‹ Histoire de la république de 1876 à 1879Chapitre 12 sur 71 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

CONSTITDTION DU GODTBRNEKENT

Le nouveau miaUtère avait été formé eo conséquence des événements accomplis. Un décret du SO mars en indiquait la composition :

MM. Dufaure, président du Conseil et ministre de la Justice et des Cultes; Bicard, ministre de l'Iotérieur; Duc Decazes, ministre des Affaires étrangères; Léon Say, ministre des Finances; Christophle, ministre des Travaux publics; Teissereoc de Bort, ministre du Commerce; De Cissey, ministre de la Guerre; Amiral Fourichon, ministre de ta Marine.

C'était un ministère Ceatre gauche. Les noms de la plupart des nouveaux ministres avaient été souvent mis en avant au milieu des agitations poli- Uques de l'Assemblée nationale, lors des tentatives d'entente entre le maréchal de Mac Mabon et la Gaucbe de cette Assemblée.

Ricard m'avait demandé de lui servir de second à l'Intérieur, et je fus nommé sous-secrétaire d'État.

Par une de ces iniquités dont le suffrage univer-

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sel est capable, Ricard n'avait pas été élu par la ville de Niort. Mais il avait joué un rôle si utile dans la précédente Assemblée, et sa personnalité était tellement en relief, que l'on jugea sa présence, dans le premier ministère de la République, nécessaire : et d'ailleurs, il était entendu, d'uD commun accord, qu'à la première occasion il serait élu membre du Sénatqui, comme on le sait, avait le privilège de se renouveler, par cooptation, pour un quart de ses membres, le quart des inamovibles. Ricard était atteint, depuis longtemps déjà, d'un mal incurable; son échec dans son pays natal, qui lui devait tant, lui avait porté le dernier coup. Ses amis le savaient; et je n'en avais été que plus porté à me prêter à son désir. J'avais à cœur aussi que la première impulsion donnée à la République que nous voulions fonder le fât dans le sens que j'avais conçu. M. Thiers avait tenu à cette occasion un propos malicieux qui me fut naturellement rapporté, où il faisait allusion au concours que je pouvais apporter à Ricard : je n'avais cure d'autre chose que de la chose publique, et, par une grâce spéciale, en faitd'ironie et d'appréciations plus ou moins sévères et justes, j'en ai toujours eu à revendre. On pourra constater l'absolu détachement de moi-même que j'apporterai dans le récit des événements auxquels, à partir surtout de ce jour, i'ai été forcément et de très près mêlé.

Le 14 mars, le ^our même où les deux présidents des Assemblées avaient pris possession de leurs fauteuils, le ministère exposa son programme politique. M. Decazes, à la Chambre des députés, M. Dufaure,

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au Sénat, lurent une déclaration gouTemementale ainsi conçue :

' ■ ... Au milieu de notre nation calme et laborieuse, un grand érénement vient de s'accomplir... Expression de la souveraineté nationale, le suffrage universel sous des formes et dans des conditions diverses, mais toujours avec une égale autorité, a sanctionné par ses votes comme par les déclarations de principes des candidats préférés, les résultats constitutionnels qu'après cinq années d'efFarts patriotiques la dernière Assemblée a laissés après elle. a Le Pouvoir ne peut avoir une plus haute origine dans nos sociétés humaines, et il nous est permis de vous dire que jamais gouvernement ne fut plus légitimement établi.

u Dans sa proclamation du 13 janvier, M. le Président de la République traçait ainsi le programme des travaux que nous aurons à accomplir avec TOUS :

a Nous devrons appliquer ensemble avec sincérité les lois constitutionnelles dont j'ai, seul, le droit jusqu'en 1880, deprovoquer la revision. Après tant d'agitations, de déchirements et de malheurs, le repos est nécessaire au pays, et je pense que nos institutions ne doivent pas être revisées avant Savoir été loyalement pratiquées, a

■ Ces sages paroles seront notre règle de conduite. Nous exigerons que nos subordonnés & tous les degrés y soient fidèles comme nous. Nous ne saurions en effet admettre que le gouveruement trouve

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des détracteurs parmi les gens qui ont mission de le seirir.

