compenser par l'octroi de privilèges nouveaux les services qu'ils demandent. Les prélats, les grands, les villes d'Italie, n'obéissaient pas les uns aux empereurs , les autres aux papes , par une crainte aveugle , mais par choix , par affection , par conscience , selon que le sentiment po- * litique ou le sentiment religieux était plus puissant sur chacun. La guerre se faisait partout , mais partout avec des forces nationales : chaque cité armait ses milices , les faisait conduire par ses propres magistrats ,* et attaquait autour d'elle les grands ou les cités qui suivaient un parti contraire au sien. Chaque cité , quoiqu'elle crut combattre pour l'empereur ou pour le pape, s'accoutumait à recevoir son impulsion de ses sentimens seuls, à se considérer comme un tout, comme un État indépendant, qui avait ses alliés et ses ennemis. Chaque citoyen ressentait pour sa cité seule , non pour le royaume d'Italie ou l'empire, un ardent patriotisme.

Quand les rois ou les empereurs avaient accordé aux cités le droit d'élever des murailles , ils y avaient toujours joint celui d'assembler tous leurs citoyens au son de la grosse cloche , pour concerter leur défense. Cette assemblée de tous les hommes en état de porter les armes , se nommait le Parlement; elle se faisait sur la place publique; «lie élisait chaque année deux con-

caap. i. suis, chargés de rendre la justice au-dedans, de conduire au-dehors la milice à la guerre. Cette milice était divisée par quartiers ; chacun était conduit par un gonfalonier ou porte-étendard : elle combattait à pied ; elle s'assemblait autour ' du carroccio, char pesant traîné par des bœufs couverts de draperies aux armoiries de la ville. Du milieu du char s'élevait un grand mât r portant l'étendard de la cité; à ce mât un Christ était -attaché , qui semblait bénir l'armée , de ses dieux bra^ étendus. Un sacristain disait chaque jour la messe , sur l'autel , à la partie antérieure du carroccio. Les trompettes de la communauté, assis sur la partie postérieure , sonnaient la charge, ou le rappel. C'était Héribert, archevêque de Milan ,. contemporain de Conrad-le- Salique, qui avait inventé le carroccio à l'imitatiop de l'arche d'alliance , et qui l'avait fait adofitçr par les Milanais : toutes les villes libres d'Italie l'imitèrent. Ce char sacr£ de la patrie , confié à la gaçde des milices, leur donna de l'aplomb et de la confiance. Les gentilshommes, qui, froissés dans les guerres civiles, avaient senti la nécessité de se recommander aux villes, où ils furent adijiis comme le premier ordre des citoyens, formaient seulsj^ cavalerie des cités.

*' Le parlement, qui qommait les consuls, leur donnait aussi pour ies-assister dan» le gouverne-

ment, un conseil secret, ou de cwtff&za , coin- au?, i. posé d'un petit nombre de men$r£|# pris dans chaque quartier , et un grand conseil , ou conseil du peuple, qui préparait les décisions qu'on voulait soumettre au parlement. Le conseil de * credenza était chargé en même temps de. l'administration des finances de la cité; elles se composaient surtout du produit des droits d'entrée perçus aux portes des ville», et des subventions volontaires demandées aux, citoyens dans les momens de danger. Comme l'industrie s'était rapidement accrue , et avait devancé le luxe; que la vie domestique et ait sobre, et le produit du travail considérable, le£xichesse$s?£t aient bien vite augmentées, et les citoyens jaeysë permettaient d'en faire ^sage que ffbur défendre ou* orner leur patrie. Ce Tut entre Fan 900 et Pan 1200, que des ouvrages prodigieux furent entre^jsp et exécutés par leg cités d'Italie. Elles commencèrent d'abord par s'entourer toutes d'épaisses muxiwUe^avec.des Ws^es tours, des contre- «gardes vàux poçtesyr travail iyiniense ; qu'un patriotisme pfiftt à tâfcis les;s£crifices pgjjgpait seul entreprendre. Dans le^inêmè^ temps* vles villes maritimes construisirent leijf s ports,4eurs quais, leurs digues , leurs douanes servant de magasin à tout le commerce. Toutes éfevèrent ensuite des palais publics , pour la seigneurie ou la ma- ' 1 gistrature municipale , et des prisons ; toutes

chap. r. construisirent en même temps les temples qui encore aujourd'hui nous frappent le plus par leurs grandes proportions et leur magnificence. Ces trois siècles de renaissance donnèrent l'im- • pulsion à l'architecture, qui réveilla bientôt les autres beaux-arts.

