X PRÉFACE
on se demande si les contemporains d'une période historique n'offrent pas un secours tout au moins su»* pect, et si, parmi ces contemporains, ceux dont on doit le plus se défier ne sont pas ceux-là mêmes qui ont été les témoins les plus intéressés et les plus proches. Les choses du passé se sont g[ravées dans leur esprit en une image vraie ou fausse, mais qui n'admet ni repentirs ni retouches ; les dates semblent leur échapper, les faits qui se sont déroulés eu une série d'années gardent pour eux un aspect presque simultané, et, tandis que, dans l'histoire comme dans la réalité, un événement grossit ou diminue suivant la distance, l'œil du contemporain le voit sous une seule face, uniforme et immobile.
Cette inaptitude, commune à beaucoup de gens, à fournir des renseignements précis sur les événements auxquels ils ont concouru , ressort dans une certaine mesure des dépositions recueillies par la Commission d'enquête que l'Assemblée constituante nomma , le 26 juin 1848, sur la proposition de M. Senard, pour rechercher les causes de l'attentat du 15 mai et de l'insurrection qui suivit. Cette enquête s'ouvrit au lendemain des événements; on y entendit les témoins les plus compétents, les membres du Gouvernement provisoii^e^ ses ministres, ses agents : comment ne pas attribuer à ces dépositions un intérêt et une autorité hors ligne? Mais le vent de l'opinion avait changé, l'enthousiasme des premiers mois était tombé : les plus sévères aux républicains furent les républicains eux-mêmes. Arago et Marie se soulagent