■ Rapprochés des populations, ils peuvent leur faire cooiprendre et apprécier le Régime sous lequel elles vivent; ils seconderont nos vues, en leur disant que la République, telle qu'elle est sortie des votes de l'Assemblée nationale, donne au Pouvoir sa plus grande force, parce qu'il est exercé au nom et dans l'intérêt de tous; qu'elle a besoin, plus que toute autre forme de gouvernement, de s'appuyer sur les lois de ta Religion, de la morale et de la famille, sur la propriété inviolable et respectée, sur le travail encouragé et honoré; et qu'enfin elle répugne à ces aventures guerrières dans lesquelles les gouvememeots ont trop souvent engagé l'honneur et la fortune de la Nation...

H Deuxquestionsont pris, dans les derniers temps, vous le savez, un caractère politique : l'une, la collation des grades dans l'enseignement supérieur; l'autre tient à la composition des municipalités; nous TOUS en proposerons la solution, en cherchant à concilier d'importantes libertés justement réclamées avec les droits de l'Etat et les prérogatives nécessaires du Pouvoir exécutif. «

Cette déclaration ministérielle fut accueillie favorablement par une majorité très accentuée dans les deux Chambres. Mais dès ce premier jour, les deux partis extrêmes de Gauche et de Droite crurent devoir faire des réserves; et, sous forme de fâcheux pronostics pour l'avenir ou de menaces déguisées, mettre une sourdine au contentement général.

SI HISTOIIE DK LA BËPDBLIQUB

« Le gouvernement du Maréchal, disait tUnion, organe du parti royaliste, sera la première victime de cette politique néfaste, qui, depuis le 25 février (1S75), le pousse sur la pente révolutionnaire. V

Et de son côté la République française, organe de Gambetta et de son parti, reprochait au ministère o de ne pas s'expliquer nettement sur le personnel administratif; sur ta résistance qu'il comptait opposer à la /action cléricale; et sur l'extension des franchises communales, b

Ainsi se précisait, dès le début, le terrain sur lequel le parti républicain, celui du moins qui s'attribuait cette qualité à titre privatif, devait porter désormais la lutte politique : question de personnel, question religieuse; c'est-à-dire donner satisfaction à la fois à des appétits ouverts, et aux sentiments haineux de la secte philosophique qui préparait la guerre à l'Église catholique. Dans le sens extrême opposé, le parti ultra-religieux et monarchiste manifestait l'opposition radicale qu'il allait faire au nouveau Régime, méconnaissant cette vérité si simple : qu'en se séparant de nous, il nous affaiblissait contre l'ennemi commun, qui était la Révolution. Ainsi, avant même que ce Régime, duquel nous attendions une pacification bienfaisante, fût constitué, se manifestaient encore une fois, sur cette terre de France convulsionnée par d'incessantes révolutions, les germes de ces mêmes confiits qui, depuis plus d'un siècle, troublent profondément notre pays à la surface; tandis que, en vertu de ses forces intimes, et on pourrait dire malgré les Régimes politiques

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qu'il subit, il poursuit avec peine mais noa sans grandeur sa destinée, au milieu de nations puissantes et ennemies.

C'est ainsi qu'en présence des tristesses de l'heure, j'ai quelque peine à retracer le souvenir des temps heureux, aurore de la République. Et ceci me rappelle les paroles de Barthélémy Saînt-Hilaire qui disait souvent que, depuis plus de cent ans, la France était gouvernée en dépit du sens commun. Et toutefois cette destinée singulière ne parvient pas & épuiser sa sève active. Par une anomalie étrange, cette race offre le spectacle d'une nation travailleuse, riche, fertile en ressources de tout genre, féconde en merveilles d'arts et de littérature, de science surtout', de tout ce qui, en un mot, est soustrait à l'inBuence directe du gouvernement. Le contraste est réel en effet, et les politiciens en tirent avantage pour célébrer leurs mérites, et pour taxer de mauvaise humeur et d'esprits chagriDs les bons citoyens qui déplorent la prédominance dans le gouvernement de doctrines fausses et de principes anti-sociaux; qui suivent et qui dénoncent les progrès de cet empoisonnement lent mais continu du corps social.

Les optimistes par tempérament ou par intérêt ne s'attachent qu'à la surbce des choses, et. ils se refusent à prévoir les événements, surtout ceux qui seraient de nature à les chagriner. Mais un optimisme entêté ne saurait prévaloir contre ta réalité des conséquences. La nation est saine, disent-ils,

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