L'esprit républicain qu'on voyait fermenter dans toutes les villes , et qui leur donnait à toutes des constitutions si 'sages, des magistrats si zélés, des citoyens animés de tant de patriotisme , et capables de si grandes choses, avait trouvé en Italie même des modèles qui avaient contribué à. le former. La guerre des investitures donna le dernier essor aux sentimens de liberté et de patrie, dans toutes les communes de la Lombar- 3ie , du Piémont, de la Vénétie, de la Romagne et de la Toscane ; mais auparavant , d'autres cités libres existaient déjà en Italie, et leur expérience avait même été assez longue, pour démontrer qu*uû petit peuple trouve dans son union, dans son dévouement à la cause commune , une force qui manque souvent aux grands États. Les cités libres qui grandirent au onzième siècle , naquirent des débris de l'empire d'Occident ; celles qui , en Italie, les avaient précédées dans la carrière de la liberté, étaient nées des débris de l'empire d'Orient.

Lorsque les Grecs reperdirent, par les armes des Lombards, l'Italie, que peu d'années avant

ils avaient reconquise sur les Ostrogoths , ils cha?. 1. conservèrent cependant beaucoup de postes isolés , beaucoup de places fortes situées le long du rivage de la mer. Venise au fond de l'Adriatique , Ravenne au midi de l'embouchure du Pô , Gênes au pied des montagnes de la Ligurie, Pise vers les bouches de l' Arno , Rome , Gaè'te , Naples , Arnalfi , Bari , ou ne furent jamais conquises par les Lombards , ou ne leur obéirent que pendant un temps assez court pour n'avoir pas perdu leurs antiques murailles , et l'habitude de les garder. Ces villes servirent de refuge à la civilisation romaine ; tous ceux qui avaient conservé quelque fortune, quelque indépendance de caractère , quelque haine de l'oppression , s'y réunirent , pour chercher à résister en commun à des maîtres insolens et barbares. L'empire grec se maintenait à Constantinople avec tout son antique orgueil , mais avec une apathie orientale ; il regardait ces débris comme représentant toujours pour lui l'ancienne province d'Italie, mais il ne faisait rien pour les défendre. De temps en temps seulement il leur envoyait un duc, un exarque, un patrice, un catapan, ou quelqu'autre magistrat dont le nom annonçait les plus hautes prétentions , encore qu'il ne fût accompagné d'aucune force réelle. Les citoyens de ces villes demandaient de l'argent et des soldats pour restaurer et défendre leurs fortifica- .

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chap. i. tions; les empereurs demandaient au contraire que l'argent et les soldats d'Italie fussent envoyés à Constantinople. Après quelques tiraillemens , le gouvernement grec trouva plus commode de laisser faire et de fermer les jreux sur l'établissement d'une liberté qu'il méprisait, mais qui lui paraissait propre à défendre ces postes écartés. Il reconnut comme dépositaires de l'autorité impériale, les magistrats que les villes d'Italie nommaient elles-mêmes; il les " laissa disposer de l'argent et des soldats qu'ils pourraient rassembler dans leur cité , sous condition qu'ils ne lui demandassent rien, et il se contenta de voir le nom de l'empereur en tête des actes et sur les monnaies , sans exiger d'autre marque d'obéissance. Cette politique ne fut point suivie cependant à l'égard de Ravenne et ensuite de Bari : daQS ce» villes le représentant de l'empereur en Italie avait fixé sa résidence avec une garnison grecque. Elavenne fut conquise pw les Lombards , entre 720 et 7 3o^ ainsi que les villes de la Pentapole qui relevaient d'elle ; Bari devint alors la capitale du thème de Lonibardie, qui s'étendit sur une grande partie de la Pouille. Nous avons vu ^comment Rpme passa de l'empire grec à l'empire d'Occident. Nous soupçonnons, sans en être certain, que Gènes et Pise, après avoir été occupées par les jLombards , conservèrent leurs relations avec Comtantinople.

Le pallium ou drapeau de soif, qu'elles offrirent chap. i. à quelques empereurs , fût cotfsidéré par ceux-ci comme un tribut ; mais Venise , Sut la mer supérieure , $aè'te , Naples ét'Amalfi, sur la mer inférieure , marchèrent plus ouvertçpient à l'indépendance.

Dès le temps de l'invasion d'Attila eç.45* > tes marais n^més lagunes, formés à Fçxtréuuté de la mer Adriatique , par le limon qu'y çljêposexit sept ou huit grands fleuves , eti&i milieu desquels s'élèvent des îles sans nombre, avaient servi de refuge aux plus riches ^abitans de Paddue > de Vicence , de Vérone , de Trévise , et des autres grandes villes de là Vénétie , qfiî se dérobaient au tybre des Huns. L'empire romain d'Occident, survécût vingt - quatre ans encore à cette calamité ; .mais te ne fut plus qu'une période d'agonie , pendant laquelle de nouveaux désastres forcèrent sans cesse de nouveaux réfugiés à s'établir dans . les îlëg, de la lagune. Une population nombreuse finit par s'y fixer ; elle y vécut de la pôcpe , de la fabrication du sel , de quelques manuf^Éures , et du commerce des rivières : fiofeFdè l'atteinte des barbares , <jui n'avaient point de vaisseaux , oubliée par les Romains .et les Ostrogoths leurs successeurs, elle se maintirt indépendante^ sous Fadmilûstration des tribuns, que nommait L'assemblée du peuple daès chacune des îles. Les Vénitiens

chap. i. regardaient les Osjrogoths et ensuite les Lombards comme des hérétiques , en sorte qu'un zèle religieux fortifiait leur aversion pour les dominateurs de l'Italie. D'autre part* la population de clique île formant comme une petite république , l'une se montra jalouse de l'autre : leurs tribuns ne surent pas demeurer d'accord ; et pour mettre an terme aux factions , les citoyens de toute§ les îles sfe réunirent à Héraclée, eu 697, en une seule assemblée* et ils donnèrent un chef à toute la Vénétie maritime, qu'ils nommèrent doge, ou duâ. Ce titre , que portaient les gouverneurs des provinces grecques en Italie , semble indiquer que le doge fut considéré comme un lieutenant de l'empereur de Constantinople. Les Vénitiens , en effet , persistant à se regarder ogpune membres de l'empire d'Orient, ne voulurent plus tard reconnaître jamais les prétentions de Chfirlemagne et de ses successeurs à 4$ domination de toute l'Italie. Ce fut en 809, dans un£ guerre contre Pépin y fils de Charlemagne, que les Vénitiens firent choix de l'île de Rialto, pour y rassembler leurs vaisseaux et ' leurs richesses , et y bâtir la ville capitale de leur république. Vingt ans plus tard , ils y apportèrent d'Alexandrie le; corps de saint Marc l'évangéliste ; ils le choisirent pour patron de leur république : son bon figura sur leurs armes , et son nom , dans leur langage , désigna

leur patrie ou son gouvernement , quand ils en CHAP- ■• parlaient avec le plus d'affection.

En même temps que les Vénitiens disputaient le peu de terre sur laquelle étaient bâties leurs maisons , aux Lombards , aux Francs et aux empereurs allemands , ils durent disputer la mer qui les baignait aux Esclavons , qui s'étaient établis sur la côte orientale de la mer Adriatique , pour y exercer la piraterie. Au milieu d'eux ,- sur la même côte , beaucoup de petites villes , habitées par des Grecs , mais oubliées de l'Empire , s'efforçaient en vain de défendre leurs libertés et leurs gouvernemens municipaux. Toutes ces petites villes de l'Istrie et de la Dalmatie firent alliance , en 997, avec Venise,, et consentirent à recevoir des juges choisis par son doge , ainsi qu'à combattre sous son étendard. Avec leur aide , Venise vainquit les pirates de Narenta et de la Croatie * et son doge s'intitula dès -lors duc de Venise et de Dalmatie. >■*>'"* **■ ■ *

Le premier magistrat des républiques de Naples , de Gaete et cfAmalfi portait également le titre de duc. Ces trois villes, oubliées des empereurs grecs , et ne recevant d'eux aucun secours, tenaient cependant encore à la Grèce par le commerce ; elles s'étaient livrées avec ardeur à la navigation , et leurs citoyens allaient chercher dans le Levant les marchandises, qu'ils ré-

cèap. i. pandaieot ensuite dans l'Italie méridionale. Tout le pays situé au-delà du Tibre avait été exposé à moins d'invasions que l'Italie supérieure. Un chef lombard y avait cependant pénétré, en 589, et y avait fondé le grand-duché de Bénévent , qui . comprenait à peu près tout le midi de la péninsule. Ce duché s'était maintenu indépendant du royaume des Lombards de Pavie, et n'avait pas été entraîné dans sa chute» Il s'était défendu ' avec valeur contre Charlemagne et ses successeurs , qui avaient voulu le subjuguer. Mais , en 839 , à la suite d'une guerre civile , il se partagea entre les trois principautés de Bénévent , âalerne et Capoue. Dès l'année 828, les Sarrasins avaient établi des colonies en Sicile. Jusqu'alors cette île était demeurée sujette de l'empire grec. -Peu d'années après , ces Sarrasins payèrent dans l'Italie méridionale. Les trois républiques de Naples , de Gaete et d'Amalfi "maintinrent leur indépendance , en opposant , . les uns ««loutres , les' Èotnbards et les Sarrasèûs , qui les menaçaient également. Au reste , tous les barbares succombaient, en peu tf années 5 à la langueur qu'inspirait le beau climat du midi ; ils semblaient n'avoir plu* le courage d'exposer une vie à laquelle tant de jouissance^ étaient at- . tachées. Quand ils combattaient, ce n'était plus qu'avec mollesse; Us se hâtaient de tefthiner la guerre, pour se replonger dans les voluptés.

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Les citoyens des républiques avaient pour eux cbap. t. l'avantage de leurs murailles et de leurs défilés, et, sans être plus braves que les Lombards, ils maintinrent, contre eu?, pendant six siècles, leur indépendance.

Jusqu'à l'an 1000, l'Italie méridionale ne fut ** guère troublée que .par les petites guerres des principautés lombardes , des républiques protégées par les Grecs, des catapans de Bari, et des bandes errantes de Musulmans r que l'amour du pillage plus que le zèle religieux avait amenées en Italie. Mais , à cette époque , on vit arriver à Salerne , et ensuite dans la Pouille , des aventuriers normands, issus, à la seconde ou troisième génération , de ces terribles corsaires danois qui avaient si longtemps et si cruellement ravagé la France, et qui, en 91a, s'étaient établis en Neustrie ; en adoptant la langue française et le christianisme , ils avaient conservé la valeur de leurs ancêtres , leur passion pour les aventures étranges et pour les voyages. Ils venaient en grand nombre visiter, comme pèlerins, les sanctuaires de l'Italie méridionale ; ils s'engageaient» ensuite comme soldats dés princes lombard*, des républiques ou des Grecs de Bari , qui avaient récemment reconquis toute la Pouille, et ils se montraient tellement supérieurs , par leur valeur, a tous ceux avec lesquels ils avaient occasion de se mesurer, que ces mercenaires firent

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bientôt trembler tous les petits États au milieu desquels ils étaient venus chercher des aventures. En 1041 , ils conquirent la Fouille sur les Grecs j en 1060 , la Calabre; de 1061 à 1090 , la Sicile. Vers le même temps , ils subjuguèrent les trois principautés lombardes de Bénévent , Salerne et Capoue ; les trois républiques furent les derniers Etats de l'Italie méridionale qui tombèrent sous le joug des Normands. Nous ne savons point , il est vrai , l'époque de la soumission "de Gaè'te , dont il n'est fait aucune mention dans les anciennes chroniques ; mais Âmalfi , qui s'est illustrée par la fondation à la Terre-Sainte de l'hôpital et de l'ordre militaire de Saint-Jean de Jérusalem , par l'invention de la boussole et g^r la conservation des Pandectes de J us tin i en, dut se soumettre aux Normands en n3i. Le chef de ceux-ci était alors Roger II, auquel l'antipape Anaclet avait donné, l'année précédente, le titre de roi des Deux-Siciles ; le même Roger assiégea, en 11 38, la ville de Naples, et, quoiqu'elle fût tour à tour secourue par un empe- . jceur d'Allemagne et par la république de Pise, elle fut aussi obligée de se rendre à ses armes.

La république de Pise, qui chercha vainement à prévenir la ruine de ces premières républiques italiennes du moyen âge , était une cité, que le commerce et la navigation avaient enrichie; Pise , de même: que Gênes f qui fut bientôt sa

rivale, avait échappé au pillage des conquérons «hap. i. du Nord , et avait conservé dés relations journalières avec Constantinople et aveé 1# Syrie, où ses citoyens allaient chercher les marchandises qu'ils répandai^pt eaapite dans foute la Lombardie. Les Pi$$ps et les Génoi^enhardis par la vie de mer , s'étaient accoutumés à défendre avec leur épée lès marchandise» qu'ils transportaient d'une extrémité, à l'autre de la Méditerranée; souvent ils furent aux prises avec les Sarrasins, qui s'étaient adonnés, cdfcime eux, au commerce maritime, mais qui y joignaient parfois la piraterie. Les Sarrasins pillèrent Gènes en 936 ; ils entrèrent, en ioo5, dans un faubourg de Pise : ils investirent de nouveau cette ville en 1012. Us avaient des Colonies dans la Sardaigne , la Corse et les îles Baléares, d'où ils menaçaient sans cesse l'Italie. Les Pisans, secondés par les Génois, attaquèrent à leur tour la Sardaigne en 1,017 ; ils n'en achevèrent la conquête qu'en io5o : ils y conduisirent des colonies , et ils la partagèrent en fiefs entre les familles les plus illustres de Pise et de Gènes. Ils firent de même, en m3, la conquête des îles Baléares sur les Sarrasins.

Lorsqu'à la fin du onzième siècle ) l'Occident s'ébranla pour disputer aux Musulmans le sépulcre de Jésus-Christ , Venise , Gênes et Pise étaient déjà arrivées à une haute importance

csap. i. commerciale j -centrais villes avaient seules plus tte vaisseaux stir la Méditerranée que toutes les autres puissances chrétiennes. Elles secondèrent l;es croisés avec enthousiasme ; elles les approvisionnèrent quaigl ils forant parvenus aux rivages de Syrie, et elles eqjçe tinrent leur communication avec*|^0cci4pnt. Lçg Vénitiens assurent avjpir envoyé, en 1099, une flotte de deux cents vaissçgpx f o^r seconder la première itarôsade ; les Pitons af&rjnent que leur archevêque Daimbert , qui fut depuis patriarche de Jérusalem , passa^en Orient avec cent vingt vaisseaux ; les Génois ne s'attribuent que vingthuit galères et &x vaisseaux : tous concoururent cependant avecfle même zèle à la conquête de la Terre-Sainte , et les trois républiques maritimes y conservèrent également d'importans privilèges aussi long-temps que dura le royaume de Jérusalem.

Tels lAjfjient les changement qu'avait accomplis pourtltalie la périq^e de six siècles qui s'étaient écoulés depuis la chute de l'empire romain d'Occident. À la fin du cinquième siècle , le lien social qui avait fait de PEmpire un seul corps, en se dissolvant, n'était remplacé par aucun autre. Le citoyen nefeeotait rien pour son concitoyen ; il n'en attendait aucm) appui , il ne lui offrait luimême aucune défense. Nulle part il ne pouvait invoquer de garantie ; partout il ne voyait que

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violence et qu'oppression. Au commencement chap. i. du douzième siècle , le citoyen des villes d'Italie n'avait pas plus de garantie à attendre du dehors, car l'empereur allemand qui se disait son maître , n'était , avec ses soldats barbares , qu'un ennemi de plus ; mais partout où l'enceinte des mêmes murs avait formé un intérêt commun , l'esprit d'association s'était développé ; les concitoyens s'étaient promis une assistance mutuelle ; le courage avait grandi avec la liberté , et les Italiens , si long-temps opprimés , avaient enfin trouvé leur garantie en eux-mêmes.

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